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Societé

Méditerranée : le grand effacement amazigh dans le récit historique eurocentré... 53

L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée est profondément biaisée. Derrière l’opposition paresseuse entre un Nord supposément moteur et un Sud relégué à la marge se dissimule un oubli plus grave : **l’effacement systématique du rôle déterminant des Amazighs (Berbères, Maures) dans la formation de l’Europe méditerranéenne**. Cet effacement n’a rien de neutre ni d’accidentel; il relève d’une véritable construction idéologique. Bien avant l’ère coloniale, les populations amazighes structurent l’essentiel de l’espace nord-africain et occupent une place centrale dans les dynamiques politiques, militaires, commerciales et culturelles de la Méditerranée, formant des piliers essentiels de son histoire. Ils assurent une jonction quasi continue entre l'Afrique subsaharienne et le nord de la Méditerranée. De l’Al-Andalus à la Sicile médiévale, leur empreinte est profonde et durable. Symbole de cette centralité, la conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle est menée par Tariq ibn Ziyad (ainsi nommé selon les sources) à la tête d’une armée majoritairement amazighe. Les chroniques insistent sur sa composition en grande partie berbère. Cette réalité est systématiquement minimisée au profit d’un récit arabo-centré qui invisibilise la composante amazighe prédominante. Sans les Amazighs, il n’y aurait tout simplement pas eu d’implantation musulmane durable en Europe occidentale avec ce qui s'en suivit comme impact. Réduire Al-Andalus à une simple excroissance du « monde arabe » est une falsification grave par simplification. Les dynasties qui portent son apogée, au premier chef les Almoravides et les Almohades, sont d’origine amazighe. Issues de confédérations berbères sahariennes et atlasiennes, elles refondent les équilibres politiques de l'Afrique du Nord et d’Al-Andalus et construisent une civilisation hispano-mauresque à aujourd'hui vivace. Cette civilisation, fondamentalement amazighe, a marqué l’architecture urbaine et monumentale, encore visible à Séville, Marrakech, Fès ou Cordoue. Elle a structuré une pensée religieuse et juridique avec un malikisme réformateur chez les Almoravides, un rigorisme doctrinal chez les Almohades pour les musulmans et la pensée de Maïmonide pour les Juifs. Elle a par ailleurs impacté durablement l’organisation politique et militaire de la Méditerranée occidentale. Le sud de l’Espagne et du Portugal porte encore aujourd’hui les traces visibles et toponymiques de cette présence amazighe. L’ignorer, c’est mutiler une histoire profondément partagée. Pour rafraichir cette mémoire quoi de mieux qu'un petit tour en Extremadura espagnol. Cette influence ne s’arrête pas aux rives andalouses. En Sicile et dans le sud de l’Italie en général, à Palerme notamment, les interactions entre mondes nord-africains et espaces européens sont constantes durant les périodes islamiques puis normandes, via des contingents militaires, des réseaux marchands et des transferts de savoirs. Ces circulations intègrent une importante composante amazighe, souvent dissoute a posteriori dans la formule vague d’« influence arabe ». Le couscous y est toujours présent accompagné avec des friandises aux amendes à la fleur d'oranger. En parlant indistinctement d’« Arabes », les récits dominants gomment la pluralité réelle des acteurs et effacent la profondeur africaine de ces échanges. Cet effacement procède de plusieurs biais cumulés. D’abord, **l’eurocentrisme** et l’incapacité à admettre que des populations africaines ont été cofondatrices de l’Europe méditerranéenne. Ensuite, **l’arabo-centrisme historiographique** et la tendance à homogénéiser le monde musulman en invisibilisant ses composantes non arabes, dont principalement les Amazighs. Enfin, **l’héritage colonial**, avec le besoin de lisser et de hiérarchiser les récits pour légitimer une prétendue supériorité civilisationnelle européenne. Le résultat est clair : les Amazighs sont relégués à un rôle secondaire, folklorique ou local, alors qu’ils ont été des acteurs structurants de la Méditerranée occidentale. Leur impact est sans équivoque l’un des plus importants de l’histoire de la région. Corriger ce biais ne se résume pas à ajouter un chapitre « berbère » dans des livres d’histoire déjà écrits. **Il faut reconfigurer la narration elle-même.** Il s’agit de réinscrire les Amazighs au cœur du récit méditerranéen. L’Europe du Sud n’est pas uniquement l’héritière de Rome et du christianisme. Elle est aussi, en partie, le produit d’apports nord-africains, particulièrement amazighs, visibles dans ses structures politiques, ses paysages urbains, ses arts culinaires et vestimentaires, certains prénoms et imaginaires. Le prénom Maurice n’en est-il pas un exemple d’impact indélébile ? La Méditerranée occidentale doit être pensée comme un espace de co-construction, et non comme un théâtre de diffusion unilatérale du Nord vers le Sud. Reconnaître cela ne relève pas d’un réflexe identitaire, ou d'une quelconque revendication idéologique , mais d’une exigence minimale de rigueur scientifique. L’histoire méditerranéenne a été aplatie pour servir des logiques de pouvoir, au prix d’une simplification extrême des trajectoires et des acteurs. Les Amazighs comptent parmi les grands effacés, sinon les seuls esclus. Les réintégrer pleinement dans le récit n’est pas « réécrire » l’histoire au sens de la travestir : c’est **la réparer**, en restituant à la Méditerranée sa profondeur africaine et sa véritable complexité. Cette approche est indispensable pour apaiser les relations dans la région et pour une construction solide du futur de ses populations, qu’il s’agisse de relations politiques, économiques ou simplement humaines. Depuis des siècles, ce récit déséquilibré imprègne les discours académiques, médiatiques et politiques. Or, la Méditerranée a toujours été une mer de circulation, non de domination ; un espace d’interactions permanentes, non une frontière entre mondes hiérarchisés. Dès l’Antiquité et sans doute avant, elle est une zone de fécondation mutuelle entre civilisations africaines, levantines et européennes. L’archéologie le démontre avec force. Phéniciens, Romains, Carthaginois, Égyptiens, Numides et, bien sûr, Amazighs ont structuré ses échanges commerciaux, culturels et scientifiques. L’idée d’une Europe autonome, source unique de modernité, n’est qu’une reconstruction tardive. Il n'y a pas si longtemps à l'échelle géologique, le détroit entre le Maroc et l'Espoagne ne faisait guère plus de un kilomètre... Il appartient aux historiens, aux enseignants et aux systèmes scolaires des deux rives de corriger cela, dans la perspective d'un avenir commun fondé sur un passé tout aussi partagé.

Dopage: sortir de la fiction, affronter le problème de santé publique... 176

Il est tentant de balayer les récents cas de dopage dans le football marocain d’un revers de main, de les réduire à des erreurs individuelles, des accidents de parcours, voire des injustices. C’est tentant, mais dangereux. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse de loin quelques sanctions disciplinaires. Le dopage, dans sa forme contemporaine, n’est plus seulement une tricherie: c'est un révélateur brutal d’un dérèglement plus profond, celui d’un écosystème sportif et sanitaire en perte de contrôle, entretenu par une illusion confortable: «le football n’est pas concerné». Pendant longtemps, le football s’est abrité derrière une fiction commode: celle d’un sport relativement épargné par le dopage, illusion entretenue à l’échelle mondiale malgré des précédents bien documentés. Au Maroc, cette fiction persiste: chaque cas est traité comme une anomalie, jamais comme un signal. Attention toutefois: ce qui a été révélé récemment concerne certes le football, mais il est loin d’être le seul touché. La montée en puissance de l’Agence Marocaine Antidopage (AMAD) et l’augmentation significative des contrôles ont changé la donne: ce que l’on voit aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus de dopage, mais davantage de vérité. Et cette vérité dérange. Le récit du «dopage accidentel» résiste de plus en plus mal à l’épreuve des faits. Le discours dominant est bien rodé: les sportifs seraient victimes de dopage involontaire, entre compléments alimentaires contaminés, médicaments mal prescrits et erreurs de bonne foi. Ce discours n’est pas entièrement faux. Il est simplement incomplet. Car derrière le «dopage involontaire» se cache une réalité plus troublante: une banalisation généralisée de l’ingestion de substances, dans une culture où la performance immédiate présumée prime sur la connaissance, la prudence et l’encadrement médical. Pourtant il est quasi impossible de prouver que s'ingérer telle ou telle substance puisse favoriser la performance sportive. Ce qui est par contre certain et prouvé, se sont les conséquences inévitables sur la santé. Le droit antidopage est implacable: le sportif est responsable de tout ce qu’il consomme, qu’il ait ou non eu l’intention de tricher. Ce principe de responsabilité objective n’est pas une injustice, c’est un garde‑fou. Mais encore faut‑il donner aux sportifs les moyens réels de comprendre ce qu’ils ingèrent. Aujourd’hui, ce n’est manifestement pas le cas pour une large partie d’entre eux. S’agissant des sportifs de haut niveau, les contrôles sont là pour dissuader et sanctionner le cas échéant. La problématique devient encore plus grave lorsqu’il s’agit de jeunes, et moins jeunes, qui pratiquent pour eux‑mêmes, en dehors des circuits les plus visibles. C’est là que les compléments alimentaires constituent une nouvelle zone grise et le cœur du problème, largement sous‑estimé. Les compléments sont devenus la porte d’entrée d’un dopage diffus, invisible, insidieux. Produits non certifiés, importations incontrôlées, marketing agressif: tout concourt à entretenir une illusion de sécurité, alors que ces produits représentent un angle mort sanitaire. Leur consommation massive chez les jeunes est rarement encadrée médicalement. Elle repose sur des recommandations informelles, des conseils de vestiaire, des vendeurs improvisés, parfois même sur des «influenceurs» des réseaux sociaux. On en trouve même dans certains souks et laiteries. Le résultat est sans appel: des carrières brisées pour quelques grammes de poudre mal identifiée, mais surtout, et c’est le plus inquiétant, des organismes fragilisés, des troubles hormonaux, des déséquilibres métaboliques qui apparaissent de plus en plus tôt. Le dopage n’est plus seulement une fraude sportive, il devient un problème de santé publique à part entière. Le silence, et parfois la complicité passive, des clubs et des salles de sport est un autre angle mort du système. Il faut avoir le courage de poser la question qui dérange: où sont les clubs dans cette affaire ? Rares sont les salles de sport réellement épargnées. Certaines n’hésitent pas à commercialiser, sans le moindre scrupule, des produits dont seuls leurs fournisseurs connaissent réellement la composition et les effets potentiels sur le corps des pratiquants. Et puis comment répondre à un jeune qui vous interpelle en vous disant: Vous nous dites que ces produits ne sont pas bons alors que le coach nous dit qu'il faut en prendre. Dans de nombreux cas, l’encadrement médical est insuffisant, voire inexistant. Les jeunes évoluent dans un environnement où l'apparence physique est glorifiée, mais où la culture scientifique et médicale demeure marginale. Ce vide est comblé par l’improvisation, et pire encore, par une forme de déresponsabilisation collective. Lorsque le scandale éclate, le sportif se retrouve seul face à la sanction. Le club, lui, disparaît du récit. La loi, pourtant, définit clairement les différents niveaux de responsabilité: les produits ne tombent pas du ciel. Cette asymétrie n’est plus tenable. La responsabilité ne peut plus être pensée comme uniquement individuelle. Le dopage dans le football marocain, depuis que deux joueurs de haut niveau se retrouvent mis en cause, ne peut plus être analysé uniquement à travers le prisme de la faute personnelle. Il est le produit d’un marché des compléments insuffisamment régulé, d’un déficit d’encadrement médical structuré, d’une pression de performance de plus en plus précoce et d’une culture sportive qui valorise le résultat plus que la compréhension, dans le déni d’une loi pourtant existante. Face à cela, l’AMAD, sur la base de règles strictes, s’est vu confier la mise en œuvre de la politique nationale de lutte et le fait avec brio. Pour elle l’application mécanique des règles, sans adaptation fine aux réalités locales et sans pédagogie massive, ne suffit pas. Sanctionner sans éduquer revient à traiter les symptômes en ignorant la maladie. Ce qu’il faut changer maintenant, ce n’est plus seulement corriger à la marge: il faut repenser le système. Concrètement: -Imposer un encadrement médical obligatoire dans tous les clubs. -Créer une liste nationale de compléments certifiés, contrôlés et traçables. -Former systématiquement les jeunes sportifs et leurs encadrants aux risques liés aux substances. -Responsabiliser juridiquement les clubs et les staffs, afin qu’ils ne puissent plus se retrancher derrière l’ignorance ou la bonne foi. Et surtout: sortir de l’hypocrisie générale et regarder la réalité en face. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Il se trouve simplement dans un moment charnière. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le passage d’un dopage marginal à une forme systémique, non pas organisé, mais diffus, culturel, presque inconscient. Refuser de le voir, c’est accepter qu’une génération de jeunes paie le prix de cette cécité. Le dopage n’est pas seulement une affaire de triche. C’est une affaire de santé publique, et désormais, une affaire de **responsabilité collective**.

GITEX Africa à Marrakech : vitrine d’ambition ou révélateur de contradictions ? 209

À Marrakech, le GITEX Africa ferme ses portes dans une effervescence désormais familière: milliers d’exposants, dizaines de milliers de visiteurs, délégations internationales, startups africaines en quête de visibilité. Le Maroc affiche ainsi une ambition claire: devenir un hub technologique continental, voire une plateforme euro-africaine de l’innovation. Mais derrière cette vitrine séduisante, une question s’impose avec acuité: le pays se donne-t-il réellement l'ensemble des moyens de ses ambitions, si légitimes soient elles? Le Maroc part certainement avec des avantages indéniables. Sa stabilité politique, ses infrastructures modernes, son positionnement géographique stratégique, ainsi que ses investissements dans les télécoms et les énergies renouvelables ou encore le niveau sans doute compétitif de ses jeunes et de ses universités, en font un candidat sérieux pour accueillir l’économie numérique africaine. Des institutions comme UM6P ou Technopark Maroc participent à l’émergence d’un écosystème entrepreneurial dynamique. Les talents sont là. la volonté surement, Les idées aussi. Et pourtant. L’innovation ne se décrète pas, elle se libère. L’économie de l’intelligence artificielle et des startups repose sur un principe fondamental: la vitesse. Vitesse d’exécution, vitesse de décision, vitesse de transaction. Or, au Maroc, cette vitesse est souvent ralentie, entravée. Le cœur du problème réside dans le paradoxe de vouloir bâtir une économie digitale moderne tout en maintenant des logiques administratives héritées d’une économie de contrôle, pour ne pas dire d'un autre temps. L’initiative et l’innovation exigent de la liberté. Liberté d’investir, de transférer, de commercer, de tester et souvent d’échouer. Plus les contraintes sont nombreuses, plus l’innovation se contracte. Ainsi le verrou du change est un handicap structurel. Le rôle de l'Office des changes est central dans cette équation. Conçu pour protéger les équilibres macroéconomiques, son cadre réglementaire apparaît aujourd’hui en décalage avec les exigences du numérique. Un entrepreneur marocain qui souhaite payer un service cloud à l’étranger, lever des fonds internationaux, vendre une solution SaaS à l’international, ou simplement tester un modèle économique global se heurte souvent à des délais, des plafonds ou des procédures incompatibles avec la réalité du marché moderne. Alors que son concurrent en France à Londres « Silicon Valley » européenne va pouvoir aller et conclure beaucoup plus vite. Aujourd'hui l'Allemagne, la Suède et les Pays-Bas sont des acteurs majeurs, soutenus par une forte dynamique d'innovation et des investissements en IA et SaaS. La nouvelle économie ici a trouvé un terroir des plus intelligent. Là où une startup doit agir en millisecondes, ici elle attend parfois des jours, voire des semaines. Dans un monde où la concurrence est instantanée, ce décalage est fatal. Restons sur notre continent et posons la question de savoir pourquoi d’autres pays africains avancent plus vite ? Elle dérange mais mérite d’être posée sans complexe: pourquoi des pays, parfois moins dotés en infrastructures, attirent-ils davantage les géants de la tech et de l’IA ? Des écosystèmes comme ceux de Lagos, Accra, Nairobi, Maurice ou Kigali ont compris une chose essentielle: dans l’économie numérique, la régulation doit accompagner et non freiner. Le Rwanda mise sur une administration agile et pro-business. Le Kenya bénéficie d’un écosystème fintech libéré et innovant. Le Nigeria, malgré ses défis, offre une profondeur de marché et une flexibilité opérationnelle qui séduisent les investisseurs. Pendant ce temps, les grands acteurs de la tech hésitent à s’implanter durablement au Maroc, malgré ses atouts structurels. Le risque est celui de devenir une vitrine sans substance. Le danger est clair : que des événements comme GITEX Africa deviennent des vitrines brillantes mais déconnectées de la réalité du terrain où d'autres viennent faire du business et repartent. Une économie numérique ne se construit pas à coups de salons internationaux, mais par des réformes structurelles profondes. Sans cela, le Maroc risque de rester un lieu de passage et non un lieu d’ancrage pour l’innovation. Pour transformer l’ambition en réalité, plusieurs leviers doivent être activés sans plus tarder : 1. Libéraliser progressivement le régime de change. Permettre aux startups : d’ouvrir librement des comptes en devises, de transférer des fonds sans lourdeurs administratives, d’opérer à l’international en temps réel. Un véritable cadre spécifique pour les entreprises tech exportatrices pourrait être ainsi instauré. 2. Créer un “sandbox réglementaire” pour l’IA et la fintech. Inspiré des modèles internationaux, ce dispositif permettrait aux startups de tester des innovations dans un cadre assoupli, sous supervision, sans subir immédiatement toutes les contraintes réglementaires. Un "sandbox réglementaire" est un espace de test contrôlé pour les innovations technologiques. Il permet aux startups en IA et fintech de tester leurs produits dans un cadre réglementaire allégé, sous supervision des autorités. C'est un Concept clé. Ce dispositif, pourrait s'inspirer de modèles comme ceux du Royaume-Uni (FCA) ou de l'UE (AI Act). Il créera un environnement sécurisé où les entreprises expérimentent sans appliquer immédiatement toutes les règles strictes: autorisations complètes et conformité totale. Des régulateurs supervisent pour évaluer les risques, limiter l'impact sur les consommateurs et adapter les lois futures 3. Accélérer la digitalisation administrative. Réduire drastiquement les délais de traitement, automatiser les autorisations, et introduire des logiques de “silence vaut accord” dans certains cas. 4. Encourager le capital-risque international. Faciliter l’entrée et la sortie des investisseurs étrangers, simplifier les mécanismes de levée de fonds, et sécuriser juridiquement les opérations transfrontalières. 5. Miser sur la liberté comme moteur stratégique. C’est peut-être le point le plus décisif. L’innovation ne prospère pas dans un climat de suspicion ou de contrôle excessif. Elle a besoin de confiance. Le Maroc est à la croisée des chemins. Il peut soit continuer à privilégier une logique de contrôle, au risque de freiner son propre élan, soit opérer un virage courageux vers plus de liberté économique. GITEX Africa est une formidable opportunité. Mais elle ne sera qu’un symbole vide si elle n’est pas accompagnée d’un changement profond de paradigme. Dans l’économie de l’intelligence artificielle, il ne suffit pas d’être présent. Il faut être compétitif. Le maitre mot: l'économie moderne s'épanouit en milliseconde, a besoin de liberté et ne s'accommode point des lenteurs administratives et des contrôles à n'en plus finir. Si l'histoire nous montre comment nous avons raté la révolution industrielle, ne ratons pas celle numérique, car cela risque de peser sur des générations et des générations et donc sur l'avenir du pays.

Motsepe, funambule du football africain : entre Sénégal et Maroc, qui est le vrai vainqueur de la CAN 2025 ? 223

La récente visite de Patrice Motsepe au Sénégal puis au Maroc n'avait rien d'anodin ni de festif. Officiellement, il s'agissait d'une tournée de courtoisie et de suivi des dossiers du football africain. Officieusement, elle intervenait dans un climat de tension latente autour d'une question explosive : qui est le véritable vainqueur de la CAN 2025 ? Cette édition a laissé des traces profondes, avec une déception palpable déjà lors de la remise des médailles et du trophée. Derrière les sourires forcés, un malaise évident : le titre avait été arraché de force. Rappelez-vous : le Maroc a organisé une CAN exemplaire, renflouant les caisses de la CAF comme jamais, avec des sponsors en pagaille, une affluence record, une couverture télévisuelle inédite et un niveau de jeu sublimé par des infrastructures inégalées. Mais cela dérange. Jalousies acerbes et signes avant-coureurs ont culminé lors de la finale. Habitués aux provocations maladives du voisin de l'Est, les Marocains ont été stupéfaits : les principaux saboteurs étaient leurs frères les plus proches, ceux auxquels ils avaient réservé le meilleur des accueils: les sénégalais et les égyptiens. En finale, sous l'impulsion d'un coach exalté, le Sénégal a quitté le terrain pour une polémique arbitrale infondée. Devant certaines évidences, l'acte semble prémédité. Les supporters sénégalais surchauffés ont envenimé davantage la scène. S'ensuivit une procédure chaotique. D'abord, un comité de discipline présidé par un Sénégalais rejeta la requête marocaine, qui contestait le résultat pour non-respect du règlement. Il sanctionna des faits de jeu mineurs, ignorant la violation flagrante. Le Maroc démonta ce verdict devant le jury d'appel, qui rétablit la vérité en appliquant les règles de la CAF. Le Sénégal, qui avait jadis bénéficié d'une décision similaire pour se qualifier à la Coupe du monde 2022, ne digère les arbitrages que s'ils l'avantagent. Il rejeta le rendu, publiant un communiqué étatique et non fédéral, accusant la CAF de corruption. Sous-entendu : la CAF corrompue, le Maroc corrupteur. Lors de ses visites donc, Motsepe affronta l'inévitable : "Qui est le vainqueur de la CAN 2025 ?" Au Sénégal, son objectif était clair : préserver les liens avec une puissance footballistique continentale. Face au président Bassirou Diomaye Faye, il réaffirma le respect de la CAF pour les institutions sénégalaises et leur rôle dans le rayonnement du football africain, sans évoquer les accusations de corruption, tout au moins en public. Mais le message implicite visait clairement à freiner une dérive défiante exagérée du Sénégal : des sanctions lourdes peuvent tomber sinon. Au Maroc, la tonalité changea. Motsepe, fidèle à son habitude, salua la puissance structurante du Royaume. Face à la Fédération Royale Marocaine de Football et son président Fouzi Lekjaa, pilier de la CAF et vice-président de la FIFA, il adopta un ton laudatif. Interrogé sur le sujet sensible, il se retrouva coincé : trancher aurait ravivé des fractures. En président de la CAF, son rôle est d'empêcher une controverse sportive de virer à la crise institutionnelle. Son hésitation révèle la complexité d'un système où politique, symbolique et sport s'entremêlent. La CAN n'est pas qu'une compétition : c'est un levier de prestige et de diplomatie, un champ de rivalités régionales. Le Maroc s'impose comme puissance footballistique par ses performances, ses investissements massifs en infrastructures, généreusement mises au service de la CAF et de nombreux pays africains, ses académies comme celle de Mohammed VI à Salé, exportatrice de talents et ses organisations réussies de nombreuses CAN masculines et féminines. Il est un pilier incontournable de la CAF. La visite de Motsepe y ressemblait à une reconnaissance, soulignant la dépendance de la CAF au Maroc pour avancer le football africain. C'est une diplomatie contrainte qui s'esquisse. Ces deux étapes exposent dans les faits, les limites de la gouvernance actuelle du football africain : entre équilibres politiques, enjeux économiques et ambitions nationales, la CAF navigue à vue. Motsepe, homme d'affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n'est pas un fin politique. Son silence sur le "véritable vainqueur" traduit une réalité : la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements ; s'aliéner un pays est suicidaire. Ces deux déplacements révèlent une question cruciale : la CAF reste-t-elle une instance neutre, ou se soumet-elle à ses pôles de puissance ? Le Sénégal incarne légitimité sportive et historique ; le Maroc, en plus, investissement et vision stratégique. Motsepe maintient implicitement un équilibre fragile au prix du silence et de l'ambiguïté. La crise révèle ainsi la fragilité de l'instance. La tournée n'aura pas tranché sur le vainqueur de la CAN 2025, Ce n'était pas le but, mais elle a mis à nu les forces et surtout les faiblesses du football africain. Un football qui dépasse le terrain. Dans ce jeu, Motsepe n'est ni jongleur ni dribbleur : il est funambule. Cependant il sait. Il sait très bien qui aura la Coupe et les 10 millions de Dollars qui vont avec. Il aura juste évité de se dévoiler et de se faire huer. Ainsi il sera encore et toujours le bienvenu et au Sénégal et au Maroc. C'est le TAS qui va trancher pas lui... En concomitance, la FIFA a exclu Ndala, l'arbitre "maudit" de la finale qui a endossé toutes les incompétences et tous les dépassements. Signe avant-coureur avant le verdict du Tribunal Arbitral du Sport ?

Maroc-Égypte : retrouvailles stratégiques ou trêve éphémère sous les sables du pragmatisme ? 279

Imaginait-on la scène au Caire et à Rabat voilà peu de temps encore ? Pourtant, il y a quelques jours seulement, les Premiers ministres Aziz Akhannouch, flanqué de sept de ses ministres, et Mostafa Madbouly, non moins bien nanti, apposent et supervisent des signatures sur vingt-deux accords, les uns plus importants que les autres, sous les flashs des caméras. Les discours officiels célèbrent une « relation à un niveau inédit ». Les sourires, larges, nourrissent l’espoir du rapprochement tant souhaité entre deux puissances économiques de la zone Mena. À première vue, il s’agit de retrouvailles en grande pompe. Mais, derrière cette mise en scène, sans doute sincère, une interrogation persiste. S’agit-il d’un tournant historique ou d’une simple convergence opportuniste dictée par les développements géopolitiques récents ? Pour y voir clair, replongeons dans une histoire lourde de méfiance. Dès 1963, la Guerre des Sables voit l’Égypte de Gamal Abdel Nasser s’aligner sur l’Algérie, voire la pousser contre le Maroc, au nom d’un panarabisme tiers-mondiste qui stigmatisait Rabat comme « pion occidental », disaient-ils à l’unisson. Eux pensaient être du bon côté, celui des « révolutionnaires bolcheviques »... L’objectif était bien évidemment de déstabiliser la monarchie et, pourquoi pas, de la faire tomber. La débâcle était sans appel. L’Égypte y laissera des plumes... et un prisonnier de marque : Hosni Moubarak, celui-là même qui deviendra président. Hassan II, en seigneur, le remettra en cadeau à l’Égypte dans un geste seigneurial. Plus tard, sur le Sahara marocain, Le Caire adopte une ambiguïté prudente mais oh combien floue : ni appui au Polisario, ni soutien franc au Maroc ; une posture d’équilibriste qui, au Maroc, passe pour de la perfidie latente, notamment à l’occasion d’accolades triomphalistes entre Égyptiens et Algériens. C’est Hosni Moubarak qui viendra supplier Hassan II pour relâcher les prisonniers de guerre que Boumédiène a perdu sur le terrain à Amgala, avec l’illustre Chengriha dans la liste...L'Egypte semblait donc souffler le chaud et le froid dans l'affaire. Le sommet récent marque sans doute un pivot. Vingt-deux accords signés pour accélérer les échanges et les porter à des niveaux inespérés encore quelques jours auparavant. Mais le clou de la rencontre est bien l’alignement égyptien sur la Résolution 2797 de l’ONU, validant l’autonomie proposée par le Royaume comme seul cadre viable. Rabat, en diplomate discret, banalise ce soutien, comme s’il allait de soi. Ce n’est pas gratuit : il reflète une recomposition arabe avec, possiblement, la fin des clivages idéologiques des années 1960 et la primauté du pragmatisme. Les menaces iraniennes, et peut-être même turques, peuvent bien y être pour quelque chose. L’Égypte de Sissi, par ce rapprochement, gagne un allié stable : le Royaume chérifien, un contrepoids arabe véritablement diversifié et cohérent dans tout ce qu’il entreprend. Économiquement, pourtant, le tableau est contrasté. Les accords d’Agadir de 2006, liant déjà Maroc, Égypte et Jordanie en zone de libre-échange, n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les échanges ont progressé, mais restent timides tout de même, à cause d’une bureaucratie persistante. Pire, une crise avait éclaté sur les voitures produites au Maroc, bloquées par des taxes protectionnistes. L’Égypte ne les avait pas considérées comme suffisamment marocaines, ravivant les frustrations du Royaume. Ces vingt-deux nouveaux engagements viennent donc booster la machine, avec des investissements croisés pour ancrer le Maroc en Afrique de l’Est et ouvrir à l’Égypte des portes vers l’Ouest. L’argument clé est clair : les chiffres l’emportent sur les rancunes. Ce pendant, les précédentes crises, pas très espacées, prouvent la fragilité de la situation tout de même, jusqu’à preuve du contraire. Il faut rester confiant dans une réconciliation durable, même si les imaginaires populaires récents freinent ce développement. La presse sportive égyptienne notamment est globalement très virulente contre le Maroc et trahit une rivalité tenace. Géopolitiquement, Alger réagira vivement, forçant Le Caire à son habituelle ambiguïté. L'Egypte acceptera t elle un dictat algérien au nom de l'histoire commune... Il n’est pas exclu de voir l’Égypte dépêcher un émissaire pour dire aux Algériens ce qu’ils aiment entendre, afin d’atténuer la déception. Et il y a également les aléas internes et les remaniements fréquents en Égypte, qui créent des instabilités menaçant le tout. L’Histoire arabe enseigne que les alliances sont extrêmement volatiles. Oui, une ère pragmatique s’est bien amorcée, conditionnée à la convergence économique, au-delà des accords d’Agadir. Elle pousse à la stabilité régionale et au triomphe du calcul sur l’idéologie. Osons espérer qu’il ne s’agisse pas d’une réconciliation émotive, mais plutôt d’une normalisation stratégique certaine, mettant le passé en parenthèses au service du présent et de 150 millions d'humains au moins. Les accords devront aussi survivre aux tempêtes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et constituer un socle pouvant séduire le reste des pays de la région, vers un véritable continuum économique en respect de celui géographique et démographique. Alors marocains et égyptiens, apaisés et confiants, écouteront ensemble Oum Kaltoum chanter aghadan alqak...et se délecteront d'un bon thé à l'ombre d'une pyramide ou de la Tour Hassan...

France-Maroc : le docu qui caricature pour condamner 406

Il y a des documentaires qui éclairent le réel. Et puis il y a ceux qui le déforment au nom d’une cause. Il m’a fallu trois visionnages attentifs pour venir à l’évidence qu' avec «France–Maroc : Je t’aime, moi non plus», diffusé sur France 5 le 5 avril, le téléspectateur n’assiste pas à une enquête, mais à un procès. Un procès à charge, méthodique, où l’accusé est connu d’avance: le Maroc, sa monarchie, et au-delà, son choix politique singulier. La double narration de la voix off et celle de celui dont les propos constituent le fil conducteur n’avait qu’une seule ligne directrice: insinuer, concocter un récit, le consolider et en faire une vérité à force de le répéter de mille manières. Derrière l’apparence du décryptage, c’est en réalité une démonstration idéologique qui se déploie, avec ses certitudes, ses angles morts et ses silences soigneusement entretenus. Le maître-mot: caricaturer pour disqualifier ; le procédé, plutôt transparent: réduire pour mieux condamner. Feu Hassan II est enfermé dans une lecture univoque, celle du «dictateur», sans contextualisation sérieuse des années de plomb, des tensions de la Guerre froide ou des tentatives répétées de coups d’État et d’assassinats qui ont visé le régime. Le seul extrait qu’on lui a trouvé, lui qui était plutôt loquace, est celui où Anne Sinclair lui pose une question sur Khalaat Mgouna.«La capitale des roses», lui avait-il rétorqué. Comme si un État soumis à des menaces existentielles devait réagir avec les standards d’une démocratie permissive. L’histoire nous a bien démontré sur quoi cela pouvait aboutir. Quant à Sa Majesté Mohammed VI, il est présenté comme une simple variation cosmétique du même système: une monarchie «adoucie», mais fondamentalement inchangée. Une lecture paresseuse qui évacue deux décennies de réformes, d’ajustements et d’évolutions réelles. Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de comprendre, mais de figer. Le film devait parler de la relation entre les deux pays, mais la France y est absente donc innocente. La véritable clé du documentaire réside dans ce qu’il ne montre pas. La France, pourtant actrice centrale de cette relation, y apparaît comme en retrait, presque extérieure aux tensions. Une étrange disparition. Où sont les responsabilités historiques du protectorat dont souffre le pays à ce jour? Les imputations territoriales? Les ambiguïtés diplomatiques constantes pour soi-disant préserver un prétendu équilibre entre le Maroc et son voisin? Les intérêts économiques et stratégiques défendus avec constance? Les variations opportunistes du discours sur les droits de l’homme? En creux, le récit devient limpide: le Maroc serait dans l’affect, la pression, voire le chantage. La France, elle, incarnerait la rationalité, l’intelligence et la vérité. Ce déséquilibre n’est pas une maladresse. C’est une construction voulue et assumée dans les images choisies, les séquences et la narration. Comme quand il s’agit de Pegasus. Là, on a suggéré sans prouver, insinué sans conclure. Le traitement de l’affaire dans ce film illustre parfaitement cette mécanique. Le documentaire suggère. Il instille le doute. Il entretient le soupçon et s’arrête là. Jamais il ne rappelle un fait pourtant essentiel: aucune preuve formelle et irréfutable n’a établi la responsabilité du Maroc dans les accusations initiales. Mieux encore, plusieurs éléments sont venus fragiliser ces accusations, au point d’introduire un doute sérieux dans de nombreux cercles d’analyse, y compris au niveau des instances officielles. Ce point n’est pas discuté. Il est simplement évacué. Le spectateur est ainsi laissé dans une zone grise soigneusement entretenue: celle où l’accusation subsiste sans jamais être confrontée à l’exigence de preuve. Bien sûr, c’est volontairement fait ainsi, de façon à ce que la vérité soit masquée par le doute et les insinuations. Ce n’est plus de l’information. C’est de la suggestion. Au-delà, le réel est nié. Le Maroc en transformation est occulté, avec un angle mort majeur: les évolutions du Maroc contemporain. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui a engagé une réconciliation institutionnelle avec son passé ? Non. D’un pays qui a réformé en profondeur son droit de la famille ? Non. D’un pays qui a ouvert, progressivement, des espaces de libertés publiques ou maintenu une stabilité politique rare dans une région tourmentée ? Non. D’un Royaume qui a généralisé la couverture sociale ? Bien sûr que non. Des retraités français qui préfèrent le Maroc? NON. Rien de cela n’est intégré dans la narration. Comme si reconnaître ces dynamiques affaiblissait la thèse initiale. Les réussites économiques et sociales intégrées auraient affaibli la thèse et rejeté les hypothèses. Toute analyse honnête devrait partir de cette tension: un système probablement imparfait, mais qui réussit tout de même mieux que son voisin, par exemple. Un système qui ne s’est jamais figé et qui a fait de la transformation progressive à son rythme une doctrine. Le biais fondamental dans ce film est une définition unique de la démocratie, celle voulue par le narrateur et les invités à qui il a donné le plus de temps de parole. Comme si, pour dire la vérité, il fallait absolument vivre à Paris et écrire en français. Au fond, ce documentaire révèle un biais plus profond: l’incapacité à penser la diversité des modèles politiques. Ici, la démocratie ne peut être que celle de la France socialiste. Tout ce qui s’en écarte devient suspect, illégitime ou transitoire. Le film a fondamentalement ignoré que le Maroc n’est pas la France. C’est une monarchie constitutionnelle, avec ses équilibres propres, ses contradictions, mais aussi sa légitimité historique et populaire. Les Marocains n’y sont pas soumis: ils y sont, dans leur immense majorité, attachés. Ignorer ce fait, c’est sortir du champ de l’analyse pour entrer dans celui du jugement. Quand l’idéologie remplace le journalisme, au final, «France–Maroc: Je t’aime, moi non plus» ne doute jamais. Et c’est précisément là son problème. Tout y est orienté: les choix d’intervenants, les séquences retenues, les silences assumés, les insinuations non corrigées. Ce n’est pas une enquête. C’est une démonstration. Et comme toute démonstration idéologique, elle simplifie le réel jusqu’à le déformer. C’est encore une fois une occasion manquée et un symptôme révélateur. La relation entre la France et le Maroc est trop dense, trop historique, trop humaine pour être réduite à un récit de domination ou de manipulation. Elle est faite de tensions, certes, mais aussi d’interdépendances, de liens humains profonds, d’intérêts croisés, d’attachements durables. Ce documentaire aurait pu en rendre compte. Il aurait pu éclairer les malentendus, interroger les non-dits, équilibrer les responsabilités. Il a préféré instruire un procès. Et ce faisant, il révèle moins le Maroc qu’un certain regard français sur le monde: sûr de lui, normatif, et parfois incapable de voir au-delà de ses propres catégories.

Fuite des cerveaux et déclin démographique : la double peine silencieuse du Maroc... 396

Par-delà les discours convenus sur la modernisation et l’attractivité du Royaume, une réalité plus inquiétante s’impose progressivement, celle de la fuite des cerveaux. Longtemps perçue comme un effet secondaire de la mondialisation, elle devient aujourd’hui un facteur structurel de fragilisation socio-économique. Et cette dynamique prend une ampleur nouvelle à mesure que s’installe une transition démographique marquée par le ralentissement, voire la contraction; du vivier national de talents. L'hémorragie est ancienne, mais désormais elle devient critique. Le phénomène de migration des compétences n’est pas nouveau au Maroc. Depuis des décennies, ingénieurs, médecins, chercheurs ou cadres supérieurs s’orientent vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou, plus récemment, les pays du Golfe. Les raisons sont connues : salaires plus élevés, conditions de travail plus attractives, reconnaissance professionnelle accrue, écosystèmes d’innovation plus matures, fiscalité avantageuse. Dans un contexte de forte croissance démographique, cette perte était en partie absorbée par l’élargissement continu de la base des diplômés. Le système éducatif, malgré ses limites, alimentait un flux suffisant pour compenser, au moins quantitativement, les départs. Mais cette équation est en train de changer. La transition démographique, un tournant qu'on ne peut sous-estimer va aggraver davantage la situation. Le Maroc est entré dans une phase avancée de sa transition démographique. La baisse du taux de fécondité, amorcée depuis les années 1990, s’accélère et s’accompagne d’un vieillissement progressif de la population. Ce phénomène, souvent interprété comme un signe de modernisation, comporte en réalité des implications économiques profondes. La population en âge de travailler, moteur de la croissance, tend à stagner puis à diminuer. Le « dividende démographique », qui a longtemps soutenu le développement du pays, s’érode. Dans ce contexte, chaque départ de talent n’est plus simplement une perte individuelle; il devient un manque systémique, difficilement compensable. Le coût socio-économique des départs est croissant et se fera sentir chaque année un peu plus. C’est ici que se noue le cœur du problème : la fuite des cerveaux, combinée à la décroissance démographique relative, engendre un coût socio-économique cumulatif et croissant. D’abord, sur le plan productif. La perte de compétences rares affecte directement la capacité d’innovation, la compétitivité des entreprises et l’attractivité globale du pays. Les secteurs stratégiques: santé, numérique, ingénierie, recherche scientifique, sont les premiers touchés. Le cas des médecins marocains exerçant à l’étranger illustre de manière frappante cette tension. Former un médecin représente un investissement public considérable, dont les bénéfices sont souvent hélas captés par d’autres économies. Ensuite, sur le plan fiscal. Les profils hautement qualifiés sont aussi ceux qui contribuent le plus aux recettes fiscales et à la création de valeur. Leur départ réduit la base imposable, fragilise les équilibres budgétaires et limite les capacités d’investissement public. Enfin, sur le plan social. La raréfaction des compétences accentue les inégalités territoriales et sectorielles. Certaines régions ou services publics se retrouvent en pénurie chronique de personnel qualifié, ce qui alimente un sentiment d’abandon et creuse les fractures internes. Au-delà des indicateurs économiques, la fuite des cerveaux entraîne une érosion des « externalités positives » associées aux élites formées. Un ingénieur, un chercheur ou un médecin ne produit pas seulement de la valeur individuelle. Il contribue à la diffusion des connaissances, à la formation des générations suivantes, à l’émergence d’écosystèmes innovants et pérenne. Lorsque ces acteurs quittent le territoire, c’est toute une chaîne de transmission qui se fragilise. Le pays perd non seulement des compétences, mais aussi des multiplicateurs de développement. La question est aussi de savoir si avoir une diaspora importante à l'etranger constitue une opportunité ou est une simple illusion compensatoire ? Face à ce constat, l’argument de la diaspora est souvent avancé comme contrepoids. Les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger constituent effectivement une ressource importante. De même, les réseaux diasporiques peuvent favoriser les investissements et les transferts de savoir-faire. Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. Les remises financières, aussi significatives soient-elles, ne remplacent ni la présence physique des compétences ni leur contribution quotidienne à l’économie nationale. Quant aux retours d’expérience ou aux investissements, ils restent encore marginaux au regard de l’ampleur des départs. Il s'agit donc d'imaginet de d'implémenter une véritable stratégie de rétention et de circulation des talents. Face à la double contrainte: fuite des cerveaux et contraction démographique, le Maroc ne peut plus se contenter de réponses partielles. Il s’agit désormais d’un enjeu stratégique majeure voire urgent. Plusieurs leviers peuvent être envisagés : * Améliorer les conditions de travail et de rémunération dans les secteurs clés, notamment la santé et la recherche. * Réformer en profondeur le système éducatif pour mieux aligner les formations sur les besoins du marché et valoriser les filières scientifiques et techniques. * Encourager le retour des compétences par des incitations ciblées (fiscales, professionnelles, académiques). * Développer des écosystèmes d’innovation capables de retenir les talents en offrant des perspectives de carrière et de création. * Mettre en place une politique de “circulation des cerveaux”, favorisant les allers-retours plutôt que les départs définitifs. Ce qui était hier un problème préoccupant devient aujourd’hui une menace structurelle et exige donc une urgence stratégique. Dans un contexte de raréfaction progressive des ressources humaines qualifiées, chaque départ compte davantage, chaque perte pèse plus lourd. La fuite des cerveaux, combinée à la transition démographique, constitue ainsi une double peine silencieuse pour le Maroc. Elle appelle une prise de conscience à la hauteur des enjeux : non plus seulement freiner les départs, mais repenser en profondeur le modèle de développement pour faire du capital humain, rare et précieux, le cœur de la stratégie nationale. Car, à terme, la véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles ni dans ses infrastructures, mais dans la qualité, la créativité et l’engagement de ses femmes et de ses hommes.

Football : Quand la passion tue le Jeu dans l'impunité et la tolérance... 417

Le football est d’abord et sans doute une affaire d’émotions. Il est, par essence, un théâtre à ciel ouvert où se jouent les passions humaines dans leur forme la plus brute, probablement la plus primaire. Il génère joie, colère, fierté, humiliation, appartenance. Des tribunes de Camp Nou à celles du Stade Diego Armando Maradona, en passant par la ferveur du Complexe Mohamed V, par les enceintes vibrantes de Stade Léopold Sédar Senghor ou encore le Parc des Princes, le Vélodrome et le Bernabeu, le football dépasse le simple cadre du jeu pour devenir un phénomène social total. Mais cette intensité émotionnelle, si elle fait la beauté du football, en constitue aussi le danger. Car sans régulation rigoureuse, elle bascule rapidement dans l’excès, puis dans la violence. Aujourd’hui, force est de constater que les règles existent, mais qu’elles sont trop souvent contournées, vidées de leur substance ou appliquées avec une indulgence déconcertante. Sur les terrains comme dans les tribunes, les dérives se multiplient : insultes envers les arbitres, provocations entre joueurs, contestations systématiques, violences physiques, jets de projectiles, envahissements de terrain, propos xenophobes, offenses racistes. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir une norme tolérée. On commence étonnement à s'y habituer. Les exemples récents sont édifiants. En Espagne, dans des stades pourtant réputés pour leur culture footballistique, des chants racistes continuent d’être scandés sans complexe, visant notamment des joueurs comme Vinícius Júnior. Tout récemment c'est la communauté musulmane qui fut insultée. Et pourtant la pépite du football espagnole actuellement est bien musulmane. Un public surchauffé ayant sans doute oublié qu'il n' ya pas si longtemps il était musulman. Parmi ceux qui scandaient ces propos et sans doute aucun, certains portent bien encore les gênes de ce passé récent... À Dakar, il y a quelques jours, des heurts ont dégénéré, transformant une fête sportive en scène de chaos. En Italie, des incidents impliquant des supporters ayant envahi le terrain, pourtant lors d'un match amical, ont mis en danger joueurs et officiels, rappelant les heures sombres du hooliganisme européen des années 1980. Ces épisodes ne sont pas isolés; ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence dans et autour des stades. Même au plus haut niveau du football africain, les dérives comportementales deviennent problématiques. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé un goût amer. Ce qui devait être un moment de célébration du football continental a été terni par des comportements contraires à l’éthique sportive. Les pressions sur l’arbitrage, les contestations excessives, les interruptions de jeu se sont banalisés. Lorsqu’un entraîneur se permet de manipuler le rythme d’un match pour influencer une décision arbitrale, il ne s’agit plus de stratégie, mais d’une remise en cause des fondements mêmes du sport. Malgré l’indignation internationale, les sanctions infligées aux équipes, aux clubs ou aux joueurs concernés restent souvent symboliques, insuffisantes pour éradiquer ces comportements. Phénomène très étonnant: rarement on a vu les clubs ou les fédérations se désolidariser clairement de ce public là. Ils s'en accommodent et quand ils le condamner, c'est du bout des lèvres qu'ils le font dans un ton calfeutré, timide et sans effet. Le problème est double. D’une part, les règlements disciplinaires existent mais manquent de fermeté. D’autre part, leur application souffre d’un manque de cohérence et de courage politique. Les instances comme la FIFA, les confédérations continentales et les fédérations nationales, hésitent à prendre des sanctions réellement dissuasives comme les retraits de points, les huis clos prolongés, les exclusions de compétitions, voire des relégations administratives. Or, sans peur de la sanction, la règle perd toute efficacité. Il suffit de comparer avec d’autres sports pour mesurer le décalage. En rugby, par exemple, le respect de l’arbitre est une valeur cardinale. La moindre contestation est immédiatement sanctionnée. En athlétisme, un faux départ entraîne une disqualification immédiate, sans discussion. Le football, lui, tolère encore trop de comportements qui devraient être inacceptables. Cette permissivité a un coût. Elle fragilise l’image du football, dissuade certaines familles de fréquenter les stades et met en danger la sécurité des acteurs du jeu. Plus grave encore, elle prépare le terrain à des drames futurs. L’histoire nous a déjà appris, à travers des catastrophes comme celle du "Heysel Stadium disaster", que la violence dans les stades peut avoir des conséquences tragiques. Il est donc urgent de réagir. Réguler le football ne signifie pas tuer son âme, mais au contraire la préserver. Il ne s’agit pas d’éteindre les passions, mais de les canaliser. Cela passe par des mesures fortes, par des sanctions exemplaires contre les clubs et les joueurs fautifs, par la responsabilisation des fédérations nationales, l'utilisation accrue des technologies pour identifier les fauteurs de troubles, et surtout, une volonté politique claire des instances dirigeantes nationales et internationales. Le football ne peut pas continuer à être ce « marché de l’émotion » livré à lui-même. Car à force de tolérer l’intolérable, il risque de perdre ce qui fait sa grandeur et sa capacité à rassembler plutôt qu’à diviser. Si la FIFA ne se décide pas à agir avec fermeté, alors le danger est réel : celui de voir le football s’enfoncer dans une spirale où la violence l’emporte sur le jeu, et où, un jour, les drames dépasseront le simple cadre du sport. La décision tant attendue du Tribunal arbitral du sport (TAS), dans l'affaire de la finale de la CAN 2025, devrait confirmer la rigueur et l'intégrité dans l'application des règles, au moins à ce niveau, renforçant ainsi la crédibilité de la compétition panafricaine et du football en général.

Maroc éternel, Maroc incassable : l'identité qui triomphe de l'exil... 536

Il existe des appartenances que la géographie dissout avec le temps, et d’autres qu’elle renforce à mesure que la distance s’installe. L’expérience marocaine relève assurément de la seconde catégorie. À travers les générations, parfois jusqu’à la troisième ou quatrième, un phénomène intrigue. Des femmes et des hommes nés loin du Maroc continuent de s’y reconnaître, de s’y attacher, de s’y projeter. Ils ont quitté le pays ou n’y ont jamais vécu durablement, ils sont nés loin du pays mais le Maroc, lui, ne les a jamais quittés. Comment expliquer une telle persistance ? Pourquoi cette fidélité traverse-t-elle les classes sociales, les confessions, les degrés de religiosité et même les nationalités acquises ailleurs ? Comment une mémoire est si indélébile. Comment résiste-elle à l’épreuve du temps, de l’éloignement et des acquis culturels nouveaux, sinon par le poids profond de la conscience nationale ? Le Maroc n’est pas un simple État moderne issu des recompositions du XXe siècle. C’est une construction historique ancienne, façonnée par des siècles, des millénaires, de continuité politique et civilisationnelle. Des dynasties comme les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Saadiens ou les Alaouites ont forgé un espace politique et symbolique stable, dont la permanence dépasse les ruptures apparentes. Cette profondeur historique irrigue l’imaginaire collectif. Elle donne aux Marocains, y compris ceux de la diaspora, le sentiment d’appartenir à une histoire qui les précède et les dépasse. Être marocain n’est pas seulement une nationalité. C’est une inscription dans une continuité, une identité composite forgée par l’inclusion. L’identité marocaine s’est bâtie par sédimentation. Elle est amazighe, africaine, arabe, andalouse, hébraïque. Autant de strates qui coexistent en équilibre singulier, se complètent, s'imbriquent sans s’exclure. Cette pluralité ancienne explique la capacité des Marocains à embrasser la diversité sans rupture identitaire. Ainsi, un Marocain juif en Europe ou un musulman naturalisé ailleurs partage souvent une référence affective commune au Maroc; non par ignorance des différences, mais parce qu’elles s’inscrivent dans un cadre historique et géographique partagé. Cette identité inclusive permet une rareté : rester profondément marocain sans renoncer à d’autres appartenances, la monarchie servant de fil symbolique. Dans cette architecture complexe, la monarchie joue un rôle structurant. Sous Mohammed VI, elle incarne continuité historique et stabilité contemporaine. Pour les Marocains de l’étranger, le lien au Trône dépasse la politique. Il touche au symbole et à l’affectif. Une dimension que seuls les Marocains saisissent pleinement. Elle agit comme un point fixe dans un monde mouvant, offrant une permanence face aux changements de langue, d’environnement ou de citoyenneté. Cette transmission s’opère invisiblement dans la famille, dans les rites. Ce n'est pas une mémoire mais des mémoires sensibles et vivantes. La diffusion et le transfert se manifestent aussi dans les cuisines aux recettes ancestrales, dans les musiques et les sons, dans les salons où résonne la darija, par les étés « au bled », les gestes, les intonations, les moussems ou les hiloulas. L’identité marocaine se transmet moins par discours que par expériences sensorielles : goûts, odeurs, rythmes, hospitalité. C’est ainsi que les générations nées à l’étranger ressentent une appartenance non apprise formellement, une fidélité active mêlant affect et volonté revendiquée. La diaspora ne se contente pas d’un attachement abstrait. Elle agit. Les transferts financiers, les investissements, les engagements publics, la défense des positions marocaines à l’international en témoignent. Ce patriotisme opérant prolonge l’affect en action, un devoir envers la nation, une fidélité marocaine. Les marocains peuvent être exilés, mais jamais déracinés. Pour la diaspora marocaine l'attachement transcende les océans. Même dans des fonctions politiques, économiques ou universitaires à l’étranger, les Marocains portent explicitement ou implicitement leur pays d’origine. L’altérité des sociétés d’accueil renforce cette identité. Le regard extérieur consolide ce sentiment d’appartenance à une culture si marquante qui se cristallise, se revendique, se magnifie. Ce phénomène, intense chez les Marocains, oblige à nommer ce qui allait de soi au pays : une continuité à distance. Ni nostalgie figée ni simple héritage, cette relation est une dynamique profonde. Le Maroc n’est pas seulement un lieu; c’est le lien qui traverse les générations, s’adapte sans se diluer, rappelant que l’exil ne défait pas toutes les appartenances. Le Maroc est au quotidien en nous dans une mémoire pérenne, solide et sans faille, qui défie les frontières et le temps.

Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 663

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.

Cartographier le Monde 5/5 757

Une singularité intéressante des récits scientifiques tient à la manière dont ils découpent les questions qu’ils cherchent à résoudre. Là où les mythes cosmogoniques ou les grands corpus religieux — tels que la Bible — agrègent dans un même ensemble narratif des réponses à une multitude d’interrogations (comment le monde fut créé, d’où viennent les humains, pourquoi certains animaux possèdent telle caractéristique ou pourquoi tel relief existe), les modèles scientifiques tendent au contraire à isoler les problèmes. Chaque théorie s’attache ainsi à traiter un phénomène particulier : l’origine de l’univers dans le cas du modèle du Big Bang, l’apparition de la diversité biologique pour la théorie de l’évolution, ou encore la formation des continents pour la tectonique des plaques. Une autre différence notable concerne la cohérence interne de ces systèmes narratifs. Les théories scientifiques sont conçues pour s’inscrire dans un cadre explicatif global dont les différentes parties doivent être compatibles entre elles et révisables à la lumière de nouvelles observations. Les corpus religieux, quant à eux, sont souvent le produit d’une longue stratification de traditions. La Bible, par exemple, rassemble des textes composés sur plusieurs siècles et issus de contextes historiques variés. Il n’est donc pas surprenant que certaines représentations du divin ou certains messages évoluent au fil des textes. Ainsi, si la Genèse présente un Dieu créateur unique, d’autres passages de l’Ancien Testament semblent conserver la trace d’un horizon religieux où l’existence d’autres puissances divines n’est pas totalement absente. À titre d’exemple, dans l’Exode, Moïse chante : « Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, redoutable en exploits, opérant des merveilles ? » Ou encore dans Psaume 82 :1-8 dans lequel il est fait mention d’une assemblée divine : « Dieu se tient dans l’assemblée de Dieu, il juge au milieu des dieux : Jusqu’à quand jugerez-vous de façon injuste et favoriserez-vous les méchants? » » De même, l’image du divin se transforme au fil des traditions bibliques. Le Dieu de l’Ancien Testament apparaît souvent comme une puissance redoutable capable de punir collectivement des peuples entiers — lors du déluge, de la destruction de Sodome et Gomorrhe ou encore de la mort des premiers-nés d’Égypte. Le Nouveau Testament propose pour sa part une figure divine radicalement différente, centrée sur l’amour, le pardon et la rédemption. Ces transformations ne témoignent pas nécessairement d’une incohérence, mais plutôt de l’évolution des représentations religieuses au sein des sociétés qui ont produit ces textes. À la différence de nombreux systèmes mythologiques ou religieux, les récits scientifiques sont conçus pour être continuellement révisés à la lumière de nouvelles observations. Leur cohérence interne constitue un critère central : toute nouvelle théorie doit non seulement expliquer les phénomènes qu’elle étudie, mais aussi s’articuler avec les cadres théoriques déjà établis ou, le cas échéant, les remplacer par un modèle plus englobant. L’histoire des sciences est ainsi jalonnée de ces moments de réorganisation où un nouveau récit explicatif vient redessiner la carte du réel. L’un des grands défis de la physique contemporaine illustre bien cette exigence de cohérence. Deux théories aujourd’hui extraordinairement efficaces décrivent l’univers à des échelles différentes : la mécanique quantique, qui rend compte du comportement de la matière et de l’énergie à l’échelle des particules, et la relativité générale, qui explique la structure de l’espace-temps et la gravitation à l’échelle cosmique. Pourtant, ces deux cadres théoriques demeurent difficiles à concilier dans un modèle unique. La quête d’une théorie capable d’unifier ces deux descriptions — parfois évoquée sous le nom de « théorie du tout » — constitue ainsi l’un des grands chantiers de la physique fondamentale. Quoiqu’il en soit, c’est dans cette perspective fonctionnelle que j’intégrerai, aux côtés des grands corpus théologiques comme la Bible, le Coran ou la Torah, ce que j’appellerai désormais des récits scientifiques — non comme des mythes contemporains, mais comme des formes narratives structurantes participant à l’élaboration d’une représentation partagée du réel.

Cartographier le Monde 4/5 765

Les mythes du Vieil Home Coyote et celui des Jumeaux primordiaux sont particulièrement intéressants car ils ne proposent pas seulement une explication sur la naissance du monde ou comment les humains ont été créés — ou sont devenus les humains que nous connaissons — mais aussi pourquoi l’ours hiberne, pourquoi les hommes disposent d’armes quand les animaux n’en ont pas ou encore la séparation entre la vie et la mort. Ils sont également surprenants à plus d’un point de vue. Le conte du Vieil Homme Coyote ne mentionne ni être tout-puissant et omniscient, ni divinités anthropomorphes auxquelles les humains devraient respect et obéissance. On y rencontre plutôt des entités dont les frontières nous semblent mal définies : animaux ? humains ? ancêtres ? totems ? Tous parlent et s’expriment. Le nom même du personnage central — Vieil Homme Coyote — illustre cette ambiguïté. L’humain n’y occupe pas de position particulière et plusieurs animaux, comme les canards ou les coyotes, jouent un rôle central dans le récit. Le récit japonais des jumeaux cosmiques présente une configuration très différente. Les protagonistes y sont clairement anthropomorphiques, mais ils semblent eux-mêmes soumis à des forces ou à des lois implicites. Les animaux, quant à eux, sont totalement absents du récit. Pour un lecteur néophyte, on y reconnaît à peine le motif du plongeon cosmogonique, et aucun personnage n’incarne une puissance créatrice souveraine. Dans notre aire culturelle, les mythes de l’Antiquité ont progressivement marginalisé ces récits plus anciens dont nous avons presque entièrement oublié l’existence. Puis la Genèse a, à son tour rempli cette fonction. Dieu, tel que nous le connaissons aujourd’hui, crée le monde puis l’homme, l’Adam, en lui accordant une place singulière au sein de la création. Façonné à l’image de Dieu, l’homme se voit non seulement confier la responsabilité de nommer les autres êtres vivants, mais également celle de « commander au poisson de la mer, à l’oiseau du ciel, aux bêtes et à toute la terre » (La Bible, Nouvelle traduction, 2009). Ce passage introduit d’ailleurs une hiérarchie explicite entre l’humain et l’animal, qui ne se retrouve pas nécessairement dans de nombreuses cosmologies animistes ou polythéistes. Ce récit biblique a-t-il, à lui seul, transformé les relations concrètes entre humains et animaux ? Sans pouvoir l’affirmer de manière certaine, il semble raisonnable de considérer que la diffusion institutionnalisée des textes bibliques a contribué à cristalliser cette représentation hiérarchisée, qui perdure probablement encore aujourd’hui et continue d’influencer notre perception de l’homme et de sa place dans la nature, et ce, même au sein de la communauté scientifique. Alors comment positionner les théories scientifiques modernes — telles que le modèle du Big Bang ou la théorie de l’évolution? Bien que basées sur des démarches cognitives bien différentes basées sur l’observations, l’expérimentation et modélisation, ces théories occupent aujourd’hui une place centrale dans la représentation partagée de l’origine et de la structure du monde. Il ne s’agit évidemment pas ici de comparer leur validité ou les processus cognitifs en œuvre pour l’un ou l’autre, mais d’observer que ces différentes productions humaines remplissent, à des époques distinctes, une fonction analogue : offrir aux groupes et aux individus une lecture commune du monde qui les entoure.

Cartographier le Monde: Izanagi et Izanami, les jumeaux divins primordiaux 3/5 760

Le mythe de création des îles japonaises (version synthétique) ________________________________________ À l’origine, le monde n’était encore qu’une masse informe flottant entre ciel et terre, semblable à une mer primitive où rien n’était encore clairement séparé. Les premières divinités apparurent progressivement, mais aucune ne parvint à organiser ce chaos primordial. Les dieux confièrent alors cette tâche à deux divinités jumelles : Izanagi et Izanami. Depuis le pont céleste, Izanagi plongea dans l’océan primordial une lance sacrée, l’Amenonuhoko. Lorsqu’il la retira, les gouttes d’eau salée qui tombèrent de sa pointe se solidifièrent et formèrent la première île, Onogoro. Les deux divinités descendirent sur cette île et dressèrent un pilier céleste autour duquel elles accomplirent un rituel d’union. De leur union naquirent progressivement les îles de l’archipel japonais ainsi que de nombreuses divinités, les kami, qui peuplèrent et organisèrent le monde. Mais lorsque Izanami donna naissance au dieu du feu, elle fut mortellement brûlée et mourut. Izanagi tenta alors de la retrouver dans le monde des morts, mais l’horreur de ce royaume le contraignit à fuir. Après cette séparation, le monde des vivants et celui des morts furent définitivement distingués. Izanagi purifia ensuite son corps dans une rivière, et de ce rituel naquirent encore d’autres divinités majeures, parmi lesquelles la déesse du soleil Amaterasu.

Cartographier le Monde : Mythe du « Vieil Homme Coyote crée le monde » 2/5 753

Mythe du « Vieil Homme Coyote crée le monde » (version synthétique) _______________________________________ Au commencement, la terre n’existe pas encore. Il n’y a qu’une immense étendue d’eau. Le ciel et l’eau forment l’unique paysage du monde primordial. Nulle part où poser le pied. Le Vieil Homme Coyote demande alors à deux canards de plonger pour voir s’il y a quelque chose au fond de l’eau. Le premier canard plonge et met longtemps à remonter. À son retour, il raconte qu’en descendant sa tête a heurté quelque chose de dur. Le canard replonge alors une seconde fois et remonte cette fois avec une racine. « S’il y a une racine, dit le Vieil Homme Coyote, c’est qu’il doit y avoir de la terre. » Le canard plonge une troisième fois et remonte avec une petite poignée de boue dans son bec. Le Vieil Homme Coyote prend la boue et y plante la racine. Aussitôt, tout se met à pousser : herbes, plantes et arbres de toutes sortes. « C’est bien beau, disent les canards, mais c’est un peu plat ! » Le Vieil Homme Coyote crée alors les montagnes. Plus tard, les canards lui disent encore : « On s’ennuie ! » Le Vieil Homme Coyote crée alors d’autres animaux — le cerf, le bison, le castor — puis enfin les humains. Parmi les animaux ainsi créés, l’ours, particulièrement capricieux, se voit imposer d’hiberner afin de laisser les autres en paix une partie de l’année. Quant à l’homme, qui n’a ni griffes ni crocs pour se défendre, il reçoit le don des armes. ________________________________________

Cartographier le monde : la fonction cosmologique des récits 1/5 757

Se raconter la naissance du monde, comprendre les limites de son territoire, nommer les entités et les êtres avec lesquels on cohabite, expliquer la singularité de l’être humain… Toute communauté humaine élabore des représentations communes de son environnement. Les récits participent à la construction de ces cartes mentales qui nous permettent de nous situer, puis d’interagir avec le monde. Les récits de création chez les peuples aborigènes d’Australie en sont une illustration quasi littérale : les « chants de pistes » sont en effet des cartes du territoire facilitant la navigation à travers les contrées parfois hostiles de l’Australie à une époque où les cartes papier et les GPS n’existaient pas. Aujourd’hui encore peu accessibles, au grand public parce qu’ils appartiennent au domaine du sacré et sont réservés aux initiés, ces chants racontent comment serpents, émeus, fourmis à miel ont façonné le paysage en faisant émerger montagnes, cours d’eau, plantes et animaux. Ces « empreintes des ancêtres » constituent autant de signes que les maîtres des chants suivent dans un ordre précis, retraçant ainsi des pistes sillonnant des territoires de plusieurs milliers de kilomètres. Bruce Chatwin dans son livre « Chant de piste » souligne également l’importance du rythme de ces chants : la cadence et la mélodie permettent non seulement de mémoriser ces itinéraires complexes, mais également de synchroniser la marche avec le paysage traversé. Chanter revient alors littéralement à faire exister le territoire, chaque vers réactivant la trace laissée par les ancêtres. Outre ce cas bien particulier, d’autres récits remplissent cette fonction quoique de façon moins littérale voir plus symbolique. Les mythologues les classent dans de nombreuses catégories parmi lesquelles on trouve les mythes des origines : les cosmogonies, qui racontent la naissance du monde ; les anthropogonies, qui traitent de l’apparition de l’être humain ou d’un peuple ; les étiologies, qui expliquent des phénomènes particuliers ; et les récits totémiques, qui définissent les relations entre groupes humains et espèces animales. Bien que distinctes sur le plan thématique, toutes ces catégories remplissent une fonction commune : renseigner l’être humain sur son environnement, sur son origine, et sur les liens qui l’unissent aux autres entités ou aux autres vivants. Parmi les récits les plus anciens qui nous soient parvenus, je vous propose de découvrir deux récits intégrant le motif du plongeon cosmique que l’on pourrait qualifier de fossiles narratifs : Une entité créatrice — dieu, esprit ou animal ancestral — envoie un animal plongeur explorer les profondeurs. Après plusieurs tentatives, celui-ci remonte avec un peu de boue ou de sable. Cette matière, parfois déposée sur le dos d’un animal géant ou étendue par une puissance créatrice, devient progressivement la terre ferme. Selon les travaux de Jean-Loïc Le Quellec et Julien d’Huy, l’origine de ce motif pourrait remonter à la fin du Paléolithique supérieur, (entre –30 000 et –20 000 ans avant notre ère). Il aurait ainsi traversé des millénaires de transmission culturelle, se transformant au fil des migrations. Aujourd’hui largement oubliés dans notre aire culturelle, ce motif circule encore chez plusieurs peuples autochtones d’Amérique du Nord ou encore au Japon, en Inde et en Russie sous différentes formes narratives. On le retrouve notamment dans le récit crow « Le Vieil Homme Coyote crée le monde », ainsi que dans la légende des jumeaux Izanami et Izanagi (Japon)

Fiscalité pétrolière, efficacité des aides et justice sociale : quelle stratégie pour le Maroc face aux chocs énergétiques ? 798

Au déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, les marchés énergétiques mondiaux ont été brutalement déséquilibrés. Le baril a franchi des seuils historiques, entraînant une hausse immédiate des prix à la pompe dans les pays importateurs nets comme le Maroc. Face à cette situation, le gouvernement a opté pour une aide directe aux transporteurs afin de contenir l’inflation et d’éviter la répercussion des hausses sur les prix des biens et services. L’expérience a néanmoins montré ses limites. Malgré les subventions, les prix du transport ont bel et bien augmenté, entraînant dans leur sillage le coût de tous les produits et services. Ce décalage entre l’intention et la réalité pose une question centrale: comment amortir efficacement un choc énergétique dans une économie libéralisée, sans creuser les inégalités ni alimenter les rentes ? Le choix d’aider spécifiquement les transporteurs reposait sur l’hypothèse implicite que ces derniers joueraient le rôle d’amortisseur, en absorbant une partie de la hausse. Or, dans un marché où les marges sont contraintes et la concurrence forte, il est économiquement rationnel pour les opérateurs de répercuter les coûts sur les tarifs, malgré le soutien public. Plusieurs facteurs expliquent cet échec relatif: - Absence de mécanismes contraignants. Aucune obligation stricte n’a empêché la répercussion des hausses sur les prix finaux. - Effet d’aubaine. Certaines entreprises ont perçu les aides sans modifier leur politique tarifaire. - Difficulté de ciblage. Les aides ont bénéficié à un segment spécifique sans garantir un impact global et durable sur l’économie. Ce constat est d’autant plus préoccupant que le Maroc reste fortement dépendant des importations de produits raffinés depuis la fermeture de la raffinerie Samir. Aujourd’hui, les tensions autour du détroit d’Ormuz ravivent les craintes d’un nouveau choc pétrolier. Ce corridor maritime, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial, constitue un point névralgique de l’approvisionnement énergétique global. Sa perturbation fait bondir les cours et, mécaniquement, les prix à la pompe au Maroc. Les États à travers le monde ont adopté des stratégies variées, avec des résultats contrastés : 1. Le plafonnement des prix. L’efficacité est immédiate, avec des boucliers tarifaires sur l’électricité et le gaz, parfois accompagnés de plafonds sur les carburants. Ces mesures contiennent l’inflation à court terme, au prix d’un coût budgétaire très élevé, d’un effet de désincitation à la sobriété énergétique et d’une aubaine pour les consommateurs les plus aisés. 2. Les transferts directs. Une réponse sociale mais imparfaite. Certains pays ont octroyé aux ménages des chèques énergie ou des aides forfaitaires. Politiquement populaires, ces dispositifs sont souvent critiqués pour leur caractère inflationniste, leur manque de ciblage précis et le risque de nourrir une dépendance à des aides conjoncturelles. 3. La modulation fiscale, un levier structurel. Plusieurs États, comme l’Autriche, l’Espagne, l’Italie ou le Japon, ont choisi de réduire temporairement les taxes sur les carburants pour limiter la hausse du prix à la pompe. Cette approche agit directement sur le prix final payé par tous les consommateurs, sans passer par des intermédiaires. Elle repose sur un principe de lisibilité et de partage de l’effort entre l’État et les usagers. Dans le cas marocain, une part significative du prix à la pompe est constituée de taxes: TIC et TVA notamment, qui impactent fortement le prix au litre et confèrent à l’État un levier majeur dans la formation des prix. Réduire temporairement ces taxes reviendrait à instaurer un mécanisme explicite de partage du choc entre l’État et les citoyens, au lieu de concentrer l’aide sur un seul secteur. Une telle option présente plusieurs avantages: - Universalité : elle bénéficie à tous, du transporteur routier au salarié utilisant sa voiture pour se rendre au travail. - Transparence : la baisse est visible immédiatement à la pompe, ce qui renforce la confiance et la lisibilité de l’action publique. - Efficacité économique : elle réduit directement le coût du carburant. - Justice sociale : en renonçant à une partie de la rente fiscale sur un produit devenu vital, l’État assume clairement sa part de l’effort. La réduction ciblée et temporaire de la fiscalité pétrolière apparaît ainsi comme la solution la plus efficace et la plus démocratique pour amortir un séisme énergétique. Cette piste n’est pas nouvelle dans le débat marocain, comme en témoigne le soutien généralisé via la Caisse de compensation, abandonné à partir de 2015. L’allègement du coût du carburant par la subvention a déjà été mis en œuvre sans que les résultats espérés par la théorie ne soient atteints. Faut il le rappeler ? La réduction des taxes, si elle est décidée, ne peut être ni illimitée ni permanente, mais strictement encadrée dans le temps, calibrée en fonction des capacités budgétaires et articulée à une réforme plus large du marché des hydrocarbures (concurrence, marges, stockage stratégique, réouverture ou alternative à la capacité de raffinage nationale). Autrement dit, la modulation fiscale ne doit pas être un réflexe de court terme, mais l’outil d’une stratégie globale de sécurité énergétique. Le Maroc est devant un choix stratégique : persister dans la logique des aides ponctuelles aux transporteurs ou assumer un mécanisme de partage du choc via la fiscalité. S'il opte pour le second choix et s’il perd des recettes à court terme, il gagnera en cohésion sociale et en prévisibilité économique, avec trois enseignements majeurs: - Privilégier les mécanismes directs via la fiscalité, composante déterminante du prix à la pompe, qui reste l’outil le plus efficace pour agir rapidement, universellement et de manière démocratique. - Éviter les distorsions de marché. Des aides ciblées sans contrôle strict produisent des effets inverses à ceux recherchés ; elles alimentent des rentes sans garantir la protection du consommateur final. - Penser le long terme. La question énergétique ne peut être dissociée de la souveraineté industrielle (raffinage, stockage) et de la résilience budgétaire de l’État. Au-delà de la gestion conjoncturelle, c’est un véritable contrat social autour de l’énergie qu’il convient de repenser. Dans un pays où la voiture est à la fois un outil de travail, un moyen d’accès aux services essentiels et un vecteur de mobilité, le prix du carburant est un enjeu profondément politique, au croisement de la justice sociale et de la soutenabilité budgétaire. Plutôt que de multiplier les dispositifs ponctuels au profit d’un secteur particulier, le Maroc gagnerait à adopter une approche plus systémique, fondée sur la transparence fiscale, l’équité et l’efficacité économique. La modulation des taxes sur les carburants, en tant que levier universel et immédiat, est plus conforme aux exigences démocratiques. C’est une réponse plus crédible aux chocs présents et à ceux à venir.

Changer de regard sur le mythe de Médusa 844

Bien avant que Persée ne la décapite et ne s'empare de sa tête de monstre hideux, Médusa, la Gorgone au regard pétrifiant et aux cheveux de serpents a été violée. Ovide rapporte, que dans le temple de Minerve, Neptune l'a forcée. Sa chevelure était, paraît-il si belle qu'il n'a pas su résister. "On" dit que Minerve, furieuse, l'aurait punie en la métamorphosant en une créature effrayante capable de tuer d'un seul regard. Une femme, pardon, une déesse symbolisant la justice et la sagesse aurait donc puni une autre femme pour avoir été violée - dans un lieu sacré. Mais le texte d'Ovide "Métamorphoses" ne dit pas "Minerve a puni Méduse", non, c'est l'acte qui est condamné: "Le maître de la mer l'aurait outragée dans le temple de Minerve ; la fille de Jupiter se détourna, dissimula derrière son égide son chaste visage et, pour ne pas laisser cet acte impuni, transforma les cheveux de la Gorgone en hydres affreuses. Maintenant encore, pour effrayer ses ennemis épouvantés la déesse arbore sur sa poitrine les serpents qu'elle a fait naître. " En réalité, on s'apercoit que ce texte laisse place a plusieurs interprétations mais qu'une seule a été relayée pendant plusieurs siècles par les institutions occidentales. On l'a trouve d'ailleurs encore sur Wikipedia. Aujourd'hui, les féministes se sont emparées de ce récit et en propose une lecture intéressante: Minerve n'aurait-elle pas dotée Méduse d'un pouvoir lui permettant de se protéger du regard des hommes et de les punir, eux? Son effigie orne d'ailleurs les portes de certains temples dont celui d'Artémis - Méduse, de "medein", régner, protéger en grecque, Méduse la gardienne, la protectrice donc. Ovide, lui, n'a pas tranché, nous laissant la liberté de nous réapproprier ce mythe et lui conférant ainsi la propriété de circuler dans des systèmes narratifs différents voir même en opposition.

De la Sédition à la Sanction – Le Réveil de la Conscience Juridique de la CAF 868

La décision rendue par la CAF concernant l’épilogue tumultueux de la finale Maroc-Sénégal ne saurait être réduit à une simple chronique sportive. Il marque l’avènement d’un précédent législatif salvateur où la force du droit s'est, enfin, substituée à la manœuvre de la « Realpolitik ». En infirmant le verdict initial, la Commission d'Appel brise le cycle de l'impunité et du déni de justice structurel qui menaçait de fragiliser les fondations mêmes du football africain. La Fin de la « Prise d’Otage » du Jeu Dans nos précédentes analyses, nous dénoncions une « paralysie tactique » : une véritable prise d'otage du match où le Onze sénégalais, en instrumentalisant les zones grises du terrain, avait exercé une pression insupportable sur le corps arbitral. Cette sédition périmétrale consistait à demeurer dans le périmètre technique pour neutraliser de facto le couperet de l’article 82, tout en empêchant la tenue normale de la rencontre. Aujourd'hui, la Commission d'Appel a tranché : cet usage du chantage au retrait comme levier de négociation ne sera plus toléré. En déclarant le Sénégal forfait (3-0) par application de l'article 84, la CAF reconnaît enfin que l'entrave volontaire est une rupture de l'éthique sportive qui mérite la sanction suprême. La Primauté de la Réalité Matérielle sur le Formalisme Le basculement opéré réside dans un changement de paradigme probatoire. Là où le Conseil de Discipline s’était enfermé dans un aveuglement volontaire, se bornant aux rapports laconiques des officiels, la Commission d’Appel a restauré la hiérarchie des faits. • Le Crépuscule de la Vérité Administrative : L'arbitre, dont la perte d'autorité était la cause première de l'escalade, ne peut plus être le seul narrateur légitime des faits. • La Réintégration du Réel : En réhabilitant les preuves matérielles, chronométriques et vidéos, l'instance a pu caractériser l'intentionnalité de l'entrave là où le régime actuel s'apparentait à un « arbre aux fruits amers ». • L’Effondrement du Récit de Victimisation : La stratégie de la Fédération Sénégalaise, visant à dépeindre une mainmise marocaine imaginaire pour devenir « politiquement intouchable », a trouvé sa limite juridique. Du « Hard Power » Judiciaire à la Modernité Institutionnelle Le premier verdict semblait être le fruit d'une influence institutionnelle où le Sénégal paraissait avoir sécurisé un certain "Hard Power" judiciaire au sein des instances. Cette "mécanique de l'esquive" — consistant à sacrifier le fusible (le sélectionneur) pour sanctuariser l'institution — n’était qu'une manœuvre dilatoire destinée à ménager une fédération omniprésente dans les arcanes de la CAF. Le Maroc, injustement décrit comme le « démiurge » de la CAF par certains narratifs, voit sa position de chantre de la modernité institutionnelle confortée. Le droit du plus fort a cédé la place à la force du droit. Plaidoyer pour un Délit d’Entrave Sui Generis Cette victoire confirme l'urgence de notre proposition : la création d'un cadre disciplinaire spécifique sanctionnant l'intentionnalité de l'entrave. Notre droit sportif est prisonnier d'un binarisme obsolète entre le match joué ou abandonné. Il est impératif d’instaurer une « scientisation » des sanctions pour que tout refus de reprise, même statique, entraîne une défaite automatique. Ce verdict est un message salvateur envoyé aux architectes du sabotage : le terrain reste le seul juge, et le règlement, le seul arbitre. La Commission d’Appel a transformé ce qui aurait pu être un déni de justice structurel en un précédent législatif historique.

Le sport au Maroc : entre reconnaissance constitutionnelle et stagnation structurelle 924

Depuis la Constitution de 2011, le sport est reconnu comme un droit fondamental des citoyens marocains, avec trois articles garantissant l'accès aux infrastructures et à la pratique physique, sous la responsabilité de l'État et des collectivités territoriales. Pourtant, ce cadre ambitieux reste entravé par une loi antérieure à la réforme constitutionnelle et non amendée depuis, créant un décalage entre principes élevés et mise en œuvre concrète. La loi 30‑09, promulguée par dahir en 2010, structure les relations entre l'État, les fédérations et les associations, mais privilégie une logique de contrôle administratif plutôt qu’une dynamique de promotion active de la pratique sportive. Elle s’articule difficilement avec la nouvelle architecture territoriale issue de la Constitution de 2011, ne consacre pas de manière suffisamment opératoire des catégories comme le sport scolaire ou le sport pour tous, et reste avare en mécanismes d'incitation économique et fiscale susceptibles d’attirer l’investissement privé dans une économie du sport encore émergente. Le dispositif apparaît ainsi davantage orienté vers la conformité réglementaire que vers l’élargissement de la base de pratiquants, à rebours de plusieurs législations étrangères qui visent explicitement à stimuler la participation et les partenariats public‑privé. Les effets de ces limites se lisent dans le niveau de pratique organisée. Avec une population d’environ 36,8 millions d’habitants en 2024, le Maroc compterait autour de 350 000 licenciés sportifs, soit moins de 1% de la population engagée dans une pratique fédérale structurée. Ce ratio extrêmement faible contraste fortement avec d'autres pays. La France compte près de 17 millions de licences pour une population d’environ 68 millions d’habitants, soit environ 25 licences pour 100 habitants, signe d’un haut niveau de structuration de la pratique fédérale. Aux Pays‑Bas, les taux atteignent entre 15% et 25%. Le taux est estimé à 30% en Allemagne. Autrement dit, là où les sociétés européennes parviennent à transformer le potentiel démographique en pratique régulière et organisée, le Maroc demeure dans une configuration où la base de licenciés reste marginale au regard de la population totale. Ce déficit quantitatif s’accompagne d’une forte fragmentation du paysage fédéral, marqué par la coexistence de fédérations relativement structurées et de disciplines avec un noyau très restreint de pratiquants. Certaines disciplines fonctionnent de manière quasi confidentielle, d'où la question de la pertinence des modes d’allocation des ressources publiques et de la capacité réelle de ces fédérations à assurer leurs missions de développement de la pratique de masse, de formation des cadres, de détection des talents et de structuration économique des disciplines. Dans les modèles les plus performants, les fédérations jouent un rôle pivot, articulant sport de masse, haut niveau et développement économique. Lorsque la base de pratiquants est aussi réduite, la soutenabilité d'un bon modèle devient problématique. Depuis l’entrée en vigueur de la loi 30‑09, plusieurs responsables se sont succédés à la tête du département en charge du sport, sans qu’une réforme législative n’ait été menée pour aligner le cadre juridique sur les exigences de la Constitution de 2011. Cette inertie normative tranche avec un environnement en profonde mutation, marqué par la professionnalisation croissante du sport, la montée des enjeux économiques et médiatiques et les ambitions du Maroc en matière d’organisation d’événements internationaux. Alors que, dans de nombreux pays, les politiques sportives sont conçues comme des politiques publiques transversales, articulées à la santé publique, à l’éducation, à l’urbanisme, à l’économie et à l’emploi, cette approche intégrée demeure incomplètement traduite dans les textes et les dispositifs opérationnels marocains. Face à ce constat, plusieurs axes de réforme apparaissent incontournables. Un remplacement de la loi 30‑09 permettrait d’introduire des définitions des concepts plus précises, de clarifier la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales et d’intégrer explicitement les objectifs constitutionnels en matière de droit au sport et d’égalité d’accès. Elle pourrait également renforcer les dispositions relatives à l’éthique, à la gouvernance et à la transparence des fédérations et associations sportives, afin de consolider leur légitimité et leur capacité d’action. Le développement du sport scolaire, universitaire et celui pour tous, constitue un deuxième levier stratégique. L’expérience internationale montre que les systèmes sportifs les plus performants reposent sur un socle puissant de pratique en milieu éducatif, qui joue un double rôle: élargir la base de pratiquants et alimenter le vivier de talents pour le haut niveau. Au Maroc, une politique volontariste d’intégration du sport dans les cursus scolaires et universitaires, soutenue par des infrastructures de proximité pour tous, contribuerait à sortir le pays de la zone de très faible densité de licenciés où il se trouve actuellement. Pour cela, un axe important à envisager en urgence est la formation de bon niveau des enseignants. Un troisième axe concerne les incitations économiques et fiscales. L’investissement privé et associatif dans les infrastructures et les clubs pourrait être stimulé par des mécanismes ciblés: déductions, exonérations partielles, dispositifs de mécénat sportif, ainsi que par un cadre plus lisible pour les partenariats public‑privé. Une telle évolution permettrait de réduire la dépendance vis‑à‑vis des subventions publiques et de dynamiser l’économie du sport, qui génère déjà 1,6% du PIB, mais reste en deçà de son potentiel. Enfin, la rationalisation du système fédéral apparaît comme une condition de crédibilité de la réforme. Une évaluation périodique des fédérations, fondée sur des critères de gouvernance: nombre de licenciés, résultats sportifs et contribution à la pratique de masse, permettrait d’optimiser l’allocation des ressources publiques. Cette rationalisation devra s’accompagner de la révision du mode d'établissement des contrats d’objectifs entre l’État et les fédérations. Le sport marocain se trouve dans une situation paradoxale: reconnu au plus haut niveau juridique comme un droit fondamental, il reste limité par un cadre institutionnel et législatif largement conçu avant la réforme constitutionnelle de 2011 et par un niveau de pratique organisée très éloigné des standards. Dans un contexte où le sport est devenu un enjeu majeur de santé publique, de cohésion sociale et de rayonnement international, la réforme du système sportif marocain apparaît désormais comme une nécessité stratégique, qui suppose à la fois une refonte législative et une reconfiguration profonde des politiques publiques. Voilà un autre chantier pour le prochain gouvernement s'il prenait conscience de l'importance de ce secteur.

Maroc : 113 kg jetés par personne, l'impératif d'une stratégie anti-gaspillage de denrées alimentaires... 940

Le dernier avis, élaboré par le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) dans le cadre d’une auto-saisine, s’intitule « Perte et gaspillage des denrées alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace ». Il analyse les causes de ce phénomène et ses répercussions à l’échelle nationale, tout en proposant des leviers pour transformer durablement les modes de production, de distribution et de consommation. L’objectif est d’aligner ces changements sur les priorités nationales en matière de durabilité, de souveraineté et de sécurité alimentaires. Ce phénomène est mondial et ses impacts ne cessent de croître. Au Maroc, son ampleur et ses effets spécifiques méritent une attention particulière et c'est en cela que l'avis est fort important et ne devrait pas rester lettre morte. Voilà une véritable thématique pour la prochaine campagne électoral si bien évidemment les partis sont en mesure de produire des idées dans ce sens.. À l’échelle mondiale, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, la chaîne de valeur alimentaire enregistrait une perte d’environ 13,2% entre récolte et vente au détail en 2022. Le gaspillage aux niveaux des ménages, restaurants et commerces représentait alors près de 19% de la production alimentaire totale. La tendance est similaire au Maroc. Selon l’indice du gaspillage alimentaire publié en 2024, les ménages marocains ont jeté environ 2,4 millions de tonnes de nourriture en 2022, soit 113 kg par personne et par an, contre 91 kg en 2021. Les pertes et le gaspillage surviennent à toutes les étapes de la chaîne de valeur alimentaire. Dans les phases initiales: production, récolte, stockage et transport, certaines filières, en particulier: fruits, légumes et céréales, enregistrent des pertes de 20 à 40%. Aux étapes ultérieures, le gaspillage résulte de pratiques commerciales et de comportements inadaptés : achats excessifs, méconnaissance des méthodes de conservation, faible valorisation des invendus. D’où des coûts économiques et sociaux élevés. Ces pertes génèrent des charges importantes pour les producteurs et distributeurs, réduisent la disponibilité alimentaire et accentuent la vulnérabilité des populations à faible revenu. Elles exercent aussi une pression sur les ressources naturelles: le CESE estime à 6,1 milliards de m³ l’eau mobilisée annuellement pour produire des denrées qui ne seront jamais consommées. Les déchets alimentaires, par ailleurs, polluent et contribuent aux émissions de gaz à effet de serre, soulignant l’urgence d’une coordination accrue. À ce jour, les réponses institutionnelles, quand elles existent, restent fragmentées et peu efficaces. Malgré quelques initiatives publiques et privées, les actions demeurent dispersées, faute de cadre juridique spécifique, de vision nationale intégrée et de gouvernance efficace. Le CESE considère à juste titre que réduire ces pertes et ce gaspillage est un enjeu stratégique majeur, à placer au cœur d’une stratégie nationale pour une alimentation durable. Celle-ci renforcerait la souveraineté et la sécurité alimentaires, préserverait les ressources, rationaliserait les importations et intrants, et promouvrait un modèle plus équitable et résilient face aux crises. Dans cette optique, le Conseil préconise un plan d’action spécifique, intégrable à la stratégie nationale, avec comme recommandations principales : 1. Adopter une loi contre la perte et le gaspillage alimentaires, interdisant la destruction des invendus, facilitant leur dons aux associations, institutions sociales et banques alimentaires. 2. Clarifier les dates de consommation : « à consommer jusqu’au » (sécurité sanitaire) et « à consommer de préférence avant » (qualité). 3. Instaurer une gouvernance multisectorielle associant autorités publiques, secteur privé et société civile. 4. Créer un observatoire national pour collecter les données, produire indicateurs et proposer des mesures correctives. 5. Intégrer des objectifs de réduction du gaspillage dans les politiques publiques, notamment pour la restauration en hôpitaux, écoles, centres sociaux et prisons. 6. Développer des infrastructures de stockage et transport; entrepôts réfrigérés à Energie solaires, dans les régions agricoles. 7. Favoriser les circuits courts pour limiter les intermédiaires et pertes en transport. 8. Promouvoir le recyclage des surplus comme les réfrigérateurs solidaires et le recours aux dons alimentaires. La lutte contre la perte et le gaspillage alimentaires dépasse la simple gestion des ressources: c’est un levier pour la sécurité alimentaire, l’efficacité agricole et la préservation naturelle. Dans un contexte de raréfaction de l’eau, de pressions climatiques et de besoins croissants, la lutte est impérative pour un système alimentaire marocain durable et résilient. In fine, elle jugulera impérativement l’inflation et soutiendra efficacement l’économie nationale. Cette stratégie a toutes les chances de réussir, grâce à des facteurs culturels et cultuels. Le gaspillage (isrâf ou tabdhîr) est prohibé religieusement car signe d’ingratitude envers les bienfaits divins. Le Coran ordonne : « Mangez et buvez, mais ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas les gaspilleurs », sourate al-A‘râf. L’usage des biens est permis, mais l’excès condamné. L’ampleur de ce phénomène au Maroc en fait un enjeu politique urgent, nécessitant une action efficace et pérenne. Un véritable programme pour le prochain exécutif s'il en prenait conscience.

Le Ramadan paradoxal : piété, irritabilité, surconsommation et berne de productivité... 1057

Chaque année, le Ramadan s’installe au Maroc comme une respiration collective. Les rythmes se modifient ou s'inversent, les habitudes se réorganisent ou se désorganisent, les nuits s’animent et les journées ralentissent. Mois sacré par excellence, il est d’abord celui du jeûne, du recueillement, de la piété et de la solidarité. Mais il est aussi, et de plus en plus, celui d’un paradoxe national : une ferveur spirituelle intense cohabitant avec une nervosité sociale accrue, un gaspillage alimentaire massif et une baisse notable de la productivité. **Le Ramadan, tel qu’il est prescrit et recommandé est un temps de discipline intérieure. Le jeûne n’est pas seulement abstinence alimentaire ; il est maîtrise de soi, retenue, patience. Les foukaha, les érudits et les enseignants à l'école, insistent sur la dimension morale du jeûne : s’abstenir de colère, d’insultes, d’injustice. Bref mettre de coté toutes fourberies. Or, dans la réalité marocaine contemporaine, le mois sacré semble parfois produire l’effet inverse. C'est le mois de la tension sociale injustifiée.** Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, si la matinée est plutôt calmes, la fin d’après-midi devient un moment critique. Circulation saturée, impatience palpable, altercations routières plus fréquentes. Les services d’urgence et les commissariats observent traditionnellement une hausse des conflits mineurs et des comportements agressifs en fin de journée. Hausse aussi chez les gastros et autres spécialités médicales... On mange trop et mal. Le jeûne, combiné au manque de sommeil, dû aux soirées prolongées après la rupture du jeûne et au réveil pour le shour entre autres, affecte l’équilibre physiologique. Irritabilité, baisse de concentration, fatigue chronique deviennent monnaie courante. Dans un pays où la régulation émotionnelle est déjà mise à l’épreuve dans la vie de tous les jours, le Ramadan agit comme un amplificateur. Cette nervosité n’est pas une fatalité religieuse, loin de là ; elle est une conséquence sociologique d’un mode d’organisation du mois qui s’est progressivement éloigné de son esprit initial de modération, de maitrise de soi et de recueillement, le jour comme la nuit.. Comme conséquence immédiate la productivité est en berne. Sur le plan économique, l’impact est tangible. Les horaires administratifs sont réduits, les bureaux se vident sans raison l’après-midi, les chantiers tournent au ralenti. Dans certains secteurs, la baisse d’activité est assumée ; dans d’autres, elle engendre des retards structurels. Ramadan excuse et explique tout. On fait supporter sans vergogne son désengagement à la communauté. **Le Maroc aspire à accélérer sa croissance, attirer les investissements et améliorer sa compétitivité. Or, durant près d’un mois, chaque année, l’économie fonctionne en régime dégradé.** Le secteur privé s’adapte, mais à quel coût ? La baisse de productivité n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative : décisions reportées, réunions écourtées, projets différés. L'administration et son personnel accentuant le tout. Il serait caricatural d’en faire porter la responsabilité à la religion. Le problème n’est pas le Ramadan ; il est l’absence d’une culture de performance compatible avec les exigences spirituelles. Le rendement et la responsabilité devraient faire partie des valeurs du mois sacré. Autre contradiction majeure : le paradoxe du gaspillage alimentaire. Alors que le jeûne devrait rappeler la faim des plus démunis, les tables du ftour débordent. Soupes multiples, pâtisseries en abondance, plats redondants. Les marchés explosent, les dépenses alimentaires augmentent considérablement, et une part significative des denrées finit à la poubelle. Les porte monnaies se vident et souffrent. *Ce phénomène révèle une transformation culturelle qui peut étonner : le Ramadan est devenu, en partie, un événement social et consumériste.* Les grandes surfaces réalisent leurs meilleurs chiffres, la publicité redouble d’intensité, les chaînes de télévision rivalisent de productions spéciales pour conquérir une audience nocturne volontairement captive. En ce début du mois les chaines nationales enregistrent plus de 70% de l'audimat. Chiffre dont elles sont très loin en temps normal, les marocains étant férus de chaines étrangères. Le mois de la frugalité se transforme paradoxalement en mois de surconsommation. L'on peut alors se questionner: s'git il de Spiritualité authentique ou de ritualisation sociale ? **Il serait injuste de réduire le Ramadan marocain à ses dérives.** Des milliers d’initiatives solidaires voient le jour. Associations, mosquées, bénévoles distribuent repas et aides aux plus vulnérables. Les familles se retrouvent, les liens intergénérationnels se resserrent. La mosquée retrouve une centralité vivante. **La question n’est donc pas de critiquer le Ramadan, mais d’interroger sa mise en pratique contemporaine. Sommes-nous fidèles à son esprit ou prisonniers d’habitudes culturelles qui en déforment le sens ?** Si le mois sacré devient synonyme de fatigue chronique, d’agressivité routière, de productivité affaiblie et de gaspillage, alors il y a un décalage entre le principe spirituel et sa traduction sociale. *Il est certainement temps de militer pour un Ramadan de responsabilité. Un débat national apaisé s’impose : comment concilier exigences spirituelles et performance collective ? Comment préserver la sacralité du mois tout en maintenant l’efficacité des institutions ? Comment transformer le jeûne en levier d’autodiscipline plutôt qu’en prétexte au relâchement ?* Le Ramadan pourrait être un laboratoire de transformation positive : apprentissage de la maîtrise de soi, optimisation du temps, rationalisation de la consommation, solidarité structurée. Il pourrait devenir un mois d’excellence morale et professionnelle. *Le Maroc, pays de tradition religieuse profonde et d’ambition économique affirmée, a tout intérêt à relever ce défi. Car au-delà des statistiques de productivité ou des scènes d’énervement urbain, la véritable question est celle-ci : faisons-nous du Ramadan un simple rituel collectif, ou un véritable exercice de réforme intérieure et sociale ?* **La réponse, chaque année, se joue dans les rues, les bureaux, les foyers et surtout dans la conscience de chacun. Nous avons encore moins d'une quinzaine de jours pour y réfléchir... et sérieusement.**

Inondations au Maroc : une urgence maîtrisée, des leçons à tirer... 1070

Les récentes inondations au Maroc ont une nouvelle fois mis à l’épreuve la résilience de l’État et de la société. Face à la montée brutale des eaux, la réaction des autorités a été d’une ampleur remarquable : plus de 180 000 citoyens ont été évacués rapidement des zones à risque, transportés vers des lieux sûrs, hébergés, nourris et pris en charge médicalement dans des conditions qui ont suscité l’admiration au-delà de nos frontières. À Ksar El Kébir, comme dans de nombreux douars et hameaux environnants dans les provinces avoisinantes, les habitants ont aujourd’hui regagné leurs foyers. Durant leur absence, leurs maisons et leurs biens ont été très bien sécurisés. Cette phase d’urgence, marquée par la mobilisation des forces de sécurité, de la protection civile et des autorités locales, a démontré que lorsqu’il s’agit de protéger les vies humaines, l’État marocain sait agir avec une grande efficacité, une célérité remarquable et un humanisme à toute épreuve. Rares sont les pays au monde capables de rivaliser avec le Royaume en matière de traitement des catastrophes. Maintenant, une fois l’émotion retombée et les populations revenues chez elles, vient le temps des bilans, de la reddition des comptes. L’urgence ayant été parfaitement maîtrisée, le temps de la précision des responsabilités est venu. Personne ne peut défier la nature. Une évidence. Les phénomènes climatiques extrêmes, appelés à se multiplier sous l’effet du changement climatique, frappent désormais avec une intensité imprévisible. Les inondations, les crues soudaines, l’effondrement de routes ou de ponts ne sont pas des réalités propres au Maroc. Elles touchent les pays les plus développés, dotés des infrastructures les plus sophistiquées. Cependant, une question légitime s’impose : toutes les destructions observées relèvent-elles uniquement de la force de la nature ? Lorsque des routes récemment construites cèdent, lorsque des ouvrages d’art s’effondrent après quelques années ou seulement quelques mois d’exploitation, lorsque des systèmes d’assainissement se révèlent manifestement sous-dimensionnés, il devient indispensable d’interroger la qualité des études techniques, la rigueur des cahiers des charges, le contrôle des chantiers et la conformité des matériaux utilisés. L'incompétence des uns, les malfaçons d’autres ou la corruption de certains, trois hypothèses qui doivent être examinées sans tabou. Les études techniques peuvent très bien être insuffisantes ou obsolètes. Les données climatiques ont évolué. Si les infrastructures sont conçues sur la base de modèles anciens, elles deviennent mécaniquement vulnérables. Les crues dites « exceptionnelles » d’hier sont peut-être les crues normales de demain. Des fois, ce sont les malfaçons dans l’exécution des travaux qui posent problème. Un pont, une digue ou une route ne cèdent pas uniquement sous la pression de l’eau ; ils cèdent aussi lorsque les normes ne sont pas respectées, lorsque les contrôles sont laxistes ou lorsque la supervision technique est déficiente. On ne peut également pas balayer d’un revers de main les malversations et les pratiques corruptives possibles. C’est l’hypothèse la plus grave. Lorsque des budgets publics sont alloués à des infrastructures censées désenclaver, fluidifier les communications ou protéger les populations, chaque dirham détourné devient un facteur de vulnérabilité. Dans un pays aux ressources limitées, la dilapidation des fonds publics n’est pas seulement une faute morale ; elle devient une menace directe pour la sécurité des citoyens. S'impose donc la nécessité d’enquêtes transparentes. Il ne s’agit pas d’alimenter la suspicion généralisée ni de jeter l’opprobre sur l’ensemble des acteurs publics ou privés. La mobilisation récente prouve au contraire que l’appareil d’État est capable d’excellence et qu’il a une véritable capacité à s’engager pleinement et à solutionner efficacement des problèmes gravissimes. Mais c’est précisément pour préserver cette crédibilité que des enquêtes sérieuses, indépendantes et transparentes doivent être menées sur les infrastructures endommagées. Nul doute que l'administration va identifier les ouvrages ayant subi des dégradations anormalement rapides ; examiner les processus d’attribution des marchés et vérifier la conformité des travaux aux normes en vigueur. Reste tout de même à s'assurer de la publication des conclusions et, le cas échéant, de sanctionner les fautes s'il y en a et si les responsabilités sont bien identifiées. L’impunité serait un message désastreux. À l’inverse, la reddition des comptes renforcerait la confiance des citoyens dans les institutions et Dieu sait qu'on en a bien besoin par les temps qui courent. Car pour l'avenir, vaut mieux prévenir que guérir. Les inondations, il y en aura toujours ; les dégâts matériels, aussi. Mais ce qui n’est pas acceptable, c’est que des infrastructures supposées résister à des crues prévisibles de certains oueds s’effondrent par négligence ou par cupidité. Chaque dirham investi dans la prévention doit produire un maximum de sécurité. Dans un contexte budgétaire contraint, l’efficacité de la dépense publique devient un impératif stratégique. Investir dans des infrastructures durables, parfaitement bien étudiées, adaptées aux nouvelles réalités climatiques, rigoureusement contrôlées et protégées de toute corruption, est moins coûteux que reconstruire indéfiniment après chaque catastrophe. C'est une responsabilité collective pleine et entière. L’épisode des inondations, comme auparavant les tremblements de terre d'Al Hoceïma et du Haouz, a montré le meilleur du Maroc : solidarité, mobilisation, efficacité opérationnelle. Le défi maintenant est d’en tirer les leçons structurelles de rigueur. La protection des citoyens ne s’arrête pas à l’évacuation d’urgence. Elle commence bien avant, dans les bureaux d’études, dans les commissions d’appels d’offres, dans les laboratoires de contrôle, dans la traçabilité et le contrôle d'exécution des marchés publics. Le véritable hommage aux 180 000 citoyens évacués ne consiste pas seulement à saluer leur résilience, mais à garantir que les infrastructures reconstruites le seront selon les standards les plus exigeants. La nature est puissante, mais la négligence et la corruption sont aussi des catastrophes que l’on peut, et que l’on doit, prévenir. Une chose est déjà certaine : ne plus construire dans des zones inondables.

Regragui : la rumeur toxique qui sabote les Lions... 1099

Les rumeurs incessantes sur l'avenir de Walid Regragui, sélectionneur des Lions de l'Atlas, polluent quotidiennement le débat footballistique marocain, créant un climat toxique et déstabilisant. Infondées pour la plupart, elles relèvent d'une psychose collective ou d'un acharnement délibéré qui mine un projet victorieux à l'approche de la Coupe du Monde 2026. Ne faut-il pas dénoncer vigoureusement cette spirale nuisible, qui dessert le sport roi national au lieu de le servir ? La chronologie des rumeurs persistantes est tout de même étonnante. Des rumeurs avaient couru à l'approche de la CAN et rebelotte à l'aune de la Coupe du Monde. Depuis le retour de l'équipe nationale après la demi-finale historique du Mondial 2022, Regragui fait l'objet d'un flot quasi quotidien de spéculations sur son éviction ou son éventuel départ pour un quelconque club ou sélection. Les pics d'intensité surviennent après chaque faux-pas mineur, comme lors de la CAN 2025 où la défaite en finale a alimenté les ragots, ou plus récemment depuis le 23 février 2026 avec des annonces sensationnelles de RMC Sport sur un « départ imminent » et des négociations amiables. La FRMF a réagi par plusieurs communiqués officiels dont celui tout récent du 24 février, démentant fermement et qualifiant ces "fuites" de « pure invention ». Les rumeurs avaient été jusqu'à évoquer des noms comme Xavi Hernández ou Iniesta sont avancés sans fondement tangible. Comme si l'expérience des encadrants marocains n'avait pas ses preuves. Regragui, avec un bilan sportif qui défie les critiques, a transformé les Lions de l'Atlas en machine à victoires : beaucoup de victoires peu de nul et encore moins de défaite, avec une série qualificative impeccable pour la Coupe du Monde 2026 où, dans le groupe C, il sera opposé au Brésil, à l'Écosse et à Haïti. Il a su intégrer une nouvelle génération tout en maintenant une identité tactique hybride (4-3-3 fluide ou 4-2-3-1 défensif), couronnée par une finale à la CAN 2025. Ces performances incontestables rendent absurdes les appels à un changement, surtout quand la FRMF rappelle que le contrat court jusqu'en 2026 avec des objectifs clairs. Limoger l'artisan de cette ascension extraordinaire serait une aberration stratégique, au moment où le Maroc, sans complexe, vise un podium mondial. Quelles sont les origines et mécanismes de cette déstabilisation voulue. Ces rumeurs ne surgissent pas du néant : elles s'inscrivent dans un pattern d'acharnement observé dans le football marocain, possiblement piloté par des luttes internes, des agents de joueurs en quête d'influence ou des médias en mal de clics. La « psychose » décrite avec des hashtags viraux comme #RegraguiOut , fragilise le vestiaire, démotive les joueurs et offre un boulevard à la concurrence. Des précédents comme la CAN 2025, où la FRMF avait dénoncé des « campagnes de déstabilisation », montrent un mode opératoire : ballon d'essai anonyme sur Twitter, amplification par des insiders, démenti officiel qui relance le buzz. Ce climat cauchemardesque, à quelques mois du Mondial, risque de saper la cohésion d'une équipe classée 8e mondiale: un exploit sous Regragui, faut-il le rappeler. Le risque sont donc des conséquences néfastes sur l'équipe nationale marocaine. Cet acharnement peut avoir des conséquences incommensurables sur l'équipe nationale. L'impact est palpable : interviews tendues de joueurs avant la CAN, notamment Achraf Hakimi qui avait appelé à la « sérénité », et risque d'une préparation perturbée pour les matchs amicaux de mars prochain. Cette instabilité, qu'alimentent certains de façon chronique, érode la confiance des supporters, divise la diaspora marocaine et ternit l'image du Royaume comme terre d'accueil du Mondial 2030. À l'inverse, un soutien ferme à Regragui, comme lors de son maintien post-CAN 2022 malgré les pressions, avait propulsé l'équipe vers des sommets. Prioriser les faits aux ragots est vital : les Lions méritent un environnement serein pour affronter les géants en juin 2026. Nécessité donc d' une mobilisation collective puissante. Pour briser ce cercle vicieux, la FRMF doit communiquer proactivement sur le projet Regragui, tandis que les médias devraient vérifier avant de relayer. Les fans, via une pression positive sur les réseaux, peuvent contrer l'acharnement. Le football marocain, porté par un sélectionneur compétent et charismatique, n'a pas besoin de cette toxicité : il aspire au sacre. Dénoncer ces rumeurs comme un sabotage est un devoir patriotique, pour que les Lions rugissent librement vers la gloire mondiale. Le problème en fait n'est pas remplacer Regragui. Toute responsabilité a une fin mais cela doit se faire dans la clarté et la transparence, dans la continuité et pas sous la pression de la rue. Une leçon tout de même: Jamais aucune équipe n'a remporté de coupe du monde avec un sélectionneur étranger. La performance sportive est une expression culturelle à laquelle participe des joueurs et un staff. Depuis peu le Maroc ne manque plus d'entraineurs de niveau mondial...Il restera à Regragui d'avoir été précurseur, une sorte de pionnier ayant fait rêver les marocains et décomplexé notre football et partant notre jeunesse.

Le Monde et le Maroc : vieille rancune et néocolonialisme médiatique d'un procureur parisien... 1155

Un certain Alexandre Aublanc a récemment signé dans *Le Monde*, journal parisien, un long article au titre évocateur: «Les promesses démocratiques non tenues de Mohammed VI». Rien que cela. Le ton est donné: celui du procureur autoproclamé, distribuant bons et mauvais points à un État souverain, comme si la monarchie marocaine lui avait personnellement prêté serment ou si le vaillant peuple marocain lui avait demandé un audit. Prétentieux et ridicule. L’exercice n’est pas nouveau. Depuis des décennies, une partie de la presse française, notamment parisienne et particulièrement celle-là, entretient avec le Royaume une relation ambiguë: fascination, condescendance et ressentiment. L'impression est celle de la perte d’un eldorado où tous auraient aimé vivre, mais sous république, probablement bien à la française. Effectivement, le pays est beau, les gens accueillants, mais ils ne veulent point d’une république ni même de la France. Il fait bon vivre à Marrakech ou se balader dans les rues et belles artères de Rabat, et parfaitement sous une monarchie. Depuis plus de 360 ans, les Marocains sont attachés à la plus vieille dynastie régnante au monde. Ils aiment leur Roi et la famille régnante, et c’est parfaitement et singulièrement réciproque. C’est un choix assumé et personne de l’étranger n’a le droit de le discuter. Déjà sous Hassan II, le Royaume était régulièrement présenté comme l’«élève turbulent» de la démocratie occidentale qu’on voulait absolument lui coller. Aujourd’hui, c’est au tour de Mohammed VI d’être sommé de rendre des comptes non pas à son peuple, mais à une certaine intelligentsia parisienne nostalgique. La posture est ici néocoloniale, à peine voilée. Il faut rappeler une évidence historique: le protectorat français a pris fin en 1956. Le Maroc n’est plus sous tutelle, ni politique ni morale. Les dernières années, avant la visite du président Macron à Rabat, en sont la démonstration parfaite à ceux qui l’auraient oublié. L’idée selon laquelle un éditorialiste français pourrait se poser en garant des «promesses démocratiques» d’un souverain étranger relève d’une posture qui fleure bon une nostalgie d’influence. Cela s’appelle ingérence, et l’ingérence est inacceptable, comme s’est plu à le rappeler Jean-Noël Barrot aux Américains. Il était dans tous ses états: un proche du président Trump s’étant permis de formuler un avis sur le meurtre de Quentin Deranque par des militants d’extrême gauche. Rassurez-vous, cela ne concerne pas les Marocains. Les affaires françaises sont pour les Français. Emmanuel Macron lui va lancer «Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés»; la France venait d’être critiquée par Giorgia Meloni pour la même affaire. Charles de Gaulle, en fondant la Ve République dans le contexte de la décolonisation, avait acté la fin d’un monde. Pourtant, certains discours médiatiques, notamment ceux du journal *Le Monde*, semblent ne pas s’être totalement affranchis de cette verticalité morale héritée du passé. C’est bien le Général qui a créé *Le Monde* aussi, faut-il le rappeler. Ce n’est pas la critique qui pose problème. Elle est légitime. Ce qui interroge, c’est le prisme: une lecture partielle, décontextualisée, ignorant délibérément les évolutions institutionnelles, sociales et économiques extraordinaires qu’a connues le Maroc depuis 1999. On omet commodément plein de faits et de réalisations simplement extraordinaires dans la région, sous le règne de Mohammed VI: - La réforme constitutionnelle de 2011, adoptée par référendum, renforçant les prérogatives du chef du gouvernement et constitutionnalisant des libertés et droits fondamentaux. - La mise en place d’instances de gouvernance et de régulation: Conseil national des droits de l’Homme, Instance nationale de probité, etc. - Une politique ambitieuse d’infrastructures. - Des indices de développement social uniques dans la région. - Une stratégie africaine structurée, consacrée par le retour du Maroc à l’Union africaine en 2017. Tout n’est pas parfait, nul ne le prétend. Le Maroc est un pays en transformation, confronté à des défis sociaux, économiques et géopolitiques complexes. Mais réduire 25 années de réformes à une formule expéditive de «promesses non tenues» relève plus du pamphlet que de l’analyse. Osons dire de la bêtise. Il est toujours délicat de distribuer des certificats de démocratie depuis un pays lui-même traversé par des tensions sociales majeures: crise après crise, défiance record envers les institutions, montée des extrêmes, polémiques sur les violences policières ou la liberté d’expression, impopularité des institutions et des politiques. La démocratie n’est pas un brevet que l’on décerne aux autres. Elle est un processus, imparfait partout, en France certainement aussi. Mais là, s’agissant de cet article, c’est juste une manifestation, encore une autre, d’une certaine obsession marocaine récurrente. *Le Monde*, depuis sa création, a entretenu un rapport particulier avec la monarchie marocaine. Hassan II en fut longtemps une figure centrale, souvent décrite avec un mélange de fascination et de sévérité gratuite. Aujourd’hui, la cible change, la tonalité demeure. La répétition de ces charges donne parfois l’impression d’une grille de lecture figée: le Maroc serait éternellement sommé de «rattraper» un standard défini ailleurs, à Paris précisément, sans que soit reconnu son propre cheminement historique et institutionnel. L’auteur et ses compères n’ont vraiment pas conscience de leur système décadent, de la dérive de leur «démocratie», et cherchent à l’exporter tout de même. La marge entre critique légitime et caricature ridicule est bien étroite. Ce qui choque dans l’article en question n’est pas l’existence d’un débat sur la gouvernance marocaine. Il est sain. Ce qui interroge, c’est l’accumulation d’approximations, d’omissions et de raccourcis qui finissent par dessiner une caricature de mauvais goût. Le Maroc n’est ni une dictature figée ni une démocratie scandinave et ne le sera jamais. Le Maroc a sa personnalité et son peuple ne veut ressembler à personne, même pas à la France et aux Français. Il est un pays en mutation, avec ses traditions, ses contradictions, ses avancées et ses lenteurs. Mais il appartient d’abord aux Marocains d’en débattre, d’en juger et d’en décider. À force de vouloir parler «au nom» des promesses démocratiques du Royaume, certains éditorialistes donnent surtout l’impression de parler à la place des Marocains. Et cela, en 2026, sonne singulièrement daté. Les lecteurs marocains francophones, eux, lisent, comparent, analysent et souvent sourient devant ces leçons administrées à distance. Non par aveuglement, mais parce qu’ils savent que la réalité d’un pays ne se résume jamais aux colonnes, fussent-elles prestigieuses, d’un quotidien parisien. Quant au sieur Aublanc, il va devoir apprendre à balayer devant sa porte avant de regarder ailleurs. La démocratie à la française n’est vraiment pas un idéal de ce côté-ci de la Méditerranée.

Ramadan : quand le Maroc se met en mouvement entre ferveur et vigilance... 1185

Chaque année, à l’entame du mois sacré, un phénomène discret mais massif transforme les rues des villes marocaines. À Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger ou Fès, les corniches, les parcs et les terrains de proximité se remplissent à l’approche du ftour. Des grappes de marcheurs envahissent les boulevards, des groupes improvisent des matchs de football, les salles de sport affichent complet et les plages sont envahies. *Le paradoxe est apparent : alors que le jeûne impose une abstinence alimentaire et hydrique du lever au coucher du soleil, l’activité physique, elle, augmente spectaculairement. Ramadan devient, pour beaucoup, un mois de remise en forme. On recherche les avantages d’un alignement corps-esprit et une discipline naturelle.* Le jeûne structure la journée; les horaires sont fixes, les excès visibles. Cette discipline favorise l’engagement dans une routine sportive. Beaucoup profitent de cette régularité pour installer une habitude qui leur échappait le reste de l’année. Effectivement, l’exercice physique va leur permettre une amélioration métabolique, si bien évidemment il est pratiqué de manière modérée pendant le jeûne, par la stimulation de : * l’oxydation des graisses ; * la sensibilité à l’insuline ; * la régulation du poids ; * la réduction du stress oxydatif. **Marcher 45 minutes avant le ftour ou faire un entraînement léger 1 à 2 heures après, peut favoriser une meilleure gestion de la masse grasse et limiter la prise de poids souvent associée aux repas copieux du soir. Nombreux sont celles et ceux qui prennent beaucoup de poids à l’occasion de Ramadan.** Les bénéfices cardiovasculaires sont aussi très importants. La marche rapide, le jogging léger ou le vélo améliorent la santé cardiaque, abaissent la tension artérielle et renforcent l’endurance. Ramadan devient ainsi un moment propice pour initier des personnes sédentaires à l’exercice et au bien-être psychologique et physiologique. L’activité physique et le sport pendant Ramadan agissent aussi comme régulateur émotionnel : * réduction de l’irritabilité liée à la privation ; * amélioration de la qualité du sommeil ; * sentiment d’accomplissement ; * cohésion sociale: matchs de quartier, marche en groupe. Dans un mois marqué par la spiritualité, l’effort physique devient prolongement de l’effort moral. *Cependant, il ne faut pas ignorer les risques possibles, car le corps a ses limites. Les transgresser peut être lourdement préjudiciable. L’effervescence sportive n’est pas sans danger, surtout lorsqu’elle est improvisée, mal contrôlée ou excessive.* Le principal risque reste la perte hydrique. La déshydratation sévère n’est jamais loin. Courir en fin d’après-midi sous un soleil printanier, sans possibilité de boire, peut provoquer : * étourdissements ; * hypotension ; * crampes musculaires ; * troubles de la concentration ; * voire malaise. **Les personnes qui pratiquent au-delà d’une certaine intensité sont particulièrement exposées à l’hypoglycémie.**Un effort intense à jeun peut entraîner une chute brutale du taux de sucre sanguin, avec : * tremblements ; * sueurs froides ; * vision trouble ; * fatigue extrême. Les personnes diabétiques ou prédiabétiques, notamment, doivent ainsi redoubler de prudence. *Il y a également beaucoup de risques de blessures musculaires. Le manque d’hydratation diminue l’élasticité musculaire. Beaucoup se lancent dans des matchs de football explosifs ou des séances intensives de musculation sans préparation progressive. Résultat : élongations, déchirures, ruptures ligamentaires, douleurs lombaires.* **La surcharge cardiaque est un autre risque majeur si l’on n’écoute pas son corps. Chez les personnes peu entraînées ou souffrant de pathologies cardiovasculaires non diagnostiquées, un effort intense à jeun peut être dangereux, voire fatal.** Il y a donc certaines règles d’or à observer pour un Ramadan sportif sain, pour maximiser les bénéfices et limiter les risques : 1. **Privilégier l’intensité modérée** : marche rapide, jogging léger, renforcement doux. 2. **Choisir le bon moment** : * 30 à 60 minutes avant le ftour, pour pouvoir s’hydrater rapidement ; * ou 1 à 2 heures après le ftour. 3. **Hydratation stratégique** entre le ftour et le shour: eau fractionnée tout en évitant l’excès de caféine. 4. **Alimentation équilibrée** : protéines, fibres, glucides complexes. 5. **Écouter les signaux d’alerte** : vertiges, palpitations, faiblesse inhabituelle. *Au-delà de la santé, ce pic d’activité révèle une réalité intéressante, un phénomène sociologique : Ramadan agit comme catalyseur collectif. Il crée une atmosphère propice au changement de comportement. Là où le reste de l’année la place est à la dispersion, le mois sacré offre un cadre, un sens et une motivation. Ainsi, on retrouve la vie des copains et des groupes d’intérêts.* La question centrale reste cependant : pourquoi cet élan ne dure-t-il pas après Ramadan ? Peut-être parce que, plus qu’un simple mois de jeûne, Ramadan est un accélérateur d’intention. Il pousse chacun à vouloir être une meilleure version de soi-même, spirituellement et physiquement. **Le défi consiste désormais à transformer cette énergie saisonnière en culture permanente du mouvement, de l'exercice physique et de sport. Si le corps peut jeûner, il ne doit jamais cesser de se mouvoir et donc de vivre.**

Le double Choc Santé-Démographie qui Menace le Maroc : Il est Temps d'Agir.. 1116

L’état de santé physique et mentale des Marocains, combiné à une transition démographique accélérée, dessine une trajectoire inquiétante pour l’avenir économique, social et stratégique du Royaume. Ces enjeux devraient devenir le cœur des programmes politiques et des débats électoraux, bien avant les promesses conjoncturelles sur l’emploi, les infrastructures ou toute autre thématique bateaux ou creuses. *Aujourd’hui, près de 59% des adultes marocains ont un indice de masse corporelle en situation de surpoids, et 24% sont déjà obèses, soit quasiment un adulte sur quatre. Autrement dit, la majorité de la population adulte vit avec un excès de poids qui peut très bien préparer une explosion de maladies chroniques : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, et ce dans un système de santé déjà sous tension.* Cette réalité se traduit mécaniquement par une hausse continue des dépenses médicales, une multiplication des arrêts de travail et une baisse de la **productivité nationale** dans des secteurs qui reposent sur la force physique et la bonne santé des travailleurs. **À cette fragilité corporelle s’ajoute une crise silencieuse de la santé mentale : 48,9% des Marocains âgés de 15 ans et plus ont déjà présenté, présentent ou présenteront des symptômes de troubles mentaux, d’après les enquêtes nationales relayées par le Conseil économique, social et environnemental.** Dépression, troubles anxieux, troubles psychotiques et conduites suicidaires affectent désormais un Marocain sur deux, dans un contexte où les structures spécialisées sont rares, les professionnels insuffisants et la stigmatisation omniprésente. Cette détresse psychique massive réduit les capacités d’apprentissage, de concentration, d’innovation, et mine la cohésion sociale en alimentant addictions, violences et repli sur soi. S’ajoutent à cela des taux de consommation de stupéfiants et d’alcool statistiquement élevés. Ce n’est plus un tabou, mais un véritable sujet de discussion en société et une bombe à retardement à laquelle le pays risque de s’exposer si rien n’est entrepris pour inverser les courbes. **Parallèlement, la démographie, longtemps atout stratégique du pays, est en train de basculer vers une source de vulnérabilité : le taux de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024, soit sous le seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1.** En l’espace de cinq décennies, le Maroc est passé de 7,2 enfants par femme dans les années 60 à moins de 2 aujourd’hui, rejoignant les pays confrontés au vieillissement accéléré. En fait, rien d’exceptionnel : c’est bien le cas dans toutes les sociétés développées. Le Maroc est en plein développement. La proportion de jeunes de moins de 15 ans commence à reculer et, d’ici 2040, leur nombre devrait passer de 9,76 à 7,8 millions, tandis que les personnes âgées occuperont une place croissante dans la pyramide des âges, avec ce que cela induit comme problématique de couverture sociale et de financement des retraites. *Ainsi, le pays s’avance vers un triple choc : une population adulte dont 59% sont en surpoids et 24% obèses, donc vulnérable aux maladies chroniques ; une société où près d’un habitant sur deux a été ou pourrait être touché par un trouble mental ; et une démographie qui ne renouvelle plus ses générations, avec un taux de fécondité de 1,97 annonçant un vieillissement rapide.* **Un Maroc moins nombreux, moins robuste physiquement et plus fragilisé psychiquement aura, demain, plus de difficultés à produire, à innover, à financer sa protection sociale et même à assurer sa capacité de défense.** **Si ces données ne deviennent pas le socle des programmes des partis et donc des prochains gouvernements, alors le pays se réveillera dans moins de vingt ans avec un déficit dramatique de main-d’œuvre qualifiée, une armée de retraités mal pris en charge et des finances publiques asphyxiées par le coût cumulé de l’obésité, des maladies associées et des troubles mentaux. Les débats politiques doivent cesser de reléguer ces sujets au rang de « dossiers techniques » pour les assumer comme la matrice de toute politique économique, éducative, sociale et sécuritaire.** *Cela suppose une stratégie nationale de prévention ambitieuse : éducation nutritionnelle dès l’école, réduction de l’offre de produits ultra-transformés, surtaxation des produits à base de sucre et du sucre lui-même, promotion de l’activité physique en ville comme à la campagne, prise en charge précoce des troubles psychiques au travail et dans les établissements scolaires, et développement massif des services de psychiatrie et de psychologie de proximité. Chaque dirham investi dans la santé du corps et de l’esprit économisera demain des dizaines de dirhams en hospitalisations, invalidités, perte de production et tensions sociales.* Mais même un Maroc en meilleure santé restera confronté à une équation arithmétique implacable : avec une fécondité sous le seuil de remplacement, le réservoir de main-d’œuvre, de forces productives vives, se rétrécira progressivement. Le pays n’aura donc pas le luxe de laisser partir ses talents formés à grands frais ni de se priver de l’apport d’une immigration choisie, notamment étudiante. Une politique d’attraction de nouveaux immigrants, en particulier des étudiants africains, arabes et d’ailleurs, doit être pensée comme un axe structurant de la stratégie de population : simplification des procédures de séjour, intégration dans le marché du travail, reconnaissance des diplômes, accompagnement social. **En parallèle, le Maroc doit offrir des conditions de retour attractives à ses propres étudiants formés à l’étranger : emplois qualifiés, perspectives de carrière, environnement de recherche, rémunérations décentes et stabilité institutionnelle, afin de transformer la mobilité académique en retour sur investissement national plutôt qu’en exode définitif.** Les transferts certes importants des MRE sont essentiels, mais garder ces mêmes personnes au Maroc serait encore plus productif. Des milliards de dirhams sont investis chaque année dans la formation de milliers de jeunes qui, une fois diplômés, quittent le pays pour contribuer à la richesse d’autres économies, cela même dans le secteur clé et sous tension qu’est la santé. 700 médecins quittent le pays annuellement depuis déjà quelques années, alors que nos besoins sont énormes. Tant que l’obésité, la santé mentale, la démographie et la fuite des cerveaux resteront traitées comme des sujets périphériques, le Maroc risque d’avancer à reculons : en apparence modernisé, mais intérieurement affaibli. Il est encore temps de faire de la santé et du capital humain la boussole de toute politique publique ; demain, ce sera une course contre la montre dont on ne maîtrisera plus les tenants et encore moins les aboutissants. Voilà ce qui devrait être la base des programmes des partis et des débats lors de la campagne électorale qui, en fait, a déjà commencé de manière larvée.

Ramadan au Maroc : le mois sacré face au miroir de nos excès... 1209

À l’approche du Ramadan, le Maroc change de rythme et d'heure. Les rues ralentissent le jour, s’illuminent la nuit. Les mosquées se remplissent, les cœurs se resserrent autour de l’essentiel : la foi, la patience, la solidarité, la piété. Sur le papier, le Ramadan est un mois de retenue de piété et de concentration sur soi. Dans la réalité économique, il devient paradoxalement un mois d’excès et de gaspillage. En fait force est de conclure au paradoxe de la table marocaine Quelques heures avant le Ftour, les marchés explosent d’activité. Les sacs débordent. Les paniers s’alourdissent. Les factures aussi. Selon les données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, l’alimentation représente déjà la part la plus importante du budget des ménages marocains, notamment pour les classes modestes. Pendant le Ramadan, les dépenses alimentaires augmentent sensiblement, parfois de manière significative selon les enquêtes de consommation, sous l’effet d’achats concentrés sur une période courte et de la pression sociale autour de la table du ftour. Pression sociale mais également pression des médias et de la télévision en particulier. Le citoyen est bombardé de messages poussant à la consommation érigée alors en réussite sociale. Cela se chiffre en une augmentation des dépenses de l'ordre de 18%. Ce n'est pas rien. Cela se traduit aussi par une augmentation importante de la demande de produits alimentaires, pas forcément de première nécessité et donc par une pression sur les prix qui se traduit naturellement par des augmentations. Pourtant, une partie non négligeable de cette nourriture finit hélas à la poubelle. Les niveaux peuvent être alarmant. Les poubelles regorgent de produits alimentaires préparés, de gâteaux, de pâtisseries de pains et autres préparations à base de farine, beurre et sucre. Selon une étude de la FAO, ce gaspillage peut atteindre près de 85%. En d'autres termes un citoyen qui dépense 1000 dirhams en denrées alimentaires, en jettera comme déchets l'équivalent de 850 dirhams. Ahurissant. La question du gaspillage alimentaire au Maroc est structurelle, comme l’ont souligné plusieurs études appuyées par la FAO. Le Ramadan accentue ce phénomène par la multiplication des plats, la surproduction domestique, des achats impulsifs, l'abondance perçue comme synonyme d’hospitalité et de bien être. Le paradoxe est cruel : au moment même où la spiritualité invite à la modération, la société s’installe dans une démonstration d’abondance en fait en réponse à une pression sociale silencieuse. Le gaspillage n’est pas seulement un problème économique. Il est devenu culturel. Globalement un citoyen marocain jette quelques 132 kg de nourriture pas an selon une étude du PNUE. La FAO parle de 91 kg. Ramadan y participe dans une large mesure. La table du ftour est devenue un espace de représentation sociale. Ne pas multiplier les plats est parfois perçu comme un manque de générosité voire d'avarice. La chebakia, les briouates, la harira, les jus multiples : la norme implicite impose la diversité. On se donne de grands airs. les valeurs initiales, fondatrices de Ramadan y prennent un sacré coup. La sobriété passe aux oubliettes. Cette pression pèse d’autant plus sur les ménages modestes que l’inflation alimentaire des dernières années a érodé le pouvoir d’achat. Quand le budget est serré onze mois sur douze, le Ramadan devient un mois d’effort financier disproportionné. Le mois sacré se transforme alors en équation budgétaire difficile. Les médias ont réussi la fabrique d’un Ramadan-spectacle. A la tombée de la nuit, un rituel quasi généralisé commence : la télévision. Les grandes chaînes nationales concentrent leur programmation phare autour du créneau post-f'tour. Séries légères, sitcoms répétitives, caméras cachées, téléfilms calibrés pour le divertissement familial. Tous cela en support à un bombardement publicitaire hors normes. Le Ramadan est devenu la haute saison publicitaire. Les spots alimentaires se multiplient, les produits transformés envahissent les écrans, et la logique commerciale prend le dessus sur la vocation éducative ou culturelle. Le mois de spiritualité devient une bataille d’audience. La télévision ne crée pas seule la surconsommation, mais elle l’accompagne, la normalise et parfois la célèbre. La spiritualité est ainsi mise à l’épreuve. Le Ramadan est censé enseigner la faim pour mieux comprendre celui qui souffre de manques. Pourtant, le contraste est saisissant : tandis que certaines familles peinent à assurer l’essentiel, d’autres jettent l’excédent. La contradiction interroge quand à la responsabilité des pouvoirs publics et des gens des médias. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays musulmans, les organisations internationales alertent chaque année sur le pic de gaspillage pendant le mois sacré. Ce phénomène est devenu un sujet récurrent des politiques publiques dans la région. Mais au-delà des chiffres, la question est morale : comment concilier jeûne et excès ? Comment prêcher la retenue et pratiquer l’abondance ? Comment recentrer à nouveau le mois sacré La solution n’est ni culpabilisante ni punitive. Elle est culturelle. Le devoir aujourd'hui est de: * Réhabiliter la simplicité dans les discours religieux. * Valoriser les tables sobres comme signe de conscience et non de pauvreté. * Encourager les initiatives de redistribution alimentaire. * Rééquilibrer la programmation audiovisuelle en y intégrant davantage de contenus éducatifs, sociaux et spirituels. Le Ramadan n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être intense. Il n’a pas besoin d’être coûteux pour être noble. Il n’a pas besoin d’être abondant pour être généreux. Au fond, la question n’est pas que économique. Elle est existentielle : **voulons-nous vivre le Ramadan… ou le consommer ?** Le gaspillage n'est point acceptable. La religion le condamne explicitement.

Où sont passés nos ministres ? Quand l’État opérationnel supplée un gouvernement silencieux... 1168

Les récentes inondations ont offert une démonstration éclatante de l’efficacité de l’appareil sécuritaire et territorial marocain. Sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les agents du ministère de l’Intérieur, les éléments des Forces Armées Royales et les différentes forces d’intervention ont, en quelques heures à peine, mobilisé des moyens humains et logistiques impressionnants. Près de 180 mille personnes ont été évacuées, transportées et relogées hors des zones sinistrées avec une célérité qui a forcé l’admiration, y compris à l’étranger. Au Portugal, par exemple, où certains observateurs ont salué la promptitude marocaine, des députés ont houleusement interpelé le gouvernement pour sa gestion des inondations connus par le pays, sommant à celui ci de prendre exemple sur la gestion de crise des marocains.. Mais derrière cette efficacité indéniable se cache une question dérangeante : où étaient les autres ministres et leurs départements pléthoriques ? Notamment ceux en charge des questions sociales et de solidarité. Le gouvernement marocain ne se résume pas aux départements régaliens seulement. Il compte de nombreux ministères officiellement chargés des affaires sociales, de la solidarité, de l’inclusion, de la famille, de la cohésion territoriale ou encore de la lutte contre la précarité. Or, une fois de plus, ces départements ont brillé par leur absence. Pas d’initiatives notoires. Pas de mesures visibles. Pas même une communication rassurante. Le silence comme seule réponse à l’angoisse des sinistrés et à la curiosité justifiée des citoyens. Ce n’est pas un épisode isolé. Lors de la pandémie de la Covid-19, déjà, l’essentiel de la réponse avait reposé sur l’architecture sécuritaire et sur des mécanismes exceptionnels impulsés au plus haut niveau de l’État. Lors du séisme d’El Haouz, même scénario : mobilisation remarquable des forces de secours et de l’administration territoriale, mais mutisme inquiétant de plusieurs départements supposés incarner la solidarité nationale. Cette répétition interroge. Elle remet en cause non seulement la performance du gouvernement actuel, mais aussi l’architecture même de nos gouvernements successifs. À quoi sert une inflation de ministères si, dans les moments critiques, ils sont invisibles ? À quoi bon multiplier secrétariats d’État, agences rattachées et départements thématiques si leur impact réel est indétectable lorsque le pays traverse une épreuve ? Le débat n’est pas idéologique ; il est budgétaire et éthique. Chaque ministère, chaque cabinet, chaque direction centrale représente des salaires, des véhicules, des locaux, des frais de fonctionnement. Lorsque ces structures n’apportent pas de valeur ajoutée mesurable, elles deviennent budgétivores. Elles absorbent des ressources publiques sans retour tangible pour le citoyen. Certains évoquent avec provocation la “tronçonneuse” du président argentin Javier Milei. Il ne s’agit évidemment pas de copier des modèles étrangers de manière caricaturale et particulièrement pas celui là. Mais la question de la rationalisation de l’appareil gouvernemental mérite d’être posée avec sérieux. Un Gouvernement efficace n’est pas un gouvernement hypertrophié, colossal ; c’est une formation cohérente, resserrée, responsable, efficace. Au-delà du symbole, il y a un enjeu macroéconomique. Un fonctionnaire ou un haut responsable payé sans production mesurable contribue mécaniquement à une dépense publique improductive. Or, lorsque la dépense publique augmente sans création de richesse correspondante, elle alimente les déséquilibres, la pression fiscale et, in fine, l’inflation. Distribuer des revenus financés par l’impôt ou par la dette à des structures qui ne produisent ni services tangibles ni efficacité sociale, c’est fragiliser le pouvoir d’achat des citoyens que l’on prétend protéger. Une contradiction inacceptable, injuste. Dieu sait que le sujet est sensible. Le citoyen marocain n'est pas content des hausses des prix et de la dégradation de son pouvoir d'achat érodé. À l’approche des élections de septembre prochain, les partis politiques ne peuvent plus se contenter de promesses sectorielles et de catalogues de programmes sociaux. Ils doivent s’engager sur une réforme de l’architecture gouvernementale elle-même : réduction du nombre de départements, clarification des compétences, obligation de résultats, évaluation publique des performances. Le prochain chef du gouvernement, enfin tout ceux qui aspirent à le devenir, devrait annoncer clairement leurs visions : combien de ministères ? Avec quelles missions précises ? Selon quels indicateurs de performance ? Et surtout : avec quelle responsabilité politique en cas d’inaction lors des crises ? Il est temps de rompre avec la logique de satisfaction des équilibres partisans au détriment de l’efficacité publique. Multiplier les postes pour satisfaire des coalitions ne peut plus être financé par le contribuable et impunément sans contrepartie réelle. Chaque dirham public doit être justifié. La mobilisation exemplaire des forces d’intervention prouve que l’État marocain sait agir avec rigueur et rapidité lorsque la chaîne de commandement est claire et la responsabilité assumée. Le gouvernement, lui, doit désormais prouver qu’il peut exister autrement que par son organigramme. Aux citoyens, enfin, revient une part de responsabilité. Voter ne devrait pas seulement être un acte d’adhésion à des slogans, mais un choix rationnel en faveur d’une gouvernance sobre, efficace et responsable. L’enjeu dépasse la conjoncture : il concerne la soutenabilité de nos finances publiques et la crédibilité de notre modèle institutionnel. La question reste donc posée, simple et implacable : dans les moments où la nation est en face d'une grande difficulté comme c'est le cas aujourd'hui: qui agit vraiment, qui se la coule douce, se contente d’exister sur le papier et d'engranger salaires et avantages sans raison?

6 avril 2026 : le jour où le Maroc se dote d’un parachute contre les tempêtes économiques... 1188

Le 6 avril 2026 va marquer un tournant décisif pour l’économie marocaine : c’est un nouvel étage au “moteur” financier du pays Il va changer la façon dont les entreprises gèrent les risques et, indirectement, la vie quotidienne des citoyens. C'est sans doute la réforme financière la plus importante du pays depuis longtemps. Les responsables étant peu soucieuses d'expliquer une telle nouvelle, faisons le version “économie pour les nuls”, dont je suis. Un Marché à Terme est un endroit où l’on signe aujourd’hui des contrats pour acheter ou vendre plus tard, à un prix fixé à l’avance. Au lieu d’acheter une action ou un indice tout de suite, comme sur le marché “au comptant”, on s’engage sur un prix futur. Cela permet de se protéger contre les hausses ou baisses brutales. C’est comme si vous bloquiez dès maintenant le prix de votre plein d’essence pour les six prochains mois évitant les mauvaises surprises. Le Maroc ajoute ainsi, à la Bourse de Casablanca, un outil de plus pour stabiliser le système: les premiers produits seront des contrats à terme sur indice boursier, encadrés par l’AMMC, la Banque centrale et l’écosystème financier. L’objectif est de rendre le marché des capitaux plus profond, plus liquide et plus résilient face aux chocs extérieurs. Le 6 avril n’est pas qu’une date technique. Il s’agit d’une étape structurante pour la place financière de Casablanca afin de moderniser le marché des capitaux et le rapprocher des standards internationaux. La gestion des risques sera améliorée pour les acteurs économiques en taux, indices, devises et matières premières. La Bourse attirera aussi davantage de capitaux, notamment étrangers. Le Marché à Terme n’est pas un gadget spéculatif, c’est un outil de protection, une sorte de parapluies qui protège des tempêtes, permettant aux entreprises d’anticiper et de sécuriser leurs coûts ou leurs revenus. Il améliore la visibilité et les décisions d’investissement, particulièrement dans une économie comme celle du Maroc, très exposée aux prix internationaux et aux taux de change. Il a un impact pour le Secteur agricole et agroalimentaire: Le Maroc exportant des produits sensibles aux prix mondiaux et aux fluctuations de devises. Ainsi un exportateur d’agrumes qui craint une baisse du dollar peut utiliser le Marché à Terme pour couvrir son risque, en se liant à un indice ou à un contrat qui évolue avec ce risque. Même si le dollar baisse ou si les prix internationaux se retournent, il protège une partie de sa marge, sécurise ses revenus. Cela signifie moins de faillites de coopératives, des emplois ruraux plus stables et des revenus moins “en dents de scie” dans les campagnes. Les secteurs du textile et de l’automobile sont très sensibles aux prix des matières premières (coton, acier, énergie) et aux marchés internationaux. Une usine qui importe du coton pourrait couvrir le risque de hausse des coûts via des produits liés à un indice. Une usine automobile, exposée à la hausse des prix de l’acier ou à un retournement de la demande, peut stabiliser une partie de ses marges grâce à des stratégies de couverture. Si elles maîtrisent mieux leurs coûts, elles peuvent investir davantage, éviter des licenciements dans les périodes difficiles et maintenir des prix plus compétitifs pour les consommateurs: vêtements, véhicules, etc. Dans l’énergie et les mines, la volatilité des prix mondiaux est un enjeu majeur. L'OCP, très exposé aux prix internationaux du phosphate, peut utiliser le Marché à Terme pour lisser l’impact des variations sur ses résultats. Les opérateurs énergétiques, eux, peuvent mieux gérer leurs risques liés aux prix de l’électricité, des combustibles ou aux taux d’intérêt qui financent de grands projets: parcs solaires, éoliens. Une meilleure visibilité favorise des investissements lourds sur le long terme, donc plus de projets, plus d’emplois industriels et, à terme, des coûts d’énergie plus stables pour les ménages. Les transports, les services et le tourisme, piliers de l’économie marocaine sont très dépendant des cycles internationaux, des devises et des chocs géopolitiques. Une chaîne hôtelière ou une compagnie aérienne peut couvrir ainsi une partie de ses risques (coûts de financement, indices de marché) pour stabiliser ses comptes, d'où une capacité accrue à maintenir les emplois, à continuer d’investir dans la qualité, et à proposer des offres compétitives pour les touristes nationaux et étrangers. Le Marché à terme est très impactant pour les très petites, petites et moyennes entreprises qui constituent le **cœur** productif du pays, avec 99,7% des entreprises marocaines qui génèrent environ 38% de la valeur ajoutée et assurent près de 74% des emplois déclarés. Même si, au démarrage, le Marché à Terme sera plutôt réservé aux acteurs institutionnels et aux entreprises les plus structurées, il finira par bénéficier indirectement aux TPME. De grandes entreprises mieux protégées et plus stables offrent plus de commandes aux sous-traitants. Les banques et intermédiaires peuvent créer des solutions “packagées” où la couverture de risque est intégrée, sans que la petite entreprise ait besoin d’être experte en produits dérivés. Si le tissu de TPME devient plus résilient, c’est l’emploi qui gagne en stabilité. Au départ, les particuliers n’auront pas un accès direct au Marché à Terme. les autorités veulent une ouverture progressive compte tenu de la complexité et des risques. Cependant les citoyens sont au centre des retombées finales par ricochet avec un emploi plus stable. Les prix seront plus prévisibles avec une meilleure maîtrise des coûts de matières premières, d'énergie et de financement. L'épargne et les retraites seront aussi mieux protégées. Les fonds de pension, assurances vie et OPCVM peuvent utiliser ces instruments pour couvrir leurs portefeuilles. Pour les projets et d’infrastructures : un marché des capitaux plus profond finance plus facilement les grands chantiers, avec des retombées majeures. Le citoyen marocain n’ira pas forcément, demain matin, “trader des futures” depuis son smartphone, mais il bénéficiera d’un environnement économique plus stable, d’entreprises plus robustes et d’un marché financier mieux armé contre les tempêtes. Le Marché à Terme est un outil puissant, mais qui peut devenir risqué s’il est mal compris ou utilisé pour de la pure spéculation. C’est pour cela que les autorités ont choisi un lancement progressif, avec des produits simples au départ. L'ouverture sera limitée aux acteurs professionnels et entreprises capables de comprendre les risques, avant d’envisager une démocratisation plus large. L'accent sera mis sur l’éducation financière, la transparence et le renforcement de la régulation. Ce n’est donc pas seulement un “produit de plus” à la Bourse de Casablanca, mais un changement de terrain de jeu. Il dote l’économie marocaine d’outils modernes pour mieux gérer les chocs, soutenir l’investissement et protéger, à terme, l’emploi et le pouvoir d’achat des citoyens.

Feuille de route pour le Football marocain 1151

Après la mascarade de la finale de l'AFCON 2025 entre le Maroc et le Sénégal et les sanctions qui ont suivies je propose cette feuille de de route pour la FRMF: 1) Surseoir à l'organisation de toute compétition africaine sur le sol de l'Empire Chérifien du Maroc et ce dans toutes les catégories jusqu'à la réhabilitation des Lions de l'Atlas. 2) Organiser des compétitions internationales sous l'égide de la FIFA telles que la coupe du monde, la coupe du monde des clubs champions, coupe Arabe des nations etc.. 3) Recourir au TAS pour le match Maroc vs Sénégal. 4) Envisager la possibilité d'adhérer à l'UEFA et quitter la CAF. 5) Changer le staff technique de Reguragui et donner plus de prérogatives à la commission technique et au staff médical. 6) Sélectionner pour les futures compétitions les meilleurs joueurs du moment selon des critères objectifs privilégiant le mérite, l'aptitude et la forme du moment 7) Mettre à la disposition des équipes de la Botola Pro 1 et 2 les installations techniques, les nouveaux stades, les moyens financiers pour rehausser le niveau de la compétition. 8) Organiser annuellement La Coupe Mohammed VI regroupant outre les lions de l'Atlas trois grandes sélections parmi les 8 meilleures au monde selon le classement de la FIFA 9) Organiser annuellement la coupe Hassan II regroupant outre l'équipe championne de la Botola Pro1 trois grandes équipes championnes de l'un des pays européen, asiatique et d'Amérique. 10) Organiser annuellement la coupe Moulay El Hassan regroupant outre les lions de l'Atlas U20 trois sélections U20 représentant l'Asie, l'Europe et l'Amérique 11) Renforcer le rôle de l'académie Mohammed VI de foot-ball 12) Créer des Académies dans toutes les régions du Maroc. 13) Renforcer l'infrastructure sportive en construisant de nouveaux stades dans toutes les grandes villes du Maroc: Meknes, Tetouan , Nador, Khouribga, Salé, Kenitra,Safi, Laayoune, Temara etc.. Dr Bouchareb Fouad Médecin spécialiste en médecine du sport Tous les droits sont réservés

Sous les yeux de Attaf, Ghali mendie sa "facture de paix" à Madrid... 1301

Il fallait oser. Ibrahim Ghali l’a fait. Depuis les camps de Tindouf, cet espace hors droit et hors temps, le chef du Polisario a cru bon d’annoncer sa disponibilité à « partager la facture de la paix » avec le Maroc. Il faut en préciser le contexte pour bien comprendre le dessin. La déclaration a été faite la veille du départ pour Madrid où l'ambassade américaine, ce dimanche ci, abriterait une réunion où le Maroc exposerait son plan d'autodétermination pour les provinces du sud. Soit dit au passage réunion à laquelle la Mauritanie participerait...et l'Algérie aussi… Cette Algérie qui se disait à elle même qu'elle n'était pas concernée par les pourparlers y est représenté par le même ministre des affaires étrangère qui naguère n'en n'acceptait même pas l'idée... La déclaration est si grotesque qu’elle mérite d’entrer directement au musée des absurdités diplomatiques contemporaines. Car enfin, parlons sérieusement : comment partager une facture quand on n’a jamais payé quoi que ce soit ? Comment parler de paix quand on a bâti toute son existence politique sur le refus systématique de toute solution ? Comment évoquer le compromis quand on vit sous perfusion financière, politique et sécuritaire du pays hôte, incapable du moindre geste autonome ? Ibrahim Ghali n’est pas un acteur de la paix. Il en est le coût, accumulé depuis près d’un demi-siècle. *Le plus pathétique dans cette sortie n’est pas tant son contenu que ce qu’elle révèle : un mouvement à bout de souffle, réduit à recycler un vocabulaire technocratique faute d’avoir encore une idéologie crédible. Après la « lutte armée » fantasmée, après les menaces creuses de guerre totale, après les centaines de communiqués martiaux rédigés pour entretenir l’illusion auprès d’un public captif, voici venu le temps de la mendicité politique sous couvert de responsabilité.* Le Polisario ne libère rien, ne construit rien, ne propose rien. Il bloque, retarde, confisque. Et maintenant, il veut facturer. Mais facturer quoi? De quelle facture parle exactement Ghali ? Celle des dizaines d’années de séquestration de populations sahraouies privées de tout droit élémentaire ? Celle des aides humanitaires internationales détournées, revendues et opportunément réinvesties loin de Tindouf ? Celle du capital humain sacrifié sur l’autel d’un séparatisme devenu obsolète ? Ou celle de la survie artificielle d’un appareil politico-militaire qui n’existe que parce qu’il est entretenu par d’autres ? Ces autres aujourd'hui à bout de souffle. Il faut être d’un cynisme achevé pour parler de paix après avoir vécu ou tout au moins cru à la guerre même fictive, pendant cinquante ans. La soudaine conversion de Ghali au langage de la modération n’est évidemment pas le fruit d’une illumination morale. Elle est dictée par la panique. Panique face à l’évolution irréversible du dossier. Panique face au réalignement international. Panique face aux signaux américains de plus en plus clairs. Panique, surtout, face à la reconnaissance croissante d’une évidence que même les soutiens traditionnels du Polisario n’osent plus contester ouvertement : le projet séparatiste est mort, et il est mort d’avoir été vidé de toute crédibilité. Son acte de décès sera signé à Madrid ce weekend en présence de son parrain. Hier encore, Ghali promettait l’escalade. Aujourd’hui, il quémande la négociation. Ce n’est pas une stratégie, c’est un réflexe de survie. Lorsqu’il affirme que le Polisario « ne se substituera pas aux Sahraouis », l’hypocrisie atteint des sommets. Qui a parlé en leur nom sans jamais les consulter ? Qui a confisqué leur avenir sous prétexte de les représenter ? Qui a transformé des générations entières en monnaie d’échange diplomatique ? Certainement pas le Maroc, qui investit, développe et intègre. Mais bien un appareil figé, incapable de produire autre chose que des slogans périmés dictés par les services du commanditaire. Quant à l’invocation rituelle de la « légalité internationale », elle relève désormais du réflexe pavlovien. Une formule magique répétée mécaniquement par une structure qui n’a plus aucun ancrage ni juridique, ni politique, ni historique et sans doute ayant perdu la crédibilité auprès des séquestrés. Le monde a changé, le droit international évolue, et le Polisario continue de brandir des résolutions comme on agite des reliques, espérant encore qu’elles produisent un miracle. La réalité est brutale : le Maroc n’a aucune facture de paix à partager avec le Polisario. Il a déjà payé et continue de payer en investissements, en stabilité, en vision politique et en crédibilité diplomatique. Le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine n’est pas une concession : c’est une solution. Tout le reste n’est que folklore idéologique. **Le Polisario, lui, n’a rien à offrir. Ni territoire. Ni projet. Ni légitimité renouvelée. Seulement des dettes politiques, morales et humaines envers les séquestrés qu’il tente maladroitement de refiler aux autres. Qu’Ibrahim Ghali garde ses factures. Qu’il les adresse à ceux qui l’hébergent, le financent et lui dictent encore ses prises de parole. Le processus avance, la réalité s’impose, et le train de l’histoire ne s’arrête pas pour les passagers clandestins brandissant des billets expirés.** Bienvenido a Madrid, señor Attaf mais attention ni le Maroc, ni les USA, n'ont de temps à perdre. Ils ont bien d'autres choses à faire que de vous écouter et supporter l'imbécilité. *A Madrid donc Le Maroc est représenté par Nasser Bourita, l’Algérie par Ahmed Attaf, la Mauritanie par Mohamed Salem Ould Merzoug. Mohamed Yeslem Beissat y sera au nom du Polisario et écoutera en bon élève la dictée. En précaution diplomatique, comme quoi l'ONU est bien concernée, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura est convié à la rencontre. Mais personne n'est dupe, ce sont bien les USA qui pilotent le tout; avec un seul point à l'ordre du jour: le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine et rien d'autres. D'ailleurs le Maroc l'a bien détaillé passant du projet initial de 5 pages à une quarantaine aujourd'hui pas plus.*

Immigration : l’Espagne gagne, l’Europe se tire une balle dans le pied... 1209

L'Espagne sous Pedro Sánchez a adopté une politique pro-immigration en net contraste avec le durcissement observé dans la plupart des pays européens. Alors que l'Europe globalement resserre les vis sur les migrants et leur colle toutes ses faiblesses et disfonctionnement, Madrid mise sur leur intégration via le travail, obtenant en contrepartie la plus forte croissance économique du continent en 2025. La plupart des nations européennes catalysent leurs politiques migratoires sur la restriction et l'expulsion. L'Union européenne envisage même des hubs de retour hors frontières pour accélérer les renvois et sanctionner plus durement les refus de départ, sous pression des extrêmes droites. Des pays comme l'Allemagne, la France et l'Italie ont resserré quotas et procédures en 2025, percevant certainement à tort les migrants comme source de tensions sociales et économiques. N'est ce pas là un véritable suicide économique et social à terme... Pedro Sánchez lui réaffirme que l'immigration légale est un atout économique et une nécessité démographique, avec les migrants formant déjà 13% de la main-d'œuvre dans le pays. En mai 2025, une réforme du règlement des étrangers a élargi les corridors pour l'agriculture, la construction, la tech et les soins, accélérant les permis pour diplômés et startups. Fin janvier 2026, le gouvernement annonce la régularisation de 500 000 sans-papiers arrivés avant fin 2025, via une procédure accélérée sans casier judiciaire. En 2025, l'Espagne a enregistré +2,8% de croissance du PIB, deux fois supérieure à la zone euro, dopée par le tourisme, la consommation des ménages et une baisse du chômage. Les étrangers ont porté 80% de l'augmentation de la population active en 2022-2024, compensant le déclin des travailleurs nationaux. Un rapport prévoit un impact positif continu d'ici 2026, avec +0,5 point de PIB grâce à l'afflux migratoire. Madrid parie sur l'intégration via l'emploi plutôt que l'exclusion. Sánchez présente ce modèle comme un blueprint pour une Europe vieillissante, soulignant la rationalité économique d'une migration régulée. Conséquence directe: l'Espagne bénéficie d'une économie à plein régime malgré les critiques internes et les tensions provoquées par diverses droites. Pour 2026, l'Espagne prévoit la dématérialisation des renouvellements de permis et une industrialisation boostée par les talents étrangers. Ce choix isolé renforce son dynamisme mais expose à des tensions politiques internes, tout en inspirant un débat continental sur les vertus d'une immigration gérée. En revanche l'Europe restrictive paie le prix fort de ses choix anti-immigration. Alors que l'Espagne prospère grâce à son ouverture, les pays ayant durci leurs politiques migratoires: Allemagne, France, Italie, font face à des pénuries criantes de main-d'œuvre dans les secteurs vitaux : agriculture, BTP, santé, logistique et hôtellerie. Ces métiers essentiels, peu attractifs pour les nationaux, restent sous tension, freinant mécaniquement la croissance économique par manque de bras et de cerveaux. Le recul de la fécondité aggrave cette impasse démographique. Avec des taux inférieurs à 1,5 enfant par femme dans la plupart des pays européens, la population active se contracte inexorablement d'où plus de retraités à charge, moins de jeunes pour produire et cotiser. L'Allemagne, par exemple, prévoit un déficit de 7 millions de travailleurs d'ici 2035, tandis que la France voit ses hôpitaux et ses champs en souffrance faute de personnel. Résultat : une croissance anémique, autour de 1% en zone euro en 2025, loin des 2,8% espagnols. Comment inverser la tendance ? Les options se réduisent : relèvement forcé de l'âge de la retraite, qui heurte les syndicats ; incitations timides à la natalité, inefficaces à court terme ; ou encore automatisation partielle, coûteuse et inadaptée aux métiers manuels. Sans afflux migratoire régulé, ces nations vieillissantes risquent une stagnation qui ne peut produire que recul et déclin. L'Espagne montre donc la voie à qui veut intégrer via le travail pour transformer une contrainte en moteur. Par ces temps troublés, les partisans de la théorie du "grand remplacement" – cette vision apocalyptique d'une Europe submergée, captent hélas un écho populaire croissant, dopés par les peurs et également par les échecs des politiques restrictives. Pourtant, les faits parlent : c'est le refus d'immigration gérée qui asphyxie les économies, non l'accueil raisonné. En fait les diverses droites et leurs doctrinaires sont contre une certaine immigration pas contre d'autres; sauf que les pays jadis pourvoyeurs de travailleurs ont changé. Ils sont plus riches, ils s'industrialisent et connaissent également un déficit de natalité. Sánchez, isolé mais visionnaire, invite en fait ouvertement l'Europe à un sursaut pragmatique avant qu'il ne soit trop tard.