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Societé

Inondations au Maroc : une urgence maîtrisée, des leçons à tirer... 174

Les récentes inondations au Maroc ont une nouvelle fois mis à l’épreuve la résilience de l’État et de la société. Face à la montée brutale des eaux, la réaction des autorités a été d’une ampleur remarquable : plus de 180 000 citoyens ont été évacués rapidement des zones à risque, transportés vers des lieux sûrs, hébergés, nourris et pris en charge médicalement dans des conditions qui ont suscité l’admiration au-delà de nos frontières. À Ksar El Kébir, comme dans de nombreux douars et hameaux environnants dans les provinces avoisinantes, les habitants ont aujourd’hui regagné leurs foyers. Durant leur absence, leurs maisons et leurs biens ont été très bien sécurisés. Cette phase d’urgence, marquée par la mobilisation des forces de sécurité, de la protection civile et des autorités locales, a démontré que lorsqu’il s’agit de protéger les vies humaines, l’État marocain sait agir avec une grande efficacité, une célérité remarquable et un humanisme à toute épreuve. Rares sont les pays au monde capables de rivaliser avec le Royaume en matière de traitement des catastrophes. Maintenant, une fois l’émotion retombée et les populations revenues chez elles, vient le temps des bilans, de la reddition des comptes. L’urgence ayant été parfaitement maîtrisée, le temps de la précision des responsabilités est venu. Personne ne peut défier la nature. Une évidence. Les phénomènes climatiques extrêmes, appelés à se multiplier sous l’effet du changement climatique, frappent désormais avec une intensité imprévisible. Les inondations, les crues soudaines, l’effondrement de routes ou de ponts ne sont pas des réalités propres au Maroc. Elles touchent les pays les plus développés, dotés des infrastructures les plus sophistiquées. Cependant, une question légitime s’impose : toutes les destructions observées relèvent-elles uniquement de la force de la nature ? Lorsque des routes récemment construites cèdent, lorsque des ouvrages d’art s’effondrent après quelques années ou seulement quelques mois d’exploitation, lorsque des systèmes d’assainissement se révèlent manifestement sous-dimensionnés, il devient indispensable d’interroger la qualité des études techniques, la rigueur des cahiers des charges, le contrôle des chantiers et la conformité des matériaux utilisés. L'incompétence des uns, les malfaçons d’autres ou la corruption de certains, trois hypothèses qui doivent être examinées sans tabou. Les études techniques peuvent très bien être insuffisantes ou obsolètes. Les données climatiques ont évolué. Si les infrastructures sont conçues sur la base de modèles anciens, elles deviennent mécaniquement vulnérables. Les crues dites « exceptionnelles » d’hier sont peut-être les crues normales de demain. Des fois, ce sont les malfaçons dans l’exécution des travaux qui posent problème. Un pont, une digue ou une route ne cèdent pas uniquement sous la pression de l’eau ; ils cèdent aussi lorsque les normes ne sont pas respectées, lorsque les contrôles sont laxistes ou lorsque la supervision technique est déficiente. On ne peut également pas balayer d’un revers de main les malversations et les pratiques corruptives possibles. C’est l’hypothèse la plus grave. Lorsque des budgets publics sont alloués à des infrastructures censées désenclaver, fluidifier les communications ou protéger les populations, chaque dirham détourné devient un facteur de vulnérabilité. Dans un pays aux ressources limitées, la dilapidation des fonds publics n’est pas seulement une faute morale ; elle devient une menace directe pour la sécurité des citoyens. S'impose donc la nécessité d’enquêtes transparentes. Il ne s’agit pas d’alimenter la suspicion généralisée ni de jeter l’opprobre sur l’ensemble des acteurs publics ou privés. La mobilisation récente prouve au contraire que l’appareil d’État est capable d’excellence et qu’il a une véritable capacité à s’engager pleinement et à solutionner efficacement des problèmes gravissimes. Mais c’est précisément pour préserver cette crédibilité que des enquêtes sérieuses, indépendantes et transparentes doivent être menées sur les infrastructures endommagées. Nul doute que l'administration va identifier les ouvrages ayant subi des dégradations anormalement rapides ; examiner les processus d’attribution des marchés et vérifier la conformité des travaux aux normes en vigueur. Reste tout de même à s'assurer de la publication des conclusions et, le cas échéant, de sanctionner les fautes s'il y en a et si les responsabilités sont bien identifiées. L’impunité serait un message désastreux. À l’inverse, la reddition des comptes renforcerait la confiance des citoyens dans les institutions et Dieu sait qu'on en a bien besoin par les temps qui courent. Car pour l'avenir, vaut mieux prévenir que guérir. Les inondations, il y en aura toujours ; les dégâts matériels, aussi. Mais ce qui n’est pas acceptable, c’est que des infrastructures supposées résister à des crues prévisibles de certains oueds s’effondrent par négligence ou par cupidité. Chaque dirham investi dans la prévention doit produire un maximum de sécurité. Dans un contexte budgétaire contraint, l’efficacité de la dépense publique devient un impératif stratégique. Investir dans des infrastructures durables, parfaitement bien étudiées, adaptées aux nouvelles réalités climatiques, rigoureusement contrôlées et protégées de toute corruption, est moins coûteux que reconstruire indéfiniment après chaque catastrophe. C'est une responsabilité collective pleine et entière. L’épisode des inondations, comme auparavant les tremblements de terre d'Al Hoceïma et du Haouz, a montré le meilleur du Maroc : solidarité, mobilisation, efficacité opérationnelle. Le défi maintenant est d’en tirer les leçons structurelles de rigueur. La protection des citoyens ne s’arrête pas à l’évacuation d’urgence. Elle commence bien avant, dans les bureaux d’études, dans les commissions d’appels d’offres, dans les laboratoires de contrôle, dans la traçabilité et le contrôle d'exécution des marchés publics. Le véritable hommage aux 180 000 citoyens évacués ne consiste pas seulement à saluer leur résilience, mais à garantir que les infrastructures reconstruites le seront selon les standards les plus exigeants. La nature est puissante, mais la négligence et la corruption sont aussi des catastrophes que l’on peut, et que l’on doit, prévenir. Une chose est déjà certaine : ne plus construire dans des zones inondables.

Regragui : la rumeur toxique qui sabote les Lions... 217

Les rumeurs incessantes sur l'avenir de Walid Regragui, sélectionneur des Lions de l'Atlas, polluent quotidiennement le débat footballistique marocain, créant un climat toxique et déstabilisant. Infondées pour la plupart, elles relèvent d'une psychose collective ou d'un acharnement délibéré qui mine un projet victorieux à l'approche de la Coupe du Monde 2026. Ne faut-il pas dénoncer vigoureusement cette spirale nuisible, qui dessert le sport roi national au lieu de le servir ? La chronologie des rumeurs persistantes est tout de même étonnante. Des rumeurs avaient couru à l'approche de la CAN et rebelotte à l'aune de la Coupe du Monde. Depuis le retour de l'équipe nationale après la demi-finale historique du Mondial 2022, Regragui fait l'objet d'un flot quasi quotidien de spéculations sur son éviction ou son éventuel départ pour un quelconque club ou sélection. Les pics d'intensité surviennent après chaque faux-pas mineur, comme lors de la CAN 2025 où la défaite en finale a alimenté les ragots, ou plus récemment depuis le 23 février 2026 avec des annonces sensationnelles de RMC Sport sur un « départ imminent » et des négociations amiables. La FRMF a réagi par plusieurs communiqués officiels dont celui tout récent du 24 février, démentant fermement et qualifiant ces "fuites" de « pure invention ». Les rumeurs avaient été jusqu'à évoquer des noms comme Xavi Hernández ou Iniesta sont avancés sans fondement tangible. Comme si l'expérience des encadrants marocains n'avait pas ses preuves. Regragui, avec un bilan sportif qui défie les critiques, a transformé les Lions de l'Atlas en machine à victoires : beaucoup de victoires peu de nul et encore moins de défaite, avec une série qualificative impeccable pour la Coupe du Monde 2026 où, dans le groupe C, il sera opposé au Brésil, à l'Écosse et à Haïti. Il a su intégrer une nouvelle génération tout en maintenant une identité tactique hybride (4-3-3 fluide ou 4-2-3-1 défensif), couronnée par une finale à la CAN 2025. Ces performances incontestables rendent absurdes les appels à un changement, surtout quand la FRMF rappelle que le contrat court jusqu'en 2026 avec des objectifs clairs. Limoger l'artisan de cette ascension extraordinaire serait une aberration stratégique, au moment où le Maroc, sans complexe, vise un podium mondial. Quelles sont les origines et mécanismes de cette déstabilisation voulue. Ces rumeurs ne surgissent pas du néant : elles s'inscrivent dans un pattern d'acharnement observé dans le football marocain, possiblement piloté par des luttes internes, des agents de joueurs en quête d'influence ou des médias en mal de clics. La « psychose » décrite avec des hashtags viraux comme #RegraguiOut , fragilise le vestiaire, démotive les joueurs et offre un boulevard à la concurrence. Des précédents comme la CAN 2025, où la FRMF avait dénoncé des « campagnes de déstabilisation », montrent un mode opératoire : ballon d'essai anonyme sur Twitter, amplification par des insiders, démenti officiel qui relance le buzz. Ce climat cauchemardesque, à quelques mois du Mondial, risque de saper la cohésion d'une équipe classée 8e mondiale: un exploit sous Regragui, faut-il le rappeler. Le risque sont donc des conséquences néfastes sur l'équipe nationale marocaine. Cet acharnement peut avoir des conséquences incommensurables sur l'équipe nationale. L'impact est palpable : interviews tendues de joueurs avant la CAN, notamment Achraf Hakimi qui avait appelé à la « sérénité », et risque d'une préparation perturbée pour les matchs amicaux de mars prochain. Cette instabilité, qu'alimentent certains de façon chronique, érode la confiance des supporters, divise la diaspora marocaine et ternit l'image du Royaume comme terre d'accueil du Mondial 2030. À l'inverse, un soutien ferme à Regragui, comme lors de son maintien post-CAN 2022 malgré les pressions, avait propulsé l'équipe vers des sommets. Prioriser les faits aux ragots est vital : les Lions méritent un environnement serein pour affronter les géants en juin 2026. Nécessité donc d' une mobilisation collective puissante. Pour briser ce cercle vicieux, la FRMF doit communiquer proactivement sur le projet Regragui, tandis que les médias devraient vérifier avant de relayer. Les fans, via une pression positive sur les réseaux, peuvent contrer l'acharnement. Le football marocain, porté par un sélectionneur compétent et charismatique, n'a pas besoin de cette toxicité : il aspire au sacre. Dénoncer ces rumeurs comme un sabotage est un devoir patriotique, pour que les Lions rugissent librement vers la gloire mondiale. Le problème en fait n'est pas remplacer Regragui. Toute responsabilité a une fin mais cela doit se faire dans la clarté et la transparence, dans la continuité et pas sous la pression de la rue. Une leçon tout de même: Jamais aucune équipe n'a remporté de coupe du monde avec un sélectionneur étranger. La performance sportive est une expression culturelle à laquelle participe des joueurs et un staff. Depuis peu le Maroc ne manque plus d'entraineurs de niveau mondial...Il restera à Regragui d'avoir été précurseur, une sorte de pionnier ayant fait rêver les marocains et décomplexé notre football et partant notre jeunesse.

Le Monde et le Maroc : vieille rancune et néocolonialisme médiatique d'un procureur parisien... 281

Un certain Alexandre Aublanc a récemment signé dans *Le Monde*, journal parisien, un long article au titre évocateur: «Les promesses démocratiques non tenues de Mohammed VI». Rien que cela. Le ton est donné: celui du procureur autoproclamé, distribuant bons et mauvais points à un État souverain, comme si la monarchie marocaine lui avait personnellement prêté serment ou si le vaillant peuple marocain lui avait demandé un audit. Prétentieux et ridicule. L’exercice n’est pas nouveau. Depuis des décennies, une partie de la presse française, notamment parisienne et particulièrement celle-là, entretient avec le Royaume une relation ambiguë: fascination, condescendance et ressentiment. L'impression est celle de la perte d’un eldorado où tous auraient aimé vivre, mais sous république, probablement bien à la française. Effectivement, le pays est beau, les gens accueillants, mais ils ne veulent point d’une république ni même de la France. Il fait bon vivre à Marrakech ou se balader dans les rues et belles artères de Rabat, et parfaitement sous une monarchie. Depuis plus de 360 ans, les Marocains sont attachés à la plus vieille dynastie régnante au monde. Ils aiment leur Roi et la famille régnante, et c’est parfaitement et singulièrement réciproque. C’est un choix assumé et personne de l’étranger n’a le droit de le discuter. Déjà sous Hassan II, le Royaume était régulièrement présenté comme l’«élève turbulent» de la démocratie occidentale qu’on voulait absolument lui coller. Aujourd’hui, c’est au tour de Mohammed VI d’être sommé de rendre des comptes non pas à son peuple, mais à une certaine intelligentsia parisienne nostalgique. La posture est ici néocoloniale, à peine voilée. Il faut rappeler une évidence historique: le protectorat français a pris fin en 1956. Le Maroc n’est plus sous tutelle, ni politique ni morale. Les dernières années, avant la visite du président Macron à Rabat, en sont la démonstration parfaite à ceux qui l’auraient oublié. L’idée selon laquelle un éditorialiste français pourrait se poser en garant des «promesses démocratiques» d’un souverain étranger relève d’une posture qui fleure bon une nostalgie d’influence. Cela s’appelle ingérence, et l’ingérence est inacceptable, comme s’est plu à le rappeler Jean-Noël Barrot aux Américains. Il était dans tous ses états: un proche du président Trump s’étant permis de formuler un avis sur le meurtre de Quentin Deranque par des militants d’extrême gauche. Rassurez-vous, cela ne concerne pas les Marocains. Les affaires françaises sont pour les Français. Emmanuel Macron lui va lancer «Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés»; la France venait d’être critiquée par Giorgia Meloni pour la même affaire. Charles de Gaulle, en fondant la Ve République dans le contexte de la décolonisation, avait acté la fin d’un monde. Pourtant, certains discours médiatiques, notamment ceux du journal *Le Monde*, semblent ne pas s’être totalement affranchis de cette verticalité morale héritée du passé. C’est bien le Général qui a créé *Le Monde* aussi, faut-il le rappeler. Ce n’est pas la critique qui pose problème. Elle est légitime. Ce qui interroge, c’est le prisme: une lecture partielle, décontextualisée, ignorant délibérément les évolutions institutionnelles, sociales et économiques extraordinaires qu’a connues le Maroc depuis 1999. On omet commodément plein de faits et de réalisations simplement extraordinaires dans la région, sous le règne de Mohammed VI: - La réforme constitutionnelle de 2011, adoptée par référendum, renforçant les prérogatives du chef du gouvernement et constitutionnalisant des libertés et droits fondamentaux. - La mise en place d’instances de gouvernance et de régulation: Conseil national des droits de l’Homme, Instance nationale de probité, etc. - Une politique ambitieuse d’infrastructures. - Des indices de développement social uniques dans la région. - Une stratégie africaine structurée, consacrée par le retour du Maroc à l’Union africaine en 2017. Tout n’est pas parfait, nul ne le prétend. Le Maroc est un pays en transformation, confronté à des défis sociaux, économiques et géopolitiques complexes. Mais réduire 25 années de réformes à une formule expéditive de «promesses non tenues» relève plus du pamphlet que de l’analyse. Osons dire de la bêtise. Il est toujours délicat de distribuer des certificats de démocratie depuis un pays lui-même traversé par des tensions sociales majeures: crise après crise, défiance record envers les institutions, montée des extrêmes, polémiques sur les violences policières ou la liberté d’expression, impopularité des institutions et des politiques. La démocratie n’est pas un brevet que l’on décerne aux autres. Elle est un processus, imparfait partout, en France certainement aussi. Mais là, s’agissant de cet article, c’est juste une manifestation, encore une autre, d’une certaine obsession marocaine récurrente. *Le Monde*, depuis sa création, a entretenu un rapport particulier avec la monarchie marocaine. Hassan II en fut longtemps une figure centrale, souvent décrite avec un mélange de fascination et de sévérité gratuite. Aujourd’hui, la cible change, la tonalité demeure. La répétition de ces charges donne parfois l’impression d’une grille de lecture figée: le Maroc serait éternellement sommé de «rattraper» un standard défini ailleurs, à Paris précisément, sans que soit reconnu son propre cheminement historique et institutionnel. L’auteur et ses compères n’ont vraiment pas conscience de leur système décadent, de la dérive de leur «démocratie», et cherchent à l’exporter tout de même. La marge entre critique légitime et caricature ridicule est bien étroite. Ce qui choque dans l’article en question n’est pas l’existence d’un débat sur la gouvernance marocaine. Il est sain. Ce qui interroge, c’est l’accumulation d’approximations, d’omissions et de raccourcis qui finissent par dessiner une caricature de mauvais goût. Le Maroc n’est ni une dictature figée ni une démocratie scandinave et ne le sera jamais. Le Maroc a sa personnalité et son peuple ne veut ressembler à personne, même pas à la France et aux Français. Il est un pays en mutation, avec ses traditions, ses contradictions, ses avancées et ses lenteurs. Mais il appartient d’abord aux Marocains d’en débattre, d’en juger et d’en décider. À force de vouloir parler «au nom» des promesses démocratiques du Royaume, certains éditorialistes donnent surtout l’impression de parler à la place des Marocains. Et cela, en 2026, sonne singulièrement daté. Les lecteurs marocains francophones, eux, lisent, comparent, analysent et souvent sourient devant ces leçons administrées à distance. Non par aveuglement, mais parce qu’ils savent que la réalité d’un pays ne se résume jamais aux colonnes, fussent-elles prestigieuses, d’un quotidien parisien. Quant au sieur Aublanc, il va devoir apprendre à balayer devant sa porte avant de regarder ailleurs. La démocratie à la française n’est vraiment pas un idéal de ce côté-ci de la Méditerranée.

Ramadan : quand le Maroc se met en mouvement entre ferveur et vigilance... 298

Chaque année, à l’entame du mois sacré, un phénomène discret mais massif transforme les rues des villes marocaines. À Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger ou Fès, les corniches, les parcs et les terrains de proximité se remplissent à l’approche du ftour. Des grappes de marcheurs envahissent les boulevards, des groupes improvisent des matchs de football, les salles de sport affichent complet et les plages sont envahies. *Le paradoxe est apparent : alors que le jeûne impose une abstinence alimentaire et hydrique du lever au coucher du soleil, l’activité physique, elle, augmente spectaculairement. Ramadan devient, pour beaucoup, un mois de remise en forme. On recherche les avantages d’un alignement corps-esprit et une discipline naturelle.* Le jeûne structure la journée; les horaires sont fixes, les excès visibles. Cette discipline favorise l’engagement dans une routine sportive. Beaucoup profitent de cette régularité pour installer une habitude qui leur échappait le reste de l’année. Effectivement, l’exercice physique va leur permettre une amélioration métabolique, si bien évidemment il est pratiqué de manière modérée pendant le jeûne, par la stimulation de : * l’oxydation des graisses ; * la sensibilité à l’insuline ; * la régulation du poids ; * la réduction du stress oxydatif. **Marcher 45 minutes avant le ftour ou faire un entraînement léger 1 à 2 heures après, peut favoriser une meilleure gestion de la masse grasse et limiter la prise de poids souvent associée aux repas copieux du soir. Nombreux sont celles et ceux qui prennent beaucoup de poids à l’occasion de Ramadan.** Les bénéfices cardiovasculaires sont aussi très importants. La marche rapide, le jogging léger ou le vélo améliorent la santé cardiaque, abaissent la tension artérielle et renforcent l’endurance. Ramadan devient ainsi un moment propice pour initier des personnes sédentaires à l’exercice et au bien-être psychologique et physiologique. L’activité physique et le sport pendant Ramadan agissent aussi comme régulateur émotionnel : * réduction de l’irritabilité liée à la privation ; * amélioration de la qualité du sommeil ; * sentiment d’accomplissement ; * cohésion sociale: matchs de quartier, marche en groupe. Dans un mois marqué par la spiritualité, l’effort physique devient prolongement de l’effort moral. *Cependant, il ne faut pas ignorer les risques possibles, car le corps a ses limites. Les transgresser peut être lourdement préjudiciable. L’effervescence sportive n’est pas sans danger, surtout lorsqu’elle est improvisée, mal contrôlée ou excessive.* Le principal risque reste la perte hydrique. La déshydratation sévère n’est jamais loin. Courir en fin d’après-midi sous un soleil printanier, sans possibilité de boire, peut provoquer : * étourdissements ; * hypotension ; * crampes musculaires ; * troubles de la concentration ; * voire malaise. **Les personnes qui pratiquent au-delà d’une certaine intensité sont particulièrement exposées à l’hypoglycémie.**Un effort intense à jeun peut entraîner une chute brutale du taux de sucre sanguin, avec : * tremblements ; * sueurs froides ; * vision trouble ; * fatigue extrême. Les personnes diabétiques ou prédiabétiques, notamment, doivent ainsi redoubler de prudence. *Il y a également beaucoup de risques de blessures musculaires. Le manque d’hydratation diminue l’élasticité musculaire. Beaucoup se lancent dans des matchs de football explosifs ou des séances intensives de musculation sans préparation progressive. Résultat : élongations, déchirures, ruptures ligamentaires, douleurs lombaires.* **La surcharge cardiaque est un autre risque majeur si l’on n’écoute pas son corps. Chez les personnes peu entraînées ou souffrant de pathologies cardiovasculaires non diagnostiquées, un effort intense à jeun peut être dangereux, voire fatal.** Il y a donc certaines règles d’or à observer pour un Ramadan sportif sain, pour maximiser les bénéfices et limiter les risques : 1. **Privilégier l’intensité modérée** : marche rapide, jogging léger, renforcement doux. 2. **Choisir le bon moment** : * 30 à 60 minutes avant le ftour, pour pouvoir s’hydrater rapidement ; * ou 1 à 2 heures après le ftour. 3. **Hydratation stratégique** entre le ftour et le shour: eau fractionnée tout en évitant l’excès de caféine. 4. **Alimentation équilibrée** : protéines, fibres, glucides complexes. 5. **Écouter les signaux d’alerte** : vertiges, palpitations, faiblesse inhabituelle. *Au-delà de la santé, ce pic d’activité révèle une réalité intéressante, un phénomène sociologique : Ramadan agit comme catalyseur collectif. Il crée une atmosphère propice au changement de comportement. Là où le reste de l’année la place est à la dispersion, le mois sacré offre un cadre, un sens et une motivation. Ainsi, on retrouve la vie des copains et des groupes d’intérêts.* La question centrale reste cependant : pourquoi cet élan ne dure-t-il pas après Ramadan ? Peut-être parce que, plus qu’un simple mois de jeûne, Ramadan est un accélérateur d’intention. Il pousse chacun à vouloir être une meilleure version de soi-même, spirituellement et physiquement. **Le défi consiste désormais à transformer cette énergie saisonnière en culture permanente du mouvement, de l'exercice physique et de sport. Si le corps peut jeûner, il ne doit jamais cesser de se mouvoir et donc de vivre.**

Le double Choc Santé-Démographie qui Menace le Maroc : Il est Temps d'Agir.. 270

L’état de santé physique et mentale des Marocains, combiné à une transition démographique accélérée, dessine une trajectoire inquiétante pour l’avenir économique, social et stratégique du Royaume. Ces enjeux devraient devenir le cœur des programmes politiques et des débats électoraux, bien avant les promesses conjoncturelles sur l’emploi, les infrastructures ou toute autre thématique bateaux ou creuses. *Aujourd’hui, près de 59% des adultes marocains ont un indice de masse corporelle en situation de surpoids, et 24% sont déjà obèses, soit quasiment un adulte sur quatre. Autrement dit, la majorité de la population adulte vit avec un excès de poids qui peut très bien préparer une explosion de maladies chroniques : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, et ce dans un système de santé déjà sous tension.* Cette réalité se traduit mécaniquement par une hausse continue des dépenses médicales, une multiplication des arrêts de travail et une baisse de la **productivité nationale** dans des secteurs qui reposent sur la force physique et la bonne santé des travailleurs. **À cette fragilité corporelle s’ajoute une crise silencieuse de la santé mentale : 48,9% des Marocains âgés de 15 ans et plus ont déjà présenté, présentent ou présenteront des symptômes de troubles mentaux, d’après les enquêtes nationales relayées par le Conseil économique, social et environnemental.** Dépression, troubles anxieux, troubles psychotiques et conduites suicidaires affectent désormais un Marocain sur deux, dans un contexte où les structures spécialisées sont rares, les professionnels insuffisants et la stigmatisation omniprésente. Cette détresse psychique massive réduit les capacités d’apprentissage, de concentration, d’innovation, et mine la cohésion sociale en alimentant addictions, violences et repli sur soi. S’ajoutent à cela des taux de consommation de stupéfiants et d’alcool statistiquement élevés. Ce n’est plus un tabou, mais un véritable sujet de discussion en société et une bombe à retardement à laquelle le pays risque de s’exposer si rien n’est entrepris pour inverser les courbes. **Parallèlement, la démographie, longtemps atout stratégique du pays, est en train de basculer vers une source de vulnérabilité : le taux de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024, soit sous le seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1.** En l’espace de cinq décennies, le Maroc est passé de 7,2 enfants par femme dans les années 60 à moins de 2 aujourd’hui, rejoignant les pays confrontés au vieillissement accéléré. En fait, rien d’exceptionnel : c’est bien le cas dans toutes les sociétés développées. Le Maroc est en plein développement. La proportion de jeunes de moins de 15 ans commence à reculer et, d’ici 2040, leur nombre devrait passer de 9,76 à 7,8 millions, tandis que les personnes âgées occuperont une place croissante dans la pyramide des âges, avec ce que cela induit comme problématique de couverture sociale et de financement des retraites. *Ainsi, le pays s’avance vers un triple choc : une population adulte dont 59% sont en surpoids et 24% obèses, donc vulnérable aux maladies chroniques ; une société où près d’un habitant sur deux a été ou pourrait être touché par un trouble mental ; et une démographie qui ne renouvelle plus ses générations, avec un taux de fécondité de 1,97 annonçant un vieillissement rapide.* **Un Maroc moins nombreux, moins robuste physiquement et plus fragilisé psychiquement aura, demain, plus de difficultés à produire, à innover, à financer sa protection sociale et même à assurer sa capacité de défense.** **Si ces données ne deviennent pas le socle des programmes des partis et donc des prochains gouvernements, alors le pays se réveillera dans moins de vingt ans avec un déficit dramatique de main-d’œuvre qualifiée, une armée de retraités mal pris en charge et des finances publiques asphyxiées par le coût cumulé de l’obésité, des maladies associées et des troubles mentaux. Les débats politiques doivent cesser de reléguer ces sujets au rang de « dossiers techniques » pour les assumer comme la matrice de toute politique économique, éducative, sociale et sécuritaire.** *Cela suppose une stratégie nationale de prévention ambitieuse : éducation nutritionnelle dès l’école, réduction de l’offre de produits ultra-transformés, surtaxation des produits à base de sucre et du sucre lui-même, promotion de l’activité physique en ville comme à la campagne, prise en charge précoce des troubles psychiques au travail et dans les établissements scolaires, et développement massif des services de psychiatrie et de psychologie de proximité. Chaque dirham investi dans la santé du corps et de l’esprit économisera demain des dizaines de dirhams en hospitalisations, invalidités, perte de production et tensions sociales.* Mais même un Maroc en meilleure santé restera confronté à une équation arithmétique implacable : avec une fécondité sous le seuil de remplacement, le réservoir de main-d’œuvre, de forces productives vives, se rétrécira progressivement. Le pays n’aura donc pas le luxe de laisser partir ses talents formés à grands frais ni de se priver de l’apport d’une immigration choisie, notamment étudiante. Une politique d’attraction de nouveaux immigrants, en particulier des étudiants africains, arabes et d’ailleurs, doit être pensée comme un axe structurant de la stratégie de population : simplification des procédures de séjour, intégration dans le marché du travail, reconnaissance des diplômes, accompagnement social. **En parallèle, le Maroc doit offrir des conditions de retour attractives à ses propres étudiants formés à l’étranger : emplois qualifiés, perspectives de carrière, environnement de recherche, rémunérations décentes et stabilité institutionnelle, afin de transformer la mobilité académique en retour sur investissement national plutôt qu’en exode définitif.** Les transferts certes importants des MRE sont essentiels, mais garder ces mêmes personnes au Maroc serait encore plus productif. Des milliards de dirhams sont investis chaque année dans la formation de milliers de jeunes qui, une fois diplômés, quittent le pays pour contribuer à la richesse d’autres économies, cela même dans le secteur clé et sous tension qu’est la santé. 700 médecins quittent le pays annuellement depuis déjà quelques années, alors que nos besoins sont énormes. Tant que l’obésité, la santé mentale, la démographie et la fuite des cerveaux resteront traitées comme des sujets périphériques, le Maroc risque d’avancer à reculons : en apparence modernisé, mais intérieurement affaibli. Il est encore temps de faire de la santé et du capital humain la boussole de toute politique publique ; demain, ce sera une course contre la montre dont on ne maîtrisera plus les tenants et encore moins les aboutissants. Voilà ce qui devrait être la base des programmes des partis et des débats lors de la campagne électorale qui, en fait, a déjà commencé de manière larvée.

Ramadan au Maroc : le mois sacré face au miroir de nos excès... 380

À l’approche du Ramadan, le Maroc change de rythme et d'heure. Les rues ralentissent le jour, s’illuminent la nuit. Les mosquées se remplissent, les cœurs se resserrent autour de l’essentiel : la foi, la patience, la solidarité, la piété. Sur le papier, le Ramadan est un mois de retenue de piété et de concentration sur soi. Dans la réalité économique, il devient paradoxalement un mois d’excès et de gaspillage. En fait force est de conclure au paradoxe de la table marocaine Quelques heures avant le Ftour, les marchés explosent d’activité. Les sacs débordent. Les paniers s’alourdissent. Les factures aussi. Selon les données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, l’alimentation représente déjà la part la plus importante du budget des ménages marocains, notamment pour les classes modestes. Pendant le Ramadan, les dépenses alimentaires augmentent sensiblement, parfois de manière significative selon les enquêtes de consommation, sous l’effet d’achats concentrés sur une période courte et de la pression sociale autour de la table du ftour. Pression sociale mais également pression des médias et de la télévision en particulier. Le citoyen est bombardé de messages poussant à la consommation érigée alors en réussite sociale. Cela se chiffre en une augmentation des dépenses de l'ordre de 18%. Ce n'est pas rien. Cela se traduit aussi par une augmentation importante de la demande de produits alimentaires, pas forcément de première nécessité et donc par une pression sur les prix qui se traduit naturellement par des augmentations. Pourtant, une partie non négligeable de cette nourriture finit hélas à la poubelle. Les niveaux peuvent être alarmant. Les poubelles regorgent de produits alimentaires préparés, de gâteaux, de pâtisseries de pains et autres préparations à base de farine, beurre et sucre. Selon une étude de la FAO, ce gaspillage peut atteindre près de 85%. En d'autres termes un citoyen qui dépense 1000 dirhams en denrées alimentaires, en jettera comme déchets l'équivalent de 850 dirhams. Ahurissant. La question du gaspillage alimentaire au Maroc est structurelle, comme l’ont souligné plusieurs études appuyées par la FAO. Le Ramadan accentue ce phénomène par la multiplication des plats, la surproduction domestique, des achats impulsifs, l'abondance perçue comme synonyme d’hospitalité et de bien être. Le paradoxe est cruel : au moment même où la spiritualité invite à la modération, la société s’installe dans une démonstration d’abondance en fait en réponse à une pression sociale silencieuse. Le gaspillage n’est pas seulement un problème économique. Il est devenu culturel. Globalement un citoyen marocain jette quelques 132 kg de nourriture pas an selon une étude du PNUE. La FAO parle de 91 kg. Ramadan y participe dans une large mesure. La table du ftour est devenue un espace de représentation sociale. Ne pas multiplier les plats est parfois perçu comme un manque de générosité voire d'avarice. La chebakia, les briouates, la harira, les jus multiples : la norme implicite impose la diversité. On se donne de grands airs. les valeurs initiales, fondatrices de Ramadan y prennent un sacré coup. La sobriété passe aux oubliettes. Cette pression pèse d’autant plus sur les ménages modestes que l’inflation alimentaire des dernières années a érodé le pouvoir d’achat. Quand le budget est serré onze mois sur douze, le Ramadan devient un mois d’effort financier disproportionné. Le mois sacré se transforme alors en équation budgétaire difficile. Les médias ont réussi la fabrique d’un Ramadan-spectacle. A la tombée de la nuit, un rituel quasi généralisé commence : la télévision. Les grandes chaînes nationales concentrent leur programmation phare autour du créneau post-f'tour. Séries légères, sitcoms répétitives, caméras cachées, téléfilms calibrés pour le divertissement familial. Tous cela en support à un bombardement publicitaire hors normes. Le Ramadan est devenu la haute saison publicitaire. Les spots alimentaires se multiplient, les produits transformés envahissent les écrans, et la logique commerciale prend le dessus sur la vocation éducative ou culturelle. Le mois de spiritualité devient une bataille d’audience. La télévision ne crée pas seule la surconsommation, mais elle l’accompagne, la normalise et parfois la célèbre. La spiritualité est ainsi mise à l’épreuve. Le Ramadan est censé enseigner la faim pour mieux comprendre celui qui souffre de manques. Pourtant, le contraste est saisissant : tandis que certaines familles peinent à assurer l’essentiel, d’autres jettent l’excédent. La contradiction interroge quand à la responsabilité des pouvoirs publics et des gens des médias. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays musulmans, les organisations internationales alertent chaque année sur le pic de gaspillage pendant le mois sacré. Ce phénomène est devenu un sujet récurrent des politiques publiques dans la région. Mais au-delà des chiffres, la question est morale : comment concilier jeûne et excès ? Comment prêcher la retenue et pratiquer l’abondance ? Comment recentrer à nouveau le mois sacré La solution n’est ni culpabilisante ni punitive. Elle est culturelle. Le devoir aujourd'hui est de: * Réhabiliter la simplicité dans les discours religieux. * Valoriser les tables sobres comme signe de conscience et non de pauvreté. * Encourager les initiatives de redistribution alimentaire. * Rééquilibrer la programmation audiovisuelle en y intégrant davantage de contenus éducatifs, sociaux et spirituels. Le Ramadan n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être intense. Il n’a pas besoin d’être coûteux pour être noble. Il n’a pas besoin d’être abondant pour être généreux. Au fond, la question n’est pas que économique. Elle est existentielle : **voulons-nous vivre le Ramadan… ou le consommer ?** Le gaspillage n'est point acceptable. La religion le condamne explicitement.

Où sont passés nos ministres ? Quand l’État opérationnel supplée un gouvernement silencieux... 365

Les récentes inondations ont offert une démonstration éclatante de l’efficacité de l’appareil sécuritaire et territorial marocain. Sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les agents du ministère de l’Intérieur, les éléments des Forces Armées Royales et les différentes forces d’intervention ont, en quelques heures à peine, mobilisé des moyens humains et logistiques impressionnants. Près de 180 mille personnes ont été évacuées, transportées et relogées hors des zones sinistrées avec une célérité qui a forcé l’admiration, y compris à l’étranger. Au Portugal, par exemple, où certains observateurs ont salué la promptitude marocaine, des députés ont houleusement interpelé le gouvernement pour sa gestion des inondations connus par le pays, sommant à celui ci de prendre exemple sur la gestion de crise des marocains.. Mais derrière cette efficacité indéniable se cache une question dérangeante : où étaient les autres ministres et leurs départements pléthoriques ? Notamment ceux en charge des questions sociales et de solidarité. Le gouvernement marocain ne se résume pas aux départements régaliens seulement. Il compte de nombreux ministères officiellement chargés des affaires sociales, de la solidarité, de l’inclusion, de la famille, de la cohésion territoriale ou encore de la lutte contre la précarité. Or, une fois de plus, ces départements ont brillé par leur absence. Pas d’initiatives notoires. Pas de mesures visibles. Pas même une communication rassurante. Le silence comme seule réponse à l’angoisse des sinistrés et à la curiosité justifiée des citoyens. Ce n’est pas un épisode isolé. Lors de la pandémie de la Covid-19, déjà, l’essentiel de la réponse avait reposé sur l’architecture sécuritaire et sur des mécanismes exceptionnels impulsés au plus haut niveau de l’État. Lors du séisme d’El Haouz, même scénario : mobilisation remarquable des forces de secours et de l’administration territoriale, mais mutisme inquiétant de plusieurs départements supposés incarner la solidarité nationale. Cette répétition interroge. Elle remet en cause non seulement la performance du gouvernement actuel, mais aussi l’architecture même de nos gouvernements successifs. À quoi sert une inflation de ministères si, dans les moments critiques, ils sont invisibles ? À quoi bon multiplier secrétariats d’État, agences rattachées et départements thématiques si leur impact réel est indétectable lorsque le pays traverse une épreuve ? Le débat n’est pas idéologique ; il est budgétaire et éthique. Chaque ministère, chaque cabinet, chaque direction centrale représente des salaires, des véhicules, des locaux, des frais de fonctionnement. Lorsque ces structures n’apportent pas de valeur ajoutée mesurable, elles deviennent budgétivores. Elles absorbent des ressources publiques sans retour tangible pour le citoyen. Certains évoquent avec provocation la “tronçonneuse” du président argentin Javier Milei. Il ne s’agit évidemment pas de copier des modèles étrangers de manière caricaturale et particulièrement pas celui là. Mais la question de la rationalisation de l’appareil gouvernemental mérite d’être posée avec sérieux. Un Gouvernement efficace n’est pas un gouvernement hypertrophié, colossal ; c’est une formation cohérente, resserrée, responsable, efficace. Au-delà du symbole, il y a un enjeu macroéconomique. Un fonctionnaire ou un haut responsable payé sans production mesurable contribue mécaniquement à une dépense publique improductive. Or, lorsque la dépense publique augmente sans création de richesse correspondante, elle alimente les déséquilibres, la pression fiscale et, in fine, l’inflation. Distribuer des revenus financés par l’impôt ou par la dette à des structures qui ne produisent ni services tangibles ni efficacité sociale, c’est fragiliser le pouvoir d’achat des citoyens que l’on prétend protéger. Une contradiction inacceptable, injuste. Dieu sait que le sujet est sensible. Le citoyen marocain n'est pas content des hausses des prix et de la dégradation de son pouvoir d'achat érodé. À l’approche des élections de septembre prochain, les partis politiques ne peuvent plus se contenter de promesses sectorielles et de catalogues de programmes sociaux. Ils doivent s’engager sur une réforme de l’architecture gouvernementale elle-même : réduction du nombre de départements, clarification des compétences, obligation de résultats, évaluation publique des performances. Le prochain chef du gouvernement, enfin tout ceux qui aspirent à le devenir, devrait annoncer clairement leurs visions : combien de ministères ? Avec quelles missions précises ? Selon quels indicateurs de performance ? Et surtout : avec quelle responsabilité politique en cas d’inaction lors des crises ? Il est temps de rompre avec la logique de satisfaction des équilibres partisans au détriment de l’efficacité publique. Multiplier les postes pour satisfaire des coalitions ne peut plus être financé par le contribuable et impunément sans contrepartie réelle. Chaque dirham public doit être justifié. La mobilisation exemplaire des forces d’intervention prouve que l’État marocain sait agir avec rigueur et rapidité lorsque la chaîne de commandement est claire et la responsabilité assumée. Le gouvernement, lui, doit désormais prouver qu’il peut exister autrement que par son organigramme. Aux citoyens, enfin, revient une part de responsabilité. Voter ne devrait pas seulement être un acte d’adhésion à des slogans, mais un choix rationnel en faveur d’une gouvernance sobre, efficace et responsable. L’enjeu dépasse la conjoncture : il concerne la soutenabilité de nos finances publiques et la crédibilité de notre modèle institutionnel. La question reste donc posée, simple et implacable : dans les moments où la nation est en face d'une grande difficulté comme c'est le cas aujourd'hui: qui agit vraiment, qui se la coule douce, se contente d’exister sur le papier et d'engranger salaires et avantages sans raison?

6 avril 2026 : le jour où le Maroc se dote d’un parachute contre les tempêtes économiques... 408

Le 6 avril 2026 va marquer un tournant décisif pour l’économie marocaine : c’est un nouvel étage au “moteur” financier du pays Il va changer la façon dont les entreprises gèrent les risques et, indirectement, la vie quotidienne des citoyens. C'est sans doute la réforme financière la plus importante du pays depuis longtemps. Les responsables étant peu soucieuses d'expliquer une telle nouvelle, faisons le version “économie pour les nuls”, dont je suis. Un Marché à Terme est un endroit où l’on signe aujourd’hui des contrats pour acheter ou vendre plus tard, à un prix fixé à l’avance. Au lieu d’acheter une action ou un indice tout de suite, comme sur le marché “au comptant”, on s’engage sur un prix futur. Cela permet de se protéger contre les hausses ou baisses brutales. C’est comme si vous bloquiez dès maintenant le prix de votre plein d’essence pour les six prochains mois évitant les mauvaises surprises. Le Maroc ajoute ainsi, à la Bourse de Casablanca, un outil de plus pour stabiliser le système: les premiers produits seront des contrats à terme sur indice boursier, encadrés par l’AMMC, la Banque centrale et l’écosystème financier. L’objectif est de rendre le marché des capitaux plus profond, plus liquide et plus résilient face aux chocs extérieurs. Le 6 avril n’est pas qu’une date technique. Il s’agit d’une étape structurante pour la place financière de Casablanca afin de moderniser le marché des capitaux et le rapprocher des standards internationaux. La gestion des risques sera améliorée pour les acteurs économiques en taux, indices, devises et matières premières. La Bourse attirera aussi davantage de capitaux, notamment étrangers. Le Marché à Terme n’est pas un gadget spéculatif, c’est un outil de protection, une sorte de parapluies qui protège des tempêtes, permettant aux entreprises d’anticiper et de sécuriser leurs coûts ou leurs revenus. Il améliore la visibilité et les décisions d’investissement, particulièrement dans une économie comme celle du Maroc, très exposée aux prix internationaux et aux taux de change. Il a un impact pour le Secteur agricole et agroalimentaire: Le Maroc exportant des produits sensibles aux prix mondiaux et aux fluctuations de devises. Ainsi un exportateur d’agrumes qui craint une baisse du dollar peut utiliser le Marché à Terme pour couvrir son risque, en se liant à un indice ou à un contrat qui évolue avec ce risque. Même si le dollar baisse ou si les prix internationaux se retournent, il protège une partie de sa marge, sécurise ses revenus. Cela signifie moins de faillites de coopératives, des emplois ruraux plus stables et des revenus moins “en dents de scie” dans les campagnes. Les secteurs du textile et de l’automobile sont très sensibles aux prix des matières premières (coton, acier, énergie) et aux marchés internationaux. Une usine qui importe du coton pourrait couvrir le risque de hausse des coûts via des produits liés à un indice. Une usine automobile, exposée à la hausse des prix de l’acier ou à un retournement de la demande, peut stabiliser une partie de ses marges grâce à des stratégies de couverture. Si elles maîtrisent mieux leurs coûts, elles peuvent investir davantage, éviter des licenciements dans les périodes difficiles et maintenir des prix plus compétitifs pour les consommateurs: vêtements, véhicules, etc. Dans l’énergie et les mines, la volatilité des prix mondiaux est un enjeu majeur. L'OCP, très exposé aux prix internationaux du phosphate, peut utiliser le Marché à Terme pour lisser l’impact des variations sur ses résultats. Les opérateurs énergétiques, eux, peuvent mieux gérer leurs risques liés aux prix de l’électricité, des combustibles ou aux taux d’intérêt qui financent de grands projets: parcs solaires, éoliens. Une meilleure visibilité favorise des investissements lourds sur le long terme, donc plus de projets, plus d’emplois industriels et, à terme, des coûts d’énergie plus stables pour les ménages. Les transports, les services et le tourisme, piliers de l’économie marocaine sont très dépendant des cycles internationaux, des devises et des chocs géopolitiques. Une chaîne hôtelière ou une compagnie aérienne peut couvrir ainsi une partie de ses risques (coûts de financement, indices de marché) pour stabiliser ses comptes, d'où une capacité accrue à maintenir les emplois, à continuer d’investir dans la qualité, et à proposer des offres compétitives pour les touristes nationaux et étrangers. Le Marché à terme est très impactant pour les très petites, petites et moyennes entreprises qui constituent le **cœur** productif du pays, avec 99,7% des entreprises marocaines qui génèrent environ 38% de la valeur ajoutée et assurent près de 74% des emplois déclarés. Même si, au démarrage, le Marché à Terme sera plutôt réservé aux acteurs institutionnels et aux entreprises les plus structurées, il finira par bénéficier indirectement aux TPME. De grandes entreprises mieux protégées et plus stables offrent plus de commandes aux sous-traitants. Les banques et intermédiaires peuvent créer des solutions “packagées” où la couverture de risque est intégrée, sans que la petite entreprise ait besoin d’être experte en produits dérivés. Si le tissu de TPME devient plus résilient, c’est l’emploi qui gagne en stabilité. Au départ, les particuliers n’auront pas un accès direct au Marché à Terme. les autorités veulent une ouverture progressive compte tenu de la complexité et des risques. Cependant les citoyens sont au centre des retombées finales par ricochet avec un emploi plus stable. Les prix seront plus prévisibles avec une meilleure maîtrise des coûts de matières premières, d'énergie et de financement. L'épargne et les retraites seront aussi mieux protégées. Les fonds de pension, assurances vie et OPCVM peuvent utiliser ces instruments pour couvrir leurs portefeuilles. Pour les projets et d’infrastructures : un marché des capitaux plus profond finance plus facilement les grands chantiers, avec des retombées majeures. Le citoyen marocain n’ira pas forcément, demain matin, “trader des futures” depuis son smartphone, mais il bénéficiera d’un environnement économique plus stable, d’entreprises plus robustes et d’un marché financier mieux armé contre les tempêtes. Le Marché à Terme est un outil puissant, mais qui peut devenir risqué s’il est mal compris ou utilisé pour de la pure spéculation. C’est pour cela que les autorités ont choisi un lancement progressif, avec des produits simples au départ. L'ouverture sera limitée aux acteurs professionnels et entreprises capables de comprendre les risques, avant d’envisager une démocratisation plus large. L'accent sera mis sur l’éducation financière, la transparence et le renforcement de la régulation. Ce n’est donc pas seulement un “produit de plus” à la Bourse de Casablanca, mais un changement de terrain de jeu. Il dote l’économie marocaine d’outils modernes pour mieux gérer les chocs, soutenir l’investissement et protéger, à terme, l’emploi et le pouvoir d’achat des citoyens.

Feuille de route pour le Football marocain 450

Après la mascarade de la finale de l'AFCON 2025 entre le Maroc et le Sénégal et les sanctions qui ont suivies je propose cette feuille de de route pour la FRMF: 1) Surseoir à l'organisation de toute compétition africaine sur le sol de l'Empire Chérifien du Maroc et ce dans toutes les catégories jusqu'à la réhabilitation des Lions de l'Atlas. 2) Organiser des compétitions internationales sous l'égide de la FIFA telles que la coupe du monde, la coupe du monde des clubs champions, coupe Arabe des nations etc.. 3) Recourir au TAS pour le match Maroc vs Sénégal. 4) Envisager la possibilité d'adhérer à l'UEFA et quitter la CAF. 5) Changer le staff technique de Reguragui et donner plus de prérogatives à la commission technique et au staff médical. 6) Sélectionner pour les futures compétitions les meilleurs joueurs du moment selon des critères objectifs privilégiant le mérite, l'aptitude et la forme du moment 7) Mettre à la disposition des équipes de la Botola Pro 1 et 2 les installations techniques, les nouveaux stades, les moyens financiers pour rehausser le niveau de la compétition. 8) Organiser annuellement La Coupe Mohammed VI regroupant outre les lions de l'Atlas trois grandes sélections parmi les 8 meilleures au monde selon le classement de la FIFA 9) Organiser annuellement la coupe Hassan II regroupant outre l'équipe championne de la Botola Pro1 trois grandes équipes championnes de l'un des pays européen, asiatique et d'Amérique. 10) Organiser annuellement la coupe Moulay El Hassan regroupant outre les lions de l'Atlas U20 trois sélections U20 représentant l'Asie, l'Europe et l'Amérique 11) Renforcer le rôle de l'académie Mohammed VI de foot-ball 12) Créer des Académies dans toutes les régions du Maroc. 13) Renforcer l'infrastructure sportive en construisant de nouveaux stades dans toutes les grandes villes du Maroc: Meknes, Tetouan , Nador, Khouribga, Salé, Kenitra,Safi, Laayoune, Temara etc.. Dr Bouchareb Fouad Médecin spécialiste en médecine du sport Tous les droits sont réservés

Sous les yeux de Attaf, Ghali mendie sa "facture de paix" à Madrid... 584

Il fallait oser. Ibrahim Ghali l’a fait. Depuis les camps de Tindouf, cet espace hors droit et hors temps, le chef du Polisario a cru bon d’annoncer sa disponibilité à « partager la facture de la paix » avec le Maroc. Il faut en préciser le contexte pour bien comprendre le dessin. La déclaration a été faite la veille du départ pour Madrid où l'ambassade américaine, ce dimanche ci, abriterait une réunion où le Maroc exposerait son plan d'autodétermination pour les provinces du sud. Soit dit au passage réunion à laquelle la Mauritanie participerait...et l'Algérie aussi… Cette Algérie qui se disait à elle même qu'elle n'était pas concernée par les pourparlers y est représenté par le même ministre des affaires étrangère qui naguère n'en n'acceptait même pas l'idée... La déclaration est si grotesque qu’elle mérite d’entrer directement au musée des absurdités diplomatiques contemporaines. Car enfin, parlons sérieusement : comment partager une facture quand on n’a jamais payé quoi que ce soit ? Comment parler de paix quand on a bâti toute son existence politique sur le refus systématique de toute solution ? Comment évoquer le compromis quand on vit sous perfusion financière, politique et sécuritaire du pays hôte, incapable du moindre geste autonome ? Ibrahim Ghali n’est pas un acteur de la paix. Il en est le coût, accumulé depuis près d’un demi-siècle. *Le plus pathétique dans cette sortie n’est pas tant son contenu que ce qu’elle révèle : un mouvement à bout de souffle, réduit à recycler un vocabulaire technocratique faute d’avoir encore une idéologie crédible. Après la « lutte armée » fantasmée, après les menaces creuses de guerre totale, après les centaines de communiqués martiaux rédigés pour entretenir l’illusion auprès d’un public captif, voici venu le temps de la mendicité politique sous couvert de responsabilité.* Le Polisario ne libère rien, ne construit rien, ne propose rien. Il bloque, retarde, confisque. Et maintenant, il veut facturer. Mais facturer quoi? De quelle facture parle exactement Ghali ? Celle des dizaines d’années de séquestration de populations sahraouies privées de tout droit élémentaire ? Celle des aides humanitaires internationales détournées, revendues et opportunément réinvesties loin de Tindouf ? Celle du capital humain sacrifié sur l’autel d’un séparatisme devenu obsolète ? Ou celle de la survie artificielle d’un appareil politico-militaire qui n’existe que parce qu’il est entretenu par d’autres ? Ces autres aujourd'hui à bout de souffle. Il faut être d’un cynisme achevé pour parler de paix après avoir vécu ou tout au moins cru à la guerre même fictive, pendant cinquante ans. La soudaine conversion de Ghali au langage de la modération n’est évidemment pas le fruit d’une illumination morale. Elle est dictée par la panique. Panique face à l’évolution irréversible du dossier. Panique face au réalignement international. Panique face aux signaux américains de plus en plus clairs. Panique, surtout, face à la reconnaissance croissante d’une évidence que même les soutiens traditionnels du Polisario n’osent plus contester ouvertement : le projet séparatiste est mort, et il est mort d’avoir été vidé de toute crédibilité. Son acte de décès sera signé à Madrid ce weekend en présence de son parrain. Hier encore, Ghali promettait l’escalade. Aujourd’hui, il quémande la négociation. Ce n’est pas une stratégie, c’est un réflexe de survie. Lorsqu’il affirme que le Polisario « ne se substituera pas aux Sahraouis », l’hypocrisie atteint des sommets. Qui a parlé en leur nom sans jamais les consulter ? Qui a confisqué leur avenir sous prétexte de les représenter ? Qui a transformé des générations entières en monnaie d’échange diplomatique ? Certainement pas le Maroc, qui investit, développe et intègre. Mais bien un appareil figé, incapable de produire autre chose que des slogans périmés dictés par les services du commanditaire. Quant à l’invocation rituelle de la « légalité internationale », elle relève désormais du réflexe pavlovien. Une formule magique répétée mécaniquement par une structure qui n’a plus aucun ancrage ni juridique, ni politique, ni historique et sans doute ayant perdu la crédibilité auprès des séquestrés. Le monde a changé, le droit international évolue, et le Polisario continue de brandir des résolutions comme on agite des reliques, espérant encore qu’elles produisent un miracle. La réalité est brutale : le Maroc n’a aucune facture de paix à partager avec le Polisario. Il a déjà payé et continue de payer en investissements, en stabilité, en vision politique et en crédibilité diplomatique. Le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine n’est pas une concession : c’est une solution. Tout le reste n’est que folklore idéologique. **Le Polisario, lui, n’a rien à offrir. Ni territoire. Ni projet. Ni légitimité renouvelée. Seulement des dettes politiques, morales et humaines envers les séquestrés qu’il tente maladroitement de refiler aux autres. Qu’Ibrahim Ghali garde ses factures. Qu’il les adresse à ceux qui l’hébergent, le financent et lui dictent encore ses prises de parole. Le processus avance, la réalité s’impose, et le train de l’histoire ne s’arrête pas pour les passagers clandestins brandissant des billets expirés.** Bienvenido a Madrid, señor Attaf mais attention ni le Maroc, ni les USA, n'ont de temps à perdre. Ils ont bien d'autres choses à faire que de vous écouter et supporter l'imbécilité. *A Madrid donc Le Maroc est représenté par Nasser Bourita, l’Algérie par Ahmed Attaf, la Mauritanie par Mohamed Salem Ould Merzoug. Mohamed Yeslem Beissat y sera au nom du Polisario et écoutera en bon élève la dictée. En précaution diplomatique, comme quoi l'ONU est bien concernée, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura est convié à la rencontre. Mais personne n'est dupe, ce sont bien les USA qui pilotent le tout; avec un seul point à l'ordre du jour: le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine et rien d'autres. D'ailleurs le Maroc l'a bien détaillé passant du projet initial de 5 pages à une quarantaine aujourd'hui pas plus.*

Immigration : l’Espagne gagne, l’Europe se tire une balle dans le pied... 485

L'Espagne sous Pedro Sánchez a adopté une politique pro-immigration en net contraste avec le durcissement observé dans la plupart des pays européens. Alors que l'Europe globalement resserre les vis sur les migrants et leur colle toutes ses faiblesses et disfonctionnement, Madrid mise sur leur intégration via le travail, obtenant en contrepartie la plus forte croissance économique du continent en 2025. La plupart des nations européennes catalysent leurs politiques migratoires sur la restriction et l'expulsion. L'Union européenne envisage même des hubs de retour hors frontières pour accélérer les renvois et sanctionner plus durement les refus de départ, sous pression des extrêmes droites. Des pays comme l'Allemagne, la France et l'Italie ont resserré quotas et procédures en 2025, percevant certainement à tort les migrants comme source de tensions sociales et économiques. N'est ce pas là un véritable suicide économique et social à terme... Pedro Sánchez lui réaffirme que l'immigration légale est un atout économique et une nécessité démographique, avec les migrants formant déjà 13% de la main-d'œuvre dans le pays. En mai 2025, une réforme du règlement des étrangers a élargi les corridors pour l'agriculture, la construction, la tech et les soins, accélérant les permis pour diplômés et startups. Fin janvier 2026, le gouvernement annonce la régularisation de 500 000 sans-papiers arrivés avant fin 2025, via une procédure accélérée sans casier judiciaire. En 2025, l'Espagne a enregistré +2,8% de croissance du PIB, deux fois supérieure à la zone euro, dopée par le tourisme, la consommation des ménages et une baisse du chômage. Les étrangers ont porté 80% de l'augmentation de la population active en 2022-2024, compensant le déclin des travailleurs nationaux. Un rapport prévoit un impact positif continu d'ici 2026, avec +0,5 point de PIB grâce à l'afflux migratoire. Madrid parie sur l'intégration via l'emploi plutôt que l'exclusion. Sánchez présente ce modèle comme un blueprint pour une Europe vieillissante, soulignant la rationalité économique d'une migration régulée. Conséquence directe: l'Espagne bénéficie d'une économie à plein régime malgré les critiques internes et les tensions provoquées par diverses droites. Pour 2026, l'Espagne prévoit la dématérialisation des renouvellements de permis et une industrialisation boostée par les talents étrangers. Ce choix isolé renforce son dynamisme mais expose à des tensions politiques internes, tout en inspirant un débat continental sur les vertus d'une immigration gérée. En revanche l'Europe restrictive paie le prix fort de ses choix anti-immigration. Alors que l'Espagne prospère grâce à son ouverture, les pays ayant durci leurs politiques migratoires: Allemagne, France, Italie, font face à des pénuries criantes de main-d'œuvre dans les secteurs vitaux : agriculture, BTP, santé, logistique et hôtellerie. Ces métiers essentiels, peu attractifs pour les nationaux, restent sous tension, freinant mécaniquement la croissance économique par manque de bras et de cerveaux. Le recul de la fécondité aggrave cette impasse démographique. Avec des taux inférieurs à 1,5 enfant par femme dans la plupart des pays européens, la population active se contracte inexorablement d'où plus de retraités à charge, moins de jeunes pour produire et cotiser. L'Allemagne, par exemple, prévoit un déficit de 7 millions de travailleurs d'ici 2035, tandis que la France voit ses hôpitaux et ses champs en souffrance faute de personnel. Résultat : une croissance anémique, autour de 1% en zone euro en 2025, loin des 2,8% espagnols. Comment inverser la tendance ? Les options se réduisent : relèvement forcé de l'âge de la retraite, qui heurte les syndicats ; incitations timides à la natalité, inefficaces à court terme ; ou encore automatisation partielle, coûteuse et inadaptée aux métiers manuels. Sans afflux migratoire régulé, ces nations vieillissantes risquent une stagnation qui ne peut produire que recul et déclin. L'Espagne montre donc la voie à qui veut intégrer via le travail pour transformer une contrainte en moteur. Par ces temps troublés, les partisans de la théorie du "grand remplacement" – cette vision apocalyptique d'une Europe submergée, captent hélas un écho populaire croissant, dopés par les peurs et également par les échecs des politiques restrictives. Pourtant, les faits parlent : c'est le refus d'immigration gérée qui asphyxie les économies, non l'accueil raisonné. En fait les diverses droites et leurs doctrinaires sont contre une certaine immigration pas contre d'autres; sauf que les pays jadis pourvoyeurs de travailleurs ont changé. Ils sont plus riches, ils s'industrialisent et connaissent également un déficit de natalité. Sánchez, isolé mais visionnaire, invite en fait ouvertement l'Europe à un sursaut pragmatique avant qu'il ne soit trop tard.

La CAN au rythme quadriennal : Entre impératifs de prestige mondial et enjeux de développement endogène 507

L’architecture du football continental africain traverse une zone de turbulences stratégiques majeures. Au cœur des débats, le passage pressenti de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) d’une périodicité biennale à un cycle quadriennal ne représente pas qu’un simple ajustement de calendrier ; il s’agit d’une reconfiguration profonde de l’économie politique du sport en Afrique. Cette transition, oscillant entre désir d'alignement sur les standards mondiaux et préservation des spécificités structurelles du continent, soulève une question fondamentale : la CAF s'engage-t-elle dans une modernisation salvatrice ou succombe-t-elle à une pression hégémonique globalisée ? L'économie de la rareté : La quête du modèle « Premium » L’argument central des partisans du rythme de quatre ans repose sur une logique de valorisation de l'actif par la raréfaction. Jusqu’ici, la fréquence biennale, bien que génératrice de flux financiers réguliers, tendait à diluer la valeur symbolique et commerciale de l'événement. En optant pour un cycle élargi, la CAF s’inscrit dans une stratégie de « premiumisation » calquée sur les modèles de l’Euro ou de la Coupe du Monde. L'expérience marocaine fait ici figure de précédent : elle a démontré qu’une infrastructure d’excellence, associée à une ingénierie marketing sophistiquée, permet de capter des investissements globaux bien plus substantiels qu’une succession d'éditions aux standards hétérogènes. L'enjeu est de transformer un événement récurrent en un monument historique, faisant grimper mécaniquement les enchères des diffuseurs internationaux et attirant des partenaires commerciaux de premier plan. La diplomatie sportive et l'émancipation des talents Le second pivot de cette réforme est intrinsèquement lié aux rapports de force avec le football européen. Le calendrier biennal a longtemps été le théâtre d’un conflit de loyauté pour les athlètes. Pour les figures de proue du continent, le départ en pleine saison de club constituait un risque systémique pour leur intégrité physique et une source de tension permanente avec leurs employeurs. Une CAN tous les quatre ans, idéalement synchronisée avec les fenêtres estivales mondiales, agirait comme un levier de pacification diplomatique. Le joueur n'est plus perçu comme une « charge » ou une incertitude par les recruteurs européens lors du mercato, ce qui accroît sa valeur marchande et sécurise son ascension au sein de l'élite mondiale sans entrave calendaire. Le revers de la médaille : Inertie historique et tarissement structurel Cependant, l’analyse ne saurait occulter les périls que ce changement fait peser sur la dynamique interne du continent. 1. Le spectre de l'invisibilité et l'échec du rattrapage : Dans un système biennal, une non-qualification n'est qu'un accident de parcours. Avec une cadence quadriennale, rater une édition condamne une nation à une absence de huit ans. Pour une génération de talents, cela signifie souvent une fin de carrière internationale sans avoir connu l'exposition d'une phase finale. De plus, ce ralentissement fige le palmarès : les nations dominantes voient leur hégémonie "sanctuarisée" par le temps, rendant le rattrapage historique des nations émergentes quasi impossible sur une échelle de temps humaine. 2. L'impact sur le développement et la solidarité : En Afrique, la CAN a historiquement fonctionné comme un accélérateur de chantiers publics (stades, routes, télécommunications). Espacer les éditions, c'est ralentir cette cadence de modernisation. Par ailleurs, la fréquence biennale permettait à la CAF de redistribuer plus régulièrement des fonds vitaux aux "petites" fédérations. Un cycle de quatre ans risque de tarir ces flux financiers essentiels à la survie du football de base dans les pays les moins nantis, accentuant le fossé entre les nations majeures et les autres. L’ombre portée de la FIFA : Vers un ordonnancement globalisé Cette mutation s'inscrit en réalité dans une vision impulsée par Zurich. Le rôle de la FIFA dans cette transition est déterminant, agissant à travers trois leviers : • L’harmonisation du calendrier : La FIFA pousse vers un cycle calqué sur le modèle européen pour réduire les frictions avec les clubs employeurs. • La substitution financière : Via le programme FIFA Forward, l'instance mondiale remplace la dépendance événementielle des fédérations africaines par une dépendance institutionnelle directe. • La diversification des formats : Le soutien à de nouvelles compétitions (Ligue des Nations africaine) vise à combler le vide commercial laissé par l'espacement de la CAN, maintenant le continent sous un contrôle structurel permanent. Le pari de la souveraineté qualitative En définitive, le passage à un cycle de quatre ans est un pari audacieux sur la qualité au détriment de la quantité. Si ce choix ressemble à une concession faite aux ligues européennes et aux pressions de la FIFA, il s'agit également d'une montée en gamme nécessaire pour asseoir la crédibilité mondiale de la CAF. Toutefois, pour que cette révolution soit réussie, l'Afrique devra impérativement transformer les revenus records de la CAN "Premium" en mécanismes de péréquation financière renforcés. L'enjeu est crucial : s'assurer que l'excellence des vitrines sportives ne se traduise pas par l'abandon des fondations locales et la fragilisation des nations les moins exposées.

Il faut sauver les Jeux africains... 564

Qu'il soit vite noté que le titre n'est pas de moi mais bien celui que David Ojong, secrétaire Général du Comité Olympique et Sportif du Cameroun, a choisit de donner à un livre qu'il vient de publier et qui est disponible sur Amazone. David Ojong, un ami précieux, m'a fait l'honneur de lui écrire la Postface du livre qu'il vient donc de présenter tout récemment dans une fête solennelle à Yaoundé. Avec David et bien d'autres, on partage la conviction que les Jeux Africains, événement phare du continent, sont en péril. Confrontés à des défis structurels, institutionnels et culturels profonds, ils peinent à remplir leur vocation originelle : unir l'Afrique autour des valeurs olympiques enrichies d'une identité propre. Dans son ouvrage l'auteur plaide pour une rénovation des Jeux Africains en posant clairement la question de quel rôle pour l’ACNOA dans le leadership sportif continental ?*. Aujourd'hui les jeux sont tiraillés entre l'Union Africaine épaulé par une organisation sans envergure ni compétence qu'est l'UCSA (Union des Confédérations Sportives Africaines) et l'ACNOA (l'Association des Comités Olympiques d'Afrique), elle même manifestant une faiblesse chronique. Dans ce environnement particulier au continent, David Ojong dresse un état des lieux lucide et propose des pistes concrètes pour un renouveau. Cette contribution majeure interpelle tous les acteurs du mouvement sportif africain, de l'Union Africaine à l'Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA) dans un contexte de tensions institutionnelles qui fragilisent dangereusement l'événement. Il met en lumière les frictions latentes entre les parties prenantes. L'ACNOA, censée jouer un rôle pivot, souffre d'une gouvernance défaillante qui mine la régularité et la qualité des Jeux. Les éditions passées ont révélé des problèmes récurrents : retards organisationnels, manque de financement stable et concurrence mal gérée avec d'autres instances continentales. L'auteur analyse ces dysfonctionnements à travers une grille méthodologique rigoureuse à la fois juridique, sociopolitique et comparative, pour démontrer que sans restructuration profonde, les Jeux risquent de perdre leur éclat et disparaitre carrément. Au cœur de ces enjeux : le leadership. L'ACNOA doit se repositionner stratégiquement, en assumant un rôle de coordination forte. Ojong plaide pour une intégration des sports traditionnels africains, afin de réconcilier l'événement avec ses racines culturelles et de booster son attractivité. Cette approche n'est pas gadget ; elle vise à transformer les Jeux en une plateforme de *soft power*, promouvant l'unité africaine sur la scène internationale avec notamment une proposition innovante : créer l'AOSA **Face à ces défis, l'auteur avance ainsi une idée audacieuse à savoir la création d'une Association Olympique et Sportive Africaine (AOSA). Cette nouvelle entité rassemblerait toutes les forces vives : Comités Olympiques, Confédérations Africaines par le biais de CASOL (Association des Confédérations Africaines des Sports Olympiques, récemment crée sous la présidence de Hamad Kalkaba Malboum président de la Confédération Africaine d'Athlétisme) , États et partenaires internationaux, dans une vision inclusive et prospective. L'AOSA permettrait une gouvernance unifiée, libérée des querelles de chapelle, et ouvrirait la voie à une préparation optimale des athlètes avec des délais connus et fixes pour les jeux. L'ACNOA dans se contexte se doit de venir en aide aux sportifs africains dans leur préparation en perspective d'une participation africaine davantage plus percutante et efficace aux Jeux Olympiques.** La vision s'aligne sur des initiatives pragmatiques et peu coûteuses ayant fait leur preuve. Comme je l'ai défendu dans la postface de l'ouvrage, l'ACNOA devrait investir dans des groupes d'entraînement spécialisés, installés dans des centres sportifs africains. Financés par la Solidarité Olympique, ces programmes combleraient le vide laissé par les clubs, universités et fédérations démunies, particulièrement dans les pays les moins favorisés du continent. Résultat ? Des performances renforcées aux Jeux Olympiques et une présence quotidienne de l'ACNOA auprès de la jeunesse africaine, favorisant un développement durable du sport et par le sport. Le livre est en fait un plaidoyer pour l'avenir du sport africain. Au-delà du technique, David Ojong fait est un appel passionné à toutes les forces vives du continent pour davantage de vision et de sérieux. Les Jeux Africains ne sont pas qu'une compétition ; ils incarnent une construction identitaire, un levier économique et social. Dans un monde où les spécificités régionales gagnent en reconnaissance, l'Afrique doit forger un leadership sportif innovant. Ojong pose les bonnes questions : comment transformer les tensions en synergies ? Comment mobiliser les fonds olympiques pour l'excellence continentale ? Cet ouvrage n'est pas une fin en soi, mais un point de départ. Il invite décideurs, dirigeants, chercheurs et athlètes à un dialogue constructif. David Ojong, par sa rigueur et sa passion, trace une route claire. À la communauté sportive africaine de la suivre, pour que les Jeux redeviennent le miroir rayonnant de notre dynamisme et de notre unité. Le renouveau des Jeux Africains est un impératif stratégique pour l'Afrique : l'appel de David Ojong à un leadership unifié, représentatif et efficace tombe à pic face à leur état lamentable actuel.

Anemochorie 553

En francais, pour parler des être humains, nous devrions utiliser la contraction d'hommes et de femmes: Hemmes. On le prononcerait âme, Anima en latin ce qui nous ramène au souffle et au vent!

Le double héritage - Ce que la mémoire permet (4) 621

Enfin, je ne peux résister à l’idée terminer cette analogie entre les gènes et les récits en faisant le lien entre ARN/récits oraux et ADN/textes écrits-imprimés. Les études actuelles de « biochimie des origines » suggèrent fortement que l’ADN aurait fait son apparition après l’ARN qui contrairement à l’ADN est capable de catalyser de réactions chimiques. Il fut donc un temps où l’ARN était donc le support de l’information génétique mais également une molécule réactive. Plusieurs chercheurs dont Gilbert, W. dès 1986, ont d’ailleurs émis l’hypothèse qu’un le « monde à ARN » aurait précédé le monde à ADN. Ainsi, les premières entités biologiques réplicatives auraient reposé sur l’ARN, possiblement sous des formes proches des virus à ARN qui coexistent encore avec nous aujourd’hui — si tant est que l’on accepte de considérer les virus comme des formes de vie. L’ADN présente des caractéristiques intrinsèques fondamentalement différentes de celles de l’ARN, en dépit d’une composition chimique relativement proche. Comme mentionné précédemment, l’ADN ne possède pas de propriété catalytique en milieu naturel : il s’agit d’une molécule chimiquement peu réactive. En revanche, sa structure — le plus souvent organisée sous la forme d’une double hélice à double brin — lui confère une grande stabilité, faisant de l’ADN un support particulièrement bien adapté au stockage de l’information génétique. Par ailleurs, les machineries cellulaires sont capables de répliquer l’ADN en un grand nombre de copies avec une fidélité remarquable. Chez l’être humain, le taux d’erreur brut des ADN polymérases est de l’ordre de 10⁻⁷ erreurs par nucléotide incorporé. Ce taux est encore considérablement réduit grâce à des mécanismes de relecture (proofreading) et de réparation de l’ADN, pour atteindre un taux d’erreur final estimé entre 10⁻⁹ et 10⁻¹⁰ par nucléotide et par cycle de réplication. Les organismes disposant de systèmes de correction particulièrement efficaces présentent ainsi une stabilité génomique exceptionnelle, condition essentielle à l’accumulation et à l’organisation progressive de l’information génétique. L’émergence puis la généralisation de l’ADN dans le monde du vivant se sont probablement accompagnées de bouleversements majeurs, dont nous avons encore du mal à mesurer toute l’ampleur. Qu’en est-il des récits oraux et des textes — manuscrits dans un premier temps, puis imprimés ? Nous avons souvent tendance à imaginer que les récits oraux étaient appris et récités mot pour mot, à la manière des poèmes que nous avons mémorisés à l’école. Walter J. Ong nous détrompe clairement sur ce point. Avant que l’écriture ne soit pleinement intégrée, comme c’est le cas dans la plupart de nos sociétés contemporaines, les récits étaient mémorisés grâce à l’usage de formules toutes faites, d’expressions récurrentes et de structures narratives relativement stables. Ces structures favorisaient l’énumération et la redondance, au détriment de relations syntaxiques plus complexes telles que la subordination. Cette organisation permettait une mémorisation efficace tout en laissant place à des variations et des modulations contextuelles. Les travaux menés par Milman Parry et Albert Lord sur les bardes épiques yougoslaves, synthétisés dans The Singer of Tales, montrent que ces derniers modifiaient les récits non seulement lorsqu’ils se les appropriaient, mais également d’une performance à l’autre, sans que ces variations ne soient perçues comme des altérations du récit. La stabilité du récit oral ne reposait donc pas sur l’identité exacte des mots, mais sur la conservation de structures, de motifs et de fonctions narratives. L’apparition de l’écriture a permis, dans un premier temps, de fixer les contenus dans une certaine mesure. Des copistes — souvent des moines — étaient chargés de reproduire les ouvrages avec un souci de fidélité variable. Toutefois, c’est surtout l’invention de l’imprimerie qui a rendu possible la production de livres strictement identiques, au mot près, pouvant être diffusés en grand nombre. Dans Orality and Literacy, Walter Ong met en évidence les fonctions distinctes de l’oralité et de l’écriture. Les récits oraux sont conçus pour être performés, partagés avec un public et orientés vers l’action immédiate, tandis que l’écrit favorise la mise à distance, l’analyse et l’introspection. Ong montre également que l’écriture, puis l’imprimé, ont profondément transformé notre noétique — c’est-à-dire nos processus mentaux — en favorisant le développement de l’abstraction, de la pensée analytique et, plus largement, l’essor des sciences. On comprend ainsi, à travers ce bref rappel des travaux d’Ong, que la capacité à stocker l’information, à la reproduire fidèlement en grande quantité et à l’agréger n’a pas seulement permis la constitution de grands corpus narratifs. Elle a également transformé en profondeur la structure même des récits et des textes, ainsi que les contenus qu’ils véhiculent, rendant possible l’émergence de formes culturelles entièrement nouvelles. Si la stabilisation de l’ADN a rendu possible l’accumulation d’organismes biologiquement « complexes », la stabilisation progressive des textes — par l’écriture puis l’imprimerie — a, elle aussi, permis l’agrégation et la structuration d’ensembles culturels d’une ampleur inédite. La mémoire externalisée, reproductible et transmissible à grande échelle a ouvert la voie à des architectures symboliques complexes : corpus juridiques, traditions théologiques, systèmes scientifiques, récits nationaux. Cette convergence invite à considérer que l’humanité ne repose pas sur un seul système d’héritage. Comme l’a formulé la psychologue du développement Alison Gopnik, l’être humain est une espèce dont l’adaptation principale réside dans sa capacité d’apprentissage social et de transmission culturelle cumulative. La culture ne constitue pas un simple vernis posé sur une base biologique : elle représente un second système de transmission de l’information, parallèle à l’hérédité génétique. Nous serions ainsi les héritiers d’un double patrimoine : biologique par nos gènes, symbolique par nos récits. L’un façonne nos organismes, l’autre structure nos mondes possibles.

Le double héritage - Des récits et des gènes (3) 630

Reprenons : les gènes et les récits peuvent tous deux être envisagés comme des supports d’information, bien que leurs sphères d’action soient fondamentalement distinctes. Les premiers opèrent dans le domaine du vivant et du biologique, tandis que les seconds relèvent du social et du culturel. Dans les deux cas, l’information — génétique comme narrative — ne demeure pas abstraite : elle circule, s’actualise et produit des effets concrets dans un environnement donné. Dès sa découverte, l’ADN a été d’ailleurs été conceptualisé comme le support matériel de l’hérédité. Le lien avec la théorie de l’information a été rapidement réalisé par les biologistes de l’époque. Lorsque la structure en double hélice de l’ADN est mise en évidence en 1953, puis que sa composition est précisée dans les années 1950, la théorie de l’information, formulée en 1948 par Claude Shannon, exerce déjà une influence majeure sur les sciences. Dans ce contexte intellectuel, les biologistes adoptent naturellement un vocabulaire emprunté au langage et à la communication : on parle d’un code génétique, d’un alphabet à quatre lettres pour désigner les bases azotées (A pour Adénine, C pour Cytosine, G pour Guanine et T pour Thymine), on introduit les notions de transcription pour la passage de l’ADN à l’ARN messager (ARNm) et de traduction pour la synthèse des protéines à partir des brin d’ARNm. En linguistique, transcrire consiste à reproduire un message sans changer de langue, en conservant l’information, parfois en la transférant sur un autre support (ex : passer d’un texte écrit manuellement à un texte imprimé ou encore, de l’ADN à l’ARN dont la composition est sensiblement la même à part pour la Thymine qui est remplacée par l’Uracile dans l’ARNm). Traduire, en revanche, implique un changement de langage : le message est réexprimé dans un autre système de signes, selon des règles de correspondance précises. Cette distinction s’est imposée comme une métaphore adéquate pour penser le passage de l’information génétique à la protéine, c’est-à-dire la transformation d’une structure composée principalement de 4 bases azotés à une autre formée d’une combinaison de 20 acides aminés. On comprend donc qu’il soit aussi aisé de faire dialoguer les concepts de la biologie moléculaire avec ceux l’étude des récits folkloriques : ils peuvent être pensés à partir du même cadre théorique. La biologie des populations peut également être réquisitionnée pour donner un éclairage sur les récits. En effet, les gènes présents au sein d’une population constituent un pool génétique, c’est-à-dire un ensemble de variantes coexistantes. Ces variantes ne sont pas équivalentes : leur fréquence évolue en fonction des pressions de sélection qui s’exercent sur les phénotypes qu’elles contribuent à exprimer. L’environnement — entendu au sens large, incluant les conditions écologiques et sociales — joue ainsi un rôle central dans la sélection de certaines variantes génétiques au détriment d’autres. Par analogie, les récits disponibles au sein d’une aire culturelle peuvent être considérés comme formant un réservoir narratif, composé de versions apparentées, de variantes et de motifs concurrents. Tous ces récits ne sont pas mobilisés avec la même intensité, ni avec la même fréquence. Leur diffusion, leur persistance ou leur mise en sommeil dépendent des contextes sociaux, historiques et culturels dans lesquels ils circulent, ainsi que des fonctions qu’ils sont susceptibles de remplir une fois activés. De même que la sélection génétique ou naturelle ne s’exerce pas directement sur les gènes, mais sur les phénotypes qu’ils expriment, la sélection culturelle ne porte pas sur les récits mais sur leurs effets (cognitifs et sociaux) dans un contexte donné, ce qui rétroagit sur la persistance de certaines formes narratives.

Le double héritage - Un récit vivant est comme l’eau : il épouse les formes des mondes qu’il traverse (2.1) 629

Dans son essai, « De Grandes dents : enquête sur un petit malentendu » (1), Lucile Novat propose une relecture du conte du petit chaperon rouge en mêlant, sociologie, analyse symbolique et autobiographique pour en arriver à la conclusion que le message véhiculé par ce récit a longtemps été mal interprété, que nous l’avons « mal entendu »: le danger ne viendrait pas d’un prédateur sexuel inconnu (le loup) mais de l’intérieur même de la cellule familiale ou de l’entourage (symbolisée par la grand-mère). Ainsi, la morale de cette histoire qui nous semblait sans équivoque jusqu’à présent vient de se « déplacer », de glisser sous nos yeux. Aucune modification n’a été apporté au texte, à sa structure ou à ses motifs et pourtant une nouvelle signification a émergé - une signification à portée éducative encore, certes, mais tout de même différente voire carrément en opposition avec la lecture précédente. L’explication la plus simple pour comprendre pourquoi l’auteure de l’essai a été amené à faire ce glissement de sens est de l’attribuer au contexte social dans lequel cette nouvelle lecture a été effectuée. Plusieurs faits divers récents et des statistiques collectées dans des rapports sur lesquels Novat s’appuie ont éveillé les consciences sur la prévalence des agressions sexuelles perpétuées par des personnes issues de l’entourage des enfants plutôt que celles commises par des inconnus. Sans avoir à trancher sur la validité de la lecture de Lucile Novat ou celle avec laquelle nous avons grandi, ce cas met en lumière la capacité d’un récit de type « conte » à être réinterprété, à voir son sens réactualisé au sein d’une même aire culturelle et même remobiliser socialement. Il illustre ainsi de façon frappante la plasticité sémantique des récits culturels. L’instabilité des significations des textes ou des symboles avait déjà été démontré par Lotman (ref.), les contes n’y font donc pas exception. Par extension, nous nous permettront d’inclure les autres récits issus de traditions orales telles que les légendes et les mythes dans cette réflexion. Passé ces premières considérations, une autre question émerge rapidement: si la structure et les motifs, c’est-à-dire des petits éléments narratifs qui composent le récit lui-même, n’ont pas été modifiés, comment la lecture du même texte peut-elle être différente? Une piste qui mérite d’être explorée est la polysémie des motifs eux-mêmes : ainsi le personnage de la mère-grand peut tout à la fois représenter une figure de vulnérabilité nécessitant protection, un relais de transmission intergénérationnelle, un espace domestique supposé sûr, ou encore un lieu de danger. La cape rouge, quant à elle, peut être associée, selon les contextes, au sang, au danger ou à la sexualité, mais également à la visibilité sociale, au statut de l’enfant, ou au franchissement d’un seuil symbolique. Loin de fonctionner comme des symboles porteurs d’un sens unique, ces motifs agissent ainsi comme des signes ouverts, au sens d’Umberto Eco (Ref), c’est-à-dire c’est à dire des signes ou des symboles autorisant plusieurs interprétations possibles.

Le double héritage - Il était une fois (1) 628

« Hé! Enkidu! Enfant de poisson, qui n’a jamais connu son père, et pas plus que les tortues, n’a tété sa mère » - Humbaba dans l'épopée de Gilgamesh Les contes ou les mythes m’ont longtemps fascinée. Cette fascination a atteint un pic lorsque j’ai découvert l’épopée de Gilgamesh, considérée comme une des plus anciennes épopées connues à ce jour, fenêtre ouverte sur un monde disparu depuis des millénaires. Enkidu, Gilagemesh, Humbaba, Uta-napishti, autant de noms improbables aux sonorités exubérantes à l’image des personnages auxquels ils appartiennent. J’y ai appris que la bière, le sexe et le pain étaient des agents civilisateurs, que l’amitié des hommes pouvaient parfois contrarier les dieux, et, plus important encore. qu’il a existé un temps où l’immortalité n’était ni un idéal ni une promesse. Bien des années plus tard, en écoutant la radio, je suis tombée sur un entretien de Julien d’Huys, un jeune mythologue qui venait de publier « Cosmogonie », un ouvrage dans lequel il synthétise ses recherches sur le mythe de Polyphème. Il y défend la thèse surprenante que le récit du Cyclope et d’Ulysse serait un des nombreux avatars d’un mythe si ancien qu’il aurait accompagné les migrations humaines à travers le détroit de Béring, lors de la dernière période glaciaire. Le mythe, sous des formes changeantes, aurait ainsi survécu à plus dix mille ans d’histoire humaine. De quoi parlait donc ces hommes? Quel message si important se transmettaient-ils avec ce récit? S’adressaient-ils également aux générations futures? Comment avons-nous pu perdre le sens de ce récit qui avait pourtant subsisté des millénaires durant? Voilà les questions qui m’animaient. Chercher à y répondre avait quelque chose de séduisant, Il s’agissait de décoder ou déterrer une ancienne vérité, comme un trésor longtemps perdu. C’était évidemment très naïf. Aujourd’hui, si mon intérêt pour les récits et les histoires n’a pas faiblit, ma compréhension actuelle est la suivante : aucun d’entre eux de transmet de vérité immuable, ni même de message stabilisé. Comme les vecteurs qui les transportent et qui muent au grès des aires culturelles qu’ils traversent, le sens des récits est lui-même réactualisé en fonction du contexte sociale et culturel. Les questions n’ont pas disparu pour autant, elles ne sont simplement plus les mêmes : Si la forme des récits n’est pas stable dans le temps et les messages qu’ils expriment non plus, pourquoi et comment persistent-ils ou diffusent-ils dans différentes cultures pendant des siècles voir des millénaires. Quels sont les mécanismes à l’origine de leur fluidité? À quoi servent-ils? Sont-ils des entités autonomes, voir carrément des récits « égoïstes » pour lesquels l’individu n’est qu’un véhicule à l’image des gènes égoïstes postulés par Dawkins (the egoist gene)? ou bien remplissent-ils des fonctions précises? La réflexion proposée ici procède d’une démarche exploratoire : non pas une démarche d’experte mais celle d’une curieuse sans prétention, une démarche dépourvue de grands concepts abstraits ou encore de cadre théorique solide, une invitation à réfléchir ensemble sur ces objets qui ont bercés notre enfance.

CAN 2025 : Quand la Realpolitik et l'Influence Institutionnelle Terrassent le Droit 589

L’arbitrage rendu par la CAF ce 29 janvier 2026, concernant l’épilogue tumultueux de la finale Maroc-Sénégal, ne saurait être réduit à une simple chronique sportive ; il marque l’avènement d’un déni de justice structurel où la Realpolitik s'est, de fait, substituée à la norme écrite. En rendant ce verdict de complaisance, la CAF a manqué une occasion historique de marquer un point décisif contre les dérives qui gangrènent le football africain. Désormais, faute d'une sanction exemplaire, le message envoyé est délétère : quiconque souhaitera demain paralyser une finale disposera d'un précédent pour justifier son insubordination. La « Paralysie Tactique » : Une Prise d'Otage du Jeu Contrairement aux interprétations radicales qui ont circulé dans le feu de l'action, le Onze sénégalais n’a jamais consommé de rupture physique irréversible avec l’aire de jeu. En demeurant dans le périmètre technique, les acteurs ont neutralisé de facto le couperet de l’article 82 du règlement de la CAF. Toutefois, cette distinction ne saurait atténuer la gravité des faits. Nous avons assisté à une véritable prise d'otage du match. En instrumentalisant les zones grises du terrain, le Sénégal a exercé une pression psychologique et administrative insupportable sur le corps arbitral, paralysant le cours normal de la rencontre. Cette sédition périmétrale constitue une entrave majeure à l'éthique sportive : c'est le droit du plus fort, et non la règle, qui a dicté le tempo de la finale. En validant ce comportement, la CAF autorise désormais le chantage au retrait comme levier de négociation en plein match. L'Urgence d'un Cadre Disciplinaire Sui Generis : Sanctionner l'Entrave • Le constat est sans appel : notre droit sportif continental est prisonnier d'un binarisme obsolète. Pour la Commission de Discipline, il n'existe que le match joué ou le match abandonné. Face à cette obstruction systémique, le régime actuel s'apparente à un « arbre aux fruits amers ». • Il est désormais impératif d’instaurer un délit d’entrave spécifique. Le droit ne peut rester muet face à une équipe qui sature l'espace pour bloquer le chronomètre et forcer une décision favorable. La réforme doit consacrer la sanction de l'intentionnalité : tout refus de reprise, même statique, doit entraîner une défaite automatique par pénalité. Sans cette « scientisation » des sanctions, nous condamnons le football africain à l'insécurité juridique permanente. L'Héroïsation du Sabotage et l'Impunité des Architectes Le contraste entre la gravité des faits et la légèreté des sanctions infligées au sélectionneur sénégalais heurte de front les principes élémentaires du droit sportif. • Le héros factice : Ce récit, qui transmute une infraction réglementaire en acte de résistance patriotique, constitue une défaite morale majeure. On ne célèbre plus l'excellence technique, mais la capacité à braquer les rouages du système. • Le paravent de la Fédération Sénégalaise : La stratégie d'Abdoulaye Fall a été d’une efficacité chirurgicale. En orchestrant un narratif de "victimisation" face à une prétendue mainmise marocaine, il a rendu la FSF politiquement intouchable. Pour la CAF, sanctionner le fond aurait été perçu comme un aveu de partialité, validant ainsi la stratégie de l'agression préventive. L'Entrisme Sénégalais et l'Ombre Portée sur le « Hard Power » Judiciaire L’analyse révèle une asymétrie de pouvoir flagrante. Si le Maroc a investi dans un « Soft Power » contributif, le Sénégal semble avoir sécurisé le « Hard Power » judiciaire. Il appert clairement aujourd'hui que la Fédération Sénégalaise est omniprésente et remarquablement introduite dans les arcanes de la CAF. La présence d'une figure nationale à la tête de la Commission de Discipline, même en cas de retrait formel du titulaire, instaure un préjugé structurel insurmontable. Cette justice de Salomon — sacrifier le fusible (le sélectionneur) pour protéger l'institution (le trophée) — n’est qu'une manœuvre de Realpolitik destinée à ménager une fédération dont l'influence institutionnelle semble désormais dicter le tempo des verdicts au détriment de l'équité. Le Rapport de l'Arbitre : Le Paravent de l'Incompétence La Commission de Discipline semble s’être murée dans un aveuglement volontaire en se fondant exclusivement sur les rapports de l’arbitre et des officiels, faisant fi des preuves matérielles, chronométriques et vidéos. • Le juge et partie : L'arbitre, dont la perte d'autorité est la cause première de l’escalade, devient paradoxalement le seul narrateur légitime des faits. • La dénaturation administrative : En s’appuyant uniquement sur ces procès-verbaux souvent laconiques ou partiaux, la Commission a sciemment opté pour une vérité administrative au détriment de la vérité du terrain. C’est un cercle vicieux où l’on protège l’arbitre pour ne pas avoir à appliquer la rigueur de la loi contre le champion. Le Mythe de l’Influence face à la Réalité des Faits Pendant des mois, un narratif médiatique complaisant a tenté de dépeindre Fouzi Lekjaa comme le démiurge de la CAF. Le verdict de ce 29 janvier apporte la preuve cinglante du contraire. Pour démontrer une indépendance forcée, la CAF a frappé le Maroc sur des points périphériques (lasers, logistique) tout en épargnant le Sénégal sur l'essentiel. Il appert aujourd'hui que le Sénégal dispose d'une influence "offensive" capable d’infléchir le règlement, là où le Maroc subit une neutralité punitive. En privilégiant la stabilité politique à la rigueur du droit, la CAF a fissuré son propre socle de crédibilité. Le Maroc, fort de sa vision portée par Sa Majesté le Roi, doit se faire le chantre d'un Laboratoire de la Modernité Institutionnelle. Le recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) est désormais l'unique voie pour restaurer la primauté du droit sur la manœuvre et transformer ce déni de justice en un précédent législatif salvateur, capable de briser l'impunité de ceux qui pensent pouvoir braquer le système par la sédition périmétrale.

Locomotive du Football Africain : Le Modèle Marocain face aux Vents Contraires 715

Le rideau est tombé sur la CAN 2025, laissant derrière lui un sillage de contrastes saisissants. Si l’événement a consacré la suprématie du Royaume en tant que hub logistique de premier plan, les scènes de tension observées lors de la finale du 18 janvier 2026 à Rabat ont agi comme un rappel brutal des contingences qui pèsent encore sur le football continental. Entre la perfection des infrastructures et l’archaïsme de certaines postures disciplinaires, une interrogation s'impose : comment la transition du cadre réglementaire de la CAF vers celui de la FIFA en 2030 transformera-t-elle la gestion de ces crises organiques ? Cette mutation ne constitue pas une simple extension d'échelle, mais une véritable rupture paradigmatique où la neutralité technocratique viendra sanctuariser l'excellence marocaine. I. L’Excellence Marocaine : Une vitrine technologique pour l’Afrique L’investissement massif déployé par le Royaume — de la modernisation profonde des complexes sportifs à l’intégration systémique de la VAR — a offert au monde l'image d'un Maroc moderne, rigoureux et visionnaire. Cette réussite matérielle, saluée par les observateurs internationaux, visait à établir un standard de référence africain. Pourtant, cette image de perfection s’est heurtée à un phénomène psychologique tenace : le « complexe du pays hôte ». Dans cette configuration, la maîtrise organisationnelle est parfois perçue par certains concurrents non comme un progrès partagé, mais comme un levier de domination, alimentant mécaniquement des théories du favoritisme. Les événements de la finale en sont l'illustration paroxystique. Le but refusé à Ismaïla Sarr ou le penalty accordé en fin de match sont devenus, sous le prisme de la suspicion régionale, des instruments de polémique plutôt que des faits d'arbitrage techniquement étayés. Les données de DM Sport révèlent pourtant une réalité inverse : le Maroc a figuré parmi les sélections les plus pénalisées du tournoi. Ce décalage souligne une faille majeure : la technologie ne suffit pas à valider le résultat si elle n'est pas protégée par une autorité juridictionnelle perçue comme exogène. II. Leadership Solidaire et Diplomatie du Ressentiment Il serait toutefois erroné de percevoir cette quête d'excellence comme une volonté de distanciation. Au contraire, le Maroc préserve des relations historiques profondes et indéfectibles avec la majorité des nations sœurs du continent. Le Royaume, fidèle à son ancrage africain, continue d'œuvrer activement pour la promotion du football continental au sein de la CAF, offrant ses infrastructures et son expertise aux fédérations en quête de professionnalisation. Cette politique de la main tendue fait du succès marocain un succès pour toute l'Afrique. Pourtant, ce leadership dérange. On observe une « diplomatie du ressentiment » émanant de certaines sphères médiatiques étrangères, notamment dans certains pays arabes et africains, visant à ternir la belle image donnée par l'organisation marocaine. En érigeant le Maroc en « ogre » favorisé, ces narratifs tentent de transformer une supériorité factuelle en une injustice morale. Ce harcèlement médiatique cible précisément l'émergence d'un modèle de gouvernance qui s'aligne désormais sur les standards mondiaux les plus exigeants. III. L'avènement de la « justice froide » : La sanctuarisation par le droit Le passage sous l'égide de la FIFA en 2030 marquera la fin de cette proximité géographique propice aux cabales. Contrairement au cadre continental, la mondialisation des corps arbitraux brisera les rivalités de zones. Là où la CAF doit parfois naviguer entre compromis diplomatique et impératif sportif, la FIFA déploie une « justice froide », purement procédurale. Le chaos observé à Rabat trouverait en 2030 une réponse chirurgicale. L'Article 10 du Code Disciplinaire de la FIFA est clair : tout refus de reprendre le jeu entraîne un forfait automatique et des sanctions lourdes. En 2030, la règle du droit agira comme un couperet protecteur pour l'organisateur, rendant caducs les narratifs victimaires. IV. La technologie et le « Bloc 2030 » : Vers une vérité indiscutable L'édition 2030, portée par le trio Maroc-Espagne-Portugal, bénéficiera d'une automatisation totale du jugement (Shadow VAR, hors-jeu semi-automatisé) et d'une transparence absolue. Le Hosting Agreement de la FIFA s'imposera comme une norme supérieure garantissant l'impartialité. Ce cadre juridique agira comme un bouclier, empêchant que des incidents disciplinaires ne soient instrumentalisés politiquement contre le Royaume. La CAN 2025 aura été pour le Maroc une démonstration de force organisationnelle réussie, confirmant son rôle de locomotive pour le football africain. Cependant, elle a aussi révélé que l'excellence reste vulnérable aux bruits de couloirs. En 2030, l'ancrage définitif dans le droit FIFA permettra au Royaume de transformer cette belle image organisationnelle en une consécration d'image pérenne. Le sport, enfin protégé des scories géopolitiques, pourra s'aligner sur la vision stratégique d'un Maroc tourné vers l'universel, faisant de la règle de droit le socle de sa légitimité mondiale.

CAN 2025: Quand le Maroc croit en lui-même et en l'Afrique... 694

En 1961, John F.Kennedy lançait aux Américains un défi devenu immortel: «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.» Cet appel à la responsabilité individuelle a contribué à forger un état d’esprit collectif fondé sur l’engagement civique et le dépassement de soi. Les USA contemporains portent encore, à bien des égards, l’empreinte de cette philosophie. Des décennies plus tard, Barack Obama galvanisait les foules avec «Yes we can», un cri d’unité et de détermination collective, tandis que Donald Trump popularisait «Make America Great Again», slogan de renaissance nationale. Ces formules ne sont pas de simples mots : elles cristallisent des moments où un peuple se redécouvre, se mobilise et se projette vers l’avenir. Une sorte de régénérescence d'une puissance qui a peur de choir, une façon de revigorer une nation qui aurait tendance à s'oublier ou à dormir sur ses lauriers? Le Maroc a également connu cette grammaire de la mobilisation nationale. Feu Hassan II rappelait avec force, dans un de ses discours: « Nous n’atteindrons cet objectif qu’en traduisant le nationalisme en citoyenneté et en faisant passer la conscience nationale du simple amour pour la patrie à un engagement effectif pour contribuer à l’édification d’un Maroc qui soit l’objet de la fierté de tous les Marocains. » Une vision fondatrice : aimer le Maroc ne suffit pas, il faut le construire. Dans le même esprit, Sa Majesté le Roi Mohammed VI disait, à l’occasion de la Fête du Trône de 2019, que « le Maroc appartient à tous les Marocains car il est notre maison commune », appelant chacun à contribuer à son édification, à son essor, ainsi qu’à la préservation de son unité, de sa sécurité et de sa stabilité. Plus récemment, lors de la Fête du Trône de 2024, le Souverain insistait de nouveau sur la nécessité de « mutualiser les efforts de tous les Marocains » et en appelait à leur patriotisme ainsi qu’à leur sens des responsabilités individuelles et collectives. Un message qui résonne, à la marocaine, comme un « Yes we can » national, destiné à surmonter les défis socio‑économiques et à consolider les acquis. La CAN 2025 : un révélateur de confiance nationale. C’est dans ce contexte que le Maroc a connu un tournant majeur avec l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Bien avant le coup d’envoi, la CAN agissait déjà comme un puissant révélateur : révélateur du niveau de développement atteint par le Royaume, mais aussi de la confiance retrouvée des Marocains en leurs capacités collectives. La compétition internationale ainsi accueillie par le Maroc a montré une capacité inégalable : stades modernes répondant aux standards les plus exigeants, réseaux autoroutiers étendus, hubs ferroviaires performants, villes de plus en plus propres et organisées, civisme largement salué par les visiteurs. Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech ou Agadir comme exemple seulement, incarnent ce Maroc qui avance, qui investit et qui se projette vers un avenir radieux. Ces progrès ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent d’une vision stratégique impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et traduite par des investissements structurants : plus de 2 000 km d’autoroutes réalisés depuis le début des années 2000, le complexe portuaire Tanger Med devenu une référence mondiale du transbordement, ou encore une politique énergétique ambitieuse visant plus de 52 % d’énergies renouvelables dans le mix national à l’horizon 2030. La CAN 2025 vient ainsi consacrer un processus de long terme, et non un simple coup d’éclat. Résilience, solidarité et crédibilité internationale. Avant même l’échéance sportive, le séisme d’Al Haouz en septembre 2023 avait déjà mis en lumière la résilience de la nation marocaine. Face à une tragédie humaine majeure, la solidarité spontanée: collectes massives, volontariat citoyen, mobilisation des institutions et l’intervention rapide de l’État sous l’impulsion royale ont démontré la solidité du lien national. La reconstruction engagée a renforcé la conviction que le Maroc sait faire face à l’adversité. Dans le même temps, les indicateurs macroéconomiques témoignent d’une trajectoire globalement positive : amélioration progressive du PIB par habitant sur le moyen terme, montée en puissance de secteurs comme l’automobile, l’aéronautique et les énergies vertes, affirmation du Royaume comme acteur diplomatique central en Afrique. Cette crédibilité internationale, parfois source de crispations ou de critiques régionales, confirme surtout que le Maroc a franchi un cap stratégique. Un succès qui appelle plus d’engagement. Mais ce succès n’est pas une fin en soi. Il appelle davantage d’efforts individuels et collectifs, davantage de confiance mutuelle entre citoyens, entreprises et institutions. Plus que jamais, la question posée par Kennedy reste pertinente: « Qu’est‑ce que je fais pour mon pays ?» Chaque Marocain, à son niveau, est interpellé. Cette dynamique repose sur un dénominateur commun : la solidarité, prolongée par le travail, l’innovation et la responsabilité. Elle se traduit par des initiatives locales, par l’essor de pôles technologiques à Casablanca, Rabat ou Tanger, par l’investissement dans le capital humain et par l’adhésion au Nouveau Modèle de Développement, qui vise un Maroc plus inclusif, plus productif et mieux positionné dans l’économie mondiale. Une ambition africaine assumée. La CAN 2025 doit également être comprise comme un moment de fraternité africaine. Le Maroc y a affirmé sa vocation continentale : tirer vers le haut, partager l’expérience, renforcer les partenariats Sud‑Sud et les interdépendances économiques. Les défis sécuritaires, climatiques, sociales et économiques sont communs ; les réponses doivent l’être aussi. Le destin du Maroc est indissociable de celui de l’Afrique et celui de l'Afrique dépend aussi du Maroc. Un Maroc prospère est une excellente locomotive pour le reste du continent et notamment dans la région. Les critiques stériles et les jalousies ancrées ou passagères ne résistent jamais longtemps au sérieux du travail, à la constance de l’effort et à la clarté de la vision. Seuls demeurent les pays qui avancent, investissent et rassemblent. Une mission claire. La mission est désormais limpide : persévérer, viser plus haut, plus fort et plus uni, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Non pas en copiant des slogans importés, mais en innovant, en assumant notre singularité et en occupant, avec confiance, la place qui est naturellement celle du Maroc sur l’échiquier mondial. Oui, Yes we can, à la marocaine. Construisons ensemble un Maroc plus fort et une Afrique plus confiante, non par le dénigrement ou la comparaison stérile, mais par le travail, la complémentarité et l’engagement collectif. Le monde avance et n’attend personne. Le Maroc l’a compris. À chacun désormais de choisir : accompagner ce mouvement ou rester à l’écart de l’Histoire. Les coupes de football il y en aura toujours.

Le Maroc face au syndrome du coquelicot : quand la réussite devient une cible.. 699

On parle couramment du « syndrome du coquelicot rouge », ou *Tall Poppy Syndrome* en anglais. Il s'agit d'une théorie sociologique et culturelle selon laquelle, dans certains groupes ou sociétés, ceux qui dépassent les autres, réussissent trop ou se distinguent excessivement sont critiqués, rabaissés ou « coupés », afin de préserver une forme d’égalité apparente au sein du groupe. En bref, la réussite dérange et devient préjudiciable à ceux qui en manquent. On agit alors tous azimuts pour ne serait-ce que dénigrer et médire de ceux qui excellent. La métaphore vient précisément de l’idée que, dans un champ de coquelicots, ceux qui poussent plus haut que les autres sont coupés pour que le champ reste uniforme. Le syndrome du coquelicot rouge désigne donc cette mécanique bien connue par laquelle une réussite trop visible appelle non l’émulation, mais la volonté de la rabaisser par n'importe quel moyen. À l’échelle régionale africaine, le Maroc en est aujourd’hui l’illustration la plus nette. Non pas parce qu’il s’autoproclame modèle, mais parce que ses performances s’imposent d’elles-mêmes, provoquant crispations, jalousies et stratégies d’entrave. En gros, un Maroc qui dérange parce qu’il réussit. Le Royaume n’a cessé, ces dernières années, d’accumuler des réussites structurantes : diplomatie africaine active, infrastructures de grande qualité, notamment sportives de rang mondial, crédibilité organisationnelle reconnue, et résultats sportifs qui ne relèvent plus de l’exception mais de la continuité. Cette dynamique, loin de fédérer autour du pays, a réveillé chez certains acteurs régionaux une obsession de la contestation systématique, sans aucun scrupule ni limite. L’organisation de la Coupe d’Afrique au Maroc aurait dû être consacrée comme un moment d’unité continentale de réussite collective de tous les africains. Elle s’est au contraire transformée, pour ses détracteurs, en terrain d’une guerre de nuisance visant moins l’événement que le pays hôte lui-même. Le voisinage n’est pas étranger à la stratégie évidente de sabotage indirect que chacun peut parfaitement vérifier. Dans ce contexte, il serait naïf de ne pas voir le rôle joué par l’Algérie, enfermée dans une rivalité devenue presque doctrinale avec le Maroc. Incapable de rivaliser sur le terrain de la performance, Alger a depuis longtemps déplacé le combat vers celui de la décrédibilisation, de la suspicion et de l’agitation périphérique. Faute de pouvoir empêcher l’attribution ou le déroulement de la compétition, la stratégie a consisté à polluer son environnement narratif : remettre en cause l’équité, semer le doute sur l’arbitrage, insinuer des collusions, fabriquer du soupçon là où les faits résistent. Une méthode classique : quand on ne peut pas faire tomber le coquelicot, on tente d’en ternir la couleur. Et comme cela trouve toujours appui chez certains, des relais médiatiques idéologisés ont parfaitement pris le relais. Cette entreprise n’aurait pas eu la même portée sans le concours actif de certains journalistes français idéologiquement alignés, souvent issus de milieux marqués par une hostilité ancienne au Maroc et à sa monarchie. Tout au long de la compétition, une partie de cette presse dite « progressiste » a déversé un venin fait d’insinuations, de procès d’intention et de mises en cause à peine voilées de la Fédération Royale Marocaine de Football et de ses dirigeants sinon de l'Etat marocain. Le journalisme d’enquête a ici cédé la place à un militantisme déguisé, où le soupçon tient lieu de preuve et où la réussite marocaine devient, par principe, suspecte. Ce traitement n’était ni neutre ni innocent : il participait d’une stratégie de délégitimation, soigneusement entretenue. Par ricochet sont apparues certaines complicités africaines, et des frustrations recyclées se sont décomplexées. Plus préoccupant encore, certaines attitudes de responsables ou dirigeants africains, ont alimenté ce climat délétère. Déclarations intempestives, contestations outrancières, postures victimaires déplacées : autant d’éléments qui ont donné le sentiment que des frustrations sportives ont été recyclées en accusations politiques, au mépris de l’éthique sportive. Qu’il y ait eu instrumentalisation consciente ou simple opportunisme, le résultat est le même : une tentative de fragilisation du Maroc par des voix censées incarner l’esprit de fraternité africaine. Mais malgré tout, la manœuvre a échoué et elle est en train de se retourner contre ses instigateurs. Car malgré tout, la réalité est têtue. La Coupe d’Afrique au Maroc a été une grande réussite organisationnelle, populaire, financière, médiatique, économique et sportive. Les supporters africains, les délégations et les observateurs honnêtes l’ont vu et vécu. Les campagnes de suspicion n’ont pas masqué l’essentiel : le Maroc a livré ce qu’il avait promis. En définitive, cette séquence révèle une vérité simple et dérangeante : le problème n’est pas que le Maroc gagne, organise et avance. Le problème, pour certains, est qu’il le fasse trop bien, trop visiblement, trop durablement alors qu'ils n'y arrivent point. Et dans un champ de coquelicots africains, ceux qui s’acharnent à couper celui qui dépasse finissent souvent par révéler leur propre incapacité à grandir. Le beau coquelicot va continuer à pousser...surtout qu'il a bien été arrosé par une pluie abondante. Dieu merci. Quand aux Coupes, il y aura bien d'autres occasions pour en soulever...

L’Aporie de Rabat ou l’Anatomie d’une Faillite Procédurale : Le Fiasco de la Finale CAN 2025 679

L’épilogue de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, mettant aux prises le Maroc et le Sénégal dans l’enceinte de la capitale, ne restera pas seulement dans les mémoires comme une joute athlétique de haute intensité, mais il s’est mué en un cas d’école de paralysie institutionnelle. Entre les Lois du Jeu de l’IFAB et les méandres du Code Disciplinaire de la CAF, l’incident survenu le 18 janvier dernier dans l’enceinte du stade Moulay Abdellah de Rabat transcende la simple péripétie disciplinaire, il met en exergue une zone d'ombre juridique où la procédure a vacillé autant que l'autorité, révélant une faille sismique où l’interprétation subjective vient supplanter la rigueur de l’alignement normatif. I. La Matérialité des Faits : L’Ingénierie de la « Résistance Passive » Contrairement aux interprétations radicales qui ont circulé dans le feu de l'action, le Onze sénégalais n’a jamais consommé de rupture physique irréversible avec l’aire de jeu. Si des velléités de retrait vers la ligne de touche ont été observées, symbolisant une défiance vis-à-vis du corps arbitral, les acteurs sont restés dans le périmètre technique, neutralisant de facto le couperet de l’article 82 du règlement de la CAF. Juridiquement, cette distinction est fondamentale : nous ne sommes pas en présence d’un forfait par abandon, mais dans une phase de paralysie tactique. Cette manœuvre semble d'ailleurs procéder d'une connaissance fine et une instrumentalisation de la règle visant à occuper l'espace pour paralyser la sanction administrative. En jouant sur l'ambiguïté entre la protestation véhémente et l'insubordination, le banc de touche a utilisé l'espace limitrophe comme un levier de pression, évacuant les sanctions irréversibles au profit d'un cadre disciplinaire plus malléable. II. Des Vices de Forme et la « Célérité Suspecte » de l’Arbitrage Le dénouement de la rencontre a été le théâtre d’une érosion manifeste de la souveraineté de l'officiel, illustrée par deux manquements majeurs aux standards internationaux. Le cœur du litige, et corollairement le point de fragilité de toute sanction future, réside dans la gestion temporelle du corps arbitral. Les directives de l’IFAB et le Code disciplinaire de la CAF imposent à l’officiel un protocole de diligence strict avant toute déclaration de forfait : • L’Ingérence des Zones Techniques : L’irruption de staffs sur le rectangle vert aurait dû, en vertu de la Loi 12, se solder par une pluie d’exclusions. Cette inertie ne saurait être réduite à une simple erreur d’appréciation ; elle constitue une rupture caractérisée de la sécurité juridique du match. • Le Délai de Sommation Occulté : L’arbitre est tenu d’accorder une fenêtre légale de réflexion, généralement entre cinq et dix minutes, pour permettre au capitaine de ramener ses troupes à l’ordre. À Rabat, ce délai semble avoir été occulté ou, à tout le moins, mal formalisé. En omettant de notifier clairement au capitaine — seul interlocuteur sui generis sur la pelouse — le déclenchement du chronomètre de mise en demeure, l’arbitre a instauré une insécurité juridique manifeste. L'erreur de procédure ici est double. En ne sommant pas formellement les acteurs de reprendre le jeu dans le délai imparti, l'arbitre a privé la fédération adverse d'une chance de se conformer à la règle. On ne saurait prononcer une sentence aussi irrévocable qu’un forfait (défaite 3-0 sur tapis vert) sans avoir scrupuleusement respecté le « code de route » de la crise. Cette précipitation indécise transforme l'incident en un cas de manquement processuel. Le chaos de Rabat n'est donc pas uniquement le fait de joueurs contestataires, mais celui d'un arbitrage qui n’a pas su imposer le cadre temporel prévu par la norme internationale. • L’Énigme de la Loi 14 : Le penalty décisif, entaché par une anticipation flagrante du gardien, appelait impérativement une reprise sous l’égide de la VAR. La décision de l'arbitre, Jean-Jacques Ndala, de siffler la fin de la rencontre avec une rapidité intrigante s'apparente à un arbitrage de circonstance. En sacrifiant la vérification technologique, l’officiel semble avoir privilégié un impératif sécuritaire de court terme pour prévenir un risque de débordement dans les tribunes, au détriment de la probité du résultat. III. De la Sanction Organisationnelle à l’Impératif de Recours Fédéral La reprise erratique des débats, intervenue avant l’ultime coup de sifflet, a scellé l'impuissance du régime organisationnel. Faute de pouvoir acter un abandon organique et définitif, la CAF se voit contrainte de se replier sur les articles 146 et 147 de son Code Disciplinaire. Toutefois, si ces leviers permettent de châtier le « comportement antisportif » par le biais d'amendes fédérales, ils ne constituent que des pansements sur une plaie ouverte, incapables de restaurer l'équité sportive bafouée. Face à ce que l'on doit qualifier de déni de justice sportive, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) ne saurait se cantonner à une posture de spectatrice passive. Il lui appartient d'exercer son droit de recours légal auprès des instances compétentes afin de déplacer le litige du terrain émotionnel vers une procédure administrative structurée. L’impératif est ici d’ordre normatif : exiger une instruction rigoureuse sur l'intégrité procédurale de cette fin de rencontre, transformant ainsi un sentiment légitime de préjudice en une action de droit souveraine et irréfutable. La CAF se retrouve face à un miroir : pour exiger la discipline absolue, elle doit d’abord garantir l’impeccabilité de ses officiels. De tels précédents doivent être traités avec une rigueur qui ne laisse aucune place à l’arbitraire, consacrant ainsi l'excellence et l'alignement normatif que nous appelons de nos voeux. La finale de 2025 agit comme le révélateur. Sans une refonte profonde visant à codifier la "désobéissance coordonnée", la conformité technique restera l'otage des rapports de force sur le terrain.

CAN : l’urgence d’un code éthique pour restaurer l’esprit du football africain 802

La très récente Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, pourtant voulue comme une célébration du football africain dans toute sa diversité et sa ferveur, a laissé un goût amer, une grosse amertume, une déception incommensurable, une douleur immense et des blessés. Quel dommage que de récompenser ainsi un pays qui a tout donné pour que soit célébré l'Afrique. Quelle honte que de haranguer les foules jusqu'à leur faire commettre des agressions physiques et de peut être laisser orpheline une famille. Au-delà des performances sportives, plusieurs comportements observés tout au long de la compétition ont suscité l’incompréhension, l’indignation et parfois la honte. Des débordements verbaux, des attitudes provocatrices, des mises en cause répétées de l’arbitrage et des déclarations irresponsables de personnes sensées incarner les valeurs mêmes du sport ont terni l’image de la CAN. En conférence de presse, pourtant organisée par la CAF à la gloire du sport et en dehors, certains ont commis des propos invraisemblables, fruits de leurs imaginations débordantes et de petits calculs imbéciles. Le paroxysme de ces dérives a été atteint lors de la finale, avec le comportement indigne d'un entraîneur, aujourd'hui largement relayé et commentés par les médias et les réseaux sociaux. Quelles que soient les tensions inhérentes à un match de ce niveau, rien ne saurait justifier des attitudes contraires aux valeurs du sport, de respect et de fair-play. Ce n’est pas seulement une question d’émotion ou de rivalité, mais une question de responsabilité vis à vis d'une jeunesse et d'un continent en devenir. La CAN au Maroc n’a pas été une compétition comme les autres. Elle fut une vitrine du football africain, observée par le monde entier, suivie par des millions de jeunes qui y cherchent des modèles. Les entraîneurs, joueurs, dirigeants et officiels ne sont pas de simples acteurs : ils sont des référents, des symboles et des ambassadeurs. Face à cette réalité dommageable, il devient impératif que la Confédération Africaine de Football (CAF) franchisse un cap. Les sanctions ponctuelles, souvent perçues comme tardives ou incohérentes, ne suffisent plus. Il est temps d’instaurer un code éthique contraignant, clair et universel, que tout participant à la CAN serait tenu de signer avant le début de la compétition, dès les phases éliminatoires. Un engagement moral et juridique, condition sine qua non de participation. Un tel code n’aurait pas pour vocation de brider la passion ou la liberté d’expression, mais de fixer des limites claires entre la compétition et la dérive, entre la contestation légitime et l’irresponsabilité publique. Le dit Code Éthique de la CAN reposerait sur huit piliers clairs, précis et contraignants. **1. Les principes fondamentaux du code seraient:** * Le respect des valeurs du football : fair-play, intégrité, dignité et respect mutuel * Le respect de l’image et de la réputation du football africain * La responsabilité individuelle et collective de tout participant **2. Le comportement sur le terrain et en zone technique serait bien encadré:** * L'interdiction de tout comportement agressif, provocateur ou insultant * Le respect absolu des arbitres et officiels, quelles que soient les décisions * L'interdiction de gestes, propos ou attitudes incitant à la violence ou à la haine **3. Le comportement hors du terrain fait partie du tout:** * Le respect des adversaires, supporters, médias et institutions * L'interdiction de toute forme de discrimination: raciale, nationale, religieuse ou autres. * Le comportement doit être exemplaire dans les lieux publics, hôtels, stades et zones mixtes **4. La communication et déclarations publiques doivent respecter les règles avant tout:** * l'obligation de retenue et de responsabilité dans les déclarations médiatiques * L'interdiction de mettre en cause l’intégrité de l’arbitrage sans preuves établies sino devant les instances et non par toute autres voix. * L'interdiction d’incitation à la violence ou à la contestation hostile par le geste ou le verbe **5. La responsabilité des entraîneurs et dirigeants est fondamentales:** * L'obligation d’exemplarité renforcée en raison de leur rôle d’autorité * La responsabilité directe du comportement du staff technique * L'engagement à calmer les tensions et non à les attiser **6. Les réseaux sociaux et communication numérique fait partie du jeu et de la compétition:** * L'application du code éthique aux publications sur les réseaux sociaux * La responsabilité personnelle des messages publiés ou relayés * L'interdiction de propos diffamatoires, haineux ou provocateurs **7. Les sanctions doivent être exemplaires et sans complaisance:** * Des sanctions progressives et clairement définies : avertissement, amende, suspension, exclusion définitive * L'application immédiate et transparente des sanctions * La possibilité de sanctions aggravées en cas de récidive ou de faits graves **8. L'engagement formel est un préalable à la participation à toute compétition:** * La signature obligatoire du code par tous les joueurs, entraîneurs, dirigeants et officiels dans un document individuel accompagnant les listes de joueurs et officiels engagés dans une compétition africaines. * La signature du code est une condition préalable à toute accréditation pour la CAN * La reconnaissance écrite des sanctions en cas de violation est obligatoire Le but du code est bien évidemment d'instaurer l’exemplarité pour protéger l’avenir du football africain et ses compétitions. L'introduction d'un code éthique dans les procédures de participation aux CAN, n’est pas un aveu de faiblesse, mais un signe de maturité. Le football africain a atteint un niveau de visibilité et de compétitivité grâce à cette CAN au Maroc. Le niveau ainsi atteint impose des standards élevés et des garanties. On ne peut tolérer que par la faute d'un individu surchauffé tout un édifice s'écroule et que des vies soient menacées, voire perdues. La passion ne peut plus servir d’alibi à l’excès, la victoire ne justifiera jamais la perte de valeurs, la ferveur ne peut disculper un comportement excessif. La CAN doit rester une fête, pas un théâtre de dérives. En posant un cadre éthique clair, la CAF enverrait un message fort : le football africain se doit d'avancer, de se structurer et de se respecter. Le football doit rassembler et non provoquer la haine, l'hostilité, la répugnance, les crises entre nations ou encore servir de terreau à des froids diplomatiques...Pour ne pas dire plus.

Le départ d’Akhenouch du RNI : décision précipitée ou calcul stratégique ? 733

Mais que s’est-il réellement passé ? Pourquoi une annonce aussi foudroyante ? Pourquoi un départ aussi précipité de Si Aziz Akhenouch de la tête du Rassemblement National des Indépendants (RNI), alors même que tout semblait lui sourire ? Depuis qu’il en a pris les rênes en 2016, le RNI a connu une ascension fulgurante. D’une formation marginale avec une trentaine de députés, il est devenu la première force parlementaire après les législatives de 2021, avec 102 élus. Mieux, il conduit l’Exécutif, préside la Chambre des représentants et occupe une position centrale dans l’architecture institutionnelle. Sur les indicateurs classiques de puissance politique, Akhenouch est au sommet. Dès lors, une question s’impose : pourquoi partir maintenant ? Et surtout, pourquoi avancer dans l’urgence un congrès extraordinaire au 7 février, initialement prévu pour mars, pour un gain de temps modeste ? L’explication mérite mieux que les spéculations sur des forces occultes ou des complots en coulisses. Restons dans la logique politique, froide et rationnelle, pour expliquer la décision fracassante de Si Akhenouch, un leader atypique dans le paysage politique marocain. Qu’on l’apprécie ou non, Aziz Akhenouch incarne une politique décomplexée, moderne, presque “à l’américaine” : axée sur la performance, la communication et l’efficacité organisationnelle plutôt que sur l’idéologie. Il a anticipé les mutations du Maroc et accompagné la modernisation des infrastructures (TGV, ports, aéroports). Il a assuré une croissance économique avec un PIB en hausse de 3% en 2024 et des chiffres encore plus édifiants pour 2025, malgré l’inflation. Il a aussi subi ou provoqué une évolution sociologique majeure en matière de politique. Fini les partis nostalgiques de l’indépendance, figés dans des clivages gauche/droite ou rural/urbain. Akhenouch a séduit un électorat pragmatique, désidéologisé, peut-être même ou surtout la génération Z, sensible aux résultats concrets comme la couverture sociale élargie (AMO généralisée en 2023). Les gens veulent des réalisations pour faciliter leur vie quotidienne plutôt que des discours incantatoires. Mais de leader victorieux, Akhenouch est passé à bouc émissaire. Le pouvoir a un prix. Depuis sa nomination comme chef du gouvernement en 2021, il cristallise toutes les colères et frondes sociales. Pour l’opinion contestataire, il symbolise l’enrichissement illicite, la confusion affaires-politique, le “capitalisme prédateur”. Elle s'exprime souvent par des slogans à refrain, comprenant son nom explicitement. Essence à plus de 15 DH le litre ? C’est sa faute. Légumes en hausse de 20% ? Idem. Saturations hospitalières post-Covid ? Il aurait dû anticiper. Inondations pourquoi il n'a pas prévenu? Toute analyse rationnelle devient inaudible. Pourtant, loin de se replier, il a multiplié les grands meetings “made in USA” à travers le pays, affirmant la vitalité du RNI. Le message : aux prochaines élections, nous gagnerons. La certitude est bien là. Et là, plouf ! Le récent signal de l’Intérieur constitue un tournant décisif. C’est là que tout bascule. La préparation électorale relève du ministère de l’Intérieur. Dans les coulisses, des propositions de la mouvance Akhenouch: sur les investitures ou les circonscriptions auraient été ignorées ou retoquées. En politique marocaine, ces signaux ne sont jamais anodins. Fin stratège, intelligent qu'il est Akhenouch a perçu le vent tourner. D’atout majeur, il risquait de devenir un handicap électoral, une sorte d'invalidité pesante. Sa personne, plus que son bilan (réformes sociales, accords commerciaux UE-Maroc, chantiers ouverts), est perçue négativement ou quasiment improductive pour l'avenir. Que faire alors ? Peut-être partir pour sauver le RNI. Plutôt que de s’accrocher et d’attirer toutes les attaques, il choisit de se retirer en amont, de “nettoyer le terrain” et de redonner au parti un visage moins clivant. Rationalité pure. Reste l’inconnue des hommes. Le RNI actuel repose sur un rassemblement opportuniste de notabilités, souvent ex-PAM, au flair aiguisé et à la loyauté conditionnelle. Pour elles, Akhenouch était la clé du pouvoir. Son départ pourrait déclencher des défections vers d’autres partis ou carrément l’abandon de la politique par certains. Le retour au PAM de certains n'est pas à exclure... Le RNI risquerait ainsi de revenir à sa taille d’antan, à la case départ pour un probable retour plus tard avec d'autres gens, d'autres perspectives. Le mouvement déclenché ouvre une équation à plusieurs variables. Sans Akhenouch, le RNI perd sa locomotive charismatique, mais gagne en malléabilité. Pour le pays, c’est l’occasion d’un rééquilibrage subtil avant 2026. Certains partis pourraient rebondir sur le mécontentement social, tandis que d’autres miseront sur les syndicats et les “tansiqiyates”. Une recomposition générale s’annonce, avec des risques de fragmentation. Une chose est certaines la politique ne sera plus comme avant. 2026 donnera un autre Maroc que seuls les grands initiés peuvent imaginer. Le reste n'est que spéculations. Les marocains en décideront. En définitive, ce départ n’est ni fuite ni défaite, mais un choix stratégique fondé sur les rapports de force, les signaux institutionnels et la psychologie électorale. Il marque la fin d’un cycle et ouvre une ère d’incertitude pour tout le champ partisan marocain. L’histoire reste à écrire pour ceux qui, entre deux matchs, observent encore la politique. En tous cas Si Akhenouch vient de donner là une véritable leçon a tout ces leaders et imams qui s'accrochent au perchoir et ne veulent plus en descendre...Une fois qu'ils ont gouté aux privilèges qui vont avec... Les citoyens n'attendront pas longtemps avant de savoir qui va être leur prochain chef de gouvernement, leur prochain bouc émissaire.

Adieu Lhaj Abdelhamid Frej : Un pilier de l'athlétisme marocain s'en va... 813

Partie 1 *Cet article est paru dans le journal l'opinion sous ma signature le 26 septembre 2009*. Je voulais ainsi rendre hommage à un monument de l'athlétisme marocain: Lhaj Abdelhamid Frej. Il vient de nous quitter en ce 13 janvier 2026. Je n'ai rien trouver de mieux à faire en cette circonstance triste que de publier à nouveau ce texte. Qu'il repose en paix avec la satisfaction de la mission accomplie pleinement. Voici le texte: *Dans la tribune officielle du semi marathon de Rabat, organisé par le Fus place de la poste, voilà quelques mois déjà, j’avais eu le privilège et je pèse bien mes mots, de m’asseoir à la gauche de Si Abdelhamid Frej.* *Aujourd’hui octogénaire, Si Abdelhamid, ancien cadre de la conservation foncière, est aujourd’hui le doyen des dirigeants de l’athlétisme marocain.* *Venu du Fus au Stade Marocain dans les années 50 (je venais de naître), il y rejoignait feu Haj Jilali Elaoufir, emblématique président de la Fédération Royale Marocaine d’Athlétisme.*Si Abdelhamid a été le second secrétaire général de l’histoire de cette fédération après Feddoul Benzeroual*.* Eh oui, lui aussi a fait ses débuts en athlétisme.* Le lecteur va se demander où je veux en venir en évoquant une telle personnalité. Eh bien c’est une phrase que me chuchot Si Abdelhamid à l’oreille qui m’a fait penser à ces quelques lignes. Il me dit en substance, « Hna maak qalban wa qalaban ». J’avoue que j’ai eu la chair de poule à entendre un si humble et discret personnage du sport national me parler ainsi. Il insinua et marqua en fait sa position, vous l’avez vite deviné, vis-à-vis des propos pour le moins abjects véhiculés à mon égard par le prétendu président de la ligue d’athlétisme de Casablanca. Je vais vous en épargner le nom pour ne pas lui donner l’importance qu’il ne mérite point et comme je n’ai jamais fait dans l’abject, je ne veux vraiment pas prononcer de gros mots. Ce qui m’importe ici est plutôt d’évoquer quelqu’un qui depuis les années cinquante a toujours œuvré en silence dans la promotion de l’athlétisme en tant que secrétaire général, président délégué et vice président de la FRMA ; en tant que président du prestigieux Stade Marocain Athlétisme pour près de trente ans et depuis la disparition de feu Abderrahman Medkouri, en qualité de président de la ligue de Rabat et sa région. Si Frej a toujours été là dans une discrétion totale mais avec une efficacité maximale. C’est ainsi que tous nous l’apprécions et le respectons. Tous, c'est-à-dire les vrais gens de l’athlétisme car lui sommes reconnaissants de véritables sacrifices pour notre sport… Je veux ici lui rendre hommage pour ses qualités humaines et ses multiples compétences, pour cette discrétion dont devraient s’inspirer ceux qui aujourd’hui nous cassent les pieds et s’érigent en donneurs de leçons mais en vérité, dans une tentative perdue d’avance, de cacher échecs successifs et faiblesses. « mataiqerqbou ghir stola lkhaouine » La fuite en avant et l’autisme n’ont jamais mené nulle part. la réalité finit toujours par vous rattraper. Or la réalité de notre athlétisme n’est pas rose et se sont les chiffres et les statistiques qui le disent l’affirment et le confirment. Les chiffres sont têtus. Pourquoi s’obstiner à vouloir faire croire au marocain que tout va bien ? En déformant l’histoire, en diffamant et insultant de manière abjecte ceux qui n’ont fait que vous dire votre vérité en face ? Surtout quand ils bénéficient d’une légitimité historique et technique que vous êtes loin d’avoir. Mais passons. Si Abdelhamid Frej, était donc là assis à la seconde rangée au côté de Si Mohamed Ounaini, pendant près de 20 ans comptable compétent et honnête de l’école nationale d’athlétisme et de la FRMA et remercié dans le cadre de la réforme…Omar dans sa belle jellaba blanche et « tarbouche watani ». Quel beau représentant de son époque. Lhaj Omar était le compagnon fidèle de Haj Jilali Elaoufir. Au décès de celui-ci il s’était volontairement exilé en France où il rejoignit ses anciens amis athlètes. Ils ne cessent de rappeler les Charles loulou Benacoun (très grand sprinter d son époque, médaillé aux jeux méditerranéens avec Medkouri et Lamaachi Bouchaib décédé voilà longtemps déjà) et autres grandes figures de l’athlétisme d’après l’Indépendance. Beaucoup disent qu’il avait très bien fait de partir… Il y avait aussi Aziz Ismaili un autre fonctionnaire de la jeunesse et des sports ayant servi pendant plus de dix ans à la FRMA et qui a été rappelé au bercail…car dit on an avait besoin de lui…Depuis il s’ennuie quand même un peu dans les couloirs du ministère le père Aziz…lui qui était habitué à faire au moins une centaine de kilomètres par jour au service des athlètes…Il nous parla des conditions de son départ de la FRMA avec humour mais aussi beaucoup d’amertume et de regrets. C’est qu’il adorait son travail.*

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Partie 2: Je m’attarde sur la deuxième rangée pour évoquer encore une fois la discrétion agissante de si Abdelhamid Frej. Président de la ligue, mais président discret. Pendant le temps durant lequel nous attendions l’arrivée des coureurs, car dans pareilles manifestations sportives, après le départ vous ne faites qu’attendre, j’ai écouté encore une fois le silence de notre ami, silence qui me rappela de grands noms de notre sport : Regragui, son éternel Tarbouche rouge et son élégance remarquable, Brahim Elhadad, aujourd’hui souffrant à Marrakech dans l’indifférence d’une FRMA qu’il a longtemps servie comme trésorier. N’est il pas aussi le fondateur de la ligue d’Oujda ? Merci à Bakir Benaissa et à Mahjoub Mouhcine qui lui rendent visite assez fréquemment. On parla aussi de feu Ibrahimi Brahim, le premier marocain à avoir été nommé lion de l’atlas à cause de sa belle chevelure, très grand athlète de son époque. Rappelez vous qu’il finira soigneur de l’équipe nationale de football. On parla aussi de Raymond Guillot figure emblématique de l’OM. Son dernier acte en athlétisme fut une lettre qu’il adressa à Nezha Bidouane, sociétaire de l’OM aussi juste après sa qualification à la finale des championnats du monde de 1997…Il ne verra pas la finale…Bref que de souvenirs. Et bien sur qu’on évoqua la situation de l’athlétisme national. La situation que tout le monde connaît maintenant. Quand de temps à autre si Abdelhamid prononça quelques mots, ce furent des mots d’espoir : ils vont finir par comprendre. Comprenez par ILS, ceux qui dirigent l’athlétisme aujourd’hui. « Mataybqa ghir elmaaqoul » martelait il de temps à autre et Ounaini d’évoquer comme il se plait à le faire souvent les moments de gloire de l’athlétisme. Lorsqu’un fonctionnaire de la FRMA arriva dans la tribune et s’assit juste devant Si Frej, Ounaini avec la touche d’humour qu’on lui connaît, n’hésita pas à dire « mataihchmouch hata y jiou maatlin » et Omar de rétorquer « had Siyid baada ja, fina houma alaadae aljamiyin ? » Il n’ y avait personne pour représenter officiellement la FRMA. Effectivement uu si grand semi marathon fut boudé par les membres du bureau fédéral. Ils sont plus présents dans la presse que sur les stades, rétorqua Ismaili. Et Si Frej dans tout cela ? Stoïque et calme comme à son habitude, il souriait. Un sourire qui en dit long sur l’amertume et la désolation de l’homme. Il en a vu des choses du genre, le père Frej, durant sa vie sportive, et n’a pas besoin de mettre des mots pour révéler le fond de sa pensée. Son sourire et sa mimique suffisaient. Je m’attendais à ce qu’à la fin de la manifestation, il soit appelé au podium pour remettre un prix. Rien n’en fut. Il a été oublié. Sa discrétion lui joua encore une fois un petit tour. Non pas qu’il voulait être appelé, non, non pas du tout, c’est son dernier souci. Je connais l’homme. C’est tous simplement la nouvelle génération qui l’oublia… ou ne s’est pas rendu compte de sa présence. Il est trop discret pour qu’on se rende compte qu’il est là, lui qui durant un demi siècle de vie sportive n’a accordé qu’une interview ou deux et dont on ne parle que très rarement. Quelle leçon d’humilité dont devraient se nourrir certains de ceux qui parlent trop aujourd’hui… Oui mais les objectifs et les motivations aussi ne sont pas les mêmes dirait l’autre. Si Frej est un dirigeant sportif et n’a jamais mélangé les choses. Il ne s’est jamais servi du sport. Il a servi et sert encore le sport, pour le sport. A ce titre il préfère se taire. Je devrais m’en inspirer décidément. C’est sans doute plus efficace pour l’histoire. Voilà, le semi marathon est fini. Un autre kenyan a gagné, Asmae Laghzaoui aussi. Les organisateurs sont contents, le record de la course a été batu. Nous quittons la tribune, si Frej est reparti à pieds à la maison, je pense. Diour Jamaa ne sont pas loin de là. Sur mon chemin vers ma voiture, je rencontre Elghazi Zaaraoui : Ba Lghazi, champion du monde de cross country de 1965… Abdelhamid Frej était alors secrétaire général de la FRMA… Merci Si Abdelhamid et longue vie. On a vraiment besoin de sages comme toi par les temps qui courent. Aziz Daouda

Février, quarante-cinq ans après: la fin inéluctable des mollahs... 849

Il y a quarante-cinq ans, en février 1979, l’Iran basculait dans ce qui fut présenté au monde comme une «révolution». L’ayatollah Rouhollah Khomeiny prenait le pouvoir au nom d’un peuple épuisé par l’autoritarisme du shah Mohammad Reza Pahlavi, pour l’entraîner dans un abîme politique, moral et civilisationnel dont le pays ne s’est jamais relevé. Pourtant, cette bascule ne surgit pas du néant : elle s’inscrivait dans une trajectoire tourmentée, marquée par deux exils du shah: le premier en 1953, chassé temporairement par le Premier ministre Mohammad Mossadegh, le second en janvier 1979, définitif et humiliant. Pour comprendre ce basculement, il faut remonter à la période Mossadegh (1951-1953), un épisode fondateur souvent occulté par la propagande post-révolutionnaire. Élu démocratiquement, Mohammad Mossadegh, avait nationalisé l’industrie pétrolière au nez et à la barbe de la British Petroleum, incarnant l’aspiration à la souveraineté économique face à l’impérialisme occidental. Il voulait un Iran laïque et indépendant, multipliant les réformes sociales et réduisant l’influence britannique. Cette audace provoqua une réaction en chaîne : un coup d’État orchestré en août 1953 par la CIA (opération Ajax) et le MI6 ramena le shah sur le trône, exilant Mossadegh et inaugurant une ère de répression sous SAVAK, la police secrète. Cet événement traumatisant sema les graines de la rancœur anti-occidentale que Khomeiny exploiterait plus tard, tout en légitimant pour beaucoup l’image d’un shah puppet des puissances étrangères. De retour au pouvoir, le shah lança en 1963 sa "Révolution blanche": une vaste modernisation agraire, l’émancipation des femmes: droit de vote entre autre, l’industrialisation accélérée et une éducation laïque. L’Iran devint un État pétrolier prospère, allié des États-Unis, avec une croissance économique fulgurante, jusqu’à 12% annuels dans les années 1970. Mais cela masquait des failles béantes: corruption endémique, inégalités croissantes, répression des opposants notamment clergé chiite, communistes et nationalistes. Une occidentalisation perçue comme une trahison culturelle. Les manifestations de 1978, réprimées dans le sang à Qom et Tabriz, culminèrent avec le second exil du shah le 16 janvier 1979, fuyant vers le Maroc puis les États-Unis pour y mourir en exil un an plus tard. Khomeiny, rentre triomphalement de Paris le 1er février, capitalise sur ce vide et promet justice sociale là où le shah avait failli. Aujourd’hui, l’Iran est à bout de souffle. Le régime des mollahs est sous terre, assiégé par son propre peuple. La révolte gronde, profonde, durable, irréversible . Dans ce type de système idéologico-théocratique, la réponse du pouvoir est unique, mécanique, pavlovienne : accuser le peuple de traitrise. Traître à quoi ? À un régime qui a confisqué l’État, étouffé la société et brisé l’avenir? Les Iraniens ne réclament ni l’impossible ni l’utopie. Ils demandent la dignité, une vie décente, la liberté de respirer. Les femmes veulent exister sans être surveillées, humiliées, violentées. Les jeunes veulent vivre, aimer, créer, travailler, espérer. Ils en ont assez des Gardiens de la Révolution: Pasdarans, cette milice idéologique devenue État dans l’État, économie dans l’économie contrôlant 60% du PIB. Face à cette colère populaire, le discours des mollahs est figé dans un autre âge : tout est la faute des USA, d’Israël, de complots extérieurs. Une rhétorique victimaire, usée jusqu’à la corde par des enturbannées de certitudes héritées d’un autre siècle. Le régime a toujours eu besoin de la confrontation pour survivre. Elle lui permet de se poser en victime, de souder artificiellement ses partisans et de justifier la répression interne. Au lieu d’entendre la rue, le pouvoir cherche encore l’escalade régionale, persuadé qu’un ennemi extérieur effacera l’ennemi intérieur. Depuis sa naissance, la République islamique a cherché à exporter son idéologie par le biais de proxies; au Liban: leHezbollah, en Syrie: soutien à Assad, en Irak: milices chiites, au Yémen: les Houthis et ailleurs. Partout, le résultat est le même : désolation, fragmentation sociale, destruction des États et des sociétés. Le Liban ne serait pas l’ombre de lui-même sans cette ingérence. La Syrie ne serait probablement pas ce champ de ruines sans l’obsession idéologique de Téhéran. Ironie tragique de l’histoire : ce projet prétendument «anti-impérialiste» a surtout servi à nourrir le plus grand marché des armes du monde. La région, pour se protéger de cette doctrine sortie des souterrains de l’histoire, s’est armée, militarisée. La guerre avec l’Irak, qui dura plus d’une décennie à partir de 1980 et coûta un million de vies. La spirale mortifère renforça temporairement le régime iranien en unifiant la nation contre l’envahisseur sunnite, tout en radicalisant Saddam. Se croyant intouchable après avoir livré bataille à l’Iran au nom de la région et, pensait-il, du monde, Saddam s’est ensuite engagé dans l’invasion du Koweït en 1990, signant sa perte. Rien de tout cela n’aurait eu lieu sans l’existence de ce régime théocratique radical, dont la seule légitimité repose sur la confrontation permanente. L’Iran n’est pas un État quelconque. C’est une civilisation millénaire, l’une des plus fécondes que l’humanité ait connues. Elle a offert au monde des contributions majeures en mathématiques, en philosophie, en médecine, en poésie, en art et en récits fondateurs. De Khayyam à Alkindi, d’Avicenne à Alfarabi ou Suhrawardi, l’héritage persan appartient à l’humanité tout entière. Et pourtant, depuis quarante-cinq ans, cette civilisation est prise en otage par un pouvoir qui la nie, la méprise et la déforme. Un pouvoir qui confond foi et domination, spiritualité et coercition, inversant les rêves modernistes du shah et les idéaux souverainistes de Mossadegh. Aujourd’hui, le régime tient encore. Il livre bataille à la rue, oppose les armes à des mains nues, l’oppression à une société qui n’a plus peur. Le nombre de morts augmente. Les menaces du Guide suprême résonnent encore, mais elles ne font plus trembler. Les jeunes ne sourcillent pas. Ils sont là et resteront. L’histoire est cruelle avec ce type de régimes. Les bolcheviques sont tombés. Les chavistes sont en train de s’effondrer. Les mollahs suivront. Ce n’est qu’une question de temps. Ibn Khaldoun l’avait compris avant tous les autres : aucun pouvoir ne peut survivre éternellement par la pression et l’oppression. La domination porte en elle-même les germes de sa fin. Lorsque l’‘asabiyya (cohésion sociale) se dissout, le régime chute comme pour le shah et Mossadegh renversé, bientôt les mollahs. Février approche. La boucle historique se referme peut-être. Le monde observe. Les peuples libres espèrent et prient pour que le peuple iranien soit enfin délivré de ses faux gardiens de la paix, et que l’Iran retrouve sa place naturelle : celle d’une nation vivante, apaisée, contributrice à la civilisation, et non prisonnière de ses fossoyeurs.

CAN 2025 : retour d’une mémoire africaine oubliée... Lumumba des gradins : la star symbolique ... 1034

Indépendamment de l’issue de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, quel que soit le vainqueur, le meilleur buteur ou le gardien, le meilleur joueur, une certitude s’impose : la véritable star symbolique de cette compétition est congolaise. Non par un talent footballistique hors normes, mais par un rappel historique puissant et politique : la réincarnation, par le geste et l’attitude, de Patrice Émery Lumumba. Dans un tournoi dominé par les chiffres, trophées et records, un événement a surgi, déstabilisant les grilles de lecture classiques. Il ne s’agit ni d’un but décisif ni d’une parade spectaculaire, mais d’un acte symbolique reliant le football africain contemporain à une page tragique de l’histoire continentale. Au cœur de cette scène : Michel Kuka Mboladinga, supporter de la RD Congo, surnommé « Lumumba » dans les tribunes du stade Moulay El Hassan. Vêtu avec soin, coiffure et lunettes étudiées, il a suivi les rencontres de son pays, debout, immobile, main droite levée vers le ciel, regard fixe devant lui, une silhouette quasi statuaire. Ce rituel silencieux, répété match après match, a transcendé le folklore des gradins pour incarner dignité, constance et résistance. La CAF elle-même l’a salué: son président a rencontré Michel Kuka, consacrant la portée de ce « Lumumba » des tribunes. Au départ, peu y ont vu clair, y compris certains commentateurs sportifs. Certains parlaient d’une célébration originale, d’autres d’une provocation ou d’une excentricité virale. Ce malentendu révèle une réalité profonde : pour la jeunesse d'aujourd'hui, la mémoire politique du XXᵉ siècle s’efface derrière le flux médiatique. Patrice Lumumba, absent de l’imaginaire collectif, survit chez les historiens et militants ; pour beaucoup, son nom reste abstrait. Assassiné le 17 janvier 1961, après avoir été le premier Premier ministre du Congo indépendant (30 juin 1960), Lumumba incarne la lutte anticoloniale. Sa disparition, dans le contexte de la Guerre froide et des convoitises sur les richesses congolaises, a privé l’Afrique d’une voix souveraine. Le 17 janvier 1961 il est arrêté; son corps mutilé et dissous pour effacer jusqu’à sa trace physique. Marginalisé depuis par les récits dominants et manuels réécrits, en fait il effrayait les occidentaux et autres puissances coloniales, craignant son intransigeance. Le discours qu'il prononça devant le Roi des belges avait signé son arrêt de mort. Rappeler Lumumba à la CAN 2025, au Maroc, prend un relief particulier. En août 1960, peu après l’indépendance congolaise, il s’y rendit comme Premier ministre, saluant le Royaume et ses efforts de soutien aux indépendances africaines, sous feu Mohammed V. Le Maroc d'alors est l'hôte des mouvements de libération africains, et milite avec quelques partenaires engagés pour l’unité continentale, contre les ingérences et pour une souveraineté authentique. En incarnant Lumumba, Michel Kuka a transformé le football en espace de mémoire et de transmission. Le stade est devenu agora : un corps dressé, un silence assumé, une main levée ont fait resurgir l’histoire. Ce geste impose un rappel brutal : l’Afrique a ses martyrs, penseurs et leaders inachevés. Parfois, un simple supporter suffit à raviver une mémoire enfouie. Dans ce contexte, le geste de Mohammed Amoura, joueur algérien, mérite mention hélas. Lors d’une célébration après la qualification de son équipe aux quart de finale, il a imité la posture de Kuka puis s'est laissé tombé d'un geste moqueur et déplacé, provoquant critiques et plus sur les réseaux. Tourner en dérision Lumumba, même par ignorance, offense sa mémoire et l’idéal d’une Afrique insoumise. La bassesse est à son comble, l'indigence morale à son paroxysme. Le continent est aujourd'hui scandalisé. Cela trahit un vide éducatif criant : le sport ici hélas par ce geste ignoble, tolère la légèreté là où il devrait porter une conscience historique minimale et des valeurs de respect. Un joueur de football se doit d'avoir un minimum d'éducation ou s'abstenir de manifester quand il ne maitrise pas les codes ou n'est pas habité par les valeurs du sport et du fair-play. Le comble est que dans la quasi totalité des chaines algériennes l'attitude de ce pauvre joueur de ballon est glorifié et rapportée accompagnée de railleries et de moqueries de mauvais gout. L'incarnation véritable des médias d'un autre monde. On ne peut exiger du football africain qu’il soit fondateur d'unité, qu'il soit éducatif et élever le niveau des gens, tout en laissant railler les symboles de l’émancipation africaine. Cette schizophrénie révèle manifestement et images à l'appui, l'affaissement culturel et de civisme de tout un peuple. Une presse de caniveaux ne peut élever un peuple bien au contraire. Elle l'enfonce dans la petitesse, la médiocrité et accélère sa déchéance. Le jouer de ballon s'est excusé sous la pression mais cela ne suffira point. Le mal est fait. La CAN 2025 au Royaume du Maroc, restera sans doute gravée pour sa qualité et pour ses exploits sportifs. Mais grâce à un supporter congolais lucide et un public marocain respectueux et éduqué, elle offre une leçon de mémoire : Lumumba irrompe au présent, rappelant qu’on ne se projette pas sans assumer son passé. Dans un continent post-1961, ce geste était vital. Les héros ne meurent que si on cesse de les incarner, dans des stades comme ailleurs. Sur la terre marocaine où Lumumba défendit en 1960 une Afrique libre, son ombre renaît, portée par un supporter. Stade plein, caméras braquées, millions de regards : sa mémoire guide encore les consciences.

L’Institutionnalisation de la Diplomatie Parallèle : L'Impératif d'une Offensive Structurelle 1304

Les percées diplomatiques récentes du Royaume ne sauraient être perçues comme un aboutissement statique ; elles marquent, bien au contraire, l’amorce d’une dynamique renouvelée, presque organique. Ce nouveau paradigme — que vient de consolider la toute dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU en réaffirmant la prééminence de l'initiative d'autonomie — impose un basculement doctrinal immédiat. Il ne s'agit plus de gérer des acquis, mais d’orchestrer une stratégie proactive, une sorte de mouvement perpétuel visant à muer ces succès multilatéraux en une réalité politique dont l'irréversibilité ne fera plus débat. I. Briser l’Éparpillement : L’Appel aux Assises Nationales comme Pivot L'un des défis majeurs, et sans doute le plus complexe, réside dans la nécessaire rationalisation de nos vecteurs d’influence. Force est de constater que la parole marocaine à l'international a parfois souffert d'une forme de dispersion — des initiatives certes patriotiques, mais trop souvent déconnectées les unes des autres. C'est précisément là que le plaidoyer historique du Centre Marocain de la Diplomatie Parallèle et du Dialogue des Civilisations prend toute sa profondeur. Loin d'être une idée de circonstance, l'urgence de structurer ce champ d'action par des Assises Nationales est une vision que le Centre porte de longue date. Ces Assises ne doivent pas être un simple forum de discussion, mais l’acte fondateur d’une convergence réelle entre l’appareil régalien et les forces vives : Parlementaires, universitaires et acteurs de la société civile doivent désormais opérer en réseaux intégrés. C’est à ce prix, et seulement à celui-ci, que nous pourrons saturer l’espace politique mondial avec une clarté en phase avec les exigences onusiennes. II. La « Scientisation » du Plaidoyer : Armer le Verbe Pour que la diplomatie parallèle franchisse un palier de crédibilité, elle doit impérativement s’extraire du simple champ émotionnel pour s’ancrer dans une base conceptuelle inattaquable. Le plaidoyer moderne, surtout face aux enjeux soulevés à l'ONU, exige une rigueur quasi chirurgicale : • Une Ingénierie Académique : Il nous faut mobiliser des experts capables de produire une pensée complexe, propre à déconstruire les narratifs adverses au sein des think tanks les plus fermés. • L'Unification du Verbe : L’enjeu est de transformer une polyphonie de voix en une force de frappe cohérente. Chaque acteur, dans sa spécificité, doit devenir le rouage d'une argumentation techniquement irréprochable. • Le Cap Souverain : Chaque interaction, aussi informelle soit-elle, doit converger vers un but unique : la consécration de la souveraineté marocaine sur le Sahara, conformément à la lettre — et surtout à l’esprit — des résolutions du Conseil de sécurité. III. Perspective : Vers une Culture de la Performance L’alignement actuel de la communauté internationale nous offre une fenêtre de tir qui ne se représentera peut-être pas. En concrétisant enfin l'appel du Centre Marocain pour une institutionnalisation de cette diplomatie, le Maroc ne se contente pas de s'adapter ; il bâtit une architecture d'influence pérenne. Il s’agit, en définitive, de transformer chaque relais d’opinion en un ingénieur de l’influence, capable de porter la vision de Sa Majesté le Roi avec une autorité qui réconcilie, enfin, le droit international et la vérité du terrain.

Marocains et Algériens : frères d’histoire probablement, ennemis politiques certainement. 1532

La question de savoir si Marocains et Algériens sont des frères revient de manière récurrente, souvent chargée d’émotion, rarement traitée avec la profondeur historique et la lucidité politique qu’elle mérite. Le slogan cache une réalité complexe, faite d’unité anthropologique et civilisationnelle, mais aussi de ruptures successives, certaines anciennes, d’autres plus récentes, largement imposées par des dominations extérieures puis par des choix politiques post-indépendance. A l'origine l'unité humaine et civilisationnelle est indéniable. Au plan historique, anthropologique et culturel, il ne fait guère de doute que l'Afrique du nord a longtemps constitué **un même espace humain continu**. Les grandes confédérations amazighes: Sanhaja, Zenata, Masmouda, les apports islamiques, les réseaux de confréries religieuses, les routes commerciales et les dynasties marocaines: almoravide, almohade, mérinide, saadienne ont structuré un Maghreb **organique**, sans frontières rigides. Les appartenances étaient tribales, religieuses, spirituelles ou dynastiques. La circulation des hommes, des idées et des élites était constante. **Marocains et Algériens avaient clairement un même fond civilisationnel**. Puis il y eu la parenthèse ottomane et une première divergence structurelle. A partir du XVIᵉ siècle apparaît une **différenciation majeure** entre les rives occidentales du Maghreb. Alors que le Maroc demeure un État souverain, structuré autour d’une monarchie chérifienne enracinée, l’Algérie passe sous **domination ottomane**, intégrée comme régence périphérique de l’Empire; domination, qui dura près de trois siècles et ne fut pas neutre. Elle y introduisit : * un **pouvoir exogène**, militaire et urbain, coupé du monde tribal intérieur; * un système hiérarchisé dominé par une caste politico-militaire: janissaires, deys, beys, souvent d’origine non locale; * une organisation sociale marquée par une séparation nette entre gouvernants et gouvernés, sans véritable intégration politique des populations. Ce modèle ottoman, plus fondé sur la coercition que sur l’allégeance, contrastait profondément avec le modèle marocain, où le pouvoir central reposait sur la **bay‘a**, la légitimité religieuse, et une continuité dynastique autochtone. Sans “dénaturer” profondément les populations au sens biologique du terme, cette longue période ottomane a **modifié les rapports à l’État, à l’autorité et à la souveraineté**, et a contribué à éloigner progressivement, sur le plan culturel et politique, les sociétés de l’Ouest algérien et du Maroc. Vint alors la colonisation française et la séparation institutionnalisée. La colonisation française de l’Algérie (1830–1962) introduit une rupture bien plus profonde encore. Paris travaille méthodiquement à **arracher l’Algérie à son environnement maghrébin naturel**, la transformant en colonie de peuplement, puis en départements français. Les frontières sont redessinées unilatéralement bien au détriment du Maroc, et une identité algérienne est progressivement construite **en opposition à son voisin de l’Ouest**, présenté comme archaïque. Il s’agit là d’un héritage direct du logiciel colonial français. Pourtant, malgré cette entreprise de séparation, la fraternité entre les peuples résiste. Le Maroc accueille, soutient et arme les combattants du FLN; des milliers de Marocains participent à la guerre de libération; Feu SM Mohammed V engage le prestige et les ressources du royaume au service de l’indépendance algérienne. À ce moment précis, la fraternité n’est ni un mythe ni un discours: elle est **un fait historique concret**. A l’indépendance algérienne une rupture politique inattendue est assumée. C’est donc paradoxalement **après 1962**, une fois l’Algérie indépendante, que la fracture devient durable. Le pouvoir issu de l’armée des frontières revient sur les accords conclus avec le GPRA concernant les frontières héritées de la colonisation. La **guerre des Sables de 1963**, déclenchée contre un Maroc affaibli mais solidaire quelques mois plus tôt, constitue un traumatisme fondateur. Dès lors, l’hostilité devient structurelle: * Soutien directe à des opposants et putschistes marocains; * Appui politique, diplomatique, militaire et financier aux séparatistes du Polisario; * Campagnes médiatiques acharnées contre le Maroc et sa monarchie; * Ingérences répétées dans les choix souverains marocains, y compris ses alliances internationales, notamment avec Israël; * Accusations lourdes, souvent évoquées dans le débat public algérien, * Opérations de déstabilisation, dont l’attentat de l’hôtel Asni à Marrakech en 1994 ; * instrumentalisation de l’enseignement scolaire algérien, où le Maroc est présenté comme un État « colonialiste »; * Déportation brutale de 45 mille marocains hors d'Algérie; * Sabotage des tentatives de rapprochement, y compris sous la présidence de Mohamed Boudiaf, dont l’assassinat, alors qu’il amorçait un dialogue avec Rabat, demeure entouré de zones d’ombre. Plus récemment, l’affaire **Boualem Sansal**, emprisonné pour avoir exprimé des vérités historiques dérangeantes pour la narration officielle, illustre l’incapacité du régime algérien à accepter une lecture libre et apaisée de l’histoire maghrébine. Voilà donc deux trajectoires nationales irréconciliées. À cette hostilité politique s’ajoute une divergence profonde des trajectoires nationales. Le Maroc, sans être exempt de critiques, a engagé une transformation progressive: réformes institutionnelles, pluralisme, grands chantiers d’infrastructures, intégration africaine, diversification économique et diplomatique. À l’inverse, l’Algérie demeure enfermée dans un **système militaro-sécuritaire hérité à la fois de la logique ottomane et de la guerre de libération**, centralisé, méfiant envers la société, dépendant de la rente énergétique et structurellement hostile à toute réussite régionale perçue comme concurrente. Cette asymétrie nourrit frustration et ressentiment, où le Maroc devient un **adversaire idéologique utile, l'ennemi classique** Alors, frères ou non ? La réponse est nuancée, mais sans ambiguïté. **Marocains et Algériens sont des frères par l’histoire longue, la culture profonde, la géographie et les liens humains.** Ils l’ont été pendant des siècles, avant la domination ottomane, avant la colonisation française, et le restent peut être au niveau des peuples. Mais **ils ne le sont plus au niveau des États**, du fait d’un choix politique délibéré du régime algérien depuis l’indépendance: construire sa légitimité sur l’hostilité extérieure, en particulier envers le Maroc. La fraternité n’a pas disparu; elle a été **progressivement altérée, puis confisquée** par l’histoire impériale, coloniale et postcoloniale. Elle subsiste dans la mémoire populaire, dans les familles séparées, dans le silence douloureux des frontières fermées. L’histoire, elle, tranche sans passion ni idéologie, la 35ème CAN y contribue: **les peuples sont frères; le régime algérien en a décidé autrement**.

Le style Moulay El Hassan : élégance, humilité et souveraineté du geste... 1437

Il arrive parfois qu’un instant dépasse l’événement qui l’a rendu possible. La cérémonie d’ouverture de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc, restera sans doute dans les mémoires non seulement pour sa technologie, sa beauté, la pertinence de sa thématique et sa qualité inédite en Afrique ; non par son importance sportive et diplomatique, mais surtout pour la prestation silencieuse, presque chorégraphique, du Prince Héritier **Moulay El Hassan**. Sous une pluie battante, dans un stade plein et sous les regards croisés du public marocain et international, le Prince a surpris les non avertis. Non par l’ostentation, mais par la sobriété. Non par la distance, mais par la proximité. Ce soir-là, le Maroc a offert à l’Afrique et au monde bien plus qu’un tournoi de football : une leçon de style, de comportement et d’hospitalité par l’élégance du geste et la noblesse de l’attitude. Sans parapluie, avançant calmement sur la pelouse détrempée du **Stade Moulay Abdellah**, le Prince Héritier s’arrête, salue chaleureusement un public charmé, enthousiaste, fervent, et se dirige vers les arbitres et les joueurs avec un naturel désarmant. Les images parlent d’elles-mêmes : des sourires, des échanges simples, un ton amical et profondément humain. Aucun protocole pesant, aucune rigidité. Juste l’évidence d’un homme à l’aise dans sa mission, avec prestance et classe. Lorsqu’il demande à l’arbitre de quel côté botter le ballon pour donner le coup d’envoi symbolique, le geste devient presque métaphorique. Celui d’un héritier du trône qui sait que l’autorité véritable n’a pas besoin d’être imposée, mais s’exerce dans le respect, l’affection et l’écoute. Le ballon est frappé avec élégance, sans emphase. Le message, lui, est limpide. La joie est manifeste. Le Maroc est hôte et maison commune de tout un continent en devenir. Le Prince en donne la preuve. En bon Marocain, le Prince Héritier maîtrise cet art ancestral: celui de recevoir et de mettre à l’aise ses invités. Les pays présents à la CAN sont les invités du Maroc. Et, à un niveau plus profond encore, ils sont les invités de tous les Marocains, à leur tête Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, comme se plaisent à le répéter le président de la FIFA **Gianni Infantino** et celui de la CAF **Patrice Motsepe**, Sud-Africain, faut-il le rappeler. En présidant cette cérémonie, en représentant son auguste père, le Prince Moulay El Hassan n’incarnat pas seulement la continuité institutionnelle. Il incarnait une culture : celle d’un Royaume où l’hospitalité est une valeur cardinale, et où la souveraineté s’exprime aussi par la courtoisie. Installé dans la Tribune Royale aux côtés du président des Comores, de **Gianni Infantino**, de **Patrice Motsepe** et du président de la FRMF **Fouzi Lekjaa**, le Prince a suivi la rencontre avec une attention visible, réagissant aux temps forts comme n’importe quel passionné de football, exprimant une joie sincère, une émotion partagée. Lorsque **Ayoub El Kaabi** inscrit son splendide retourné acrobatique à la 74ᵉ minute, la joie du Prince est spontanée, sincère, presque contagieuse. Ce n’est pas une joie calculée, mais celle d’un jeune homme fier de son équipe, de son pays, et du moment historique que vit le Royaume et l'Afrique. À cet instant même, il se retourne et salue respectueusement son invité : le Président des Comores. Les relations et la coopération avec ces Îles sont particulières. La quasi-totalité des hauts responsables de ce pays frères, pourtant lointain, dont le président lui-même, ont été formés dans les grandes écoles et universités du Maroc. Cette capacité de Son Altesse Royale à passer, sans rupture, du protocole à l’émotion est peut-être l’un des traits les plus marquants de cette prestation. Elle humanise la fonction sans jamais l’affaiblir. Elle rappelle la sollicitude royale à l’hôpital de Marrakech : Sa Majesté se penchant sur un lit d’hôpital et faisant l’accolade à un blessé subsaharien qui le remercie de tout cœur et semble avoir oublié son malheur. Là, à Rabat, en cette soirée du 21 décembre, la pluie est un symbole : entre gratitude et destin. Il y avait, ce soir-là, une autre dimension, plus subtile, presque spirituelle. Après sept années consécutives de sécheresse, cette pluie abondante tombant sur Rabat, à ce moment précis, prenait une résonance particulière. Le geste princier, accompli sans protection alors qu’il pleuvait des cordes, est apparu à beaucoup comme une forme de gratitude silencieuse, un remerciement à la miséricorde divine. Vivement la pluie et les neiges abondantes sur les cimes de l'Atlas. Dans une monarchie où le temps long, le symbole et le sacré comptent autant que l’instant médiatique, cette image a marqué les esprits. Elle a rappelé que le pouvoir, au Maroc, s’inscrit dans une continuité historique et spirituelle, celle de la plus ancienne dynastie régnante au monde. Celle du commandeur des coryants. Feu Hassan II n’avait-il pas remercié Dieu, traversant Khémisset debout les bras en l’air, par une pluie battante qui avait tardé ? Le Prince est un homme d’exception en devenir, brillant étudiant, doctorant perspicace, marocain résolu, musulman convaincu, africain décidé, humaniste érudit. La victoire finale des Lions de l’Atlas (2-0) n’a fait que parachever une soirée déjà chargée de sens. Mais au-delà du score, c’est le comportement du Prince Héritier qui restera comme l’un des moments forts de cette ouverture de la CAN. Par son humilité, son élégance et sa maîtrise des codes, **Moulay El Hassan** a montré qu’il n’était pas seulement un héritier de sang royal, mais un héritier de valeurs pérennes. Et c’est peut-être là que réside le respect, l'amour et l’admiration du public marocain et la surprise de celui international : avoir vu, sous la pluie, se dessiner le portrait d’un futur grand leader qui comprend que la grandeur commence souvent par la simplicité du geste.