Oxford, Fès pourquoi le décrochage…. 9
À la lecture de l’article publié par mon ami Aziz Daouda, je me suis souvenu de deux situations concrètes vécues par mon père Allah yerhmou à l’université Al Karaouyines dans les années 40 et moi même en faculté de médecine à Rabat dans les années 70.
Il venait de Chefchaouen, sous protectorat espagnol à l’époque pour faire des études de littérature arabe et de théologie avec d’autres amis. Le système d’enseignement était celui des halakas où les étudiants formaient des cercles autour de l’enseignant . Puis vint le jour où une délégation officielle venue de Rabat présenta une réforme pour moderniser et restructurer cette université Al Karaouyines . Mon père s’est retrouvé par hasard au sein de la délégation estudiantine qui devait dialoguer avec l’administration pour la mise en place des nouvelles structures proposées . Il me raconta comment cette délégation animée par un courant de conservatisme aveugle à l’époque avait repoussé toute tentative d’adhésion à cette réforme. Il en a gardé une cicatrice profonde car la réaction de l’administration de l’époque a été d’expulser les étudiants venant du nord ( zone espagnole), mettant fin à ses rêves de poursuivre ses études et d’obtenir un diplôme universitaire. En 74 j’ai vécu un événement similaire avec les militants de l’UNEM qui après de longues périodes de grève se sont vus donner un ultimatum pour passer les examens. Je me suis retrouvé par hasard avec la délégation reçue par Pr Berbich Allah yerhmou. Il fit plusieurs propositions pour concilier entre les contraintes des enseignants et celles des étudiants offrant des garanties pour que ces examens se fassent dans les conditions les plus favorables possibles. Le lendemain de la réunion je me retrouve dans l’amphithéâtre avec des énergumènes qui voulaient à tout prix continuer la grève et boycotter les examens pour des convictions politiques propres au mouvement à l’époque. Il a fallu que je prenne mon courage à deux mains, dénoncer un compte rendu erroné et rétablir la vérité sur les propositions du Doyen pour que la majorité silencieuse comprenne qu’elle était manipulée et qu’elle décide d’élever la voix et barrer la route à ceux qui pour des intérêts obscurs voulaient sacrifier l’avenir de ces promotions. Des idéologies étroites, religieuses politiques ou autres nous ont souvent amené à refuser la restructuration et la modernisation de notre université et empêcher son évolution comme cela s’est produit en Europe. Ce n’est certes pas la seule raison mais c’est à mon humble avis un des facteurs ayant abouti à la stagnation de notre enseignement.