Mondial 2026: la souveraineté reprend ses droits légitimes...
Il y a quelques jours, je signais un article que j'avais intitulé « Mondial 2026 : quand les États rappellent à la FIFA qui commande réellement ». J'y ai tenté d'expliquer pourquoi les lois souveraines d'un pays ne peuvent être transgressées par les règlements d'une association internationale.
La souveraineté et la sécurité sont les attributs des États et uniquement des États. Le fait que les États‑Unis, en l'occurrence, n'aient pas accepté sur leur sol des personnes censées participer à la Coupe du Monde de la FIFA relève de la seule appréciation de ce pays. Le président Infantino, impuissant, va acquiescer et se contenter de reconnaître la suprématie des lois internes américaines. Il lui faudra s'en souvenir si, en 2030, l'Espagne, le Portugal ou le Maroc venaient à imposer des visas spécifiques ou des quotas aux ressortissants de certains pays, ou à refuser l'accès à leur territoire à certains individus.
Cette fois‑ci, j'ai été tenté d'intituler celui‑ci : « Quand les États‑Unis rappellent à la FIFA qu'elle n'est qu'une association ». J'ai opté en fin de compte pour le titre que vous avez en haut du texte.
C'est que dans les fait et finalement, cette édition de la Coupe du Monde de Football aura été celle de la remise en question de principes, d'usages et d'habitudes longtemps considérés comme définitifs et non négociables.
Depuis des années, la FIFA s'est habituée à imposer ses conditions aux pays organisateurs des grandes compétitions : exonérations fiscales, régimes juridiques d'exception, privilèges administratifs, facilités douanières. Quasi systématiquement, les États candidats à l'organisation d'une Coupe du Monde acceptaient souvent de mettre entre parenthèses une partie de leur souveraineté pour satisfaire les exigences de Zurich.
Mais voilà que les États‑Unis viennent de rappeler une vérité fondamentale : aucune association privée, aussi puissante soit‑elle, n'est au‑dessus des lois d'un État souverain.
Les signaux se sont multipliés ces dernières semaines : l'affaire de l'arbitre somalien refoulé, les difficultés rencontrées par certaines délégations pour l'obtention de visas, les restrictions visant des supporters de plusieurs nationalités, les limites de déplacements et de séjours imposés aux iraniens et les joueurs sénégalais confrontés aux rigueurs de la législation américaine en matière d'immigration et de contrôle des frontières. À chaque fois, le même constat s'impose : les lois américaines prévalent sur les règlements de la FIFA.
Aujourd'hui, un nouvel épisode confirme cette réalité. La FIFA devra, aux États‑Unis, payer des taxes et des impôts sur les revenus générés lors de la Coupe du Monde 2026. Une petite révolution.
Jusqu'à présent, la FIFA exigeait généralement des pays hôtes une exonération quasi totale de ses recettes. Les milliards de dollars générés par les droits télévisés, le marketing, les partenariats et les produits dérivés étaient largement préservés de toute contribution fiscale nationale avant d'être transférés vers les comptes de l'organisation en Suisse. Cette fois, le scénario est différent, et il faut mesurer la portée symbolique de cette décision. Elle signifie que les États‑Unis considèrent que la FIFA n'est ni une organisation internationale ni une institution supranationale, mais simplement une association de droit privé venue exercer une activité économique sur le territoire américain.
Même Gianni Infantino, dont l'accession à la présidence de la FIFA doit beaucoup aux équilibres géopolitiques ayant favorisé sa candidature, découvre les limites de son pouvoir face à l'administration américaine et à la volonté politique du président Donald Trump. Le message est limpide : les lois américaines ne se négocient pas.
Cette leçon mérite d'être méditée par les futurs pays organisateurs, notamment le Maroc, qui accueillera avec l'Espagne et le Portugal la Coupe du Monde 2030. Pourquoi un État souverain devrait‑il renoncer à des recettes fiscales légitimes au profit d'une organisation déjà parmi les plus riches de la planète ? Je ne sais pas où en sont les négociations avec la FIFA pour 2030, mais voilà que les États‑Unis nous ouvrent les yeux et interpellent les décideurs en Espagne, au Portugal et au Maroc sur la question de droits à accorder ou pas à FIFA.
Les entreprises marocaines, les commerçants marocains, les salariés marocains et les contribuables marocains s'acquittent bien de leurs obligations fiscales. La FIFA en serait elle dispensée alors qu'elle sera là pour exercer une activité économique rentable?
La question mérite d'être posée sans détour. Lorsqu'une activité économique génère des revenus sur le territoire marocain, elle doit contribuer au financement des infrastructures, des services publics et des investissements qui rendent précisément possible l'organisation d'un événement de cette ampleur. C'est le fondement même du contrat social.
L'exemple américain rappelle ainsi un principe démocratique essentiel : les règlements internes d'une fédération sportive internationale ne peuvent jamais primer sur les lois votées par un parlement représentant la volonté populaire. Depuis trop longtemps, certaines organisations sportives internationales ont cultivé l'idée qu'elles constituaient une sorte d'autorité supérieure, capable d'imposer ses normes aux États. Les États‑Unis viennent de démontrer le contraire.
La Coupe du Monde appartient à la FIFA. La souveraineté appartient aux nations. Et si les deux entraient en collision, ce sont les lois nationales qui doivent l'emporter. C'est peut‑être la plus importante leçon politique que nous livre déjà le Mondial 2026.