Au-delà de la victoire : le Maroc a gagné bien plus qu'un match...
Oui, le Maroc a battu les Pays-Bas. Le résultat restera dans les statistiques, mais il serait réducteur de n'y voir qu'une simple victoire sportive. Certains matchs racontent davantage qu'un score. Ils révèlent une identité, une culture, des valeurs, une manière de penser , de se comporter face à l'adversité. Celui-ci appartient à cette catégorie.
La première leçon est celle de la force de caractère conjuguée à beaucoup d'humilité. Achraf Hakimi and Co ont dominé leur adversaire, se sont procurés des occasions sans parvenir à concrétiser. Dommage. Beaucoup d'équipes auraient fini par douter, se précipiter, se désordonner, perdre leur lucidité. Eux ont continué à croire en leur football, avec patience et conviction, jusqu'au coup de sifflet final. Ce fut la rencontre de la résilience et de la confiance. Cette capacité à ne jamais renoncer constitue l'une des plus grandes forces de cette sélection.
Le tirage au sort n'avait pas été clément avec les Marocains. Le fait de se trouver dans le second chapeau allait faire ses effets. Il a fallu débuter le tournoi contre un Brésil galvanisé par son histoire; ensuite croiser le fer avec une Écosse revancharde et finir avec Haïti, qui n'avait plus rien à perdre.
Et vlan, voilà qu'il faut se déplacer loin. Traverser les États-Unis du nord au sud et atterrir de l'autre côté de la frontière, au Mexique, pour affronter l'une des plus grandes puissances du football. Le pays de Neeskens, Cruyff, Van Basten et tant d'autres. Le pays où un certain Ștefan Kovács, dit Pisti, avait inventé le football total, le football de la possession. Il était venu de Cluj-Napoca, en Transylvanie roumaine, coacher le Steaua Bucarest avant de remporter deux titres européens avec l'Ajax... C'est de là que tout est parti. Son empreinte est aujourd'hui présente partout dans le monde. Aurait un jour un grand stade en son nom quelque part. FIFA devrait y penser. Il a révolutionné le football et rendu plus spectaculaire et plus chatoyant.
Brésil - Maroc et Hollande respectivement 5è, 6è et 7è au classement FIFA.
La deuxième leçon est celle du courage managérial. D'abord, le courage d'avoir fait confiance à Mohamed Ouahbi. Un jeune coach quasiment sans palmarès. Il est venu donner au pays son premier titre mondial en U20. Excusez du peu : un titre mondial pour le Royaume du Maroc et là il est bien parti pour un second et fait tout pour y parvenir. Mohamed, biberonné à la culture marocaine, imprégné des valeurs du pays, dépositaire de l'histoire de la migration et de ses défis, est un fin technicien doté d'un flegme et d'un sang-froid à toute épreuve: Exactement ce qu'il faut pour une équipe marocaine.
Et puis voilà que le jeune sélectionneur fait des merveilles en stratégie, en plan de match et en tactique. Il n'hésite pas à lancer dans le grand bain, à un moment crucial, des joueurs nés en 2005, leur confiant des responsabilités que beaucoup de techniciens auraient réservées à des éléments plus âgés, plus expérimentés. Faire confiance à la jeunesse n'est jamais un pari facile. Mais les grandes équipes, les grands pays, se construisent justement sur cette capacité à préparer l'avenir sans sacrifier le présent. En donnant leur chance à ces jeunes talents, le coach leur transmet un message puissant : le mérite compte davantage que l'âge et que toute autre considération. Quel exemple pour les managers du pays, pour les partis politiques marocains, pour l'ensemble du Maroc. La confiance dans nos jeunes pétris de talents, pleins de bonne volonté et d'amour pour le pays. Le sentiment d'appartenance, capital des nations, n'a jamais été aussi fort et aussi manifeste. C'est le message de cette jeunesse sortie, au petit matin, avec ferveur, crier sa fierté et sa joie d'être née marocaine.
Cette victoire est également celle de la culture du défi. Depuis plusieurs années, le football marocain refuse de se contenter d'exister. Il veut rivaliser avec les meilleures nations. Cette ambition se retrouve dans chaque duel, chaque course, chaque ballon disputé. Les Lions de l'Atlas ne jouent plus avec le complexe des petites équipes ; ils jouent avec la certitude qu'ils peuvent battre n'importe quel adversaire.
Autre enseignement majeur : la résilience. Être mené au score sans renoncer à son projet de jeu est la marque des grandes formations. Trop souvent, une équipe qui encaisse un but abandonne ses principes au profit de longs ballons ou d'un jeu désordonné. Le Maroc, lui, est resté fidèle à son identité. Les joueurs ont continué à construire, à presser, à créer, convaincus que leur football finirait par être récompensé. Cette fidélité au projet collectif est sans doute la plus belle preuve de maturité.
Au cœur de cette réussite se trouve également un entraîneur inspiré. Son calme sur le banc contraste avec l'intensité du terrain. Il ne transmet ni nervosité ni panique. Au contraire, il dégage une sérénité communicative qui rassure ses joueurs dans les moments difficiles. Les grandes équipes ont souvent un grand entraîneur, non seulement pour ses compétences tactiques, mais aussi pour sa capacité à insuffler une confiance inébranlable.
Enfin, cette équipe est forte parce qu'elle est profondément marocaine. Derrière les performances techniques se cache une culture : celle de la solidarité, du respect, de la famille et de l'amitié. Une culture où l'humilité accompagne toujours l'ambition, où l'humanisme demeure une valeur fondamentale, où chacun accepte de courir pour l'autre avant de penser à lui-même. Cette cohésion ne s'improvise pas ; elle se construit autour de valeurs partagées.
Au coup de sifflet, les joueurs n'ont pas hésité un seul instant à aller consoler leurs adversaires. Quelle image.
Au fond, cette victoire contre les Pays-Bas dépasse largement le cadre du sport. Elle démontre qu'un collectif soudé, porté par une vision claire, des valeurs solides et une confiance inébranlable, peut renverser les situations les plus difficiles. C'est une leçon qui dépasse le football. C'est une leçon de management, de leadership et de société.
Mais, par-dessus tout, cette victoire est le fruit d'une vision née en 2008, quand Sa Majesté le Roi, que Dieu l'assiste, adressa la fameuse lettre aux assises du sport et le jour où il inaugura l'Académie Mohammed VI. C'était le 28 mars 2010. Depuis plusieurs années donc, le Maroc investit massivement dans son football : infrastructures modernes, académies de formation, professionnalisation des clubs et vision à long terme. Les résultats que récolte aujourd'hui la sélection nationale ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence logique d'un projet construit avec patience, exigence et ambition.
Mais au-delà du football lui-même, le Maroc n'a pas seulement gagné un match. Il a confirmé qu'il possède désormais une identité de champion et a gagné les cœurs. Partout dans le monde, des amateurs de football ont vibré pour cette équipe, ont brandi les drapeaux marocains et ont porté des maillots aux couleurs du pays. Incommensurable.