Think Forward.

Mezzour–Zidane : la petite phrase qui fissure la façade gouvernementale... 1191

À mesure que l’échéance électorale se rapproche, le paysage politique marocain se transforme subtilement, parfois de manière maladroite. Les solidarités de circonstance qui caractérisent souvent les débuts de mandat semblent s’effriter, laissant place à des positionnements plus individuels. Le « clan gouvernemental », autrefois soudé par la logique de la majorité, relève désormais davantage du souvenir que de la réalité. Chaque acteur politique affine, ou non, sa stratégie; mesure, ou non, son audience et prépare, déjà ou pas, la séquence électorale à venir. Dans ce contexte de pré‑campagne implicite, la récente polémique autour des déclarations du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a servi de révélateur des tensions latentes au sein de l’exécutif dirigé par Aziz Akhannouch. Lors d’une rencontre avec de jeunes Marocains résidant à l’étranger (MRE), le ministre, sur un ton qu’il voulait sans doute léger et direct, a suggéré que ceux qui choisissent de revenir au pays devraient le faire par conviction et par engagement, et non dans l’espoir d’en tirer des avantages particuliers. Le ton blagueur à la façon Mezzour n’a pas été perçu comme tel : rigueur lui en sera tenue. La formule, rapidement sortie de son contexte et amplifiée par les réseaux sociaux, politiques et médiatiques, a suscité une vive réaction. Certains y ont vu une remise en cause du rôle et de la contribution de la diaspora marocaine, forte de plusieurs millions de personnes à travers le monde. L’affaire a pris une dimension inattendue lorsque le ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, a publiquement pris ses distances avec les propos de son collègue. L’un est membre de l’Istiqlal, l’autre du RNI, faut‑il le rappeler. Lors d’un meeting politique organisé par le Rassemblement National des Indépendants, formation qui dirige actuellement le gouvernement, Zidane n’a pas caché son désaccord, se disant choqué par ce qu’il considère comme des propos inadmissibles. Il a tenu à rappeler en termes forts l’importance stratégique et symbolique de la diaspora pour le Maroc, comme si quelqu’un en doutait. Son intervention comportait également une dimension personnelle : lui‑même issu de cette communauté, il a expliqué être revenu au pays non pour bénéficier d’avantages, mais parce que son parti lui a proposé de mettre ses compétences au service de l’action publique. Il a rang de ministre, faut‑il le rappeler. Serait‑il revenu si on ne lui avait pas proposé ce poste là et ce qui l’accompagne comme avantages ? on ne le saura jamais. Dans son discours, le ministre délégué à l’Investissement a défendu l’idée que les Marocains établis à l’étranger ne doivent pas être réduits à leur rôle économique ou à leurs transferts financiers, point sur lequel tout le monde est d’accord, Mezzour compris. Selon Zidane, les jeunes issus de l’immigration qui choisissent de revenir au Maroc constituent une richesse humaine et un levier de modernisation. **Mais qui en doute ?** Zidane a conclu son intervention sur une note à la fois ferme et émotionnelle, affirmant que « les sept millions de Marocains vivant à l’étranger sont toujours les bienvenus », et qu’ils demeurent parmi les meilleurs ambassadeurs du Royaume dans leurs pays d’accueil. **Mezzour a‑t‑il nié ou remis cela en cause ?** Certainement pas, la preuve étant qu’il débattait précisément avec de jeunes MRE lors de la rencontre à l’origine de la polémique. Il essayait justement de les motiver et de les inciter à rentrer au pays. *L’épisode a toutefois mis en lumière une réalité plus large : la fragilité apparente de la cohésion gouvernementale. Voir deux ministres d’un même exécutif s’opposer publiquement sur une question aussi sensible renvoie l’image d’un attelage politique où la discipline collective s’effrite, à mesure que se profile la compétition électorale.* Cette situation pose également la question de la répartition des compétences ministérielles : **le portefeuille de l’Investissement et celui de l’Industrie et du Commerce se recoupent partiellement, ce qui nourrit parfois des chevauchements de discours et des rivalités de positionnement. Certains observateurs y voient la conséquence d’une architecture gouvernementale où les frontières des responsabilités n’ont pas toujours été tracées avec la plus grande clarté.** Cela devrait être évité dans le prochain gouvernement. Il s'agit autant d'efficacité que d'économie de deniers publics. La controverse ne se résume pas à une simple incartade ou à une erreur d’expression politique. Les défenseurs de Mezzour soulignent que ce dernier est l’un des rares ministres à s’exprimer régulièrement en public avec hardiesse, à débattre avec les jeunes et à assumer ses positions, quitte à susciter la polémique. Dans un univers politique souvent marqué par la prudence excessive et la communication verrouillée, cette franchise peut être perçue par certains comme une forme de courage politique dont manquent manifestement de nombreux membres du gouvernement. À l’inverse de Mezzour, d’autres membres de l’exécutif cultivent une discrétion presque totale, au point que nombre de citoyens peinent à identifier leurs actions, voire leurs visages. Cette différence de style nourrit un contraste frappant entre une parole mal formulée, parfois maladroite ou incomprise mais visible, et un silence institutionnel qui entretient la distance entre gouvernants et gouvernés. Au‑delà de la polémique, l’incident révèle surtout l’entrée progressive du système politique national dans une phase préélectorale. Les ministres redeviennent des figures partisanes à part entière, et chaque déclaration peut être interprétée à l’aune de la compétition à venir. Les lignes de fracture se dessinent, les sensibilités s’affirment et la solidarité gouvernementale cède peu à peu la place à la logique du positionnement. Reste une interrogation, partagée par de nombreux citoyens : combien de temps encore cette majorité pourra‑t‑elle préserver l’apparence de l’unité ? Et surtout, lorsque s’approchera le 26 septembre, moment où les électeurs trancheront et décideront du sort de cette génération politique, quelle lecture feront‑ils de ces tensions exposées au grand jour ? Car, à mesure que l’horizon électoral se rapproche, une certitude s’impose : tôt ou tard, c’est dans les urnes que tout ce « beau monde » devra rendre des comptes. Mezzour–Zidane : la petite phrase qui fissure la façade gouvernementale ne sera plus qu'un vague souvenir d'ici là. Les citoyens ont d'autres grilles de lecture.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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April 6: The Moroccan Idea That Conquered the World... 62

April 6 is now etched into the global calendar as the International Day of Sport for Development and Peace. A celebration championed by the United Nations, echoed across all continents, and enthusiastically embraced by millions of athletes, institutions, and enthusiasts. Yet behind this worldwide recognition lies an origin that often goes unnoticed. It’s a Moroccan idea, that of Hamid Kamal Lahlou. The irony is striking. While the world fervently celebrates this day, Morocco—the birthplace of the initiative—sometimes seems to lag behind, as if hesitating to fully claim its paternity. Yes, there have been scattered initiatives and events here and there. But they fall far short of what we might have hoped for. We won’t list the few organized manifestations, so as not to ruffle feathers by omitting any. In any case, there are no major events from the sports authorities, such as the ministry, the National Olympic Committee, or the major Royal Moroccan Sports Federations. Is this simply an oversight, or a more subtle form of distancing? The question deserves to be asked, especially when you know the personality of its originator. Kamal Lahlou is not a consensual figure. Journalist, sports leader, communicator, he has established himself over decades as a singular voice in Morocco’s media and sports landscape. His career is dense: former handball player, originally a physical education teacher and inspector, committed actor in the development of national sports, he has held important responsibilities, notably within the Moroccan National Olympic Committee and the Association of African National Olympic Committees. He remains president of the Royal Moroccan Weightlifting Federation and vice-president of the Mohammed VI Sports Champions Foundation. But beyond titles and roles, it’s his words that stand out and his stance that impresses. Direct, clear, often critical, Lahlou disturbs as much as he inspires. He practices neither doublespeak nor complacency. In an environment where restraint is sometimes elevated to an implicit rule, his frankness cuts through. He points out shortcomings, challenges decision-makers, and defends a demanding vision of sport as a lever for development and national influence. This positioning has earned him as many admirers as detractors and doubtless even more denigrators. Some praise his courage and consistency, others reproach him for a tone deemed too incisive. Still others find nothing to fault him for, yet behind his back, lavish him with gratuitous reprimands. But all agree on one point: Kamal Lahlou is an incontournable figure, impossible to ignore. His patriotism admits no ambiguity. Behind every statement, every critique, emerges a clear ambition: to see the Kingdom take the place it deserves on the international sports scene. The April 6 Day fits precisely into this logic. By proposing to dedicate a date to sport as a vector for peace and development, Lahlou sought not personal legitimation, but recognition of the fundamental role sport can play in modern societies. He thus transcribed, in his own way, the royal vision of sport and the role the country can play on a universal scale in service of peace. So why this relative discretion in Morocco around this day? Is it the price to pay for free speech? The backlash of rivalries that have no place? An implicit way to marginalize a figure deemed too independent? A means to silence an ambitious voice? Or simply a deficit of collective memory? Whatever the answers, or the answer, one reality remains. April 6 is an idea born in Morocco, carried by a Moroccan, and adopted by the entire world. At a time when the country seeks to strengthen its soft power and highlight its successes, it might be time to reconcile origin and celebration. For recognizing this initiative to Kamal Lahlou is not just about honoring a man. Does he really need it? It’s rather about embracing a part of contemporary national and global sports history, and reminding that beyond infrastructure and performances, ideas too can change the world. And if it’s the Kingdom of Morocco at the origin, that’s even better.