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L’Iran face à la géographie : la dangereuse illusion de la puissance... 144

Dans toute réflexion géopolitique sérieuse, il existe une donnée qui ne change jamais: la géographie. Les alliances évoluent, les régimes passent, les idéologies s’éteignent ou renaissent, mais la géographie demeure. Elle impose ses contraintes, ses limites et parfois ses sanctions. L’Iran, en multipliant les actions militaires et les provocations contre plusieurs pays arabes de son voisinage, semble aujourd’hui ignorer cette règle fondamentale. **En bombardant ou en menaçant des territoires situés dans son environnement immédiat, Téhéran agit comme si ses adversaires étaient uniquement les États-Unis ou Israël et loge son voisinage à la même enseigne. Or, dans les faits, ce ne sont pas Washington ni Tel-Aviv qui se trouvent à ses frontières immédiates. Ceux qui vivent à côté de l’Iran aujourd’hui et qui continueront d’y vivre demain sont d’abord les États arabes de la région ayant réussi à construire une grande économie de confiance et qui accueillent des millions de ressortissants et d'investisseurs du monde entier.** La géographie est une donnée incontournable de la politique internationale. Les États peuvent changer de stratégie, mais ils ne peuvent pas changer de voisins. Cette réalité est au cœur de la pensée de nombreux géopoliticiens, de Halford Mackinder à Nicholas Spykman, pour qui la position géographique d’un État détermine largement ses marges de manœuvre stratégiques. La géographie est une contrainte permanente de la puissance. Les voisins de l'Est du Maroc devraient aussi le comprendre. L’Iran, puissance régionale indéniable, partage ses frontières ou son espace stratégique immédiat avec le monde arabe : l’Irak, les monarchies du Golfe, la péninsule arabique et, plus largement, l’ensemble du Moyen-Orient. En s’engageant dans une politique d’affrontement permanent, Téhéran prend le risque de transformer cet environnement en un cercle d’hostilité durable. Or l’histoire montre qu’aucune puissance ne peut prospérer durablement si elle est entourée d’ennemis. L’illusion impériale est en train de lui jouer un vilain tour. Les dirigeants iraniens semblent parfois agir comme si l’Iran pouvait redevenir la grande puissance impériale qu’il fut autrefois. Pourtant, l’époque de l’Empire perse est révolue. Les structures politiques, économiques et démographiques du monde contemporain n’ont plus rien à voir avec celles de l’Antiquité ou même du XIXe siècle. On ne conquiert plus le monde à dos de cheval accompagné de quelques éléphants. Ils ont eux mêmes conquit le pays avec des méthodes mises généreusement à leur disposition par les occidentaux... **L’Iran d’aujourd’hui est un État-nation complexe, traversé par de nombreuses diversités internes. Sa population n’est pas homogène. Aux côtés des Perses vivent des Azéris, des Kurdes, des Baloutches, des Turkmènes et des Arabes, et ce ne sont pas des minorités négligeables.**Cette mosaïque ethnique constitue une richesse culturelle, mais elle peut également se transformer en une fragilité politique si les tensions régionales viennent alimenter des fractures internes. Dans ce contexte, mener une politique agressive contre des populations voisines peut apparaître comme une stratégie dangereuse. Comment justifier un affrontement durable avec des peuples qui ont leurs propres représentants et communautés au sein même des frontières iraniennes ? **Depuis la mutation en République islamique en 1979, l'Iran s’est construit autour d’une ambition : exporter son modèle idéologique et politique et étendre son influence sur la région et au delà. Cette logique a conduit à la création de réseaux d’influence et de groupes armés dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Une sorte de vengeance pour un ressentiment lointain, qui ne trouve justification que sous les turbans noirs ou blancs d’un reliquat d’une vieille histoire.** Plus de quarante ans après, cette stratégie montre bien ses limites. L’idéologie "révolutionnaire" qui animait le régime en 1979 n’a plus la même capacité de mobilisation dans un Moyen-Orient profondément transformé. Les sociétés de la région aspirent davantage à la stabilité, au développement économique et à la sécurité qu’à des projets révolutionnaires transnationaux. Le piège de l’idéologie s’est vite refermé sur ses poseurs. En persistant dans une politique d’expansion idéologique, l’Iran risque de se retrouver isolé non seulement sur la scène internationale, mais aussi dans son propre environnement régional. Le risque d’une implosion interne n’est pas exclu non plus. Une politique extérieure agressive peut parfois renforcer un régime à court terme en mobilisant le sentiment national. Mais à long terme, elle peut produire l’effet inverse. Les sanctions économiques, l’isolement diplomatique et les tensions militaires finissent par peser lourdement sur les sociétés. **Ni les ressources pétrolières de l’Iran ni la "puissance" de ses forces armées, notamment celles de ses Gardiens de la révolution islamique, ne peuvent indéfiniment compenser les conséquences d’une confrontation permanente avec l’environnement régional et international.** L’histoire est pleine d’exemples d’États puissants qui se sont fragilisés en multipliant les ennemis. L’expérience de l’Empire perse lui-même en constitue une illustration : son expansion excessive et l’accumulation d’adversaires ont contribué à sa chute face aux armées d’Alexandre le Grand. *L’Iran possède pourtant l’une des histoires les plus riches et les plus anciennes du monde. Des dynasties prestigieuses, des traditions intellectuelles et culturelles profondes, ainsi qu’une longue expérience des relations internationales. Cette richesse rare aurait pu inspirer une politique de puissance plus prudente et plus réaliste.* Les dirigeants actuels feraient peut-être bien de réviser chaque jour leur propre histoire nationale. Elle montre que la survie et la prospérité des États reposent rarement sur l’hostilité généralisée envers leur environnement. La géopolitique rappelle une vérité simple : on peut choisir ses alliés, mais on ne choisit pas ses voisins. L’Iran est condamné, au sens géographique du terme, à vivre aux côtés du monde arabe. S’il continue à alimenter les tensions et les conflits dans cet espace, il risque de créer un environnement durablement hostile qui finira par se retourner contre lui. Une puissance régionale ne disparaît pas toujours sous les coups d’un ennemi extérieur ; elle peut aussi s’effondrer sous le poids des tensions qu’elle a elle-même contribué à créer. **L’avenir de l’Iran dépendra donc moins de sa capacité à projeter sa force que de sa capacité à accepter les réalités de la géographie. Car en politique comme en géopolitique, ignorer la géographie revient souvent à préparer sa propre crise et à creuser sa propre tombe avant de s’y installer à jamais. L’illusion de la puissance infinie n’est qu’une chimère, pas plus grande que la dimension d’un turban, qu’il soit noir ou blanc.**
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Coupe d'Afrique des Nations 2025: quand la victime devient coupable... 15

La réaction du tunisien Hatem Trabelsi, ancien défenseur de l’Ajax Amsterdam et de Manchester City, et consultant à beIN depuis quelques années, à l’occasion de l’arrêt du jury d’appel de la CAF, largement relayée sur les réseaux sociaux, dépasse le simple commentaire sportif. Elle révèle, en creux, les tensions narratives, les perceptions divergentes et les enjeux symboliques qui entourent aujourd’hui les succès du football marocain sur la scène africaine. Dans sa déclaration, Hatem Trabelsi met en lumière un phénomène classique des compétitions africaines sous l’égide de la Confédération Africaine de Football : la suspicion et le discrédit. Quelle qu’en eût été l’issue, la victoire du Maroc semblait vouée à la contestation. Si Brahim Díaz avait marqué, certains y auraient vu une erreur arbitrale ; si la victoire marocaine avait été large, elle aurait été qualifiée de « mise en scène » ; intervenant sur décision réglementaire après le retrait de l’adversaire, elle devient « preuve de corruption ». Cette grille de lecture critique ne repose pas uniquement sur des faits, mais sur une défiance structurelle envers les institutions sportives africaines et leur gouvernance. C’est le sport quotidien des Africains : rien n’est accepté sans soupçon, sans accusation de corruption. Même les élections présidentielles y échappent rarement. La polémique révèle en fait les fractures narratives générées par toute décision, même la plus juste. Depuis une décennie, le Maroc s’est imposé comme un acteur central du football continental. Le royaume a investi massivement dans les infrastructures, la formation et la diplomatie sportive. Les résultats sont éloquents : - Demi-finale historique à la Coupe du Monde de la FIFA 2022. - Multiplication des titres en catégories jeunes. - Organisation régulière de compétitions africaines. - Attractivité croissante pour les binationaux, à l’image de Brahim Díaz et tant d’autres. Le Maroc l’a fait pour lui-même, tout en croyant naïvement bon d’en faire profiter le continent. Le continent en voulait-il vraiment ? Cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie de soft power plus large, où le sport devient un levier d’influence régionale et internationale. Mais le Maroc, nouvelle puissance du football africain, dérange. Sa réussite suscite jalousies et contestations. Le propos de Trabelsi pointe une réalité observée : le succès appelle la contestation. Dans un espace footballistique africain historiquement marqué par des équilibres fluctuants entre Égypte, Cameroun, Nigeria et Sénégal, l’émergence d’un Maroc structuré et performant a suscité des résistances. L’équipe nationale marocaine incarne une domination nouvelle, fondée sur le talent sportif autant que sur la rigueur organisationnelle, une transformation inscrite dans la trajectoire globale du pays. Cela alimente des discours suspicieux, surtout quand les décisions arbitrales ou administratives semblent la favoriser, à tort ou à raison. En filigrane, la polémique renvoie à une problématique plus profonde : la crédibilité de la CAF. Les accusations récurrentes de favoritisme, de « coulisses » ou de gouvernance opaque ne visent pas seulement le Maroc, mais l’ensemble du système. C’est le narratif cultivé par un ou deux pays africains auxquels rien ne réussit. Comme l’Africain reste trop souvent voué au rôle de victime séculaire, ce discours trouve un terroir fertile pour s’imposer comme réalité. Dans ce contexte, toute décision devient controversée, amplifiée par les réseaux sociaux, les médias et les déclarations de gouvernements, fédérations ou opportunistes en quête de visibilité. La victimisation, ressenti récurrent en Afrique, transforme le moindre incident, voire toute décision, en prisme de suspicion. La sortie de Trabelsi ne se réduit pas à un soutien au Maroc, lui même sait que le royaume n’en a pas besoin. Elle met en évidence une bataille de récits autour du football africain contemporain : entre mérite sportif et soupçons politiques, fierté nationale et solidarités régionales. Le Maroc, puissance montante, se retrouve au cœur de ces tensions. Comme souvent dans l’histoire du sport, la réussite se mesure non seulement en trophées, mais à la capacité d’imposer un récit légitime. Le vrai défi pour le football africain n’est pas de désigner un vainqueur, mais de restaurer une confiance collective dans les règles du jeu. Au-delà du match, une bataille de récits est engagée, où la crédibilité des institutions est le nœud gordien. La mauvaise foi de certains est manifeste. Dans une tentative à peine voilée de pourrir les relations entre deux peuples séculairement frères, une certaine presse gaucho-parisienne a lancé une campagne de discrédit sordide, profitant de la faiblesse du narratif national marocain, non par manque de contenu ou de pertinence, mais par sa naïveté à croire que la bonne foi l’emporte toujours. L’histoire récente prouve le contraire. Ceux qui ont longtemps embêté le Maroc pour avoir récupéré une partie de son territoire sont les mêmes qui hurlent sur leurs plateaux ou noircissent du papier, alimentant un narratif visant à nuire au royaume et à semer le doute sur tout ce qu’il entreprend. Cela ne s’arrêtera pas ; il faudra s’y préparer, surtout après la Coupe du Monde 2026. C’est ainsi qu’il faut interpréter les propos justes et inspirés de Trabelsi : il est temps de construire un narratif national marocain sur le territoire national, sans attendre que d’autres, depuis l’étranger, l’imposent dans la haine et le discrédit. Aujourd’hui, le Maroc distance ses voisins les plus proches, ce qui les dérange, les rend furieux, enragés même. La vérité est qu'ils sont de profonds hypégiaphobes, redoutant leurs responsabilités devant leurs peuples. Quant à la CAN 2025, dans deux mois, personne n’en parlera plus. Elle se résumera à une deuxième étoile, méritée, sur le jersey marocain, signe que la CAF est revenue à la raison et appliquera désormais ses propres règles.