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Afrique des récits : le silence médiatique qui handicape Rabat... 32


Afrique des récits : le silence médiatique qui handicape Rabat...

La presse n’est jamais neutre et ne le sera jamais. Elle ne se contente pas de rapporter les faits : elle les hiérarchise, les amplifie ou les étouffe. En Afrique, où le combat d’influence se joue autant dans les salles de rédaction que dans les chancelleries, la puissance médiatique est un indicateur central du leadership réel. À ce jeu-là, la comparaison entre le Maroc et le Sénégal, à l’aune des faits enregistrés lors de la finale de la CAN, est cruelle. C'est un cas d'école. Elle met en lumière une vérité dérangeante : le Maroc agit massivement sur le continent, mais parle peu ou se fait peu entendre, tandis que le Sénégal, avec des moyens plus limités, impose sa voix. Le Sénégal dispose d’un capital médiatique ancien, forgé par l’histoire, la culture du débat et une presse qui n’a jamais totalement renoncé à sa fonction critique. Dakar reste un centre névralgique de la parole africaine francophone. Ses médias transforment un fait national en sujet continental, une controverse locale en débat panafricain. Ils maîtrisent l’art du récit : donner du sens, créer de l’émotion, orienter l’opinion. Une simple consultation de *Le Soleil*, journal d’État historique et leader en diffusion, ou de *Walfadjri*, groupe puissant, conservateur et critique, suffit à en mesurer la portée. Le Maroc offre un paradoxe saisissant. Le pays investit, finance, construit, forme et avance à pas de géant. Il prône le partenariat gagnant-gagnant, se positionne comme un acteur majeur du développement africain et revendique une profondeur stratégique continentale. Pourtant, cette ambition se heurte à une faiblesse flagrante : l’absence d’une presse marocaine audible et influente à l’échelle africaine. Les médias marocains pullulent, sont parfois performants techniquement, mais restent confinés à un dialogue interne. L’Afrique y apparaît souvent comme un décor diplomatique, rarement comme un espace de débat vivant. Cette carence a un coût politique lourd. Faute de relais puissants, le récit marocain quand il existe, peine à s’imposer. Ses succès passent inaperçus, ses positions sont mal comprises, ses silences interprétés comme des aveux de faiblesse ou comme un manque d'humilité. *Pendant que d’autres occupent l’espace, le Maroc laisse filer la bataille des perceptions.* En Afrique, celui qui ne raconte pas son histoire accepte que d’autres la racontent à sa place, avec leurs biais et leurs mensonges quand la mauvaise foi s’en mêle. L’affaire du Sahara l’a démontré des décennies durant, avec des résidus persistants : le narratif du voisin s’est ancré dans bien des esprits, colportant bobards, déformations historiques, allant même jusqu'aux distorsions géographiques. Cette absence de voix se reflète aussi dans le mutisme des élites. Les ministres marocains sont discrets, pour ne pas dire absents des plateaux africains. Les ambassadeurs sont peu enclins aux grands débats continentaux. Les experts marocains sont invisibles dans les médias panafricains: le Maroc est présent physiquement et matériellement, mais absent narrativement. À l’inverse, les responsables sénégalais: politiques, diplomatiques ou intellectuels, investissent l’espace médiatique régional. Ils expliquent, justifient, contestent, conscients que l’influence se construit par la parole publique. Le football, trop souvent réduit à un spectacle par des décideurs malavisés, révèle ces déséquilibres avec brutalité. Une lourde défaite peut rester un fait divers ou devenir un événement politique et symbolique. Quand un fait sportif circule en Afrique, ce n’est pas le score qui frappe, mais la manière dont il est raconté, commenté, débattu. Sur le terrain, les choses peuvent bien se passer ; ce qui compte, c’est le récit médiatique. Les sanctions de la Confédération africaine de football (CAF) confirment cette réalité. Leur impact dépasse le cadre sportif : elles deviennent objets de débat, instruments de pression, leviers d’influence. Là où certains médias amplifient, contextualisent et politisent l’événement, d’autres le subissent, pleurnichent sans convaincre. Le Maroc adopte trop souvent cette posture défensive, faute d’une presse capable d’imposer sa lecture des faits et un narratif solide. Aujourd’hui, l’impression règne que le continent s’est ligué contre le Royaume, perçu comme corrupteur des rouages et maître absolu de la CAF. Dans la réalité, nous en sommes loin, très loin. Pourtant, essayez de convaincre un jeune Africain du contraire : certains voient même les sanctions contre le Sénégal comme injustes. Le problème n’est pas quantitatif, mais stratégique. Le Maroc ne manque pas de médias ; il manque d’une vision africaine. Peu de correspondants sur le continent, faible présence multilingue, absence de plateformes panafricaines : autant de handicaps dans une Afrique ultra-connectée. S’y ajoute une prudence éditoriale qui étouffe le débat, alors que l’influence naît de la confrontation des idées. Le constat est irréfutable. Le Maroc ne pourra prétendre durablement à un rôle central en Afrique sans investir le champ médiatique. Il lui faut des médias offensifs, crédibles, capables de parler *à* l’Afrique et *avec* l’Afrique ; des voix visibles, assumées, présentes dans les controverses et débats de fond. La puissance moderne ne se mesure plus seulement en kilomètres d’autoroutes, banques ou accords signés, mais à la capacité d’imposer un récit. Le Maroc ne doit jamais oublier la guerre tous azimuts qui lui est menée, y compris médiatiquement. Il doit l’intégrer comme composante primordiale de sa politique africaine. **Tant qu’il laissera ce terrain à d’autres, ceux qui, jaloux et complexés, misent sur la désinformation, la calomnie et le mensonge, ses ambitions resteront à chaque fois fragilisées pour ne pas dire fragiles.** La bonne foi ne l’emporte jamais seule : elle avance parallèlement à la mauvaise. **C’est le plus rapide, le plus serein, le plus persuasif, celui qui rend coup pour coup, qui triomphe à la fin.**

Presse et Influence en Afrique : Maroc et Sénégal un cas d'école...

La presse n’est jamais neutre et ne le sera jamais. Elle ne se contente pas de rapporter les faits : elle les hiérarchise, les amplifie ou les étouffe. En Afrique, où le combat d’influence se joue autant dans les salles de rédaction que dans les chancelleries, la puissance médiatique est un indicateur central du leadership réel. À ce jeu-là, la comparaison entre le Maroc et le Sénégal, à l’aune des faits enregistrés lors de la finale de la CAN, est cruelle. C'est un cas d'école. Elle met en lumière une vérité dérangeante : le Maroc agit massivement sur le continent, mais parle peu ou se fait peu entendre, tandis que le Sénégal, avec des moyens plus limités, impose sa voix. Le Sénégal dispose d’un capital médiatique ancien, forgé par l’histoire, la culture du débat et une presse qui n’a jamais totalement renoncé à sa fonction critique. Dakar reste un centre névralgique de la parole africaine francophone. Ses médias transforment un fait national en sujet continental, une controverse locale en débat panafricain. Ils maîtrisent l’art du récit : donner du sens, créer de l’émotion, orienter l’opinion. Une simple consultation de *Le Soleil*, journal d’État historique et leader en diffusion, ou de *Walfadjri*, groupe puissant, conservateur et critique, suffit à en mesurer la portée. Le Maroc offre un paradoxe saisissant. Le pays investit, finance, construit, forme et avance à pas de géant. Il prône le partenariat gagnant-gagnant, se positionne comme un acteur majeur du développement africain et revendique une profondeur stratégique continentale. Pourtant, cette ambition se heurte à une faiblesse flagrante : l’absence d’une presse marocaine audible et influente à l’échelle africaine. Les médias marocains pullulent, sont parfois performants techniquement, mais restent confinés à un dialogue interne. L’Afrique y apparaît souvent comme un décor diplomatique, rarement comme un espace de débat vivant. Cette carence a un coût politique lourd. Faute de relais puissants, le récit marocain quand il existe, peine à s’imposer. Ses succès passent inaperçus, ses positions sont mal comprises, ses silences interprétés comme des aveux de faiblesse ou comme un manque d'humilité. *Pendant que d’autres occupent l’espace, le Maroc laisse filer la bataille des perceptions.* En Afrique, celui qui ne raconte pas son histoire accepte que d’autres la racontent à sa place, avec leurs biais et leurs mensonges quand la mauvaise foi s’en mêle. L’affaire du Sahara l’a démontré des décennies durant, avec des résidus persistants : le narratif du voisin s’est ancré dans bien des esprits, colportant bobards, déformations historiques, allant même jusqu'aux distorsions géographiques. Cette absence de voix se reflète aussi dans le mutisme des élites. Les ministres marocains sont discrets, pour ne pas dire absents des plateaux africains. Les ambassadeurs sont peu enclins aux grands débats continentaux. Les experts marocains sont invisibles dans les médias panafricains: le Maroc est présent physiquement et matériellement, mais absent narrativement. À l’inverse, les responsables sénégalais: politiques, diplomatiques ou intellectuels, investissent l’espace médiatique régional. Ils expliquent, justifient, contestent, conscients que l’influence se construit par la parole publique. Le football, trop souvent réduit à un spectacle par des décideurs malavisés, révèle ces déséquilibres avec brutalité. Une lourde défaite peut rester un fait divers ou devenir un événement politique et symbolique. Quand un fait sportif circule en Afrique, ce n’est pas le score qui frappe, mais la manière dont il est raconté, commenté, débattu. Sur le terrain, les choses peuvent bien se passer ; ce qui compte, c’est le récit médiatique. Les sanctions de la Confédération africaine de football (CAF) confirment cette réalité. Leur impact dépasse le cadre sportif : elles deviennent objets de débat, instruments de pression, leviers d’influence. Là où certains médias amplifient, contextualisent et politisent l’événement, d’autres le subissent, pleurnichent sans convaincre. Le Maroc adopte trop souvent cette posture défensive, faute d’une presse capable d’imposer sa lecture des faits et un narratif solide. Aujourd’hui, l’impression règne que le continent s’est ligué contre le Royaume, perçu comme corrupteur des rouages et maître absolu de la CAF. Dans la réalité, nous en sommes loin, très loin. Pourtant, essayez de convaincre un jeune Africain du contraire : certains voient même les sanctions contre le Sénégal comme injustes. Le problème n’est pas quantitatif, mais stratégique. Le Maroc ne manque pas de médias ; il manque d’une vision africaine. Peu de correspondants sur le continent, faible présence multilingue, absence de plateformes panafricaines : autant de handicaps dans une Afrique ultra-connectée. S’y ajoute une prudence éditoriale qui étouffe le débat, alors que l’influence naît de la confrontation des idées. Le constat est irréfutable. Le Maroc ne pourra prétendre durablement à un rôle central en Afrique sans investir le champ médiatique. Il lui faut des médias offensifs, crédibles, capables de parler *à* l’Afrique et *avec* l’Afrique ; des voix visibles, assumées, présentes dans les controverses et débats de fond. La puissance moderne ne se mesure plus seulement en kilomètres d’autoroutes, banques ou accords signés, mais à la capacité d’imposer un récit. Le Maroc ne doit jamais oublier la guerre tous azimuts qui lui est menée, y compris médiatiquement. Il doit l’intégrer comme composante primordiale de sa politique africaine. **Tant qu’il laissera ce terrain à d’autres, ceux qui, jaloux et complexés, misent sur la désinformation, la calomnie et le mensonge, ses ambitions resteront à chaque fois fragilisées pour ne pas dire fragiles.** La bonne foi ne l’emporte jamais seule : elle avance parallèlement à la mauvaise. **C’est le plus rapide, le plus serein, le plus persuasif, celui qui rend coup pour coup, qui triomphe à la fin.**