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Le Ramadan paradoxal : piété, irritabilité, surconsommation et berne de productivité... 74


Le Ramadan paradoxal : piété, irritabilité, surconsommation et berne de productivité...

Chaque année, le Ramadan s’installe au Maroc comme une respiration collective. Les rythmes se modifient ou s'inversent, les habitudes se réorganisent ou se désorganisent, les nuits s’animent et les journées ralentissent. Mois sacré par excellence, il est d’abord celui du jeûne, du recueillement, de la piété et de la solidarité. Mais il est aussi, et de plus en plus, celui d’un paradoxe national : une ferveur spirituelle intense cohabitant avec une nervosité sociale accrue, un gaspillage alimentaire massif et une baisse notable de la productivité. **Le Ramadan, tel qu’il est prescrit et recommandé est un temps de discipline intérieure. Le jeûne n’est pas seulement abstinence alimentaire ; il est maîtrise de soi, retenue, patience. Les foukaha, les érudits et les enseignants à l'école, insistent sur la dimension morale du jeûne : s’abstenir de colère, d’insultes, d’injustice. Bref mettre de coté toutes fourberies. Or, dans la réalité marocaine contemporaine, le mois sacré semble parfois produire l’effet inverse. C'est le mois de la tension sociale injustifiée.** Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, si la matinée est plutôt calmes, la fin d’après-midi devient un moment critique. Circulation saturée, impatience palpable, altercations routières plus fréquentes. Les services d’urgence et les commissariats observent traditionnellement une hausse des conflits mineurs et des comportements agressifs en fin de journée. Hausse aussi chez les gastros et autres spécialités médicales... On mange trop et mal. Le jeûne, combiné au manque de sommeil, dû aux soirées prolongées après la rupture du jeûne et au réveil pour le shour entre autres, affecte l’équilibre physiologique. Irritabilité, baisse de concentration, fatigue chronique deviennent monnaie courante. Dans un pays où la régulation émotionnelle est déjà mise à l’épreuve dans la vie de tous les jours, le Ramadan agit comme un amplificateur. Cette nervosité n’est pas une fatalité religieuse, loin de là ; elle est une conséquence sociologique d’un mode d’organisation du mois qui s’est progressivement éloigné de son esprit initial de modération, de maitrise de soi et de recueillement, le jour comme la nuit.. Comme conséquence immédiate la productivité est en berne. Sur le plan économique, l’impact est tangible. Les horaires administratifs sont réduits, les bureaux se vident sans raison l’après-midi, les chantiers tournent au ralenti. Dans certains secteurs, la baisse d’activité est assumée ; dans d’autres, elle engendre des retards structurels. Ramadan excuse et explique tout. On fait supporter sans vergogne son désengagement à la communauté. **Le Maroc aspire à accélérer sa croissance, attirer les investissements et améliorer sa compétitivité. Or, durant près d’un mois, chaque année, l’économie fonctionne en régime dégradé.** Le secteur privé s’adapte, mais à quel coût ? La baisse de productivité n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative : décisions reportées, réunions écourtées, projets différés. L'administration et son personnel accentuant le tout. Il serait caricatural d’en faire porter la responsabilité à la religion. Le problème n’est pas le Ramadan ; il est l’absence d’une culture de performance compatible avec les exigences spirituelles. Le rendement et la responsabilité devraient faire partie des valeurs du mois sacré. Autre contradiction majeure : le paradoxe du gaspillage alimentaire. Alors que le jeûne devrait rappeler la faim des plus démunis, les tables du ftour débordent. Soupes multiples, pâtisseries en abondance, plats redondants. Les marchés explosent, les dépenses alimentaires augmentent considérablement, et une part significative des denrées finit à la poubelle. Les porte monnaies se vident et souffrent. *Ce phénomène révèle une transformation culturelle qui peut étonner : le Ramadan est devenu, en partie, un événement social et consumériste.* Les grandes surfaces réalisent leurs meilleurs chiffres, la publicité redouble d’intensité, les chaînes de télévision rivalisent de productions spéciales pour conquérir une audience nocturne volontairement captive. En ce début du mois les chaines nationales enregistrent plus de 70% de l'audimat. Chiffre dont elles sont très loin en temps normal, les marocains étant férus de chaines étrangères. Le mois de la frugalité se transforme paradoxalement en mois de surconsommation. L'on peut alors se questionner: s'git il de Spiritualité authentique ou de ritualisation sociale ? **Il serait injuste de réduire le Ramadan marocain à ses dérives.** Des milliers d’initiatives solidaires voient le jour. Associations, mosquées, bénévoles distribuent repas et aides aux plus vulnérables. Les familles se retrouvent, les liens intergénérationnels se resserrent. La mosquée retrouve une centralité vivante. **La question n’est donc pas de critiquer le Ramadan, mais d’interroger sa mise en pratique contemporaine. Sommes-nous fidèles à son esprit ou prisonniers d’habitudes culturelles qui en déforment le sens ?** Si le mois sacré devient synonyme de fatigue chronique, d’agressivité routière, de productivité affaiblie et de gaspillage, alors il y a un décalage entre le principe spirituel et sa traduction sociale. *Il est certainement temps de militer pour un Ramadan de responsabilité. Un débat national apaisé s’impose : comment concilier exigences spirituelles et performance collective ? Comment préserver la sacralité du mois tout en maintenant l’efficacité des institutions ? Comment transformer le jeûne en levier d’autodiscipline plutôt qu’en prétexte au relâchement ?* Le Ramadan pourrait être un laboratoire de transformation positive : apprentissage de la maîtrise de soi, optimisation du temps, rationalisation de la consommation, solidarité structurée. Il pourrait devenir un mois d’excellence morale et professionnelle. *Le Maroc, pays de tradition religieuse profonde et d’ambition économique affirmée, a tout intérêt à relever ce défi. Car au-delà des statistiques de productivité ou des scènes d’énervement urbain, la véritable question est celle-ci : faisons-nous du Ramadan un simple rituel collectif, ou un véritable exercice de réforme intérieure et sociale ?* **La réponse, chaque année, se joue dans les rues, les bureaux, les foyers et surtout dans la conscience de chacun. Nous avons encore moins d'une quinzaine de jours pour y réfléchir... et sérieusement.**

Le Ramadan paradoxal : piété, irritabilité, surconsommation et berne de productivité...

Chaque année, le Ramadan s’installe au Maroc comme une respiration collective. Les rythmes se modifient ou s'inversent, les habitudes se réorganisent ou se désorganisent, les nuits s’animent et les journées ralentissent. Mois sacré par excellence, il est d’abord celui du jeûne, du recueillement, de la piété et de la solidarité. Mais il est aussi, et de plus en plus, celui d’un paradoxe national : une ferveur spirituelle intense cohabitant avec une nervosité sociale accrue, un gaspillage alimentaire massif et une baisse notable de la productivité. Le Ramadan, tel qu’il est prescrit et recommandé est un temps de discipline intérieure. Le jeûne n’est pas seulement abstinence alimentaire ; il est maîtrise de soi, retenue, patience. Les foukaha, les érudits et les enseignants à l'école, insistent sur la dimension morale du jeûne : s’abstenir de colère, d’insultes, d’injustice. Bref mettre de coté toutes fourberies. Or, dans la réalité marocaine contemporaine, le mois sacré semble parfois produire l’effet inverse. C'est le mois de la tension sociale injustifiée. Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, si la matinée est plutôt calmes, la fin d’après-midi devient un moment critique. Circulation saturée, impatience palpable, altercations routières plus fréquentes. Les services d’urgence et les commissariats observent traditionnellement une hausse des conflits mineurs et des comportements agressifs en fin de journée. Le jeûne, combiné au manque de sommeil, dû aux soirées prolongées après la rupture du jeûne et au réveil pour le shour entre autres, affecte l’équilibre physiologique. Irritabilité, baisse de concentration, fatigue chronique deviennent monnaie courante. Dans un pays où la régulation émotionnelle est déjà mise à l’épreuve dans la vie de tous les jours, le Ramadan agit comme un amplificateur. Cette nervosité n’est pas une fatalité religieuse, loin de là ; elle est une conséquence sociologique d’un mode d’organisation du mois qui s’est progressivement éloigné de son esprit initial de modération, de maitrise de soi et de recueillement, le jour comme la nuit.. Comme conséquence immédiate la productivité est en berne. Sur le plan économique, l’impact est tangible. Les horaires administratifs sont réduits, les bureaux se vident sans raison l’après-midi, les chantiers tournent au ralenti. Dans certains secteurs, la baisse d’activité est assumée ; dans d’autres, elle engendre des retards structurels. Ramadan excuse et explique tout. On fait supporter sans vergogne son désengagement à la communauté. Le Maroc aspire à accélérer sa croissance, attirer les investissements et améliorer sa compétitivité. Or, durant près d’un mois, chaque année, l’économie fonctionne en régime dégradé. Le secteur privé s’adapte, mais à quel coût ? La baisse de productivité n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative : décisions reportées, réunions écourtées, projets différés. L'administration et son personnel accentuant le tout. Il serait caricatural d’en faire porter la responsabilité à la religion. Le problème n’est pas le Ramadan ; il est l’absence d’une culture de performance compatible avec les exigences spirituelles. Le rendement et la responsabilité devraient faire partie des valeurs du mois sacré. Autre contradiction majeure : le paradoxe du gaspillage alimentaire. Alors que le jeûne devrait rappeler la faim des plus démunis, les tables du ftour débordent. Soupes multiples, pâtisseries en abondance, plats redondants. Les marchés explosent, les dépenses alimentaires augmentent considérablement, et une part significative des denrées finit à la poubelle. Les porte monnaies se vident et souffrent. Ce phénomène révèle une transformation culturelle qui peut étonner : le Ramadan est devenu, en partie, un événement social et consumériste. Les grandes surfaces réalisent leurs meilleurs chiffres, la publicité redouble d’intensité, les chaînes de télévision rivalisent de productions spéciales pour conquérir une audience nocturne volontairement captive. En ce début du mois les chaines nationales enregistrent plus de 70% de l'audimat. Chiffre dont elles sont très loin en temps normal, les marocains étant férus de chaines étrangères. Le mois de la frugalité se transforme paradoxalement en mois de surconsommation. L'on peut alors se questionner: s'git il de Spiritualité authentique ou de ritualisation sociale ? Il serait injuste de réduire le Ramadan marocain à ses dérives. Des milliers d’initiatives solidaires voient le jour. Associations, mosquées, bénévoles distribuent repas et aides aux plus vulnérables. Les familles se retrouvent, les liens intergénérationnels se resserrent. La mosquée retrouve une centralité vivante. La question n’est donc pas de critiquer le Ramadan, mais d’interroger sa mise en pratique contemporaine. Sommes-nous fidèles à son esprit ou prisonniers d’habitudes culturelles qui en déforment le sens ? Si le mois sacré devient synonyme de fatigue chronique, d’agressivité routière, de productivité affaiblie et de gaspillage, alors il y a un décalage entre le principe spirituel et sa traduction sociale. Il est certainement temps de militer pour un Ramadan de responsabilité. Un débat national apaisé s’impose : comment concilier exigences spirituelles et performance collective ? Comment préserver la sacralité du mois tout en maintenant l’efficacité des institutions ? Comment transformer le jeûne en levier d’autodiscipline plutôt qu’en prétexte au relâchement ? Le Ramadan pourrait être un laboratoire de transformation positive : apprentissage de la maîtrise de soi, optimisation du temps, rationalisation de la consommation, solidarité structurée. Il pourrait devenir un mois d’excellence morale et professionnelle. Le Maroc, pays de tradition religieuse profonde et d’ambition économique affirmée, a tout intérêt à relever ce défi. Car au-delà des statistiques de productivité ou des scènes d’énervement urbain, la véritable question est celle-ci : faisons-nous du Ramadan un simple rituel collectif, ou un véritable exercice de réforme intérieure et sociale ? La réponse, chaque année, se joue dans les rues, les bureaux, les foyers et surtout dans la conscience de chacun. Nous avons encore moins d'une quinzaine de jours pour y réfléchir... et sérieusement.

Le ramadan de tous les paradoxes: ferveur de spiritualité, irritabilité, baisse de productivité et surconsommation...

Chaque année, le Ramadan s’installe au Maroc comme une respiration collective. Les rythmes se modifient ou s'inversent, les habitudes se réorganisent ou se désorganisent, les nuits s’animent et les journées ralentissent. Mois sacré par excellence, il est d’abord celui du jeûne, du recueillement, de la piété et de la solidarité. Mais il est aussi, et de plus en plus, celui d’un paradoxe national : une ferveur spirituelle intense cohabitant avec une nervosité sociale accrue, un gaspillage alimentaire massif et une baisse notable de la productivité. Le Ramadan, tel qu’il est prescrit et recommandé est un temps de discipline intérieure. Le jeûne n’est pas seulement abstinence alimentaire ; il est maîtrise de soi, retenue, patience. Les foukaha, les érudits et les enseignants à l'école, insistent sur la dimension morale du jeûne : s’abstenir de colère, d’insultes, d’injustice. Bref mettre de coté toutes fourberies. Or, dans la réalité marocaine contemporaine, le mois sacré semble parfois produire l’effet inverse. C'est le mois de la tension sociale injustifiée. Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, si la matinée est plutôt calmes, la fin d’après-midi devient un moment critique. Circulation saturée, impatience palpable, altercations routières plus fréquentes. Les services d’urgence et les commissariats observent traditionnellement une hausse des conflits mineurs et des comportements agressifs en fin de journée. Le jeûne, combiné au manque de sommeil, dû aux soirées prolongées après la rupture du jeûne et au réveil pour le shour entre autres, affecte l’équilibre physiologique. Irritabilité, baisse de concentration, fatigue chronique deviennent monnaie courante. Dans un pays où la régulation émotionnelle est déjà mise à l’épreuve dans la vie de tous les jours, le Ramadan agit comme un amplificateur. Cette nervosité n’est pas une fatalité religieuse, loin de là ; elle est une conséquence sociologique d’un mode d’organisation du mois qui s’est progressivement éloigné de son esprit initial de modération, de maitrise de soi et de recueillement, le jour comme la nuit.. Comme conséquence immédiate la productivité est en berne. Sur le plan économique, l’impact est tangible. Les horaires administratifs sont réduits, les bureaux se vident sans raison l’après-midi, les chantiers tournent au ralenti. Dans certains secteurs, la baisse d’activité est assumée ; dans d’autres, elle engendre des retards structurels. Ramadan excuse et explique tout. On fait supporter sans vergogne son désengagement à la communauté. Le Maroc aspire à accélérer sa croissance, attirer les investissements et améliorer sa compétitivité. Or, durant près d’un mois, chaque année, l’économie fonctionne en régime dégradé. Le secteur privé s’adapte, mais à quel coût ? La baisse de productivité n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative : décisions reportées, réunions écourtées, projets différés. L'administration et son personnel accentuant le tout. Il serait caricatural d’en faire porter la responsabilité à la religion. Le problème n’est pas le Ramadan ; il est l’absence d’une culture de performance compatible avec les exigences spirituelles. Le rendement et la responsabilité devraient faire partie des valeurs du mois sacré. Autre contradiction majeure : le paradoxe du gaspillage alimentaire. Alors que le jeûne devrait rappeler la faim des plus démunis, les tables du ftour débordent. Soupes multiples, pâtisseries en abondance, plats redondants. Les marchés explosent, les dépenses alimentaires augmentent considérablement, et une part significative des denrées finit à la poubelle. Les porte monnaies se vident et souffrent. Ce phénomène révèle une transformation culturelle qui peut étonner : le Ramadan est devenu, en partie, un événement social et consumériste. Les grandes surfaces réalisent leurs meilleurs chiffres, la publicité redouble d’intensité, les chaînes de télévision rivalisent de productions spéciales pour conquérir une audience nocturne volontairement captive. En ce début du mois les chaines nationales enregistrent plus de 70% de l'audimat. Chiffre dont elles sont très loin en temps normal, les marocains étant férus de chaines étrangères. Le mois de la frugalité se transforme paradoxalement en mois de surconsommation. L'on peut alors se questionner: s'git il de Spiritualité authentique ou de ritualisation sociale ? Il serait injuste de réduire le Ramadan marocain à ses dérives. Des milliers d’initiatives solidaires voient le jour. Associations, mosquées, bénévoles distribuent repas et aides aux plus vulnérables. Les familles se retrouvent, les liens intergénérationnels se resserrent. La mosquée retrouve une centralité vivante. La question n’est donc pas de critiquer le Ramadan, mais d’interroger sa mise en pratique contemporaine. Sommes-nous fidèles à son esprit ou prisonniers d’habitudes culturelles qui en déforment le sens ? Si le mois sacré devient synonyme de fatigue chronique, d’agressivité routière, de productivité affaiblie et de gaspillage, alors il y a un décalage entre le principe spirituel et sa traduction sociale. Il est certainement temps de militer pour un Ramadan de responsabilité. Un débat national apaisé s’impose : comment concilier exigences spirituelles et performance collective ? Comment préserver la sacralité du mois tout en maintenant l’efficacité des institutions ? Comment transformer le jeûne en levier d’autodiscipline plutôt qu’en prétexte au relâchement ? Le Ramadan pourrait être un laboratoire de transformation positive : apprentissage de la maîtrise de soi, optimisation du temps, rationalisation de la consommation, solidarité structurée. Il pourrait devenir un mois d’excellence morale et professionnelle. Le Maroc, pays de tradition religieuse profonde et d’ambition économique affirmée, a tout intérêt à relever ce défi. Car au-delà des statistiques de productivité ou des scènes d’énervement urbain, la véritable question est celle-ci : faisons-nous du Ramadan un simple rituel collectif, ou un véritable exercice de réforme intérieure et sociale ? La réponse, chaque année, se joue dans les rues, les bureaux, les foyers et surtout dans la conscience de chacun.