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Pauvreté multidimensionnelle: décryptage de l’indice Oxford et état des lieux au Maroc 2966

Evoquer la pauvreté, c'est souvent penser à l’insuffisance de revenus. Pourtant, la pauvreté recouvre des dimensions bien plus larges et complexes comme l'accès à l’éducation, à la santé, au logement décent , et autres ressources basiques en fonction des sociétés et de leurs cultures. C’est sur cette base ou presque qu’a été conçu et dévoilé en 2010 l’**Indice de Pauvreté Multidimensionnelle** (IPM, ou MPI en anglais) par l’équipe de l’Oxford Poverty and Human Development Initiative (OPHI) de l’Université d’Oxford. L'indice sera adopté lors du 20ème anniversaire du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), *Mais qu’est-ce que la pauvreté multidimensionnelle ou l’indice Oxford ?* La pauvreté multidimensionnelle est la privation simultanée et synchronique subie par les individus dans différents aspects essentiels de l’existence. L’indice Oxford, ou IPM, se veut mesurer cet aspect de pauvreté sur la base de 10 indicateurs, répartis autour de trois dimensions principales. La santé en matière de nutrition et de mortalité infantile; l'éducation en ce qui concerne la scolarisation, les années d’enseignement et les conditions de vie, à savoir l'accès à l’eau potable, à l'électricité, aux commodités sanitaires, à un habitat de qualité, et aux biens essentiels. Un ménage est considéré comme pauvre selon l’IPM si ses membres sont privés d'un minimum dans au moins 33% de ces indicateurs. L’indice se calcule via une formule toute simple: IPM = H \times A **H** étant la proportion de personnes pauvres et **A** l’intensité moyenne des privations chez ces personnes. Cette approche apporte un diagnostic plus fin qu’une simple mesure monétaire de la pauvreté. Elle permet d’identifier l’origine exacte et la nature des privations et donc d’orienter plus efficacement l’action publique. L’introduction de l’IPM au Maroc a profondément renouvelé la lecture de la pauvreté dans le pays. Il y a dix ans, cet indice était de 11,9%. Grâce à une mobilisation importante et à des politiques ciblées, ce taux est passé à 6,8% selon le recensement national de 2024, soit une réduction de moitié. Traduit en nombre de personnes touchées, le taux serait descendu de 4,5% à 2,5% des 36 millions que sont les marocains aujourd'hui. Malgré ces avancées notoires, la pauvreté reste marquée par de fortes disparités régionales et sociales. Les privations concernent principalement **l’éducation** et les **conditions de vie** comme l'accès à l’eau potable, à un logement décent, aux soins médicaux. La concentration de la pauvreté multidimensionnelle est davantage marquée en milieu **rural** avec 72% des pauvres avec un taux alarmant chez les enfants ruraux dont le pourcentage serait de près de 69%. Dans le 26è discours du trône, Sa Majesté le Roi a salué les progrès réalisés tout en exprimant la non satisfaction du souverain et la volonté de redresser rapidement la situation. En effet, le Maroc reste devancé par de nombreux autres pays qui affichent des taux de pauvreté multidimensionnelle plus faibles et ayant enregistré une baisse plus rapide de l’indice; Certains pays ayant donc mieux réussi. A titre d'exemple, **la **Croatie** enregistrait déjà en 2022 un taux inférieur à 0,5%. Quant à la **Chine** avec 12,5% en 2002, ou la **Turquie** avec un indice de 8,5% en 2007, elles ont enregistré des baisses plus rapides et figurent aujourd'hui parmi les pays les mieux classés. Plusieurs pays d’Asie ou d’Amérique latine ont eux aussi connu une baisse marquée, grâce à des stratégies innovantes, des politiques sociales ambitieuses et un soutien international soutenu. Le Maroc reste mieux classé tout de même par rapport à nombreux pays africains subsahariens. Le Mali a eu un IPM de 77,7% en 2012 et le Burundi 80,8% en 2010. Mais Le Maroc garde un écart significatif avec les leaders mondiaux et même par rapport à certains pays en voie de développement de la méditerranée et d’Asie. Pour permettre au Royaume de maintenir et d'accélérer ses progrès, il y a lieu de prendre certaines mesures drastiques et efficaces nécessitant un véritable courage politique et une grande audace. Plusieurs pistes sont à envisager en concomitance, comme: - **Optimiser l’investissement dans l’éducation,** en réduisant la déperdition scolaire, en promouvant davantage l’égalité d’accès, filles/garçons en zones rurales et en améliorant la qualité de l’enseignement et son attractivité par la qualification des enseignants et des cursus adaptés. - ** Poser sérieusement la question de la langue d'enseignement **. Les marocains parlent une langue qu'ils ne retrouvent pas à l'école. La Darija est la langue des marocains et devrait être valorisée de façon à créer un continuum entre la vie de tous les jours et l'apprentissage. Tous les spécialistes de l'éducation et les instances internationales dédiées insistent sur l'usage de la langue maternelle pour plus d'efficience de l'apprentissage, ne serait ce que pendant les premières années de l'école et c'est le cas dans tous les pays réussissant en matière d'éducation. - ** Redéfinir ce qu'est l'analphabétisme au Maroc**. Est ce encore possible de considérer que l'analphabétisme soit le fait de ne pas maitriser des langues non usuelles dans la vie de tous les jours. La langue de travail et des métiers faisant vivre les marocains et dans laquelle tous échangent, communiquent et s'activent, n'étant pas prise en compte. La question doit se penser au vu de ce que dit la science sans dogme ni idéologie désuète et non productive. - **Accélérer la couverture médicale et la protection sociale,** via une généralisation plus rapide et moins contraignante. -** Inciter par des avantages financiers conséquents et du logement** les professionnels de santé et ceux de l'enseignement, à s’installer dans les zones reculées et ciblées. - **Étendre et renforcer les infrastructures de base,** avec un accent particulier sur l’eau potable, l’électricité, l’assainissement et le logement social même en milieu rural. La problématique posée par l'habitat dispersé ne doit plus être un tabou. Certains problèmes récurrents ne peuvent en aucun cas trouver de solutions dans certaines régions à cause du type d'habitat et de sa localisation. - **Cibler territorialement les efforts publics,** grâce à une planification fine et à une allocation prioritaire de ressources appropriées vers les régions les plus vulnérables, en tenant compte des besoins véritables des populations ciblées. - **Développer et affiner les filets sociaux et la résilience,** pour mieux protéger les populations touchées par le changement climatique. En adoptant une approche intégrée et territorialisée, fondée sur les données précises de l’IPM, le Maroc pourra consolider les gains déjà réalisés et rattraper son retard sur les meilleurs élèves de la région et du monde dans un avenir proche au vu de sa stabilité, son taux de croissance conséquent, son économie diversifiée et de plus en plus performante et bien évidement grâce au génie de sa population.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Mediterranean: The Great Erasure of the Amazigh in Eurocentric Historical Narrative... 55

The history of relations between the two shores of the Mediterranean is deeply biased. Behind the lazy opposition between a supposedly dynamic North and a South relegated to the margins lies a more serious omission: **the systematic erasure of the determining role of the Amazighs (Berbers, Moors) in the formation of Mediterranean Europe**. This erasure is neither neutral nor accidental; it stems from a genuine ideological construct. Long before the colonial era, Amazigh populations structured most of North African space and held a central place in the political, military, commercial, and cultural dynamics of the Mediterranean, forming essential pillars of its history. They ensured an almost continuous link between sub-Saharan Africa and the northern Mediterranean. From Al-Andalus to medieval Sicily, their imprint is deep and enduring. A symbol of this centrality, the conquest of the Iberian Peninsula in the 8th century was led by Tariq ibn Ziyad (as named in the sources) at the head of a predominantly Amazigh army. Chronicles emphasize its largely Berber composition. This reality is systematically downplayed in favor of an Arab-centered narrative that invisibilizes the predominant Amazigh component. Without the Amazighs, there simply would have been no lasting Muslim implantation in Western Europe and the subsequent impacts. Reducing Al-Andalus to a mere outgrowth of the "Arab world" is a grave falsification by oversimplification. The dynasties that drove its golden age, foremost the Almoravids and Almohads, were of Amazigh origin. Emerging from Saharan and Atlas Berber confederations, they refounded the political balances of North Africa and Al-Andalus, building a Hispano-Moorish civilization that remains vibrant today. This fundamentally Amazigh civilization marked urban and monumental architecture, still visible in Seville, Marrakech, Fez, or Cordoba. It structured religious and legal thought with reformist Malikism among the Almoravids, doctrinal rigor among the Almohads for Muslims, and Maimonides' thought for Jews. It also durably impacted the political and military organization of the western Mediterranean. Southern Spain and Portugal still bear visible and toponymic traces of this Amazigh presence today. Ignoring them mutilates a deeply shared history. To refresh this memory, what better than a little tour of Spain's Extremadura. This influence did not stop at the Andalusian shores. In Sicily and southern Italy in general, particularly Palermo, interactions between North African worlds and European spaces were constant during Islamic and then Norman periods, via military contingents, trade networks, and knowledge transfers. These circulations included a significant Amazigh component, often retroactively dissolved into the vague formula of "Arab influence." Couscous is still present there, accompanied by orange blossom almond sweets. By speaking indistinctly of "Arabs," dominant narratives erase the real plurality of actors and obliterate the African depth of these exchanges. This erasure stems from several cumulative biases. First, **Eurocentrism** and the inability to admit that African populations were co-founders of Mediterranean Europe. Second, **historiographical Arabocentrism** and the tendency to homogenize the Muslim world by invisibilizing its non-Arab components, primarily the Amazighs. Finally, **colonial legacy**, with the need to smooth and hierarchize narratives to legitimize a supposed European civilizational superiority. The result is clear: the Amazighs are relegated to a secondary, folkloric, or local role, even though they were structuring actors of the western Mediterranean. Their impact is unequivocally one of the most important in the region's history. Correcting this bias does not boil down to adding a "Berber" chapter to already-written history books. The narration itself must be reconfigured. It involves reinscribing the Amazighs at the heart of the Mediterranean narrative. Southern Europe is not solely the heir to Rome and Christianity. It is also, in part, the product of North African contributions, particularly Amazigh ones, visible in its political structures, urban landscapes, culinary and clothing arts, certain names, and imaginaries. Isn't the name Maurice an example of indelible impact? The western Mediterranean must be conceived as a space of co-construction, not as a theater of unilateral diffusion from North to South. Recognizing this is not a reflex of identity politics or any ideological claim, but a minimal requirement of scientific rigor. Mediterranean history has been flattened to serve power logics, at the cost of extreme simplification of trajectories and actors. The Amazighs are among the great erased, if not the only ones excluded. Fully reintegrating them into the narrative is not "rewriting" history in the sense of distorting it: it is **repairing** it, by restoring to the Mediterranean its African depth and true complexity. This approach is essential to ease relations in the region and build a solid future for its populations, whether in political, economic, or simply human terms. For centuries, this unbalanced narrative has permeated academic, media, and political discourses. Yet the Mediterranean has always been a sea of circulation, not domination; a space of permanent interactions, not a border between hierarchized worlds. From Antiquity and likely before, it has been a zone of mutual fertilization between African, Levantine, and European civilizations. Archaeology demonstrates this powerfully. Phoenicians, Romans, Carthaginians, Egyptians, Numidians, and of course Amazighs structured its commercial, cultural, and scientific exchanges. The idea of an autonomous Europe, the sole source of modernity, is merely a late reconstruction. Not so long ago on a geological scale, the strait between Morocco and Spain was barely more than one kilometer wide... It falls to historians, teachers, and school systems on both shores to correct this, with a view to a common future founded on an equally shared past.