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Réinventer l’école marocaine : de la transmission à l’accompagnement... 1259

Les Marocains, et particulièrement les jeunes, expriment aujourd’hui un profond malaise vis-à-vis de leur système scolaire. Ils viennent de le manifester avec éclat. Cette réalité, désormais publique, se retrouve tant dans les discussions familiales que dans les diagnostics institutionnels et les débats sociétaux. Pour pallier les insuffisances d’un enseignement public jugé à bout de souffle, de plus en plus de familles, averties ou aisées, inscrivent leurs enfants dans des institutions privées, parfois étrangères. La classe moyenne, elle aussi, fait de nombreux sacrifices pour suivre ce mouvement. Ce phénomène reflète une crise de confiance et creuse la fracture sociale : l’école, promue comme moteur d’égalité, se transforme en marqueur d’inégalités. Cette dérive était déjà pressentie : dès le 1er novembre 1960, le doyen Charles André Julien alertait M. Bennani, directeur du Protocole royal, sur les risques d’une réforme mal conçue qui produirait de nouveaux problèmes. Malgré des investissements considérables, les réformes successives se sont souvent limitées à des aspects accessoires : infrastructures, uniformes, approches pédagogiques superficielles, organisation des vacances. Trop souvent, elles sont le fruit d’un mimétisme mal inspiré, confiées à des bureaux d’études peu rigoureux et à des fonctionnaires insuffisamment qualifiés. Les réformes diverses et variées n'ont pas abouti et engendre un mécontentement croissant. La déperdition scolaire et les différents classements sont là pour illustrer cette situation angoissante. Si réforme il doit y avoir, et l’urgence est réelle, elle ne doit pas concerner les bâtiments ni la tenue des élèves, ou encore le rythme des vacances, mais s’intéresser au cœur du cursus, à la philosophie éducative, et à la manière d’envisager les rôles de l’élève et de l’enseignant. L’avenir appartient à un monde dans lequel les jeunes créent leurs propres métiers ; cette tendance devient universelle. Nous vivons une période inédite de l’histoire humaine, où la jeunesse façonne ses trajectoires professionnelles et personnelles : les jeunes inventent leurs métiers, construisent leurs propres voies, imaginent de nouveaux modèles sociaux. Aujourd’hui, un adolescent marocain, diplôme ou non, peut concevoir une application, lancer un commerce, bâtir une communauté, influencer des marchés et créer de la valeur inimaginable pour les cadres traditionnels. Le modèle 1337 en est la parfaite illustration. Désormais, les jeunes n’ont plus de frontières ni de limites mentales. Ils expriment une énergie faite d’ambition, d’intuition technologique, d’ouverture culturelle et de rêves. Pendant ce temps, le système scolaire reste enfermé dans un schéma du XXᵉ siècle. Le rôle de l’école doit évoluer : il ne s’agit plus de transmettre, mais d’accompagner. L’école marocaine doit cesser d’être un lieu de récitation de connaissances désormais disponibles en ligne. L’information est à portée de main, même pour un enfant de dix ans. Ce n’est pas cela qu’ils attendent : parfois, ils somnolent en classe et retrouvent la nuit l’espace de liberté où ils imaginent le monde qu’ils veulent vivre et construisent eux-mêmes. Sur le plan technologique et dans l’apprentissage des langues, nombre d’entre eux devancent les décideurs et les enseignants. Les jeunes maitrisent l'anglais davantage que ce qui leur est proposé à l'école et disposent d'équipements technologiques que l'école est loin de pouvoir leur offrir. Les parents se saignent pour cela. Les jeunes préfèrent une connexion à un repas. Les jeunes n'aiment plus l'école telle qu'elle se présente à eux. Ils attendent avant tout  d'y trouver: - quelqu’un qui les écoute ; - quelqu’un qui croit en leur potentiel ; - quelqu’un qui les incite à rêver plus grand, à oser davantage, à créer ; - quelqu’un qui leur accorde sa confiance. L’école doit donc devenir un espace d’accompagnement, d’éveil et de construction de projets de vie ; elle doit former des citoyens capables d’imaginer, d’innover, de collaborer, de prendre des risques et pas seulement de mémoriser. Pour cela, le défi majeur de l’État est la formation de formateurs capables de s’adapter aux nouvelles réalités. Il est indispensable de passer de professeurs transmetteurs à des mentors accompagnateurs. La réforme véritable commence donc avec les enseignants. Ceux d’hier doivent adopter le rôle de mentor, de guide, de catalyseur de talents : un mentor qui pose des questions au lieu d’imposer des réponses, un accompagnant qui aide l’élève à se découvrir, un éducateur qui ouvre des portes plutôt que de dresser des murs. Former les formateurs suppose une nouvelle philosophie : intégrer la psychologie positive, le coaching éducatif, les pédagogies actives, la construction de projets, la culture numérique et la créativité. Enseigner n’est plus un métier de transmission, mais d’accompagnement, avec l’autonomie pour moteur d’avenir. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas besoin de capital financier pour commencer, mais de confiance, d’idées et de compétences. Une bonne connexion fait leur bonheur. Leur atout majeur est leur esprit. Leur frein reste souvent un manque d’encouragement, l’angoisse d’un système trop rigide, trop vertical, trop éloigné de leur vécu. Ils sont capables de tout, sauf de croire seuls en eux-mêmes. C’est là que l’école doit intervenir, en devenant ce cocon où émergent idées et projets innovants. Mais pour réussir, il faut avoir le courage politique de mener la grande réforme attendue par la jeunesse. Le Maroc a l’occasion historique de réinventer son système éducatif, non par la rénovation matérielle, mais par une transformation intellectuelle et spirituelle. L’école doit devenir le lieu de construction des rêves, d’accompagnement des ambitions, de préparation à la vie par l’innovation et la création. Elle doit former des individus capables non seulement de s’adapter à un monde en mutation, mais de le transformer, un monde qui avance plus vite que les générations précédentes ne pouvaient l'imaginer. La vraie réforme est celle de l’étincelle, pas du béton. Elle ne s’incarne pas dans les murs, mais dans les esprits. Elle se construit non dans le passé, mais dans l’avenir que nos jeunes aspirent à inventer, soutenus par notre confiance, rien de plus.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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African Football’s Leading Force: The Moroccan Model Amidst Regional Headwinds 106

The curtain fell on AFCON 2025, leaving a trail of striking contrasts. While the event confirmed the Kingdom’s supremacy as a world-class logistical hub, the tensions witnessed during the final on January 18, 2026, in Rabat, served as a stark reminder of the contingencies still weighing on continental football. Between the seamlessness of the infrastructure and the archaic nature of certain disciplinary attitudes, a fundamental question emerges: how will the transition from CAF’s regulatory framework to that of FIFA in 2030 reshape the management of these organic crises? This shift represents more than a mere scaling up; it is a true paradigmatic rupture where technocratic neutrality will serve to sanctify Moroccan excellence. I. Moroccan Excellence: A Technological Showcase for Africa The massive investment deployed by the Kingdom—ranging from the deep modernization of sports complexes to the systemic integration of VAR—presented the world with the image of a modern, rigorous, and visionary Morocco. This material success, lauded by international observers, aimed to establish an African benchmark. However, this pursuit of perfection encountered a persistent psychological phenomenon: the "host country complex." In this configuration, organizational mastery is sometimes perceived by competitors not as shared progress, but as a lever of dominance, mechanically fueling theories of favoritism. The events of the final illustrate this at its peak. The disallowed goal for Ismaïla Sarr and the late-match penalty became, through the lens of regional suspicion, instruments of controversy rather than technically grounded officiating decisions. Yet, data from DM Sport reveals the opposite: Morocco was among the most penalized teams in the tournament. This discrepancy highlights a major flaw: technology is insufficient to validate a result unless it is protected by a jurisdictional authority perceived as exogenous. II. Solidary Leadership and the Diplomacy of Resentment It would be erroneous, however, to view this quest for excellence as a desire for isolation. On the contrary, Morocco maintains deep and unwavering historical ties with the majority of its sister nations across the continent. Faithful to its African roots, the Kingdom continues to actively promote continental football within CAF, offering its infrastructure and expertise to federations seeking professionalization. This "open-hand" policy ensures that Moroccan success translates into success for all of Africa. Nevertheless, such leadership breeds friction. A "diplomacy of resentment" has emerged from certain foreign media spheres—particularly in specific Arab and African countries—aiming to tarnish the prestige of the Moroccan organization. By framing Morocco as a favored "ogre," these narratives attempt to transform factual superiority into moral injustice. This media harassment specifically targets the emergence of a governance model that now aligns with the most demanding global standards. III. The Advent of "Cold Justice": Legal Sanctification The transition to FIFA’s aegis in 2030 will signal the end of the geographical proximity that fosters such smear campaigns. Unlike the continental framework, the globalization of officiating bodies will dismantle zonal rivalries. Where CAF must often navigate between diplomatic compromise and sporting imperatives, FIFA deploys a "cold justice"—purely procedural in nature. The chaos observed in Rabat would meet a surgical response in 2030. Article 10 of the FIFA Disciplinary Code is unequivocal: any refusal to resume play results in an automatic forfeit and severe sanctions. In 2030, the rule of law will act as a protective cleaver for the host, rendering victimhood narratives obsolete. IV. Technology and the "2030 Bloc": Toward an Indisputable Truth The 2030 edition, spearheaded by the Morocco-Spain-Portugal trio, will benefit from total judgment automation (Shadow VAR, semi-automated offside) and absolute transparency. The FIFA Hosting Agreement will prevail as a superior norm, guaranteeing impartiality. This legal framework will serve as a shield, preventing disciplinary incidents from being politically instrumentalized against the Kingdom. AFCON 2025 was a successful demonstration of organizational strength for Morocco, confirming its role as the driving force of African football. However, it also revealed that excellence remains vulnerable to peripheral noise. In 2030, the definitive anchoring in FIFA law will allow the Kingdom to transform its organizational prowess into a lasting institutional legacy. Sport, finally shielded from geopolitical dross, will align with the strategic vision of a Morocco turned toward the universal, making the rule of law the bedrock of its global legitimacy.