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Visions d'Oxford ? 34


Visions d'Oxford ?

À Oxford, on ne visite pas seulement une université ou une ville. On traverse une histoire, une manière d’habiter le savoir, là où les pierres anciennes dialoguent avec les ambitions de la jeunesse mondiale. Chaque collège possède son entrée particulière, parfois sobre mais imposante, sa propre âme, son architecture, ses rites, ses jardins silencieux, ses bibliothèques chargées de siècles. Mais certains lieux marquent davantage que d’autres. Parmi eux, Oriel College occupe une place particulière. Fondé au XIVe siècle, il donne l’impression d’un équilibre rare entre tradition et mouvement. Derrière ses murs austères se cache une vie intellectuelle intense, portée par des étudiants venus des quatre coins du monde et des enseignants aux allures d'anges aux sourires à la fois savants et humains. Dans ses cours pavées, se croisent des pas souvent furtifs, légers, imperceptibles. On y entend se mêler des accents africains, asiatiques, européens, américains et que sais je. Cette diversité n’est pas un slogan institutionnel. Elle est visible dans les cafés, dans les bibliothèques, devant des carfood, dans les rues et ruelles. En quittant les abords de High Street pour rejoindre Oriel Square, en traversant Broad Street, Catte Street ou encore Cornmarket Street, on comprend rapidement qu’Oxford vit au rythme de sa jeunesse en renouvellement perpétuel. Les bicyclettes et les trotinettes, aujourd'hui électriques, filent entre les bâtiments gothiques. Les librairies débordent d’étudiants. Les terrasses bruissent de conversations. Les breuvages sont frais et inspirant. Ici, la ville semble appartenir d’abord aux étudiants. Contrairement à certaines grandes universités américaines comme Harvad, où la présence de chercheurs, de professeurs et de doctorants donne parfois le sentiment d’une cité savante dominée par l’élite académique, avec peu d'étudiants. Oxford paraît respirer avant tout la vie estudiantine. Dans les rues étroites bordées de ses collèges séculaires, ce sont surtout des jeunes que l’on croise: des étudiants pressés, des groupes échangeant en plusieurs langues, des lecteurs absorbés dans leurs livres sur les pelouses de Christ Church Meadow ou au détour de Radcliffe Square. Cette jeunesse permanente donne à Oxford une énergie particulière. La tradition n’y étouffe pas l’avenir mais le nourrit et le forge. Chaque collège représente un petit monde autonome avec ses coutumes, ses résidences, ses salles de repas, ses jardins et ses bibliothèques nourricières. Pourtant, tous participent à une même civilisation universitaire où la curiosité intellectuelle demeure une valeur centrale, une raison de vivre. Parmi les lieux qui illustrent le mieux cette continuité du savoir figure le History of Science Museum. Niché sur Broad Street, face à l’âme historique de l’université, ce musée rappelle que la science n’a jamais été l’œuvre d’une seule civilisation. On y découvre notamment de magnifiques astrolabes marocains, d’une précision et d’une beauté exceptionnelles, témoins du rôle majeur joué par les savants maures dans l’histoire de l’astronomie, des mathématiques, de la cartographie et de la navigation. Ces instruments anciens racontent une vérité souvent oubliée: bien avant l’Europe moderne, des villes comme Fès, Marrakech ou Cordoue étaient déjà des centres majeurs de production scientifique et philosophique. Les astrolabes exposés à Oxford symbolisent cette circulation du savoir entre les civilisations. Le visiteur marocain que je suis, ressent une émotion particulière devant certains noms et certaines œuvres. Une occasion où la nostalgie se confond et épouse le réel. On y retrouve pèle mêle l’ombre intellectuelle de grandes figures comme Abbas Ibn Firnas, pionnier des sciences mécaniques et de l’astronomie, Al Idrissi, dont les cartes ont profondément influencé la connaissance du monde, ou encore Ibn Battouta, incarnation du voyage savant entre continents et cultures. Le musée conserve également des instruments liés à la tradition scientifique musulmane développée par des savants tels que Al Khwarizmi, ou Ibn Al Haytham, dont les travaux sur l’optique ont influencé durablement la science européenne. À travers ces objets, Oxford rappelle discrètement que la renaissance européenne fut aussi nourrie par des traductions arabes des échanges méditerranéens et des savoirs venus du Maghreb et d’Al-Andalus. Les échanges intellectuels les plus intenses étaient surtout autour du XIIe - XIIIe siècle, avec l’école des traducteurs de Gérard de Crémone, lui qui a encouragé la traduction des textes arabes en latin. Ainsi beaucoup de penseurs médiévaux ont connu les philosophes grecs. L'esprit d'Ibn Sina, de Ibn Rochd, d'Alkindi se mêle à celui de Newton et tant d'autres à qui l'humanité doit tout. Voir des objets marocains conservés dans l’une des universités les plus prestigieuses du monde suscite une émotion profonde. C’est la preuve matérielle que l'apport des scientifiques du Maroc appartient pleinement au patrimoine universel. Ces instruments ne sont pas de simples pièces de musée ; ils sont les témoins silencieux d’une époque où les savants marocains, andalous et musulmans observaient les étoiles pendant que l’Europe médiévale traversait encore ses siècles d’incertitude. Quelle émotion de voir gravé à Oxford le nom de Abdallah Ben Sassi alors qu'à Safi sa ville natale, le cimetière où il reposait a été rasé à jamais. Aucune trace d'un tel savant dans sa propre ville... Oxford offre ainsi une leçon discrète mais profonde : les grandes universités ne se contentent pas de former des diplômés. Elles créent des espaces où les cultures se rencontrent, où les mémoires scientifiques se croisent et où les différences deviennent une richesse intellectuelle. Dans un monde souvent tenté par le repli identitaire, cette diversité visible dans chaque rue d’Oxford apparaît comme une force civilisationnelle. C’est peut-être cela qui frappe le plus en parcourant les collèges d’Oxford : la coexistence harmonieuse entre héritage et ouverture. Les bâtiments semblent immobiles depuis des siècles, mais les visages changent sans cesse. Chaque année, une nouvelle jeunesse venue du monde entier redonne vie à ces lieux anciens. Et c’est précisément cette circulation des idées, des langues et des cultures qui permet à des universités comme Oxford de rester des centres d’excellence mondiale. En quittant les cours d’Oriel College, en longeant High Street sous une lumière inhabituelle en Angleterre (26° aujourd'hui) ou en ressortant des salles feutrées du History of Science Museum, on comprend que la grandeur d’une université ne réside pas uniquement dans son prestige académique. Elle réside surtout dans sa capacité à accueillir le monde entier, à transmettre le savoir sans frontières et à faire dialoguer les civilisations à travers les générations. Mais Oxford c'est aussi un beau modèle de chaussures. C'est de là, de cette atmosphère particulière et inspirante que je vous souhaite Aid Moubarak Saïd ...

Visions d'Oxford ?

À Oxford, on ne visite pas seulement une université ou une ville. On traverse une histoire, une manière d’habiter le savoir, là où les pierres anciennes dialoguent avec les ambitions de la jeunesse mondiale. Chaque collège possède son entrée particulière, parfois sobre mais imposante, sa propre âme, son architecture, ses rites, ses jardins silencieux, ses bibliothèques chargées de siècles. Mais certains lieux marquent davantage que d’autres. Parmi eux, Oriel College occupe une place particulière. Fondé au XIVe siècle, il donne l’impression d’un équilibre rare entre tradition et mouvement. Derrière ses murs austères se cache une vie intellectuelle intense, portée par des étudiants venus des quatre coins du monde et des enseignants aux allures d'anges arborant des sourires à la fois savants et humains. Dans ses cours pavées, se croisent des pas souvent furtifs, légers, imperceptibles. On y entend se mêler des accents africains, asiatiques, européens, américains et moyen-orientaux. Cette diversité n’est pas un slogan institutionnel ; elle est visible dans les cafés, dans les bibliothèques, devant des car food, dans les rues et ruelles simplement. En quittant les abords de High Street pour rejoindre Oriel Square, en traversant Broad Street, Catte Street ou encore Cornmarket Street, on comprend rapidement qu’Oxford vit au rythme de sa jeunesse en renouvellement perpétuel. Les bicyclettes et les trotinettes, aujourd'hui électriques, filent entre les bâtiments gothiques. Les librairies débordent d’étudiants. Les terrasses bruissent de conversations. Les breuvages sont frais et inspirant. Ici, la ville semble appartenir d’abord aux étudiants. Contrairement à certaines grandes universités américaines comme Harvad, où la présence des chercheurs, des professeurs et des doctorants donne parfois le sentiment d’une cité savante dominée par l’élite académique, avec peu d'étudiants. Oxford paraît respirer avant tout la vie estudiantine. Dans les rues étroites bordées de ses collèges séculaires, ce sont surtout des jeunes que l’on croise : des étudiants pressés, des groupes échangeant en plusieurs langues, des lecteurs absorbés dans leurs livres sur les pelouses de Christ Church Meadow ou au détour de Radcliffe Square. Cette jeunesse permanente donne à Oxford une énergie particulière. La tradition n’y étouffe pas l’avenir mais le nourrit et le forge. Chaque collège représente un petit monde autonome avec ses coutumes, ses résidences, ses salles de repas, ses jardins et ses bibliothèques nourricières. Pourtant, tous participent à une même civilisation universitaire où la curiosité intellectuelle demeure une valeur centrale, une raison de vivre. Parmi les lieux qui illustrent le mieux cette continuité du savoir figure le History of Science Museum. Niché sur Broad Street, face à l’âme historique de l’université, ce musée rappelle que la science n’a jamais été l’œuvre d’une seule civilisation. On y découvre notamment de magnifiques astrolabes marocains et andalous, d’une précision et d’une beauté exceptionnelles, témoins du rôle majeur joué par les savants maures dans l’histoire de l’astronomie, des mathématiques, de la cartographie et de la navigation. Ces instruments anciens racontent une vérité souvent oubliée : bien avant l’Europe moderne, des villes comme Fès, Marrakech ou Cordoue étaient déjà des centres majeurs de production scientifique et philosophique. Les astrolabes exposés à Oxford symbolisent cette circulation du savoir entre les civilisations. Le visiteur marocain que je suis, ressent une émotion particulière devant certains noms et certaines œuvres. Une occasion où la nostalgie se confond et épouse le réel. On y retrouve pèle mêle l’ombre intellectuelle de grandes figures comme Abbas Ibn Firnas, pionnier des sciences mécaniques et de l’astronomie, Al Idrissi, dont les cartes ont profondément influencé la connaissance du monde, ou encore Ibn Battouta, incarnation du voyage savant entre continents et cultures. Le musée conserve également des instruments liés à la tradition scientifique musulmane développée par des savants tels que Al Khwarizmi, ou Ibn Al Haytham, dont les travaux sur l’optique ont influencé durablement la science européenne. À travers ces objets, Oxford rappelle discrètement que la Renaissance européenne fut aussi nourrie par des traductions arabes, des échanges méditerranéens et des savoirs venus du Maghreb et d’Al-Andalus. Les échanges intellectuels les plus intenses étaient surtout autour du XIIe - XIIIe siècle, avec l’école des traducteurs de Gérard de Crémone, lui qui a encouragé la traduction des textes arabes en latin. Ainsi beaucoup de penseurs médiévaux ont connu les philosophes grecs. L'esprit d'Ibn Sina, de Ibn Rochd, d'Alkindi se mêle à celui de Newton et tant d'autres à qui l'humanité doit tout. Voir des objets marocains et musulmans conservés dans l’une des universités les plus prestigieuses du monde suscite une émotion profonde. C’est la preuve matérielle que l'apport des scientifiques du Maroc appartient pleinement au patrimoine universel. Ces instruments ne sont pas de simples pièces de musée ; ils sont les témoins silencieux d’une époque où les savants marocains, andalous et musulmans observaient les étoiles pendant que l’Europe médiévale traversait encore ses siècles d’incertitude. Quelle émotion de voir gravé à Oxford le nom de Abdallah Ben Sassi alors qu'à Safi sa ville natale, le cimetière où il reposait a été rasé à jamais. Aucune trace d'un tel savant dans sa propre ville... Oxford offre ainsi une leçon discrète mais profonde : les grandes universités ne se contentent pas de former des diplômés. Elles créent des espaces où les cultures se rencontrent, où les mémoires scientifiques se croisent et où les différences deviennent une richesse intellectuelle. Dans un monde souvent tenté par le repli identitaire, cette diversité visible dans chaque rue d’Oxford apparaît comme une force civilisationnelle. C’est peut-être cela qui frappe le plus en parcourant les collèges d’Oxford : la coexistence harmonieuse entre héritage et ouverture. Les bâtiments semblent immobiles depuis des siècles, mais les visages changent sans cesse. Chaque année, une nouvelle jeunesse venue du monde entier redonne vie à ces lieux anciens. Et c’est précisément cette circulation des idées, des langues et des cultures qui permet à des universités comme Oxford de rester des centres d’excellence mondiale. En quittant les cours d’Oriel College, en longeant High Street sous une lumière inhabituelle en Angleterre (26° aujourd'hui) ou en ressortant des salles feutrées du History of Science Museum, on comprend que la grandeur d’une université ne réside pas uniquement dans son prestige académique. Elle réside surtout dans sa capacité à accueillir le monde entier, à transmettre le savoir sans frontières et à faire dialoguer les civilisations à travers les générations. C'est de là, de cette atmosphère particulière et inspirante que je vous souhaite Aid Moubarak Saïd ...