Pensez le Futur.

La richesse archéologique incommensurable du Maroc et la réécriture de l'histoire... 3869

Le Maroc vient de décider de se doter d’un nouveau musée de l’archéologie et il voit grand ; Ce sera le plus grand du genre en Afrique, d'une superficie de 25000m2. C’est à la fois énorme et flatteur. Certains vont parler de démesure ou n’en verront pas simplement l’utilité. A cela il faut vite rétorquer: détrompez-vous. Si le Maroc a toujours été considéré comme très intéressant au plan archéologique, cet intérêt n’a jamais été aussi grand sinon depuis les dernières trouvailles: celle du plus ancien fossile d’homo sapiens à Jbel Ighoud, non loin de Safi; celles des plus anciens actes et soins chirurgicaux à Tafoghalt, proche de Berkane; celles des vestiges de l’âge du bronze tout récemment mise à l’évidence du côté de Wad Laou, sur le site préhistorique dit KachKouch, pas loin de Tétouan ; celles de la nécropole au sud de Tagounite du côté de Zagora ; celles des parures datées entre 142 et 150 mille ans, mises à nues dans la grotte Bizmoune du côté d’Essaouira ; Celles de l’exploitation agricole de 12 ha du côté de Oued Beht, une dimension jamais connue en Afrique du nord, datant de la fin du Néolithique, témoignant d'une grande richesse et d'un savoir-faire très évolué. La liste est extrêmement longue. Penser maladroitement que les recherches et les fouilles archéologiques soient un luxe ou l’affaire de quelques experts pour leur plaisir est absolument erroné. L'importance de la recherche archéologique pour l'écriture de l'histoire n’est point discutable. Elle est fondamentale. Les vestiges et traces du passé permettent de compléter, de corriger et ou de confirmer les récits historiques. Les fossiles, les structures, les artefacts découverts sur les sites archéologiques sont autant de témoignages tangibles, offrant une vision objective et nuancée des civilisations disparues notamment quand elles n’ont pas laissé de traces écrites. L’archéologie renseignent sur les modes de vies, sur la culture, sur les croyances et les interactions humaines, sur les techniques utilisées et le degré d’évolution des civilisations disparues. Elle est essentielle pour préserver et s'approprier le patrimoine national et partant celui de l’humanité. Elle permet de jalonner l’évolution humaine et permet d’expliquer ce que nous sommes aujourd’hui. La transmission des connaissances étant capitale, la recherche archéologique permet de mettre à la disposition des générations que nous sommes et celles futures, des indices indiscutables de fierté et d’identité. Elle est ainsi incontournable pour l’écriture et la réécriture de l’histoire, qu’elle nettoie des biais que certains historiens peuvent y avoir insérés çà et là par méconnaissance ou manque d’évidence et ceux que des idéologues pour des raisons plus ou moins louables, peuvent y avoir volontairement introduits comme orientations ou aspects fallacieux. Les trouvailles au Maroc remettent justement en cause ce que des générations successives ont appris de leur histoire et de leur origine. S’il est prouvé que Le rôle des populations locales dans les échanges et dans la construction de la civilisation méditerranéenne était fort important, on continu hélas à colporter une histoire biaisée ignorant justement ces apports et évidences archéologiques, aujourd’hui prouvés sans ambiguïté. Depuis 1985, le Maroc s’est doté d’un Institut National des Sciences de l’archéologie et du Patrimoine (INSAP). Et ce n’est ni pour rien ni par hasard que la recherche archéologique est ici étroitement liée au patrimoine. Qui dit patrimoine dit preuves tangibles quand il s’agit de patrimoine matériel et preuves transmissibles, s'il s’agit de patrimoine immatériel. Il se trouve que le Maroc est immensément riche des deux. Ce ne sont pas les chercheurs de l'INSAP qui vont contredire les propos ici développés ou encore Ibn Khaldoun que nous vénérons sans pour autant en respecter la doctrine. Il est aujourd’hui fondamental de revisiter le narratif qui lie l’origine des populations marocaines à une quelconque migration venue d’ailleurs et encore moins de l’est du pays ; comme il est temps de mettre l’accent sur l’évolution de ces populations et leurs apports indéniables à la civilisation méditerranéenne et donc du monde. Les populations d’ici n’ont pas subi les civilisations de la région, ils y ont contribué amplement et largement et cela doit être enseigné dans nos écoles. Faire fi de cette vérité crée des carences notamment de perception identitaire. Les nations ont besoin de référentiel historique pour s'épanouir. Certains se le construisent à partir de rien, alors qu’au Maroc il est là et s’impose à l'évidence. Ce sont des vérités on ne peut plus limpides. Elles doivent constituer la base de notre référentiel identitaire. Les problèmes dont souffre une certaine frange de la population notamment les jeunes en quête d’identité et qui hélas aujourd’hui sont happés par des idéologies importées pouvant embrasser un extrémisme dangereux; ne peuvent trouver de solutions que par la mise en œuvre d’un travail de réécriture de l’histoire de façon objective, basée sur les faits et les preuves historiques, des plus lointaines au plus proches. Les jeunes, à l’adolescence et au début de l’âge adulte notamment, se posent des questions profondes sur ce qui ils sont, ce qu’ils veulent devenir et quelle place ils occupent dans le monde. Ce questionnement, s’il est influencé par nombreux facteurs dont bien évidemment la famille, la culture, les amis, les expériences personnelles et l’environnement social, il est aussi impacté de façon incontournable par l’histoire du pays. Plus cette histoire est lointaine dans le temps, plus elle est motif de fierté et de sérénité. Dans ce monde en constante évolution, où les réseaux sociaux et les pressions de tous genres jouent un rôle conséquent, cette quête d’identité peut être complexe et parfois source d’angoisse. Le désarroi peut aiguillonner vers un réconfort d'ailleurs. Certains peuvent aller jusqu’à penser remonter un temps imaginaire et se construire un monde romanesque, édulcoré par des idéologues servant des causes évidemment invraisemblables. L’investissement dans un musée d’archéologie aussi important est donc venu à temps combler un déficit culturel extrêmement sérieux, réunissant en un lieu accueillant, de dimension respectable, des tas de preuves de la richesse de l’histoire du Maroc. Les historiens eux, devraient se saisir de la question identitaire pour justement pallier les insuffisances et éliminer les biais; Certains s’y sont déjà mis ardemment de façon individuelle et militante. Il faut cependant impérativement que les institutions se saisissent vigoureusement de la question. L’Education Nationale en premier, se doit de prendre la mesure de l’importance de la révision des cursus et contenus des cours d’histoire enseignés dans nos écoles; sans omettre de former un nombre conséquent de spécialistes pour améliorer la recherche dans un domaine aussi cardinal.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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CAF : la fin des ambiguïtés, retour des règles 93

La récente décision du Jury d’appel de la Confédération Africaine de Football marque un tournant majeur dans la gouvernance du football africain. Au-delà du cas spécifique de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, c’est une évolution institutionnelle profonde qui semble se dessiner : celle d’une CAF enfin alignée, sans complaisance, sur les standards normatifs de la Fédération Internationale de Football Association. Une décision juridiquement fondée et assumée Dans son communiqué officiel, le Jury d’appel a annulé la décision de première instance et déclaré le Sénégal forfait, en application stricte des articles 82 et 84 du règlement de la compétition. Le match est ainsi homologué sur le score de 3-0 en faveur du Maroc. Le point central est limpide : le comportement de l’équipe sénégalaise, notamment le fait d’avoir quitté le terrain sans autorisation, constitue une violation caractérisée des règles disciplinaires. Or, ces dispositions ne laissent place à aucune interprétation politique ou émotionnelle : elles imposent mécaniquement la sanction du forfait. En validant cette lecture stricte, la CAF rompt avec une pratique longtemps reprochée : celle d’une gestion parfois hésitante, voire accommodante, des situations litigieuses. La fin d’une culture de l’exception Pendant des années, le football africain a souffert d’un mal structurel : l’inconstance dans l’application des règlements. Certaines décisions semblaient dictées davantage par des équilibres politiques que par la lettre du droit. Or, dans le cas présent, le Jury d’appel a fait exactement l’inverse : Il a reconnu la violation des règles; il a requalifié juridiquement les faits et il a appliqué automatiquement la sanction prévue. Ce triptyque est précisément celui qui fonde la crédibilité des grandes institutions sportives internationales, à commencer par la FIFA. Ce n’est donc pas seulement une décision sportive : c’est une affirmation d’autorité. Un signal fort pour la gouvernance du football africain. Cette décision intervient dans un contexte où la CAF est de plus en plus scrutée, notamment après plusieurs contentieux portés devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), qui ont parfois pointé des incohérences ou des faiblesses dans l’application des règles. En revenant à une lecture stricte de ses propres textes, la CAF envoie plusieurs messages : - Aux fédérations : les règlements ne sont pas négociables. - Aux joueurs et encadrements : les comportements anti-sportifs auront des conséquences immédiates. - À la communauté internationale : l’Afrique du football s’inscrit pleinement dans l’État de droit sportif mondial. Une décision équilibrée et crédible. Fait notable, le Jury d’appel ne s’est pas contenté de statuer en faveur du Maroc. Il a également confirmé certaines responsabilités du côté marocain, notamment concernant des incidents périphériques (ramasseurs de balles, usage de lasers), tout en ajustant les sanctions. Ce point est essentiel : il renforce la crédibilité de la décision. Une justice sportive forte n’est pas une justice partisane, mais une justice cohérente. Vers une nouvelle ère de rigueur ? Ce verdict pourrait faire jurisprudence. Il rappelle que le football africain ne peut plus se permettre d’ambiguïtés à l’heure où les enjeux économiques explosent, la visibilité internationale s’accroît et les standards de gouvernance deviennent universels. L’alignement sur les règles de la FIFA n’est pas une option : c’est une nécessité pour la crédibilité des compétitions africaines. Une rupture véritablement salutaire. En appliquant strictement ses règlements, sans céder à la pression ni aux considérations politiques, la CAF envoie un signal attendu depuis longtemps. Ce n’est pas simplement la victoire d’une équipe sur une autre. C’est la victoire du droit sur l’arbitraire. Et peut-être, enfin, le début d’une CAF plus forte, plus juste et plus respectée.