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CAN 2025 ou le Maroc, vitrine panafricaine exemplaire... 1561

La Coupe d’Afrique des Nations 2025 organisée au Maroc marque une rupture nette avec les 34 éditions précédentes par le niveau de standards qu’elle impose et par le message qu’elle adresse au continent et au reste du monde. Le Royaume, dès le dépôt de sa candidature, avait promis une édition en tout point exceptionnelle, allant jusqu’à présenter sans détour cette CAN comme la meilleure de tous les temps. Cette ambition n’a pas été un simple slogan: elle s’est traduite dans les faits par une mobilisation sans précédent de l’État, de ses institutions et de la société. La rendez-vous en devint un concentré de savoir-faire marocain au service de l’Afrique toute entière ou presque. *Le Maroc disposait déjà, CAN ou pas, d’infrastructures difficilement égalables sur le continent en termes de gamme, de capacité d’accueil et de connectivité. Son réseau routier et ferroviaire figure parmi les plus développés, ses aéroports assurent des liaisons fluides avec les grandes capitales du continent et du monde. A cela s’ajoute un maillage rare de grandes villes capables d’accueillir un événement sportif international de premier plan.* Au plan strictement sportif, le Royaume a modernisé l’ensemble des stades retenus pour la compétition et en a construit de nouveaux, portant toutes les enceintes aux normes les plus exigeantes de la FIFA, qu’il s’agisse de capacités, de sécurité ou de qualité des pelouses. Cette CAN vient ainsi dévoiler à grande échelle une réalité déjà connue des initiés: le pays est doté d’un écosystème d’accueil robuste, tourné vers l’excellence. En toile de fond, cette démonstration s’inscrit dans une transformation de fond engagée sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Le pays connaît depuis deux décennies une métamorphose tous azimuts: infrastructures, économie, politiques sociales, diplomatie, rien n’est laissé de côté. Le développement humain est au cœur de la vision royale, et les investissements consentis dans les stades, les transports, l’hébergement, mais aussi dans la santé et l’éducation, s’inscrivent dans une même trajectoire: améliorer le niveau de vie du citoyen tout en projetant le pays comme acteur central de la scène africaine. Le Royaume a triplé son PIB en 20 ans, un record rarement égalé sur le continent. Il vise un nouveau doublement dans la décennie à venir. L’organisation de la CAN s’insère dans cette dynamique comme une vitrine spectaculaire des capacités logistiques, techniques et humaines du pays. Cette ambition s’accompagne d’une vision panafricaine assumée, fondée sur une logique de partenariat «Win-Win». *Le Maroc se positionne comme moteur de l’intégration africaine, mettant à disposition ses moyens et son expertise. Il est devenu le 1er investisseur étranger en Afrique de l’Ouest et porte des projets structurants, à l’image du gazoduc Nigeria–Maroc, destiné à relier 16 pays à une source d’énergie fiable, condition indispensable à tout développement. *A Dakhla, le Royaume édifie le plus grand port en eau profonde du continent, conçu comme une porte d’accès stratégique pour les pays du Sahel vers l’Atlantique. L’Office Chérifien des Phosphates déploie pour sa part des solutions innovantes pour la souveraineté alimentaire du continent, tandis que les banques marocaines accompagnent la modernisation et la structuration des systèmes financiers d’une vingtaine de pays, là où nombre d’acteurs occidentaux se sont désengagés. La CAN ne fait que lever le voile sur cette réalité, en donnant à voir au grand public ce que le Royaume construit depuis des années. *Le football, dans cette équation, n’est pas un simple divertissement: il est envisagé comme une véritable industrie d’avenir pour l’Afrique. * Sur un continent qui se dirige rapidement vers les deux milliards d’habitants, majoritairement jeunes, le sport s’impose comme un levier majeur à la fois pour la santé physique et mentale que pour l’emploi et la consommation locale. La vision de Sa Majesté le Roi s’appuie sur ce potentiel en plaçant la jeunesse au centre des priorités. Investir dans les académies, les infrastructures sportives et les compétitions, c’est investir dans la stabilité du continent et, par ricochet, dans celle du monde. Le Maroc, qui s’est vu confier par ses pairs africains un rôle de premier plan sur la question migratoire, articule cette politique sportive avec une approche inclusive de l’intégration: les ressortissants subsahariens représentent aujourd’hui plus de 70% des étrangers vivant au Maroc, soit plus de 200 000 personnes, témoignant d’une volonté d’accueil et de co-construction d’un destin commun. Dans ce contexte, la CAN 2025 joue pleinement son rôle de test grandeur nature pour la Coupe du Monde 2030, que le Maroc organisera avec l’Espagne et le Portugal. Elle démontre la capacité opérationnelle du Royaume à gérer un événement de grande ampleur: 52 matchs sur 31 jours, 24 équipes, une logistique lourde en flux de supporters, de médias et d’équipes. Une organisation fluide, des stades modernisés comme le Prince Moulay Abdellah, des infrastructures hôtelières à la hauteur, des réseaux de transport efficaces et une sécurité maîtrisée constituent autant de signaux positifs adressés à la FIFA. L’accueil de plus d’un million de spectateurs sans incidents renforce l’image d’un pays capable d’offrir une expérience globale réussie aux stades et dans les multiples fan-zones, dans toutes les villes du pays. Sur le plan symbolique, les performances des Lions de l’Atlas, portés par l’engouement populaire, renforcent l’idée d’un Maroc pivot du football africain à l’horizon 2030. La dimension politique n’est pas en reste. Face à la puissance d’attraction de modèles nord-américains ou européens, cette CAN donne corps à une autre forme de coopération, triangulaire et équilibrée, entre l’Afrique et l’Europe du Sud. Le dossier conjoint Maroc–Espagne–Portugal trouve dans cette édition une validation grandeur nature de la complémentarité entre les trois pays : synergies d’infrastructures, connectivité, capacité à absorber des flux massifs de supporters, diversité des cultures et des langues. Le succès de la CAN 2025 conforte la crédibilité de cette candidature en montrant que le Maroc est un pilier fiable du dispositif à trois, pleinement intégré aux standards mondiaux de l’organisation sportive. Au-delà des chiffres, des statistiques d’audience ou des retombées économiques, l’impact le plus précieux pour le Royaume demeure cependant immatériel: c’est l’estime des peuples africains. L’image laissée par cette CAN dans la mémoire des joueurs, des délégations, des médias et des supporters pèsera longtemps. Le souvenir d’un pays accueillant, organisé, ouvert et profondément attaché à son africanité est sans doute le legs le plus durable de cette compétition. C’est sur ce capital de confiance, fait de respect, d’hospitalité et de sérieux, que le Maroc entend bâtir la suite de son projet continental et mondial, dans le football comme au-delà, bien évidemment.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 19

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.