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Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 110

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Oil Taxation, Aid Efficiency, and Social Justice: What Strategy for Morocco Facing Energy Shocks? 460

When the Russia-Ukraine war broke out, global energy markets were brutally disrupted. The barrel price crossed historic thresholds, triggering an immediate surge in pump prices in net importer countries like Morocco. In response, the government opted for direct aid to transporters to contain inflation and prevent pass-through to goods and services prices. However, the experience revealed its limits. Despite the subsidies, transport prices did indeed rise, pulling up the cost of all products and services in their wake. This gap between intention and reality raises a central question: how to effectively cushion an energy shock in a liberalized economy without widening inequalities or fueling rents? The decision to specifically aid transporters rested on the implicit assumption that they would act as shock absorbers, absorbing part of the increase. Yet, in a market with tight margins and fierce competition, it is economically rational for operators to pass on costs to fares, despite public support. Several factors explain this relative failure: - Lack of binding mechanisms. No strict obligation prevented pass-through to final prices. - Windfall effect. Some companies received aid without altering their pricing policy. - Targeting difficulties. Aid benefited a specific segment without ensuring a broad, lasting impact on the economy. This observation is all the more troubling since Morocco remains heavily dependent on refined product imports following the closure of the Samir refinery. Today, tensions around the Strait of Hormuz are reigniting fears of a new oil shock. This maritime corridor, through which about 20% of global oil transits, is a critical chokepoint in worldwide energy supply. Any disruption sends prices soaring and, mechanically, pump prices in Morocco. States worldwide have adopted varied strategies, with mixed results: - Price caps. Effectiveness is immediate, with tariff shields on electricity and gas, sometimes paired with fuel caps. These measures contain short-term inflation at the cost of very high budgetary expense, disincentives to energy sobriety, and windfalls for the wealthiest consumers. - Direct transfers. A social but imperfect response. Some countries issued energy checks or lump-sum aid to households. Politically popular, these tools are often criticized for their inflationary nature, lack of precise targeting, and risk of fostering dependence on one-off aid. - Tax modulation, a structural lever. Several states, like Austria, Spain, Italy, or Japan, chose to temporarily cut fuel taxes to limit pump price hikes. This approach directly affects the final price paid by all consumers, without intermediaries. It relies on principles of readability and shared effort between the state and users. In Morocco's case, a significant portion of the pump price consists of taxes—such as TIC and VAT—which heavily influence the per-liter price and give the state major leverage in price formation. Temporarily reducing these taxes would establish an explicit shock-sharing mechanism between the state and citizens, rather than concentrating aid on one sector. This option offers several advantages: - Universality: it benefits everyone, from truck drivers to salaried workers using their car for commuting. - Transparency: the reduction is immediately visible at the pump, boosting trust and the readability of public action. - Economic efficiency: it directly lowers fuel costs. - Social justice: by forgoing part of the fiscal rent on a now-essential product, the state clearly shoulders its share of the effort. Targeted and temporary reduction of oil taxation thus emerges as the most effective and democratic solution to cushion an energy quake. This path is not new in Moroccan debate, as evidenced by the widespread support via the Compensation Fund, phased out from 2015 onward. Lightening fuel costs through subsidies has already been implemented without achieving the theoretically expected results. Need we remind? Any tax reduction, if enacted, cannot be unlimited or permanent but must be strictly time-bound, calibrated to budgetary capacity, and linked to broader hydrocarbon market reform (competition, margins, strategic storage, reopening or alternative to national refining capacity). In other words, tax modulation should not be a short-term reflex but the tool of a comprehensive energy security strategy. Morocco faces a strategic choice: persist with one-off aid to transporters or embrace shock-sharing via taxation. If it chooses the latter and loses short-term revenue, it will gain in social cohesion and economic predictability, with three key lessons: - Prioritize direct mechanisms via taxation, a key pump price component, as the most effective tool for rapid, universal, and democratic action. - Avoid market distortions. Targeted aid without strict controls produces opposite effects; it fuels rents without protecting the end consumer. - Think long-term. Energy issues cannot be divorced from industrial sovereignty (refining, storage) and state budgetary resilience. Beyond conjunctural management, it is a true social contract around energy that must be rethought. In a country where the car is both a work tool, a means of access to essential services, and a vector of mobility, fuel price is a deeply political issue at the intersection of social justice and budgetary sustainability. Rather than multiplying one-off devices for a single sector, Morocco would benefit from a more systemic approach based on fiscal transparency, equity, and economic efficiency. Fuel tax modulation, as a universal and immediate lever, better meets democratic demands. It is a more credible response to current shocks and those to come.