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La langue maternelle dans l'enseignement, un impératif de développement... 3338

Je remercie chaleureusement les nombreuses personnes qui ont réagi à mes précédents articles sur la question de la langue au Maroc. Les avis continuent de diverger concernant le recours à la langue maternelle marocaine dans l'enseignement. Certains sans le moindre argument s’y oppose avec une ferveur incommensurable. Faux débat, disent d’autres. Dans les faits, la quasi-totalité des enseignants recourent déjà à la Darija pour expliquer le contenu des leçons notamment dans les matières scientifiques. Tant mieux. Ce qui laisse perplexe, par contre, est cette logique d´opposition que certains s'évertuent à imposer entre l'arabe et la Darija. En fait, scientifiquement, ce qui est requis dans l’enseignement notamment dans les premières années, ce qui est conseillé par l’ensemble des instances internationales concernées, ce qui est conclu par la quasi-totalité des recherches scientifiques en la matière, est un continuum linguistique, dans la complémentarité entre la langue utilisée à la maison et les autres langues, l'arabe en tête dans le cas du Maroc, puisque politiquement nous en avons fait la langue du pays. La Darija et l’arabe se complètent parfaitement d'ailleurs. L'avantage à apprendre dans la langue maternelle pendant les premières années de scolarité est justement de permettre un transfert vers les autres langues sans fracture ni cassure, assurant une structuration mentale normale. L'enfant n'est pas choqué et se développe psychologiquement, normalement, dans la continuité de son bagage linguistique, génétique, historique, civilisationnel et social. Logiquement, comme cela s'est avéré être le cas dans les pays ayant opté depuis longtemps pour l’usage de la langue maternelle dans l’enseignement, la démarche a pour effet salutaire l'assimilation aisée et assurée du savoir par les apprenants, l’adoption sans difficultés des valeurs sociales et l’intégration facilitée des valeurs civiques. L'école étant ici une composante de la vie, parfaitement intégrée à son environnement. Procéder comme nous le faisons jusqu'à maintenant hélas est justement à l'opposé de cette logique. Notre façon de faire favorise le dédoublement de la personnalité pour ne pas dire plus. Un enfant dès sa scolarisation va adopter un comportement pour l'école, un comportement dans sa famille et plus tard un autre comportement pour la rue et la vie au quotidien. Il développera un langage pour chacune de ces sphères. Cela favorise de nombreuses anomalies mentales et est la principale cause du décrochage scolaire, qui enregistre au Maroc des chiffres plutôt inquiétants, sans parler des budgets colossaux dépensés, pour un rendement faible. Il y va ainsi de dépenses publiques malheureuses, de montants invraisemblables dilapidés sans vergogne depuis longtemps et sans remise en question. . L'enfant n'ayant pas intégré convenablement l'outil qu'est la langue d'apprentissage qui lui est imposée, est tout simplement découragé et va s’éjecter de lui-même du système scolaire. Plus tard, le jeune n'ayant pas réussi sa scolarité, va se retrouver être un sous homme et se percevoir ainsi. Quoi qu'il acquière comme savoir professionnel plus tard, du moment qu'il n'est pas capable de l'exprimer en arabe standard ou en français, il est considéré ignorant. Le citoyen qu'il va devenir est exclu par exemple de l'information officielle qui n'est servie que dans les deux langues plus haut citées, sinon en amazigh et en espagnol. Petit à petit, il se déconnecte de "la vie officielle", décroche de la vie culturelle, ne va plus lire, ne va plus écrire et vite retombera dans l'illettrisme primaire. Cet état des choses crée un divorce entre ces citoyens là, hélas fort nombreux et la Chose publique par exemple. Ils ne vont plus pouvoir, ni vouloir participer à la vie sociale et encore moins à celle politique. Ce rejet est normal car ces citoyens-là, ne se sentent plus concernés et se perçoivent vivre à la marge, le ou les langages utilisés leur étant étrangers. Dans la logique des choses, les plus aigris vont aller jusqu'à développer un rejet puis une haine de la chose publique. Ils constitueront le terreau propice au nihilisme et pourquoi pas à l'intégrisme. L'enfant commence par rejeter et haïr son école et transposera cet état d'âme sur tout son environnement par la suite et notamment sur les institutions. Les violences qui se développent dans notre société peuvent trouver ici une explication plausible. Voilà en résumé la problématique du déni de la langue maternelle. Ce n'est pas une simple affaire de technique ou de linguistique mais plutôt une affaire existentielle pour une société. C'est lié de manière intime au développement humain et partant au développement tout court du pays. Toute réflexion ici devra être menée avec intelligence, loin de toutes idéologies partisanes ou de convictions immuables. La langue maternelle est par essence structurante et rien ne peut remplacer ni son efficacité ni sa richesse.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Football: When Passion Kills the Game in Impunity and Tolerance.. 642

Football (Soccer for Americans) is first and foremost a matter of emotions. By its very essence, it is an open-air theater where human passions play out in their rawest, most primal form. It generates joy, anger, pride, humiliation, and a sense of belonging. From the stands of Camp Nou to those of the Diego Armando Maradona Stadium, through the fervor of the Mohamed V sport Complex in Casablanca, the vibrant enclosures of Stade Léopold Sédar Senghor in Dakar, or even the Parc des Princes in Paris, the Vélodrome In Marseille, and the Bernabeu In Madrid, football transcends the mere framework of the game to become a total social phenomenon. But this emotional intensity, which makes football's beauty, also constitutes its danger. For without rigorous regulation, it quickly tips into excess, then into violence. Today, it must be acknowledged that the rules exist, but they are too often circumvented, stripped of their substance, or applied with disconcerting leniency. On the pitches as in the stands, excesses are multiplying: insults toward referees, provocations between players, systematic challenges, physical violence, projectile throwing, pitch invasions, xenophobic remarks, racist offenses. What was once the exception is tending to become a tolerated norm. Astonishingly, we are starting to get used to it. Recent examples are telling. In Spain, in stadiums renowned for their football culture, racist chants continue to be belted out without shame, targeting players like Vinícius Júnior. Most recently, it was the Muslim community that was insulted. And yet, Spain's current football prodigy is Muslim. An overheated crowd that has doubtless forgotten it wasn't so long ago that it was Muslim itself. Among those chanting these remarks, and without a doubt, some still carry the genes of that recent past... In Dakar, just a few days ago, clashes escalated, turning a sports celebration into a scene of chaos. In Italy, incidents involving supporters who invaded the pitch, during a friendly match, no less, endangered players and officials, recalling the dark hours of European hooliganism in the 1980s. These episodes are not isolated; they reflect a worrying normalization of violence in and around stadiums. Even at the highest level of African football, behavioral excesses are becoming problematic. The 2025 Africa Cup of Nations final left a bitter taste. What should have been a moment of celebration for continental football was marred by behaviors contrary to sporting ethics. Pressures on refereeing, excessive challenges, and game interruptions have become commonplace. When a coach manipulates a match's rhythm to influence a refereeing decision, it is no longer strategy but a challenge to the very foundations of the sport. Despite international outrage, the sanctions imposed on teams, clubs, or players involved remain often symbolic, insufficient to eradicate these behaviors. A very surprising phenomenon: rarely have clubs or federations clearly distanced themselves from such crowds. They accommodate them, and when they condemn them, it is half-heartedly, in a muffled, timid tone with no effect. The problem is twofold. On one hand, disciplinary regulations exist but lack firmness. On the other, their application suffers from a lack of consistency and political courage. Bodies like FIFA, continental confederations, and national federations hesitate to impose truly dissuasive sanctions such as point deductions, prolonged closed-door matches, competition exclusions, or even administrative relegations. Yet without fear of sanction, the rule loses all effectiveness. It suffices to compare with other sports to measure the gap. In rugby, for example, respect for the referee is a cardinal value. The slightest challenge is immediately sanctioned. In athletics, a false start leads to immediate disqualification, no discussion. Football, meanwhile, still tolerates too many behaviors that should be unacceptable. This permissiveness has a cost. It undermines football's image, discourages some families from attending stadiums, and endangers the safety of the game's actors. More gravely, it paves the way for future tragedies. History has already taught us, through catastrophes like the Heysel Stadium disaster, that violence in stadiums can have tragic consequences. It is therefore urgent to react. Regulating football does not mean killing its soul, but rather preserving it. It is not about extinguishing passions, but channeling them. This requires strong measures, exemplary sanctions against offending clubs and players, accountability for national federations, increased use of technology to identify troublemakers, and above all, a clear political will from national and international governing bodies. Football cannot continue to be this "market of emotion" left to its own devices. For by tolerating the intolerable, it risks losing what makes its greatness and its ability to unite rather than divide. If FIFA does not decide to act firmly, the danger is real: that of seeing football sink into a spiral where violence triumphs over the game, and where, one day, tragedies exceed the mere framework of sport. The long-awaited decision of the Court of Arbitration for Sport (CAS) in the 2025 AFCON final case should confirm rigor and integrity in the application of rules, at least at this level, thereby strengthening the credibility of the pan-African competition and football in general.