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Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 118

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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AFCON 2025, Regulations and Narrative: When the Laws of the Game Catch Up with the Debate... 45

The controversy surrounding the AFCON 2025 final has been decisive. It now resembles less a debate than a serialized drama, where law and passion vie for the starring role, each convinced it has the superior script. For several weeks, the Confederation of African Football's (CAF) appeal jury decision, ratifying Senegal's defeat on a technicality and crowning Morocco as the official winner, has been scrutinized, dissected, contested, and even rewritten according to various biases. The most vehement commentators invoke a principle they elevate to the status of sanctity: a football match must be decided on the pitch, not in air-conditioned offices. Fair enough... until the fundamental rules are transgressed and trampled. The argument is noble, of course... but it conveniently overlooks that without regulations, sanctions, and bodies to enforce them, football would quickly resemble a giant playground where everyone redraws the rules at halftime. In reality, this debate says less about the match itself than about our collective difficulty accepting that in football too, as in life, the final whistle can sometimes blow... off the field. The seductive argument in the abstract, that the result must be earned on the pitch, collides with an inescapable reality: football is also, and perhaps above all, a universal normative framework. Without rules, there is no competition, no fairness, no legitimacy, no universality. And precisely, the recent adjustments by The International Football Association Board (IFAB) shed light on this tension between sporting idealism and regulatory discipline. For context, the IFAB establishes football's Laws of the Game fairly independently from FIFA's governing bodies. A legacy from the past, but a fine inheritance ensuring a degree of objectivity and neutrality. By introducing some modifications to the Laws of the Game recently, the body has brought a major clarification. From now on, any player leaving the pitch in protest risks a red card and ejection, and any team responsible for abandoning a match will be declared to have forfeited. This is the logical follow-up to what happened in Rabat. A truly welcome legacy here too. The IFAB is simply saying: never again. This point is crucial. It’s not an interpretation, but an explicit intent to strengthen the referee's authority and preserve competition integrity through stricter adherence to the rules of play and competition. In other words, the behavior seen in this controversial final is not just morally regrettable; it is now formally regulated and sanctioned. This profoundly changes the nature of the debate. For while one can question the wisdom of a past decision, it becomes hard to ignore that the direction of legal evolution aligns precisely with the CAF's choice, explicitly backed by the body that crafts football's rules, and, by extension, by FIFA itself. Thus, a question arises: why do some analysts highlight secondary elements of the new rules, like the ban on players covering their mouths during protests or exchanges, while omitting the core provisions on match abandonment? Have they not grasped the importance of the most significant change in world football, effective immediately? This editorial choice raises questions. It suggests less a desire to fully inform than an attempt to sustain a weakened argumentative line amid evolving legal frameworks. Refusing to integrate this new data risks accusations of bias, or even deliberate narrative distortion. It would be far more productive to recognize that modern football cannot survive without collective discipline. The romanticism of “a game decided on the pitch” cannot justify behaviors that undermine referee authority and threaten the very order of competition. In this light, the CAF's decision now appears less an anomaly than a fortunate anticipation, perhaps severe, but coherent with a normative evolution embraced at the highest levels of world football. The polemic around this final thus far exceeds a single match. It reveals a rift between two visions of football: one emotional and narrative, clinging to the idea of the game regardless of how it's played; the other institutional and legal, aware that without strict rule observance, the game itself loses all meaning. And in this showdown, the laws of the game seem to have gained an irrevocable lead. This aligns with history, perhaps innovation, but undoubtedly the normal evolution of things. From now on, no one will use the threat of walking off to influence the referee's decisions. From now on and forever, the law will take precedence in all circumstances.