Think Forward.

Maroc-Nigeria : De la froideur à un partenariat stratégique continental... 2693

Je me trouve à Abeokuta au Nigéria pour l’organisation des Championnats d’Afrique d’Athlétisme des U18 et des U20. Quoi de plus normal que de penser aux relations entre le Maroc et le Nigeria qui ont connu une évolution notable passant d’une période de distance et de prudence à un partenariat stratégique majeur pour l’Afrique. Un indice éloquent: la compagnie aérienne nationale assure aujourd’hui deux vols quotidiens sur Lagos. Dans les années 1960 à 1980, les relations entre le Maroc et le Nigeria sont restées formelles mais distantes, en raison de divergences idéologiques profondes. Le Nigeria, poids lourd anglophone et proche du bloc non-aligné ; un non alignement qui signifiait plutôt un alignement sur les modèles de l'Europe de l’Est de l'époque. Le Maroc, quant à lui, plus proche de l’Occident, adoptait une diplomatie prudente en respect de son positionnement séculaire et de ses fondamentaux de non ingérence et de respect des peuples et de leurs choix. La distanciation entre les deux pays a été plus actée notamment après le retrait du Royaume de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1984, en réaction à l’adhésion de la République fantoche arabe sahraouie démocratique à cette organisation. La question du Sahara dit occidental constituait un point de friction majeur, le Nigeria soutenant la RASD, ce qui freinait tout rapprochement significatif. Ainsi, les relations durant la décennie 1980–1990 sont restées tièdes, limitées à des échanges diplomatiques de base. Le retour de la démocratie au Nigeria en 1999, avec l’élection d’Olusegun Obasanjo, et la montée en puissance du Maroc sur la scène africaine ont marqué un tournant. Les deux pays ont entamé un rapprochement diplomatique discret mais concret. Plusieurs domaines ont été explorés pour renforcer la coopération : l’énergie avec des discussions sur une coopération gazière, le commerce avec des échanges modestes mais en croissance, l'agriculture dans l'objectif de satisfaire aux besoins croissants de la population nigériane, ainsi que la dimension religieuse, notamment à travers le soufisme et l’enseignement religieux modéré promu par le Maroc. Le véritable tournant s’est produit en décembre 2016, lors de la visite historique du roi Mohammed VI à Abuja. Cette visite a marqué une rupture dans les relations bilatérales, avec la signature de nombreux accords de coopération dans les secteurs agricole, bancaire, industriel, religieux et énergétique. L'on rappellera ici les accolades fraternelles et les propos chaleureux ayant marqués les rencontres de Sa Majesté le Roi Mohammed VI avec le Président Buhari. Le projet phare dans cette dynamique est le gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP), annoncé en 2016. Ce projet ambitieux, long de plus de 5600 km et traversant 13 pays d’Afrique de l’Ouest, vise à acheminer le gaz nigérian jusqu’au Maroc, puis potentiellement vers l’Europe. Ses objectifs sont multiples : assurer la sécurité énergétique, favoriser l’intégration régionale et renforcer la stabilité géopolitique. Entre 2022 et 2023, plusieurs accords de financement et d’études techniques ont été signés avec la CEDEAO, l’OPEP et des partenaires européens. Parallèlement, la coopération s’est diversifiée : des banques marocaines ont investi au Nigeria, tandis que le partenariat entre l’Office chérifien des phosphates (OCP) et le Dangote Group a renforcé la production d’engrais au Nigeria. Sur le plan religieux, le Maroc accueille des imams nigérians dans ses centres de formation, consolidant ainsi les liens culturels et religieux. Depuis l’élection du président Bola Tinubu en 2023, la coopération active avec le Maroc semble se poursuivre. Le projet du gazoduc NMGP avance avec le soutien d’acteurs importants tels que l’Union européenne et la Banque Islamique de Développement, malgré un contexte mondial compliqué marqué par la guerre en Ukraine et des instabilités régionales. La question du Sahara occidental demeure une ligne de fracture modérée : le Nigeria n’a pas retiré sa reconnaissance de la RASD, mais n’émet plus de déclarations hostiles envers Rabat depuis plusieurs années, témoignant d’un apaisement diplomatique certain. Le partenariat Maroc-Nigeria s’inscrit dans une dynamique géostratégique complexe, notamment en compétition et complémentarité avec l’Algérie. Le projet Maroc-Nigeria est parfois perçu comme un contrepoids au gazoduc transsaharien Algérie-Nigeria, qui reste à l’état de projet contrairement au projet marocain qui avance à grande vitesse et selon le timing arrêté. Sur le plan régional, cette alliance pourrait redessiner les axes Nord-Sud de coopération africaine, reliant l’Afrique de l’Ouest au Maghreb, et dépasser ainsi la traditionnelle division francophone/anglophone. L’adhésion du Maroc à la CEDEAO, bien que suspendue, illustre cette volonté d’intégration économique poussée avec Abuja comme partenaire-clé. Les relations entre le Maroc et le Nigeria ont évolué d’une froideur diplomatique à une alliance stratégique structurante pour le continent africain. Le projet de gazoduc, l’implantation bancaire, la coopération agricole et religieuse, ainsi que les convergences géoéconomiques font de ce partenariat un pilier majeur du Sud global africain. La prochaine décennie sera déterminante pour mesurer la capacité de ces deux pays à transformer leur coopération en un moteur d’intégration continentale. Le panorama clair et la chronologique de l’évolution des relations bilatérales Maroc-Nigeria, souligne les enjeux politiques, économiques et géostratégiques qui les sous-tendent. Peut on conclure sans rendre un hommage appuyé et prier pour l’âme du Président Muhammadu Buhari décédé le dimanche 13 juillet à Londres à l'âge de 82 ans des suites d'une longue maladie. C’est durant sa présidence que les relations entre les deux pays se sont développées et sont sorties de la routine conflictuelle larvée vers une coopération Win Win. Paix à son âme.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


9100

33.0

Oil Taxation, Aid Efficiency, and Social Justice: What Strategy for Morocco Facing Energy Shocks? 632

When the Russia-Ukraine war broke out, global energy markets were brutally disrupted. The barrel price crossed historic thresholds, triggering an immediate surge in pump prices in net importer countries like Morocco. In response, the government opted for direct aid to transporters to contain inflation and prevent pass-through to goods and services prices. However, the experience revealed its limits. Despite the subsidies, transport prices did indeed rise, pulling up the cost of all products and services in their wake. This gap between intention and reality raises a central question: how to effectively cushion an energy shock in a liberalized economy without widening inequalities or fueling rents? The decision to specifically aid transporters rested on the implicit assumption that they would act as shock absorbers, absorbing part of the increase. Yet, in a market with tight margins and fierce competition, it is economically rational for operators to pass on costs to fares, despite public support. Several factors explain this relative failure: - Lack of binding mechanisms. No strict obligation prevented pass-through to final prices. - Windfall effect. Some companies received aid without altering their pricing policy. - Targeting difficulties. Aid benefited a specific segment without ensuring a broad, lasting impact on the economy. This observation is all the more troubling since Morocco remains heavily dependent on refined product imports following the closure of the Samir refinery. Today, tensions around the Strait of Hormuz are reigniting fears of a new oil shock. This maritime corridor, through which about 20% of global oil transits, is a critical chokepoint in worldwide energy supply. Any disruption sends prices soaring and, mechanically, pump prices in Morocco. States worldwide have adopted varied strategies, with mixed results: - Price caps. Effectiveness is immediate, with tariff shields on electricity and gas, sometimes paired with fuel caps. These measures contain short-term inflation at the cost of very high budgetary expense, disincentives to energy sobriety, and windfalls for the wealthiest consumers. - Direct transfers. A social but imperfect response. Some countries issued energy checks or lump-sum aid to households. Politically popular, these tools are often criticized for their inflationary nature, lack of precise targeting, and risk of fostering dependence on one-off aid. - Tax modulation, a structural lever. Several states, like Austria, Spain, Italy, or Japan, chose to temporarily cut fuel taxes to limit pump price hikes. This approach directly affects the final price paid by all consumers, without intermediaries. It relies on principles of readability and shared effort between the state and users. In Morocco's case, a significant portion of the pump price consists of taxes—such as TIC and VAT—which heavily influence the per-liter price and give the state major leverage in price formation. Temporarily reducing these taxes would establish an explicit shock-sharing mechanism between the state and citizens, rather than concentrating aid on one sector. This option offers several advantages: - Universality: it benefits everyone, from truck drivers to salaried workers using their car for commuting. - Transparency: the reduction is immediately visible at the pump, boosting trust and the readability of public action. - Economic efficiency: it directly lowers fuel costs. - Social justice: by forgoing part of the fiscal rent on a now-essential product, the state clearly shoulders its share of the effort. Targeted and temporary reduction of oil taxation thus emerges as the most effective and democratic solution to cushion an energy quake. This path is not new in Moroccan debate, as evidenced by the widespread support via the Compensation Fund, phased out from 2015 onward. Lightening fuel costs through subsidies has already been implemented without achieving the theoretically expected results. Need we remind? Any tax reduction, if enacted, cannot be unlimited or permanent but must be strictly time-bound, calibrated to budgetary capacity, and linked to broader hydrocarbon market reform (competition, margins, strategic storage, reopening or alternative to national refining capacity). In other words, tax modulation should not be a short-term reflex but the tool of a comprehensive energy security strategy. Morocco faces a strategic choice: persist with one-off aid to transporters or embrace shock-sharing via taxation. If it chooses the latter and loses short-term revenue, it will gain in social cohesion and economic predictability, with three key lessons: - Prioritize direct mechanisms via taxation, a key pump price component, as the most effective tool for rapid, universal, and democratic action. - Avoid market distortions. Targeted aid without strict controls produces opposite effects; it fuels rents without protecting the end consumer. - Think long-term. Energy issues cannot be divorced from industrial sovereignty (refining, storage) and state budgetary resilience. Beyond conjunctural management, it is a true social contract around energy that must be rethought. In a country where the car is both a work tool, a means of access to essential services, and a vector of mobility, fuel price is a deeply political issue at the intersection of social justice and budgetary sustainability. Rather than multiplying one-off devices for a single sector, Morocco would benefit from a more systemic approach based on fiscal transparency, equity, and economic efficiency. Fuel tax modulation, as a universal and immediate lever, better meets democratic demands. It is a more credible response to current shocks and those to come.