Pensez le Futur.

A richer world athletics, but not for all... 9084

Has world athletics suddenly become richer, or is it just trying to be fairer in the distribution of financial income, particularly in the share it gives to athletes? In any case, the news for the next few years seems to confirm a major flow of money into athletics, with the athletes as the primary beneficiaries. It also seems that the recently launched projects and new competition formulas are very attractive and of great interest to promoters and advertisers. Historically, this has been the case since the 80s, when under the control of the revered President Primo Nebiolo, the man who revolutionized athletics, the IAAF was a pioneer in deciding to grant bonuses to athletes at world championships. It also began to pay grants to national federations for the preparation of their athletes. In fact, it distributed the income generated by world competitions as fairly as possible. Forty years later, World Athletics (the new name for the IAAF) announced athlete bonuses at the last Olympic Games in Paris. One day, the IOC will have to review its financial policy and come to the realization that, at the heart of the money it collects, there is a show whose actors are the athletes, and that any service that generates profits must benefit its actors first. I'm one of those who believe that the IOC should start paying bonuses to winners as soon as possible. Today, it seems that the most important annual competition in athletics, the “Wanda Diamond League”, will be increasing its athlete bonuses in 2025, thanks to a significant increase in resources. The amounts involved will be higher than in previous seasons. The promised increase will apply to both individual competitions and the overall prize money paid out at the annual finals. For its part, World Athletics, which had already increased the prize money reserved for athletes at world championships in 2022, is now proposing a new formula for annual competition, which it now calls the “Ultimate Championships”. The competition would begin in 2026 with a prize fund of 10 million USD. The winners of each event would receive USD 150,000. Also arriving is the new world league, Grand Slam Track (GST), founded by legendary American sprinter and former 400m world record holder Michael Johnson. This competition will make its debut in April 2025. The GST, which will see the world's best male and female runners compete, offers 262,500 USD in prize money at each of its four meetings, each winner receiving 100,000 USD. The Athlos, an event organized in New York by Alexis Ohanian (husband of Serena Williams), has also recently been launched. This women-only competition carries a prize of 110,500 USD per race, with 60,000 USD going to each of the winners. European athletics has also seen a real shake-up, with the launch at this year's European Championships in Rome of gold crowns worth 50,000 EUR, awarded to the best result per event group. These awards were won by 10 renowned athletes: Warholm, Ingebrigtsen, Duplantis, Fabbri, Erm - Bol, Battocletti, Elkasevic, Mihambo and Thiam. In addition, for 2025, outdoor competitions organized under the aegis of European Athletics will be endowed with even higher prizes: EUR 75,000 for silver, EUR 30,000 for bronze and EUR 12,000 for the challenge. Athletics thus seems to be back on its feet financially, no doubt as a result of the healthy performances of its ever-improving athletes and increasingly spectacular competitions. At the same time, these new formulas risk widening the gap between the different regions of the world, particularly when it comes to continental competitions. While Asia and North America have the capacity to keep pace, Oceania and South America a little less so, Africa seems far from being able to generate the financial flows needed to organize major championships and pay athletes bonuses. It's not a question of will, or even less of competence. Rather, it is the economic context that is decisive. At the 2018 continental championships in Assaba, Nigeria, Africa beat Europe to the punch by attempting to pay bonuses of 3,000 USD to the winners of the various events. Unfortunately, the project came to nothing. The Confederation of African Athletics is likely to find it difficult to attract the best African athletes to these competitions if it does not align itself with what is happening elsewhere. As far as athletics one day meetings are concerned here too, the gap is likely to widen even further. Formulas in Europe and North America will severely handicap the attractiveness of competitions elsewhere, particularly in Africa. Only time will tell what will really happen...very soon indeed. In the end, it's the athletes who will be more fairly rewarded for their efforts and sacrifices. And that's undoubtedly a great step forward for the world...
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Fuite des cerveaux et déclin démographique : la double peine silencieuse du Maroc... 66

Par-delà les discours convenus sur la modernisation et l’attractivité du Royaume, une réalité plus inquiétante s’impose progressivement, celle de la fuite des cerveaux. Longtemps perçue comme un effet secondaire de la mondialisation, elle devient aujourd’hui un facteur structurel de fragilisation socio-économique. Et cette dynamique prend une ampleur nouvelle à mesure que s’installe une transition démographique marquée par le ralentissement, voire la contraction; du vivier national de talents. L'hémorragie est ancienne, mais désormais elle devient critique. Le phénomène de migration des compétences n’est pas nouveau au Maroc. Depuis des décennies, ingénieurs, médecins, chercheurs ou cadres supérieurs s’orientent vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou, plus récemment, les pays du Golfe. Les raisons sont connues : salaires plus élevés, conditions de travail plus attractives, reconnaissance professionnelle accrue, écosystèmes d’innovation plus matures, fiscalité avantageuse. Dans un contexte de forte croissance démographique, cette perte était en partie absorbée par l’élargissement continu de la base des diplômés. Le système éducatif, malgré ses limites, alimentait un flux suffisant pour compenser, au moins quantitativement, les départs. Mais cette équation est en train de changer. La transition démographique, un tournant qu'on ne peut sous-estimer va aggraver davantage la situation. Le Maroc est entré dans une phase avancée de sa transition démographique. La baisse du taux de fécondité, amorcée depuis les années 1990, s’accélère et s’accompagne d’un vieillissement progressif de la population. Ce phénomène, souvent interprété comme un signe de modernisation, comporte en réalité des implications économiques profondes. La population en âge de travailler, moteur de la croissance, tend à stagner puis à diminuer. Le « dividende démographique », qui a longtemps soutenu le développement du pays, s’érode. Dans ce contexte, chaque départ de talent n’est plus simplement une perte individuelle; il devient un manque systémique, difficilement compensable. Le coût socio-économique des départs est croissant et se fera sentir chaque année un peu plus. C’est ici que se noue le cœur du problème : la fuite des cerveaux, combinée à la décroissance démographique relative, engendre un coût socio-économique cumulatif et croissant. D’abord, sur le plan productif. La perte de compétences rares affecte directement la capacité d’innovation, la compétitivité des entreprises et l’attractivité globale du pays. Les secteurs stratégiques: santé, numérique, ingénierie, recherche scientifique, sont les premiers touchés. Le cas des médecins marocains exerçant à l’étranger illustre de manière frappante cette tension. Former un médecin représente un investissement public considérable, dont les bénéfices sont souvent hélas captés par d’autres économies. Ensuite, sur le plan fiscal. Les profils hautement qualifiés sont aussi ceux qui contribuent le plus aux recettes fiscales et à la création de valeur. Leur départ réduit la base imposable, fragilise les équilibres budgétaires et limite les capacités d’investissement public. Enfin, sur le plan social. La raréfaction des compétences accentue les inégalités territoriales et sectorielles. Certaines régions ou services publics se retrouvent en pénurie chronique de personnel qualifié, ce qui alimente un sentiment d’abandon et creuse les fractures internes. Au-delà des indicateurs économiques, la fuite des cerveaux entraîne une érosion des « externalités positives » associées aux élites formées. Un ingénieur, un chercheur ou un médecin ne produit pas seulement de la valeur individuelle. Il contribue à la diffusion des connaissances, à la formation des générations suivantes, à l’émergence d’écosystèmes innovants et pérenne. Lorsque ces acteurs quittent le territoire, c’est toute une chaîne de transmission qui se fragilise. Le pays perd non seulement des compétences, mais aussi des multiplicateurs de développement. La question est aussi de savoir si avoir une diaspora importante à l'etranger constitue une opportunité ou est une simple illusion compensatoire ? Face à ce constat, l’argument de la diaspora est souvent avancé comme contrepoids. Les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger constituent effectivement une ressource importante. De même, les réseaux diasporiques peuvent favoriser les investissements et les transferts de savoir-faire. Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. Les remises financières, aussi significatives soient-elles, ne remplacent ni la présence physique des compétences ni leur contribution quotidienne à l’économie nationale. Quant aux retours d’expérience ou aux investissements, ils restent encore marginaux au regard de l’ampleur des départs. Il s'agit donc d'imaginet de d'implémenter une véritable stratégie de rétention et de circulation des talents. Face à la double contrainte: fuite des cerveaux et contraction démographique, le Maroc ne peut plus se contenter de réponses partielles. Il s’agit désormais d’un enjeu stratégique majeure voire urgent. Plusieurs leviers peuvent être envisagés : * Améliorer les conditions de travail et de rémunération dans les secteurs clés, notamment la santé et la recherche. * Réformer en profondeur le système éducatif pour mieux aligner les formations sur les besoins du marché et valoriser les filières scientifiques et techniques. * Encourager le retour des compétences par des incitations ciblées (fiscales, professionnelles, académiques). * Développer des écosystèmes d’innovation capables de retenir les talents en offrant des perspectives de carrière et de création. * Mettre en place une politique de “circulation des cerveaux”, favorisant les allers-retours plutôt que les départs définitifs. Ce qui était hier un problème préoccupant devient aujourd’hui une menace structurelle et exige donc une urgence stratégique. Dans un contexte de raréfaction progressive des ressources humaines qualifiées, chaque départ compte davantage, chaque perte pèse plus lourd. La fuite des cerveaux, combinée à la transition démographique, constitue ainsi une double peine silencieuse pour le Maroc. Elle appelle une prise de conscience à la hauteur des enjeux : non plus seulement freiner les départs, mais repenser en profondeur le modèle de développement pour faire du capital humain, rare et précieux, le cœur de la stratégie nationale. Car, à terme, la véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles ni dans ses infrastructures, mais dans la qualité, la créativité et l’engagement de ses femmes et de ses hommes.

Le Maroc et l’économie de confiance : le capital invisible du développement 78

Dans l’histoire économique des nations, certains atouts sont visibles, telles les ressources naturelles, la position géographique, les infrastructures ou la taille du marché. D’autres, en revanche, sont invisibles mais souvent déterminants. Parmi eux, la confiance occupe une place centrale et constitue le véritable ciment des économies durables. Une économie peut survivre avec peu de ressources naturelles, mais elle ne peut prospérer durablement sans confiance. Le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts: stabilité politique remarquable, position stratégique, infrastructures de classe mondiale et une diplomatie économique active. Pourtant, l’étape décisive du développement consiste désormais à bâtir une véritable économie de confiance, capable de rassurer durablement les citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Ce n’est pas un slogan. La confiance est une architecture institutionnelle et culturelle qui se construit dans la durée. C'est le premier capital d’une économie moderne et un facteur déterminant. Elle réduit les coûts de transaction, encourage l’investissement, facilite l’innovation et stimule l’initiative individuelle. Lorsqu’un entrepreneur sait que les règles du jeu sont stables, que les contrats seront respectés et que la justice est rapide et indépendante, il investit plus facilement. Lorsqu’un citoyen a confiance dans l’administration fiscale et dans les institutions, il accepte plus volontiers l’impôt et participe à l’économie formelle. À l’inverse, l’absence de confiance génère des comportements de précaution: fuite des capitaux, informalité, faible investissement à long terme. L’économie devient alors prudente, fragmentée et inefficiente. Pour le Maroc, la question centrale n’est donc pas seulement d’attirer des investissements, mais de créer un environnement où la confiance devient un réflexe collectif. Il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès considérables accomplis au cours des dernières décennies. Les fondations sont solides. Le pays a investi massivement dans les infrastructures:Tanger Med est aujourd’hui l’un des plus importants hubs logistiques au monde. Nador et Dakhla arrivent bientôt. Les zones industrielles ont permis l’émergence de filières performantes, dans l’automobile avec Renault Group et Stellantis, et dans l’aéronautique avec Boeing, Airbus et Safran. L’ambition du pays en matière de transition énergétique est exemplaire. Cela montre qu'il est capable de porter des projets structurants et d’offrir un environnement macroéconomique stable. Cependant, la prochaine étape du développement exige un saut qualitatif: passer d’une économie d’opportunité à une économie de confiance avec un rôle déterminant de l’État de droit. La confiance repose d’abord sur la solidité des institutions. Pour les investisseurs comme pour les entrepreneurs, la prévisibilité des règles constitue un élément décisif. Les lois doivent être stables, lisibles et appliquées de manière égale avec trois dimensions particulièrement cruciales : 1. **L’indépendance et l’efficacité de la justice** Une justice rapide, accessible et crédible est la clé de voûte de toute économie de confiance. Les litiges commerciaux doivent être réglés dans des délais raisonnables. Les décisions judiciaires doivent être exécutées sans ambiguïté. La sécurité juridique est souvent le premier facteur d’attractivité. 2. **La stabilité fiscale** Les investisseurs n’attendent pas nécessairement des taux d’imposition très faibles; ils recherchent avant tout la stabilité et la lisibilité. Une fiscalité prévisible permet aux entreprises de planifier les investissements sur le long terme. Le Maroc a déjà engagé plusieurs réformes fiscales importantes, mais l’enjeu est désormais d'aller plus loin et de consolider un pacte fiscal clair et durable. 3. **La lutte contre les rentes et les privilèges** La confiance disparaît lorsque les règles du jeu semblent inégales. Une économie dynamique repose sur la concurrence loyale et l’égalité des opportunités. La transparence des marchés publics, la régulation de la concurrence et la limitation des situations de rente constituent des leviers essentiels. Une économie de confiance est aussi une économie de liberté, à même de libérer l’énergie entrepreneuriale. La liberté d’entreprendre, d’innover et d’expérimenter est l’un des moteurs fondamentaux de la croissance. Le Maroc dispose d’une jeunesse talentueuse, d’ingénieurs compétents et d’une diaspora influente. Cependant, plusieurs obstacles subsistent: complexité administrative, accès au financement pour les PME, lenteur de certaines procédures. Le défi consiste à créer un environnement où l’initiative individuelle devient la norme plutôt que l’exception. Les start-ups marocaines dans les domaines de la fintech, de l’intelligence artificielle ou des technologies agricoles montrent déjà le potentiel du pays. Avec un écosystème plus fluide, elles pourraient devenir les champions économiques de demain. Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et les recompositions économiques, la confiance devient également un avantage comparatif. Si le Maroc parvient à se positionner comme un pays où les règles sont stables, la justice fiable et l’administration prévisible, il pourrait devenir l’une des principales plateformes d’investissement entre l’Europe et l’Afrique. Cette ambition est cohérente avec les stratégies africaines du Royaume et avec son ouverture internationale croissante. La confiance pourrait ainsi devenir la véritable marque économique du Maroc. Plusieurs orientations stratégiques méritent d’être privilégiées : 1. Accélérer la modernisation du système judiciaire, notamment dans le traitement des litiges commerciaux et l’exécution des décisions de justice. 2. Simplifier radicalement les procédures administratives pour les entreprises, par la digitalisation complète des services publics. 3. Instaurer une stabilité fiscale sur plusieurs années afin de renforcer la visibilité. 4. Encourager la transparence et la concurrence loyale dans tous les secteurs économiques. 5. Renforcer la formation et la valorisation du capital humain, notamment dans les domaines technologiques et scientifiques. 6. Développer une culture de confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens. Cette dimension est souvent négligée, alors qu’elle constitue le socle invisible du développement. Le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire économique. Les infrastructures sont là, les ambitions stratégiques sont affirmées et l’environnement international offre de nouvelles opportunités. La prochaine étape consiste donc à bâtir un écosystème de confiance durable. Si le Maroc réussit ce pari et il le doit, il pourrait non seulement accélérer son développement, mais aussi devenir l’une des économies les plus crédibles et les plus attractives du monde émergent. Dans l’économie mondiale du XXIᵉ siècle, la confiance est sans doute le capital le plus rare et le plus puissant.