CAN : l’urgence d’un code éthique pour restaurer l’esprit du football africain
La très récente Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, pourtant voulue comme une célébration du football africain dans toute sa diversité et sa ferveur, a laissé un goût amer, une grosse amertume, une déception incommensurable, une douleur immense et des blessés.
Quel dommage que de récompenser ainsi un pays qui a tout donné pour que soit célébré l'Afrique. Quelle honte que de haranguer les foules jusqu'à leur faire commettre des agressions physiques et de peut être laisser orpheline une famille.
Au-delà des performances sportives, plusieurs comportements observés tout au long de la compétition ont suscité l’incompréhension, l’indignation et parfois la honte. Des débordements verbaux, des attitudes provocatrices, des mises en cause répétées de l’arbitrage et des déclarations irresponsables de personnes sensées incarner les valeurs mêmes du sport ont terni l’image de la CAN. En conférence de presse, pourtant organisée par la CAF à la gloire du sport et en dehors, certains ont commis des propos invraisemblables, fruits de leurs imaginations débordantes et de petits calculs imbéciles.
Le paroxysme de ces dérives a été atteint lors de la finale, avec le comportement indigne d'un entraîneur, aujourd'hui largement relayé et commentés par les médias et les réseaux sociaux. Quelles que soient les tensions inhérentes à un match de ce niveau, rien ne saurait justifier des attitudes contraires aux valeurs du sport, de respect et de fair-play. Ce n’est pas seulement une question d’émotion ou de rivalité, mais une question de responsabilité vis à vis d'une jeunesse et d'un continent en devenir.
La CAN au Maroc n’a pas été une compétition comme les autres. Elle fut une vitrine du football africain, observée par le monde entier, suivie par des millions de jeunes qui y cherchent des modèles. Les entraîneurs, joueurs, dirigeants et officiels ne sont pas de simples acteurs : ils sont des référents, des symboles et des ambassadeurs.
Face à cette réalité dommageable, il devient impératif que la Confédération Africaine de Football (CAF) franchisse un cap. Les sanctions ponctuelles, souvent perçues comme tardives ou incohérentes, ne suffisent plus. Il est temps d’instaurer un code éthique contraignant, clair et universel, que tout participant à la CAN serait tenu de signer avant le début de la compétition, dès les phases éliminatoires. Un engagement moral et juridique, condition sine qua non de participation.
Un tel code n’aurait pas pour vocation de brider la passion ou la liberté d’expression, mais de fixer des limites claires entre la compétition et la dérive, entre la contestation légitime et l’irresponsabilité publique.
Le dit Code Éthique de la CAN reposerait sur huit piliers clairs, précis et contraignants.
**1. Les principes fondamentaux du code seraient:**
* Le respect des valeurs du football : fair-play, intégrité, dignité et respect mutuel
* Le respect de l’image et de la réputation du football africain
* La responsabilité individuelle et collective de tout participant
**2. Le comportement sur le terrain et en zone technique serait bien encadré:**
* L'interdiction de tout comportement agressif, provocateur ou insultant
* Le respect absolu des arbitres et officiels, quelles que soient les décisions
* L'interdiction de gestes, propos ou attitudes incitant à la violence ou à la haine
**3. Le comportement hors du terrain fait partie du tout:**
* Le respect des adversaires, supporters, médias et institutions
* L'interdiction de toute forme de discrimination: raciale, nationale, religieuse ou autres.
* Le comportement doit être exemplaire dans les lieux publics, hôtels, stades et zones mixtes
**4. La communication et déclarations publiques doivent respecter les règles avant tout:**
* l'obligation de retenue et de responsabilité dans les déclarations médiatiques
* L'interdiction de mettre en cause l’intégrité de l’arbitrage sans preuves établies sino devant les instances et non par toute autres voix.
* L'interdiction d’incitation à la violence ou à la contestation hostile par le geste ou le verbe
**5. La responsabilité des entraîneurs et dirigeants est fondamentales:**
* L'obligation d’exemplarité renforcée en raison de leur rôle d’autorité
* La responsabilité directe du comportement du staff technique
* L'engagement à calmer les tensions et non à les attiser
**6. Les réseaux sociaux et communication numérique fait partie du jeu et de la compétition:**
* L'application du code éthique aux publications sur les réseaux sociaux
* La responsabilité personnelle des messages publiés ou relayés
* L'interdiction de propos diffamatoires, haineux ou provocateurs
**7. Les sanctions doivent être exemplaires et sans complaisance:**
* Des sanctions progressives et clairement définies : avertissement, amende, suspension, exclusion définitive
* L'application immédiate et transparente des sanctions
* La possibilité de sanctions aggravées en cas de récidive ou de faits graves
**8. L'engagement formel est un préalable à la participation à toute compétition:**
* La signature obligatoire du code par tous les joueurs, entraîneurs, dirigeants et officiels dans un document individuel accompagnant les listes de joueurs et officiels engagés dans une compétition africaines.
* La signature du code est une condition préalable à toute accréditation pour la CAN
* La reconnaissance écrite des sanctions en cas de violation est obligatoire
Le but du code est bien évidemment d'instaurer l’exemplarité pour protéger l’avenir du football africain et ses compétitions.
L'introduction d'un code éthique dans les procédures de participation aux CAN, n’est pas un aveu de faiblesse, mais un signe de maturité. Le football africain a atteint un niveau de visibilité et de compétitivité grâce à cette CAN au Maroc. Le niveau ainsi atteint impose des standards élevés et des garanties. On ne peut tolérer que par la faute d'un individu surchauffé tout un édifice s'écroule et que des vies soient menacées, voire perdues. La passion ne peut plus servir d’alibi à l’excès, la victoire ne justifiera jamais la perte de valeurs, la ferveur ne peut disculper un comportement excessif.
La CAN doit rester une fête, pas un théâtre de dérives. En posant un cadre éthique clair, la CAF enverrait un message fort : le football africain se doit d'avancer, de se structurer et de se respecter.
Le football doit rassembler et non provoquer la haine, l'hostilité, la répugnance, les crises entre nations ou encore servir de terreau à des froids diplomatiques...Pour ne pas dire plus.