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Quand le compliment devient suspect : le Maroc n’a pas besoin des louanges de la FIFA... 202


Quand le compliment devient suspect : le Maroc n’a pas besoin des louanges de la FIFA...

La récente sortie du président de la FIFA encensant le Maroc pour son **développement** footballistique pourrait, à première vue, passer pour une reconnaissance légitime des efforts du Royaume. Infrastructure moderne, organisation d’événements majeurs réussie, performances continentales et mondiales, Sept finales remportées sur dix jouées: le Maroc s’est effectivement imposé acteur central du football africain et global. Mais derrière ce discours flatteur, une question dérangeante s’impose : à qui profite vraiment cette opération de communication, et que cherche-t-on à faire oublier ? Personne ne peut sérieusement contester le chemin parcouru par le football marocain ces dernières années. Centres de formation structurés, investissements publics massifs dans les stades et les académies, stratégie de rayonnement continental, organisation de compétitions sous l’égide de la CAF et bientôt de la FIFA : le Maroc est devenu un modèle souvent cité en Afrique. Or, c’est précisément parce que ces avancées sont réelles qu’elles n’ont pas besoin d’être recouvertes de couches de discours dithyrambiques. Le mérite sportif et structurel se mesure sur le terrain, dans les tribunes, dans la gouvernance, pas dans les déclarations opportunes. Quand le président de la FIFA multiplie les éloges, il ne fait pas que « reconnaître » des progrès ; il tente aussi d’orienter la perception publique, de cadrer le récit à son avantage, en transformant une relation politique et économique en success story consensuelle. Le timing de ces déclarations n’est pas neutre. Elles interviennent dans un climat encore chargé par les incidents survenus lors de la finale de la **CAN**, incidents qui ont profondément choqué l’opinion publique marocaine et laissé un sentiment d’injustice et de frustration. Or, face à ces événements, la CAF et, par extension, l’écosystème politico-sportif dont elle fait partie, a donné des réponses jugées pour le moins laxistes, ambiguës, voire injustes et complaisantes. Dans ce contexte, les compliments appuyés de la FIFA sonnent comme une tentative de « gestion psychologique » des foules : on caresse dans le sens du poil pour tenter de faire passer la pilule. On rappelle au Maroc qu’il est un partenaire essentiel, qu’il est admiré, qu’il est « exemplaire », en espérant que l’émotion positive liée à la reconnaissance gomme le ressentiment provoqué par la manière dont certains dossiers ont été traités en Afrique. Les marocains attendent des institutions d'être exemplaires, le Maroc l'ayant suffisamment été. Ce genre de discours excessifs crée également un terreau fertile pour l’envie, pour ne pas dire la jalousie, dans un continent où les rivalités sportives sont souvent amplifiées par des enjeux politiques. En plaçant le Maroc sur un piédestal public de manière récurrente, FIFA attise inévitablement les susceptibilités de voisins ou de concurrents régionaux, alimentant des agissements belliqueux, sur le terrain comme hors terrain, sous couvert de compétition saine. Plutôt que d’apaiser les tensions, ces louanges exacerbent les clivages, transformant le football en champ de bataille géopolitique. Ce type de stratégie n’est pas nouveau: lorsque les institutions sportives sont mises en cause, elles répondent rarement par la remise en question ou la transparence et préfèrent la communication, le storytelling, le jeu subtil de la flatterie et du symbole. Le Maroc devient alors moins un pays à respecter qu’un public à calmer, un acteur à apaiser par des paroles, sans forcément poser les actes qui restaureraient réellement la confiance. Au fond, la déclaration du président n’engage à rien. Elle coûte peu, ne répare rien et ne corrige aucun dysfonctionnement. Elle ne revient pas sur la gestion controversée de la finale de la CAN, ne questionne pas les responsabilités, ne propose pas d’amélioration des mécanismes de décision ou de sanction. Elle se contente de célébrer le Maroc comme un «bon élève» du football mondial, sans oser affronter les zones d’ombre du système. Cette parole est donc dépourvue de véritable **portée** politique. Elle ressemble à un cadeau symbolique offert au public marocain pour mieux détourner l’attention de questions plus sensibles: la crédibilité des instances, l’équité des décisions, les rapports de force internes à la CAF et à la FIFA, et la manière dont certains États sont favorisés ou pénalisés selon des intérêts qui dépassent le strict cadre sportif. Le Maroc n'aurait il pas mérité la finale à Doha? En d’autres termes, on adresse au Maroc un compliment qui se veut apaisant, alors que ce qui est attendu par ses supporters, ses dirigeants et ses acteurs du football, ce sont des actes concrets, des clarifications, et un traitement réellement juste et transparent. Ce type de communication révèle aussi une vision paternaliste des opinions publiques africaines. Comme si un peuple passionné de football pouvait être rassuré ou «acheté» par quelques phrases flatteuses, comme si l’on s’adressait à une masse émotive, prête à oublier des incidents graves dès lors qu’on lui renvoie une image valorisante. Or, le public marocain est aujourd’hui informé, connecté, politisé dans sa relation au football. Il comprend les enjeux de gouvernance, perçoit les incohérences, décortique les décisions suspectes. Il sait faire la différence entre une reconnaissance sincère et une opération de communication destinée à amortir un choc ou à protéger l’image d’une institution. Il n'est point crédule. En continuant à privilégier le registre de la flatterie plutôt que celui de la **responsabilité**, les grandes instances du football entretiennent une forme de décalage avec la maturité des supporters. Elles persistent à croire qu’un compliment suffit à faire oublier une injustice, qu’une poignée de main suffira à effacer une humiliation vécue en direct par des millions de téléspectateurs. Le football marocain ne réclame pas des louanges: il veut du respect; Respect des règles, respect des procédures, respect des engagements, respect des principes d’équité et de transparence. Que la FIFA reconnaisse son développement est une réalité, presque une évidence. Mais cette reconnaissance n’a de sens que si elle s’accompagne d’un comportement cohérent lorsque le Maroc, ou tout autre pays, subit des incidents préjudiciables, notamment lors de compétitions majeures comme la CAN. La vraie valeur d’une institution se mesure moins à ce qu’elle dit dans les périodes de calme qu’à ce qu’elle fait dans les moments de crise. Tant que les réponses aux incidents graves resteront timides, ambiguës ou laxistes, les déclarations enflammées sur «l’exemple marocain» sonneront creux. Le Maroc n’a nul besoin de compliments sans conséquence. Ce qu’il exige, comme tous les peuples qui prennent le sport au sérieux, c’est une gouvernance du football à la hauteur de ses sacrifices, de ses investissements et de sa passion. Les mots passent, les décisions restent. Et c’est sur celles-là que la FIFA et la CAF seront jugées.

Quand le compliment devient suspect : le Maroc n’a pas besoin des louanges de la FIFA...

La récente sortie du président de la FIFA encensant le Maroc pour son **développement** footballistique pourrait, à première vue, passer pour une reconnaissance légitime des efforts du Royaume. Infrastructure moderne, organisation d’événements majeurs réussie, performances continentales et mondiales des clubs et sélections, Sept finales remportées sur dix jouées: le Maroc s’est effectivement imposé acteur central du football africain et global. Mais derrière ce discours flatteur, une question dérangeante s’impose : à qui profite vraiment cette opération de communication, et que cherche-t-on à faire oublier ? Personne ne peut sérieusement contester le chemin parcouru par le football marocain ces dernières années. Centres de formation structurés, investissements publics massifs dans les stades et les académies, stratégie de rayonnement continental, organisation de compétitions sous l’égide de la CAF et bientôt de la FIFA : le Maroc est devenu un modèle souvent cité en Afrique. Or, c’est précisément parce que ces avancées sont réelles qu’elles n’ont pas besoin d’être recouvertes de couches de discours dithyrambiques. Le mérite sportif et structurel se mesure sur le terrain, dans les tribunes, dans la gouvernance, pas dans les déclarations opportunes. Quand le président de la FIFA multiplie les éloges, il ne fait pas que « reconnaître » des progrès ; il tente aussi d’orienter la perception publique, de cadrer le récit à son avantage, en transformant une relation politique et économique en success story consensuelle. Le timing de ces déclarations n’est pas neutre. Elles interviennent dans un climat encore chargé par les incidents survenus lors de la finale de la **CAN**, incidents qui ont profondément choqué l’opinion publique marocaine et laissé un sentiment d’injustice et de frustration. Or, face à ces événements, la CAF et, par extension, l’écosystème politico-sportif dont elle fait partie, a donné des réponses jugées pour le moins laxistes, ambiguës, voire injustes et complaisantes. Dans ce contexte, les compliments appuyés de la FIFA sonnent comme une tentative de « gestion psychologique » des foules : on caresse dans le sens du poil pour tenter de faire passer la pilule. On rappelle au Maroc qu’il est un partenaire essentiel, qu’il est admiré, qu’il est « exemplaire », en espérant que l’émotion positive liée à la reconnaissance gomme le ressentiment provoqué par la manière dont certains dossiers ont été traités en Afrique. Les marocains attendent des institutions d'être exemplaires, le Maroc l'ayant suffisamment été. Ce genre de discours excessifs crée également un terreau fertile pour l’envie, pour ne pas dire la jalousie, dans un continent où les rivalités sportives sont souvent amplifiées par des enjeux politiques. En plaçant le Maroc sur un piédestal public de manière récurrente, FIFA attise inévitablement les susceptibilités de voisins ou de concurrents régionaux, alimentant des agissements belliqueux, sur le terrain comme hors terrain, sous couvert de compétition saine. Plutôt que d’apaiser les tensions, ces louanges exacerbent les clivages, transformant le football en champ de bataille géopolitique. Ce type de stratégie n’est pas nouveau: lorsque les institutions sportives sont mises en cause, elles répondent rarement par la remise en question ou la transparence et préfèrent la communication, le storytelling, le jeu subtil de la flatterie et du symbole. Le Maroc devient alors moins un pays à respecter qu’un public à calmer, un acteur à apaiser par des paroles, sans forcément poser les actes qui restaureraient réellement la confiance. Au fond, la déclaration du président n’engage à rien. Elle coûte peu, ne répare rien et ne corrige aucun dysfonctionnement. Elle ne revient pas sur la gestion controversée de la finale de la CAN, ne questionne pas les responsabilités, ne propose pas d’amélioration des mécanismes de décision ou de sanction. Elle se contente de célébrer le Maroc comme un «bon élève» du football mondial, sans oser affronter les zones d’ombre du système. Cette parole est donc dépourvue de véritable **portée** politique. Elle ressemble à un cadeau symbolique offert au public marocain pour mieux détourner l’attention de questions plus sensibles: la crédibilité des instances, l’équité des décisions, les rapports de force internes à la CAF et à la FIFA, et la manière dont certains États sont favorisés ou pénalisés selon des intérêts qui dépassent le strict cadre sportif. Le Maroc n'aurait il pas mérité la finale à Doha? En d’autres termes, on adresse au Maroc un compliment qui se veut apaisant, alors que ce qui est attendu par ses supporters, ses dirigeants et ses acteurs du football, ce sont des actes concrets, des clarifications, et un traitement réellement juste et transparent. Ce type de communication révèle aussi une vision paternaliste des opinions publiques africaines. Comme si un peuple passionné de football pouvait être rassuré ou «acheté» par quelques phrases flatteuses, comme si l’on s’adressait à une masse émotive, prête à oublier des incidents graves dès lors qu’on lui renvoie une image valorisante. Or, le public marocain est aujourd’hui informé, connecté, politisé dans sa relation au football. Il comprend les enjeux de gouvernance, perçoit les incohérences, décortique les décisions suspectes. Il sait faire la différence entre une reconnaissance sincère et une opération de communication destinée à amortir un choc ou à protéger l’image d’une institution. En continuant à privilégier le registre de la flatterie plutôt que celui de la **responsabilité**, les grandes instances du football entretiennent une forme de décalage avec la maturité des supporters. Elles persistent à croire qu’un compliment suffit à faire oublier une injustice, qu’une poignée de main suffira à effacer une humiliation vécue en direct par des millions de téléspectateurs. Le football marocain ne réclame pas des louanges: il veut du respect; Respect des règles, respect des procédures, respect des engagements, respect des principes d’équité et de transparence. Que la FIFA reconnaisse son développement est une réalité, presque une évidence. Mais cette reconnaissance n’a de sens que si elle s’accompagne d’un comportement cohérent lorsque le Maroc, ou tout autre pays, subit des incidents préjudiciables, notamment lors de compétitions majeures comme la CAN. La vraie valeur d’une institution se mesure moins à ce qu’elle dit dans les périodes de calme qu’à ce qu’elle fait dans les moments de crise. Tant que les réponses aux incidents graves resteront timides, ambiguës ou laxistes, les déclarations enflammées sur «l’exemple marocain» sonneront creux. Le Maroc n’a nul besoin de compliments sans conséquence. Ce qu’il exige, comme tous les peuples qui prennent le sport au sérieux, c’est une gouvernance du football à la hauteur de ses sacrifices, de ses investissements et de sa passion. Les mots passent, les décisions restent. Et c’est sur celles-là que la FIFA et la CAF seront jugées.