Pensez le Futur.

La CAN, bouée de sauvetage pour un continent en crise : pourquoi quadriennale rime avec abandon... 2164

Passant d'un rendez-vous biennal à une compétition quadriennale dès 2026, la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), joyau de la Confédération Africaine de Football (CAF), voit son calendrier dilué par les intérêts voraces des clubs européens et une FIFA complaisante. Ces acteurs, obsédés par la rentabilité immédiate, sacrifient la renaissance continentale, la réconciliation et l'unité panafricaine au profit d'un agenda mondialisé. Pendant un mois, la CAN offre un oubli bienvenu des fléaux qui minent l'Afrique : guerres civiles, famines, terrorisme et crises économiques et politiques récurrentes. Loin d'être un simple tournoi sportif, elle agit comme un catalyseur multidimensionnel, sportif évidemment, mais aussi économique, festif et thérapeutique pour un continent meurtri, en grande partie. C'est une véritable bouée de sauvetage pour des peuples en crise. Le football transcende le terrain pour devenir un exutoire vital et un liant social puissant. Il agit ici comme un antidote aux conflits et à la misère, au désarroi et à la perte d'espoir. Dans des pays en devenir, ravagées par la violence, les sélections nationales de football incarnent l'espoir et l'unité, transformant les stades en parenthèses de normalité. - Au **Soudan** : La guerre civile, éclipsée depuis avril 2023, a fait plus de 20 000 morts et 10 millions de déplacés, selon l'ONU. Et pourtant les Aiglons de la Mer Rouge, troisièmes du groupe E avec 3 points après deux matchs, portent fièrement les couleurs d'un championnat exilé, ravivant un sursaut collectif, allumant une lueur d'espoir. - Au **Burkina Faso** : Touché par une crise alimentaire aiguë affectant 3 millions de personnes et une insécurité jihadiste endémique, les Étalons, deuxièmes du groupe E avec 3 points, n'ont plié face à l'Algérie que sur un simple penalty. Leur qualification galvanise un peuple divisé, offrant un rare motif de fierté nationale et d'espérance. - Au **Mali** : 5 millions de citoyens sont impactés par la présence d'une mosaïque de groupes terroristes, par des insurrections et coups d'État à répétition, mais cela n'a pas empêché les Aiglons du Mali de tenir tête au Maroc hôte. Ils sont leaders ex aequo avec 4 points après deux journées. Le duel imposé au Maroc symbolise une résilience farouche et une fierté à toute épreuve. - En **République Démocratique du Congo (RDC)** : 8 millions de déplacés à l'est fuient les violences du M23 ; pourtant, les Léopards au groupe D, avec le Sénégal muent les stades en exutoires cathartiques, canalisant la colère en liesse collective. - Au **Zimbabwe** : 4,5 millions de personnes souffrent d'un recul sanitaire et économique chronique ; les Warriors, lanterne rouge du groupe B avec 1 point, ravivent néanmoins l'orgueil d'une jeunesse confrontée à un chômage massif. Plus de 80% chez les moins de 25 ans ne savent plus quoi faire de leurs vies. - Au **Mozambique** : 1,1 million de déplacés à Cabo Delgado fuient les jihadistes ; pourtant les Mambas célèbrent une victoire historique 3-2 sur le Gabon, puissance footballistique, défiant l'adversité. - Au **Nigeria** : au nord les États BAY : Borno, Adamawa, Yobe, ploie sous Boko Haram depuis 15 ans, avec des millions de déplacés. Les Super Eagles, en groupe C avec la Tunisie, arrivent pourtant à unir un pays fracturé par l'insécurité côtière et les divisions ethniques endémiques. Sur le terrain on oublie même que les USA viennent de bombarder les djihadistes accusés de malmener les chrétiens du pays. - Au **Cameroun** : La crise anglophone a déplacé 700 000 personnes ; les Lions Indomptables arrachent un nul 1-1 face au tenant du titre ivoirien en groupe F, offrant une parenthèse enchantée aux tensions persistantes. - En **Angola** : Héritage d'une guerre civile traumatique, le pays lutte pour sa stabilité ; les Palancas Negras se battent vaillamment en groupe B aux côtés de l'Égypte, symbolisant une reconstruction fragile et de l'optimisme. Ces exemples illustrent comment la CAN, par sa régularité biennale, agissait comme une soupape de sécurité sociale, interrompant les cycles de désespoir tous les deux ans. Au delà du jeu et du ballon qui glisse sur les pelouses, l'impact est également économique. La CAF a élargi les phases finales à 24 équipes sur 54 nations, tandis que les éliminatoires ont uni 30 autres pays autour de moments d'espoir partagé. La CAN 2025 au Maroc bat tous les records : 236 849 spectateurs en phase de groupes (contre 197 880 en 2023), avec plus d'1 million de billets déjà vendus. Les projections économiques explosent: 192,6 millions de dollars de revenus; en sponsoring quelques 126 M$ et en billetterie pas moins de 19 M$, tandis que 500 000 à 1 million de visiteurs étrangers devraient booster le PIB marocain de 12 milliards de dirhams via tourisme, hôtellerie et sponsoring local. Historiquement, la CAN 2023 en Côte d'Ivoire avait généré 2,2 milliards d'euros d'impact économique ; 2025 pourrait la surpasser, renforçant le soft power africain. La CAN est vue dans le monde entier. LA qualité à toute épreuve offerte par le Maroc y contribue pour beaucoup. Le monde entier découvre le continent sous un autre visage, celui du progrès et de la modernité. Hélas, ce ci est sans compter avec le diktat européen et une trahison de l'essence africaine. Les Africains, conscients de ces enjeux, ont toujours milité pour une CAN biennale, ancrée dans leur réalité, répondant à leurs besoins spécifiques. Comment justifier le passage quadriennal sinon comme un diktat européen ? Les clubs sont arrivés à imposer ce calendrier pour limiter les absences de leurs stars africaines à 28 jours par an, au lieu de 40 en année CAN, préservant leurs profits et intérêts mercantiles. La FIFA, sous le sourire d'Infantino, sacrifie ainsi l'urgence humanitaire africaine. Quatre ans d'attente, c'est une éternité pour des peuples en péril. Ce choix ignore les précédents et les véritables problèmes, comme la Champions League qui sature le calendrier sans égards pour les confédérations mineures. La CAF doit trancher : le football africain est un ciment social irremplaçable, une soupape vitale d'espoir en Afrique. Quadriennaliser la CAN, c'est diluer son âme panafricaine au profit d'intérêts étrangers. L'héritage d'une CAN tous les deux ans doit être préservé, pour que le ballon rond puisse continuer de guérir les blessures du continent. Le retour à un cycle de deux ans est un devoir humanitaire qu'on ne peut balayer aussi impunément. La CAN, espace éphémère de réconciliation africaine tous les deux ans, risque de s'effacer au prix de rêves brisés d'une jeunesse qui aspire à vivre comme les autres. La CAN n'est pas un tournoi comme les autres, loin de là.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


10200

33.0

Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 17

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.