Pensez le Futur.

Venezuela après Maduro : transition démocratique ou nouvel imbroglio... 359

Qu’on soit d’accord ou non avec Donald Trump, la chute de Nicolás Maduro marque un tournant historique dans l’histoire vénézuélienne et, plus largement, dans l’histoire de la région et du monde. Après plus d’une décennie de gouvernance autoritaire, d’effondrement économique et d’exil massif, la capture de Maduro apparaît à la fois comme un soulagement pour une partie de la population et comme un choc pour l’ordre juridique international. L’arrestation du président ou du justiciable, selon l’angle de vision, exfiltré puis inculpé aux USA pour narcotrafic et corruption, concentre ainsi les espoirs de transition politique et les accusations d’ingérence impérialiste. Le Venezuela, pourtant riche du plus grand gisement pétrolier prouvé au monde, a connu une dégradation rapide de ses institutions démocratiques depuis les débuts de la révolution bolivarienne. Sous Hugo Chávez d’abord, puis sous Maduro, le pays a vu s’écrouler son économie, avec une hyperinflation récurrente, un effondrement de la monnaie nationale et une paupérisation généralisée. A partir de 2014, la crise s’est transformée en véritable catastrophe humanitaire: pénuries de médicaments, effondrement des services publics et insécurité endémique. La dimension humaine de cette crise est tout aussi dramatique: près de huit millions de Vénézuéliens ont quitté le pays au cours de la dernière décennie, fuyant la faim, la répression et l’absence de perspectives. A l’intérieur, les opposants politiques ont été marginalisés, l’indépendance judiciaire sapée et les libertés fondamentales réduites, au point que de nombreuses organisations internationales parlent de régime autoritaire ou de dictature hybride. Le pouvoir chaviste s’est mué en oligarchie corrompue, capturant la rente pétrolière au profit d’une élite politico-militaire et de réseaux criminels. Un modèle loin d’être unique. L’administration Trump, revenue au pouvoir avec un discours intransigeant contre les régimes qualifiés de « socialistes » ou de « narco-États », a progressivement durci sa stratégie à l’égard de Caracas. Pendant plusieurs années, Washington a multiplié les pressions : sanctions économiques lourdes visant la compagnie pétrolière nationale, restrictions financières, blocage naval et désignation du cercle de Maduro comme organisation criminelle transnationale. Officiellement, ces mesures visaient à asphyxier les ressources du régime, en particulier les revenus pétroliers et les flux issus du narcotrafic. En janvier 2026, cette stratégie de pression maximale atteint son paroxysme avec une opération militaire d’ampleur exceptionnelle. Des frappes ciblées et une opération spéciale coordonnée par le United States Southern Command aboutissent à la capture de Maduro dans son lit, puis à son transfert hors du territoire vénézuélien. **Le président Trump lui même annonce publiquement que Maduro et son épouse ont été arrêtés et seront jugés aux USA pour narcotrafic, corruption et participation à un prétendu cartel désigné comme organisation terroriste.** Dans la foulée, Trump promet que les États-Unis garantiront une transition politique « sûre et ordonnée » pour le Venezuela, allant jusqu’à évoquer la possibilité de « gérer » le pays jusqu’à l’organisation d’élections jugées crédibles. Cette intervention militaire a immédiatement suscité une cascade de réactions contrastées, révélant une polarisation profonde au niveau interne comme au niveau international. Pour ses partisans, l’opération est une forme de libération : elle met fin à un régime accusé de réprimer son peuple, de truquer les élections et de détourner les richesses du pays au profit de réseaux politico-mafieux. Une partie de l’opposition vénézuélienne, exilée ou restée sur place, présente la capture de Maduro comme l’occasion historique de reconstruire des institutions démocratiques et de relancer une économie exsangue. Pour ses détracteurs, au contraire, l’intervention américaine constitue une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et du droit international, en particulier du principe de non-recours à la force inscrit dans la Charte des Nations unies. Certains gouvernements d’Amérique latine et d’Europe, ainsi que des porte-parole des Nations unies, ont dénoncé une opération unilatérale américaine et mis en garde contre un dangereux précédent légitimant des actions similaires ailleurs dans le monde. Même au sein de l’opposition vénézuélienne, certains acteurs redoutent que la fin d’un autoritarisme interne n’ouvre la voie à une forme de tutelle externe durable, redoublant la polarisation entre pro et anti-intervention. Au-delà de la justification morale ou juridique, la dimension géopolitique et énergétique est centrale pour comprendre l’initiative. Le Venezuela dispose de réserves pétrolières considérables mais de mauvaise qualité que des acteurs comme la Chine et la Russie ont cherché à sécuriser via des accords de long terme, des prêts massifs et des prises de participation. Cette présence accrue de puissances rivales aux portes des États-Unis s’inscrit en faux contre la vieille doctrine Monroe et alimente, côté américain, la perception d’un défi stratégique dans ce que Washington considère comme son « arrière-cour ». Dans cette perspective, l’intervention ne peut être lue uniquement à travers le prisme des droits humains ou de la solidarité avec le peuple vénézuélien. Washington cherche aussi à reprendre la main sur la région, à réduire l’influence de Moscou et de Pékin en Amérique latine dans un contexte de rivalité globale exacerbée. Cette ambivalence, entre discours de libération démocratique et intérêts stratégiques, nourrit la méfiance, notamment dans le Sud global. Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’intervention américaine, un point reste central : aucune transition politique durable ne peut réussir sans l’adhésion et la participation active du peuple vénézuélien en entier. La fin de l’ère Maduro ouvre une fenêtre d’opportunité pour reconstruire des institutions démocratiques, restaurer l’État de droit, garantir la liberté d’expression et relancer l’économie, mais cette fenêtre peut se refermer rapidement si la transition se fait sous la seule houlette d’acteurs externes. Les récents exemples de l’Irak, de la Libye et de la Syrie le confirment. La véritable **libération** ne viendra pas seulement de la chute d’un dirigeant, aussi autoritaire soit-il, ni des promesses d’une puissance étrangère, aussi influente soit-elle. Elle dépendra d’un processus politique inclusif, capable de réunir une société profondément fracturée, de prévenir les règlements de comptes et d’éviter l’émergence d’un nouveau système de dépendance, qu’il soit économique, sécuritaire ou diplomatique. C’est aux Vénézuéliens qu’il revient de définir, dans la durée, les contours de leur avenir, si possible avec un accompagnement international fondé sur le droit, la coopération et le respect de leur souveraineté. La position de l'armée est de militaires est aussi à scruter.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


8100

33.0

Février, quarante-cinq ans après: la fin inéluctable des mollahs... 49

Il y a quarante-cinq ans, en février 1979, l’Iran basculait dans ce qui fut présenté au monde comme une «révolution». L’ayatollah Rouhollah Khomeiny prenait le pouvoir au nom d’un peuple épuisé par l’autoritarisme du shah Mohammad Reza Pahlavi, pour l’entraîner dans un abîme politique, moral et civilisationnel dont le pays ne s’est jamais relevé. Pourtant, cette bascule ne surgit pas du néant : elle s’inscrivait dans une trajectoire tourmentée, marquée par deux exils du shah: le premier en 1953, chassé temporairement par le Premier ministre Mohammad Mossadegh, le second en janvier 1979, définitif et humiliant. Pour comprendre ce basculement, il faut remonter à la période Mossadegh (1951-1953), un épisode fondateur souvent occulté par la propagande post-révolutionnaire. Élu démocratiquement, Mohammad Mossadegh, avait nationalisé l’industrie pétrolière au nez et à la barbe de la British Petroleum, incarnant l’aspiration à la souveraineté économique face à l’impérialisme occidental. Il voulait un Iran laïque et indépendant, multipliant les réformes sociales et réduisant l’influence britannique. Cette audace provoqua une réaction en chaîne : un coup d’État orchestré en août 1953 par la CIA (opération Ajax) et le MI6 ramena le shah sur le trône, exilant Mossadegh et inaugurant une ère de répression sous SAVAK, la police secrète. Cet événement traumatisant sema les graines de la rancœur anti-occidentale que Khomeiny exploiterait plus tard, tout en légitimant pour beaucoup l’image d’un shah puppet des puissances étrangères. De retour au pouvoir, le shah lança en 1963 sa "Révolution blanche": une vaste modernisation agraire, l’émancipation des femmes: droit de vote entre autre, l’industrialisation accélérée et une éducation laïque. L’Iran devint un État pétrolier prospère, allié des États-Unis, avec une croissance économique fulgurante, jusqu’à 12% annuels dans les années 1970. Mais cela masquait des failles béantes: corruption endémique, inégalités croissantes, répression des opposants notamment clergé chiite, communistes et nationalistes. Une occidentalisation perçue comme une trahison culturelle. Les manifestations de 1978, réprimées dans le sang à Qom et Tabriz, culminèrent avec le second exil du shah le 16 janvier 1979, fuyant vers le Maroc puis les États-Unis pour y mourir en exil un an plus tard. Khomeiny, rentre triomphalement de Paris le 1er février, capitalise sur ce vide et promet justice sociale là où le shah avait failli. Aujourd’hui, l’Iran est à bout de souffle. Le régime des mollahs est sous terre, assiégé par son propre peuple. La révolte gronde, profonde, durable, irréversible . Dans ce type de système idéologico-théocratique, la réponse du pouvoir est unique, mécanique, pavlovienne : accuser le peuple de traitrise. Traître à quoi ? À un régime qui a confisqué l’État, étouffé la société et brisé l’avenir? Les Iraniens ne réclament ni l’impossible ni l’utopie. Ils demandent la dignité, une vie décente, la liberté de respirer. Les femmes veulent exister sans être surveillées, humiliées, violentées. Les jeunes veulent vivre, aimer, créer, travailler, espérer. Ils en ont assez des Gardiens de la Révolution: Pasdarans, cette milice idéologique devenue État dans l’État, économie dans l’économie contrôlant 60% du PIB. Face à cette colère populaire, le discours des mollahs est figé dans un autre âge : tout est la faute des USA, d’Israël, de complots extérieurs. Une rhétorique victimaire, usée jusqu’à la corde par des enturbannées de certitudes héritées d’un autre siècle. Le régime a toujours eu besoin de la confrontation pour survivre. Elle lui permet de se poser en victime, de souder artificiellement ses partisans et de justifier la répression interne. Au lieu d’entendre la rue, le pouvoir cherche encore l’escalade régionale, persuadé qu’un ennemi extérieur effacera l’ennemi intérieur. Depuis sa naissance, la République islamique a cherché à exporter son idéologie par le biais de proxies; au Liban: leHezbollah, en Syrie: soutien à Assad, en Irak: milices chiites, au Yémen: les Houthis et ailleurs. Partout, le résultat est le même : désolation, fragmentation sociale, destruction des États et des sociétés. Le Liban ne serait pas l’ombre de lui-même sans cette ingérence. La Syrie ne serait probablement pas ce champ de ruines sans l’obsession idéologique de Téhéran. Ironie tragique de l’histoire : ce projet prétendument «anti-impérialiste» a surtout servi à nourrir le plus grand marché des armes du monde. La région, pour se protéger de cette doctrine sortie des souterrains de l’histoire, s’est armée, militarisée. La guerre avec l’Irak, qui dura plus d’une décennie à partir de 1980 et coûta un million de vies. La spirale mortifère renforça temporairement le régime iranien en unifiant la nation contre l’envahisseur sunnite, tout en radicalisant Saddam. Se croyant intouchable après avoir livré bataille à l’Iran au nom de la région et, pensait-il, du monde, Saddam s’est ensuite engagé dans l’invasion du Koweït en 1990, signant sa perte. Rien de tout cela n’aurait eu lieu sans l’existence de ce régime théocratique radical, dont la seule légitimité repose sur la confrontation permanente. L’Iran n’est pas un État quelconque. C’est une civilisation millénaire, l’une des plus fécondes que l’humanité ait connues. Elle a offert au monde des contributions majeures en mathématiques, en philosophie, en médecine, en poésie, en art et en récits fondateurs. De Khayyam à Alkindi, d’Avicenne à Alfarabi ou Suhrawardi, l’héritage persan appartient à l’humanité tout entière. Et pourtant, depuis quarante-cinq ans, cette civilisation est prise en otage par un pouvoir qui la nie, la méprise et la déforme. Un pouvoir qui confond foi et domination, spiritualité et coercition, inversant les rêves modernistes du shah et les idéaux souverainistes de Mossadegh. Aujourd’hui, le régime tient encore. Il livre bataille à la rue, oppose les armes à des mains nues, l’oppression à une société qui n’a plus peur. Le nombre de morts augmente. Les menaces du Guide suprême résonnent encore, mais elles ne font plus trembler. Les jeunes ne sourcillent pas. Ils sont là et resteront. L’histoire est cruelle avec ce type de régimes. Les bolcheviques sont tombés. Les chavistes sont en train de s’effondrer. Les mollahs suivront. Ce n’est qu’une question de temps. Ibn Khaldoun l’avait compris avant tous les autres : aucun pouvoir ne peut survivre éternellement par la pression et l’oppression. La domination porte en elle-même les germes de sa fin. Lorsque l’‘asabiyya (cohésion sociale) se dissout, le régime chute comme pour le shah et Mossadegh renversé, bientôt les mollahs. Février approche. La boucle historique se referme peut-être. Le monde observe. Les peuples libres espèrent et prient pour que le peuple iranien soit enfin délivré de ses faux gardiens de la paix, et que l’Iran retrouve sa place naturelle : celle d’une nation vivante, apaisée, contributrice à la civilisation, et non prisonnière de ses fossoyeurs.