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CAN2025: Pourquoi le Maroc devrait remporter son quart devant le Cameroun... 1661

Le quart de finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 entre le Maroc et le Cameroun, programmé pour le 9 janvier 2026 au Stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, s'annonce comme le choc le plus brûlant des quarts. Une rencontre au gout de la revanche d'une autre CAN, celle de 1988. Mais nous sommes en 2025 et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Pays hôte invaincu, les Lions de l'Atlas affichent une maîtrise totale avec 7 buts marqués pour seulement 1 encaissé sur penalty en quatre matchs, surpassant les Lions Indomptables et leurs 6 buts pour 3 encaissés. Cette supériorité chiffrée, portée par l'étincelle de Brahim Díaz, l'indomptabilité d'El Kaabi, un milieu récupérateur à toute épreuve, une défense rugueuse et l'avantage du public, positionne le Maroc comme grand favori d'un duel technicotactique intense. Même s'il n'est pas jugé impeccable par certains, le parcours du Maroc l'a été au plan de l'efficacité malgré la perte des deux pièces maitresses que sont Saiss et plus encore, du meneur de jeu Azzedine Ounahi. Les Lions de l'Atlas ont survolé le Groupe A avec 7 points : une victoire 2-0 clinique contre les Comores, un festival offensif 3-0 face à la Zambie et un nul que l'on peut comprendre stratégique 1-1 devant le Mali, prouvant une polyvalence rare. En huitièmes, un 1-0 maîtrisé contre la Tanzanie a confirmé leur solidité, avec zéro but encaissé lors de trois de leurs quatre sorties. Cette défense de fer, menée par un trio Yassine Bounou, Nayef Aguerd et Mazraoui, soulagé par unEl Aynaoui infatigable, n'a cédé qu'une fois sur penalty face au Mali. Au total, une différence de buts de +6 qui évoque la discipline d'une équipe en quête de sacre continental à domicile. Et encore Hakimi ne faisait que revenir lors de la dernière rencontre disputée. Cette fois ci pour les quarts, ils auront en face un Cameroun solide mais vulnérable par ailleurs par la jeunesse de l'équipe et le caractère décousu sur de nombreuses phases de jeu, lors de leurs prestations jusqu'ici. Cependant leur marge de progression est énorme et la métamorphose et montée en gamme, peut justement se produire là en quart de finale. Les Lions Indomptables ont arraché la première place du Groupe F avec également 7 points: un 1-0 précieux contre le Gabon, un 1-1 accroché face à la Côte d'Ivoire et un 2-1 laborieux devant le Mozambique. Les deux buts encaissés en poules ont déjà alerté sur les défaillances défensives du collectif. Leur qualification en quarts avec 2-1 contre l'Afrique du Sud en huitièmes, a révélé du caractère, mais aussi des failles : trois buts concédés en tout, dont un sur erreur individuelle face aux Bafana Bafana. Moins tranchants devant avec seulement 6 buts, ils dépendent d'un réalisme opportuniste, loin de la fluidité marocaine. Le Maroc lui profite d'un Brahim Díaz, maestro en pleine lumière. Il vit sans doute son âge d'or en CAN : 4 buts en 4 matchs, un record historique pour un Marocain en une phase finale de CAN, dont le bijou à la 64e contre la Tanzanie. Il répond clairement à son entraineur de club qui semble ne pas savoir comment profiter de son génie. Premier Lion à claquer un but par match consécutif, le Madrilène excelle dans les espaces réduits, avec Ayoub El Kaabi (3 buts) en lieutenant fidèle et tranchant. Face à une défense camerounaise solide avec André Onana impérial mais hésitant des fois, cette menace individuelle, même de petite taille : 4 tirs cadrés par match en moyenne, pourrait faire basculer un scénario verrouillé, comme lors des huitièmes où ses appels ont déstabilisé les Taïfa Stars. La maîtrise technique globale et la domination du ballon penchent aussi du côté du Maroc qui écrase les statistiques collectives : 2 184 passes réussies, un record absolu, 89% de précision et 71% de possession contre la Tanzanie, un océan de contrôle. Achraf Hakimi, de retour en trombe avec une passe décisive, va surement animer un couloir droit infernal, tandis qu'El Khanouss qui prend à peine ses marques, dicte le tempo au milieu malgré l'absence d'Azzedine Ounahi. A l'inverse, le Cameroun végète à 77% de précision et 43% de possession moyenne, luttant en transitions rapides. Cette asymétrie technique promet un siège prolongé des Lions de l'Atlas sur la surface adverse. Avec un Amrabet en sentinelle pour s'occuper de Anguissa et le tour est joué. D'autres faits et atouts sont également en faveur des Lions de l'Atlas: les facteurs psychologiques et historiques peuvent être décisifs. Hôtes euphoriques, les Marocains surfent sur 23 matchs invaincus et un public en fusion à Rabat, où l'ambiance rappellera la Coupe du Monde 2022. L'historique global sourit au Cameroun avec 6 victoires, 5 nuls, 2 défaites en 13 duels, intouchable en CAN avec 2 victoires et 1 nuls, mais les deux dernières confrontations penchent pour le Maroc : un 1-0 en qualifications de la CAN 2019 et un 4-0 humiliant au CHAN 2020. Il s'agit donc ici d'un bras de fer générationnel sans doute, mais la fraîcheur marocaine avec moins de minutes jouées et l'adaptation parfaite au condition climatique, l'emportent sur l'expérience des Lions Indomptables. Ces éléments conjugués forgent un scénario idéal pour un Maroc conquérant en quête d'une seconde étoile qui se décidera là au sifflet final, au complexe Moulay Abdallah, vendredi aux environs de 22 heures. Si une élimination surprise reste toujours possible dans une compétition aussi serrée que la CAN, le Maroc possède aujourd’hui les signaux statistiques les plus forts pour l’emporter : ✔ Meilleure production offensive globale ✔ Une seule équipe encaissée contre deux pour le Cameroun ✔ Maîtrise collective du ballon et du rythme ✔ Deux buteurs en pleine forme (Díaz et El Kaabi) ✔ L’avantage du terrain et du soutien populaire Ces éléments forment une base objective pour plaider en faveur d’un succès marocain dans ce quart de finale.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Un Secrétaire général à la merci des puissances : entre transparence affichée et veto réel... 159

À mesure que l’échéance de 2027 se profile, la course à la succession d’António Guterres s’installe fermement dans l’agenda diplomatique mondial. Derrière une mise en scène modernisée, avec des auditions publiques et une rhétorique forte autour de la transparence, se déploie une compétition impitoyablement dictée par les rapports de force entre grandes puissances. Cette apparente ouverture masque mal une vérité structurelle. Le poste de Secrétaire Général reste un trophée géopolitique, où la légèreté démocratique cède le pas aux calculs stratégiques des veto‑holders. Officiellement, le Secrétaire Général est élu par l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de Sécurité, selon une procédure en deux étapes prévue par la Charte des Nations Unies. En pratique, les membres permanents du Conseil de sécurité: États‑Unis, Chine, Russie, France et Royaume‑Uni, se partagent la décision finale, souvent en s’appuyant sur une rotation géographique implicite plutôt que sur un concours strictement méritocratique. Quatre candidatures se sont détachées ces dernières semaines, incarnant une diversité volontairement calculée. Michelle Bachelet, ancienne Alta Comisionada aux droits de l’homme, incarne un profil latino‑américain progressiste, fortement identifié aux luttes pour les droits humains. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est présenté comme l’expert nucléaire par excellence, maîtrisant les tensions entre grandes puissances. Rebeca Grynspan, secrétaire générale adjointe du PNUD, une voix centro‑américaine sur le développement durable et la réduction des inégalités. Macky Sall, ancien président du Sénégal, champion africain de la gouvernance régionale et de la diplomatie continentale. Ces profils mêlent expérience politique, technocratie et multilatéralisme, reflétant un équilibre géographique recherché : Amérique latine et Afrique en tête, dans le cadre d’une logique de rotation pour apaiser les revendications du Sud global. Pourtant, c’est l’acceptabilité des candidats auprès des grandes puissances, bien plus que leur expertise, qui finira par compter. L’innovation emblématique du processus de 2026–2027 réside dans les auditions publiques devant l’Assemblée générale, inspirées des critiques formulées lors des précédentes désignations. À l’occasion de la sélection de Guterres, ces débats avaient déjà révélé leurs limites, notamment avec le veto russe contre certaines candidatures est‑européennes jugées trop proches de l’OTAN. Aujourd’hui, les auditions permettent aux candidats de présenter leur vision sur le climat, les conflits, la réforme des Nations Unies et la protection des droits humains, dans un exercice de redevabilité inédit. Cette transparence reste largement cosmétique. Elle engage surtout l’opinion publique et les États les plus petits, mais n’entame en rien le pouvoir de décision des cinq membres permanents du CS. Les auditions ne sauraient remplacer le vote de recommandation indispensable. En coulisses, le CS reste le seul arbitre effectif du processus. Les candidatures ont une dimension profondément géopolitique. L’exemple de 2016, où la Bulgare Irina Bokova a été écartée par la Russie pour des raisons géostratégiques. La personnalité du candidat importe moins que son rapport à Moscou, à Washington, Pékin, Paris ou Londres. Chaque postulant est ainsi scruté non seulement pour ses compétences. Rafael Grossi sera jugé à l’aune de sa capacité à gérer les tensions nucléaires sans froisser Moscou, tandis que Macky Sall devra rassurer à la fois Paris, Pékin et Washington sur sa neutralité dans la rivalité sino‑américaine. Les discours des candidats sur la réforme de l’ONU, le renforcement du multilatéralisme ou la meilleure gestion des crises font certes la une des médias et puis après. Bachelet met en avant la défense des droits humains, Grynspan la lutte contre les inégalités et le développement durable, Sall la construction d’une voix africaine plus forte dans les instances internationales. Autant de positionnements rhétoriques soigneusement calibrés pour séduire. Pour autant, le SG ne dispose que d’un pouvoir moral et diplomatique. Il n’est pas le chef de l’ONU, mais le chef de son administration, tenu de mettre en œuvre les décisions des membres. Les appels répétés de Guterres à la réforme du Conseil de sécurité, ont buté sur l’opposition des veto‑holders, malgré l’urgence des crises. Le renouveau heurte une structure figée par la Charte de 1945. Le multilatéralisme, mis à mal par les discours de Donald Trump ou de Vladimir Poutine, limite le SG à un rôle de facilitateur, non de réformateur. La désignation du prochain Secrétaire général doit, en théorie, équilibrer des variables politiques explosives: - **Rotation géographique**: Après un Asiatique (Ban Ki‑moon) et un Européen (Guterres), la logique veut que l’un des candidats latino‑américain ou africain l’emporte, en réponse aux revendications du G77. - **Question du genre**: Une femme pour la première fois ? Michelle Bachelet incarne cette possibilité, ravivant le débat sur la parité et la représentation des femmes aux plus hauts niveaux de la diplomatie onusienne. - **Rapports de force globaux** : La rivalité sino‑américaine structure le jeu. Pékin a tout intérêt à voir émerger des profils neutres comme Grossi, tandis que Moscou cherchera à bloquer tout candidat trop proche de l’OTAN. - **Jeux régionaux** : L’Afrique, via l’Union africaine, revendique un poids accru dans la gouvernance mondiale. Macky Sall se présente comme le symbole de cette offensive, dans un contexte de forte concurrence chinoise (Belt and Road) et américaine (Prosper Africa). En pratique, la réalité est plus ambiguë. A ce jour, Sall ne dispose ni d’un soutien clair de l’Union Africaine ni d’un mandat de son propre pays, le Sénégal, ce qui fragilise sa candidature dès le départ. Dans cette configuration, le candidat idéal n’est pas nécessairement le plus visionnaire, mais celui qui cristallise un consensus minimal entre acteurs aux intérêts divergents. Le prochain SG sera moins le produit d’un programme transformateur que celui d’un compromis diplomatique. Sa marge d’action dépendra moins de son programme que de sa capacité à naviguer habilement dans un environnement international fragmenté, comme l’a fait Guterres avec la pandémie de Covid‑19 ou avec le conflit en Ukraine. Plus que jamais, le poste renvoie à une fonction de médiateur précaire, chargé de maintenir un équilibre fragile entre puissances, plutôt qu’à un leadership global et fort. L’élection à venir doit donc être lue non comme l’émergence d’une autorité mondiale, mais comme la désignation d’un arbitre contraint, essentiel à la survie d’un multilatéralisme en sursis. Dans cette arène, la transparence n’est qu’un voile. Les grandes puissances décident, les autres applaudissent. Le Secrétaire Général restera, pour longtemps encore, celui qui gouverne le système mondial… sans vraiment le diriger.

6 avril : l'idée marocaine qui a conquis le monde... 162

Le 6 avril est désormais inscrit dans le calendrier mondial comme la Journée internationale du sport au service du développement et de la paix. Une célébration portée par les Nations Unies, relayée sur tous les continents, et adoptée avec enthousiasme par des millions de pratiquants, d’institutions et de passionnés. Pourtant, derrière cette reconnaissance globale se cache une origine souvent méconnue. C’est une idée marocaine, celle de Hamid Kamal Lahlou. L’ironie est frappante. Alors que le monde célèbre avec ferveur cette journée, le Maroc, berceau de l’initiative, semble parfois en retrait, comme s’il hésitait à revendiquer pleinement cette paternité. Oui, il y a bien eu des initiatives et des organisations par-ci par-là. Mais cela n’est pas du tout au niveau de ce qu’on aurait pu espérer. On ne va pas citer les quelques manifestations organisées, histoire de ne froisser personne si on en omettait. En tout cas, il n’y a pas de manifestations importantes au compte des instances sportives, comme le ministère, le Comité National Olympique ou les grandes Fédérations Royales Marocaines Sportives. Faut-il y voir un simple oubli, ou une forme plus subtile de mise à distance ? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on connaît la personnalité de celui qui en est à l’origine. Kamal Lahlou n’est pas un homme consensuel. Journaliste, dirigeant sportif, communicant, il s’est imposé au fil des décennies comme une voix singulière dans le paysage médiatique et sportif marocain. Son parcours est dense : ancien joueur de handball, à la base professeur et inspecteur d’éducation physique, acteur engagé dans le développement du sport national, il a occupé des responsabilités importantes, notamment au sein du Comité National Olympique Marocain et de l’Association des Comités Nationaux Olympiques Africains. Il est toujours président de la Fédération Royale Marocaine d’Haltérophilie et vice-président de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs. Mais au-delà des titres et des fonctions, c’est son verbe qui marque et sa posture qui impressionne. Direct, clair, souvent critique, Lahlou dérange autant qu’il inspire. Il ne pratique ni la langue de bois ni la complaisance. Dans un environnement où la retenue est parfois érigée en règle implicite, son franc-parler tranche. Il pointe les insuffisances, interpelle les décideurs, et défend une vision exigeante du sport comme levier de développement et de rayonnement national. Ce positionnement lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs, et sans doute encore plus de dénigreurs. Certains saluent son courage et sa constance, d’autres lui reprochent un ton jugé trop incisif. D’autres encore ne trouvent rien à lui reprocher et pourtant, dans son dos, lui font beaucoup d’objurgations gratuites. Mais tous s’accordent sur un point : Kamal Lahlou est une figure incontournable, impossible à ignorer. Son patriotisme ne souffre d’aucune ambiguïté. Derrière chaque prise de parole, chaque critique, se dessine une ambition claire, celle de voir le Royaume occuper la place qu’il mérite sur la scène sportive internationale. La Journée du 6 avril s’inscrit précisément dans cette logique. En proposant de consacrer une date au sport comme vecteur de paix et de développement, Lahlou ne cherchait pas une légitimation personnelle, mais une reconnaissance du rôle fondamental que le sport peut jouer dans les sociétés modernes. Il a ainsi transcrit à sa façon la vision royale du sport et du rôle que le pays peut jouer à l’échelle universelle au service de la paix. Alors pourquoi cette relative discrétion au Maroc autour de cette journée ? Est-ce le prix à payer pour une parole libre ? Le contrecoup de rivalités qui n’ont pas lieu d’être ? Une manière implicite de marginaliser une figure jugée trop indépendante ? Une façon de clouer le bec à quelqu’un d’ambitieux ? Ou simplement un déficit de mémoire collective ? Quelles que soient les réponses, ou la réponse, une réalité demeure. Le 6 avril est une idée née au Maroc, portée par un Marocain, et adoptée par le monde entier. À l’heure où le pays cherche à renforcer son soft power et à valoriser ses réussites, il serait peut-être temps de réconcilier l’origine et la célébration. Car reconnaître à Kamal Lahlou cette initiative, ce n’est pas seulement rendre hommage à un homme. En a-t-il vraiment besoin ? C’est plutôt assumer une part de l’histoire contemporaine du sport national et mondial, et rappeler qu’au-delà des infrastructures et des performances, les idées aussi peuvent changer le monde. Et si c’est le Royaume du Maroc qui en est à l’origine, c’est encore mieux.

Élections en septembre ou chronique d’un rituel annoncé... 259

Le rendez-vous est fixé : le 26 septembre. Comme à chaque échéance électorale, le Maroc s’apprête à entrer dans une séquence bien connue, presque ritualisée, où se mêlent espoirs affichés, calculs discrets et désillusions latentes. Mais bien avant le jour du vote, c’est déjà toute une mécanique qui se met en branle. Car en réalité, il n’y a pas une campagne, mais des campagnes. Celles, visibles, des slogans et des promesses, et celles, plus feutrées, des tractations et des arbitrages. Dès maintenant, le jeu des candidatures s’intensifie. Les partis s’activent, scrutent, sélectionnent, recrutent ou écartent, font des heureux et des heureuses ou déçoivent. On part à la recherche de profils « utiles » : ceux qui disposent de moyens financiers conséquents, ceux qui possèdent un réseau d’influence, ceux capables de mobiliser des clientèles locales. La logique est rarement idéologique, souvent pragmatique, parfois cynique. Dans cette compétition silencieuse, certains paient leur entrée, directement ou indirectement. D’autres multiplient les démarches, sollicitent, négocient, espèrent obtenir le précieux sésame de la تزكية. Cette investiture, qui devrait incarner un choix politique fondé sur la compétence, le militantisme et la vision, devient trop souvent une monnaie d’échange, un marqueur d’allégeance ou de capacité à « peser ». Et puis, en creux, il y a les absents. Toutes ces compétences reléguées en marge. Des profils sérieux, formés, parfois engagés, mais dépourvus des attributs jugés indispensables : pas d’argent, pas d’ancrage familial influent, pas de réseau stratégique. Ceux-là regardent souvent le train passer. Leur exclusion silencieuse est peut-être l’un des angles morts les plus préoccupants du processus électoral. Ils sont légion, les jeunes filles et garçons et les femmes qui aspirent à jouer un rôle politique. Mais parmi elles et eux pullulent les opportunistes qui se collent à la politique pour des raisons que les exemples récents et anciens rendent limpides à tous... Viendra ensuite la phase des programmes. Une valse bien rodée de déclarations d’intention, où la parole tient lieu d’action. Ici le ridicule ne tue point, il est applaudi. Les discours s’empilent, les promesses s’alignent, les ambitions se gonflent. Mais entre dire et faire, l’écart reste abyssal. Dans un autre registre, la psychiatrie évoque les « images » : des constructions mentales qui ne se traduisent pas nécessairement dans le réel. La métaphore n’est pas sans pertinence ici. Trop souvent, les programmes relèvent davantage de la projection que de la planification. Et enfin, il y a le citoyen. Le votant. Celui dont la participation est censée donner sens à tout l’édifice. Mais là encore, le constat est préoccupant. Une part importante de la population ne s’est même pas inscrite sur les listes électorales. D’autres, désabusés, hésitent à se déplacer. Le risque d’une abstention massive plane, comme une ombre persistante. Dans ces conditions, qui votera ? Probablement les militants, fidèles mais peu nombreux. Ceux qui restent mobilisés par conviction ou par discipline partisane. Et puis, plus problématique encore, ceux que des logiques de rétribution incitent à participer. Une participation biaisée, qui affaiblit la portée démocratique du scrutin. Un million de voix peut faire de tel ou tel parti une force gouvernementale... Ainsi se dessine une équation fragile : des élites sélectionnées selon des critères discutables, des programmes souvent déconnectés, et un corps électoral en retrait. Le tout dans un contexte où les attentes sociales, elles, restent fortes. Les élections devraient être un moment de clarification, de choix, d’élan collectif. Elles risquent, une fois de plus, de n’être qu’un exercice formel, dont les résultats peinent à traduire la complexité et les aspirations profondes de la société marocaine. La question demeure alors, simple et essentielle : comment redonner du sens à ce moment démocratique ? Il nous reste encore du temps pour corriger cela. C'est une responsabilité : nous, héritiers d'un pays millénaire, que léguerons-nous à notre descendance, que nous décevons un peu plus chaque jour ? C'est une question de conscience.

Football africain : l’heure d’un réalisme stratégique... 287

Le football africain se pare souvent d’un voile de fraternité et d’hospitalité. Mais les faits, eux, racontent une autre histoire. Les mots crus de Youssef El Motie, gardien de l’Olympique de Safi, après la rencontre rocambolesque face à l’USM Alger en coupe de la CAF, viennent percer cette bulle. Une voix rare dans un monde de silences codifiés, hypocrites. Dans un milieu où la langue de bois règne en maître, El Motie a lâché une colère brute et lucide. Il dénonce des comportements hostiles, un accueil dégradé et une asymétrie flagrante dans le traitement des équipes. Son message est clair : le Maroc accueille avec faste, parfois, sinon souvent jusqu’à l’excès, mais ses clubs peinent à recevoir un minimum de respect à l’extérieur. Il parlait explicitement d'Algérie. Cette franchise rompt avec une tradition de retenue qui masque, depuis trop longtemps, des déséquilibres profonds du football continental. « Nous n’avons rien appris de la CAN », lâche El Motie. Il s'adresse aux responsables marocains en fait en évoquant la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, censée marquer un jalon en matière de gouvernance, de sécurité et de respect mutuel. Pourtant, les incidents survenus, les arbitrages contestés, prouvent que lors de ces grands rendez-vous les principes et les valeurs restent lettres mortes. La CAN n’est pas qu’un tournoi : c’est un laboratoire. Ces leçons se seraient elles évaporés trop vite... Les propos du gardien de but de l'OCS posent la question en termes crus. S'agit il d'hospitalité marocaine et de générosité ou simplement de naïveté ? Au cœur de cette critique acerbe: la posture du Maroc en général. Accueillir dignement est une force culturelle. Mais sans réciprocité, cela vire à la faiblesse stratégique. D’un côté, des réceptions chaleureuses, presque rituelles. De l’autre, des délégations marocaines entravées par des lenteurs administratives ou des pressions subtiles, des fois avec une hostilités à peine voilée. Cela est explicitement utilisé pour peser sur le morale des joueurs et partant sur le résultat. Peut on être aussi vil? Le fair-play peut-il être unilatéral ? Dans le sport comme en diplomatie, la réciprocité est reine. Sans elle, la générosité expose à la vulnérabilité. Les responsables marocains sont directement interpellés ici. A ce propos aussi La CAF est à la traîne avec des règles archaïques, une gouvernance hésitante et la politique de la sourde oreille. Les difficultés souvent rencontrées par les équipes dans les aéroports sont jugés être des formalités administratives alors que manifestement utilisées pour peser sur les résultats. El Motie parle du comportement des dirigeants du football marocain mais vise aussi un autre aspect de la Confédération Africaine de Football (CAF), coupable de règles obsolètes comme la valorisation du but à l’extérieur. Au-delà du technique, c’est la modernisation globale qui coince. Comment rivaliser mondialement sans aligner les normes sur les standards FIFA ? Ce retard reflète une gouvernance déconnectée du terrain, freinant l’ambition africaine. La sortie d’El Motie appelle un changement de paradigme pouvant s'articuler autour de trois priorités : - **Réciprocité non négociable** : Chaque club et sélection doit jouir des mêmes standards d’accueil, de sécurité et de respect partout. - **Réalisme marocain assumé** : Fini l’exemplarité morale solitaire. Il faut défendre les intérêts avec fermeté. - **Réforme en profondeur de la CAF** : Moderniser les règles, professionnaliser l’organisation, appliquer des sanctions dissuasives. Il s'agit manifestement d'une sincérité qui force le débat venue de la bouche d'un acteur sur le terrain, soit le cœur même du métier. Les mots d’El Motie tirent leur force de leur authenticité, ni diplomatiques, ni calculés. Ils traduisent un vécu brut. Dans un continent où le foot unit autant qu’il divise, ignorer ces signaux serait une faute grave. La CAF doit certes se saisir de la question pour rééquilibrer les pratiques mais le Maroc doit également comprendre l'enjeu avec pragmatisme. Le football africain est à un carrefour determinant. Il y a manifestement une illusion d’unité au prix de frustrations graves alors que l'on doit tendre vers une maturité fondée sur la réciprocité et des règles claires imposables à tous en toutes circonstances. La prise de parole d’El Motie pourrait bien être le déclencheur de cette prise de conscience, à condition d’avoir le courage de l’entendre. Depuis quelques temps déjà les équipes marocaines qui se déplacent notamment en Algérie subissent des comportements inacceptables dès leurs arrivées à l'aéroport et sur les terrains. Le drapeau marocain n'est jamais hissé, les joueurs et leur pays se font insulter...De petits jeunes ont même été agressés. La CAF n'a jamais agit. Ici à Safi c'est le public d'un club algérien qui sema le KO... Que va décider la CAF? El Motie aura eu le courage de parler comme jamais personne avant lui. Bravo.

Méditerranée : le grand effacement amazigh dans le récit historique eurocentré... 317

L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée est profondément biaisée. Derrière l’opposition paresseuse entre un Nord supposément moteur et un Sud relégué à la marge se dissimule un oubli plus grave : **l’effacement systématique du rôle déterminant des Amazighs (Berbères, Maures) dans la formation de l’Europe méditerranéenne**. Cet effacement n’a rien de neutre ni d’accidentel ; il relève d’une véritable construction idéologique. Bien avant l’ère coloniale, les populations amazighes structurent l’essentiel de l’espace nord-africain et occupent une place centrale dans les dynamiques politiques, militaires, commerciales et culturelles de la Méditerranée, formant des piliers essentiels de son histoire. Ils assurent une jonction quasi continue entre l'Afrique subsaharienne et le nord de la Méditerranée. De l’Al-Andalus à la Sicile médiévale, leur empreinte est profonde et durable. Symbole de cette centralité, la conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle est menée par Tariq ibn Ziyad (ainsi nommé selon les sources) à la tête d’une armée majoritairement amazighe. Les chroniques insistent sur sa composition en grande partie berbère. Cette réalité est systématiquement minimisée au profit d’un récit arabo-centré qui invisibilise la composante amazighe prédominante. Sans les Amazighs, il n’y aurait tout simplement pas eu d’implantation musulmane durable en Europe occidentale avec ce qui s'en suivit comme impact. Réduire Al-Andalus à une simple excroissance du « monde arabe » est une falsification grave par simplification. Les dynasties qui portent son apogée, au premier chef les Almoravides et les Almohades, sont d’origine amazighe. Issues de confédérations berbères sahariennes et atlasiennes, elles refondent les équilibres politiques de l'Afrique du Nord et d’Al-Andalus et construisent une civilisation hispano-mauresque à aujourd'hui vivace. Cette civilisation, fondamentalement amazighe, a marqué l’architecture urbaine et monumentale, encore visible à Séville, Marrakech, Fès ou Cordoue. Elle a structuré une pensée religieuse et juridique avec un malikisme réformateur chez les Almoravides, un rigorisme doctrinal chez les Almohades pour les musulmans et la pensée de Maïmonide pour les Juifs. Elle a par ailleurs impacté durablement l’organisation politique et militaire de la Méditerranée occidentale. Le sud de l’Espagne et du Portugal porte encore aujourd’hui les traces visibles et toponymiques de cette présence amazighe. L’ignorer, c’est mutiler une histoire profondément partagée. Pour rafraichir cette mémoire quoi de mieux qu'un petit tour en Extremadura espagnol. Cette influence ne s’arrête pas aux rives andalouses. En Sicile et dans le sud de l’Italie en général, à Palerme notamment, les interactions entre mondes nord-africains et espaces européens sont constantes durant les périodes islamiques puis normandes, via des contingents militaires, des réseaux marchands et des transferts de savoirs. Ces circulations intègrent une importante composante amazighe, souvent dissoute a posteriori dans la formule vague d’« influence arabe ». Le couscous y est toujours présent accompagné avec des friandises aux amendes à la fleur d'oranger. En parlant indistinctement d’« Arabes », les récits dominants gomment la pluralité réelle des acteurs et effacent la profondeur africaine de ces échanges. Cet effacement procède de plusieurs biais cumulés. D’abord, **l’eurocentrisme** et l’incapacité à admettre que des populations africaines ont été cofondatrices de l’Europe méditerranéenne. Ensuite, **l’arabo-centrisme historiographique** et la tendance à homogénéiser le monde musulman en invisibilisant ses composantes non arabes, dont principalement les Amazighs. Enfin, **l’héritage colonial**, avec le besoin de lisser et de hiérarchiser les récits pour légitimer une prétendue supériorité civilisationnelle européenne. Le résultat est clair : les Amazighs sont relégués à un rôle secondaire, folklorique ou local, alors qu’ils ont été des acteurs structurants de la Méditerranée occidentale. Leur impact est sans équivoque l’un des plus importants de l’histoire de la région. Corriger ce biais ne se résume pas à ajouter un chapitre « berbère » dans des livres d’histoire déjà écrits. **Il faut reconfigurer la narration elle-même. ** Il s’agit de réinscrire les Amazighs au cœur du récit méditerranéen. L’Europe du Sud n’est pas uniquement l’héritière de Rome et du christianisme. Elle est aussi, en partie, le produit d’apports nord-africains, particulièrement amazighs, visibles dans ses structures politiques, ses paysages urbains, ses arts culinaires et vestimentaires, certains prénoms et imaginaires. Le prénom Maurice n’en est-il pas un exemple d’impact indélébile ? La Méditerranée occidentale doit être pensée comme un espace de co-construction, et non comme un théâtre de diffusion unilatérale du Nord vers le Sud. Reconnaître cela ne relève pas d’un réflexe identitaire, ou d'une quelconque revendication idéologique, mais d’une exigence minimale de rigueur scientifique. L’histoire méditerranéenne a été aplatie pour servir des logiques de pouvoir, au prix d’une simplification extrême des trajectoires et des acteurs. Les Amazighs comptent parmi les grands effacés, sinon les seuls exclus. Les réintégrer pleinement dans le récit n’est pas « réécrire » l’histoire au sens de la travestir : c’est **la réparer**, en restituant à la Méditerranée sa profondeur africaine et sa véritable complexité. Cette approche est indispensable pour apaiser les relations dans la région et pour une construction solide du futur de ses populations, qu’il s’agisse de relations politiques, économiques ou simplement humaines. Depuis des siècles, ce récit déséquilibré imprègne les discours académiques, médiatiques et politiques. Or, la Méditerranée a toujours été une mer de circulation, non de domination ; un espace d’interactions permanentes, non une frontière entre mondes hiérarchisés. Dès l’Antiquité et sans doute avant, elle est une zone de fécondation mutuelle entre civilisations africaines, levantines et européennes. L’archéologie le démontre avec force. Phéniciens, Romains, Carthaginois, Égyptiens, Numides et, bien sûr, Amazighs ont structuré ses échanges commerciaux, culturels et scientifiques. L’idée d’une Europe autonome, source unique de modernité, n’est qu’une reconstruction tardive. Il n'y a pas si longtemps à l'échelle géologique, le détroit entre le Maroc et l'Espagne ne faisait guère plus d'un kilomètre... Il appartient aux historiens, aux enseignants et aux systèmes scolaires des deux rives de corriger cela, dans la perspective d'un avenir commun fondé sur un passé tout aussi partagé.