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Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 271

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Eternal Morocco, Unbreakable Morocco: The Identity That Triumphs Over Exile... 409

There are affiliations that geography dissolves over time, and others that it strengthens as distance sets in. The Moroccan experience undoubtedly falls into the second category. Across generations, sometimes up to the third or fourth, a phenomenon intrigues. Women and men born far from Morocco continue to recognize themselves in it, to feel attached to it, to project themselves into it. They have left the country or never lived there long-term; they were born far away, but Morocco has never left them. How to explain such persistence? Why does this loyalty cut across social classes, faiths, degrees of religiosity, and even nationalities acquired elsewhere? How is a memory so indelible? How does it withstand the test of time, distance, and new cultural acquisitions, if not through the profound weight of national consciousness? Morocco is not merely a modern state born from 20th-century recompositions. It is an ancient historical construct, shaped by centuries, even millennia, of political and civilizational continuity. Dynasties like the Almoravids, Almohads, Merinids, Saadians, or Alaouites forged a stable political and symbolic space whose permanence transcends apparent ruptures. This historical depth irrigates the collective imagination. It gives Moroccans, including those in the diaspora, the sense of belonging to a history that precedes and surpasses them. Being Moroccan is not just a nationality. It is an inscription in a continuity, a composite identity forged by inclusion. Moroccan identity has been built through sedimentation. It is Amazigh, African, Arab, Andalusian, Hebraic. These are layers that coexist in a singular balance, complementing and interweaving without exclusion. This ancient plurality explains Moroccans' ability to embrace diversity without identity rupture. Thus, a Jewish Moroccan in Europe or a naturalized Muslim elsewhere often shares a common affective reference to Morocco, not out of ignorance of differences, but because they fit into a shared historical and geographical framework. This inclusive identity enables a rarity: remaining deeply Moroccan without renouncing other affiliations, with the monarchy serving as a symbolic thread. In this complex architecture, the monarchy plays a structuring role. Under Mohammed VI, it embodies historical continuity and contemporary stability. For Moroccans abroad, the link to the Throne goes beyond politics. It touches the symbolic and the affective, a dimension fully grasped only by Moroccans. It acts as a fixed point in a shifting world, offering permanence amid changes in language, environment, or citizenship. This transmission occurs invisibly in the family, in rituals. It is not a memory but living, sensitive memories. The diffusion and transfer also manifest in cuisines with ancestral recipes, in music and sounds, in living rooms echoing with Darija, through summers "back home," gestures, intonations, moussems, or hiloulas. Moroccan identity is transmitted less through discourse than through sensory experiences: tastes, smells, rhythms, hospitality. Thus, generations born abroad feel a belonging not formally learned, an active loyalty blending affection and claimed will. The diaspora does not settle for abstract attachment. It acts. Financial transfers, investments, public commitments, and defense of Moroccan positions internationally bear witness. This operational patriotism extends affection into action, a duty to the nation, a Moroccan loyalty. Moroccans may be exiles, but never uprooted. For the Moroccan diaspora, attachment transcends oceans. Even in political, economic, or academic roles abroad, Moroccains carry their country of origin explicitly or implicitly. The otherness of host societies reinforces this identity. The external gaze consolidates this sense of belonging to a culture so distinctive that it crystallizes, is claimed, and magnified. This phenomenon, intense among Moroccans, compels us to name what went without saying in the homeland: a continuity at a distance. Neither frozen nostalgia nor mere inheritance, this relationship is a profound dynamic. Morocco is not just a place; it is the bond that spans generations, adapts without diluting, reminding us that exile does not undo all affiliations. Morocco is in our daily lives, in a perennial, solid, and unyielding memory that defies borders and time.