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Enseignement supérieur au Maroc : entre scandales de diplômes et défi de l’intégrité scientifique 2752

Le récent scandale des diplômes monnayés à l’Université Ibn Zohr d’Agadir n’est pas un simple fait divers, mais le symptôme d’une crise systémique qui mine la crédibilité de l’enseignement supérieur marocain et, plus largement, la confiance envers les institutions publiques. L’arrestation d’un enseignant de droit, soupçonné d’avoir délivré des diplômes contre rémunération, a mis en lumière l’existence d’un réseau structuré de fraude académique, révélant de graves lacunes dans les mécanismes de contrôle et d’évaluation. Ce phénomène, même s'il était isolé, a un impact profond sur la qualité et la réputation des diplômes marocains. Il porte atteinte à la qualité de la formation universitaire, remet en cause l’intégrité des procédures d’évaluation, fragilise l’autorité pédagogique des enseignants et discrédite les diplômes marocains, tant sur le plan national qu’international. Les conséquences sont multiples allant de la perte de confiance des employeurs dans la valeur des diplômes, à la diminution de la mobilité internationale des étudiants marocains et bien sur à l'affaiblissement de la réputation des universités marocaines dans les classements mondiaux. En contrepartie, les réactions ont été virulentes face à la gravité de l’affaire. L’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC) est intervenue, lançant une action civile pour défendre l’intérêt public malgré l’ouverture d’une enquête judiciaire. Le scandale a également été évoqué au Parlement, soulignant l’ampleur de la crise et l’exigence d’une réponse forte pour restaurer la confiance des citoyens dans les institutions académiques et judiciaires. Ce scandale confirme ce qui se disait déjà dans les milieux étudiants à propos des inscriptions et diplômes obtenus contre argent, voire en échange de faveurs sexuelles. La situation est aujourd’hui aggravée par un problème structurel récemment révélé en matière de recherche scientifique. Ce scandale n’est ni isolé ni inédit. Il s’inscrit dans un contexte plus large de crise de l’intégrité scientifique, comme l’a révélé l’Indice d’intégrité de la recherche scientifique 2025. Cet indice, axé sur la qualité et l’éthique des publications, a tiré la sonnette d’alarme pour dix universités marocaines, épinglées pour des publications entachées d’erreurs méthodologiques ou de plagiat, et retirées des bases de données internationales. Le classement de l’intégrité scientifique 2025 dresse un état des lieux alarmant : - **Ibn Tofail de Kénitra** est en liste rouge : sur 2 154 publications, 165 ont été retirées. - **Ibn Zohr d’Agadir** figure en liste orange : sur 1 912 publications, 96 ont été retirées. - **Hassan II de Casablanca** est également en liste orange avec 202 publications retirées sur 3 668. - **Mohammed V de Rabat** est aussi en liste orange avec 253 articles retirés sur 4 544. - **Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès** figure aussi dans cette liste orange avec 191 titres retirés. - Les universités **Abdelmalek Essaadi, Sultan Moulay Slimane, Moulay Ismail, Mohammed VI Polytechnique** et **Cadi Ayyad** sont placées en liste jaune, c’est-à-dire sous surveillance. Ce classement met en évidence un risque élevé ou très élevé de non-respect des normes d’intégrité académique dans plusieurs établissements publics marocains, ce qui nuit à la réputation du pays dans la région MENA. Le Maroc se classant troisième en termes de nombre d’universités concernées, derrière l’Arabie saoudite et l’Égypte. *Il faut souligner que ce ne sont pas les murs de ces institutions qui sont mis à l’index ou causent un tort aussi scandaleux, mais bien des humains et pas n’importe lesquels. Il s'agit de ceux supposés former les élites nationales, faire avancer le pays et assurer son avenir. Disons vite: pas tous, car dans nos universités il y aussi de très grands enseignants et chercheurs, compétentes et intègres qui sont les premiers à souffrir de cette situation.* Cela signifie que même à ce niveau où la probité doit être déterminante, où seule la compétence doit primer, des pratiques inadmissibles existent probablement dans les recrutements des chercheurs, dans le contrôle de leur travail par leurs pairs, ou encore par les institutions qui les emploient. **Cette crise, qui écorne l’image du pays, exige des mesures structurelles et urgentes. Sans aller jusqu’à réclamer des sanctions immédiates, rétrogradations ou licenciements des enseignants impliqués, il est impératif de renforcer en priorité les contrôles internes, de garantir l’autonomie des cellules d’intégrité scientifique dans chaque université et de former les enseignants-chercheurs et les étudiants à l’éthique de la recherche et à la détection des fraudes, en leur rappelant qu’ils sont surveillés à l’international et que le plagiat ou la manipulation de résultats ne peuvent échapper à la vigilance des autorités compétentes.** Enfin il est impératif et urgent de mettre en place un observatoire national indépendant pour assurer un suivi transparent et pérenne des pratiques académiques. Nos universitaires doivent intégrer que la valorisation de l’intégrité dans les classements et la reconnaissance des universités est une nécessité absolue. Pour cela, ils ont le devoir de privilégier la qualité sur la quantité des publications. La multiplication des scandales en milieu universitaire n’est que la partie visible d’un malaise plus profond dans la gestion, les cursus et le fondement même de l’enseignement universitaire au Maroc. C’est ce qui engendre tant de dysfonctionnements qu’il faut attaquer de façon frontale et sans concession. Relever le défi de l’intégrité académique est aujourd’hui une condition sine qua non pour garantir la crédibilité, l’attractivité et la compétitivité de l’université marocaine à l’échelle mondiale, avec tout ce que cela peut avoir comme impact sur le devenir du pays. C’est là la véritable mission de Si Azzedine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, qui connaît bien les arcanes de l’université marocaine pour y avoir exercé à tous les niveaux.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 96

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.