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Football marocain : entre passion et violence, l’heure du choix décisif... 2029

La violence dans les stades marocains n'est plus un épiphénomène. Chaque saison, les affrontements entre supporters, les dégradations d’infrastructures et, parfois, des drames humains rappellent que les joutes de football, censées être une fête populaire, tournent trop souvent en champ de bataille. La violence est physique, mais pas seulement. Les chants des "supporters" peuvent également être d'une violence inouïe envers les supporters adverses et de plus en plus souvent aussi envers les institutions. Le phénomène est en constante aggravation. Les comportements dangereux, bien que trop peu nombreux, du KACM et ceux de Dkheira, récemment promus en Botola, ou encore les faits perpétrés à Mansouria l'an passé, pour ne citer que quelques exemples, montrent combien la tendance est à la généralisation, même là où l'enjeu n'est pas important. La préoccupation dépasse désormais la simple gestion ponctuelle d'incidents divers : elle exige une prise de position ferme, morale, institutionnelle et médiatique pour restaurer un climat sain et sécurisé. Les incidents relevés en marge des manifestations de ce qui est désormais appelé Génération Z, montrent combien la frontière entre la violence dans les stades et dans la rue est plus que poreuse. Il s'agit des mêmes comportements d'une jeunesse désemparée, sensible aux discours nihilistes ambiants et certainement parfaitement bien manipulable. La jonction est facile. Les adeptes de la violence n'ont aucun mal à passer à l'acte, munis de slogans creux, pensant porter la bonne parole. Les clubs et la Fédération ne sont aucunement responsables dans cette situation alarmante, mais leur silence est lourd et peut engendrer des conséquences fâcheuses pour l'ensemble du pays, hors football. Les clubs de football marocains, ainsi que la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), occupent une place centrale dans le système sportif, culturel et économique national, mais leur posture peut sembler ambiguë. Leur rôle n'est pas uniquement d'organiser des rencontres et des matchs; il s'étend bien au delà des enceintes sportives. Malgré les condamnations officielles des violences, une relation parfois tacite et passive persiste entre certains groupes radicaux de supporters et les clubs souvent impuissants, peut être inconscients de la profondeur de la problématique. Ils en deviennent souvent victimes. Leur rôle d'encadrements des fans étant loin de ce qu'il est supposé être. La ferveur spectaculaire qui remplit les stades et captive les médias certes, nourrit hélas également un engrenage de violence difficilement contrôlable. Des études montrent que les supporters violents sont souvent des jeunes issus de milieux socio-économiques modestes, principalement âgés de 18 à 34 ans. Beaucoup n'ont d'exutoire que le stade et d'identité que celle du club qu'ils supportent. Ils crée à chaque occasion une atmosphère où la passion se mêle dangereusement à la transgression. Pour une lutte crédible contre ce type de violence, une rupture claire est nécessaire : le football marocain doit se désolidariser totalement des groupes violents, en refusant tout chantage symbolique ou organisationnel. La persistance d’une complicité indirecte compromet les efforts déployés et retarde la mise en place d’une véritable politique contre Achaghab. Force est de relever aussi le rôle ambivalent des médias en particulier quand ils, jouent un rôle ambivalent. Ils couvrent abondamment les manifestations "spectaculaires" dans les tribunes: fumigènes, craquages, tifos gigantesques, chorégraphies pyrotechniques, souvent présentées comme des preuves de passion et de créativité, alors que certains de ces aspects sont interdits par les lois nationales et les règlements de la FIFA. Derrière des mises en scène festives peut se cacher une réalité beaucoup plus sombre, où violence et affrontements sont inhérents à ces pratiques. Cette glorification médiatique contribue involontairement à renforcer une "culture" devenue néfaste. Une couverture responsable devrait privilégier la valorisation du jeu, des initiatives éducatives, citoyennes, et des efforts des joueurs et entraîneurs plutôt que la mise en avant d’une spirale de violence. Ce changement d’angle médiatique est indispensable pour déconstruire le mythe que la violence appartient intrinsèquement au football, Ce n'est point vrai. Les exemples ne manquent pas. Il s'agit donc de déconstruire le mythe de la passion violente. Nombreux sont ceux qui justifient la violence dans les stades comme étant le revers inévitable de la ferveur populaire. Ce fatalisme est trompeur et dangereux. De grands championnats, à travers des politiques strictes et des investissements dans la sécurité et l’éducation sportive, ont réussi à encadrer et réduire drastiquement ces comportements. Le Maroc n’y échappera pas. Tôt ou tard il va falloir changer de cap. Mieux vaut tôt que tard. La violence est un problème social qu’il faut combattre avec détermination et non l'accepter comme une fatalité. Il ne s'agit pas de promulguer des lois, mais de les mettre en application, mais surtout de les accompagner de politiques et de programmes éducatifs et de dissuasion dans le cadre d'une responsabilité collective à assumer. La lutte contre la violence dans les stades ne peut être réduite à la seule action des forces de l’ordre. Plus on évitera de mettre face à face les jeunes et les forces de l'ordre mieux ca vaudra. Elle requiert une mobilisation collective et concertée : - Les clubs et la FRMF doivent clairement rompre avec les groupes violents et s'en désolidariser, mettant en place des sanctions strictes et des mesures pour protéger les stades. - Les médias doivent cesser la valorisation esthétique des actes violents et adopter un traitement plus sensible et éducatif du football. - L’État et les collectivités territoriales doivent investir dans l’éducation civique par le sport et offrir aux jeunes des espaces d’expression et de loisirs hors des tribunes, notamment dans les quartiers défavorisés où la frustration sociale est un facteur aggravant. - Les supporters responsables doivent être encouragés et protégés pour rééquilibrer l’image du public footballistique marocain, souvent déformée par une minorité violente. C'est là un choix sociétal déterminant. La problématique dépasse largement le cadre sportif pour toucher à la vision même de la société marocaine. Si le football est un miroir de la nation, il appartient à tous, institutions et citoyens, de décider si ce miroir doit refléter la passion, la créativité et l’unité, ou la haine, la destruction et la division. Il est grand temps que le football marocain choisisse clairement son camp, en mettant fin à toute complaisance vis-à-vis de la violence et en s’engageant résolument dans la construction d’une culture sportive et sociale pacifique, saine et constructive. Ce choix déterminera l’avenir et la grandeur de ce sport extrêmement populaire dans le Royaume. Aujourd'hui on est champion du monde.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Christopher Ross or Diplomacy Against the Current 91

It sometimes happens that diplomats, once their mission is complete, opt for the discretion demanded by their former status. Others prefer to continue intervening in debates they themselves helped complicate. Christopher Ross clearly belongs to this second category. In a recent article, the former envoy for the Moroccan Sahara has once again taken a stance on this sensitive issue. With the benefit of hindsight, his analysis has gained neither nuance nor critical distance. Reading his text suggests quite the opposite: the same interpretive framework, the same assumptions, and above all, the same indulgence toward Algiers. This persistence raises a fundamental question: what is Ross seeking today by intervening again in a dossier where he was one of the most contested mediators? Appointed in 2009 by Ban Ki-moon, he succeeded a series of envoys who had faced the same difficulty: breaking out of a diplomatic impasse inherited from the Cold War. This conflict indeed traces its roots to the geopolitical upheavals of the 1970s. Morocco consolidated its historical sovereignty over the region in 1975, prompting Spain's withdrawal, while the Polisario, backed politically, financially, and militarily by Algeria and Libya, claimed the creation of an independent state. The dossier took on an international dimension with the creation, in 1991, of the MINURSO, tasked with supervising a referendum; an idea proposed by the late Hassan II in a speech delivered in Nairobi at an OAU summit. Very quickly, the obstacles created by the Polisario, particularly regarding voter identification, made this project nearly impossible, and the process stalled. It was then that Morocco proposed, in 2007, a major political initiative: a plan for broad autonomy for the southern provinces under Moroccan sovereignty. The project was presented to the Security Council as a realistic and pragmatic solution and garnered growing international support, described as "serious and credible" in several resolutions. It marked a true turning point in diplomatic realism. Since then, the diplomatic landscape around the Sahara has profoundly evolved. Numerous states now view Morocco's autonomy plan as the most credible basis for a lasting political solution. In 2020, the Trump administration officially announced recognition of Morocco's sovereignty over the Sahara, a major turning point in the dossier's diplomatic balance. In its wake, several Western powers reaffirmed their support for the autonomy plan, while Arab, European, and African countries opened consulates in Laâyoune or Dakhla, de facto recognizing Moroccan administration of the territory. Within the UN, the terminology used in Security Council resolutions has also evolved: the notion of a "realistic, pragmatic, and durable political solution" has become the guiding principle of the process. This shift toward a pragmatic approach reflects a simple reality: the referendum envisioned in the 1990s is no longer seen as a viable option. It is precisely this diplomatic turning point that Ross, still prisoner to an outdated vision, seems to refuse to integrate. In his recent statements, he continues to defend an interpretation of the conflict harking back to a bygone era, clinging to diplomatic frameworks long surpassed by geopolitical realities. This stance even calls into question the man's integrity. During his tenure, the Kingdom had already expressed serious reservations about his impartiality and officially demanded his replacement in 2012, as trust had been gravely undermined. A mediator, by definition, must maintain equitable distance between the parties. When that distance vanishes, mediation loses its credibility. In fact, Ross never truly dispelled suspicions of closeness to the Algerian position. Algeria's role in this conflict is central. One of the most controversial points in his discourse concerns precisely Algiers' place in the dossier. For fifty years, Algeria has officially claimed to be merely an "observing country" in this conflict. The diplomatic and strategic reality is entirely different. Algiers hosts, arms, and finances the Polisario, and shelters thousands of refugees in Tindouf, a significant portion of whom are not even from the territory in question. There is little doubt that the conflict is primarily a dispute pitting Algeria against Morocco, an analysis now widely shared by the main international actors. No lasting solution can emerge without Algiers' direct involvement in the negotiations. In this context, Ross's repeated positions appear anachronistic and undermine his credibility. By continuing, in effect, to align with Algeria and the Polisario, he gives the impression of prolonging a political fight rather than illuminating the debate. The responsibility of former international mediators is thus in question. When a former UN representative speaks out so trenchantly in public, he indirectly engages the image of the institution he served. Yet the credibility of international diplomacy rests precisely on the neutrality of its intermediaries. The diplomatic history of the Sahara is dotted with mediation attempts, successive plans, and failed initiatives. Before Ross, other envoys had tried to unblock the situation, notably James Baker, who proposed a transition plan in the early 2000s that was ultimately rejected. Each attempt has recalled a fundamental truth: without regional political will, no framework can succeed. This is precisely why current international diplomacy favors a realistic solution based on autonomy and regional cooperation, rather than maximalist constructs inherited from the Cold War. In essence, the question is not whether Ross has the right to express an opinion. Like any former diplomat, he can, of course, participate in the debate. But when he persists in defending a vision that ignores major geopolitical shifts, his discourse takes on the appearance of a rearguard battle. The world has changed, as have regional balances. The Sahara under Moroccan sovereignty is no longer merely a decolonization issue: it now lies at the heart of a strategic reconfiguration of the Atlantic and North Africa. Faced with these transformations, international diplomacy seems to have chosen pragmatism. Christopher Ross, by contrast, appears to have chosen nostalgia for a bygone paradigm. In international affairs, history shows that those who cling to past paradigms almost always end up swimming against the current of present realities.