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Ramadan au Maroc : le mois sacré face au miroir de nos excès... 101


Ramadan au Maroc : le mois sacré face au miroir de nos excès...

À l’approche du Ramadan, le Maroc change de rythme et d'heure. Les rues ralentissent le jour, s’illuminent la nuit. Les mosquées se remplissent, les cœurs se resserrent autour de l’essentiel : la foi, la patience, la solidarité, la piété. Sur le papier, le Ramadan est un mois de retenue de piété et de concentration sur soi. Dans la réalité économique, il devient paradoxalement un mois d’excès et de gaspillage. En fait force est de conclure au paradoxe de la table marocaine Quelques heures avant le Ftour, les marchés explosent d’activité. Les sacs débordent. Les paniers s’alourdissent. Les factures aussi. Selon les données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, l’alimentation représente déjà la part la plus importante du budget des ménages marocains, notamment pour les classes modestes. Pendant le Ramadan, les dépenses alimentaires augmentent sensiblement, parfois de manière significative selon les enquêtes de consommation, sous l’effet d’achats concentrés sur une période courte et de la pression sociale autour de la table du ftour. Pression sociale mais également pression des médias et de la télévision en particulier. Le citoyen est bombardé de messages poussant à la consommation érigée alors en réussite sociale. Cela se chiffre en une augmentation des dépenses de l'ordre de 18%. Ce n'est pas rien. Cela se traduit aussi par une augmentation importante de la demande de produits alimentaires, pas forcément de première nécessité et donc par une pression sur les prix qui se traduit naturellement par des augmentations. Pourtant, une partie non négligeable de cette nourriture finit hélas à la poubelle. Les niveaux peuvent être alarmant. Les poubelles regorgent de produits alimentaires préparés, de gâteaux, de pâtisseries de pains et autres préparations à base de farine, beurre et sucre. Selon une étude de la FAO, ce gaspillage peut atteindre près de 85%. En d'autres termes un citoyen qui dépense 1000 dirhams en denrées alimentaires, en jettera comme déchets l'équivalent de 850 dirhams. Ahurissant. La question du gaspillage alimentaire au Maroc est structurelle, comme l’ont souligné plusieurs études appuyées par la FAO. Le Ramadan accentue ce phénomène par la multiplication des plats, la surproduction domestique, des achats impulsifs, l'abondance perçue comme synonyme d’hospitalité et de bien être. Le paradoxe est cruel : au moment même où la spiritualité invite à la modération, la société s’installe dans une démonstration d’abondance en fait en réponse à une pression sociale silencieuse. Le gaspillage n’est pas seulement un problème économique. Il est devenu culturel. Globalement un citoyen marocain jette quelques 132 kg de nourriture pas an selon une étude du PNUE. La FAO parle de 91 kg. Ramadan y participe dans une large mesure. La table du ftour est devenue un espace de représentation sociale. Ne pas multiplier les plats est parfois perçu comme un manque de générosité voire d'avarice. La chebakia, les briouates, la harira, les jus multiples : la norme implicite impose la diversité. On se donne de grands airs. les valeurs initiales, fondatrices de Ramadan y prennent un sacré coup. La sobriété passe aux oubliettes. Cette pression pèse d’autant plus sur les ménages modestes que l’inflation alimentaire des dernières années a érodé le pouvoir d’achat. Quand le budget est serré onze mois sur douze, le Ramadan devient un mois d’effort financier disproportionné. Le mois sacré se transforme alors en équation budgétaire difficile. Les médias ont réussi la fabrique d’un Ramadan-spectacle. A la tombée de la nuit, un rituel quasi généralisé commence : la télévision. Les grandes chaînes nationales concentrent leur programmation phare autour du créneau post-f'tour. Séries légères, sitcoms répétitives, caméras cachées, téléfilms calibrés pour le divertissement familial. Tous cela en support à un bombardement publicitaire hors normes. Le Ramadan est devenu la haute saison publicitaire. Les spots alimentaires se multiplient, les produits transformés envahissent les écrans, et la logique commerciale prend le dessus sur la vocation éducative ou culturelle. Le mois de spiritualité devient une bataille d’audience. La télévision ne crée pas seule la surconsommation, mais elle l’accompagne, la normalise et parfois la célèbre. La spiritualité est ainsi mise à l’épreuve. Le Ramadan est censé enseigner la faim pour mieux comprendre celui qui souffre de manques. Pourtant, le contraste est saisissant : tandis que certaines familles peinent à assurer l’essentiel, d’autres jettent l’excédent. La contradiction interroge quand à la responsabilité des pouvoirs publics et des gens des médias. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays musulmans, les organisations internationales alertent chaque année sur le pic de gaspillage pendant le mois sacré. Ce phénomène est devenu un sujet récurrent des politiques publiques dans la région. Mais au-delà des chiffres, la question est morale : comment concilier jeûne et excès ? Comment prêcher la retenue et pratiquer l’abondance ? Comment recentrer à nouveau le mois sacré La solution n’est ni culpabilisante ni punitive. Elle est culturelle. Le devoir aujourd'hui est de: * Réhabiliter la simplicité dans les discours religieux. * Valoriser les tables sobres comme signe de conscience et non de pauvreté. * Encourager les initiatives de redistribution alimentaire. * Rééquilibrer la programmation audiovisuelle en y intégrant davantage de contenus éducatifs, sociaux et spirituels. Le Ramadan n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être intense. Il n’a pas besoin d’être coûteux pour être noble. Il n’a pas besoin d’être abondant pour être généreux. Au fond, la question n’est pas que économique. Elle est existentielle : **voulons-nous vivre le Ramadan… ou le consommer ?** Le gaspillage n'est point acceptable. La religion le condamne explicitement.

Ramadan au Maroc : le mois sacré face au miroir de nos excès...

À l’approche du Ramadan, le Maroc change de rythme et d'heure. Les rues ralentissent le jour, s’illuminent la nuit. Les mosquées se remplissent, les cœurs se resserrent autour de l’essentiel : la foi, la patience, la solidarité, la piété. Sur le papier, le Ramadan est un mois de retenue de piété et de concentration sur soi. Dans la réalité économique, il devient paradoxalement un mois d’excès et de gaspillage. En fait force est de conclure au paradoxe de la table marocaine Quelques heures avant le Ftour, les marchés explosent d’activité. Les sacs débordent. Les paniers s’alourdissent. Les factures aussi. Selon les données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, l’alimentation représente déjà la part la plus importante du budget des ménages marocains, notamment pour les classes modestes. Pendant le Ramadan, les dépenses alimentaires augmentent sensiblement, parfois de manière significative selon les enquêtes de consommation, sous l’effet d’achats concentrés sur une période courte et de la pression sociale autour de la table du ftour. Pression sociale mais également pression des médias et de la télévision en particulier. Le citoyen est bombardé de messages poussant à la consommation érigée alors en réussite sociale. Cela se chiffre en une augmentation des dépenses de l'ordre de 18%. Ce n'est pas rien. Cela se traduit par une augmentation importante de la demande de produits alimentaires pas forcément de première nécessité et donc par une pression sur les prix qui se traduit naturellement pas des augmentations. Pourtant, une partie non négligeable de cette nourriture finit hélas à la poubelle. Les niveaux peuvent être alarmant. Les poubelles regorgent de produits alimentaires préparés, de gâteaux, de pâtisseries de pains et autres préparations à base de farine, beurre et sucre. Selon une étude de la FAO ce gaspillage peut atteindre près de 85%. En d'autres termes un citoyen qui dépenses 1000 dirhams dans ces denrées là en jettera comme déchets l'équivalent de 850 dirhams. Ahurissant. La question du gaspillage alimentaire au Maroc est structurelle, comme l’ont souligné plusieurs études appuyées par la FAO. Le Ramadan accentue ce phénomène par la multiplication des plats, la surproduction domestique, des achats impulsifs, l'abondance perçue comme synonyme d’hospitalité et de bien être. Le paradoxe est cruel : au moment même où la spiritualité invite à la modération, la société s’installe dans une démonstration d’abondance en fait en réponse à une pression sociale silencieuse. Le gaspillage n’est pas seulement un problème économique. Il est devenu culturel. Globalement un citoyen marocain jette quelques 132 kg de nourriture pas an selon une étude du PNUE. La FAO parle de 91 kg. Ramadan y participe dans une large mesure. La table du ftour est devenue un espace de représentation sociale. Ne pas multiplier les plats est parfois perçu comme un manque de générosité voire d'avarice. La chebakia, les briouates, la harira, les jus multiples : la norme implicite impose la diversité. On se donne de grands airs. les valeurs initiales, fondatrices de Ramadan y prennent un sacré coup. La sobriété passe aux oubliettes. Cette pression pèse d’autant plus sur les ménages modestes que l’inflation alimentaire des dernières années a érodé le pouvoir d’achat. Quand le budget est serré onze mois sur douze, le Ramadan devient un mois d’effort financier disproportionné. Le mois sacré se transforme alors en équation budgétaire difficile. Les médias ont réussi la fabrique d’un Ramadan-spectacle. A la tombée de la nuit, un rituel quasi généralisé commence : la télévision. Les grandes chaînes nationales concentrent leur programmation phare autour du créneau post-f'tour. Séries légères, sitcoms répétitives, caméras cachées, téléfilms calibrés pour le divertissement familial. Tous cela en support à une bombardement publicitaire hors normes. Le Ramadan est devenu la haute saison publicitaire. Les spots alimentaires se multiplient, les produits transformés envahissent les écrans, et la logique commerciale prend le dessus sur la vocation éducative ou culturelle. Le mois de spiritualité devient une bataille d’audience. La télévision ne crée pas seule la surconsommation, mais elle l’accompagne, la normalise et parfois la célèbre. La spiritualité est ainsi mise à l’épreuve. Le Ramadan est censé enseigner la faim pour mieux comprendre celui qui souffre de manques. Pourtant, le contraste est saisissant : tandis que certaines familles peinent à assurer l’essentiel, d’autres jettent l’excédent. La contradiction interroge quand à la responsabilité des pouvoirs publics et des gens des médias. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays musulmans, les organisations internationales alertent chaque année sur le pic de gaspillage pendant le mois sacré. Ce phénomène est devenu un sujet récurrent des politiques publiques dans la région. Mais au-delà des chiffres, la question est morale : comment concilier jeûne et excès ? Comment prêcher la retenue et pratiquer l’abondance ? Comment recentrer à nouveau le mois sacré La solution n’est ni culpabilisante ni punitive. Elle est culturelle. Le devoir aujourd'hui est de: * Réhabiliter la simplicité dans les discours religieux. * Valoriser les tables sobres comme signe de conscience et non de pauvreté. * Encourager les initiatives de redistribution alimentaire. * Rééquilibrer la programmation audiovisuelle en y intégrant davantage de contenus éducatifs, sociaux et spirituels. Le Ramadan n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être intense. Il n’a pas besoin d’être coûteux pour être noble. Il n’a pas besoin d’être abondant pour être généreux. Au fond, la question n’est pas que économique. Elle est existentielle : **voulons-nous vivre le Ramadan… ou le consommer ?** Le gaspillage n'est point acceptable. La religion de condamne explicitement.