Pensez le Futur.

La gériatrie une spécialité encore peu connue au Maroc 3639

La gériatrie désigne la médecine de la personne âgée (PA) et de ses maladies dues au vieillissement : il s’agit d’une prise en charge globale pour maintenir ou, au besoin, restaurer l’autonomie fonctionnelle du patient. L’intervention d’une personne spécialisée en ce domaine est utile en ce sens que la personne âgée (PA) présente des spécificités dues à son vieillissement : elle présente des maladies plus fréquentes et souvent multiples dont l’impact est plus intense sur l’ensemble de l’organisme. D’où l’intérêt de consulter ce spécialiste en gériatrie qui va mieux pouvoir faire la synthèse de tous ses problèmes de santé. Le vieillissement de l’organisme a en effet des conséquences trop souvent méconnues sur la prise en charge du patient âgé, surtout aux environ de 70 ans. Ainsi il détecte moins bien les 4 saveurs de base : le seuil de détection est ainsi en moyenne multiplié par 11,6 pour le salé, 7 pour l’amer, 4,3 pour l’acide et 2,7 pour le sucré ! Près de 400 médicaments perturbent par ailleurs le goût. Ces facteurs et bien d’autres sont alors souvent cause de malnutrition. De même, les médicaments restent en plus grande quantité et plus longtemps dans l’organisme : le paracétamol s’élimine deux fois plus lentement, le diazepam (valium), quatre fois plus lentement. D’où des risques d’’intoxications médicamenteuses dues à une automédication (trop fréquente) ou des prescriptions inappropriées qui sont ainsi responsables d’une hospitalisation sur cinq chez les PA dans les pays développés ! La situation ne peut être qu’au moins identique au Maroc ! UNE SPECIALITE RECENTE AU MAROC La gériatrie n’est devenue une spécialité à part entière que très récemment dans le monde avec l’augmentation de la proportion des personnes âgées dans la population : cette spécialité n’a été créée qu’en 2005 en France par exemple ! Elle n’est donc encore qu’à ses débuts au Maroc, avec la décision du ministère de la Santé, dans les années 2000, d’envoyer en France une quinzaine de spécialistes en médecine interne pour acquérir une seconde sous-spécialité en gériatrie. Ces internistes/gériatres (avec une formation de 5 ans en médecine interne et d’un an en gériatrie), sont les mieux à même de gérer les cas les plus graves. Plusieurs dizaines de médecins généralistes ont aussi une orientation « gériatrie », grâce à des formations complémentaires. Au-delà de ces quelques dizaines de médecins dédiés aux PA, les spécialistes en médecine interne sont aussi par nature les plus ccompétents sur l’ensemble des problèmes de santé des PA, de par leur approche globale de la prise en charge des malades. LA TRANCHE D'ÂGE CONCERNEE PAR CETTE DISCIPLINE La gériatrie ne se définit pas directement par l’âge de ses patients. On peut aller le consulter dès cinquante ans pour mieux préparer son vieillissement. Elle concerne le plus souvent les plus de 60 ans et les principaux défis de cette spécialité visent les plus de 75 ans. Si on peut estimer que l’entrée dans la vieillesse (et de ses premiers handicaps) se fait réellement vers 67/68 ans au Maroc, c’est en effet seulement à partir de 75 ans, le quatrième âge, qu’on observe une montée des incapacités dans les six principales activités de la vie quotidienne : se laver entièrement, s’habiller, aller aux toilettes et les utiliser, se déplacer à l’intérieur du domicile, contrôler ses sphincters et se nourrir. D’où la nécessité d’une intervention de médecins formés spécifiquement à ce moment là de la vie.
Dr Moussayer khadija Dr Moussayer khadija

Dr Moussayer khadija

Dr MOUSSAYER KHADIJA الدكتورة خديجة موسيار Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral à Casablanca. Présidente de l’Alliance Maladies Rares Maroc (AMRM) et de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS), Vice-présidente du Groupe de l’Auto-Immunité Marocain (GEAIM)


5300

0

France-Maroc : le docu qui caricature pour condamner 133

Il y a des documentaires qui éclairent le réel. Et puis il y a ceux qui le déforment au nom d’une cause. Il m’a fallu trois visionnages attentifs pour venir à l’évidence qu' avec «France–Maroc : Je t’aime, moi non plus», diffusé sur France 5 le 5 avril, le téléspectateur n’assiste pas à une enquête, mais à un procès. Un procès à charge, méthodique, où l’accusé est connu d’avance: le Maroc, sa monarchie, et au-delà, son choix politique singulier. La double narration de la voix off et celle de celui dont les propos constituent le fil conducteur n’avait qu’une seule ligne directrice: insinuer, concocter un récit, le consolider et en faire une vérité à force de le répéter de mille manières. Derrière l’apparence du décryptage, c’est en réalité une démonstration idéologique qui se déploie, avec ses certitudes, ses angles morts et ses silences soigneusement entretenus. Le maître-mot: caricaturer pour disqualifier ; le procédé, plutôt transparent: réduire pour mieux condamner. Feu Hassan II est enfermé dans une lecture univoque, celle du «dictateur», sans contextualisation sérieuse des années de plomb, des tensions de la Guerre froide ou des tentatives répétées de coups d’État et d’assassinats qui ont visé le régime. Le seul extrait qu’on lui a trouvé, lui qui était plutôt loquace, est celui où Anne Sinclair lui pose une question sur Khalaat Mgouna.«La capitale des roses», lui avait-il rétorqué. Comme si un État soumis à des menaces existentielles devait réagir avec les standards d’une démocratie permissive. L’histoire nous a bien démontré sur quoi cela pouvait aboutir. Quant à Sa Majesté Mohammed VI, il est présenté comme une simple variation cosmétique du même système: une monarchie «adoucie», mais fondamentalement inchangée. Une lecture paresseuse qui évacue deux décennies de réformes, d’ajustements et d’évolutions réelles. Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de comprendre, mais de figer. Le film devait parler de la relation entre les deux pays, mais la France y est absente donc innocente. La véritable clé du documentaire réside dans ce qu’il ne montre pas. La France, pourtant actrice centrale de cette relation, y apparaît comme en retrait, presque extérieure aux tensions. Une étrange disparition. Où sont les responsabilités historiques du protectorat dont souffre le pays à ce jour? Les imputations territoriales? Les ambiguïtés diplomatiques constantes pour soi-disant préserver un prétendu équilibre entre le Maroc et son voisin? Les intérêts économiques et stratégiques défendus avec constance? Les variations opportunistes du discours sur les droits de l’homme? En creux, le récit devient limpide: le Maroc serait dans l’affect, la pression, voire le chantage. La France, elle, incarnerait la rationalité, l’intelligence et la vérité. Ce déséquilibre n’est pas une maladresse. C’est une construction voulue et assumée dans les images choisies, les séquences et la narration. Comme quand il s’agit de Pegasus. Là, on a suggéré sans prouver, insinué sans conclure. Le traitement de l’affaire dans ce film illustre parfaitement cette mécanique. Le documentaire suggère. Il instille le doute. Il entretient le soupçon et s’arrête là. Jamais il ne rappelle un fait pourtant essentiel: aucune preuve formelle et irréfutable n’a établi la responsabilité du Maroc dans les accusations initiales. Mieux encore, plusieurs éléments sont venus fragiliser ces accusations, au point d’introduire un doute sérieux dans de nombreux cercles d’analyse, y compris au niveau des instances officielles. Ce point n’est pas discuté. Il est simplement évacué. Le spectateur est ainsi laissé dans une zone grise soigneusement entretenue: celle où l’accusation subsiste sans jamais être confrontée à l’exigence de preuve. Bien sûr, c’est volontairement fait ainsi, de façon à ce que la vérité soit masquée par le doute et les insinuations. Ce n’est plus de l’information. C’est de la suggestion. Au-delà, le réel est nié. Le Maroc en transformation est occulté, avec un angle mort majeur: les évolutions du Maroc contemporain. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui a engagé une réconciliation institutionnelle avec son passé ? Non. D’un pays qui a réformé en profondeur son droit de la famille ? Non. D’un pays qui a ouvert, progressivement, des espaces de libertés publiques ou maintenu une stabilité politique rare dans une région tourmentée ? Non. D’un Royaume qui a généralisé la couverture sociale ? Bien sûr que non. Des retraités français qui préfèrent le Maroc? NON. Rien de cela n’est intégré dans la narration. Comme si reconnaître ces dynamiques affaiblissait la thèse initiale. Les réussites économiques et sociales intégrées auraient affaibli la thèse et rejeté les hypothèses. Toute analyse honnête devrait partir de cette tension: un système probablement imparfait, mais qui réussit tout de même mieux que son voisin, par exemple. Un système qui ne s’est jamais figé et qui a fait de la transformation progressive à son rythme une doctrine. Le biais fondamental dans ce film est une définition unique de la démocratie, celle voulue par le narrateur et les invités à qui il a donné le plus de temps de parole. Comme si, pour dire la vérité, il fallait absolument vivre à Paris et écrire en français. Au fond, ce documentaire révèle un biais plus profond: l’incapacité à penser la diversité des modèles politiques. Ici, la démocratie ne peut être que celle de la France socialiste. Tout ce qui s’en écarte devient suspect, illégitime ou transitoire. Le film a fondamentalement ignoré que le Maroc n’est pas la France. C’est une monarchie constitutionnelle, avec ses équilibres propres, ses contradictions, mais aussi sa légitimité historique et populaire. Les Marocains n’y sont pas soumis: ils y sont, dans leur immense majorité, attachés. Ignorer ce fait, c’est sortir du champ de l’analyse pour entrer dans celui du jugement. Quand l’idéologie remplace le journalisme, au final, «France–Maroc: Je t’aime, moi non plus» ne doute jamais. Et c’est précisément là son problème. Tout y est orienté: les choix d’intervenants, les séquences retenues, les silences assumés, les insinuations non corrigées. Ce n’est pas une enquête. C’est une démonstration. Et comme toute démonstration idéologique, elle simplifie le réel jusqu’à le déformer. C’est encore une fois une occasion manquée et un symptôme révélateur. La relation entre la France et le Maroc est trop dense, trop historique, trop humaine pour être réduite à un récit de domination ou de manipulation. Elle est faite de tensions, certes, mais aussi d’interdépendances, de liens humains profonds, d’intérêts croisés, d’attachements durables. Ce documentaire aurait pu en rendre compte. Il aurait pu éclairer les malentendus, interroger les non-dits, équilibrer les responsabilités. Il a préféré instruire un procès. Et ce faisant, il révèle moins le Maroc qu’un certain regard français sur le monde: sûr de lui, normatif, et parfois incapable de voir au-delà de ses propres catégories.