Pensez le Futur.

AFCON 2025: Why Morocco Should Win Its Quarterfinal Against Cameroon... 7121

The quarterfinal of the 2025 Africa Cup of Nations between Morocco and Cameroon, scheduled for January 9, 2026, at Prince Moulay Abdellah Stadium in Rabat, promises to be the hottest clash of the quarters. A matchup with the taste of revenge from another AFCON, the 1988 edition. But we're in 2025, and a lot of water has flowed under the bridges since then. As unbeaten hosts, the Atlas Lions display total mastery with 7 goals scored for just 1 conceded on penalty in four matches, outpacing the Indomitable Lions and their 6 goals for 3 conceded. This numerical superiority, fueled by Brahim Díaz's spark, El Kaabi's indomitability, a relentless defensive midfielder, a rugged defense, and home crowd advantage, positions Morocco as the clear favorite in an intense technical-tactical duel. Even if not deemed flawless by some, Morocco's run has been effective despite losing two key pieces: Saïss and, even more, playmaker Azzedine Ounahi. The Atlas Lions topped Group A with 7 points: a clinical 2-0 win over Comoros, an offensive festival 3-0 against Zambia, and a strategically understandable 1-1 draw against Mali, proving rare versatility. In the round of 16, a controlled 1-0 against Tanzania confirmed their solidity, with zero goals conceded in three of their four outings. This iron defense, led by trio Yassine Bounou, Nayef Aguerd, and Mazraoui, backed by tireless El Aynaoui, yielded only once on penalty to Mali. Overall, a +6 goal difference evoking the discipline of a team chasing continental glory at home. And Hakimi was only just returning for the last match played. This time, for the quarters, they'll face a solid but vulnerable Cameroon, marked by the team's youth and disjointed play in many phases so far. However, their margin for improvement is huge, and the metamorphosis and step-up could precisely happen here in the quarterfinal. The Indomitable Lions snatched first place in Group F with 7 points too: a precious 1-0 against Gabon, a hard-fought 1-1 against Côte d'Ivoire, and a laborious 2-1 over Mozambique. The two goals conceded in the group stage already highlighted collective defensive failings. Their quarterfinal qualification with a 2-1 over South Africa in the round of 16 showed character but also flaws: three goals conceded in total, including one from an individual error against the Bafana Bafana. Less sharp up front with only 6 goals, they rely on opportunistic realism, far from Moroccan fluidity. Morocco, meanwhile, benefits from Brahim Díaz, a maestro in the spotlight. He's likely living his golden age in the AFCON: 4 goals in 4 matches, a historic record for a Moroccan in a single finals, including a gem in the 64th against Tanzania. He's clearly responding to his club coach who seems unsure how to harness his genius. The first Lion to score in every consecutive match, the Madrid man excels in tight spaces, with Ayoub El Kaabi (3 goals) as his faithful, cutting lieutenant. Facing a solid Cameroonian defense with imperial but sometimes hesitant André Onana, this individual threat—even if small in stature: 4 shots on target per match on average—could tip a locked scenario, as in the round of 16 where his runs unsettled the Taifa Stars. Overall technical mastery and ball dominance also tilt toward Morocco, who crush the collective stats: 2,184 successful passes, an absolute record, 89% accuracy, and 71% possession against Tanzania—an ocean of control. Achraf Hakimi, back with a bang and an assist, will surely animate a hellish right flank, while El Khanouss, just settling in, dictates the midfield tempo despite Azzedine Ounahi's absence. In contrast, Cameroon lags at 77% accuracy and 43% average possession, struggling in quick transitions with Frank Zambo Anguissa as their sole pivot. This technical asymmetry promises a prolonged siege by the Atlas Lions on the opposing box. With Amrabat as sentinel to handle Anguissa, it's game over. Other facts and assets also favor the Atlas Lions: psychological and historical factors could be decisive. Euphoric hosts, the Moroccans are riding a 23-match unbeaten streak and a fired-up crowd in Rabat, where the atmosphere will echo the 2022 World Cup. The overall head-to-head favors Cameroon with 6 wins, 5 draws, 2 losses in 13 duels, untouchable in AFCON with 2 wins and 1 draw, but the last two clashes tilt to Morocco: a 1-0 in 2019 AFCON qualifiers and a humiliating 4-0 at the 2020 CHAN. This is thus a generational arm-wrestle for sure, but Morocco's freshness with fewer minutes played and perfect adaptation to the climate outweighs the Indomitable Lions' experience. These combined elements forge an ideal scenario for a conquering Morocco chasing a second star, to be decided at the final whistle at Moulay Abdellah complex, Friday around 10 PM. While a surprise elimination is always possible in a tournament as tight as the AFCON, Morocco holds today's strongest statistical signals for victory: ✔ Best overall offensive output ✔ Only one team that scored against them vs. two for Cameroon ✔ Collective mastery of ball and tempo ✔ Two scorers in top form (Díaz and El Kaabi) ✔ Home turf and fan support advantage These elements form an objective basis for arguing a Moroccan success in this quarterfinal.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Fuite des cerveaux et déclin démographique : la double peine silencieuse du Maroc... 48

Par-delà les discours convenus sur la modernisation et l’attractivité du Royaume, une réalité plus inquiétante s’impose progressivement, celle de la fuite des cerveaux. Longtemps perçue comme un effet secondaire de la mondialisation, elle devient aujourd’hui un facteur structurel de fragilisation socio-économique. Et cette dynamique prend une ampleur nouvelle à mesure que s’installe une transition démographique marquée par le ralentissement, voire la contraction; du vivier national de talents. L'hémorragie est ancienne, mais désormais elle devient critique. Le phénomène de migration des compétences n’est pas nouveau au Maroc. Depuis des décennies, ingénieurs, médecins, chercheurs ou cadres supérieurs s’orientent vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou, plus récemment, les pays du Golfe. Les raisons sont connues : salaires plus élevés, conditions de travail plus attractives, reconnaissance professionnelle accrue, écosystèmes d’innovation plus matures, fiscalité avantageuse. Dans un contexte de forte croissance démographique, cette perte était en partie absorbée par l’élargissement continu de la base des diplômés. Le système éducatif, malgré ses limites, alimentait un flux suffisant pour compenser, au moins quantitativement, les départs. Mais cette équation est en train de changer. La transition démographique, un tournant qu'on ne peut sous-estimer va aggraver davantage la situation. Le Maroc est entré dans une phase avancée de sa transition démographique. La baisse du taux de fécondité, amorcée depuis les années 1990, s’accélère et s’accompagne d’un vieillissement progressif de la population. Ce phénomène, souvent interprété comme un signe de modernisation, comporte en réalité des implications économiques profondes. La population en âge de travailler, moteur de la croissance, tend à stagner puis à diminuer. Le « dividende démographique », qui a longtemps soutenu le développement du pays, s’érode. Dans ce contexte, chaque départ de talent n’est plus simplement une perte individuelle; il devient un manque systémique, difficilement compensable. Le coût socio-économique des départs est croissant et se fera sentir chaque année un peu plus. C’est ici que se noue le cœur du problème : la fuite des cerveaux, combinée à la décroissance démographique relative, engendre un coût socio-économique cumulatif et croissant. D’abord, sur le plan productif. La perte de compétences rares affecte directement la capacité d’innovation, la compétitivité des entreprises et l’attractivité globale du pays. Les secteurs stratégiques: santé, numérique, ingénierie, recherche scientifique, sont les premiers touchés. Le cas des médecins marocains exerçant à l’étranger illustre de manière frappante cette tension. Former un médecin représente un investissement public considérable, dont les bénéfices sont souvent hélas captés par d’autres économies. Ensuite, sur le plan fiscal. Les profils hautement qualifiés sont aussi ceux qui contribuent le plus aux recettes fiscales et à la création de valeur. Leur départ réduit la base imposable, fragilise les équilibres budgétaires et limite les capacités d’investissement public. Enfin, sur le plan social. La raréfaction des compétences accentue les inégalités territoriales et sectorielles. Certaines régions ou services publics se retrouvent en pénurie chronique de personnel qualifié, ce qui alimente un sentiment d’abandon et creuse les fractures internes. Au-delà des indicateurs économiques, la fuite des cerveaux entraîne une érosion des « externalités positives » associées aux élites formées. Un ingénieur, un chercheur ou un médecin ne produit pas seulement de la valeur individuelle. Il contribue à la diffusion des connaissances, à la formation des générations suivantes, à l’émergence d’écosystèmes innovants et pérenne. Lorsque ces acteurs quittent le territoire, c’est toute une chaîne de transmission qui se fragilise. Le pays perd non seulement des compétences, mais aussi des multiplicateurs de développement. La question est aussi de savoir si avoir une diaspora importante à l'etranger constitue une opportunité ou est une simple illusion compensatoire ? Face à ce constat, l’argument de la diaspora est souvent avancé comme contrepoids. Les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger constituent effectivement une ressource importante. De même, les réseaux diasporiques peuvent favoriser les investissements et les transferts de savoir-faire. Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. Les remises financières, aussi significatives soient-elles, ne remplacent ni la présence physique des compétences ni leur contribution quotidienne à l’économie nationale. Quant aux retours d’expérience ou aux investissements, ils restent encore marginaux au regard de l’ampleur des départs. Il s'agit donc d'imaginet de d'implémenter une véritable stratégie de rétention et de circulation des talents. Face à la double contrainte: fuite des cerveaux et contraction démographique, le Maroc ne peut plus se contenter de réponses partielles. Il s’agit désormais d’un enjeu stratégique majeure voire urgent. Plusieurs leviers peuvent être envisagés : * Améliorer les conditions de travail et de rémunération dans les secteurs clés, notamment la santé et la recherche. * Réformer en profondeur le système éducatif pour mieux aligner les formations sur les besoins du marché et valoriser les filières scientifiques et techniques. * Encourager le retour des compétences par des incitations ciblées (fiscales, professionnelles, académiques). * Développer des écosystèmes d’innovation capables de retenir les talents en offrant des perspectives de carrière et de création. * Mettre en place une politique de “circulation des cerveaux”, favorisant les allers-retours plutôt que les départs définitifs. Ce qui était hier un problème préoccupant devient aujourd’hui une menace structurelle et exige donc une urgence stratégique. Dans un contexte de raréfaction progressive des ressources humaines qualifiées, chaque départ compte davantage, chaque perte pèse plus lourd. La fuite des cerveaux, combinée à la transition démographique, constitue ainsi une double peine silencieuse pour le Maroc. Elle appelle une prise de conscience à la hauteur des enjeux : non plus seulement freiner les départs, mais repenser en profondeur le modèle de développement pour faire du capital humain, rare et précieux, le cœur de la stratégie nationale. Car, à terme, la véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles ni dans ses infrastructures, mais dans la qualité, la créativité et l’engagement de ses femmes et de ses hommes.

Le Maroc et l’économie de confiance : le capital invisible du développement 63

Dans l’histoire économique des nations, certains atouts sont visibles, telles les ressources naturelles, la position géographique, les infrastructures ou la taille du marché. D’autres, en revanche, sont invisibles mais souvent déterminants. Parmi eux, la confiance occupe une place centrale et constitue le véritable ciment des économies durables. Une économie peut survivre avec peu de ressources naturelles, mais elle ne peut prospérer durablement sans confiance. Le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts: stabilité politique remarquable, position stratégique, infrastructures de classe mondiale et une diplomatie économique active. Pourtant, l’étape décisive du développement consiste désormais à bâtir une véritable économie de confiance, capable de rassurer durablement les citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Ce n’est pas un slogan. La confiance est une architecture institutionnelle et culturelle qui se construit dans la durée. C'est le premier capital d’une économie moderne et un facteur déterminant. Elle réduit les coûts de transaction, encourage l’investissement, facilite l’innovation et stimule l’initiative individuelle. Lorsqu’un entrepreneur sait que les règles du jeu sont stables, que les contrats seront respectés et que la justice est rapide et indépendante, il investit plus facilement. Lorsqu’un citoyen a confiance dans l’administration fiscale et dans les institutions, il accepte plus volontiers l’impôt et participe à l’économie formelle. À l’inverse, l’absence de confiance génère des comportements de précaution: fuite des capitaux, informalité, faible investissement à long terme. L’économie devient alors prudente, fragmentée et inefficiente. Pour le Maroc, la question centrale n’est donc pas seulement d’attirer des investissements, mais de créer un environnement où la confiance devient un réflexe collectif. Il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès considérables accomplis au cours des dernières décennies. Les fondations sont solides. Le pays a investi massivement dans les infrastructures:Tanger Med est aujourd’hui l’un des plus importants hubs logistiques au monde. Nador et Dakhla arrivent bientôt. Les zones industrielles ont permis l’émergence de filières performantes, dans l’automobile avec Renault Group et Stellantis, et dans l’aéronautique avec Boeing, Airbus et Safran. L’ambition du pays en matière de transition énergétique est exemplaire. Cela montre qu'il est capable de porter des projets structurants et d’offrir un environnement macroéconomique stable. Cependant, la prochaine étape du développement exige un saut qualitatif: passer d’une économie d’opportunité à une économie de confiance avec un rôle déterminant de l’État de droit. La confiance repose d’abord sur la solidité des institutions. Pour les investisseurs comme pour les entrepreneurs, la prévisibilité des règles constitue un élément décisif. Les lois doivent être stables, lisibles et appliquées de manière égale avec trois dimensions particulièrement cruciales : 1. **L’indépendance et l’efficacité de la justice** Une justice rapide, accessible et crédible est la clé de voûte de toute économie de confiance. Les litiges commerciaux doivent être réglés dans des délais raisonnables. Les décisions judiciaires doivent être exécutées sans ambiguïté. La sécurité juridique est souvent le premier facteur d’attractivité. 2. **La stabilité fiscale** Les investisseurs n’attendent pas nécessairement des taux d’imposition très faibles; ils recherchent avant tout la stabilité et la lisibilité. Une fiscalité prévisible permet aux entreprises de planifier les investissements sur le long terme. Le Maroc a déjà engagé plusieurs réformes fiscales importantes, mais l’enjeu est désormais d'aller plus loin et de consolider un pacte fiscal clair et durable. 3. **La lutte contre les rentes et les privilèges** La confiance disparaît lorsque les règles du jeu semblent inégales. Une économie dynamique repose sur la concurrence loyale et l’égalité des opportunités. La transparence des marchés publics, la régulation de la concurrence et la limitation des situations de rente constituent des leviers essentiels. Une économie de confiance est aussi une économie de liberté, à même de libérer l’énergie entrepreneuriale. La liberté d’entreprendre, d’innover et d’expérimenter est l’un des moteurs fondamentaux de la croissance. Le Maroc dispose d’une jeunesse talentueuse, d’ingénieurs compétents et d’une diaspora influente. Cependant, plusieurs obstacles subsistent: complexité administrative, accès au financement pour les PME, lenteur de certaines procédures. Le défi consiste à créer un environnement où l’initiative individuelle devient la norme plutôt que l’exception. Les start-ups marocaines dans les domaines de la fintech, de l’intelligence artificielle ou des technologies agricoles montrent déjà le potentiel du pays. Avec un écosystème plus fluide, elles pourraient devenir les champions économiques de demain. Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et les recompositions économiques, la confiance devient également un avantage comparatif. Si le Maroc parvient à se positionner comme un pays où les règles sont stables, la justice fiable et l’administration prévisible, il pourrait devenir l’une des principales plateformes d’investissement entre l’Europe et l’Afrique. Cette ambition est cohérente avec les stratégies africaines du Royaume et avec son ouverture internationale croissante. La confiance pourrait ainsi devenir la véritable marque économique du Maroc. Plusieurs orientations stratégiques méritent d’être privilégiées : 1. Accélérer la modernisation du système judiciaire, notamment dans le traitement des litiges commerciaux et l’exécution des décisions de justice. 2. Simplifier radicalement les procédures administratives pour les entreprises, par la digitalisation complète des services publics. 3. Instaurer une stabilité fiscale sur plusieurs années afin de renforcer la visibilité. 4. Encourager la transparence et la concurrence loyale dans tous les secteurs économiques. 5. Renforcer la formation et la valorisation du capital humain, notamment dans les domaines technologiques et scientifiques. 6. Développer une culture de confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens. Cette dimension est souvent négligée, alors qu’elle constitue le socle invisible du développement. Le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire économique. Les infrastructures sont là, les ambitions stratégiques sont affirmées et l’environnement international offre de nouvelles opportunités. La prochaine étape consiste donc à bâtir un écosystème de confiance durable. Si le Maroc réussit ce pari et il le doit, il pourrait non seulement accélérer son développement, mais aussi devenir l’une des économies les plus crédibles et les plus attractives du monde émergent. Dans l’économie mondiale du XXIᵉ siècle, la confiance est sans doute le capital le plus rare et le plus puissant.

Football : Quand la passion tue le Jeu dans l'impunité et la tolérance... 96

Le football est d’abord et sans doute une affaire d’émotions. Il est, par essence, un théâtre à ciel ouvert où se jouent les passions humaines dans leur forme la plus brute, probablement la plus primaire. Il génère joie, colère, fierté, humiliation, appartenance. Des tribunes de Camp Nou à celles du Stade Diego Armando Maradona, en passant par la ferveur du Complexe Mohamed V, par les enceintes vibrantes de Stade Léopold Sédar Senghor ou encore le Parc des Princes, le Vélodrome et le Bernabeu, le football dépasse le simple cadre du jeu pour devenir un phénomène social total. Mais cette intensité émotionnelle, si elle fait la beauté du football, en constitue aussi le danger. Car sans régulation rigoureuse, elle bascule rapidement dans l’excès, puis dans la violence. Aujourd’hui, force est de constater que les règles existent, mais qu’elles sont trop souvent contournées, vidées de leur substance ou appliquées avec une indulgence déconcertante. Sur les terrains comme dans les tribunes, les dérives se multiplient : insultes envers les arbitres, provocations entre joueurs, contestations systématiques, violences physiques, jets de projectiles, envahissements de terrain, propos xenophobes, offenses racistes. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir une norme tolérée. On commence étonnement à s'y habituer. Les exemples récents sont édifiants. En Espagne, dans des stades pourtant réputés pour leur culture footballistique, des chants racistes continuent d’être scandés sans complexe, visant notamment des joueurs comme Vinícius Júnior. Tout récemment c'est la communauté musulmane qui fut insultée. Et pourtant la pépite du football espagnole actuellement est bien musulmane. Un public surchauffé ayant sans doute oublié qu'il n' ya pas si longtemps il était musulman. Parmi ceux qui scandaient ces propos et sans doute aucun, certains portent bien encore les gênes de ce passé récent... À Dakar, il y a quelques jours, des heurts ont dégénéré, transformant une fête sportive en scène de chaos. En Italie, des incidents impliquant des supporters ayant envahi le terrain, pourtant lors d'un match amical, ont mis en danger joueurs et officiels, rappelant les heures sombres du hooliganisme européen des années 1980. Ces épisodes ne sont pas isolés; ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence dans et autour des stades. Même au plus haut niveau du football africain, les dérives comportementales deviennent problématiques. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé un goût amer. Ce qui devait être un moment de célébration du football continental a été terni par des comportements contraires à l’éthique sportive. Les pressions sur l’arbitrage, les contestations excessives, les interruptions de jeu se sont banalisés. Lorsqu’un entraîneur se permet de manipuler le rythme d’un match pour influencer une décision arbitrale, il ne s’agit plus de stratégie, mais d’une remise en cause des fondements mêmes du sport. Malgré l’indignation internationale, les sanctions infligées aux équipes, aux clubs ou aux joueurs concernés restent souvent symboliques, insuffisantes pour éradiquer ces comportements. Phénomène très étonnant: rarement on a vu les clubs ou les fédérations se désolidariser clairement de ce public là. Ils s'en accommodent et quand ils le condamner, c'est du bout des lèvres qu'ils le font dans un ton calfeutré, timide et sans effet. Le problème est double. D’une part, les règlements disciplinaires existent mais manquent de fermeté. D’autre part, leur application souffre d’un manque de cohérence et de courage politique. Les instances comme la FIFA, les confédérations continentales et les fédérations nationales, hésitent à prendre des sanctions réellement dissuasives comme les retraits de points, les huis clos prolongés, les exclusions de compétitions, voire des relégations administratives. Or, sans peur de la sanction, la règle perd toute efficacité. Il suffit de comparer avec d’autres sports pour mesurer le décalage. En rugby, par exemple, le respect de l’arbitre est une valeur cardinale. La moindre contestation est immédiatement sanctionnée. En athlétisme, un faux départ entraîne une disqualification immédiate, sans discussion. Le football, lui, tolère encore trop de comportements qui devraient être inacceptables. Cette permissivité a un coût. Elle fragilise l’image du football, dissuade certaines familles de fréquenter les stades et met en danger la sécurité des acteurs du jeu. Plus grave encore, elle prépare le terrain à des drames futurs. L’histoire nous a déjà appris, à travers des catastrophes comme celle du "Heysel Stadium disaster", que la violence dans les stades peut avoir des conséquences tragiques. Il est donc urgent de réagir. Réguler le football ne signifie pas tuer son âme, mais au contraire la préserver. Il ne s’agit pas d’éteindre les passions, mais de les canaliser. Cela passe par des mesures fortes, par des sanctions exemplaires contre les clubs et les joueurs fautifs, par la responsabilisation des fédérations nationales, l'utilisation accrue des technologies pour identifier les fauteurs de troubles, et surtout, une volonté politique claire des instances dirigeantes nationales et internationales. Le football ne peut pas continuer à être ce « marché de l’émotion » livré à lui-même. Car à force de tolérer l’intolérable, il risque de perdre ce qui fait sa grandeur et sa capacité à rassembler plutôt qu’à diviser. Si la FIFA ne se décide pas à agir avec fermeté, alors le danger est réel : celui de voir le football s’enfoncer dans une spirale où la violence l’emporte sur le jeu, et où, un jour, les drames dépasseront le simple cadre du sport. La décision tant attendue du Tribunal arbitral du sport (TAS), dans l'affaire de la finale de la CAN 2025, devrait confirmer la rigueur et l'intégrité dans l'application des règles, au moins à ce niveau, renforçant ainsi la crédibilité de la compétition panafricaine et du football en général.

Avril 2026 ou la confirmation certaine de la victoire marocaine... 173

C'est un mois d'avril décisif que nous allons vivre. La dynamique internationale bascule davantage en faveur du Maroc dans le dossier du Sahara. Avril s'annonce, une fois encore, comme un moment charnière dans le traitement international de la question du Sahara marocain. Rituel diplomatique devenu structurant, il correspond à la présentation du rapport annuel de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies devant le Conseil de Sécurité. Mais cette année, le contexte est profondément différent. Les lignes ont bougé, les équilibres se sont redessinés, et une dynamique nouvelle s’installe, nettement favorable au Maroc, suite logique de l’adoption de la résolution 2797, à fort potentiel structurant. L’adoption de cette résolution constitue un jalon essentiel. Elle ne se limite pas à reconduire le cadre existant. Elle consolide une orientation politique amorcée depuis plusieurs années, en consacrant la prééminence d’une solution politique réaliste, pragmatique et durable, centrée exclusivement sur l’initiative marocaine d’autonomie. Cette résolution s’inscrit dans une continuité stratégique qui marginalise progressivement les options irréalistes, celles qui longtemps s’appuyaient sur des référentiels dépassés ou inapplicables dans le contexte géopolitique actuel. Elle renforce aussi la pression sur les parties pour qu’elles s’inscrivent dans un processus politique crédible, sous l’égide exclusive des Nations unies, mais en réalité sous une forte pression américaine. Les États-Unis se sont directement impliqués en faveur du Royaume, avec le retour des tables rondes à Madrid puis à Washington comme pivots. Ces rencontres ont confirmé une réalité diplomatique désormais difficilement contestable. Le format des réunions incluant le Maroc, la Mauritanie, le Front Polisario et l’Algérie malgré elle, est le seul cadre pertinent pour avancer. Il consacre implicitement le rôle central de l’Algérie, longtemps désireuse de se présenter comme simple observateur. Sa participation active, même forcée, la place au cœur du différend, modifiant profondément la lecture du conflit et redistribuant les responsabilités politiques. Madrid et Washington ne sont pas des lieux anodins. Ils traduisent l’implication croissante des puissances occidentales dans la recherche d’une issue, avec une convergence de plus en plus nette autour de la proposition marocaine. L'une des évolutions attendues en ce mois-ci concerne l’avenir de la MINURSO. L’heure de la redéfinition de la mission a sonné. Depuis ses débuts, elle n’a jamais joué le rôle pour lequel elle avait été décidée. Une évolution majeure se dessine probablement dans l’accompagnement du processus de mise en œuvre de l’autonomie des provinces du sud dans le cadre de la souveraineté du Royaume. Longtemps cantonnée à une fonction d’observation du cessez-le-feu, la mission verra son appellation changer et son mandat évoluer pour s’adapter aux réalités du terrain et aux exigences d’un processus politique renouvelé. Un tel changement serait lourd de sens. Il marquerait la fin d’une inertie onusienne et traduirait la volonté de la communauté internationale de passer d’une gestion du statu quo à une logique de résolution active et définitive. N’en déplaise à ceux qui, pendant 50 ans, ont tout fait pour perpétuer le conflit via leur proxy; celui ci souffre de plus en plus du changement de la donne. Washington a durci le ton et placé le Polisario dans son viseur. L'Algérie en souffre de toute évidence. L’introduction, au Congrès des États-Unis, d’une proposition visant à qualifier le Polisario d’organisation terroriste constitue un tournant potentiellement majeur. Si elle aboutissait, une telle désignation aurait des conséquences politiques, financières et diplomatiques considérables. Elle isolerait davantage le mouvement, fragiliserait ses soutiens et reconfigurerait les rapports de force. Surtout, elle renforcerait la lecture sécuritaire du dossier, dans un contexte sahélo-saharien marqué par la montée des menaces transnationales. Cela s’ajoute à un Conseil de Sécurité de plus en plus aligné sur la position marocaine. La composition actuelle du Conseil penche nettement en faveur des positions marocaines. Plusieurs membres influents soutiennent explicitement ou implicitement l’initiative d’autonomie, considérée comme la base la plus sérieuse et crédible de règlement. Ce basculement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une diplomatie marocaine active, cohérente et constante, qui a su inscrire la question du Sahara dans des logiques de stabilité régionale, de lutte contre le terrorisme et de développement économique. L’Algérie, quant à elle, est face à ses contradictions. Dans ce contexte, le pouvoir algérien apparaît de plus en plus en difficulté. Son positionnement, longtemps structuré autour d’un discours idéologique et d’une opposition systématique au Maroc, semble aujourd’hui en décalage avec les évolutions du système international. L’isolement diplomatique relatif d’Alger, y compris dans son environnement sahélien, contraste avec ses ambitions régionales. Sur le plan interne, les défis économiques et sociaux accentuent les tensions, dans un pays aux ressources considérables mais dont les retombées restent inégalement réparties. Les populations algériennes souffrent de beaucoup d'injustice et manquent de l'essentiel. La question du Sahara, instrumentalisée pendant des décennies comme levier de politique extérieure et de cohésion interne, révèle ainsi les limites d’un modèle politique à bout de souffle. La tendance se confirme donc vers un tournant historique privant le régime algérien de sa rente politique artificielle. L’ensemble des éléments converge vers une même conclusion : le mois d’avril de l'an 2026 pourrait marquer une étape décisive dans l’évolution du dossier du Sahara marocain. Sans préjuger d’un dénouement immédiat, les dynamiques actuelles réduisent progressivement l’espace des positions de blocage. Plus que jamais, la résolution de ce conflit semble passer par une reconnaissance des réalités géopolitiques et par l’adhésion à une solution politique pragmatique. Dans cette perspective, le Maroc apparaît en position de force, porté par une légitimité croissante et un soutien international de plus en plus affirmé. Reste à savoir si les autres acteurs, l'Algérie en particulier, sauront s’adapter à cette nouvelle donne, ou s’ils choisiront de s’y opposer au risque d’un isolement accru dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement. Il y aura sans doute un avant et un après avril 2026 et surtout la consolidation d'une position marocaine, orientée vers davantage de développement des provinces du sud marocain. Le rendu du Conseil de Sécurité est attendu dans ce sens.

Maroc éternel, Maroc incassable : l'identité qui triomphe de l'exil... 211

Il existe des appartenances que la géographie dissout avec le temps, et d’autres qu’elle renforce à mesure que la distance s’installe. L’expérience marocaine relève assurément de la seconde catégorie. À travers les générations, parfois jusqu’à la troisième ou quatrième, un phénomène intrigue. Des femmes et des hommes nés loin du Maroc continuent de s’y reconnaître, de s’y attacher, de s’y projeter. Ils ont quitté le pays ou n’y ont jamais vécu durablement, ils sont nés loin du pays mais le Maroc, lui, ne les a jamais quittés. Comment expliquer une telle persistance ? Pourquoi cette fidélité traverse-t-elle les classes sociales, les confessions, les degrés de religiosité et même les nationalités acquises ailleurs ? Comment une mémoire est si indélébile. Comment résiste-elle à l’épreuve du temps, de l’éloignement et des acquis culturels nouveaux, sinon par le poids profond de la conscience nationale ? Le Maroc n’est pas un simple État moderne issu des recompositions du XXe siècle. C’est une construction historique ancienne, façonnée par des siècles, des millénaires, de continuité politique et civilisationnelle. Des dynasties comme les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Saadiens ou les Alaouites ont forgé un espace politique et symbolique stable, dont la permanence dépasse les ruptures apparentes. Cette profondeur historique irrigue l’imaginaire collectif. Elle donne aux Marocains, y compris ceux de la diaspora, le sentiment d’appartenir à une histoire qui les précède et les dépasse. Être marocain n’est pas seulement une nationalité. C’est une inscription dans une continuité, une identité composite forgée par l’inclusion. L’identité marocaine s’est bâtie par sédimentation. Elle est amazighe, africaine, arabe, andalouse, hébraïque. Autant de strates qui coexistent en équilibre singulier, se complètent, s'imbriquent sans s’exclure. Cette pluralité ancienne explique la capacité des Marocains à embrasser la diversité sans rupture identitaire. Ainsi, un Marocain juif en Europe ou un musulman naturalisé ailleurs partage souvent une référence affective commune au Maroc; non par ignorance des différences, mais parce qu’elles s’inscrivent dans un cadre historique et géographique partagé. Cette identité inclusive permet une rareté : rester profondément marocain sans renoncer à d’autres appartenances, la monarchie servant de fil symbolique. Dans cette architecture complexe, la monarchie joue un rôle structurant. Sous Mohammed VI, elle incarne continuité historique et stabilité contemporaine. Pour les Marocains de l’étranger, le lien au Trône dépasse la politique. Il touche au symbole et à l’affectif. Une dimension que seuls les Marocains saisissent pleinement. Elle agit comme un point fixe dans un monde mouvant, offrant une permanence face aux changements de langue, d’environnement ou de citoyenneté. Cette transmission s’opère invisiblement dans la famille, dans les rites. Ce n'est pas une mémoire mais des mémoires sensibles et vivantes. La diffusion et le transfert se manifestent aussi dans les cuisines aux recettes ancestrales, dans les musiques et les sons, dans les salons où résonne la darija, par les étés « au bled », les gestes, les intonations, les moussems ou les hiloulas. L’identité marocaine se transmet moins par discours que par expériences sensorielles : goûts, odeurs, rythmes, hospitalité. C’est ainsi que les générations nées à l’étranger ressentent une appartenance non apprise formellement, une fidélité active mêlant affect et volonté revendiquée. La diaspora ne se contente pas d’un attachement abstrait. Elle agit. Les transferts financiers, les investissements, les engagements publics, la défense des positions marocaines à l’international en témoignent. Ce patriotisme opérant prolonge l’affect en action, un devoir envers la nation, une fidélité marocaine. Les marocains peuvent être exilés, mais jamais déracinés. Pour la diaspora marocaine l'attachement transcende les océans. Même dans des fonctions politiques, économiques ou universitaires à l’étranger, les Marocains portent explicitement ou implicitement leur pays d’origine. L’altérité des sociétés d’accueil renforce cette identité. Le regard extérieur consolide ce sentiment d’appartenance à une culture si marquante qui se cristallise, se revendique, se magnifie. Ce phénomène, intense chez les Marocains, oblige à nommer ce qui allait de soi au pays : une continuité à distance. Ni nostalgie figée ni simple héritage, cette relation est une dynamique profonde. Le Maroc n’est pas seulement un lieu; c’est le lien qui traverse les générations, s’adapte sans se diluer, rappelant que l’exil ne défait pas toutes les appartenances. Le Maroc est au quotidien en nous dans une mémoire pérenne, solide et sans faille, qui défie les frontières et le temps.

AFCON 2025: le trophée qui Braise... 291

Il est des moments où le football cesse d’être un jeu pour devenir un révélateur brutal des fragilités institutionnelles et politiques d’un continent. La crise actuelle autour de la Coupe d’Afrique des Nations en est l’illustration parfaite. Entre l’application rigoureuse des règlements, la crédibilité de la Confédération Africaine de Football, la pression médiatique et les réactions de la Fédération Sénégalaise de Football, l’affaire dépasse désormais le cadre sportif pour s’inscrire dans un registre beaucoup plus large, où s’entremêlent droit, souveraineté et diplomatie de plus en plus. À l’origine, une décision disciplinaire qui, en d’autres circonstances, dans une conjoncture normale, aurait relevé d’un simple contentieux sportif. Mais le contexte, la symbolique et les acteurs impliqués ont transformé ce dossier en véritable crise. La CAF, en tant qu’instance régulatrice, se trouve placée face à une exigence fondamentale, celle de faire respecter ses propres textes sans céder à la pression. Toute faiblesse dans l’application du droit ouvrirait la voie à une contestation généralisée de son autorité, un retour sur des décisions et verdicts précédents. En ce sens, la décision prise, aussi contestée soit-elle, s’inscrit dans une logique de préservation institutionnelle. Cependant, le droit, aussi nécessaire soit-il, ne peut être totalement dissocié de son environnement politique et émotionnel. La preuve en est parfaite aujourd'hui. La réaction de la partie sénégalaise est perçue comme une offense ou une remise en cause de la décision, traduit un malaise plus profond : celui d’un sentiment d’injustice, réel ou supposé, amplifié par une opinion publique chauffée à blanc par une profusion de déclarations et de propos de plus en plus belliqueux. Les réseaux sociaux, les plateaux télévisés et certains discours officiels ont contribué à transformer une affaire juridique en affrontement symbolique entre nations. Face à cela la Fédération Royale Marocaine de Football est silencieuse, stoïque, tranquille et discrète. C’est là que réside le principal danger. Au-delà des textes et des procédures, ce sont des relations historiques, construites sur des décennies de solidarité et de fraternité, qui se retrouvent exposées à une tension inutile. Le football africain, longtemps présenté comme un vecteur d’unité, risque ici de devenir un facteur de division. Et cette dérive, si elle n’est pas contenue, pourrait laisser des traces durables. C'est ce que cherchent à obtenir les forces occultes ou pas d'ailleurs qui alimentent le feu. Dans ce climat de surenchère, la tentation est grande pour chaque camp de durcir sa position. Pourtant, l’histoire des conflits sportifs montre que l’escalade est rarement une solution. Elle affaiblit les institutions, décrédibilise les compétitions et, surtout, éloigne le public de l’essentiel : le jeu juste et crédible. La question centrale devient alors la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer ? Une issue apaisée passe nécessairement par un retour au calme et à la raison. Il ne s’agit pas de renoncer à ses droits, ni de taire les désaccords, mais de les inscrire dans un cadre maîtrisé. Les mécanismes de recours existent, que ce soit au sein des juridictions sportives directes ou, le cas échéant, devant l'instance internationale qu'est le Tribunal Arbitral du Sport. Son rôle est précisément de trancher ce type de litiges avec impartialité et rigueur. Attendre le verdict de cet instance même si elle est lente, c’est accepter que le droit prime sur l’émotion. C’est aussi reconnaître que la crédibilité des composantes du football africain dépend de leur capacité à régler les différends dans le respect des règles qu’elles se sont elle-même données. Toute autre voie, celle de la pression, de la politisation excessive ou de la confrontation médiatique ne ferait qu’installer et aggraver une crise. Au fond, cette affaire pose une question essentielle, celle du modèle de gouvernance pour le football africain. Un modèle soumis aux rapports de force et aux émotions du moment, ou un modèle fondé sur des institutions solides, respectées et capables de faire appliquer le droit, même lorsqu’il dérange ? Finalement les instances du football africain ne sont pas tombées du ciel. Elles sont l'amanation d'un process démocratique auquel participent, en toute bonne conscience, les 54 pays d'Afrique. La réponse à cette question déterminera non seulement l’issue de cette crise, mais aussi l’avenir du football sur le continent. Au-delà du cas présent, c’est la crédibilité de toute une architecture sportive qui est en jeu. Dans l’immédiat, une évidence s’impose : le temps de l’apaisement doit succéder à celui de la confrontation et de la surenchère. La préservation de l’essentiel et la consolidation de la fraternité entre peuples africains, vaut bien plus qu’une victoire sportive fut elle une coupe d'Afrique de football. Cela n'est hélas pas à la portée de ceux dans la vue ne dépasse pas le bout du nez. Le TAS s'exprimera bientôt. On verra alors qui a tort qui a raison en application stricte du droit et il n y'aura plus de recours possible sinon le retour à la raison. Ne vaut il pas mieux justement, en attendant, garder la tête froide, conserver sa lucidité et se calmer ? Un trophée n'est brandit que quand il est mérité, définitivement mérité.

La guerre sans visage, le monde désorienté, le citoyen piégé... 251

Il fut un temps où la guerre avait un sens, ou du moins une apparence de sens. Elle opposait des camps identifiables, produisait des vainqueurs et des vaincus, et se terminait parfois par une paix, même imparfaite, parfois signée dans un wagon de train. Avant cela, elle se déroulait en batailles pour lesquelles on se fixait même rendez-vous, loin des civils. On s’observait, on se jaugait et on décidait ensemble de l’heure du début des joutes. Une vraie guerre des braves. Il y avait toujours des vainqueurs et des vaincus. Merci au cinéma de nous en faire revivre les répliques, plus ou moins romancées, mais des répliques tout de même… De la Première Guerre mondiale à la Guerre froide, plus proche de nous, les conflits, aussi tragiques fussent-ils, obéissaient à une certaine intelligibilité historique. Depuis, les manettes s’y sont engouffrées et les ordinateurs s’y sont imposés… Alors les choses ont changé ; osons dire: se sont se sont déshumanisées. La guerre contemporaine, telle qu’elle se dessine dans la confrontation triangulaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, semble avoir rompu avec cette logique d’antan. Elle n’est plus seulement complexe : elle est devenue insaisissable, inintelligible pour le commun des mortels que nous sommes. Elle ne se contente pas d’opposer des forces, elle dissout les repères mêmes qui permettaient autrefois de comprendre ce qu’est une guerre. Qui est vainqueur ? Qui est vaincu ? La question paraît presque déplacée. Car la guerre moderne, celle-là, ne produit plus de verdict clair, mais une succession de récits concurrents, saturés de propagande, de désinformation et de ce qu’on appelle désormais des « fakes ». La vérité elle-même devient un champ de bataille, fragmentée, manipulée, inaccessible. Le mensonge s’inscrit dans le système. La réalité vacille et se perd. Des vies sont pourtant perdues dans l’anonymat, des bâtiments certainement transformés en bouillie, des milliards de dollars volatilisés, sûrement brûlés aux millisecondes par des traders, explosés sans laisser de traces sinon en faisant des pauvres un peu partout. Dans cette guerre, les rôles semblent interchangeables. L’un de ceux qui ont déclenché les hostilités cherche à s’en extraire, comme s’il découvrait soudain le vertige de ce qu’il a initié. Le second ? On ne sait pas trop. Sa logique de guerre est depuis longtemps déjà impénétrable. Il se présente comme agressé, refuse toute négociation, ou feint de le faire, tout en élargissant le théâtre des opérations. Celui qui riposte, le troisième protagoniste, perd ses chefs, se fait matraquer tous les jours depuis plus d’un mois, mais semble animé d’une logique d’escalade sans fin également. Vers quel horizon ? Il frappe au-delà de ses adversaires déclarés, sans provoquer de réactions proportionnées. Une partie de sa guerre est faite à ceux qui n’en veulent pas et résistent de toutes leurs forces, sans riposte. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Il faut bien poser la question : qu’est-ce que « gagner » dans une guerre qui n’a ni limites claires ni objectif final identifiable ? Nous sommes alors confrontés à une mutation profonde de la guerre : elle n’est plus un moyen au service d’une fin politique, comme on le pensait, mais un processus autonome, auto-entretenu, presque abstrait. Une guerre qui ne vise plus la paix, mais sa propre perpétuation. Et pourtant, cette guerre lointaine n’est pas si lointaine que cela. Au-delà des stratégies et des discours, ce sont les sociétés civiles qui en paient le prix. Ici, au Maroc, ailleurs dans le monde, les effets se font sentir avec une brutalité silencieuse. Le prix de l’énergie grimpe, menaçant d’atteindre des seuils psychologiques impensables il y a encore une quarantaine de jours : 20 dirhams le litre d’essence très bientôt. La tomate, le poisson, le poulet, les lentilles et le reste suivront...L’angoisse est bien réelle. L’économie devient le prolongement de la guerre par d’autres moyens. Le citoyen, lui, devient une variable d’ajustement. C’est à lui de payer la facture. Même quand il ne veut pas de guerre, il doit tout de même la payer, là où il est, même au fin fond de la terre. Face à cela, les gouvernements semblent démunis. Ils ressortent des solutions anciennes, déjà éprouvées et déjà inefficaces, comme si l’histoire économique elle-même était prisonnière d’un éternel recommencement. Cette impuissance politique renforce le sentiment d’injustice et d’abandon. Dès lors, la question surgit, presque métaphysique : qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Cette question, si humaine soit-elle, est peut-être mal posée. Car elle suppose une justice immanente dans le cours du monde, une logique morale qui relierait nos actes à notre destin collectif. Or, le tragique de notre époque est précisément l’absence de cette cohérence. Le monde n’est pas juste : il est instable, chaotique, traversé par des forces qui nous dépassent. C’est peut-être le prix à payer pour se dire démocratiques, vivant dans ou sous des démocraties… ou pas. Peut-être faut-il alors reformuler la question. Non plus : pourquoi cela nous arrive-t-il ? Mais : comment continuer à vivre dans un monde où le sens se dérobe sous nos pieds qui tanguent ? C’est là que réside probablement le véritable défi philosophique de notre temps. Non pas comprendre la guerre, car elle échappe désormais à l’entendement classique, mais préserver, malgré tout, une capacité à penser, à résister à la confusion, à refuser que le mensonge devienne la norme. Si la guerre moderne est sans visage, sans fin et sans vérité, alors la seule victoire possible est intérieure à chacun de nous: maintenir, envers et contre tout, une exigence de lucidité, un brin d’humanisme, un espoir, un rêve.