Pensez le Futur.

6 avril 2026 : le jour où le Maroc se dote d’un parachute contre les tempêtes économiques... 1318

Le 6 avril 2026 va marquer un tournant décisif pour l’économie marocaine : c’est un nouvel étage au “moteur” financier du pays Il va changer la façon dont les entreprises gèrent les risques et, indirectement, la vie quotidienne des citoyens. C'est sans doute la réforme financière la plus importante du pays depuis longtemps. Les responsables étant peu soucieuses d'expliquer une telle nouvelle, faisons le version “économie pour les nuls”, dont je suis. Un Marché à Terme est un endroit où l’on signe aujourd’hui des contrats pour acheter ou vendre plus tard, à un prix fixé à l’avance. Au lieu d’acheter une action ou un indice tout de suite, comme sur le marché “au comptant”, on s’engage sur un prix futur. Cela permet de se protéger contre les hausses ou baisses brutales. C’est comme si vous bloquiez dès maintenant le prix de votre plein d’essence pour les six prochains mois évitant les mauvaises surprises. Le Maroc ajoute ainsi, à la Bourse de Casablanca, un outil de plus pour stabiliser le système: les premiers produits seront des contrats à terme sur indice boursier, encadrés par l’AMMC, la Banque centrale et l’écosystème financier. L’objectif est de rendre le marché des capitaux plus profond, plus liquide et plus résilient face aux chocs extérieurs. Le 6 avril n’est pas qu’une date technique. Il s’agit d’une étape structurante pour la place financière de Casablanca afin de moderniser le marché des capitaux et le rapprocher des standards internationaux. La gestion des risques sera améliorée pour les acteurs économiques en taux, indices, devises et matières premières. La Bourse attirera aussi davantage de capitaux, notamment étrangers. Le Marché à Terme n’est pas un gadget spéculatif, c’est un outil de protection, une sorte de parapluies qui protège des tempêtes, permettant aux entreprises d’anticiper et de sécuriser leurs coûts ou leurs revenus. Il améliore la visibilité et les décisions d’investissement, particulièrement dans une économie comme celle du Maroc, très exposée aux prix internationaux et aux taux de change. Il a un impact pour le Secteur agricole et agroalimentaire: Le Maroc exportant des produits sensibles aux prix mondiaux et aux fluctuations de devises. Ainsi un exportateur d’agrumes qui craint une baisse du dollar peut utiliser le Marché à Terme pour couvrir son risque, en se liant à un indice ou à un contrat qui évolue avec ce risque. Même si le dollar baisse ou si les prix internationaux se retournent, il protège une partie de sa marge, sécurise ses revenus. Cela signifie moins de faillites de coopératives, des emplois ruraux plus stables et des revenus moins “en dents de scie” dans les campagnes. Les secteurs du textile et de l’automobile sont très sensibles aux prix des matières premières (coton, acier, énergie) et aux marchés internationaux. Une usine qui importe du coton pourrait couvrir le risque de hausse des coûts via des produits liés à un indice. Une usine automobile, exposée à la hausse des prix de l’acier ou à un retournement de la demande, peut stabiliser une partie de ses marges grâce à des stratégies de couverture. Si elles maîtrisent mieux leurs coûts, elles peuvent investir davantage, éviter des licenciements dans les périodes difficiles et maintenir des prix plus compétitifs pour les consommateurs: vêtements, véhicules, etc. Dans l’énergie et les mines, la volatilité des prix mondiaux est un enjeu majeur. L'OCP, très exposé aux prix internationaux du phosphate, peut utiliser le Marché à Terme pour lisser l’impact des variations sur ses résultats. Les opérateurs énergétiques, eux, peuvent mieux gérer leurs risques liés aux prix de l’électricité, des combustibles ou aux taux d’intérêt qui financent de grands projets: parcs solaires, éoliens. Une meilleure visibilité favorise des investissements lourds sur le long terme, donc plus de projets, plus d’emplois industriels et, à terme, des coûts d’énergie plus stables pour les ménages. Les transports, les services et le tourisme, piliers de l’économie marocaine sont très dépendant des cycles internationaux, des devises et des chocs géopolitiques. Une chaîne hôtelière ou une compagnie aérienne peut couvrir ainsi une partie de ses risques (coûts de financement, indices de marché) pour stabiliser ses comptes, d'où une capacité accrue à maintenir les emplois, à continuer d’investir dans la qualité, et à proposer des offres compétitives pour les touristes nationaux et étrangers. Le Marché à terme est très impactant pour les très petites, petites et moyennes entreprises qui constituent le **cœur** productif du pays, avec 99,7% des entreprises marocaines qui génèrent environ 38% de la valeur ajoutée et assurent près de 74% des emplois déclarés. Même si, au démarrage, le Marché à Terme sera plutôt réservé aux acteurs institutionnels et aux entreprises les plus structurées, il finira par bénéficier indirectement aux TPME. De grandes entreprises mieux protégées et plus stables offrent plus de commandes aux sous-traitants. Les banques et intermédiaires peuvent créer des solutions “packagées” où la couverture de risque est intégrée, sans que la petite entreprise ait besoin d’être experte en produits dérivés. Si le tissu de TPME devient plus résilient, c’est l’emploi qui gagne en stabilité. Au départ, les particuliers n’auront pas un accès direct au Marché à Terme. les autorités veulent une ouverture progressive compte tenu de la complexité et des risques. Cependant les citoyens sont au centre des retombées finales par ricochet avec un emploi plus stable. Les prix seront plus prévisibles avec une meilleure maîtrise des coûts de matières premières, d'énergie et de financement. L'épargne et les retraites seront aussi mieux protégées. Les fonds de pension, assurances vie et OPCVM peuvent utiliser ces instruments pour couvrir leurs portefeuilles. Pour les projets et d’infrastructures : un marché des capitaux plus profond finance plus facilement les grands chantiers, avec des retombées majeures. Le citoyen marocain n’ira pas forcément, demain matin, “trader des futures” depuis son smartphone, mais il bénéficiera d’un environnement économique plus stable, d’entreprises plus robustes et d’un marché financier mieux armé contre les tempêtes. Le Marché à Terme est un outil puissant, mais qui peut devenir risqué s’il est mal compris ou utilisé pour de la pure spéculation. C’est pour cela que les autorités ont choisi un lancement progressif, avec des produits simples au départ. L'ouverture sera limitée aux acteurs professionnels et entreprises capables de comprendre les risques, avant d’envisager une démocratisation plus large. L'accent sera mis sur l’éducation financière, la transparence et le renforcement de la régulation. Ce n’est donc pas seulement un “produit de plus” à la Bourse de Casablanca, mais un changement de terrain de jeu. Il dote l’économie marocaine d’outils modernes pour mieux gérer les chocs, soutenir l’investissement et protéger, à terme, l’emploi et le pouvoir d’achat des citoyens.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 19

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.