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Histoire et géographie : piliers incontournables de la politique marocaine... 2656

La politique ne peut être dissociée de l’histoire ni de la géographie. Elle consiste en un ensemble d’actions et de décisions visant à organiser une société sur le plan interne, mais également dans ses relations avec le reste du monde. Elle s’inscrit toujours dans un contexte façonné par les deux dimensions fondamentales que sont l’histoire et la géographie, qui ne sont nullement de simples arrière-plans, mais offrent bien la trame sur laquelle s’articulent projets, conflits et évolutions politiques. Elle peut être influencée par une idéologie, née d’une philosophie, ou simplement forgée à partir d’un contexte donné mais cela ne dure guère. L’histoire joue un rôle fondamental dans la compréhension des phénomènes politiques. Institutions, lois et valeurs d’un pays s’ancrent dans sa mémoire collective, héritage constitué d’événements majeurs, de ruptures ou de continuités avec le passé. Ainsi, les frontières, par exemple, sont fréquemment tracées à la suite de guerres ou de traités, résultant de conflits anciens ou récents. Elles restent les marques visibles de rivalités, de défaites, de victoires et de compromis du passé. Les relations, qu’elles soient de solidarité ou de rivalité entre nations, régions ou communautés, s’expliquent à la lumière d’histoires partagées ou divergentes. Le Royaume du Maroc actuel ne saurait être compris sans référence à sa genèse millénaire, à l’Empire chérifien pluriséculaire ni aux dynasties successives qui ont façonné son rapport aux religions, à l’allégeance ou à la centralisation du pouvoir, selon les époques. De la même façon, la géographie influence considérablement les choix et contraintes des politiques publiques. La répartition des ressources naturelles conditionne le développement économique, l’organisation territoriale et les rapports de force. Le relief, le climat ou l’accès aux voies maritimes déterminent les possibilités d’urbanisation, d’agriculture, de communication ou de défense. Les situations frontalières imposent des politiques diplomatiques et sécuritaires spécifiques, tandis que les espaces enclavés ou insulaires requièrent des stratégies adaptées. Certains auteurs n’hésitent pas à qualifier le Maroc de “pays insulaire” du fait de sa configuration géographique. Il est donc inconcevable de penser une politique efficace ou légitime sans tenir compte de l’histoire et de la géographie. Chaque choix, chaque réforme, chaque ambition politique doit s’appuyer sur une compréhension approfondie du territoire et de la mémoire collective ; ignorer l’un ou l’autre, c’est s’exposer à l’illusion, à l’incompréhension, voire à l’échec. Au sujet du Sahara appelé « occidental », la géographie de cette région se situe indéniablement dans le prolongement du Maroc, tant sur le plan physique, démographique qu’historique : les populations sahariennes ont largement contribué à l’évolution du pays. Son histoire s’est écrite au fil des allégeances successives de ses tribus aux sultans du Maroc, et le royaume chérifien constitue, de fait, un État-nation institué bien avant la période contemporaine. Affaibli pour avoir raté le virage fondamental de la révolution industrielle, l’Empire chérifien sera dépecé du sud vers le nord, mais aussi à partir de l’est. Le Sahara dit occidental fut annexé par l’Espagne, qui y exerça un contrôle colonial de 1884 à 1975. Cette situation a favorisé la mainmise de la France sur les territoires regroupés dans l’Afrique occidentale française, dont une partie allait former la Mauritanie. La France s’appropria aussi l’est de l’Empire chérifien, annexé de facto à ses départements conquis sur l’Empire ottoman et appelés Algérie française. Le reste sera placé sous protectorat français, tandis que le nord du Maroc passait sous domination espagnole. L’indépendance obtenue en 1956 et la décolonisation progressive de Sidi Ifni et Tarfaya n’ont concerné d’autres régions que plus tard. Le 28 novembre 1960, la France autorise la proclamation de l’indépendance de la Mauritanie, région revendiquée alors par le Maroc, tout comme les territoires sous contrôle espagnol, considérés comme siens. À cette époque, il y eu un ministère marocain dénommé « des Affaires mauritaniennes et sahariennes » fut confié à Mohammed Fal Ould Oumeir, représentant de ces territoires. Dès 1963, le royaume porta la question du Sahara espagnol devant la commission de décolonisation. La situation se compliqua lorsque la Mauritanie nouvellement créée revendiqua également ce territoire, notamment pour exercer une pression sur le Maroc, qui ne reconnaîtra l’indépendance mauritanienne qu’en 1969, soit neuf ans après sa proclamation. Le Maroc continua de revendiquer pacifiquement le Sahara espagnol, empêchant l’Armée de libération de poursuivre ses actions militaires dans la région. En 1973, la création du Front Polisario (Front populaire de libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) marqua une nouvelle étape. Ce mouvement visait initialement à rattacher le territoire saharien à la “mère patrie”. Mais dans un contexte de rivalités régionales et de tensions idéologiques, la question saharienne fut instrumentalisée par divers acteurs. La Libye de Mouammar Kadhafi joua notamment un rôle décisif dans la montée en puissance du Polisario indépendantiste, soutenant et armant le mouvement dans une logique “révolutionnaire” et panarabiste, tout en cherchant à déstabiliser la monarchie marocaine. Plus tard, Kadhafi admettra lui-même avoir commis une “erreur” stratégique en soutenant ce groupe, qui demeure aujourd’hui encore un facteur de déstabilisation dans la région. En 1975, un tournant pacifique se produisit : fort de l’avis de la Cour internationale de justice reconnaissant des liens d’allégeance entre les tribus sahariennes et les sultans marocains, feu SM Hassan II lança la Marche verte à la surprise générale. Cette mobilisation poussa l’Espagne à se retirer de Laâyoune au profit du Maroc, qui reprit immédiatement possession du territoire. La Mauritanie, bien qu’ayant occupé des zones limitrophes, finit par se retirer, laissant le Maroc seul face au Front Polisario, soutenu activement par l’Algérie qui hébergea, arma, finança et érigea le mouvement en “république”. L’Algérie de Houari Boumédiène exploita la situation pour affaiblir son voisin marocain, n’hésitant pas à qualifier le dossier saharien de “caillou dans la chaussure du Maroc”, façon de se venger de la défaite cuisante de 1963. Ce contentieux a souvent masqué l’histoire profonde des liens entre le Maroc et ces territoires sous autorité chérifienne bien avant l’ère coloniale. Pour le Maroc, l’intégrité territoriale repose solidement sur les constantes que sont l’histoire et la géographie; des arguments majeurs. Le reste n’est qu’une construction éphémère sans fondement, vouée à s’effacer dans l’oubli dans un futur proche. Les Marocains le savent très bien...Peut être pas les autres...
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Maroc-Égypte : retrouvailles stratégiques ou trêve éphémère sous les sables du pragmatisme ? 37

Imaginait-on la scène au Caire et à Rabat voilà peu de temps encore ? Pourtant, il y a quelques jours seulement, les Premiers ministres Aziz Akhannouch, flanqué de sept de ses ministres, et Mostafa Madbouly, non moins bien nanti, apposent et supervisent des signatures sur vingt-deux accords, les uns plus importants que les autres, sous les flashs des caméras. Les discours officiels célèbrent une « relation à un niveau inédit ». Les sourires, larges, nourrissent l’espoir du rapprochement tant souhaité entre deux puissances économiques de la zone Mena. À première vue, il s’agit de retrouvailles en grande pompe. Mais, derrière cette mise en scène, sans doute sincère, une interrogation persiste. S’agit-il d’un tournant historique ou d’une simple convergence opportuniste dictée par les développements géopolitiques récents ? Pour y voir clair, replongeons dans une histoire lourde de méfiance. Dès 1963, la Guerre des Sables voit l’Égypte de Gamal Abdel Nasser s’aligner sur l’Algérie, voire la pousser contre le Maroc, au nom d’un panarabisme tiers-mondiste qui stigmatisait Rabat comme « pion occidental », disaient-ils à l’unisson. Eux pensaient être du bon côté, celui des « révolutionnaires bolcheviques »... L’objectif était bien évidemment de déstabiliser la monarchie et, pourquoi pas, de la faire tomber. La débâcle était sans appel. L’Égypte y laissera des plumes... et un prisonnier de marque : Hosni Moubarak, celui-là même qui deviendra président. Hassan II, en seigneur, le remettra en cadeau à l’Égypte dans un geste seigneurial. Plus tard, sur le Sahara marocain, Le Caire adopte une ambiguïté prudente mais oh combien floue : ni appui au Polisario, ni soutien franc au Maroc ; une posture d’équilibriste qui, au Maroc, passe pour de la perfidie latente, notamment à l’occasion d’accolades triomphalistes entre Égyptiens et Algériens. C’est Hosni Moubarak qui viendra supplier Hassan II pour relâcher les prisonniers de guerre que Boumédiène a perdus sur le terrain à Amgala, avec l’illustre Chengriha dans la liste...L'Egypte semblait donc souffler le chaud et le froid dans l'affaire. Le sommet récent marque sans doute un pivot. Vingt-deux accords signés pour accélérer les échanges et les porter à des niveaux inespérés encore quelques jours auparavant. Mais le clou de la rencontre est bien l’alignement égyptien sur la Résolution 2797 de l’ONU, validant l’autonomie proposée par le Royaume comme seul cadre viable. Rabat, en diplomate discret, banalise ce soutien, comme s’il allait de soi. Ce n’est pas gratuit : il reflète une recomposition arabe avec, possiblement, la fin des clivages idéologiques des années 1960 et la primauté du pragmatisme. Les menaces iraniennes, et peut-être même turques, peuvent bien y être pour quelque chose. L’Égypte de Sissi, par ce rapprochement, gagne un allié stable : le Royaume chérifien, un contrepoids arabe véritablement diversifié et cohérent dans tout ce qu’il entreprend. Économiquement, pourtant, le tableau est contrasté. Les accords d’Agadir de 2006, liant déjà Maroc, Égypte et Jordanie en zone de libre-échange, n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les échanges ont progressé, mais restent timides tout de même, à cause d’une bureaucratie persistante. Pire, une crise avait éclaté sur les voitures produites au Maroc, bloquées par des taxes protectionnistes. L’Égypte ne les avait pas considérées comme suffisamment marocaines, ravivant les frustrations du Royaume. Ces vingt-deux nouveaux engagements viennent donc booster la machine, avec des investissements croisés pour ancrer le Maroc en Afrique de l’Est et ouvrir à l’Égypte des portes vers l’Ouest. L’argument clé est clair : les chiffres l’emportent sur les rancunes. Ce pendant, les précédentes crises, pas très espacées, prouvent la fragilité de la situation tout de même, jusqu’à preuve du contraire. Il faut rester confiant dans une réconciliation durable, même si les imaginaires populaires récents freinent ce développement. La presse sportive égyptienne notamment est globalement très virulente contre le Maroc et trahit une rivalité tenace. Géopolitiquement, Alger réagira vivement, forçant Le Caire à son habituelle ambiguïté. L'Egypte acceptera t elle un dictat algérien au nom de l'histoire commune... Il n’est pas exclu de voir l’Égypte dépêcher un émissaire pour dire aux Algériens ce qu’ils aiment entendre, afin d’atténuer la déception. Et il y a également les aléas internes et les remaniements fréquents en Égypte, qui créent des instabilités menaçant le tout. L’Histoire arabe enseigne que les alliances sont extrêmement volatiles. Oui, une ère pragmatique s’est bien amorcée, conditionnée à la convergence économique, au-delà des accords d’Agadir. Elle pousse à la stabilité régionale et au triomphe du calcul sur l’idéologie. Osons espérer qu’il ne s’agisse pas d’une réconciliation émotive, mais plutôt d’une normalisation stratégique certaine, mettant le passé en parenthèses au service du présent et de 150 millions d'humains au moins. Les accords devront aussi survivre aux tempêtes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et constituer un socle pouvant séduire le reste des pays de la région, vers un véritable continuum économique en respect de celui géographique et démographique. Alors marocains et égyptiens, apaisés et confiants, écouteront ensemble Oum Kaltoum chanter aghadan alqak...et se délecteront d'un bon thé à l'ombre d'une pyramide ou de la Tour Hassan...

France-Maroc : le docu qui caricature pour condamner 153

Il y a des documentaires qui éclairent le réel. Et puis il y a ceux qui le déforment au nom d’une cause. Il m’a fallu trois visionnages attentifs pour venir à l’évidence qu' avec «France–Maroc : Je t’aime, moi non plus», diffusé sur France 5 le 5 avril, le téléspectateur n’assiste pas à une enquête, mais à un procès. Un procès à charge, méthodique, où l’accusé est connu d’avance: le Maroc, sa monarchie, et au-delà, son choix politique singulier. La double narration de la voix off et celle de celui dont les propos constituent le fil conducteur n’avait qu’une seule ligne directrice: insinuer, concocter un récit, le consolider et en faire une vérité à force de le répéter de mille manières. Derrière l’apparence du décryptage, c’est en réalité une démonstration idéologique qui se déploie, avec ses certitudes, ses angles morts et ses silences soigneusement entretenus. Le maître-mot: caricaturer pour disqualifier ; le procédé, plutôt transparent: réduire pour mieux condamner. Feu Hassan II est enfermé dans une lecture univoque, celle du «dictateur», sans contextualisation sérieuse des années de plomb, des tensions de la Guerre froide ou des tentatives répétées de coups d’État et d’assassinats qui ont visé le régime. Le seul extrait qu’on lui a trouvé, lui qui était plutôt loquace, est celui où Anne Sinclair lui pose une question sur Khalaat Mgouna.«La capitale des roses», lui avait-il rétorqué. Comme si un État soumis à des menaces existentielles devait réagir avec les standards d’une démocratie permissive. L’histoire nous a bien démontré sur quoi cela pouvait aboutir. Quant à Sa Majesté Mohammed VI, il est présenté comme une simple variation cosmétique du même système: une monarchie «adoucie», mais fondamentalement inchangée. Une lecture paresseuse qui évacue deux décennies de réformes, d’ajustements et d’évolutions réelles. Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de comprendre, mais de figer. Le film devait parler de la relation entre les deux pays, mais la France y est absente donc innocente. La véritable clé du documentaire réside dans ce qu’il ne montre pas. La France, pourtant actrice centrale de cette relation, y apparaît comme en retrait, presque extérieure aux tensions. Une étrange disparition. Où sont les responsabilités historiques du protectorat dont souffre le pays à ce jour? Les imputations territoriales? Les ambiguïtés diplomatiques constantes pour soi-disant préserver un prétendu équilibre entre le Maroc et son voisin? Les intérêts économiques et stratégiques défendus avec constance? Les variations opportunistes du discours sur les droits de l’homme? En creux, le récit devient limpide: le Maroc serait dans l’affect, la pression, voire le chantage. La France, elle, incarnerait la rationalité, l’intelligence et la vérité. Ce déséquilibre n’est pas une maladresse. C’est une construction voulue et assumée dans les images choisies, les séquences et la narration. Comme quand il s’agit de Pegasus. Là, on a suggéré sans prouver, insinué sans conclure. Le traitement de l’affaire dans ce film illustre parfaitement cette mécanique. Le documentaire suggère. Il instille le doute. Il entretient le soupçon et s’arrête là. Jamais il ne rappelle un fait pourtant essentiel: aucune preuve formelle et irréfutable n’a établi la responsabilité du Maroc dans les accusations initiales. Mieux encore, plusieurs éléments sont venus fragiliser ces accusations, au point d’introduire un doute sérieux dans de nombreux cercles d’analyse, y compris au niveau des instances officielles. Ce point n’est pas discuté. Il est simplement évacué. Le spectateur est ainsi laissé dans une zone grise soigneusement entretenue: celle où l’accusation subsiste sans jamais être confrontée à l’exigence de preuve. Bien sûr, c’est volontairement fait ainsi, de façon à ce que la vérité soit masquée par le doute et les insinuations. Ce n’est plus de l’information. C’est de la suggestion. Au-delà, le réel est nié. Le Maroc en transformation est occulté, avec un angle mort majeur: les évolutions du Maroc contemporain. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui a engagé une réconciliation institutionnelle avec son passé ? Non. D’un pays qui a réformé en profondeur son droit de la famille ? Non. D’un pays qui a ouvert, progressivement, des espaces de libertés publiques ou maintenu une stabilité politique rare dans une région tourmentée ? Non. D’un Royaume qui a généralisé la couverture sociale ? Bien sûr que non. Des retraités français qui préfèrent le Maroc? NON. Rien de cela n’est intégré dans la narration. Comme si reconnaître ces dynamiques affaiblissait la thèse initiale. Les réussites économiques et sociales intégrées auraient affaibli la thèse et rejeté les hypothèses. Toute analyse honnête devrait partir de cette tension: un système probablement imparfait, mais qui réussit tout de même mieux que son voisin, par exemple. Un système qui ne s’est jamais figé et qui a fait de la transformation progressive à son rythme une doctrine. Le biais fondamental dans ce film est une définition unique de la démocratie, celle voulue par le narrateur et les invités à qui il a donné le plus de temps de parole. Comme si, pour dire la vérité, il fallait absolument vivre à Paris et écrire en français. Au fond, ce documentaire révèle un biais plus profond: l’incapacité à penser la diversité des modèles politiques. Ici, la démocratie ne peut être que celle de la France socialiste. Tout ce qui s’en écarte devient suspect, illégitime ou transitoire. Le film a fondamentalement ignoré que le Maroc n’est pas la France. C’est une monarchie constitutionnelle, avec ses équilibres propres, ses contradictions, mais aussi sa légitimité historique et populaire. Les Marocains n’y sont pas soumis: ils y sont, dans leur immense majorité, attachés. Ignorer ce fait, c’est sortir du champ de l’analyse pour entrer dans celui du jugement. Quand l’idéologie remplace le journalisme, au final, «France–Maroc: Je t’aime, moi non plus» ne doute jamais. Et c’est précisément là son problème. Tout y est orienté: les choix d’intervenants, les séquences retenues, les silences assumés, les insinuations non corrigées. Ce n’est pas une enquête. C’est une démonstration. Et comme toute démonstration idéologique, elle simplifie le réel jusqu’à le déformer. C’est encore une fois une occasion manquée et un symptôme révélateur. La relation entre la France et le Maroc est trop dense, trop historique, trop humaine pour être réduite à un récit de domination ou de manipulation. Elle est faite de tensions, certes, mais aussi d’interdépendances, de liens humains profonds, d’intérêts croisés, d’attachements durables. Ce documentaire aurait pu en rendre compte. Il aurait pu éclairer les malentendus, interroger les non-dits, équilibrer les responsabilités. Il a préféré instruire un procès. Et ce faisant, il révèle moins le Maroc qu’un certain regard français sur le monde: sûr de lui, normatif, et parfois incapable de voir au-delà de ses propres catégories.