Think Forward.

Le nihilisme médiatique et intellectuel : un poison pour le débat public au Maroc... 2307

Depuis quelque temps, un phénomène inquiétant s’impose dans l’espace public marocain : la montée d’un discours nihiliste, parfois fataliste et par certains aspects anarchiste, relayé par des influenceurs, un certain public du football, des journalistes, certains universitaires et même par des responsables politiques. Ce discours, marqué par un rejet radical de toute perspective ou des multiples signes tangibles de progrès, traduit une dérive intellectuelle et civique préoccupante. Au lieu de stimuler la réflexion collective et l’engagement citoyen, il nourrit la défiance, la résignation et le désenchantement vis-à-vis de l’avenir du pays, de ses institutions et peut-être même de son mode de fonctionnement. L’impression qui se dégage est celle d’un piège pessimiste sans issue. Ce nihilisme s’exprime à travers une rhétorique saturée de désespoir et de défaitisme. Les thèmes de la santé et de l’éducation sont utilisés à outrance, comme s’ils étaient complètement à l’arrêt. Pourtant, des dizaines de milliers de Marocains sont soignés avec succès quotidiennement dans les hôpitaux publics, et tous les enfants vont à l’école, beaucoup réussissant de manière spectaculaire, suscitant l’admiration à l’international. Le discours réduit le Maroc à un échec chronique, prisonnier de ses blocages politiques, économiques et sociaux, condamné à ne jamais progresser. Or, un tel regard, à la fois radical et caricatural, occulte les avancées réelles qu’a connues le pays au cours des dernières décennies : infrastructures modernes, stabilité dans une région troublée, amélioration progressive, voire impressionnant, de tous les indicateurs sociaux. Certes, ces progrès restent insuffisants et parfois inégalement répartis, mais les nier purement et simplement revient à fermer les yeux sur la complexité du réel qu’est le développement, et qu'aucun modèle, qu’il soit économique, sociétal ou politique, n'arrive à résoudre à la perfection. Les propos de certains, qui font malheureusement audience, engendrent un climat délétère pour la société. S’y mêlent idéologie, négativisme malsain et souvent la religion présentée comme solution politique à tous les problèmes alors que l'expérience à l'international est là pour démonter le contraire. La diffusion de tels discours n’est pas sans conséquences. Elle alimente un climat d’impuissance collective et fragilise la confiance dans les institutions. En instillant l’idée que tout effort de réforme est voué à l’échec, elle encourage une forme de résignation sociale, sert de terreau à une colère latente, indéfinie et incommensurable. Ce contexte est particulièrement propice aux dérives démagogiques, à la surenchère médiatique et au rejet systématique de toute initiative politique. En somme, au lieu d’éveiller les consciences, ce nihilisme plonge les esprits dans une paralysie idéologique. La menace pèse d’autant plus sur la jeunesse, déjà confrontée à d’immenses défis : chômage, accès limité aux opportunités, quête de reconnaissance sociale. Elle se retrouve particulièrement exposée à ces discours déroutants. Privée de repères positifs, elle est tentée de céder au fatalisme, de perdre confiance en l’avenir et de renoncer à toute forme d’engagement citoyen. Or, une société qui désespère de sa jeunesse se condamne à l’immobilisme et au déclin. Les médias officiels, minés par leur engourdissement, leur déconnexion de la réalité ou la peur injustifiée de prendre des risques, tant de la part de leurs dirigeants que des journalistes, n’arrangent rien pour imposer, ou au moins proposer, un discours alternatif de lucidité et d’espoir. Il ne s’agit pas de nier les difficultés réelles auxquelles le Maroc fait face : corruption, inégalités sociales, incompatibilité du système éducatif avec la modernité, universités peu productive en savoir et innovation, système de santé dont sont exclues certaines régions, manque de gouvernance efficace dans plusieurs secteurs, poids excessif de l’administration, entre autres. Mais ces défis ne sauraient justifier une lecture exclusivement noire de la réalité. La responsabilité des intellectuels, des journalistes et figures médiatiques est de proposer une vision critique, certes, mais constructive. L’urgence est de réhabiliter un discours de lucidité équilibrée, qui reconnaisse les blocages tout en valorisant les marges de progrès. Un discours qui dénonce les échecs sans annihiler l’espoir. Un discours qui souligne les insuffisances mais propose aussi des solutions. Un discours qui responsabilise le citoyen, qui critique ses initiatives et comportements, qui met en lumière ses droits mais avant tout ses devoirs et obligations. Le nihilisme ambiant, qui s’installe dans certains segments du débat public marocain, est un poison lent mais dangereux. Il mine la confiance, creuse la fracture sociale et détourne la jeunesse de l’action constructive et de ses responsabilités. Le Maroc a besoin de voix critiques mais responsables, capables de nourrir un projet collectif fondé sur la confiance, l’innovation et la volonté de bâtir. À défaut, la société risque de s’enfermer dans un cercle vicieux où le cynisme étouffe l’imagination et où l’immobilisme finit par devenir une fatalité. Il y a longtemps déjà, certains, très convaincus, annonçaient la faillite du pays; ils parlaient d'une "crise cardiaque" imminente. Il n'en fut rien. Au contraire, le pays a avancé, n’a cessé de progresser, de se moderniser et de se développer. Le Maroc s’inscrit chaque jour un peu plus dans l’émergence économique et le développement social, il ne faut pas le nier.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Morocco and the Trust Economy: The Invisible Capital of Development... 576

In the economic history of nations, some assets are visible, such as natural resources, geographical position, infrastructure, or market size. Others, however, are invisible but often decisive. Among them, trust holds a central place and constitutes the true cement of sustainable economies. An economy can survive with few natural resources, but it cannot prosper sustainably without trust. Morocco today has many assets: remarkable political stability, a strategic position, world-class infrastructure, and active economic diplomacy. Yet, the decisive step in development now consists of building a true trust economy, capable of sustainably reassuring citizens, entrepreneurs, and investors. This is not a slogan. Trust is an institutional and cultural architecture that is built over time. It is the primary capital of a modern economy and a determining factor. It reduces transaction costs, encourages investment, facilitates innovation, and stimulates individual initiative. When an entrepreneur knows that the rules of the game are stable, that contracts will be respected, and that justice is swift and independent, he invests more easily. When a citizen trusts the tax administration and institutions, he more willingly accepts taxes and participates in the formal economy. Conversely, a lack of trust generates precautionary behaviors: capital flight, informality, low long-term investment. The economy then becomes cautious, fragmented, and inefficient. For Morocco, the central question is therefore not only to attract investments, but to create an environment where trust becomes a collective reflex. It would be unfair not to recognize the considerable progress made over the past decades. The foundations are solid. The country has massively invested in infrastructure: Tanger Med is today one of the world's most important logistics hubs. Nador and Dakhla are coming soon. Industrial zones have enabled the emergence of high-performing sectors, in the automotive industry with Renault Group and Stellantis, and in aeronautics with Boeing, Airbus, and Safran. The country's ambition in energy transition is exemplary. This shows that it is capable of carrying out structuring projects and offering a stable macroeconomic environment. However, the next step in development requires a qualitative leap: moving from an opportunity economy to a trust economy with a determining role for the rule of law. Trust first rests on the solidity of institutions. For investors as for entrepreneurs, the predictability of rules is a decisive element. Laws must be stable, readable, and applied equally, with three particularly crucial dimensions: **The independence and efficiency of justice** A swift, accessible, and credible justice system is the keystone of any trust economy. Commercial disputes must be resolved within reasonable timeframes. Judicial decisions must be enforced without ambiguity. Legal security is often the primary factor of attractiveness. **Fiscal stability** Investors do not necessarily expect very low tax rates; they primarily seek stability and readability. Predictable taxation allows companies to plan investments over the long term. Morocco has already undertaken several major tax reforms, but the challenge now is to go further and consolidate a clear and durable fiscal pact. **The fight against rents and privileges** Trust disappears when the rules of the game seem unequal. A dynamic economy relies on fair competition and equal opportunities. Transparency in public markets, competition regulation, and limiting rent situations are essential levers. A trust economy is also an economy of freedom, capable of unleashing entrepreneurial energy. The freedom to enterprise, innovate, and experiment is one of the fundamental engines of growth. Morocco has a talented youth, competent engineers, and an influential diaspora. However, several obstacles remain: administrative complexity, access to financing for SMEs, slowness of certain procedures. The challenge is to create an environment where individual initiative becomes the norm rather than the exception. Moroccan startups in fintech, artificial intelligence, or agricultural technologies already demonstrate the country's potential. With a more fluid ecosystem, they could become tomorrow's economic champions. In a world marked by geopolitical uncertainty and economic recompositions, trust also becomes a comparative advantage. If Morocco manages to position itself as a country where rules are stable, justice reliable, and administration predictable, it could become one of the main investment platforms between Europe and Africa. This ambition aligns with the Kingdom's African strategies and its growing international openness. Trust could thus become Morocco's true economic hallmark. Several strategic orientations deserve to be prioritized: - Accelerate the modernization of the judicial system, particularly in handling commercial disputes and enforcing judicial decisions. - Radically simplify administrative procedures for businesses through complete digitalization of public services. - Establish multi-year fiscal stability to enhance visibility. - Promote transparency and fair competition in all economic sectors. - Strengthen training and valorization of human capital, particularly in technological and scientific fields. - Develop a culture of trust between the State, businesses, and citizens. This dimension is often overlooked, yet it constitutes the invisible foundation of development. Morocco finds itself today at a pivotal moment in its economic history. The infrastructure is in place, strategic ambitions are affirmed, and the international environment offers new opportunities. The next step therefore consists of building a sustainable trust ecosystem. If Morocco succeeds in this gamble, and it must, it could not only accelerate its development but also become one of the most credible and attractive economies in the emerging world. In the 21st-century global economy, trust is undoubtedly the rarest and most powerful capital.