Pensez le Futur.

Citoyens exigeants, citoyens oublieux : l’autre crise de notre société... 2009

Le citoyen face à lui-même : entre exigences et oublis Dans beaucoup de sociétés contemporaines et sans doute aucun dans la notre aussi, une étrange tendance se renforce : celle du citoyen qui exige tout de l’État, mais oublie de se demander ce qu’il lui donne en retour. Cette posture de dédouanement collectif, où les responsabilités se dissolvent dans la critique, nourrit une citoyenneté passive, souvent indignée mais rarement engagée. On reproche beaucoup de choses aux gouvernants en oubliant que c'est nous même qui avons voté pour eux et que ne pas voter est en fait un vote pour les majorités qui se forgent. Quand quelque chose ne va pas: chômage, insécurité, éducation, santé, la première réaction est souvent d’accuser l’État. On réclame davantage de prestations, plus de justice, plus de transparence. C’est légitime. Mais dans cette revendication, il est rare que chacun s’interroge sur son propre rôle : payons-nous nos impôts correctement ? Respectons-nous les lois ? Participons-nous réellement à la vie civique ou préférons-nous laisser les « autres » faire ? Un pays ne se construit pas seulement par les décisions de ceux qui gouvernent, mais par la participation consciente de ses citoyens. Le discours public met souvent l’accent sur les droits : droit à la santé, à l’éducation, au travail, à la liberté d’expression. Mais les devoirs: civils, moraux et économiques sont fréquemment oubliés. Or, revendiquer un droit sans remplir un devoir, c’est fragiliser le contrat social. L’incivisme du quotidien par exemple jeter ses déchets n’importe où, tricher sur ses impôts, contourner les règles, mine autant une société que les grandes défaillances politiques qu’on dénonce. Les droits ne se gagnent pas sans accomplissement des devoirs. Beaucoup dénoncent la corruption comme si elle venait d’en haut, comme une pluie sale tombée sur des citoyens innocents. Mais la vérité est plus dérangeante : le corrupteur et le corrompu se confondent souvent dans la même personne. Le commerçant qui fraude, l’automobiliste qui glisse un billet pour éviter une amende, le parent qui cherche un passe-droit pour son enfant: tous participent à ce même mal. Accuser le « système » sans se reconnaître comme maillon de ce système, c’est refuser de grandir. La corruption est intériorisée et ne dérange que quand on en est la victime ou quand il faut manifester se délectant du goût du populisme et du nihilisme . On se laisse paisiblement, passivement séduire par les discours simplistes des populistes. Ces derniers jouent sur la colère, la frustration et la peur. Ils fournissent des coupables tout faits : les élites, les étrangers, les institutions. Mais très peu d’auditeurs prennent le temps d’analyser, de vérifier, de raisonner. Le populisme plaît parce qu’il soulage : il transforme la réflexion en émotion. Le nihilisme, quant à lui, propose un plaisir encore plus dangereux : celui de la désespérance. Croire que tout est perdu, que tout est mensonge, que rien n’a de sens, c’est refuser l’effort de penser le réel et de participer au changement. Beaucoup ont la mémoire courte et ne voient pas les progrès réalisés, souvent parce qu’ils ne prennent pas la peine de comparer. Les générations précédentes ont connu la misère, l’absence d’école, les soins rudimentaires, la précarité permanente. Aujourd’hui, malgré les difficultés, le confort matériel, les infrastructures et les libertés sont sans commune mesure. Regarder en arrière n’est pas de la complaisance : c’est un devoir de lucidité pour mesurer le chemin parcouru. L’ère est à la contestation sans information. Notre époque est marquée par une hyper-réactivité. On conteste avant de comprendre, on commente avant de savoir. Les réseaux sociaux amplifient cette impulsion : on s’indigne plus vite qu’on ne s’informe. Mais une opinion qui ne se fonde pas sur la connaissance devient un bruit, Une nuisance et non une contribution. La critique, pour être légitime, doit être éclairée, étayée, vérifiée. Un citoyen responsable ne se contente pas de réclamer. Il agit, s’informe, s’engage et reconnaît les progrès comme les erreurs. C’est seulement à cette condition qu’une nation peut évoluer sans sombrer dans la plainte stérile. John F. Kennedy n'avait il pas dit dans son discours d'investiture le 20 janvier 1961 sa phrase célèbre, devenue une signature autant personnelles que politique: « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Cette citation avait pour but d'inciter l'Américain à se demander avant tout ce qu'il peut apporter à son pays, et non l'inverse. La phrase souligne le devoir civique et la responsabilité personnelle dans le cadre de la nation et est parfaitement transposable chez nous par les temps qui courent. Il parait que John Kennedy c'était en fait inspiré d'une phrase plus ancienne exprimée par un principal d'école, dans son enfance, et qui aurait dit à propos d'une école qui s'appelait alma mater: « The youth who loves his alma mater will always ask not 'What can she do for me?' but 'What can I do for her?' » Kennedy aurait remplacé « alma mater » par « pays » pour en faire cette maxime patriotique. A ce demander combien de directeur d'école sont capables d'un tel niveau de réflexion et d'engagement pour inspirer notre jeunesse et lui faire prendre conscience de ses devoirs avant de leur parler de leur droits. Aujourd'hui si le besoin est de formuler un pacte social nouveau pour nous retrouver tous autour du même objectif d'aller de l'avant et de rendre encore plus fort notre pays, il convient aussi de nous atteler à reformuler un pacte patriotique comme cela avait été le cas à notre indépendance ou après la glorieuse marche verte, en nous remémorant à chaque instant, à chacun de souffles, notre devise Dieu, la Patrie, Le Roi. C'est ainsi que toutes nos revendications seront entendues, que nos droits vont se réaliser, que le corruption va disparaitre et que la paix sociale sera à jamais installée.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


8900

33.0

Christopher Ross ou la diplomatie à contre-courant 84

Il arrive que des diplomates, une fois leur mission terminée, choisissent la réserve que commande leur ancien statut. D’autres préfèrent continuer à intervenir dans des débats qu’ils ont pourtant contribué à complexifier. Christopher Ross appartient clairement à cette seconde catégorie. Dans un article récent, l’ancien émissaire pour le Sahara marocain a de nouveau pris position sur ce dossier sensible. Avec le recul du temps, son analyse n’a gagné ni en nuance ni en distance critique. À la lecture de son texte, c’est plutôt l’inverse qui se produit: même grille de lecture, mêmes postulats et, surtout, même indulgence à l’égard d’Alger. Cette persistance soulève une question fondamentale: que cherche Ross aujourd’hui en intervenant à nouveau dans un dossier dont il a été l’un des médiateurs les plus contestés? Nommé en 2009 par Ban Ki-moon, il succédait à une série d’émissaires confrontés à la même difficulté: sortir d’une impasse diplomatique héritée de la guerre froide. **Ce conflit trouve en effet ses racines dans les bouleversements géopolitiques des années 1970. Le Maroc a conforté sa souveraineté historique sur la région en 1975, provoquant le retrait de l’Espagne, tandis que le Polisario, soutenu politiquement, financièrement et militairement par l’Algérie et la Libye, revendiquait la création d’un État indépendant.** Le dossier prend une dimension internationale avec la création, en 1991, de la MINURSO qui devait superviser l'organisation d'un référendum; une idée proposé par feu Hassan II dans un discours prononcé à Nairobi lors d’un sommet de l’OUA. Très vite, les entraves créées par le Polisario, notamment sur l’identification du corps électoral, rendent ce projet quasi impossible et le processus s’enlise. **C’est alors que le Maroc propose en 2007 une initiative politique majeure: un plan d’autonomie élargie pour les provinces du Sud, sous souveraineté marocaine. Le projet est présenté au Conseil de sécurité comme une solution réaliste et pragmatique et reçoit un soutien international croissant, qualifié de «sérieux et crédible» par plusieurs résolutions. C’est un véritable tournant du réalisme diplomatique.** Depuis, le paysage diplomatique autour du Sahara a profondément évolué. De nombreux États considèrent désormais le plan d’autonomie marocain comme la base la plus crédible pour une solution politique durable. En 2020, l’administration Trump annonce officiellement la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Un tournant majeur dans l’équilibre diplomatique du dossier. Dans la foulée, plusieurs puissances occidentales réaffirment leur soutien au plan d’autonomie, tandis que des pays arabes, européens et africains ouvrent des consulats à Laâyoune ou Dakhla, reconnaissant de facto l’administration marocaine du territoire. Au sein de l'ONU, la terminologie employée par les résolutions du CS a également évolué: la notion de «solution politique réaliste, pragmatique et durable» s’est imposée comme ligne directrice du processus. Ce glissement vers une approche pragmatique traduit une réalité simple: le référendum envisagé dans les années 1990 n’est plus considéré comme une option viable. C’est précisément ce tournant diplomatique que Ross, resté prisonnier d’une vision dépassée, semble refuser d’intégrer. Dans ses prises de position récentes, il continue de défendre une lecture du conflit renvoyant à une époque révolue, en s’accrochant à des schémas diplomatiques que la réalité géopolitique a largement dépassés. *Cette posture interroge jusque sur la droiture du personnage.* Dès son mandat, le Royaume avait exprimé de sérieuses réserves quant à son impartialité et en demanda officiellement le remplacement en 2012; la confiance ayant été gravement entamée. Un médiateur, par définition, doit maintenir une distance équitable entre les parties. Lorsque cette distance disparaît, la médiation perd sa crédibilité. De fait, Ross n’a jamais vraiment dissipé le soupçon d’une proximité avec la position algérienne. Le rôle de l’Algérie dans ce conflit est central. L’un des points les plus controversés de son discours concerne précisément la place d’Alger dans ce dossier. **Depuis cinquante ans, l’Algérie affirme officiellement qu’elle n’est qu’un «pays observateur» dans ce conflit. La réalité diplomatique et stratégique est tout autre. Alger héberge, arme, finance le Polisario, et accueille à Tindouf des milliers de réfugiés dont une partie importante n’est même pas originaire du territoire concerné.** Il ne fait guère de doute que le conflit est avant tout un différend opposant l’Algérie au Maroc; analyse désormais largement partagée par les principaux acteurs internationaux. Aucune solution durable ne pourra émerger sans l’implication directe d’Alger dans les négociations. Dans ce contexte, les prises de position répétées de Ross paraissent anachronisme et fragilisent sa crédibilité. En continuant de s’aligner, dans les faits, sur l'Algérie et le Polisario, il donne l’impression de prolonger un combat politique plutôt que d’éclairer le débat. La responsabilité des anciens médiateurs internationaux est posée. *Lorsqu’un ancien représentant de l’ONU s’exprime publiquement de manière aussi tranchée, il engage indirectement l’image de l’institution qu’il a servie. Or la crédibilité de la diplomatie internationale repose précisément sur la neutralité de ses intermédiaires.* L’histoire diplomatique du Sahara est jalonnée de tentatives de médiation, de plans successifs et d’initiatives avortées. Avant Ross, d’autres envoyés avaient tenté de débloquer la situation, notamment James Baker, qui proposa au début des années 2000 un plan de transition finalement rejeté. Chaque tentative a rappelé une vérité fondamentale: sans volonté politique régionale, aucun schéma ne peut aboutir. C’est précisément pourquoi la tendance actuelle de la diplomatie internationale privilégie une solution réaliste, fondée sur l’autonomie et la coopération régionale, plutôt que sur des constructions maximalistes héritées de la guerre froide. Au fond, la question n’est pas de savoir si Ross a le droit d’exprimer une opinion. Comme tout ancien diplomate, il peut, bien sûr, participer au débat. Mais lorsqu’il persiste à défendre une vision qui ignore les évolutions majeures du contexte géopolitique, son discours prend l’allure d’un combat d’arrière‑garde. Le monde a changé, les équilibres régionaux aussi. **Le Sahara sous souveraineté marocaine, n’est plus seulement une question héritée de la décolonisation: il est désormais au cœur d’une recomposition stratégique de l’Afrique atlantique et du Nord. Face à ces transformations, la diplomatie internationale semble avoir choisi le pragmatisme.** Christopher Ross, lui, paraît avoir choisi la nostalgie d’un paradigme révolu. En affaires internationales, l’histoire montre que ceux qui s’accrochent aux paradigmes du passé finissent presque toujours par se retrouver à contre‑courant des réalités du présent.

Mezzour–Zidane : la petite phrase qui fissure la façade gouvernementale... 150

À mesure que l’échéance électorale se rapproche, le paysage politique marocain se transforme subtilement, parfois de manière maladroite. Les solidarités de circonstance qui caractérisent souvent les débuts de mandat semblent s’effriter, laissant place à des positionnements plus individuels. Le « clan gouvernemental », autrefois soudé par la logique de la majorité, relève désormais davantage du souvenir que de la réalité. Chaque acteur politique affine, ou non, sa stratégie; mesure, ou non, son audience et prépare, déjà ou pas, la séquence électorale à venir. Dans ce contexte de pré‑campagne implicite, la récente polémique autour des déclarations du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a servi de révélateur des tensions latentes au sein de l’exécutif dirigé par Aziz Akhannouch. Lors d’une rencontre avec de jeunes Marocains résidant à l’étranger (MRE), le ministre, sur un ton qu’il voulait sans doute léger et direct, a suggéré que ceux qui choisissent de revenir au pays devraient le faire par conviction et par engagement, et non dans l’espoir d’en tirer des avantages particuliers. Le ton blagueur à la façon Mezzour n’a pas été perçu comme tel : rigueur lui en sera tenue. La formule, rapidement sortie de son contexte et amplifiée par les réseaux sociaux, politiques et médiatiques, a suscité une vive réaction. Certains y ont vu une remise en cause du rôle et de la contribution de la diaspora marocaine, forte de plusieurs millions de personnes à travers le monde. L’affaire a pris une dimension inattendue lorsque le ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, a publiquement pris ses distances avec les propos de son collègue. L’un est membre de l’Istiqlal, l’autre du RNI, faut‑il le rappeler. Lors d’un meeting politique organisé par le Rassemblement National des Indépendants, formation qui dirige actuellement le gouvernement, Zidane n’a pas caché son désaccord, se disant choqué par ce qu’il considère comme des propos inadmissibles. Il a tenu à rappeler en termes forts l’importance stratégique et symbolique de la diaspora pour le Maroc, comme si quelqu’un en doutait. Son intervention comportait également une dimension personnelle : lui‑même issu de cette communauté, il a expliqué être revenu au pays non pour bénéficier d’avantages, mais parce que son parti lui a proposé de mettre ses compétences au service de l’action publique. Il a rang de ministre, faut‑il le rappeler. Serait‑il revenu si on ne lui avait pas proposé ce poste là et ce qui l’accompagne comme avantages ? on ne le saura jamais. Dans son discours, le ministre délégué à l’Investissement a défendu l’idée que les Marocains établis à l’étranger ne doivent pas être réduits à leur rôle économique ou à leurs transferts financiers, point sur lequel tout le monde est d’accord, Mezzour compris. Selon Zidane, les jeunes issus de l’immigration qui choisissent de revenir au Maroc constituent une richesse humaine et un levier de modernisation. **Mais qui en doute ?** Zidane a conclu son intervention sur une note à la fois ferme et émotionnelle, affirmant que « les sept millions de Marocains vivant à l’étranger sont toujours les bienvenus », et qu’ils demeurent parmi les meilleurs ambassadeurs du Royaume dans leurs pays d’accueil. **Mezzour a‑t‑il nié ou remis cela en cause ?** Certainement pas, la preuve étant qu’il débattait précisément avec de jeunes MRE lors de la rencontre à l’origine de la polémique. Il essayait justement de les motiver et de les inciter à rentrer au pays. *L’épisode a toutefois mis en lumière une réalité plus large : la fragilité apparente de la cohésion gouvernementale. Voir deux ministres d’un même exécutif s’opposer publiquement sur une question aussi sensible renvoie l’image d’un attelage politique où la discipline collective s’effrite, à mesure que se profile la compétition électorale.* Cette situation pose également la question de la répartition des compétences ministérielles : **le portefeuille de l’Investissement et celui de l’Industrie et du Commerce se recoupent partiellement, ce qui nourrit parfois des chevauchements de discours et des rivalités de positionnement. Certains observateurs y voient la conséquence d’une architecture gouvernementale où les frontières des responsabilités n’ont pas toujours été tracées avec la plus grande clarté.** Cela devrait être évité dans le prochain gouvernement. Il s'agit autant d'efficacité que d'économie de deniers publics. La controverse ne se résume pas à une simple incartade ou à une erreur d’expression politique. Les défenseurs de Mezzour soulignent que ce dernier est l’un des rares ministres à s’exprimer régulièrement en public avec hardiesse, à débattre avec les jeunes et à assumer ses positions, quitte à susciter la polémique. Dans un univers politique souvent marqué par la prudence excessive et la communication verrouillée, cette franchise peut être perçue par certains comme une forme de courage politique dont manquent manifestement de nombreux membres du gouvernement. À l’inverse de Mezzour, d’autres membres de l’exécutif cultivent une discrétion presque totale, au point que nombre de citoyens peinent à identifier leurs actions, voire leurs visages. Cette différence de style nourrit un contraste frappant entre une parole mal formulée, parfois maladroite ou incomprise mais visible, et un silence institutionnel qui entretient la distance entre gouvernants et gouvernés. Au‑delà de la polémique, l’incident révèle surtout l’entrée progressive du système politique national dans une phase préélectorale. Les ministres redeviennent des figures partisanes à part entière, et chaque déclaration peut être interprétée à l’aune de la compétition à venir. Les lignes de fracture se dessinent, les sensibilités s’affirment et la solidarité gouvernementale cède peu à peu la place à la logique du positionnement. Reste une interrogation, partagée par de nombreux citoyens : combien de temps encore cette majorité pourra‑t‑elle préserver l’apparence de l’unité ? Et surtout, lorsque s’approchera le 26 septembre, moment où les électeurs trancheront et décideront du sort de cette génération politique, quelle lecture feront‑ils de ces tensions exposées au grand jour ? Car, à mesure que l’horizon électoral se rapproche, une certitude s’impose : tôt ou tard, c’est dans les urnes que tout ce « beau monde » devra rendre des comptes. Mezzour–Zidane : la petite phrase qui fissure la façade gouvernementale ne sera plus qu'un vague souvenir d'ici là. Les citoyens ont d'autres grilles de lecture.

Le Ramadan paradoxal : piété, irritabilité, surconsommation et berne de productivité... 194

Chaque année, le Ramadan s’installe au Maroc comme une respiration collective. Les rythmes se modifient ou s'inversent, les habitudes se réorganisent ou se désorganisent, les nuits s’animent et les journées ralentissent. Mois sacré par excellence, il est d’abord celui du jeûne, du recueillement, de la piété et de la solidarité. Mais il est aussi, et de plus en plus, celui d’un paradoxe national : une ferveur spirituelle intense cohabitant avec une nervosité sociale accrue, un gaspillage alimentaire massif et une baisse notable de la productivité. **Le Ramadan, tel qu’il est prescrit et recommandé est un temps de discipline intérieure. Le jeûne n’est pas seulement abstinence alimentaire ; il est maîtrise de soi, retenue, patience. Les foukaha, les érudits et les enseignants à l'école, insistent sur la dimension morale du jeûne : s’abstenir de colère, d’insultes, d’injustice. Bref mettre de coté toutes fourberies. Or, dans la réalité marocaine contemporaine, le mois sacré semble parfois produire l’effet inverse. C'est le mois de la tension sociale injustifiée.** Dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat ou Marrakech, si la matinée est plutôt calmes, la fin d’après-midi devient un moment critique. Circulation saturée, impatience palpable, altercations routières plus fréquentes. Les services d’urgence et les commissariats observent traditionnellement une hausse des conflits mineurs et des comportements agressifs en fin de journée. Hausse aussi chez les gastros et autres spécialités médicales... On mange trop et mal. Le jeûne, combiné au manque de sommeil, dû aux soirées prolongées après la rupture du jeûne et au réveil pour le shour entre autres, affecte l’équilibre physiologique. Irritabilité, baisse de concentration, fatigue chronique deviennent monnaie courante. Dans un pays où la régulation émotionnelle est déjà mise à l’épreuve dans la vie de tous les jours, le Ramadan agit comme un amplificateur. Cette nervosité n’est pas une fatalité religieuse, loin de là ; elle est une conséquence sociologique d’un mode d’organisation du mois qui s’est progressivement éloigné de son esprit initial de modération, de maitrise de soi et de recueillement, le jour comme la nuit.. Comme conséquence immédiate la productivité est en berne. Sur le plan économique, l’impact est tangible. Les horaires administratifs sont réduits, les bureaux se vident sans raison l’après-midi, les chantiers tournent au ralenti. Dans certains secteurs, la baisse d’activité est assumée ; dans d’autres, elle engendre des retards structurels. Ramadan excuse et explique tout. On fait supporter sans vergogne son désengagement à la communauté. **Le Maroc aspire à accélérer sa croissance, attirer les investissements et améliorer sa compétitivité. Or, durant près d’un mois, chaque année, l’économie fonctionne en régime dégradé.** Le secteur privé s’adapte, mais à quel coût ? La baisse de productivité n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative : décisions reportées, réunions écourtées, projets différés. L'administration et son personnel accentuant le tout. Il serait caricatural d’en faire porter la responsabilité à la religion. Le problème n’est pas le Ramadan ; il est l’absence d’une culture de performance compatible avec les exigences spirituelles. Le rendement et la responsabilité devraient faire partie des valeurs du mois sacré. Autre contradiction majeure : le paradoxe du gaspillage alimentaire. Alors que le jeûne devrait rappeler la faim des plus démunis, les tables du ftour débordent. Soupes multiples, pâtisseries en abondance, plats redondants. Les marchés explosent, les dépenses alimentaires augmentent considérablement, et une part significative des denrées finit à la poubelle. Les porte monnaies se vident et souffrent. *Ce phénomène révèle une transformation culturelle qui peut étonner : le Ramadan est devenu, en partie, un événement social et consumériste.* Les grandes surfaces réalisent leurs meilleurs chiffres, la publicité redouble d’intensité, les chaînes de télévision rivalisent de productions spéciales pour conquérir une audience nocturne volontairement captive. En ce début du mois les chaines nationales enregistrent plus de 70% de l'audimat. Chiffre dont elles sont très loin en temps normal, les marocains étant férus de chaines étrangères. Le mois de la frugalité se transforme paradoxalement en mois de surconsommation. L'on peut alors se questionner: s'git il de Spiritualité authentique ou de ritualisation sociale ? **Il serait injuste de réduire le Ramadan marocain à ses dérives.** Des milliers d’initiatives solidaires voient le jour. Associations, mosquées, bénévoles distribuent repas et aides aux plus vulnérables. Les familles se retrouvent, les liens intergénérationnels se resserrent. La mosquée retrouve une centralité vivante. **La question n’est donc pas de critiquer le Ramadan, mais d’interroger sa mise en pratique contemporaine. Sommes-nous fidèles à son esprit ou prisonniers d’habitudes culturelles qui en déforment le sens ?** Si le mois sacré devient synonyme de fatigue chronique, d’agressivité routière, de productivité affaiblie et de gaspillage, alors il y a un décalage entre le principe spirituel et sa traduction sociale. *Il est certainement temps de militer pour un Ramadan de responsabilité. Un débat national apaisé s’impose : comment concilier exigences spirituelles et performance collective ? Comment préserver la sacralité du mois tout en maintenant l’efficacité des institutions ? Comment transformer le jeûne en levier d’autodiscipline plutôt qu’en prétexte au relâchement ?* Le Ramadan pourrait être un laboratoire de transformation positive : apprentissage de la maîtrise de soi, optimisation du temps, rationalisation de la consommation, solidarité structurée. Il pourrait devenir un mois d’excellence morale et professionnelle. *Le Maroc, pays de tradition religieuse profonde et d’ambition économique affirmée, a tout intérêt à relever ce défi. Car au-delà des statistiques de productivité ou des scènes d’énervement urbain, la véritable question est celle-ci : faisons-nous du Ramadan un simple rituel collectif, ou un véritable exercice de réforme intérieure et sociale ?* **La réponse, chaque année, se joue dans les rues, les bureaux, les foyers et surtout dans la conscience de chacun. Nous avons encore moins d'une quinzaine de jours pour y réfléchir... et sérieusement.**

Walid Regragui : la démonstration de la compétence marocaine... 240

Il arrive parfois d’être témoin d’un moment rare où un homme, une équipe et une nation se rencontrent pour écrire une page d’histoire. Ils marquent durablement la mémoire collective et redéfinissent la perception que nous avons de nos propres capacités. Pour en avoir été acteur et témoin, je suis sûrement plus en mesure d’en mesurer la signification et la teneur que d’autres. L’épopée de l’équipe marocaine lors de la Coupe du monde au Qatar appartient incontestablement à cette catégorie. Et au cœur de cette aventure se trouve un homme: Walid Regragui. Lorsque celui-ci est nommé sélectionneur du Maroc en août 2022, à peine trois mois avant le début de la compétition mondiale, la situation de la sélection est incertaine. Le sélectionneur d’alors nous disait droit dans ses bottes: «Vous n’avez pas une équipe pour le Mondial.» Le climat autour de l’équipe est alors marqué par des tensions, des interrogations sur la cohésion du groupe et des doutes quant à sa capacité à rivaliser avec les grandes nations du football. Beaucoup pensaient qu’on allait faire un petit tour à Doha et puis s’en aller. En quelques semaines seulement, Regragui va réussir ce que peu d’entraîneurs parviennent à accomplir en plusieurs années: reconstruire un collectif, restaurer la confiance et donner à l’équipe nationale une identité claire, une identité qu’elle n’avait jamais eue auparavant. Le résultat dépasse toutes les attentes. Celui nommé à la tête de l’équipe un peu par défaut, un peu par accident, va simplement étonner le monde. Lors de ce Mondial, le Maroc réalise un parcours historique. Les Lions de l’Atlas terminent premiers de leur groupe devant la Croatie et la Belgique. En huitièmes de finale, ils éliminent l’Espagne après une bataille tactique intense conclue aux tirs au but. En quarts de finale, ils battent le Portugal et de quelle manière ! Une joute tactique à l’avantage de Regragui et sa troupe. Ils deviennent ainsi la première nation africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. On ne pouvait même pas en rêver. Cette performance place définitivement le Maroc dans l’histoire du football mondial. On n’atteint pas à un tel niveau par hasard. Il faut avoir une grande profondeur pour arriver à ce niveau. C’est le début d’une série de réalisations qui vont se succéder, donnant raison à une vision royale lancée le jour où le souverain en donnait le signal en inaugurant l’académie Mohammed VI de football. Mais au-delà du classement, une 4ème place historique, l’impact de cette épopée a été considérable. Elle a transformé l’image du football marocain à l’échelle internationale. Elle a surtout suscité une immense vague de fierté à travers le Maroc, l’Afrique et le monde dit arabe. Cette réussite n’est pas seulement sportive. Elle est aussi profondément symbolique. Le parcours de Walid Regragui illustre d’abord la montée en puissance du cadre marocain. Ancien international ayant porté les couleurs du Maroc pendant plus d’une décennie, il a ensuite construit une carrière d’entraîneur solide. Son sacre continental avec le Wydad Athletic Club lors de la Ligue des champions de la CAF 2022 constitue d’ailleurs l’une des étapes majeures de ce parcours. Son apport va aller au-delà du palmarès. Regragui a su imposer une vision claire du jeu et de la gestion humaine. Dans un groupe composé de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens: Espagne, France, Angleterre ou Italie, il a réussi à construire une unité remarquable avec une force de frappe à toute épreuve. Il a également su valoriser la double culture d’une grande partie des internationaux marocains, transformant cette diversité en une force collective. Sur le plan tactique, son équipe s’est distinguée par une organisation défensive d’une grande rigueur. Durant la période où il dirigeait l’équipe, le Maroc s’est imposé comme l’une des défenses les plus solides, encaissant très peu de buts face à des attaques parmi les plus redoutables du monde. Mais ce qui a surtout marqué les observateurs, c’est la dimension humaine de son leadership. Regragui a su créer un lien direct entre l’équipe nationale et son public. Par sa communication simple, sincère et souvent empreinte d’émotion, il a redonné aux supporters le sentiment que l’équipe nationale leur appartenait pleinement, au point où le public s’est cru le droit d’un « interventionnisme » devenu rude à la fin. Cela va l'irriter, le blesser. Dans un pays où la question de la confiance accordée aux cadres nationaux a souvent été débattue, l’expérience Regragui constitue une démonstration éclatante. Elle montre que la compétence marocaine existe, qu’elle est capable de gérer les plus grands défis et qu’elle peut s’imposer au plus haut niveau lorsque les conditions de confiance sont réunies. En cela, l’épopée de 2022 dépasse largement le cadre du football. Elle a contribué à renforcer la confiance collective dans nos capacités. Elle a rappelé que le Maroc peut produire des talents, non seulement parmi les joueurs, mais aussi parmi les entraîneurs, les dirigeants et les cadres sportifs. Les entraîneurs marocains auxquels la fédération a fait confiance ont tous surperformé. Le Maroc est devenu une puissance footballistique grâce à des Sektoui, Amouta, Sellami, Baha, Dguig, Chiba et, bien évidemment, Mohamed Ouahbi. Pour ceux d’entre nous qui ont consacré leur vie à la construction du sport national, ce message est particulièrement important. Le développement du sport ne dépend pas uniquement des infrastructures, des budgets ou des compétitions. Il dépend aussi, et peut-être surtout, de la confiance que nous accordons à nos propres compétences. En quelques mois, Walid Regragui a incarné cette confiance. Il a montré qu’un entraîneur marocain pouvait diriger une équipe au plus haut niveau mondial, affronter les plus grands du football et entrer dans l’histoire de la compétition la plus prestigieuse de la planète. Pour toutes ces raisons, son action mérite reconnaissance et respect, tout comme celle de tous ces entraîneurs qui, avec moi, avaient porté le Maroc au plus haut des classements mondiaux de l’athlétisme : Kada, Ouajou, Ayachi, Boutayeb, Sahere, Bouihiri et j’en passe. Au-delà des résultats et des statistiques, Regragui restera comme l’homme qui a permis à des millions de Marocains de croire, le temps d’une Coupe du monde et après, que tout devenait possible. Et dans le sport comme dans la vie des nations, ces moments sont précieux. Ils nous rappellent que la réussite collective commence souvent par une conviction simple: croire en nous-mêmes. Pour tout ce qu’il a apporté au football marocain, pour l’image qu’il a donnée de notre pays et pour l’inspiration qu’il représente pour les générations futures d’entraîneurs et de cadres sportifs, il est juste de lui dire aujourd’hui, avec sincérité et gratitude: Merci, Walid. J’ai eu le privilège de lui remettre son premier trophée de meilleur entraîneur de l’année. Il venait de remporter le titre de champion avec le FUS.

L’Iran face à l’épreuve de la réalité : la fin d’un mythe régional ? 243

Encore une séquence de tensions majeures au Moyen-Orient, mettant en lumière les fragilités profondes du régime iranien. Depuis son avènement en 1979, la République islamique s’est construite sur un récit politique d’une puissance révolutionnaire en opposition frontale au «Grand Satan» les USA, défenseur intransigeant de la cause palestinienne et de la libération de Jérusalem. Ce positionnement idéologique a permis à Téhéran de gagner des relais dans une partie du monde arabe, notamment au sein des mouvements hostiles à Israël. Elle a développé une stratégie d’influence fondée sur la création, le financement et l’armement de groupes affiliés: Hezbollah au Liban, milices chiites en Irak, soutien au régime syrien, Houthis au Yémen, formant ce qu’elle présente comme «l’axe de la résistance». Elle finance sûrement d’autres mouvements dans bien d’autres pays, avec une connivence contre nature avec les islamistes sunnites. Une stratégie d’expansion aux effets déstabilisateurs. Là où l’Iran a étendu son influence, son empreinte est indissociable d’une militarisation accrue et d’une fragmentation des États. La projection repose moins sur la construction étatique que sur l’essor de réseaux politico-militaires parallèles défiant les institutions nationales. Cela a certes permis à Téhéran de disposer de leviers de pression sur ses adversaires et de se poser en champion de la «résistance» à l’ordre régional dominé par les USA et leurs alliés. Mais cela a également contribué à prolonger des conflits, à affaiblir des institutions étatiques déjà fragiles et à exacerber des fractures confessionnelles. À long terme, le coût humain et économique de cette «stratégie» est considérable pour les pays concernés et pour l’Iran lui-même, soumis à des sanctions sévères et à un isolement international persistant. La cause palestinienne est en fait plus instrumentalisée que défendue, depuis près d’un demi-siècle, alors que le régime iranien affirme en faire un pilier central de sa diplomatie et de sa légitimité révolutionnaire. Téhéran a noué des liens avec des acteurs armés palestiniens, comme le Hamas ou le Jihad islamique, qu’il présente comme les prolongements de sa propre «résistance». Pourtant, force est de constater que la situation des Palestiniens ne s’est nullement améliorée: occupation galopante, colonisation et blocus se poursuivent, tandis que les cycles de violence se succèdent sans perspective politique crédible. La Palestine a énormément perdu en territoire, en vies humaines et en sympathie au sein même du monde arabe. Les divisions internes palestiniennes, enfermant la cause dans une logique essentiellement militarisée en l’absence d’horizon diplomatique, interrogent l’efficacité réelle de cette posture. Comme durant l’ère Gamal Abdel Nasser, marquée par un panarabisme imprudent, la période actuelle n’a pas apporté de progrès. L’Iran a, en partie, supplanté un certain leadership arabe sur le dossier, sans pour autant produire de résultats tangibles en faveur d’un règlement durable, ni d’amélioration concrète de la vie des Palestiniens, bien au contraire. Au-delà du registre géopolitique, le régime est confronté à une contestation interne profonde. Les mouvements de protestation récents, et ceux déclenchés après la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022, ont révélé une fracture majeure entre une partie de la société iranienne et ses dirigeants. La répression, comme unique réponse, s’est traduite par des milliers de morts et d’arrestations, documentées par des organisations internationales et les mécanismes onusiens. La rigidité sécuritaire et idéologique contraste avec les aspirations d’une jeunesse connectée en quête de libertés civiques et individuelles. L’Iran d’aujourd’hui n’est plus celui de 1979: la société s’est transformée, le régime non. Le décalage entre le discours révolutionnaire, la promesse de justice sociale et la réalité socio-économique: inflation élevée, chômage, précarité, fuite des cerveaux, corruption et isolement diplomatique, nourrit un sentiment de désenchantement qui fragilise la légitimité de l’État. Le Maroc a officiellement rompu ses relations avec l’Iran en 2018, Téhéran soutenant le Front Polisario via le Hezbollah et son ambassade à Alger, avec l’appui de l’Algérie. Rabat détient des preuves de livraisons d’armes et de formation de cadres du Polisario. La rupture marocaine apparaît comme une décision stratégique visant à prévenir toute perception d’ingérence dans ses intérêts vitaux, en particulier au Sahara. Elle s’inscrit aussi dans une recomposition plus large des alliances régionales, marquée par le rapprochement de Rabat avec certains partenaires du Golfe et les USA, sur fond de rivalités croissantes avec l’axe irano-algérien. Les développements militaires et diplomatiques récents mettent en évidence une réalité inquiétante pour Téhéran: l’Iran semble souvent réagir dans l’urgence, davantage qu’il ne maîtrise le tempo stratégique. La multiplication des fronts périphériques, du Liban à Gaza, de l’Irak au Yémen, intervient alors même que ses relais régionaux subissent des pressions croissantes, des sanctions et des éliminations ciblées qui érodent la cohésion de «l’axe de la résistance». Cette situation peut apparaître autant comme un aveu de fragilité. La facilité avec laquelle les USA et Israël arrivent à neutraliser les dirigeants interroge jusqu’aux compétences de l’État. Pour autant, annoncer l’effondrement imminent du régime serait hasardeux. L’appareil sécuritaire se veut encore puissant, les réseaux d’influence régionaux restent actifs. Mais le régime va-t-il encore une fois faire preuve de résilience, y compris au prix d’une violence accrue à l’intérieur et d’une gestion dure de la contestation ? Il convient de distinguer clairement le régime du peuple iranien, pris en tenaille. Il est l’héritier d’une civilisation millénaire et d’une riche tradition intellectuelle, et ne doit pas être réduit aux choix de l’élite politico-religieuse. Les souffrances liées aux sanctions, à la répression et à l’isolement international pèsent d’abord sur les citoyens ordinaires, y compris ceux qui aspirent à un changement pacifique et à une réintégration du pays dans la communauté internationale. L’histoire enseigne bien des choses dans des situations identiques. Les transitions exigent lucidité, responsabilité et une vision inclusive de l’avenir. La stabilité régionale ne naîtra ni de la surenchère idéologique, ni de la destruction, mais d’un rééquilibrage fondé sur le droit, la souveraineté, la sécurité collective, la coopération et la confiance, aujourd’hui bien érodée. Dans cette séquence troublée, la solidarité va d’abord aux peuples de la région, pris dans des dynamiques qui les dépassent. Les mollahs devront tôt ou tard rendre des comptes à l'histoire, et répondre à une question simple, mais décisive: ont-ils servi le peuple, ou l’ont-ils sacrifié au nom d’un mythe politique devenu, avec le temps, de plus en plus difficile à soutenir ?

Afrique du Sud, entre récit démocratique et zones d’ombre militaires... 294

L’Afrique du Sud aime à se présenter comme l’un des modèles démocratiques du continent africain. Héritière d’une transition saluée dans le monde entier après la fin de l’apartheid, elle revendique des institutions solides, une Constitution respectée et un débat public vigoureux. Pourtant, certains développements récents soulèvent une question troublante : le pays peut-il être aussi désorganisé dans la conduite de ses affaires stratégiques, notamment africaines ? La question « Qui décide vraiment ? » n’est pas purement rhétorique : plusieurs épisodes récents mettent en lumière un vrai problème de discipline au sommet de l’armée sud-africaine, notamment autour de la coopération navale avec l’Iran. L’état-major aurait ignoré des instructions claires de Cyril Ramaphosa demandant d’exclure Téhéran des exercices navals qui ont eu lieu au large du pays début 2026. L’Iran a pourtant bien été présent et visible. Au-delà des déclarations officielles donc, une interrogation persiste : qui décide réellement en Afrique du Sud lorsqu’il s’agit de positions diplomatiques sensibles ou de dossiers géopolitiques majeurs ? La question peut-elle être extrapolée au Sahara marocain ? Le pays a-t-il une diplomatie à plusieurs voix ? Un exercice militaire n'est pas un fait anodin surtout quand il s'agit de la présence d'un pays comme l'Iran... Officiellement, la politique étrangère sud-africaine relève du pouvoir exécutif, incarné par le président et son gouvernement. Sous la présidence de Cyril Ramaphosa, le pays affirme défendre les principes du droit international, de l’autodétermination des peuples et du multilatéralisme. Mais lorsque des acteurs militaires ou sécuritaires semblent prendre des initiatives ne correspondant pas clairement à la ligne affichée par les autorités élues, la cohérence institutionnelle interroge. Une démocratie mature peut-elle tolérer que des responsables militaires adoptent des postures ou prennent des décisions engageant indirectement la politique extérieure, sans validation politique explicite ? Dans toute démocratie consolidée, la subordination de l’armée au pouvoir civil est un principe cardinal. Or, toute impression d’autonomie stratégique des militaires, surtout sur des dossiers diplomatiques sensibles, envoie un signal préoccupant. Ces ambiguïtés internes ne passent pas inaperçues à l’international. Aux États-Unis, le président Donald Trump avait déjà exprimé par le passé son mécontentement à l’égard de certaines orientations sud-africaines. Dans un contexte géopolitique mondial marqué par la polarisation, chaque geste diplomatique et ici à caractère militaire est scruté. Si l’Afrique du Sud donne l’image d’un pays où les centres de décision sont flous, où la ligne diplomatique peut être contournée ou interprétée de manière opportuniste, cela affaiblit sa crédibilité. Le regard de Washington devient alors un facteur aggravant. Une démocratie perçue comme désorganisée devient vulnérable aux pressions extérieures. Elle perd sa capacité d’influence et voit son statut de puissance africaine s’éroder. On est en droit ici de s'interroger sur la position, depuis quelques années, de l’Afrique du Sud sur le dossier du Sahara. Est ce une question de cohérence ou une simple posture idéologique ? L’African National Congress (ANC), parti au pouvoir, a historiquement adopté une position alignée sur celle d’Alger, soutenant le Polisario au nom du principe d’autodétermination. Cette ligne s’inscrit dans une tradition idéologique héritée des luttes de libération. Pendant l’apartheid, l’ANC avait des liens idéologiques et militants avec d’autres mouvements de libération, dont le Polisario, notamment via l’Algérie et les camps de Tindouf. Après 1994, Pretoria démocratique consolide cette ligne et reconnaît officiellement la RASD en 2004, conformément à un engagement pris par Mandela Mais aujourd’hui, le contexte africain a évolué. De nombreux États du continent ont renforcé leurs relations avec le Maroc, reconnaissant de facto ou explicitement sa souveraineté sur ses provinces du Sud. La diplomatie marocaine, à la fois active et économique, s’est imposée comme un acteur structurant en Afrique. Dans ce cadre, la position sud-africaine mérite débat : est-elle le fruit d’une stratégie nationale mûrement réfléchie en fonction des derniers développements, validée par l’ensemble des institutions élues, ou le résultat d’influences internes spécifiques ou idéologiques, partisanes ou sécuritaires ? La question devient plus sensible encore lorsqu’est évoquée la proximité avec le régime algérien, marqué par une forte présence militaire dans la sphère décisionnelle. L’Algérie demeure l'acteur central du dossier saharien et entretient des relations historiques avec Pretoria. Si des responsables militaires sud-africains agissent avec une marge d’autonomie significative, cela peut nourrir l’idée d’une connivence entre appareils sécuritaires, au-delà des canaux diplomatiques classiques. Même si cette perception n’est pas entièrement fondée, elle peut s’imposer dans les analyses internationales. La frontière entre impunité militaire et affinités stratégiques s’effrite ici aisément. Or, en politique étrangère, la perception compte autant que la réalité. L’Afrique du Sud reste incontestablement une démocratie institutionnelle, avec des élections compétitives, une presse libre et une société civile dynamique. Mais la solidité d’un régime ne se mesure pas seulement à ses textes constitutionnels ; elle se juge aussi à la clarté de sa chaîne de décision et à la discipline de ses institutions. Si des décisions à portée diplomatique ou stratégique semblent échapper au contrôle politique direct, cela fragilise l’image d’un État unifié. Et dans un monde où les équilibres géopolitiques se redessinent rapidement, toute ambiguïté peut être exploitée. La question n’est donc pas de nier la nature démocratique sud-africaine, mais de s’interroger : cette démocratie est-elle pleinement cohérente dans sa pratique du pouvoir, notamment sur les affaires africaines sensibles ? Et surtout, qui parle réellement au nom de Pretoria lorsque les enjeux dépassent les frontières nationales ? Ou encore, qui dicte les décisions, et en fonction de quel intérêt ? Car, une fois encore, comment expliquer que le président dise une chose et que son armée fasse une autre ? C’est bien le cas ici. La position de l’Afrique du Sud sur le Sahara marocain pourrait, pourquoi pas, être le fruit de connivences entre les militaires de Pretoria et ceux d’Alger, plutôt que la volonté explicite des autorités politiques à Pretoria. Autant d’interrogations qui, loin d’être hostiles, s’inscrivent dans un débat légitime sur la maturité institutionnelle d’une puissance continentale appelée à jouer un rôle majeur en Afrique. En tout cas pour ce qui du Sahara Marocain, par les temps qui courent, il serait temps que l’Afrique du Sud se réexamine pour ne pas dire, se rachète.

Inondations au Maroc : une urgence maîtrisée, des leçons à tirer... 326

Les récentes inondations au Maroc ont une nouvelle fois mis à l’épreuve la résilience de l’État et de la société. Face à la montée brutale des eaux, la réaction des autorités a été d’une ampleur remarquable : plus de 180 000 citoyens ont été évacués rapidement des zones à risque, transportés vers des lieux sûrs, hébergés, nourris et pris en charge médicalement dans des conditions qui ont suscité l’admiration au-delà de nos frontières. À Ksar El Kébir, comme dans de nombreux douars et hameaux environnants dans les provinces avoisinantes, les habitants ont aujourd’hui regagné leurs foyers. Durant leur absence, leurs maisons et leurs biens ont été très bien sécurisés. Cette phase d’urgence, marquée par la mobilisation des forces de sécurité, de la protection civile et des autorités locales, a démontré que lorsqu’il s’agit de protéger les vies humaines, l’État marocain sait agir avec une grande efficacité, une célérité remarquable et un humanisme à toute épreuve. Rares sont les pays au monde capables de rivaliser avec le Royaume en matière de traitement des catastrophes. Maintenant, une fois l’émotion retombée et les populations revenues chez elles, vient le temps des bilans, de la reddition des comptes. L’urgence ayant été parfaitement maîtrisée, le temps de la précision des responsabilités est venu. Personne ne peut défier la nature. Une évidence. Les phénomènes climatiques extrêmes, appelés à se multiplier sous l’effet du changement climatique, frappent désormais avec une intensité imprévisible. Les inondations, les crues soudaines, l’effondrement de routes ou de ponts ne sont pas des réalités propres au Maroc. Elles touchent les pays les plus développés, dotés des infrastructures les plus sophistiquées. Cependant, une question légitime s’impose : toutes les destructions observées relèvent-elles uniquement de la force de la nature ? Lorsque des routes récemment construites cèdent, lorsque des ouvrages d’art s’effondrent après quelques années ou seulement quelques mois d’exploitation, lorsque des systèmes d’assainissement se révèlent manifestement sous-dimensionnés, il devient indispensable d’interroger la qualité des études techniques, la rigueur des cahiers des charges, le contrôle des chantiers et la conformité des matériaux utilisés. L'incompétence des uns, les malfaçons d’autres ou la corruption de certains, trois hypothèses qui doivent être examinées sans tabou. Les études techniques peuvent très bien être insuffisantes ou obsolètes. Les données climatiques ont évolué. Si les infrastructures sont conçues sur la base de modèles anciens, elles deviennent mécaniquement vulnérables. Les crues dites « exceptionnelles » d’hier sont peut-être les crues normales de demain. Des fois, ce sont les malfaçons dans l’exécution des travaux qui posent problème. Un pont, une digue ou une route ne cèdent pas uniquement sous la pression de l’eau ; ils cèdent aussi lorsque les normes ne sont pas respectées, lorsque les contrôles sont laxistes ou lorsque la supervision technique est déficiente. On ne peut également pas balayer d’un revers de main les malversations et les pratiques corruptives possibles. C’est l’hypothèse la plus grave. Lorsque des budgets publics sont alloués à des infrastructures censées désenclaver, fluidifier les communications ou protéger les populations, chaque dirham détourné devient un facteur de vulnérabilité. Dans un pays aux ressources limitées, la dilapidation des fonds publics n’est pas seulement une faute morale ; elle devient une menace directe pour la sécurité des citoyens. S'impose donc la nécessité d’enquêtes transparentes. Il ne s’agit pas d’alimenter la suspicion généralisée ni de jeter l’opprobre sur l’ensemble des acteurs publics ou privés. La mobilisation récente prouve au contraire que l’appareil d’État est capable d’excellence et qu’il a une véritable capacité à s’engager pleinement et à solutionner efficacement des problèmes gravissimes. Mais c’est précisément pour préserver cette crédibilité que des enquêtes sérieuses, indépendantes et transparentes doivent être menées sur les infrastructures endommagées. Nul doute que l'administration va identifier les ouvrages ayant subi des dégradations anormalement rapides ; examiner les processus d’attribution des marchés et vérifier la conformité des travaux aux normes en vigueur. Reste tout de même à s'assurer de la publication des conclusions et, le cas échéant, de sanctionner les fautes s'il y en a et si les responsabilités sont bien identifiées. L’impunité serait un message désastreux. À l’inverse, la reddition des comptes renforcerait la confiance des citoyens dans les institutions et Dieu sait qu'on en a bien besoin par les temps qui courent. Car pour l'avenir, vaut mieux prévenir que guérir. Les inondations, il y en aura toujours ; les dégâts matériels, aussi. Mais ce qui n’est pas acceptable, c’est que des infrastructures supposées résister à des crues prévisibles de certains oueds s’effondrent par négligence ou par cupidité. Chaque dirham investi dans la prévention doit produire un maximum de sécurité. Dans un contexte budgétaire contraint, l’efficacité de la dépense publique devient un impératif stratégique. Investir dans des infrastructures durables, parfaitement bien étudiées, adaptées aux nouvelles réalités climatiques, rigoureusement contrôlées et protégées de toute corruption, est moins coûteux que reconstruire indéfiniment après chaque catastrophe. C'est une responsabilité collective pleine et entière. L’épisode des inondations, comme auparavant les tremblements de terre d'Al Hoceïma et du Haouz, a montré le meilleur du Maroc : solidarité, mobilisation, efficacité opérationnelle. Le défi maintenant est d’en tirer les leçons structurelles de rigueur. La protection des citoyens ne s’arrête pas à l’évacuation d’urgence. Elle commence bien avant, dans les bureaux d’études, dans les commissions d’appels d’offres, dans les laboratoires de contrôle, dans la traçabilité et le contrôle d'exécution des marchés publics. Le véritable hommage aux 180 000 citoyens évacués ne consiste pas seulement à saluer leur résilience, mais à garantir que les infrastructures reconstruites le seront selon les standards les plus exigeants. La nature est puissante, mais la négligence et la corruption sont aussi des catastrophes que l’on peut, et que l’on doit, prévenir. Une chose est déjà certaine : ne plus construire dans des zones inondables.

Regragui : la rumeur toxique qui sabote les Lions... 366

Les rumeurs incessantes sur l'avenir de Walid Regragui, sélectionneur des Lions de l'Atlas, polluent quotidiennement le débat footballistique marocain, créant un climat toxique et déstabilisant. Infondées pour la plupart, elles relèvent d'une psychose collective ou d'un acharnement délibéré qui mine un projet victorieux à l'approche de la Coupe du Monde 2026. Ne faut-il pas dénoncer vigoureusement cette spirale nuisible, qui dessert le sport roi national au lieu de le servir ? La chronologie des rumeurs persistantes est tout de même étonnante. Des rumeurs avaient couru à l'approche de la CAN et rebelotte à l'aune de la Coupe du Monde. Depuis le retour de l'équipe nationale après la demi-finale historique du Mondial 2022, Regragui fait l'objet d'un flot quasi quotidien de spéculations sur son éviction ou son éventuel départ pour un quelconque club ou sélection. Les pics d'intensité surviennent après chaque faux-pas mineur, comme lors de la CAN 2025 où la défaite en finale a alimenté les ragots, ou plus récemment depuis le 23 février 2026 avec des annonces sensationnelles de RMC Sport sur un « départ imminent » et des négociations amiables. La FRMF a réagi par plusieurs communiqués officiels dont celui tout récent du 24 février, démentant fermement et qualifiant ces "fuites" de « pure invention ». Les rumeurs avaient été jusqu'à évoquer des noms comme Xavi Hernández ou Iniesta sont avancés sans fondement tangible. Comme si l'expérience des encadrants marocains n'avait pas ses preuves. Regragui, avec un bilan sportif qui défie les critiques, a transformé les Lions de l'Atlas en machine à victoires : beaucoup de victoires peu de nul et encore moins de défaite, avec une série qualificative impeccable pour la Coupe du Monde 2026 où, dans le groupe C, il sera opposé au Brésil, à l'Écosse et à Haïti. Il a su intégrer une nouvelle génération tout en maintenant une identité tactique hybride (4-3-3 fluide ou 4-2-3-1 défensif), couronnée par une finale à la CAN 2025. Ces performances incontestables rendent absurdes les appels à un changement, surtout quand la FRMF rappelle que le contrat court jusqu'en 2026 avec des objectifs clairs. Limoger l'artisan de cette ascension extraordinaire serait une aberration stratégique, au moment où le Maroc, sans complexe, vise un podium mondial. Quelles sont les origines et mécanismes de cette déstabilisation voulue. Ces rumeurs ne surgissent pas du néant : elles s'inscrivent dans un pattern d'acharnement observé dans le football marocain, possiblement piloté par des luttes internes, des agents de joueurs en quête d'influence ou des médias en mal de clics. La « psychose » décrite avec des hashtags viraux comme #RegraguiOut , fragilise le vestiaire, démotive les joueurs et offre un boulevard à la concurrence. Des précédents comme la CAN 2025, où la FRMF avait dénoncé des « campagnes de déstabilisation », montrent un mode opératoire : ballon d'essai anonyme sur Twitter, amplification par des insiders, démenti officiel qui relance le buzz. Ce climat cauchemardesque, à quelques mois du Mondial, risque de saper la cohésion d'une équipe classée 8e mondiale: un exploit sous Regragui, faut-il le rappeler. Le risque sont donc des conséquences néfastes sur l'équipe nationale marocaine. Cet acharnement peut avoir des conséquences incommensurables sur l'équipe nationale. L'impact est palpable : interviews tendues de joueurs avant la CAN, notamment Achraf Hakimi qui avait appelé à la « sérénité », et risque d'une préparation perturbée pour les matchs amicaux de mars prochain. Cette instabilité, qu'alimentent certains de façon chronique, érode la confiance des supporters, divise la diaspora marocaine et ternit l'image du Royaume comme terre d'accueil du Mondial 2030. À l'inverse, un soutien ferme à Regragui, comme lors de son maintien post-CAN 2022 malgré les pressions, avait propulsé l'équipe vers des sommets. Prioriser les faits aux ragots est vital : les Lions méritent un environnement serein pour affronter les géants en juin 2026. Nécessité donc d' une mobilisation collective puissante. Pour briser ce cercle vicieux, la FRMF doit communiquer proactivement sur le projet Regragui, tandis que les médias devraient vérifier avant de relayer. Les fans, via une pression positive sur les réseaux, peuvent contrer l'acharnement. Le football marocain, porté par un sélectionneur compétent et charismatique, n'a pas besoin de cette toxicité : il aspire au sacre. Dénoncer ces rumeurs comme un sabotage est un devoir patriotique, pour que les Lions rugissent librement vers la gloire mondiale. Le problème en fait n'est pas remplacer Regragui. Toute responsabilité a une fin mais cela doit se faire dans la clarté et la transparence, dans la continuité et pas sous la pression de la rue. Une leçon tout de même: Jamais aucune équipe n'a remporté de coupe du monde avec un sélectionneur étranger. La performance sportive est une expression culturelle à laquelle participe des joueurs et un staff. Depuis peu le Maroc ne manque plus d'entraineurs de niveau mondial...Il restera à Regragui d'avoir été précurseur, une sorte de pionnier ayant fait rêver les marocains et décomplexé notre football et partant notre jeunesse.