Think Forward.

Citoyens exigeants, citoyens oublieux : l’autre crise de notre société... 2012

Le citoyen face à lui-même : entre exigences et oublis Dans beaucoup de sociétés contemporaines et sans doute aucun dans la notre aussi, une étrange tendance se renforce : celle du citoyen qui exige tout de l’État, mais oublie de se demander ce qu’il lui donne en retour. Cette posture de dédouanement collectif, où les responsabilités se dissolvent dans la critique, nourrit une citoyenneté passive, souvent indignée mais rarement engagée. On reproche beaucoup de choses aux gouvernants en oubliant que c'est nous même qui avons voté pour eux et que ne pas voter est en fait un vote pour les majorités qui se forgent. Quand quelque chose ne va pas: chômage, insécurité, éducation, santé, la première réaction est souvent d’accuser l’État. On réclame davantage de prestations, plus de justice, plus de transparence. C’est légitime. Mais dans cette revendication, il est rare que chacun s’interroge sur son propre rôle : payons-nous nos impôts correctement ? Respectons-nous les lois ? Participons-nous réellement à la vie civique ou préférons-nous laisser les « autres » faire ? Un pays ne se construit pas seulement par les décisions de ceux qui gouvernent, mais par la participation consciente de ses citoyens. Le discours public met souvent l’accent sur les droits : droit à la santé, à l’éducation, au travail, à la liberté d’expression. Mais les devoirs: civils, moraux et économiques sont fréquemment oubliés. Or, revendiquer un droit sans remplir un devoir, c’est fragiliser le contrat social. L’incivisme du quotidien par exemple jeter ses déchets n’importe où, tricher sur ses impôts, contourner les règles, mine autant une société que les grandes défaillances politiques qu’on dénonce. Les droits ne se gagnent pas sans accomplissement des devoirs. Beaucoup dénoncent la corruption comme si elle venait d’en haut, comme une pluie sale tombée sur des citoyens innocents. Mais la vérité est plus dérangeante : le corrupteur et le corrompu se confondent souvent dans la même personne. Le commerçant qui fraude, l’automobiliste qui glisse un billet pour éviter une amende, le parent qui cherche un passe-droit pour son enfant: tous participent à ce même mal. Accuser le « système » sans se reconnaître comme maillon de ce système, c’est refuser de grandir. La corruption est intériorisée et ne dérange que quand on en est la victime ou quand il faut manifester se délectant du goût du populisme et du nihilisme . On se laisse paisiblement, passivement séduire par les discours simplistes des populistes. Ces derniers jouent sur la colère, la frustration et la peur. Ils fournissent des coupables tout faits : les élites, les étrangers, les institutions. Mais très peu d’auditeurs prennent le temps d’analyser, de vérifier, de raisonner. Le populisme plaît parce qu’il soulage : il transforme la réflexion en émotion. Le nihilisme, quant à lui, propose un plaisir encore plus dangereux : celui de la désespérance. Croire que tout est perdu, que tout est mensonge, que rien n’a de sens, c’est refuser l’effort de penser le réel et de participer au changement. Beaucoup ont la mémoire courte et ne voient pas les progrès réalisés, souvent parce qu’ils ne prennent pas la peine de comparer. Les générations précédentes ont connu la misère, l’absence d’école, les soins rudimentaires, la précarité permanente. Aujourd’hui, malgré les difficultés, le confort matériel, les infrastructures et les libertés sont sans commune mesure. Regarder en arrière n’est pas de la complaisance : c’est un devoir de lucidité pour mesurer le chemin parcouru. L’ère est à la contestation sans information. Notre époque est marquée par une hyper-réactivité. On conteste avant de comprendre, on commente avant de savoir. Les réseaux sociaux amplifient cette impulsion : on s’indigne plus vite qu’on ne s’informe. Mais une opinion qui ne se fonde pas sur la connaissance devient un bruit, Une nuisance et non une contribution. La critique, pour être légitime, doit être éclairée, étayée, vérifiée. Un citoyen responsable ne se contente pas de réclamer. Il agit, s’informe, s’engage et reconnaît les progrès comme les erreurs. C’est seulement à cette condition qu’une nation peut évoluer sans sombrer dans la plainte stérile. John F. Kennedy n'avait il pas dit dans son discours d'investiture le 20 janvier 1961 sa phrase célèbre, devenue une signature autant personnelles que politique: « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Cette citation avait pour but d'inciter l'Américain à se demander avant tout ce qu'il peut apporter à son pays, et non l'inverse. La phrase souligne le devoir civique et la responsabilité personnelle dans le cadre de la nation et est parfaitement transposable chez nous par les temps qui courent. Il parait que John Kennedy c'était en fait inspiré d'une phrase plus ancienne exprimée par un principal d'école, dans son enfance, et qui aurait dit à propos d'une école qui s'appelait alma mater: « The youth who loves his alma mater will always ask not 'What can she do for me?' but 'What can I do for her?' » Kennedy aurait remplacé « alma mater » par « pays » pour en faire cette maxime patriotique. A ce demander combien de directeur d'école sont capables d'un tel niveau de réflexion et d'engagement pour inspirer notre jeunesse et lui faire prendre conscience de ses devoirs avant de leur parler de leur droits. Aujourd'hui si le besoin est de formuler un pacte social nouveau pour nous retrouver tous autour du même objectif d'aller de l'avant et de rendre encore plus fort notre pays, il convient aussi de nous atteler à reformuler un pacte patriotique comme cela avait été le cas à notre indépendance ou après la glorieuse marche verte, en nous remémorant à chaque instant, à chacun de souffles, notre devise Dieu, la Patrie, Le Roi. C'est ainsi que toutes nos revendications seront entendues, que nos droits vont se réaliser, que le corruption va disparaitre et que la paix sociale sera à jamais installée.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Christopher Ross or Diplomacy Against the Current 95

It sometimes happens that diplomats, once their mission is complete, opt for the discretion demanded by their former status. Others prefer to continue intervening in debates they themselves helped complicate. Christopher Ross clearly belongs to this second category. In a recent article, the former envoy for the Moroccan Sahara has once again taken a stance on this sensitive issue. With the benefit of hindsight, his analysis has gained neither nuance nor critical distance. Reading his text suggests quite the opposite: the same interpretive framework, the same assumptions, and above all, the same indulgence toward Algiers. This persistence raises a fundamental question: what is Ross seeking today by intervening again in a dossier where he was one of the most contested mediators? Appointed in 2009 by Ban Ki-moon, he succeeded a series of envoys who had faced the same difficulty: breaking out of a diplomatic impasse inherited from the Cold War. This conflict indeed traces its roots to the geopolitical upheavals of the 1970s. Morocco consolidated its historical sovereignty over the region in 1975, prompting Spain's withdrawal, while the Polisario, backed politically, financially, and militarily by Algeria and Libya, claimed the creation of an independent state. The dossier took on an international dimension with the creation, in 1991, of the MINURSO, tasked with supervising a referendum; an idea proposed by the late Hassan II in a speech delivered in Nairobi at an OAU summit. Very quickly, the obstacles created by the Polisario, particularly regarding voter identification, made this project nearly impossible, and the process stalled. It was then that Morocco proposed, in 2007, a major political initiative: a plan for broad autonomy for the southern provinces under Moroccan sovereignty. The project was presented to the Security Council as a realistic and pragmatic solution and garnered growing international support, described as "serious and credible" in several resolutions. It marked a true turning point in diplomatic realism. Since then, the diplomatic landscape around the Sahara has profoundly evolved. Numerous states now view Morocco's autonomy plan as the most credible basis for a lasting political solution. In 2020, the Trump administration officially announced recognition of Morocco's sovereignty over the Sahara, a major turning point in the dossier's diplomatic balance. In its wake, several Western powers reaffirmed their support for the autonomy plan, while Arab, European, and African countries opened consulates in Laâyoune or Dakhla, de facto recognizing Moroccan administration of the territory. Within the UN, the terminology used in Security Council resolutions has also evolved: the notion of a "realistic, pragmatic, and durable political solution" has become the guiding principle of the process. This shift toward a pragmatic approach reflects a simple reality: the referendum envisioned in the 1990s is no longer seen as a viable option. It is precisely this diplomatic turning point that Ross, still prisoner to an outdated vision, seems to refuse to integrate. In his recent statements, he continues to defend an interpretation of the conflict harking back to a bygone era, clinging to diplomatic frameworks long surpassed by geopolitical realities. This stance even calls into question the man's integrity. During his tenure, the Kingdom had already expressed serious reservations about his impartiality and officially demanded his replacement in 2012, as trust had been gravely undermined. A mediator, by definition, must maintain equitable distance between the parties. When that distance vanishes, mediation loses its credibility. In fact, Ross never truly dispelled suspicions of closeness to the Algerian position. Algeria's role in this conflict is central. One of the most controversial points in his discourse concerns precisely Algiers' place in the dossier. For fifty years, Algeria has officially claimed to be merely an "observing country" in this conflict. The diplomatic and strategic reality is entirely different. Algiers hosts, arms, and finances the Polisario, and shelters thousands of refugees in Tindouf, a significant portion of whom are not even from the territory in question. There is little doubt that the conflict is primarily a dispute pitting Algeria against Morocco, an analysis now widely shared by the main international actors. No lasting solution can emerge without Algiers' direct involvement in the negotiations. In this context, Ross's repeated positions appear anachronistic and undermine his credibility. By continuing, in effect, to align with Algeria and the Polisario, he gives the impression of prolonging a political fight rather than illuminating the debate. The responsibility of former international mediators is thus in question. When a former UN representative speaks out so trenchantly in public, he indirectly engages the image of the institution he served. Yet the credibility of international diplomacy rests precisely on the neutrality of its intermediaries. The diplomatic history of the Sahara is dotted with mediation attempts, successive plans, and failed initiatives. Before Ross, other envoys had tried to unblock the situation, notably James Baker, who proposed a transition plan in the early 2000s that was ultimately rejected. Each attempt has recalled a fundamental truth: without regional political will, no framework can succeed. This is precisely why current international diplomacy favors a realistic solution based on autonomy and regional cooperation, rather than maximalist constructs inherited from the Cold War. In essence, the question is not whether Ross has the right to express an opinion. Like any former diplomat, he can, of course, participate in the debate. But when he persists in defending a vision that ignores major geopolitical shifts, his discourse takes on the appearance of a rearguard battle. The world has changed, as have regional balances. The Sahara under Moroccan sovereignty is no longer merely a decolonization issue: it now lies at the heart of a strategic reconfiguration of the Atlantic and North Africa. Faced with these transformations, international diplomacy seems to have chosen pragmatism. Christopher Ross, by contrast, appears to have chosen nostalgia for a bygone paradigm. In international affairs, history shows that those who cling to past paradigms almost always end up swimming against the current of present realities.