Pensez le Futur.

La CAN, bouée de sauvetage pour un continent en crise : pourquoi quadriennale rime avec abandon... 2164

Passant d'un rendez-vous biennal à une compétition quadriennale dès 2026, la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), joyau de la Confédération Africaine de Football (CAF), voit son calendrier dilué par les intérêts voraces des clubs européens et une FIFA complaisante. Ces acteurs, obsédés par la rentabilité immédiate, sacrifient la renaissance continentale, la réconciliation et l'unité panafricaine au profit d'un agenda mondialisé. Pendant un mois, la CAN offre un oubli bienvenu des fléaux qui minent l'Afrique : guerres civiles, famines, terrorisme et crises économiques et politiques récurrentes. Loin d'être un simple tournoi sportif, elle agit comme un catalyseur multidimensionnel, sportif évidemment, mais aussi économique, festif et thérapeutique pour un continent meurtri, en grande partie. C'est une véritable bouée de sauvetage pour des peuples en crise. Le football transcende le terrain pour devenir un exutoire vital et un liant social puissant. Il agit ici comme un antidote aux conflits et à la misère, au désarroi et à la perte d'espoir. Dans des pays en devenir, ravagées par la violence, les sélections nationales de football incarnent l'espoir et l'unité, transformant les stades en parenthèses de normalité. - Au **Soudan** : La guerre civile, éclipsée depuis avril 2023, a fait plus de 20 000 morts et 10 millions de déplacés, selon l'ONU. Et pourtant les Aiglons de la Mer Rouge, troisièmes du groupe E avec 3 points après deux matchs, portent fièrement les couleurs d'un championnat exilé, ravivant un sursaut collectif, allumant une lueur d'espoir. - Au **Burkina Faso** : Touché par une crise alimentaire aiguë affectant 3 millions de personnes et une insécurité jihadiste endémique, les Étalons, deuxièmes du groupe E avec 3 points, n'ont plié face à l'Algérie que sur un simple penalty. Leur qualification galvanise un peuple divisé, offrant un rare motif de fierté nationale et d'espérance. - Au **Mali** : 5 millions de citoyens sont impactés par la présence d'une mosaïque de groupes terroristes, par des insurrections et coups d'État à répétition, mais cela n'a pas empêché les Aiglons du Mali de tenir tête au Maroc hôte. Ils sont leaders ex aequo avec 4 points après deux journées. Le duel imposé au Maroc symbolise une résilience farouche et une fierté à toute épreuve. - En **République Démocratique du Congo (RDC)** : 8 millions de déplacés à l'est fuient les violences du M23 ; pourtant, les Léopards au groupe D, avec le Sénégal muent les stades en exutoires cathartiques, canalisant la colère en liesse collective. - Au **Zimbabwe** : 4,5 millions de personnes souffrent d'un recul sanitaire et économique chronique ; les Warriors, lanterne rouge du groupe B avec 1 point, ravivent néanmoins l'orgueil d'une jeunesse confrontée à un chômage massif. Plus de 80% chez les moins de 25 ans ne savent plus quoi faire de leurs vies. - Au **Mozambique** : 1,1 million de déplacés à Cabo Delgado fuient les jihadistes ; pourtant les Mambas célèbrent une victoire historique 3-2 sur le Gabon, puissance footballistique, défiant l'adversité. - Au **Nigeria** : au nord les États BAY : Borno, Adamawa, Yobe, ploie sous Boko Haram depuis 15 ans, avec des millions de déplacés. Les Super Eagles, en groupe C avec la Tunisie, arrivent pourtant à unir un pays fracturé par l'insécurité côtière et les divisions ethniques endémiques. Sur le terrain on oublie même que les USA viennent de bombarder les djihadistes accusés de malmener les chrétiens du pays. - Au **Cameroun** : La crise anglophone a déplacé 700 000 personnes ; les Lions Indomptables arrachent un nul 1-1 face au tenant du titre ivoirien en groupe F, offrant une parenthèse enchantée aux tensions persistantes. - En **Angola** : Héritage d'une guerre civile traumatique, le pays lutte pour sa stabilité ; les Palancas Negras se battent vaillamment en groupe B aux côtés de l'Égypte, symbolisant une reconstruction fragile et de l'optimisme. Ces exemples illustrent comment la CAN, par sa régularité biennale, agissait comme une soupape de sécurité sociale, interrompant les cycles de désespoir tous les deux ans. Au delà du jeu et du ballon qui glisse sur les pelouses, l'impact est également économique. La CAF a élargi les phases finales à 24 équipes sur 54 nations, tandis que les éliminatoires ont uni 30 autres pays autour de moments d'espoir partagé. La CAN 2025 au Maroc bat tous les records : 236 849 spectateurs en phase de groupes (contre 197 880 en 2023), avec plus d'1 million de billets déjà vendus. Les projections économiques explosent: 192,6 millions de dollars de revenus; en sponsoring quelques 126 M$ et en billetterie pas moins de 19 M$, tandis que 500 000 à 1 million de visiteurs étrangers devraient booster le PIB marocain de 12 milliards de dirhams via tourisme, hôtellerie et sponsoring local. Historiquement, la CAN 2023 en Côte d'Ivoire avait généré 2,2 milliards d'euros d'impact économique ; 2025 pourrait la surpasser, renforçant le soft power africain. La CAN est vue dans le monde entier. LA qualité à toute épreuve offerte par le Maroc y contribue pour beaucoup. Le monde entier découvre le continent sous un autre visage, celui du progrès et de la modernité. Hélas, ce ci est sans compter avec le diktat européen et une trahison de l'essence africaine. Les Africains, conscients de ces enjeux, ont toujours milité pour une CAN biennale, ancrée dans leur réalité, répondant à leurs besoins spécifiques. Comment justifier le passage quadriennal sinon comme un diktat européen ? Les clubs sont arrivés à imposer ce calendrier pour limiter les absences de leurs stars africaines à 28 jours par an, au lieu de 40 en année CAN, préservant leurs profits et intérêts mercantiles. La FIFA, sous le sourire d'Infantino, sacrifie ainsi l'urgence humanitaire africaine. Quatre ans d'attente, c'est une éternité pour des peuples en péril. Ce choix ignore les précédents et les véritables problèmes, comme la Champions League qui sature le calendrier sans égards pour les confédérations mineures. La CAF doit trancher : le football africain est un ciment social irremplaçable, une soupape vitale d'espoir en Afrique. Quadriennaliser la CAN, c'est diluer son âme panafricaine au profit d'intérêts étrangers. L'héritage d'une CAN tous les deux ans doit être préservé, pour que le ballon rond puisse continuer de guérir les blessures du continent. Le retour à un cycle de deux ans est un devoir humanitaire qu'on ne peut balayer aussi impunément. La CAN, espace éphémère de réconciliation africaine tous les deux ans, risque de s'effacer au prix de rêves brisés d'une jeunesse qui aspire à vivre comme les autres. La CAN n'est pas un tournoi comme les autres, loin de là.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 21

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.

AFCON 2025, règlement et récit : quand le droit du jeu rattrape le débat... 25

La controverse autour de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 aura été déterminante. Elle ressemble désormais moins à un débat qu’à un feuilleton à épisodes, où le droit et la passion se disputent le premier rôle, chacun convaincu d’avoir le meilleur scénario. Depuis plusieurs semaines, la décision de la Confédération Africaine de Football, via son jury d’appel, entérinant la défaite du Sénégal sur tapis vert et consacrant le Maroc comme vainqueur officiel, est passée au crible, disséquée, contestée, parfois même réécrite au gré des sensibilités. Les commentateurs les plus véhéments invoquent un principe qu'ils élèvent au rang de la sacralité: un match de football doit se jouer sur la pelouse, pas dans les bureaux climatisés. Effectivement, mais jusqu'au moment où les règles fondamentales se retrouvent transgressées, bafouées. L'argument est noble, certes… mais il oublie commodément que sans règlements, sans sanctions et sans instances pour les appliquer, le football ressemblerait vite à une cour de récréation géante où chacun redessine les règles à la mi-temps. En réalité, ce débat dit moins quelque chose du match lui-même que de notre difficulté collective à accepter qu’au football aussi, comme dans la vie, il arrive que le coup de sifflet final retentisse… en dehors du terrain. L'argument, séduisant dans l’absolu, celui du résultat acquis sur le terrain, se heurte pourtant à une réalité incontournable : le football est aussi, et peut-être avant tout, un cadre normatif universel. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni équité, ni légitimité, ni universalité. Et précisément, les récents ajustements apportés par The International Football Association Board viennent précisément éclairer cette tension entre idéal sportif et discipline réglementaire. Pour rappel c'est l'IFAB qui établi les règles du football de manière assez indépendante des instances de la FIFA. Un leg du passé, mais un bon héritage garantissant une certaine objectivité et beaucoup de neutralité. En apportant quelques modifications récemment en matière de Lois du Jeu, l’instance a introduit une clarification majeure. Dorénavant tout joueur quittant le terrain en signe de protestation s’expose à un carton rouge assorti d'une exclusion, et désormais toute équipe responsable de l’abandon d’un match sera déclarée forfait. C'est la suite logique de ce qui s'est passé à Rabat. Un véritable leg heureux là aussi. IFAB dit simplement: plus jamais ça. Ce point est crucial. Il ne s’agit pas d’une interprétation, mais d’une volonté explicite de renforcer l’autorité de l’arbitre et de préserver l’intégrité des compétitions par un respect renforcé des règles de jeu et de compétition. En d’autres termes, le comportement observé lors de cette finale controversée n’est pas simplement regrettable sur le plan moral ; il est désormais formellement encadré et sanctionné sur le plan réglementaire. Cela change profondément la nature du débat. Car si l’on peut discuter de l’opportunité d’une décision passée, il devient difficile d’ignorer que le sens du droit évolue précisément dans la direction adoptée par la CAF et soutenue ainsi explicitement par l'instance qui concocte les règles du football et donc par ricochet par FIFA elle même. Dès lors, une question se pose : pourquoi certains analystes choisissent-ils de mettre en avant des éléments secondaires des nouvelles règles, comme l’interdiction pour les joueurs de se couvrir la bouche lors de contestations ou échanges entre joueurs, tout en omettant les dispositions centrales concernant l’abandon de match ? N'ont ils pas relevé l'importance du changement le plus important survenu dans la planète football et avec effet immédiat? Ce choix éditorial interroge. Il suggère moins une volonté d’informer pleinement qu’une tentative de maintenir une ligne argumentative fragilisée par l’évolution du cadre juridique. Refuser d’intégrer ces nouvelles données, c’est s’exposer au reproche de partialité, voire de construction narrative volontairement mal orientée. Il serait pourtant plus fécond de reconnaître que le football moderne ne peut survivre sans discipline collective. Le romantisme du “jeu décidé sur le terrain” ne peut justifier des comportements qui sapent l’autorité arbitrale et menacent l’ordre même de la compétition. En ce sens, la décision de la CAF apparaît aujourd’hui moins comme une anomalie que comme une anticipation heureuse, peut-être sévère, mais cohérente d’une évolution normative désormais assumée au plus haut niveau du football mondial. La polémique autour de cette finale dépasse donc largement le cadre d’un simple match. Elle révèle une fracture entre deux visions du football : l’une, émotionnelle et narrative, attachée à l’idée d’un jeu peu importe la manière ; l’autre, institutionnelle et juridique, consciente que sans l'observation de règles strictes, le jeu lui-même perd toute signification. Et dans ce face-à-face, le droit du jeu semble désormais avoir pris une longueur d’avance de manière irrevocable. C'est dans le sens de l'histoire, de l'innovation peut être mais sans doute dans celui de l'évolution normale des choses. Désormais personne n'utlisera plus la menace de quitter une partie pour peser sur les décisions de l'arbitre. Désormais et à jamais le droit va primer en toute circonstances.

Un Secrétaire général à la merci des puissances : entre transparence affichée et veto réel... 190

À mesure que l’échéance de 2027 se profile, la course à la succession d’António Guterres s’installe fermement dans l’agenda diplomatique mondial. Derrière une mise en scène modernisée, avec des auditions publiques et une rhétorique forte autour de la transparence, se déploie une compétition impitoyablement dictée par les rapports de force entre grandes puissances. Cette apparente ouverture masque mal une vérité structurelle. Le poste de Secrétaire Général reste un trophée géopolitique, où la légèreté démocratique cède le pas aux calculs stratégiques des veto‑holders. Officiellement, le Secrétaire Général est élu par l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de Sécurité, selon une procédure en deux étapes prévue par la Charte des Nations Unies. En pratique, les membres permanents du Conseil de sécurité: États‑Unis, Chine, Russie, France et Royaume‑Uni, se partagent la décision finale, souvent en s’appuyant sur une rotation géographique implicite plutôt que sur un concours strictement méritocratique. Quatre candidatures se sont détachées ces dernières semaines, incarnant une diversité volontairement calculée. Michelle Bachelet, ancienne Alta Comisionada aux droits de l’homme, incarne un profil latino‑américain progressiste, fortement identifié aux luttes pour les droits humains. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est présenté comme l’expert nucléaire par excellence, maîtrisant les tensions entre grandes puissances. Rebeca Grynspan, secrétaire générale adjointe du PNUD, une voix centro‑américaine sur le développement durable et la réduction des inégalités. Macky Sall, ancien président du Sénégal, champion africain de la gouvernance régionale et de la diplomatie continentale. Ces profils mêlent expérience politique, technocratie et multilatéralisme, reflétant un équilibre géographique recherché : Amérique latine et Afrique en tête, dans le cadre d’une logique de rotation pour apaiser les revendications du Sud global. Pourtant, c’est l’acceptabilité des candidats auprès des grandes puissances, bien plus que leur expertise, qui finira par compter. L’innovation emblématique du processus de 2026–2027 réside dans les auditions publiques devant l’Assemblée générale, inspirées des critiques formulées lors des précédentes désignations. À l’occasion de la sélection de Guterres, ces débats avaient déjà révélé leurs limites, notamment avec le veto russe contre certaines candidatures est‑européennes jugées trop proches de l’OTAN. Aujourd’hui, les auditions permettent aux candidats de présenter leur vision sur le climat, les conflits, la réforme des Nations Unies et la protection des droits humains, dans un exercice de redevabilité inédit. Cette transparence reste largement cosmétique. Elle engage surtout l’opinion publique et les États les plus petits, mais n’entame en rien le pouvoir de décision des cinq membres permanents du CS. Les auditions ne sauraient remplacer le vote de recommandation indispensable. En coulisses, le CS reste le seul arbitre effectif du processus. Les candidatures ont une dimension profondément géopolitique. L’exemple de 2016, où la Bulgare Irina Bokova a été écartée par la Russie pour des raisons géostratégiques. La personnalité du candidat importe moins que son rapport à Moscou, à Washington, Pékin, Paris ou Londres. Chaque postulant est ainsi scruté non seulement pour ses compétences. Rafael Grossi sera jugé à l’aune de sa capacité à gérer les tensions nucléaires sans froisser Moscou, tandis que Macky Sall devra rassurer à la fois Paris, Pékin et Washington sur sa neutralité dans la rivalité sino‑américaine. Les discours des candidats sur la réforme de l’ONU, le renforcement du multilatéralisme ou la meilleure gestion des crises font certes la une des médias et puis après. Bachelet met en avant la défense des droits humains, Grynspan la lutte contre les inégalités et le développement durable, Sall la construction d’une voix africaine plus forte dans les instances internationales. Autant de positionnements rhétoriques soigneusement calibrés pour séduire. Pour autant, le SG ne dispose que d’un pouvoir moral et diplomatique. Il n’est pas le chef de l’ONU, mais le chef de son administration, tenu de mettre en œuvre les décisions des membres. Les appels répétés de Guterres à la réforme du Conseil de sécurité, ont buté sur l’opposition des veto‑holders, malgré l’urgence des crises. Le renouveau heurte une structure figée par la Charte de 1945. Le multilatéralisme, mis à mal par les discours de Donald Trump ou de Vladimir Poutine, limite le SG à un rôle de facilitateur, non de réformateur. La désignation du prochain Secrétaire général doit, en théorie, équilibrer des variables politiques explosives: - **Rotation géographique**: Après un Asiatique (Ban Ki‑moon) et un Européen (Guterres), la logique veut que l’un des candidats latino‑américain ou africain l’emporte, en réponse aux revendications du G77. - **Question du genre**: Une femme pour la première fois ? Michelle Bachelet incarne cette possibilité, ravivant le débat sur la parité et la représentation des femmes aux plus hauts niveaux de la diplomatie onusienne. - **Rapports de force globaux** : La rivalité sino‑américaine structure le jeu. Pékin a tout intérêt à voir émerger des profils neutres comme Grossi, tandis que Moscou cherchera à bloquer tout candidat trop proche de l’OTAN. - **Jeux régionaux** : L’Afrique, via l’Union africaine, revendique un poids accru dans la gouvernance mondiale. Macky Sall se présente comme le symbole de cette offensive, dans un contexte de forte concurrence chinoise (Belt and Road) et américaine (Prosper Africa). En pratique, la réalité est plus ambiguë. A ce jour, Sall ne dispose ni d’un soutien clair de l’Union Africaine ni d’un mandat de son propre pays, le Sénégal, ce qui fragilise sa candidature dès le départ. Dans cette configuration, le candidat idéal n’est pas nécessairement le plus visionnaire, mais celui qui cristallise un consensus minimal entre acteurs aux intérêts divergents. Le prochain SG sera moins le produit d’un programme transformateur que celui d’un compromis diplomatique. Sa marge d’action dépendra moins de son programme que de sa capacité à naviguer habilement dans un environnement international fragmenté, comme l’a fait Guterres avec la pandémie de Covid‑19 ou avec le conflit en Ukraine. Plus que jamais, le poste renvoie à une fonction de médiateur précaire, chargé de maintenir un équilibre fragile entre puissances, plutôt qu’à un leadership global et fort. L’élection à venir doit donc être lue non comme l’émergence d’une autorité mondiale, mais comme la désignation d’un arbitre contraint, essentiel à la survie d’un multilatéralisme en sursis. Dans cette arène, la transparence n’est qu’un voile. Les grandes puissances décident, les autres applaudissent. Le Secrétaire Général restera, pour longtemps encore, celui qui gouverne le système mondial… sans vraiment le diriger.

6 avril : l'idée marocaine qui a conquis le monde... 193

Le 6 avril est désormais inscrit dans le calendrier mondial comme la Journée internationale du sport au service du développement et de la paix. Une célébration portée par les Nations Unies, relayée sur tous les continents, et adoptée avec enthousiasme par des millions de pratiquants, d’institutions et de passionnés. Pourtant, derrière cette reconnaissance globale se cache une origine souvent méconnue. C’est une idée marocaine, celle de Hamid Kamal Lahlou. L’ironie est frappante. Alors que le monde célèbre avec ferveur cette journée, le Maroc, berceau de l’initiative, semble parfois en retrait, comme s’il hésitait à revendiquer pleinement cette paternité. Oui, il y a bien eu des initiatives et des organisations par-ci par-là. Mais cela n’est pas du tout au niveau de ce qu’on aurait pu espérer. On ne va pas citer les quelques manifestations organisées, histoire de ne froisser personne si on en omettait. En tout cas, il n’y a pas de manifestations importantes au compte des instances sportives, comme le ministère, le Comité National Olympique ou les grandes Fédérations Royales Marocaines Sportives. Faut-il y voir un simple oubli, ou une forme plus subtile de mise à distance ? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on connaît la personnalité de celui qui en est à l’origine. Kamal Lahlou n’est pas un homme consensuel. Journaliste, dirigeant sportif, communicant, il s’est imposé au fil des décennies comme une voix singulière dans le paysage médiatique et sportif marocain. Son parcours est dense : ancien joueur de handball, à la base professeur et inspecteur d’éducation physique, acteur engagé dans le développement du sport national, il a occupé des responsabilités importantes, notamment au sein du Comité National Olympique Marocain et de l’Association des Comités Nationaux Olympiques Africains. Il est toujours président de la Fédération Royale Marocaine d’Haltérophilie et vice-président de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs. Mais au-delà des titres et des fonctions, c’est son verbe qui marque et sa posture qui impressionne. Direct, clair, souvent critique, Lahlou dérange autant qu’il inspire. Il ne pratique ni la langue de bois ni la complaisance. Dans un environnement où la retenue est parfois érigée en règle implicite, son franc-parler tranche. Il pointe les insuffisances, interpelle les décideurs, et défend une vision exigeante du sport comme levier de développement et de rayonnement national. Ce positionnement lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs, et sans doute encore plus de dénigreurs. Certains saluent son courage et sa constance, d’autres lui reprochent un ton jugé trop incisif. D’autres encore ne trouvent rien à lui reprocher et pourtant, dans son dos, lui font beaucoup d’objurgations gratuites. Mais tous s’accordent sur un point : Kamal Lahlou est une figure incontournable, impossible à ignorer. Son patriotisme ne souffre d’aucune ambiguïté. Derrière chaque prise de parole, chaque critique, se dessine une ambition claire, celle de voir le Royaume occuper la place qu’il mérite sur la scène sportive internationale. La Journée du 6 avril s’inscrit précisément dans cette logique. En proposant de consacrer une date au sport comme vecteur de paix et de développement, Lahlou ne cherchait pas une légitimation personnelle, mais une reconnaissance du rôle fondamental que le sport peut jouer dans les sociétés modernes. Il a ainsi transcrit à sa façon la vision royale du sport et du rôle que le pays peut jouer à l’échelle universelle au service de la paix. Alors pourquoi cette relative discrétion au Maroc autour de cette journée ? Est-ce le prix à payer pour une parole libre ? Le contrecoup de rivalités qui n’ont pas lieu d’être ? Une manière implicite de marginaliser une figure jugée trop indépendante ? Une façon de clouer le bec à quelqu’un d’ambitieux ? Ou simplement un déficit de mémoire collective ? Quelles que soient les réponses, ou la réponse, une réalité demeure. Le 6 avril est une idée née au Maroc, portée par un Marocain, et adoptée par le monde entier. À l’heure où le pays cherche à renforcer son soft power et à valoriser ses réussites, il serait peut-être temps de réconcilier l’origine et la célébration. Car reconnaître à Kamal Lahlou cette initiative, ce n’est pas seulement rendre hommage à un homme. En a-t-il vraiment besoin ? C’est plutôt assumer une part de l’histoire contemporaine du sport national et mondial, et rappeler qu’au-delà des infrastructures et des performances, les idées aussi peuvent changer le monde. Et si c’est le Royaume du Maroc qui en est à l’origine, c’est encore mieux.