Pensez le Futur.

Dialogue between Dame Tour Mohammed VI and Dame Tour Hassan... 14167

Chance has never done things so well. Strolling along the banks of the Bouregreg in Rabat the Moroccan Capital, probably alone, at a time when no one was moving, my friend Aziz Boucetta overheard a discussion he had never expected or imagined; a discussion between the Mohammed VI Tower and the Tour Hassan Tower... nothing less. At the first stammer of the discussion, I can imagine him stopping, taking out his old-fashioned journalist's notebook and forever recording the content of the words and ideas exchanged. A rare moment. Starting out as a shameful rivalry of the kind we used to know between Lmra Lbeldia (Traditional Moroccan Women) and Lmra Al3asria (moderne one), the discussion quickly moved up a gear, swaying with the wind between history and philosophy, until it reached peaks which, from time to time, seemed to be addressed to all of us, and sometimes more directly to our politicians or those who claim to be politicians. The two towers, gently, in a language imbued with wisdom and sometimes nostalgia, speak to us all to wake us up, those of us who pass by every day without ever giving a thought to this dialogue of the times. They are addressed to the world as if to say that if we are where we are today, it is certainly not our fault, but that we are working boldly to get back to where we were before, to regain our rightful place. We're not blaming anyone or settling any scores with anyone; but we're on our way back, with a firm step. We are certainly at the first step, but a firm and unflappable step. To do this, we need to fulfil certain conditions: seriousness and determination. Unfortunately, we also have to meet the conditions set by the unscrupulous squatters in politics and the economy. The leeches and fools should also leave us in peace. One day, if God lends me life, I will ask, friend Aziz to tell me in what language the two towers held this discussion and how they managed to talk and understand each other. But does he even know? Back then, the Tour Hassan Tower probably didn't speak anything like we do today... I wonder if the Mohammed VI Tower is more at ease in English or French? ...in Darija perhaps. Here yu have the link of the original article as published by my friend Aziz Boucetta, months ago. It is in French.
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Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 50

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.

AFCON 2025, règlement et récit : quand le droit du jeu rattrape le débat... 53

La controverse autour de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 aura été déterminante. Elle ressemble désormais moins à un débat qu’à un feuilleton à épisodes, où le droit et la passion se disputent le premier rôle, chacun convaincu d’avoir le meilleur scénario. Depuis plusieurs semaines, la décision de la Confédération Africaine de Football, via son jury d’appel, entérinant la défaite du Sénégal sur tapis vert et consacrant le Maroc comme vainqueur officiel, est passée au crible, disséquée, contestée, parfois même réécrite au gré des sensibilités. Les commentateurs les plus véhéments invoquent un principe qu'ils élèvent au rang de la sacralité: un match de football doit se jouer sur la pelouse, pas dans les bureaux climatisés. Effectivement, mais jusqu'au moment où les règles fondamentales se retrouvent transgressées, bafouées. L'argument est noble, certes… mais il oublie commodément que sans règlements, sans sanctions et sans instances pour les appliquer, le football ressemblerait vite à une cour de récréation géante où chacun redessine les règles à la mi-temps. En réalité, ce débat dit moins quelque chose du match lui-même que de notre difficulté collective à accepter qu’au football aussi, comme dans la vie, il arrive que le coup de sifflet final retentisse… en dehors du terrain. L'argument, séduisant dans l’absolu, celui du résultat acquis sur le terrain, se heurte pourtant à une réalité incontournable : le football est aussi, et peut-être avant tout, un cadre normatif universel. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni équité, ni légitimité, ni universalité. Et précisément, les récents ajustements apportés par The International Football Association Board viennent précisément éclairer cette tension entre idéal sportif et discipline réglementaire. Pour rappel c'est l'IFAB qui établi les règles du football de manière assez indépendante des instances de la FIFA. Un leg du passé, mais un bon héritage garantissant une certaine objectivité et beaucoup de neutralité. En apportant quelques modifications récemment en matière de Lois du Jeu, l’instance a introduit une clarification majeure. Dorénavant tout joueur quittant le terrain en signe de protestation s’expose à un carton rouge assorti d'une exclusion, et désormais toute équipe responsable de l’abandon d’un match sera déclarée forfait. C'est la suite logique de ce qui s'est passé à Rabat. Un véritable leg heureux là aussi. IFAB dit simplement: plus jamais ça. Ce point est crucial. Il ne s’agit pas d’une interprétation, mais d’une volonté explicite de renforcer l’autorité de l’arbitre et de préserver l’intégrité des compétitions par un respect renforcé des règles de jeu et de compétition. En d’autres termes, le comportement observé lors de cette finale controversée n’est pas simplement regrettable sur le plan moral ; il est désormais formellement encadré et sanctionné sur le plan réglementaire. Cela change profondément la nature du débat. Car si l’on peut discuter de l’opportunité d’une décision passée, il devient difficile d’ignorer que le sens du droit évolue précisément dans la direction adoptée par la CAF et soutenue ainsi explicitement par l'instance qui concocte les règles du football et donc par ricochet par FIFA elle même. Dès lors, une question se pose : pourquoi certains analystes choisissent-ils de mettre en avant des éléments secondaires des nouvelles règles, comme l’interdiction pour les joueurs de se couvrir la bouche lors de contestations ou échanges entre joueurs, tout en omettant les dispositions centrales concernant l’abandon de match ? N'ont ils pas relevé l'importance du changement le plus important survenu dans la planète football et avec effet immédiat? Ce choix éditorial interroge. Il suggère moins une volonté d’informer pleinement qu’une tentative de maintenir une ligne argumentative fragilisée par l’évolution du cadre juridique. Refuser d’intégrer ces nouvelles données, c’est s’exposer au reproche de partialité, voire de construction narrative volontairement mal orientée. Il serait pourtant plus fécond de reconnaître que le football moderne ne peut survivre sans discipline collective. Le romantisme du “jeu décidé sur le terrain” ne peut justifier des comportements qui sapent l’autorité arbitrale et menacent l’ordre même de la compétition. En ce sens, la décision de la CAF apparaît aujourd’hui moins comme une anomalie que comme une anticipation heureuse, peut-être sévère, mais cohérente d’une évolution normative désormais assumée au plus haut niveau du football mondial. La polémique autour de cette finale dépasse donc largement le cadre d’un simple match. Elle révèle une fracture entre deux visions du football : l’une, émotionnelle et narrative, attachée à l’idée d’un jeu peu importe la manière ; l’autre, institutionnelle et juridique, consciente que sans l'observation de règles strictes, le jeu lui-même perd toute signification. Et dans ce face-à-face, le droit du jeu semble désormais avoir pris une longueur d’avance de manière irrevocable. C'est dans le sens de l'histoire, de l'innovation peut être mais sans doute dans celui de l'évolution normale des choses. Désormais personne n'utlisera plus la menace de quitter une partie pour peser sur les décisions de l'arbitre. Désormais et à jamais le droit va primer en toute circonstances.

Un Secrétaire général à la merci des puissances : entre transparence affichée et veto réel... 198

À mesure que l’échéance de 2027 se profile, la course à la succession d’António Guterres s’installe fermement dans l’agenda diplomatique mondial. Derrière une mise en scène modernisée, avec des auditions publiques et une rhétorique forte autour de la transparence, se déploie une compétition impitoyablement dictée par les rapports de force entre grandes puissances. Cette apparente ouverture masque mal une vérité structurelle. Le poste de Secrétaire Général reste un trophée géopolitique, où la légèreté démocratique cède le pas aux calculs stratégiques des veto‑holders. Officiellement, le Secrétaire Général est élu par l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de Sécurité, selon une procédure en deux étapes prévue par la Charte des Nations Unies. En pratique, les membres permanents du Conseil de sécurité: États‑Unis, Chine, Russie, France et Royaume‑Uni, se partagent la décision finale, souvent en s’appuyant sur une rotation géographique implicite plutôt que sur un concours strictement méritocratique. Quatre candidatures se sont détachées ces dernières semaines, incarnant une diversité volontairement calculée. Michelle Bachelet, ancienne Alta Comisionada aux droits de l’homme, incarne un profil latino‑américain progressiste, fortement identifié aux luttes pour les droits humains. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), est présenté comme l’expert nucléaire par excellence, maîtrisant les tensions entre grandes puissances. Rebeca Grynspan, secrétaire générale adjointe du PNUD, une voix centro‑américaine sur le développement durable et la réduction des inégalités. Macky Sall, ancien président du Sénégal, champion africain de la gouvernance régionale et de la diplomatie continentale. Ces profils mêlent expérience politique, technocratie et multilatéralisme, reflétant un équilibre géographique recherché : Amérique latine et Afrique en tête, dans le cadre d’une logique de rotation pour apaiser les revendications du Sud global. Pourtant, c’est l’acceptabilité des candidats auprès des grandes puissances, bien plus que leur expertise, qui finira par compter. L’innovation emblématique du processus de 2026–2027 réside dans les auditions publiques devant l’Assemblée générale, inspirées des critiques formulées lors des précédentes désignations. À l’occasion de la sélection de Guterres, ces débats avaient déjà révélé leurs limites, notamment avec le veto russe contre certaines candidatures est‑européennes jugées trop proches de l’OTAN. Aujourd’hui, les auditions permettent aux candidats de présenter leur vision sur le climat, les conflits, la réforme des Nations Unies et la protection des droits humains, dans un exercice de redevabilité inédit. Cette transparence reste largement cosmétique. Elle engage surtout l’opinion publique et les États les plus petits, mais n’entame en rien le pouvoir de décision des cinq membres permanents du CS. Les auditions ne sauraient remplacer le vote de recommandation indispensable. En coulisses, le CS reste le seul arbitre effectif du processus. Les candidatures ont une dimension profondément géopolitique. L’exemple de 2016, où la Bulgare Irina Bokova a été écartée par la Russie pour des raisons géostratégiques. La personnalité du candidat importe moins que son rapport à Moscou, à Washington, Pékin, Paris ou Londres. Chaque postulant est ainsi scruté non seulement pour ses compétences. Rafael Grossi sera jugé à l’aune de sa capacité à gérer les tensions nucléaires sans froisser Moscou, tandis que Macky Sall devra rassurer à la fois Paris, Pékin et Washington sur sa neutralité dans la rivalité sino‑américaine. Les discours des candidats sur la réforme de l’ONU, le renforcement du multilatéralisme ou la meilleure gestion des crises font certes la une des médias et puis après. Bachelet met en avant la défense des droits humains, Grynspan la lutte contre les inégalités et le développement durable, Sall la construction d’une voix africaine plus forte dans les instances internationales. Autant de positionnements rhétoriques soigneusement calibrés pour séduire. Pour autant, le SG ne dispose que d’un pouvoir moral et diplomatique. Il n’est pas le chef de l’ONU, mais le chef de son administration, tenu de mettre en œuvre les décisions des membres. Les appels répétés de Guterres à la réforme du Conseil de sécurité, ont buté sur l’opposition des veto‑holders, malgré l’urgence des crises. Le renouveau heurte une structure figée par la Charte de 1945. Le multilatéralisme, mis à mal par les discours de Donald Trump ou de Vladimir Poutine, limite le SG à un rôle de facilitateur, non de réformateur. La désignation du prochain Secrétaire général doit, en théorie, équilibrer des variables politiques explosives: - **Rotation géographique**: Après un Asiatique (Ban Ki‑moon) et un Européen (Guterres), la logique veut que l’un des candidats latino‑américain ou africain l’emporte, en réponse aux revendications du G77. - **Question du genre**: Une femme pour la première fois ? Michelle Bachelet incarne cette possibilité, ravivant le débat sur la parité et la représentation des femmes aux plus hauts niveaux de la diplomatie onusienne. - **Rapports de force globaux** : La rivalité sino‑américaine structure le jeu. Pékin a tout intérêt à voir émerger des profils neutres comme Grossi, tandis que Moscou cherchera à bloquer tout candidat trop proche de l’OTAN. - **Jeux régionaux** : L’Afrique, via l’Union africaine, revendique un poids accru dans la gouvernance mondiale. Macky Sall se présente comme le symbole de cette offensive, dans un contexte de forte concurrence chinoise (Belt and Road) et américaine (Prosper Africa). En pratique, la réalité est plus ambiguë. A ce jour, Sall ne dispose ni d’un soutien clair de l’Union Africaine ni d’un mandat de son propre pays, le Sénégal, ce qui fragilise sa candidature dès le départ. Dans cette configuration, le candidat idéal n’est pas nécessairement le plus visionnaire, mais celui qui cristallise un consensus minimal entre acteurs aux intérêts divergents. Le prochain SG sera moins le produit d’un programme transformateur que celui d’un compromis diplomatique. Sa marge d’action dépendra moins de son programme que de sa capacité à naviguer habilement dans un environnement international fragmenté, comme l’a fait Guterres avec la pandémie de Covid‑19 ou avec le conflit en Ukraine. Plus que jamais, le poste renvoie à une fonction de médiateur précaire, chargé de maintenir un équilibre fragile entre puissances, plutôt qu’à un leadership global et fort. L’élection à venir doit donc être lue non comme l’émergence d’une autorité mondiale, mais comme la désignation d’un arbitre contraint, essentiel à la survie d’un multilatéralisme en sursis. Dans cette arène, la transparence n’est qu’un voile. Les grandes puissances décident, les autres applaudissent. Le Secrétaire Général restera, pour longtemps encore, celui qui gouverne le système mondial… sans vraiment le diriger.

6 avril : l'idée marocaine qui a conquis le monde... 201

Le 6 avril est désormais inscrit dans le calendrier mondial comme la Journée internationale du sport au service du développement et de la paix. Une célébration portée par les Nations Unies, relayée sur tous les continents, et adoptée avec enthousiasme par des millions de pratiquants, d’institutions et de passionnés. Pourtant, derrière cette reconnaissance globale se cache une origine souvent méconnue. C’est une idée marocaine, celle de Hamid Kamal Lahlou. L’ironie est frappante. Alors que le monde célèbre avec ferveur cette journée, le Maroc, berceau de l’initiative, semble parfois en retrait, comme s’il hésitait à revendiquer pleinement cette paternité. Oui, il y a bien eu des initiatives et des organisations par-ci par-là. Mais cela n’est pas du tout au niveau de ce qu’on aurait pu espérer. On ne va pas citer les quelques manifestations organisées, histoire de ne froisser personne si on en omettait. En tout cas, il n’y a pas de manifestations importantes au compte des instances sportives, comme le ministère, le Comité National Olympique ou les grandes Fédérations Royales Marocaines Sportives. Faut-il y voir un simple oubli, ou une forme plus subtile de mise à distance ? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on connaît la personnalité de celui qui en est à l’origine. Kamal Lahlou n’est pas un homme consensuel. Journaliste, dirigeant sportif, communicant, il s’est imposé au fil des décennies comme une voix singulière dans le paysage médiatique et sportif marocain. Son parcours est dense : ancien joueur de handball, à la base professeur et inspecteur d’éducation physique, acteur engagé dans le développement du sport national, il a occupé des responsabilités importantes, notamment au sein du Comité National Olympique Marocain et de l’Association des Comités Nationaux Olympiques Africains. Il est toujours président de la Fédération Royale Marocaine d’Haltérophilie et vice-président de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs. Mais au-delà des titres et des fonctions, c’est son verbe qui marque et sa posture qui impressionne. Direct, clair, souvent critique, Lahlou dérange autant qu’il inspire. Il ne pratique ni la langue de bois ni la complaisance. Dans un environnement où la retenue est parfois érigée en règle implicite, son franc-parler tranche. Il pointe les insuffisances, interpelle les décideurs, et défend une vision exigeante du sport comme levier de développement et de rayonnement national. Ce positionnement lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs, et sans doute encore plus de dénigreurs. Certains saluent son courage et sa constance, d’autres lui reprochent un ton jugé trop incisif. D’autres encore ne trouvent rien à lui reprocher et pourtant, dans son dos, lui font beaucoup d’objurgations gratuites. Mais tous s’accordent sur un point : Kamal Lahlou est une figure incontournable, impossible à ignorer. Son patriotisme ne souffre d’aucune ambiguïté. Derrière chaque prise de parole, chaque critique, se dessine une ambition claire, celle de voir le Royaume occuper la place qu’il mérite sur la scène sportive internationale. La Journée du 6 avril s’inscrit précisément dans cette logique. En proposant de consacrer une date au sport comme vecteur de paix et de développement, Lahlou ne cherchait pas une légitimation personnelle, mais une reconnaissance du rôle fondamental que le sport peut jouer dans les sociétés modernes. Il a ainsi transcrit à sa façon la vision royale du sport et du rôle que le pays peut jouer à l’échelle universelle au service de la paix. Alors pourquoi cette relative discrétion au Maroc autour de cette journée ? Est-ce le prix à payer pour une parole libre ? Le contrecoup de rivalités qui n’ont pas lieu d’être ? Une manière implicite de marginaliser une figure jugée trop indépendante ? Une façon de clouer le bec à quelqu’un d’ambitieux ? Ou simplement un déficit de mémoire collective ? Quelles que soient les réponses, ou la réponse, une réalité demeure. Le 6 avril est une idée née au Maroc, portée par un Marocain, et adoptée par le monde entier. À l’heure où le pays cherche à renforcer son soft power et à valoriser ses réussites, il serait peut-être temps de réconcilier l’origine et la célébration. Car reconnaître à Kamal Lahlou cette initiative, ce n’est pas seulement rendre hommage à un homme. En a-t-il vraiment besoin ? C’est plutôt assumer une part de l’histoire contemporaine du sport national et mondial, et rappeler qu’au-delà des infrastructures et des performances, les idées aussi peuvent changer le monde. Et si c’est le Royaume du Maroc qui en est à l’origine, c’est encore mieux.

Élections en septembre ou chronique d’un rituel annoncé... 300

Le rendez-vous est fixé : le 26 septembre. Comme à chaque échéance électorale, le Maroc s’apprête à entrer dans une séquence bien connue, presque ritualisée, où se mêlent espoirs affichés, calculs discrets et désillusions latentes. Mais bien avant le jour du vote, c’est déjà toute une mécanique qui se met en branle. Car en réalité, il n’y a pas une campagne, mais des campagnes. Celles, visibles, des slogans et des promesses, et celles, plus feutrées, des tractations et des arbitrages. Dès maintenant, le jeu des candidatures s’intensifie. Les partis s’activent, scrutent, sélectionnent, recrutent ou écartent, font des heureux et des heureuses ou déçoivent. On part à la recherche de profils « utiles » : ceux qui disposent de moyens financiers conséquents, ceux qui possèdent un réseau d’influence, ceux capables de mobiliser des clientèles locales. La logique est rarement idéologique, souvent pragmatique, parfois cynique. Dans cette compétition silencieuse, certains paient leur entrée, directement ou indirectement. D’autres multiplient les démarches, sollicitent, négocient, espèrent obtenir le précieux sésame de la تزكية. Cette investiture, qui devrait incarner un choix politique fondé sur la compétence, le militantisme et la vision, devient trop souvent une monnaie d’échange, un marqueur d’allégeance ou de capacité à « peser ». Et puis, en creux, il y a les absents. Toutes ces compétences reléguées en marge. Des profils sérieux, formés, parfois engagés, mais dépourvus des attributs jugés indispensables : pas d’argent, pas d’ancrage familial influent, pas de réseau stratégique. Ceux-là regardent souvent le train passer. Leur exclusion silencieuse est peut-être l’un des angles morts les plus préoccupants du processus électoral. Ils sont légion, les jeunes filles et garçons et les femmes qui aspirent à jouer un rôle politique. Mais parmi elles et eux pullulent les opportunistes qui se collent à la politique pour des raisons que les exemples récents et anciens rendent limpides à tous... Viendra ensuite la phase des programmes. Une valse bien rodée de déclarations d’intention, où la parole tient lieu d’action. Ici le ridicule ne tue point, il est applaudi. Les discours s’empilent, les promesses s’alignent, les ambitions se gonflent. Mais entre dire et faire, l’écart reste abyssal. Dans un autre registre, la psychiatrie évoque les « images » : des constructions mentales qui ne se traduisent pas nécessairement dans le réel. La métaphore n’est pas sans pertinence ici. Trop souvent, les programmes relèvent davantage de la projection que de la planification. Et enfin, il y a le citoyen. Le votant. Celui dont la participation est censée donner sens à tout l’édifice. Mais là encore, le constat est préoccupant. Une part importante de la population ne s’est même pas inscrite sur les listes électorales. D’autres, désabusés, hésitent à se déplacer. Le risque d’une abstention massive plane, comme une ombre persistante. Dans ces conditions, qui votera ? Probablement les militants, fidèles mais peu nombreux. Ceux qui restent mobilisés par conviction ou par discipline partisane. Et puis, plus problématique encore, ceux que des logiques de rétribution incitent à participer. Une participation biaisée, qui affaiblit la portée démocratique du scrutin. Un million de voix peut faire de tel ou tel parti une force gouvernementale... Ainsi se dessine une équation fragile : des élites sélectionnées selon des critères discutables, des programmes souvent déconnectés, et un corps électoral en retrait. Le tout dans un contexte où les attentes sociales, elles, restent fortes. Les élections devraient être un moment de clarification, de choix, d’élan collectif. Elles risquent, une fois de plus, de n’être qu’un exercice formel, dont les résultats peinent à traduire la complexité et les aspirations profondes de la société marocaine. La question demeure alors, simple et essentielle : comment redonner du sens à ce moment démocratique ? Il nous reste encore du temps pour corriger cela. C'est une responsabilité : nous, héritiers d'un pays millénaire, que léguerons-nous à notre descendance, que nous décevons un peu plus chaque jour ? C'est une question de conscience.

Football africain : l’heure d’un réalisme stratégique... 326

Le football africain se pare souvent d’un voile de fraternité et d’hospitalité. Mais les faits, eux, racontent une autre histoire. Les mots crus de Youssef El Motie, gardien de l’Olympique de Safi, après la rencontre rocambolesque face à l’USM Alger en coupe de la CAF, viennent percer cette bulle. Une voix rare dans un monde de silences codifiés, hypocrites. Dans un milieu où la langue de bois règne en maître, El Motie a lâché une colère brute et lucide. Il dénonce des comportements hostiles, un accueil dégradé et une asymétrie flagrante dans le traitement des équipes. Son message est clair : le Maroc accueille avec faste, parfois, sinon souvent jusqu’à l’excès, mais ses clubs peinent à recevoir un minimum de respect à l’extérieur. Il parlait explicitement d'Algérie. Cette franchise rompt avec une tradition de retenue qui masque, depuis trop longtemps, des déséquilibres profonds du football continental. « Nous n’avons rien appris de la CAN », lâche El Motie. Il s'adresse aux responsables marocains en fait en évoquant la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, censée marquer un jalon en matière de gouvernance, de sécurité et de respect mutuel. Pourtant, les incidents survenus, les arbitrages contestés, prouvent que lors de ces grands rendez-vous les principes et les valeurs restent lettres mortes. La CAN n’est pas qu’un tournoi : c’est un laboratoire. Ces leçons se seraient elles évaporés trop vite... Les propos du gardien de but de l'OCS posent la question en termes crus. S'agit il d'hospitalité marocaine et de générosité ou simplement de naïveté ? Au cœur de cette critique acerbe: la posture du Maroc en général. Accueillir dignement est une force culturelle. Mais sans réciprocité, cela vire à la faiblesse stratégique. D’un côté, des réceptions chaleureuses, presque rituelles. De l’autre, des délégations marocaines entravées par des lenteurs administratives ou des pressions subtiles, des fois avec une hostilités à peine voilée. Cela est explicitement utilisé pour peser sur le morale des joueurs et partant sur le résultat. Peut on être aussi vil? Le fair-play peut-il être unilatéral ? Dans le sport comme en diplomatie, la réciprocité est reine. Sans elle, la générosité expose à la vulnérabilité. Les responsables marocains sont directement interpellés ici. A ce propos aussi La CAF est à la traîne avec des règles archaïques, une gouvernance hésitante et la politique de la sourde oreille. Les difficultés souvent rencontrées par les équipes dans les aéroports sont jugés être des formalités administratives alors que manifestement utilisées pour peser sur les résultats. El Motie parle du comportement des dirigeants du football marocain mais vise aussi un autre aspect de la Confédération Africaine de Football (CAF), coupable de règles obsolètes comme la valorisation du but à l’extérieur. Au-delà du technique, c’est la modernisation globale qui coince. Comment rivaliser mondialement sans aligner les normes sur les standards FIFA ? Ce retard reflète une gouvernance déconnectée du terrain, freinant l’ambition africaine. La sortie d’El Motie appelle un changement de paradigme pouvant s'articuler autour de trois priorités : - **Réciprocité non négociable** : Chaque club et sélection doit jouir des mêmes standards d’accueil, de sécurité et de respect partout. - **Réalisme marocain assumé** : Fini l’exemplarité morale solitaire. Il faut défendre les intérêts avec fermeté. - **Réforme en profondeur de la CAF** : Moderniser les règles, professionnaliser l’organisation, appliquer des sanctions dissuasives. Il s'agit manifestement d'une sincérité qui force le débat venue de la bouche d'un acteur sur le terrain, soit le cœur même du métier. Les mots d’El Motie tirent leur force de leur authenticité, ni diplomatiques, ni calculés. Ils traduisent un vécu brut. Dans un continent où le foot unit autant qu’il divise, ignorer ces signaux serait une faute grave. La CAF doit certes se saisir de la question pour rééquilibrer les pratiques mais le Maroc doit également comprendre l'enjeu avec pragmatisme. Le football africain est à un carrefour determinant. Il y a manifestement une illusion d’unité au prix de frustrations graves alors que l'on doit tendre vers une maturité fondée sur la réciprocité et des règles claires imposables à tous en toutes circonstances. La prise de parole d’El Motie pourrait bien être le déclencheur de cette prise de conscience, à condition d’avoir le courage de l’entendre. Depuis quelques temps déjà les équipes marocaines qui se déplacent notamment en Algérie subissent des comportements inacceptables dès leurs arrivées à l'aéroport et sur les terrains. Le drapeau marocain n'est jamais hissé, les joueurs et leur pays se font insulter...De petits jeunes ont même été agressés. La CAF n'a jamais agit. Ici à Safi c'est le public d'un club algérien qui sema le KO... Que va décider la CAF? El Motie aura eu le courage de parler comme jamais personne avant lui. Bravo.

Méditerranée : le grand effacement amazigh dans le récit historique eurocentré... 356

L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée est profondément biaisée. Derrière l’opposition paresseuse entre un Nord supposément moteur et un Sud relégué à la marge se dissimule un oubli plus grave : **l’effacement systématique du rôle déterminant des Amazighs (Berbères, Maures) dans la formation de l’Europe méditerranéenne**. Cet effacement n’a rien de neutre ni d’accidentel ; il relève d’une véritable construction idéologique. Bien avant l’ère coloniale, les populations amazighes structurent l’essentiel de l’espace nord-africain et occupent une place centrale dans les dynamiques politiques, militaires, commerciales et culturelles de la Méditerranée, formant des piliers essentiels de son histoire. Ils assurent une jonction quasi continue entre l'Afrique subsaharienne et le nord de la Méditerranée. De l’Al-Andalus à la Sicile médiévale, leur empreinte est profonde et durable. Symbole de cette centralité, la conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle est menée par Tariq ibn Ziyad (ainsi nommé selon les sources) à la tête d’une armée majoritairement amazighe. Les chroniques insistent sur sa composition en grande partie berbère. Cette réalité est systématiquement minimisée au profit d’un récit arabo-centré qui invisibilise la composante amazighe prédominante. Sans les Amazighs, il n’y aurait tout simplement pas eu d’implantation musulmane durable en Europe occidentale avec ce qui s'en suivit comme impact. Réduire Al-Andalus à une simple excroissance du « monde arabe » est une falsification grave par simplification. Les dynasties qui portent son apogée, au premier chef les Almoravides et les Almohades, sont d’origine amazighe. Issues de confédérations berbères sahariennes et atlasiennes, elles refondent les équilibres politiques de l'Afrique du Nord et d’Al-Andalus et construisent une civilisation hispano-mauresque à aujourd'hui vivace. Cette civilisation, fondamentalement amazighe, a marqué l’architecture urbaine et monumentale, encore visible à Séville, Marrakech, Fès ou Cordoue. Elle a structuré une pensée religieuse et juridique avec un malikisme réformateur chez les Almoravides, un rigorisme doctrinal chez les Almohades pour les musulmans et la pensée de Maïmonide pour les Juifs. Elle a par ailleurs impacté durablement l’organisation politique et militaire de la Méditerranée occidentale. Le sud de l’Espagne et du Portugal porte encore aujourd’hui les traces visibles et toponymiques de cette présence amazighe. L’ignorer, c’est mutiler une histoire profondément partagée. Pour rafraichir cette mémoire quoi de mieux qu'un petit tour en Extremadura espagnol. Cette influence ne s’arrête pas aux rives andalouses. En Sicile et dans le sud de l’Italie en général, à Palerme notamment, les interactions entre mondes nord-africains et espaces européens sont constantes durant les périodes islamiques puis normandes, via des contingents militaires, des réseaux marchands et des transferts de savoirs. Ces circulations intègrent une importante composante amazighe, souvent dissoute a posteriori dans la formule vague d’« influence arabe ». Le couscous y est toujours présent accompagné avec des friandises aux amendes à la fleur d'oranger. En parlant indistinctement d’« Arabes », les récits dominants gomment la pluralité réelle des acteurs et effacent la profondeur africaine de ces échanges. Cet effacement procède de plusieurs biais cumulés. D’abord, **l’eurocentrisme** et l’incapacité à admettre que des populations africaines ont été cofondatrices de l’Europe méditerranéenne. Ensuite, **l’arabo-centrisme historiographique** et la tendance à homogénéiser le monde musulman en invisibilisant ses composantes non arabes, dont principalement les Amazighs. Enfin, **l’héritage colonial**, avec le besoin de lisser et de hiérarchiser les récits pour légitimer une prétendue supériorité civilisationnelle européenne. Le résultat est clair : les Amazighs sont relégués à un rôle secondaire, folklorique ou local, alors qu’ils ont été des acteurs structurants de la Méditerranée occidentale. Leur impact est sans équivoque l’un des plus importants de l’histoire de la région. Corriger ce biais ne se résume pas à ajouter un chapitre « berbère » dans des livres d’histoire déjà écrits. **Il faut reconfigurer la narration elle-même. ** Il s’agit de réinscrire les Amazighs au cœur du récit méditerranéen. L’Europe du Sud n’est pas uniquement l’héritière de Rome et du christianisme. Elle est aussi, en partie, le produit d’apports nord-africains, particulièrement amazighs, visibles dans ses structures politiques, ses paysages urbains, ses arts culinaires et vestimentaires, certains prénoms et imaginaires. Le prénom Maurice n’en est-il pas un exemple d’impact indélébile ? La Méditerranée occidentale doit être pensée comme un espace de co-construction, et non comme un théâtre de diffusion unilatérale du Nord vers le Sud. Reconnaître cela ne relève pas d’un réflexe identitaire, ou d'une quelconque revendication idéologique, mais d’une exigence minimale de rigueur scientifique. L’histoire méditerranéenne a été aplatie pour servir des logiques de pouvoir, au prix d’une simplification extrême des trajectoires et des acteurs. Les Amazighs comptent parmi les grands effacés, sinon les seuls exclus. Les réintégrer pleinement dans le récit n’est pas « réécrire » l’histoire au sens de la travestir : c’est **la réparer**, en restituant à la Méditerranée sa profondeur africaine et sa véritable complexité. Cette approche est indispensable pour apaiser les relations dans la région et pour une construction solide du futur de ses populations, qu’il s’agisse de relations politiques, économiques ou simplement humaines. Depuis des siècles, ce récit déséquilibré imprègne les discours académiques, médiatiques et politiques. Or, la Méditerranée a toujours été une mer de circulation, non de domination ; un espace d’interactions permanentes, non une frontière entre mondes hiérarchisés. Dès l’Antiquité et sans doute avant, elle est une zone de fécondation mutuelle entre civilisations africaines, levantines et européennes. L’archéologie le démontre avec force. Phéniciens, Romains, Carthaginois, Égyptiens, Numides et, bien sûr, Amazighs ont structuré ses échanges commerciaux, culturels et scientifiques. L’idée d’une Europe autonome, source unique de modernité, n’est qu’une reconstruction tardive. Il n'y a pas si longtemps à l'échelle géologique, le détroit entre le Maroc et l'Espagne ne faisait guère plus d'un kilomètre... Il appartient aux historiens, aux enseignants et aux systèmes scolaires des deux rives de corriger cela, dans la perspective d'un avenir commun fondé sur un passé tout aussi partagé.

Réorganisation chez Renault : menace sociale ou opportunité industrielle pour le Maroc ? 383

L’annonce d’une volonté de réduction drastique du nombre d’ingénieurs au sein de Renault s’inscrit dans une dynamique globale de transformation du secteur automobile mondial. Pressions sur les coûts, transition vers l’électrique, digitalisation des processus industriels : autant de facteurs qui poussent les grands constructeurs à revoir leurs structures internes, notamment dans les métiers de l’ingénierie. Il s'agit tout de même de près de 25% dans le cas de Renault. Si, à ce stade, rien n’indique que les sites marocains notamment ceux de Usine Renault Tanger et de Usine Renault Casablanca (SOMACA), seront concernés, l’hypothèse mérite d’être sérieusement envisagée. Et surtout, elle ouvre un champ de réflexion stratégique. Et si cette éventuelle vague de compétences libérées constituait une opportunité historique pour le Maroc ? Depuis plusieurs années, les grands groupes automobiles réorientent leurs investissements vers des domaines à forte valeur ajoutée tels les logiciels embarqués, l'intelligence artificielle et les batteries électriques. Cette mutation réduit mécaniquement le besoin en ingénieurs généralistes, tout en créant une forte demande pour des profils spécialisés. Une véritable mutation mondiale qui redéfinit l’ingénierie dans cette industrie. Le plan stratégique de Renault, notamment à travers sa filiale électrique Ampere, illustre cette évolution. Il ne s’agit pas simplement de réduire les effectifs, mais de redéployer les compétences. Le Maroc n’est plus seulement un site d’assemblage à bas coût. En deux décennies, le Royaume a construit un écosystème automobile parmi les plus performants du continent africain. D’atelier industriel d'assemblage il est passé à plateforme intégrée avec un taux d’intégration locale supérieur à 60 % dans certains segments, la présence de grands équipementiers mondiaux, des infrastructures logistiques compétitives (Port Tanger Med) outre la formation ciblée via des instituts spécialisés très performants. Des groupes comme Stellantis ou encore Lear Corporation ont renforcé cet écosystème, consolidant la position du Maroc comme hub industriel régional. Si les réductions d’effectifs venaient à toucher le Maroc, elles libéreraient des profils hautement qualifiés tels les ingénieurs process, des spécialistes qualité, des experts en logistique industrielle et des cadres en R&D appliquée. Un véritable vivier d’ingénieurs sera alors sous-exploité. Ce capital humain, formé aux standards internationaux, constitue une ressource stratégique rare. Dans de nombreux pays, une telle concentration de compétences serait immédiatement absorbée par un tissu industriel local dense. Au Maroc, le défi est justement de créer ces débouchés. L’hypothèse d’une marque automobile marocaine s'impose alors avec un point central : pourquoi ne pas transformer cette contrainte en levier d’industrialisation ? Le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs atouts : * Un marché intérieur solvable * La classe moyenne marocaine, bien que sous pression, reste capable de soutenir une demande pour des véhicules abordables, robustes et adaptés aux réalités locales. * Une chaîne d’approvisionnement quasi complète. Faisceaux électriques, sièges, composants plastiques, câblage, la majorité des éléments constituant est déjà produite localement et une légitimité industrielle est déjà acquise. Le “Made in Morocco” automobile n’est plus une abstraction. Dans ce contexte, l’émergence d’une marque nationale, avec des modèles appelés-la symboliquement Taroudante, Fassia ou Itto, ne relève plus de l’utopie. Même si elle pose plusieurs défis structurants limitatifs tel l'accès au financement (capital patient, souverain ou privé), la maîtrise de la propriété intellectuelle, la capacité à développer une plateforme technique compétitive et la stratégie d’exportation. Il y a tout de même le précédent de certains pays émergents à regarder de près. Des pays comparables ont réussi ce pari: Dacia en Roumanie, relancée avec succès (ironie de l’histoire, sous l’impulsion de Renault), Tata Motors en Inde ou encore Proton en Malaisie. Ces exemples montrent qu’une industrie automobile nationale peut émerger à condition d’un alignement clair entre État, capital privé et expertise technique. Une véritable question de volonté politique et industrielle. La vraie question n’est donc pas technique, mais stratégique. Le Maroc souhaite-t-il rester un simple maillon performant dans une chaîne de valeur mondialisée, ou aspire-t-il à devenir un acteur à part entière, capable de concevoir, produire et commercialiser ses propres véhicules ? La réponse implique une politique industrielle volontariste, des incitations à l’innovation, une mobilisation du capital national et surtout, une confiance dans les compétences locales. Il s'agit en fait de transformer une incertitude en projet national ambitieux. Si les restructurations de Renault devaient toucher le Maroc, elles seraient perçues, à juste titre, comme une menace sociale. Mais elles pourraient aussi devenir un moment fondateur. Car derrière chaque ingénieur potentiellement libéré, il y a une brique de souveraineté industrielle. Collées les unes aux autres ces briques peuvent devenir un véritable édifice. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un alignement rare : compétences, infrastructures, marché, crédibilité internationale. Ce qui lui manque encore, c’est peut-être l’audace de franchir le dernier pas : passer de l’usine du monde à créateur de marque. Et dans un pays où l’imaginaire collectif est puissant, il n’est pas anodin d’imaginer qu’un jour, posséder une voiture appelée Fassia, hada ou Itto devienne bien plus qu’un acte d’achat mais bien un acte d’adhésion à un projet industriel national marocain.

Dopage: sortir de la fiction, affronter le problème de santé publique... 463

Il est tentant de balayer les récents cas de dopage dans le football marocain d’un revers de main, de les réduire à des erreurs individuelles, des accidents de parcours, voire des injustices. C’est tentant, mais dangereux. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse de loin quelques sanctions disciplinaires. Le dopage, dans sa forme contemporaine, n’est plus seulement une tricherie: c'est un révélateur brutal d’un dérèglement plus profond, celui d’un écosystème sportif et sanitaire en perte de contrôle, entretenu par une illusion confortable: «le football n’est pas concerné». Pendant longtemps, le football s’est abrité derrière une fiction commode: celle d’un sport relativement épargné par le dopage, illusion entretenue à l’échelle mondiale malgré des précédents bien documentés. Au Maroc, cette fiction persiste: chaque cas est traité comme une anomalie, jamais comme un signal. Attention toutefois: ce qui a été révélé récemment concerne certes le football, mais il est loin d’être le seul touché. La montée en puissance de l’Agence Marocaine Antidopage (AMAD) et l’augmentation significative des contrôles ont changé la donne: ce que l’on voit aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus de dopage, mais davantage de vérité. Et cette vérité dérange. Le récit du «dopage accidentel» résiste de plus en plus mal à l’épreuve des faits. Le discours dominant est bien rodé: les sportifs seraient victimes de dopage involontaire, entre compléments alimentaires contaminés, médicaments mal prescrits et erreurs de bonne foi. Ce discours n’est pas entièrement faux. Il est simplement incomplet. Car derrière le «dopage involontaire» se cache une réalité plus troublante: une banalisation généralisée de l’ingestion de substances, dans une culture où la performance immédiate présumée prime sur la connaissance, la prudence et l’encadrement médical. Pourtant il est quasi impossible de prouver que s'ingérer telle ou telle substance puisse favoriser la performance sportive. Ce qui est par contre certain et prouvé, se sont les conséquences inévitables sur la santé. Le droit antidopage est implacable: le sportif est responsable de tout ce qu’il consomme, qu’il ait ou non eu l’intention de tricher. Ce principe de responsabilité objective n’est pas une injustice, c’est un garde‑fou. Mais encore faut‑il donner aux sportifs les moyens réels de comprendre ce qu’ils ingèrent. Aujourd’hui, ce n’est manifestement pas le cas pour une large partie d’entre eux. S’agissant des sportifs de haut niveau, les contrôles sont là pour dissuader et sanctionner le cas échéant. La problématique devient encore plus grave lorsqu’il s’agit de jeunes, et moins jeunes, qui pratiquent pour eux‑mêmes, en dehors des circuits les plus visibles. C’est là que les compléments alimentaires constituent une nouvelle zone grise et le cœur du problème, largement sous‑estimé. Les compléments sont devenus la porte d’entrée d’un dopage diffus, invisible, insidieux. Produits non certifiés, importations incontrôlées, marketing agressif: tout concourt à entretenir une illusion de sécurité, alors que ces produits représentent un angle mort sanitaire. Leur consommation massive chez les jeunes est rarement encadrée médicalement. Elle repose sur des recommandations informelles, des conseils de vestiaire, des vendeurs improvisés, parfois même sur des «influenceurs» des réseaux sociaux. On en trouve même dans certains souks et laiteries. Le résultat est sans appel: des carrières brisées pour quelques grammes de poudre mal identifiée, mais surtout, et c’est le plus inquiétant, des organismes fragilisés, des troubles hormonaux, des déséquilibres métaboliques qui apparaissent de plus en plus tôt. Le dopage n’est plus seulement une fraude sportive, il devient un problème de santé publique à part entière. Le silence, et parfois la complicité passive, des clubs et des salles de sport est un autre angle mort du système. Il faut avoir le courage de poser la question qui dérange: où sont les clubs dans cette affaire ? Rares sont les salles de sport réellement épargnées. Certaines n’hésitent pas à commercialiser, sans le moindre scrupule, des produits dont seuls leurs fournisseurs connaissent réellement la composition et les effets potentiels sur le corps des pratiquants. Et puis comment répondre à un jeune qui vous interpelle en vous disant: Vous nous dites que ces produits ne sont pas bons alors que le coach nous dit qu'il faut en prendre. Dans de nombreux cas, l’encadrement médical est insuffisant, voire inexistant. Les jeunes évoluent dans un environnement où l'apparence physique est glorifiée, mais où la culture scientifique et médicale demeure marginale. Ce vide est comblé par l’improvisation, et pire encore, par une forme de déresponsabilisation collective. Lorsque le scandale éclate, le sportif se retrouve seul face à la sanction. Le club, lui, disparaît du récit. La loi, pourtant, définit clairement les différents niveaux de responsabilité: les produits ne tombent pas du ciel. Cette asymétrie n’est plus tenable. La responsabilité ne peut plus être pensée comme uniquement individuelle. Le dopage dans le football marocain, depuis que deux joueurs de haut niveau se retrouvent mis en cause, ne peut plus être analysé uniquement à travers le prisme de la faute personnelle. Il est le produit d’un marché des compléments insuffisamment régulé, d’un déficit d’encadrement médical structuré, d’une pression de performance de plus en plus précoce et d’une culture sportive qui valorise le résultat plus que la compréhension, dans le déni d’une loi pourtant existante. Face à cela, l’AMAD, sur la base de règles strictes, s’est vu confier la mise en œuvre de la politique nationale de lutte et le fait avec brio. Pour elle l’application mécanique des règles, sans adaptation fine aux réalités locales et sans pédagogie massive, ne suffit pas. Sanctionner sans éduquer revient à traiter les symptômes en ignorant la maladie. Ce qu’il faut changer maintenant, ce n’est plus seulement corriger à la marge: il faut repenser le système. Concrètement: -Imposer un encadrement médical obligatoire dans tous les clubs. -Créer une liste nationale de compléments certifiés, contrôlés et traçables. -Former systématiquement les jeunes sportifs et leurs encadrants aux risques liés aux substances. -Responsabiliser juridiquement les clubs et les staffs, afin qu’ils ne puissent plus se retrancher derrière l’ignorance ou la bonne foi. Et surtout: sortir de l’hypocrisie générale et regarder la réalité en face. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Il se trouve simplement dans un moment charnière. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le passage d’un dopage marginal à une forme systémique, non pas organisé, mais diffus, culturel, presque inconscient. Refuser de le voir, c’est accepter qu’une génération de jeunes paie le prix de cette cécité. Le dopage n’est pas seulement une affaire de triche. C’est une affaire de santé publique, et désormais, une affaire de **responsabilité collective**.

GITEX Africa à Marrakech : vitrine d’ambition ou révélateur de contradictions ? 495

À Marrakech, le GITEX Africa ferme ses portes dans une effervescence désormais familière: milliers d’exposants, dizaines de milliers de visiteurs, délégations internationales, startups africaines en quête de visibilité. Le Maroc affiche ainsi une ambition claire: devenir un hub technologique continental, voire une plateforme euro-africaine de l’innovation. Mais derrière cette vitrine séduisante, une question s’impose avec acuité: le pays se donne-t-il réellement l'ensemble des moyens de ses ambitions, si légitimes soient elles? Le Maroc part certainement avec des avantages indéniables. Sa stabilité politique, ses infrastructures modernes, son positionnement géographique stratégique, ainsi que ses investissements dans les télécoms et les énergies renouvelables ou encore le niveau sans doute compétitif de ses jeunes et de ses universités, en font un candidat sérieux pour accueillir l’économie numérique africaine. Des institutions comme UM6P ou Technopark Maroc participent à l’émergence d’un écosystème entrepreneurial dynamique. Les talents sont là. la volonté surement, Les idées aussi. Et pourtant. L’innovation ne se décrète pas, elle se libère. L’économie de l’intelligence artificielle et des startups repose sur un principe fondamental: la vitesse. Vitesse d’exécution, vitesse de décision, vitesse de transaction. Or, au Maroc, cette vitesse est souvent ralentie, entravée. Le cœur du problème réside dans le paradoxe de vouloir bâtir une économie digitale moderne tout en maintenant des logiques administratives héritées d’une économie de contrôle, pour ne pas dire d'un autre temps. L’initiative et l’innovation exigent de la liberté. Liberté d’investir, de transférer, de commercer, de tester et souvent d’échouer. Plus les contraintes sont nombreuses, plus l’innovation se contracte. Ainsi le verrou du change est un handicap structurel. Le rôle de l'Office des changes est central dans cette équation. Conçu pour protéger les équilibres macroéconomiques, son cadre réglementaire apparaît aujourd’hui en décalage avec les exigences du numérique. Un entrepreneur marocain qui souhaite payer un service cloud à l’étranger, lever des fonds internationaux, vendre une solution SaaS à l’international, ou simplement tester un modèle économique global se heurte souvent à des délais, des plafonds ou des procédures incompatibles avec la réalité du marché moderne. Alors que son concurrent en France à Londres « Silicon Valley » européenne va pouvoir aller et conclure beaucoup plus vite. Aujourd'hui l'Allemagne, la Suède et les Pays-Bas sont des acteurs majeurs, soutenus par une forte dynamique d'innovation et des investissements en IA et SaaS. La nouvelle économie ici a trouvé un terroir des plus intelligent. Là où une startup doit agir en millisecondes, ici elle attend parfois des jours, voire des semaines. Dans un monde où la concurrence est instantanée, ce décalage est fatal. Restons sur notre continent et posons la question de savoir pourquoi d’autres pays africains avancent plus vite ? Elle dérange mais mérite d’être posée sans complexe: pourquoi des pays, parfois moins dotés en infrastructures, attirent-ils davantage les géants de la tech et de l’IA ? Des écosystèmes comme ceux de Lagos, Accra, Nairobi, Maurice ou Kigali ont compris une chose essentielle: dans l’économie numérique, la régulation doit accompagner et non freiner. Le Rwanda mise sur une administration agile et pro-business. Le Kenya bénéficie d’un écosystème fintech libéré et innovant. Le Nigeria, malgré ses défis, offre une profondeur de marché et une flexibilité opérationnelle qui séduisent les investisseurs. Pendant ce temps, les grands acteurs de la tech hésitent à s’implanter durablement au Maroc, malgré ses atouts structurels. Le risque est celui de devenir une vitrine sans substance. Le danger est clair : que des événements comme GITEX Africa deviennent des vitrines brillantes mais déconnectées de la réalité du terrain où d'autres viennent faire du business et repartent. Une économie numérique ne se construit pas à coups de salons internationaux, mais par des réformes structurelles profondes. Sans cela, le Maroc risque de rester un lieu de passage et non un lieu d’ancrage pour l’innovation. Pour transformer l’ambition en réalité, plusieurs leviers doivent être activés sans plus tarder : 1. Libéraliser progressivement le régime de change. Permettre aux startups : d’ouvrir librement des comptes en devises, de transférer des fonds sans lourdeurs administratives, d’opérer à l’international en temps réel. Un véritable cadre spécifique pour les entreprises tech exportatrices pourrait être ainsi instauré. 2. Créer un “sandbox réglementaire” pour l’IA et la fintech. Inspiré des modèles internationaux, ce dispositif permettrait aux startups de tester des innovations dans un cadre assoupli, sous supervision, sans subir immédiatement toutes les contraintes réglementaires. Un "sandbox réglementaire" est un espace de test contrôlé pour les innovations technologiques. Il permet aux startups en IA et fintech de tester leurs produits dans un cadre réglementaire allégé, sous supervision des autorités. C'est un Concept clé. Ce dispositif, pourrait s'inspirer de modèles comme ceux du Royaume-Uni (FCA) ou de l'UE (AI Act). Il créera un environnement sécurisé où les entreprises expérimentent sans appliquer immédiatement toutes les règles strictes: autorisations complètes et conformité totale. Des régulateurs supervisent pour évaluer les risques, limiter l'impact sur les consommateurs et adapter les lois futures 3. Accélérer la digitalisation administrative. Réduire drastiquement les délais de traitement, automatiser les autorisations, et introduire des logiques de “silence vaut accord” dans certains cas. 4. Encourager le capital-risque international. Faciliter l’entrée et la sortie des investisseurs étrangers, simplifier les mécanismes de levée de fonds, et sécuriser juridiquement les opérations transfrontalières. 5. Miser sur la liberté comme moteur stratégique. C’est peut-être le point le plus décisif. L’innovation ne prospère pas dans un climat de suspicion ou de contrôle excessif. Elle a besoin de confiance. Le Maroc est à la croisée des chemins. Il peut soit continuer à privilégier une logique de contrôle, au risque de freiner son propre élan, soit opérer un virage courageux vers plus de liberté économique. GITEX Africa est une formidable opportunité. Mais elle ne sera qu’un symbole vide si elle n’est pas accompagnée d’un changement profond de paradigme. Dans l’économie de l’intelligence artificielle, il ne suffit pas d’être présent. Il faut être compétitif. Le maitre mot: l'économie moderne s'épanouit en milliseconde, a besoin de liberté et ne s'accommode point des lenteurs administratives et des contrôles à n'en plus finir. Si l'histoire nous montre comment nous avons raté la révolution industrielle, ne ratons pas celle numérique, car cela risque de peser sur des générations et des générations et donc sur l'avenir du pays.

Motsepe, funambule du football africain : entre Sénégal et Maroc, qui est le vrai vainqueur de la CAN 2025 ? 509

La récente visite de Patrice Motsepe au Sénégal puis au Maroc n'avait rien d'anodin ni de festif. Officiellement, il s'agissait d'une tournée de courtoisie et de suivi des dossiers du football africain. Officieusement, elle intervenait dans un climat de tension latente autour d'une question explosive : qui est le véritable vainqueur de la CAN 2025 ? Cette édition a laissé des traces profondes, avec une déception palpable déjà lors de la remise des médailles et du trophée. Derrière les sourires forcés, un malaise évident : le titre avait été arraché de force. Rappelez-vous : le Maroc a organisé une CAN exemplaire, renflouant les caisses de la CAF comme jamais, avec des sponsors en pagaille, une affluence record, une couverture télévisuelle inédite et un niveau de jeu sublimé par des infrastructures inégalées. Mais cela dérange. Jalousies acerbes et signes avant-coureurs ont culminé lors de la finale. Habitués aux provocations maladives du voisin de l'Est, les Marocains ont été stupéfaits : les principaux saboteurs étaient leurs frères les plus proches, ceux auxquels ils avaient réservé le meilleur des accueils: les sénégalais et les égyptiens. En finale, sous l'impulsion d'un coach exalté, le Sénégal a quitté le terrain pour une polémique arbitrale infondée. Devant certaines évidences, l'acte semble prémédité. Les supporters sénégalais surchauffés ont envenimé davantage la scène. S'ensuivit une procédure chaotique. D'abord, un comité de discipline présidé par un Sénégalais rejeta la requête marocaine, qui contestait le résultat pour non-respect du règlement. Il sanctionna des faits de jeu mineurs, ignorant la violation flagrante. Le Maroc démonta ce verdict devant le jury d'appel, qui rétablit la vérité en appliquant les règles de la CAF. Le Sénégal, qui avait jadis bénéficié d'une décision similaire pour se qualifier à la Coupe du monde 2022, ne digère les arbitrages que s'ils l'avantagent. Il rejeta le rendu, publiant un communiqué étatique et non fédéral, accusant la CAF de corruption. Sous-entendu : la CAF corrompue, le Maroc corrupteur. Lors de ses visites donc, Motsepe affronta l'inévitable : "Qui est le vainqueur de la CAN 2025 ?" Au Sénégal, son objectif était clair : préserver les liens avec une puissance footballistique continentale. Face au président Bassirou Diomaye Faye, il réaffirma le respect de la CAF pour les institutions sénégalaises et leur rôle dans le rayonnement du football africain, sans évoquer les accusations de corruption, tout au moins en public. Mais le message implicite visait clairement à freiner une dérive défiante exagérée du Sénégal : des sanctions lourdes peuvent tomber sinon. Au Maroc, la tonalité changea. Motsepe, fidèle à son habitude, salua la puissance structurante du Royaume. Face à la Fédération Royale Marocaine de Football et son président Fouzi Lekjaa, pilier de la CAF et vice-président de la FIFA, il adopta un ton laudatif. Interrogé sur le sujet sensible, il se retrouva coincé : trancher aurait ravivé des fractures. En président de la CAF, son rôle est d'empêcher une controverse sportive de virer à la crise institutionnelle. Son hésitation révèle la complexité d'un système où politique, symbolique et sport s'entremêlent. La CAN n'est pas qu'une compétition : c'est un levier de prestige et de diplomatie, un champ de rivalités régionales. Le Maroc s'impose comme puissance footballistique par ses performances, ses investissements massifs en infrastructures, généreusement mises au service de la CAF et de nombreux pays africains, ses académies comme celle de Mohammed VI à Salé, exportatrice de talents et ses organisations réussies de nombreuses CAN masculines et féminines. Il est un pilier incontournable de la CAF. La visite de Motsepe y ressemblait à une reconnaissance, soulignant la dépendance de la CAF au Maroc pour avancer le football africain. C'est une diplomatie contrainte qui s'esquisse. Ces deux étapes exposent dans les faits, les limites de la gouvernance actuelle du football africain : entre équilibres politiques, enjeux économiques et ambitions nationales, la CAF navigue à vue. Motsepe, homme d'affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n'est pas un fin politique. Son silence sur le "véritable vainqueur" traduit une réalité : la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements ; s'aliéner un pays est suicidaire. Ces deux déplacements révèlent une question cruciale : la CAF reste-t-elle une instance neutre, ou se soumet-elle à ses pôles de puissance ? Le Sénégal incarne légitimité sportive et historique ; le Maroc, en plus, investissement et vision stratégique. Motsepe maintient implicitement un équilibre fragile au prix du silence et de l'ambiguïté. La crise révèle ainsi la fragilité de l'instance. La tournée n'aura pas tranché sur le vainqueur de la CAN 2025, Ce n'était pas le but, mais elle a mis à nu les forces et surtout les faiblesses du football africain. Un football qui dépasse le terrain. Dans ce jeu, Motsepe n'est ni jongleur ni dribbleur : il est funambule. Cependant il sait. Il sait très bien qui aura la Coupe et les 10 millions de Dollars qui vont avec. Il aura juste évité de se dévoiler et de se faire huer. Ainsi il sera encore et toujours le bienvenu et au Sénégal et au Maroc. C'est le TAS qui va trancher pas lui... En concomitance, la FIFA a exclu Ndala, l'arbitre "maudit" de la finale qui a endossé toutes les incompétences et tous les dépassements. Signe avant-coureur avant le verdict du Tribunal Arbitral du Sport ?

Maroc-Égypte : retrouvailles stratégiques ou trêve éphémère sous les sables du pragmatisme ? 562

Imaginait-on la scène au Caire et à Rabat voilà peu de temps encore ? Pourtant, il y a quelques jours seulement, les Premiers ministres Aziz Akhannouch, flanqué de sept de ses ministres, et Mostafa Madbouly, non moins bien nanti, apposent et supervisent des signatures sur vingt-deux accords, les uns plus importants que les autres, sous les flashs des caméras. Les discours officiels célèbrent une « relation à un niveau inédit ». Les sourires, larges, nourrissent l’espoir du rapprochement tant souhaité entre deux puissances économiques de la zone Mena. À première vue, il s’agit de retrouvailles en grande pompe. Mais, derrière cette mise en scène, sans doute sincère, une interrogation persiste. S’agit-il d’un tournant historique ou d’une simple convergence opportuniste dictée par les développements géopolitiques récents ? Pour y voir clair, replongeons dans une histoire lourde de méfiance. Dès 1963, la Guerre des Sables voit l’Égypte de Gamal Abdel Nasser s’aligner sur l’Algérie, voire la pousser contre le Maroc, au nom d’un panarabisme tiers-mondiste qui stigmatisait Rabat comme « pion occidental », disaient-ils à l’unisson. Eux pensaient être du bon côté, celui des « révolutionnaires bolcheviques »... L’objectif était bien évidemment de déstabiliser la monarchie et, pourquoi pas, de la faire tomber. La débâcle était sans appel. L’Égypte y laissera des plumes... et un prisonnier de marque : Hosni Moubarak, celui-là même qui deviendra président. Hassan II, en seigneur, le remettra en cadeau à l’Égypte dans un geste seigneurial. Plus tard, sur le Sahara marocain, Le Caire adopte une ambiguïté prudente mais oh combien floue : ni appui au Polisario, ni soutien franc au Maroc ; une posture d’équilibriste qui, au Maroc, passe pour de la perfidie latente, notamment à l’occasion d’accolades triomphalistes entre Égyptiens et Algériens. C’est Hosni Moubarak qui viendra supplier Hassan II pour relâcher les prisonniers de guerre que Boumédiène a perdu sur le terrain à Amgala, avec l’illustre Chengriha dans la liste...L'Egypte semblait donc souffler le chaud et le froid dans l'affaire. Le sommet récent marque sans doute un pivot. Vingt-deux accords signés pour accélérer les échanges et les porter à des niveaux inespérés encore quelques jours auparavant. Mais le clou de la rencontre est bien l’alignement égyptien sur la Résolution 2797 de l’ONU, validant l’autonomie proposée par le Royaume comme seul cadre viable. Rabat, en diplomate discret, banalise ce soutien, comme s’il allait de soi. Ce n’est pas gratuit : il reflète une recomposition arabe avec, possiblement, la fin des clivages idéologiques des années 1960 et la primauté du pragmatisme. Les menaces iraniennes, et peut-être même turques, peuvent bien y être pour quelque chose. L’Égypte de Sissi, par ce rapprochement, gagne un allié stable : le Royaume chérifien, un contrepoids arabe véritablement diversifié et cohérent dans tout ce qu’il entreprend. Économiquement, pourtant, le tableau est contrasté. Les accords d’Agadir de 2006, liant déjà Maroc, Égypte et Jordanie en zone de libre-échange, n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les échanges ont progressé, mais restent timides tout de même, à cause d’une bureaucratie persistante. Pire, une crise avait éclaté sur les voitures produites au Maroc, bloquées par des taxes protectionnistes. L’Égypte ne les avait pas considérées comme suffisamment marocaines, ravivant les frustrations du Royaume. Ces vingt-deux nouveaux engagements viennent donc booster la machine, avec des investissements croisés pour ancrer le Maroc en Afrique de l’Est et ouvrir à l’Égypte des portes vers l’Ouest. L’argument clé est clair : les chiffres l’emportent sur les rancunes. Ce pendant, les précédentes crises, pas très espacées, prouvent la fragilité de la situation tout de même, jusqu’à preuve du contraire. Il faut rester confiant dans une réconciliation durable, même si les imaginaires populaires récents freinent ce développement. La presse sportive égyptienne notamment est globalement très virulente contre le Maroc et trahit une rivalité tenace. Géopolitiquement, Alger réagira vivement, forçant Le Caire à son habituelle ambiguïté. L'Egypte acceptera t elle un dictat algérien au nom de l'histoire commune... Il n’est pas exclu de voir l’Égypte dépêcher un émissaire pour dire aux Algériens ce qu’ils aiment entendre, afin d’atténuer la déception. Et il y a également les aléas internes et les remaniements fréquents en Égypte, qui créent des instabilités menaçant le tout. L’Histoire arabe enseigne que les alliances sont extrêmement volatiles. Oui, une ère pragmatique s’est bien amorcée, conditionnée à la convergence économique, au-delà des accords d’Agadir. Elle pousse à la stabilité régionale et au triomphe du calcul sur l’idéologie. Osons espérer qu’il ne s’agisse pas d’une réconciliation émotive, mais plutôt d’une normalisation stratégique certaine, mettant le passé en parenthèses au service du présent et de 150 millions d'humains au moins. Les accords devront aussi survivre aux tempêtes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et constituer un socle pouvant séduire le reste des pays de la région, vers un véritable continuum économique en respect de celui géographique et démographique. Alors marocains et égyptiens, apaisés et confiants, écouteront ensemble Oum Kaltoum chanter aghadan alqak...et se délecteront d'un bon thé à l'ombre d'une pyramide ou de la Tour Hassan...

France-Maroc : le docu qui caricature pour condamner 694

Il y a des documentaires qui éclairent le réel. Et puis il y a ceux qui le déforment au nom d’une cause. Il m’a fallu trois visionnages attentifs pour venir à l’évidence qu' avec «France–Maroc : Je t’aime, moi non plus», diffusé sur France 5 le 5 avril, le téléspectateur n’assiste pas à une enquête, mais à un procès. Un procès à charge, méthodique, où l’accusé est connu d’avance: le Maroc, sa monarchie, et au-delà, son choix politique singulier. La double narration de la voix off et celle de celui dont les propos constituent le fil conducteur n’avait qu’une seule ligne directrice: insinuer, concocter un récit, le consolider et en faire une vérité à force de le répéter de mille manières. Derrière l’apparence du décryptage, c’est en réalité une démonstration idéologique qui se déploie, avec ses certitudes, ses angles morts et ses silences soigneusement entretenus. Le maître-mot: caricaturer pour disqualifier ; le procédé, plutôt transparent: réduire pour mieux condamner. Feu Hassan II est enfermé dans une lecture univoque, celle du «dictateur», sans contextualisation sérieuse des années de plomb, des tensions de la Guerre froide ou des tentatives répétées de coups d’État et d’assassinats qui ont visé le régime. Le seul extrait qu’on lui a trouvé, lui qui était plutôt loquace, est celui où Anne Sinclair lui pose une question sur Khalaat Mgouna.«La capitale des roses», lui avait-il rétorqué. Comme si un État soumis à des menaces existentielles devait réagir avec les standards d’une démocratie permissive. L’histoire nous a bien démontré sur quoi cela pouvait aboutir. Quant à Sa Majesté Mohammed VI, il est présenté comme une simple variation cosmétique du même système: une monarchie «adoucie», mais fondamentalement inchangée. Une lecture paresseuse qui évacue deux décennies de réformes, d’ajustements et d’évolutions réelles. Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de comprendre, mais de figer. Le film devait parler de la relation entre les deux pays, mais la France y est absente donc innocente. La véritable clé du documentaire réside dans ce qu’il ne montre pas. La France, pourtant actrice centrale de cette relation, y apparaît comme en retrait, presque extérieure aux tensions. Une étrange disparition. Où sont les responsabilités historiques du protectorat dont souffre le pays à ce jour? Les imputations territoriales? Les ambiguïtés diplomatiques constantes pour soi-disant préserver un prétendu équilibre entre le Maroc et son voisin? Les intérêts économiques et stratégiques défendus avec constance? Les variations opportunistes du discours sur les droits de l’homme? En creux, le récit devient limpide: le Maroc serait dans l’affect, la pression, voire le chantage. La France, elle, incarnerait la rationalité, l’intelligence et la vérité. Ce déséquilibre n’est pas une maladresse. C’est une construction voulue et assumée dans les images choisies, les séquences et la narration. Comme quand il s’agit de Pegasus. Là, on a suggéré sans prouver, insinué sans conclure. Le traitement de l’affaire dans ce film illustre parfaitement cette mécanique. Le documentaire suggère. Il instille le doute. Il entretient le soupçon et s’arrête là. Jamais il ne rappelle un fait pourtant essentiel: aucune preuve formelle et irréfutable n’a établi la responsabilité du Maroc dans les accusations initiales. Mieux encore, plusieurs éléments sont venus fragiliser ces accusations, au point d’introduire un doute sérieux dans de nombreux cercles d’analyse, y compris au niveau des instances officielles. Ce point n’est pas discuté. Il est simplement évacué. Le spectateur est ainsi laissé dans une zone grise soigneusement entretenue: celle où l’accusation subsiste sans jamais être confrontée à l’exigence de preuve. Bien sûr, c’est volontairement fait ainsi, de façon à ce que la vérité soit masquée par le doute et les insinuations. Ce n’est plus de l’information. C’est de la suggestion. Au-delà, le réel est nié. Le Maroc en transformation est occulté, avec un angle mort majeur: les évolutions du Maroc contemporain. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui a engagé une réconciliation institutionnelle avec son passé ? Non. D’un pays qui a réformé en profondeur son droit de la famille ? Non. D’un pays qui a ouvert, progressivement, des espaces de libertés publiques ou maintenu une stabilité politique rare dans une région tourmentée ? Non. D’un Royaume qui a généralisé la couverture sociale ? Bien sûr que non. Des retraités français qui préfèrent le Maroc? NON. Rien de cela n’est intégré dans la narration. Comme si reconnaître ces dynamiques affaiblissait la thèse initiale. Les réussites économiques et sociales intégrées auraient affaibli la thèse et rejeté les hypothèses. Toute analyse honnête devrait partir de cette tension: un système probablement imparfait, mais qui réussit tout de même mieux que son voisin, par exemple. Un système qui ne s’est jamais figé et qui a fait de la transformation progressive à son rythme une doctrine. Le biais fondamental dans ce film est une définition unique de la démocratie, celle voulue par le narrateur et les invités à qui il a donné le plus de temps de parole. Comme si, pour dire la vérité, il fallait absolument vivre à Paris et écrire en français. Au fond, ce documentaire révèle un biais plus profond: l’incapacité à penser la diversité des modèles politiques. Ici, la démocratie ne peut être que celle de la France socialiste. Tout ce qui s’en écarte devient suspect, illégitime ou transitoire. Le film a fondamentalement ignoré que le Maroc n’est pas la France. C’est une monarchie constitutionnelle, avec ses équilibres propres, ses contradictions, mais aussi sa légitimité historique et populaire. Les Marocains n’y sont pas soumis: ils y sont, dans leur immense majorité, attachés. Ignorer ce fait, c’est sortir du champ de l’analyse pour entrer dans celui du jugement. Quand l’idéologie remplace le journalisme, au final, «France–Maroc: Je t’aime, moi non plus» ne doute jamais. Et c’est précisément là son problème. Tout y est orienté: les choix d’intervenants, les séquences retenues, les silences assumés, les insinuations non corrigées. Ce n’est pas une enquête. C’est une démonstration. Et comme toute démonstration idéologique, elle simplifie le réel jusqu’à le déformer. C’est encore une fois une occasion manquée et un symptôme révélateur. La relation entre la France et le Maroc est trop dense, trop historique, trop humaine pour être réduite à un récit de domination ou de manipulation. Elle est faite de tensions, certes, mais aussi d’interdépendances, de liens humains profonds, d’intérêts croisés, d’attachements durables. Ce documentaire aurait pu en rendre compte. Il aurait pu éclairer les malentendus, interroger les non-dits, équilibrer les responsabilités. Il a préféré instruire un procès. Et ce faisant, il révèle moins le Maroc qu’un certain regard français sur le monde: sûr de lui, normatif, et parfois incapable de voir au-delà de ses propres catégories.