Pensez le Futur.

L’Iran face à l’épreuve de la réalité : la fin d’un mythe régional ? 1183

Encore une séquence de tensions majeures au Moyen-Orient, mettant en lumière les fragilités profondes du régime iranien. Depuis son avènement en 1979, la République islamique s’est construite sur un récit politique d’une puissance révolutionnaire en opposition frontale au «Grand Satan» les USA, défenseur intransigeant de la cause palestinienne et de la libération de Jérusalem. Ce positionnement idéologique a permis à Téhéran de gagner des relais dans une partie du monde arabe, notamment au sein des mouvements hostiles à Israël. Elle a développé une stratégie d’influence fondée sur la création, le financement et l’armement de groupes affiliés: Hezbollah au Liban, milices chiites en Irak, soutien au régime syrien, Houthis au Yémen, formant ce qu’elle présente comme «l’axe de la résistance». Elle finance sûrement d’autres mouvements dans bien d’autres pays, avec une connivence contre nature avec les islamistes sunnites. Une stratégie d’expansion aux effets déstabilisateurs. Là où l’Iran a étendu son influence, son empreinte est indissociable d’une militarisation accrue et d’une fragmentation des États. La projection repose moins sur la construction étatique que sur l’essor de réseaux politico-militaires parallèles défiant les institutions nationales. Cela a certes permis à Téhéran de disposer de leviers de pression sur ses adversaires et de se poser en champion de la «résistance» à l’ordre régional dominé par les USA et leurs alliés. Mais cela a également contribué à prolonger des conflits, à affaiblir des institutions étatiques déjà fragiles et à exacerber des fractures confessionnelles. À long terme, le coût humain et économique de cette «stratégie» est considérable pour les pays concernés et pour l’Iran lui-même, soumis à des sanctions sévères et à un isolement international persistant. La cause palestinienne est en fait plus instrumentalisée que défendue, depuis près d’un demi-siècle, alors que le régime iranien affirme en faire un pilier central de sa diplomatie et de sa légitimité révolutionnaire. Téhéran a noué des liens avec des acteurs armés palestiniens, comme le Hamas ou le Jihad islamique, qu’il présente comme les prolongements de sa propre «résistance». Pourtant, force est de constater que la situation des Palestiniens ne s’est nullement améliorée: occupation galopante, colonisation et blocus se poursuivent, tandis que les cycles de violence se succèdent sans perspective politique crédible. La Palestine a énormément perdu en territoire, en vies humaines et en sympathie au sein même du monde arabe. Les divisions internes palestiniennes, enfermant la cause dans une logique essentiellement militarisée en l’absence d’horizon diplomatique, interrogent l’efficacité réelle de cette posture. Comme durant l’ère Gamal Abdel Nasser, marquée par un panarabisme imprudent, la période actuelle n’a pas apporté de progrès. L’Iran a, en partie, supplanté un certain leadership arabe sur le dossier, sans pour autant produire de résultats tangibles en faveur d’un règlement durable, ni d’amélioration concrète de la vie des Palestiniens, bien au contraire. Au-delà du registre géopolitique, le régime est confronté à une contestation interne profonde. Les mouvements de protestation récents, et ceux déclenchés après la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022, ont révélé une fracture majeure entre une partie de la société iranienne et ses dirigeants. La répression, comme unique réponse, s’est traduite par des milliers de morts et d’arrestations, documentées par des organisations internationales et les mécanismes onusiens. La rigidité sécuritaire et idéologique contraste avec les aspirations d’une jeunesse connectée en quête de libertés civiques et individuelles. L’Iran d’aujourd’hui n’est plus celui de 1979: la société s’est transformée, le régime non. Le décalage entre le discours révolutionnaire, la promesse de justice sociale et la réalité socio-économique: inflation élevée, chômage, précarité, fuite des cerveaux, corruption et isolement diplomatique, nourrit un sentiment de désenchantement qui fragilise la légitimité de l’État. Le Maroc a officiellement rompu ses relations avec l’Iran en 2018, Téhéran soutenant le Front Polisario via le Hezbollah et son ambassade à Alger, avec l’appui de l’Algérie. Rabat détient des preuves de livraisons d’armes et de formation de cadres du Polisario. La rupture marocaine apparaît comme une décision stratégique visant à prévenir toute perception d’ingérence dans ses intérêts vitaux, en particulier au Sahara. Elle s’inscrit aussi dans une recomposition plus large des alliances régionales, marquée par le rapprochement de Rabat avec certains partenaires du Golfe et les USA, sur fond de rivalités croissantes avec l’axe irano-algérien. Les développements militaires et diplomatiques récents mettent en évidence une réalité inquiétante pour Téhéran: l’Iran semble souvent réagir dans l’urgence, davantage qu’il ne maîtrise le tempo stratégique. La multiplication des fronts périphériques, du Liban à Gaza, de l’Irak au Yémen, intervient alors même que ses relais régionaux subissent des pressions croissantes, des sanctions et des éliminations ciblées qui érodent la cohésion de «l’axe de la résistance». Cette situation peut apparaître autant comme un aveu de fragilité. La facilité avec laquelle les USA et Israël arrivent à neutraliser les dirigeants interroge jusqu’aux compétences de l’État. Pour autant, annoncer l’effondrement imminent du régime serait hasardeux. L’appareil sécuritaire se veut encore puissant, les réseaux d’influence régionaux restent actifs. Mais le régime va-t-il encore une fois faire preuve de résilience, y compris au prix d’une violence accrue à l’intérieur et d’une gestion dure de la contestation ? Il convient de distinguer clairement le régime du peuple iranien, pris en tenaille. Il est l’héritier d’une civilisation millénaire et d’une riche tradition intellectuelle, et ne doit pas être réduit aux choix de l’élite politico-religieuse. Les souffrances liées aux sanctions, à la répression et à l’isolement international pèsent d’abord sur les citoyens ordinaires, y compris ceux qui aspirent à un changement pacifique et à une réintégration du pays dans la communauté internationale. L’histoire enseigne bien des choses dans des situations identiques. Les transitions exigent lucidité, responsabilité et une vision inclusive de l’avenir. La stabilité régionale ne naîtra ni de la surenchère idéologique, ni de la destruction, mais d’un rééquilibrage fondé sur le droit, la souveraineté, la sécurité collective, la coopération et la confiance, aujourd’hui bien érodée. Dans cette séquence troublée, la solidarité va d’abord aux peuples de la région, pris dans des dynamiques qui les dépassent. Les mollahs devront tôt ou tard rendre des comptes à l'histoire, et répondre à une question simple, mais décisive: ont-ils servi le peuple, ou l’ont-ils sacrifié au nom d’un mythe politique devenu, avec le temps, de plus en plus difficile à soutenir ?
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Afrique, la part du sport dans l'économie 2858

Il est difficile d’évaluer la véritable part du sport dans le PIB sur l’ensemble du continent africain, comme il est clair que cette part varie beaucoup d’un pays à un autre. Au Maroc par exemple cette part est estimée à 1%. L’étude des parts de marché dans le business du sport montre aussi que l’Afrique ne ramasse que des miettes. L’Afrique est à peine présente dans les statistiques mondiales. Le continent subit la mondialisation mais n’en profite que très peu. L’Afrique ne joue que le rôle de la réserve de talents ; une sorte de pépinière. La faiblesse du poids de l’Afrique dans l’économie mondiale se trouve ici criarde. Le continent ne profite que peu de la manne financière du sport, exactement comme elle ne profite que peu de la valeur juste des richesses qu’elle offre « généreusement » à l’économie mondiale. La nature même de l’activité sportive génère cette situation anachronique. Le sport en Amérique ou en Europe et de plus en plus en Asie également, vit en partie grâce aux talents que seule l’Afrique peut fournir au plan génétique et phénotypique. De très nombreux sports et notamment les plus populaires et les plus porteurs économiquement, requièrent des qualités particulières et un potentiel humain qui cadrent parfaitement avec le type de jeunes dont l’Afrique regorge. C’est quasiment le seul continent à offrir cette particularité. Il y a aussi l’économie informelle qui s’est installée comme un palliatif salvateur pour les jeunes puisque leur permet de bénéficier d’équipements sportifs bon marché. Même contrefait ou de seconde main, ces équipements notamment individuels permettent tout de même une certaine pratique à un certain niveau. Cette activité informelle, si encouragée et guidée, peut constituer les bases d’une économie sportive locale et passer dans le formel. Aziz Daouda

La gouvernance du sport en Afrique 2700

A chaque fois que la question du sport en Afrique est soulevée, son développement, ses réalisations, ses déboires, son ascension et le plus souvent à l’occasion de ses débâcles, la question de sa gouvernance est simultanément posée, avec ce qui s’en suit comme débats et problématique liée au concept de bonne gouvernance ; en opposition tacite à ce qui serait une mauvaise gouvernance. Ce concept de bonne gouvernance est en fait évoqué dès lors que la question à traiter est complexe et ou insuffisamment comprise. Le concept de bonne gouvernance est évoqué à chaque fois qu’il est difficile d’expliquer un résultat jugé décevant, à chaque fois que l’on cherche en fait à cacher l’incompréhension d’une situation et peut être même à dissimuler une probable incompétence à traiter d’une problématique donnée. En fait au lieu d’aller creuser et déterrer les raisons profondes, les explications plausibles, les atouts et les faiblesses du sport africain pour d’abord le comprendre et ensuite raisonner avec des données tangibles, on va se contenter au mieux de faire du benchmark, et de façon très simpliste dire que le sport africain souffre d’une seule et unique flétrissure : la mauvaise gouvernance. La question est bien plus complexe à partir même du fait que le concept sport est généralement lui-même mal défini et que le cœur des métiers du sport se trouve peu ou pas défini, peu ou pas compris et pris en compte ; il s’agit bien évidement de la performance sportive, ses déterminants et ses facteurs favorisants ou bloquants. L’Afrique, ses particularités géographiques, historiques et démographiques, ses spécificités sociologiques et politiques multiples, sont rarement prises en compte quand on évoque la question sportive. Le continent est vu comme un tout linéaire sans relief. Pour expliquer un résultat sportif, le lien est rarement fait avec un bon nombre de facteurs sou jacents voir déterminants. L’Afrique, compte tenu de la déformation de sa représentation géographique imagée, la montrant beaucoup plus petite qu’elle ne l’est en fait dans la réalité, à l’échelle du globe, est regardée exactement comme le continent européen surement beaucoup plus petit mais surdimensionné. Peu sont ceux qui évoquent les dimensions géographiques réelles de l’Afrique et ce qu'elle induit, ses diversités démographiques et ethnographiques, sa grande richesse culturelle due justement à cette diversité. Son histoire récente ayant lourdement impacté son évolution politique, la géographie des pays qui la composent, souvent incohérente ; son fonctionnement économique conséquence d’un passé colonial récent, ne sont jamais mis à l’avant et sont rarement évoqués comme des facteurs limitant ou favorisant l’évolution du sport en Afrique. Or c’est l’ensemble des ces facteurs et d’autres encore qui impactent les activités sportives africaines. D’ailleurs on ne devrait pas parler de Sport africain mais plutôt de Sport en Afrique, tellement les problématiques sont diverses d’une région à l’autre. C’est ainsi qu’il y a lieu tout d’abord, pour cerner aussi précisément que possible la question sportive en Afrique, de revenir à certains fondamentaux, de définir correctement les concepts pour ensuite pouvoir évoquer les pistes d’éventuelles meilleures politiques, meilleures gestions et peut être meilleures gouvernances. C’est sans doute l’unique voie pour entrevoir des plans de développement plus efficients. Cette approche est nécessaire et incontournable pour pouvoir échafauder et concevoir de véritables stratégies de développement, qui de surcroit, devraient s’imbriquer obligatoirement dans des stratégies globales de développement de l’humain. Aziz Daouda

Conversations et monologues 3114

Un soir, l'idée a commencé à germer... Cela faisait déjà des années que j'avais cette idée qui revenait régulièrement. Pourquoi pas un livre... ou du moins un recueil de textes?! C'est vrai, aprrès tout, pourquoi pas? Loin de moi la vie trépidante à la Indiana Jones ou à son homonyme féminine Bridget, ma vie a quand-même eu son lot de déconvenues aussi bien que d'instants de grâce qui méritent d'être partagés. Si j'écris, c'est pour que les jeunes (et les moins jeunes) demoiselles se disent "pourquoi pas?"... Inspirer une personne, la tirer vers le haut, faire en sorte qu'elle en veuille plus, plus que ce que la société veut bien lui donner comme rôle, comme place, plus que ce que son entourage veut bien lui donner comme importance... Rebattre les cartes de sa vie pour atteindre les sommets. Non, ces textes ne sont pas un énième papier de motivation à l'américaine, un enième bouquin de coaching sur comment mieux aimer ma vie, ou comment devenir quelqu'un... Non, ces textes sont des parcelles de vie racontées de manière vraie, parfois avec des mots crus. Mais ce partage peut réveiller les consciences, et créer le déclic... Donc oui, finalement, pourquoi pas un livre...