Pensez le Futur.

Le civisme, le respect de la loi et des règles doivent être au cœur de l'éducation et du système de l'enseignement. 3753

Hier j'ai conduit de Rabat vers Marrakech et eu encore une fois l'occasion de constater le nombre de "criminels" qui parcourent en toute impunité nos routes et autoroutes. Entre les grosses cylindrées et les compacts cars qui roulent à des vitesses dignes de celles des poursuites américaines, qui n’existent en vrai que dans les films, œuvre de cascadeurs bien rodés, les camionneurs qui doublent n'importe comment et s'imposent par leurs volumes et leurs dimensions, les voitures avec des lumières mal réglées, ceux qui rentrent chez eux indemnes sont véritablement des miraculés. C'est dans un contexte alarmant que mon texte trouve toute sa place et sa justification. "Dénoncer les dangers permanents de la circulation au Maroc a été fait maintes fois...Et, tout récemment encore, au cours des débats du Conseil du Gouvernement, des voix nombreuses se sont élevées pour réclamer impérieusement- et d'urgence- des mesures nouvelles de nature à limiter le nombre des accidents. Il semble, en effet, que les sanctions prévues pèchent actuellement par un manque de célérité et aussi relative modération. Aucune loi, bien sûr, ne saurait remplacer la prudence et la maîtrise des conducteurs. Mais vient une heure où le nombre d'accidents est tel, où les blessés et les morts jalonnent tragiquement les routes, que "la crainte du gendarme" doit être accrue pour amener un commencement de sagesse." Ce vous venez de lire n'est pas de moi. Il est de de Monsieur Louis Gravier correspondant particulier de la Vigie du Maroc à Rabat. C'est le début d'un article, tenez-vous bien, publié à la une du journal le 6 janvier 1952. Il y a donc exactement 71 ans et quelques jours. Comme si le temps s'était figé. Vous changez la date, le nom du journal et peut être celui de l'auteur et vous êtes on ne peut plus dans l'actualité. Force est de constater que rien ne semble avoir évolué, malgré l'amélioration colossale des infrastructures et celle de la qualité des véhicules ; malgré moult réformes du code de la route et des lois. Si l'article responsabilisait déjà le comportement des conducteurs, aujourd'hui c'est de l'ensemble des citoyens qu’il faut peut-être parler. Tous les conducteurs et j’en fait partie, sont quelques peu chauffards, les conducteurs mais aussi les motocyclistes, les cyclistes et les piétons ont des comportements irresponsables. Conduire à Marrakech où je me trouve en ce moment est un véritable calvaire pour les non habitués. 71 ans après cet article, le code de la route n'est applicable que quand il y a un agent de l'autorité dans les parages et à l’annonce des radars. Mettez les signalisations et les équipements que vous voulez, rien n'y fait. Seule l'uniforme dissuade quelque peu les conducteurs, les piétons ne se sentent point concernés par un quelconque respect du code de la route ou encore des feux de signalisations. Vert comme rouge, ils passent ou force le passage. Quant à la majorité des cyclistes et motocyclistes, ils ne se sentent même pas concernés et narguent sans vergogne les agents de l'autorité. Bien évidement qu'il faut durcir les sanctions, être plus vigilant et dissuasif, mais cela suffirait il? On ne peut ni assigner un gendarme à chaque conducteur, ni encore moins scruter en permanence le comportement de chacun des piétons? D’ailleurs les caméras installées n’ont pas amené la dissuasion escomptée Il faut que le conducteur, le piéton se sentent surveillés certes, mais c'est dans la tête de chacun qu'il faut construire un mécanisme pour rappeler les règles, avertir de la faute, réprimander en cas d'incartade. Le citoyen doit intégrer que la loi et les règles, notamment celles de la circulation, sont là pour le défendre et le protéger lui d'abord, avant les autres. Il doit les respecter au lieu de les craindre. J'avais huit mois d'âge quand Louis Gravier écrivait les lignes plus haut évoquées. Depuis les problèmes de la circulation se sont aggravés de manière exponentielle. En nombre d'accidents et de morts sur les chaussées, nous battons de tristes records. C'est dire surtout que les campagnes successives n'y ont rien fait et que les problématiques n'ont certainement pas encore été ni parfaitement étudiés, ni judicieusement maîtrisées. Évidemment qu'il faut que la persuasion et la vigilance augmente. Bien sûr qu'il faut des règles plus sévères et une application stricte des lois, mais c'est au niveau psychologique et comportemental qu'il faut peut-être aller chercher des solutions efficaces et pérennes. Le respect de la loi, le vivre ensemble, le comportement dans les lieux publics, le civisme tout court, doivent être au cœur de l'éducation et du système de l'enseignement. Le respect du code de la route, le comportement au volant, l'attitude sur un deux roues, ou simplement les agissements en marchant, ne sont en fait que des déclinaisons du comportement global du citoyen. Nous devrions probablement aller plus loin dans l'approche et étudier notre capacité d'orientation dans l'espace, notre perception de l'autre, notre rapport au danger, nos habilités motrices à maîtriser un engin, notre appréciation de la vitesse et bien d'autres aspects de notre comportement. Ce ne sont pas des campagnes sporadiques combien mal inspirées des fois, et encore moins la fameuse signature institutionnelle des bandes d'annonces qui vont y changer quelque chose. Si rien n'évolue au plan stratégique et du concept, dans 70 ans, on aura perdu encore des dizaines de milliers de vie et certainement mutilé des centaines de milliers de nos frères et sœurs. Et le texte de Louis Gravier serait hélas encore d'actualité. Je me rappelle avoir commis une chronique similaire le vendredi 22 avril 2016, du temps où j'avais tous les vendredis un temps de parole à Radiomars... Que le temps passe vite.
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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Mali : attaques simultanées sans précédent ..quid du rôle de l'Algérie? 107

En ce milieu d’année 2026, le Mali est entré dans une séquence critique marquée par une série d’attaques simultanées visant plusieurs autres localités et même Bamako. Par leur synchronisation et leur dispersion géographique, ces opérations révèlent un niveau de planification qui dépasse largement celui d’une guérilla fragmentée. Elles traduisent l’existence de capacités logistiques structurées, de circuits d’approvisionnement fiables et de mécanismes de coordination capables d’opérer dans un territoire au moins deux fois plus grand que la France. Cette montée en puissance s’inscrit dans une transformation plus profonde du conflit sahélien, où les dynamiques locales s’entrelacent désormais avec des logiques régionales et géopolitiques. Le paysage sécuritaire n'a jamais été aussi fragmenté mais tout aussi interconnecté. Le théâtre malien reste dominé par deux grandes catégories d’acteurs armés. D’une part, les mouvements Touaregs et "Arabes" regroupés au sein du Cadre stratégique permanent (CSP), héritiers des groupes signataires de l’accord d’Alger. Initialement porteurs de revendications d’intégration et de décentralisation, ils évoluent progressivement vers une exigence d’autonomie politique substantielle pour l’Azawad. Leur territoire avait de tout temps relevé par leur "beiaa", allégeance, du Sultan du Maroc, jusqu'à la colonisation française. D’autre part, les organisations djihadistes affiliées à Al-Qaïda et ou à l’État islamique poursuivent un projet idéologique transnational. Leur objectif n’est pas la gestion d’un territoire au sens classique, mais l’affaiblissement durable de l’État et l’imposition d’un ordre islamique en exploitant les fractures locales. On n'est pas loin ici des visées de l'Open Society. Ces agendas distincts, parfois concurrents mais ponctuellement convergents, contribuent à brouiller les frontières entre insurrection politique, criminalité organisée et terrorisme. L’intensification actuelle des violences s’explique en partie par la rupture du cadre issu de l’accord d’Alger. La reprise de Kidal en 2023 par l’armée malienne, avec l’appui des russes, a profondément modifié l’équilibre militaire et provoqué une rupture avec les groupes signataires. La disparition des canaux politiques a entraîné une remilitarisation puissante. Les affrontements entre forces étatiques et groupes rebelles ont créé des zones de vide sécuritaire rapidement exploitées par les organisations djihadistes, qui y ont renforcé leur implantation et leur capacité d’action. C’est dans ce contexte que devient possible la conduite d’opérations simultanées sur plusieurs théâtres. Contrairement à une vision classique du contrôle territorial, les groupes armés ne reposent pas sur des bases fixes. Leur efficacité tient à leur mobilité, à leur dispersion et à leur capacité d’adaptation. Ils évoluent entre zones rurales, espaces désertiques et régions frontalières avec le Niger, le Burkina Faso ou le Tchad, tout en s’appuyant sur des relais urbains discrets. Cette géographie du contournement s’accompagne d’une organisation en réseaux, où les fonctions logistiques, opérationnelles et de renseignement sont décentralisées mais coordonnées. Leur puissance repose également sur des circuits d’approvisionnement diversifiés: trafics transsahariens, marchés noirs, récupération d’équipements militaires. L'un de leurs chefs les plus prestigieux était appelé Monsieur Marlboro. Ces flux forment un écosystème informel profondément ancré dans les économies locales et transfrontalières, rendant toute stratégie d’assèchement particulièrement complexe. La crise malienne ne peut plus être analysée uniquement à l’échelle nationale. Elle est désormais fortement influencée par les recompositions géopolitiques régionales, au premier rang desquelles la dégradation des relations entre Bamako et Alger. Comme elle subit de plein fouet le fait d'adhérer au plan marocain de désenclavement du Sahel. Alger en est plus que heurté. Officiellement, l’Algérie demeure attachée à l’unité du Mali. En même temps, des soupçons récurrents évoquent l’existence de soutiens logistiques indirects transitant par les zones frontalières algériennes: flux de carburant, facilitation des mobilités ou tolérance de certains circuits informels. Alger rejette fermement ces accusations et aucune preuve publique ne permet d’établir à ce stade une implication directe de l’État algérien dans la conduite des opérations armées. La réalité apparaît plus nuancée. Sans nécessairement piloter les groupes armés, l’Algérie dispose d’un levier structurel lié à sa géographie, à ses réseaux d’influence et à sa capacité à contrôler, ou à relâcher, certains flux transfrontaliers. La décision récente du Mali de soutenir explicitement la position marocaine sur les provinces du sud constitue une rupture majeure avec Alger et son proxy le Front Polisario. Ce réalignement intervient dans un contexte de montée des violences. La causalité est elle directe ? Il est plausible qu’il ait contribué à modifier certains équilibres régionaux, notamment en affaiblissant des mécanismes informels de coopération sécuritaire ou de contrôle des flux. Plus qu’une relation de cause à effet, il s’agit d’un enchevêtrement de dynamiques politiques et sécuritaires qui se renforcent mutuellement. Attribuer à l’Algérie un rôle de commandement direct dans les attaques serait réducteur. Aucune donnée vérifiable ne permet d’étayer une telle hypothèse. En revanche, son rôle dans l’environnement stratégique est réel. Oui, l’Algérie joue un rôle dans la crise malienne, mais pas de façon simple ni univoque : elle est à la fois **acteur diplomatique central**, **suspectée de soutiens logistiques indirects**, et **actrice blessée par la volte‑face malienne sur le Sahara Marocain**. La simultanéité entre la reconnaissance explicite de la marocanité du Sahara par le Mali et la montée spectaculaire des attaques ne relève probablement pas du simple hasard, mais d’un réalignement géopolitique qui secoue tout le Sahel. Un avertissement pour la Mauritanie par exemple? Les attaques ne constituent pas un épisode isolé, mais le symptôme d’une mutation plus large du conflit. Celui-ci évolue vers une forme plus mobile, plus structurée et profondément imbriquée dans les dynamiques régionales. Entre revendications autonomistes, insurrection djihadiste et rivalités géopolitiques, le Mali se trouve désormais au cœur d’un système conflictuel complexe, où les frontières entre acteurs, motivations et soutiens deviennent de plus en plus poreuses. Dans ce contexte, une réponse strictement militaire apparaît insuffisante. La stabilisation du pays dépendra autant de la reconstruction d’un cadre politique crédible que de la prise en compte des dimensions transnationales du conflit, désormais au cœur de sa résilience. C'est là le rôle complexe attendu du Maroc. Qu'il s'agisse de contribuer à la stabilité du Mali ou encore à initier des projets de développement à même d'avoir un impact d'apparaisement durable .

Trophée Hassan II : cinquante ans d’histoire, de mémoire et de vision royale 105

Il y a des anniversaires qui ne sont pas de simples chiffres. Ils sont des balises dans une vie, des repères dans une mémoire. Cette 50ᵉ édition du Trophée Hassan II de golf est de ceux-là. Et pour moi, elle a une saveur particulière : celle d’un demi-siècle d’histoire que j’ai, modestement, eu la chance de vivre. Je me revois encore, jeune et enthousiaste, désigné par l'ami Najib Salmi, pour couvrir pour *L’Opinion* la toute première édition. Nous ne savions pas encore que nous assistions à la naissance d’un événement appelé à traverser les décennies et à inscrire le Maroc sur la carte mondiale du golf. À l’époque, le pari pouvait sembler audacieux. Le golf n’était pas un sport populaire au Maroc, encore moins un vecteur d’image internationale. Mais ce pari portait la marque d’une vision. Celle de Hassan II. Car il faut le dire sans détour : le Trophée Hassan II n’est pas seulement une compétition sportive. Il est l’expression d’une stratégie. Une manière, pour un souverain visionnaire, d’anticiper ce que serait la diplomatie moderne : une diplomatie d’influence, d’image, de rayonnement culturel et sportif. Hassan II avait compris, bien avant beaucoup d’autres, que le sport pouvait être un langage universel. Un espace où les nations se rencontrent sans protocole rigide, où les élites échangent dans un cadre informel, et où l’image d’un pays se construit avec finesse. Le golf, en particulier, offrait cette dimension à la fois prestigieuse et discrète, parfaitement en phase avec l’idée qu’il se faisait du positionnement du Maroc. Le golf au Maroc avait sa tradition et sa propre saveur à laquelle venait gouter régulièrement un certain Wilson Churchill... Au fil des éditions, j’ai vu ce trophée grandir. D’un tournoi encore confidentiel, il est devenu une étape reconnue du circuit international. J’ai vu défiler des champions, évoluer des infrastructures, se professionnaliser une organisation. Mais plus encore, j’ai vu se confirmer, année après année, la justesse d’une intuition royale. Ce qui me frappe aujourd’hui, en regardant en arrière, ce n’est pas seulement la longévité de l’événement. C’est sa cohérence. Rien n’a été laissé au hasard. Le choix des parcours, la qualité de l’accueil, l’attention portée aux détails… tout cela répond à une exigence : faire du Maroc une référence. Et puis, il y a cette dimension humaine, souvent oubliée dans les bilans officiels. Les rencontres, les discussions en bord de green, les complicités nouées au fil des ans. Najib Salmi n’est plus là pour partager ce moment, mais je sais qu’il aurait savouré, comme moi, cette continuité. Nous avions commencé cette aventure presque en témoins curieux ; nous la voyons aujourd’hui consacrée. Cinquante éditions plus tard, le Trophée Hassan II est bien plus qu’un tournoi. Il est un héritage. Celui d’un roi dont l’histoire retiendra, sans doute, qu’il fut l’un des plus grands de la dynastie alaouite, non seulement par son sens politique, mais par sa capacité à voir loin, très loin. Aujourd'hui la vision est renouvelée. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a revigoré l'option et l'optique et avec véhémence Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid veille à ce que cela se traduise dans les faits de la meilleure des manières. Et moi, simple chroniqueur de ce temps long, je mesure aujourd’hui le privilège d’avoir été là au début… et d’être encore là pour en raconter la trajectoire et savourer le spectacle avec la fierté du citoyen comblé de vivre sa marocanité.

Football marocain : quand le spectacle devient prétexte à la confrontation... 115

Il y avait, au départ, une forme d’optimisme presque candide. En modernisant les infrastructures, en offrant aux supporters des stades aux standards internationaux, en professionnalisant l’organisation et l’accueil, en passant à ce qui est aujourd’hui appelé fan experience, beaucoup pensaient que le football marocain franchirait un cap non seulement sportif, mais aussi civique. L’idée était simple: en élevant les conditions d’accueil, on élèverait mécaniquement le comportement du public. Les récents événements survenus lors de FAR–Raja au Complexe Moulay Abdallah viennent brutalement contredire cette hypothèse. Une sorte de réveil brutal auquel, naïvement, on ne s’attendait pas. Ce qui s’y est produit n’est ni anodin, ni isolé, ni ne doit être considéré comme un fait divers. C’est au contraire le symptôme d’un mal plus profond, qui dépasse catégoriquement le simple cadre du football. L’illusion de l’infrastructure comme moteur de changement s’est simplement fracassée. Le Maroc a investi massivement dans ses équipements sportifs, avec en ligne de mire des ambitions continentales et internationales, et bien évidemment un leg et un acquis au profit de la jeunesse et du football. Le Complexe Moulay Abdallah, vitrine de cette politique, est censé incarner cette nouvelle ère. Il y a là la sécurité, le confort et l’organisation. Pourtant, ces infrastructures modernes n’ont pas empêché des scènes de violence, de dégradation et d’affrontements. Cela met en lumière une erreur d’analyse fondamentale. On ne résout pas un problème social par une réponse uniquement matérielle. Les stades ne sont pas des bulles étanches coupées des tensions de la société. Ils en sont souvent le reflet amplifié. Depuis quelque temps déjà, ils sont l’habitacle et le creuset de revendications et d’expressions qui dépassent le cadre du football. La question fondamentale est d’ouvrir les yeux. Sommes-nous face à un public de football ou à des groupes organisés, manipulés, poussés pour être la pointe de lance d’agendas obscurs ? Le fonctionnement ne rappelle t il pas les méthodes de l'Open Society? Il serait trompeur de réduire ces débordements à de simples «excès de supporters». Une partie du public présent dans les tribunes ne vient manifestement pas pour le football. Il s’agit, dans bien des cas, de groupes structurés, composés majoritairement de jeunes, parfois très jeunes, qui instrumentalisent l’événement sportif comme un espace d’expression violente. Eux-mêmes sont probablement manipulés et victimes. Le match devient alors un prétexte et le stade un théâtre où se jouent des rapports de force qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jeu. L’affrontement avec les forces de l’ordre n’est pas accidentel. Il est recherché, préparé, parfois même ritualisé. Faut-il y voir une manipulation ? La question mérite d’être posée sans naïveté. Dans de nombreux contextes internationaux, les mouvements de supporters ont été infiltrés, instrumentalisés ou récupérés à des fins politiques, idéologiques ou criminelles. Le Maroc n’est pas, par essence, immunisé contre ce type de dérives. Le penser, c’est faire preuve d'ingénuité. Face aux déraillements, un autre élément interpelle : le mutisme de certains clubs. Ce silence est, au mieux, une forme de lâcheté. Au pire, une complicité implicite ou simplement une peur de les affronter. Les clubs sont les premiers concernés. Leur image et leur finance sont directement affectées par ces comportements. Leur responsabilité morale est engagée. Pourtant, rares sont ceux qui prennent position de manière claire, ferme et publique pour condamner ces actes et se désolidariser de ces groupes. Pourquoi ce silence ? Par crainte de perdre une partie de leur base de supporters ? Par incapacité à contrôler des groupes devenus autonomes ? Ou par calcul, en considérant que ces franges radicales contribuent malgré tout à l’ambiance et à la pression dans les stades ? Quelle qu’en soit la raison, cette posture est intenable. On ne peut pas revendiquer les bénéfices d’un soutien populaire, bénéficier de subventions et d’investissements colossaux aux frais des contribuables, tout en fermant les yeux sur ses dérives les plus graves. Les considérer comme des faits divers livrés aux services de sécurité n’est pas acceptable. Les clubs doivent se manifester, parler, s’exprimer, se désolidariser, condamner ouvertement. Les responsables de l’AS FAR viennent de rompre avec ce silence par un communiqué où ils dénoncent ce qui s’est passé. Il faudra sans doute aller plus loin pour tous les clubs de football et pour leur ligue. Pourquoi pas se constituer partie civile ? L’image des clubs, du football et du pays est lourdement touchée. Il s’agit également d’une question d’autorité et de projet de société. Au fond, la question dépasse le football. Elle renvoie à un enjeu plus large : celui de l’autorité, de l’encadrement de la jeunesse et du sens donné aux espaces collectifs. Quand des jeunes utilisent un match pour « en découdre », cela traduit un déficit d’intégration, de repères et de perspectives. Le stade devient alors un exutoire, mais aussi un terrain d’apprentissage de la confrontation. Il faut donc agir et rapidement. Des jeunes tous vêtus de noir rappellent étrangement des mouvements fascistes d’une autre époque, dans un autre monde. La réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire, même si elle est nécessaire. Elle doit être globale : éducative, sociale, culturelle. Elle suppose également une responsabilisation de tous les acteurs, notamment, on ne le répétera jamais assez, des parents, de la société, des clubs, de la fédération, des autorités locales, mais aussi des médias. Qualifier certains comportements ouvertement dangereux d’expressions festives et en monter des images est hasardeux. On donne implicitement de la visibilité à des mouvements qui en raffolent et qui démontrent ainsi leur puissance, faisant davantage d’émules et de sympathisants. Certains, naïvement, poussent le public à des comportements extrêmes par des narratifs inappropriés et une sémantique dont ils ne maîtrisent pas les codes. Plus que jamais, il y a lieu de restaurer le sens du football qui est, par essence, un moment culturel de partage, d’émotion collective, de rivalité encadrée. Lorsqu’il devient un champ de bataille, il perd sa raison d’être. Il est donc urgent de réaffirmer des lignes claires: - Tolérance zéro pour la violence organisée - Responsabilisation des clubs vis-à-vis de leurs supporters - Responsabilisation de la ligue professionnelle - Identification et sanction des fauteurs de troubles en back office - Reconstruction d’un lien sain entre la jeunesse et le sport. Car à défaut, les plus beaux stades du monde resteront des coquilles vides de sens, incapables de contenir des tensions qu’ils n’ont pas vocation à résoudre. Le Maroc du football mérite mieux que cela. Et il est encore temps de redresser la trajectoire, à condition de regarder la réalité en face, avec intelligence et sans complaisance.

Royaume du Maroc : vers la reconquête d’une grandeur suspendue, non perdue... 149

De la rupture géopolitique du XVIIIe siècle à la recomposition stratégique du XXIe: le Royaume du Maroc se réveille, se retrouve et s'affirme. L’histoire du Maroc défie les récits simplistes d’ascensions et de déclins internes. Elle révèle une continuité profonde, interrompue seulement par des mutations mondiales imposées. La fin du XVIIIe siècle ne signe pas dans ce cas-ci un effondrement civilisationnel, mais une marginalisation systémique due à un virage raté vers l’industrialisation et la modernité. Un projet rejeté par les élites religieuses et une société majoritairement conservatrice, exacerbé par les luttes internes entre traditionalistes dominants et modernistes minoritaires. Cela va impacter l'évolution du pays et va la freiner. Cette « chute » reste relative. Elle découle d’une mutation globale, non d’un déclin intrinsèque uniquement. Sans aller plus loin dans l'histoire, sous Moulay Ismaïl et ses successeurs, le Maroc rayonnait comme puissance structurante, contrôlant les routes transsahariennes vitales, exerçant une influence au Sahel et captant une part significative du commerce vers l'Europe. Ses ambassades étaient partout. L’essor de l’Europe industrielle va bouleverser cet équilibre. La domination maritime, le contournement des caravanes sahariennes et la pression coloniale vont redessiner le monde à une échelle que le Royaume ne maîtrisera pas, ne sentira pas venir ou subira impuissant. Mais le Maroc ne décline pas ; le système-monde évoluera simplement sans lui. Cette distinction est cruciale. Pour l'affaiblir durablement, dans une tentative de le paralyser, de l'handicaper à jamais, le Maroc avait été saucissonné, partagé entre deux puissances coloniales. Il ne perdra la dernière partie de son territoire historique, légitime, que dans les années cinquante. Contrairement aux empires Ottoman ou Persan, rongés par des faiblesses internes, le Maroc demeure cohérent, prêt à se réinsérer dès que les équilibres changent. Immédiatement à son indépendance il ne tardera pas à entamer une vraie lutte pour reprendre la place historique, naturellement la sienne. Signe important de grandeur, c'est sur son territoire que les alliés avaient scellé le pacte de la lutte finale contre les nazis... en présence du Sultan Mohamed Benyoussef et de Moulay Elhassan qui rencontrait ainsi tous les grands d'alors. Le protectorat franco-espagnol (1912-1956) a désarticulé les réseaux africains traditionnels du pays et orienté l’économie vers la dépendance. Pourtant, la monarchie alaouite survit, l’État reste structuré et la légitimité chérifienne intacte. Cette résilience, rare chez les nations colonisées, préserve une continuité historique unique. La relation entre le peuple et la dynastie régnante est à toute épreuve. C'est là le socle d’une reconquête inéluctable. Aujourd’hui, une convergence inédite de facteurs internes et externes referme cette parenthèse. Le Maroc réactive sa vocation impériale au sens géopolitique, non par la domination, mais plutôt par une coopération stratégique. Depuis l’intronisation de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Royaume inverse la tendance sur trois fronts majeurs. * D'abord par le retour en Afrique en ravivant les racines ancestrales. Le Maroc investit massivement en Afrique de l’Ouest (banques, télécoms, agriculture...). Il consolide une diplomatie religieuse et se positionne comme pont vers le continent. Ce rôle ancestral, tenu sous les Alaouites, renaît sous une forme moderne basée sur la coopération et la complémentarité pour un développement partagé. * Le Royaume engrange victoire après l'autre au plan diplomatique. C'est simplement décisif pour l'intégrité du pays par le recouvrement de territoires spoliés. La reconnaissance croissante de la souveraineté sur les provinces du Sud avec les États-Unis (2020), l'Espagne (2022), la France (2024), la quasi-totalité des pays arabes, la majorité des pays d'Europe et des pays africains et l’ouverture de consulats à Laâyoune et Dakhla, transforment une posture défensive en offensive. « Le Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », déclarait le souverain le 20 août 2022. Le Royaume impose désormais son agenda régional. * Le Maroc assume une centralité géostratégique globale : partenariats avec les États-Unis (statut d’allié majeur non-OTAN depuis 2004), coopération sécuritaire européenne, diversification des partenariats et ancrage africain en font un pivot Afrique-Atlantique-Méditerranée. Tanger Med, 16e hub logistique mondial en 2025, en est la preuve ; Dakhla Atlantique, opérationnel d’ici 2027, ouvrira l’autre façade atlantique. Ce n'est pas une vue de l'esprit en fait que de vouloir retrouver ses fondamentaux. Le Royaume a justement tous les atouts pour assumer ce qu'il est et ce qu'il entend devenir. Il l'a déjà été des siècles pour ne pas dire des millénaires durant. Les fondations internes du pays sont solides. Celles historiques comme celles modernes. C'est le plus ancien État-Nation au monde. La stabilité monarchique, la continuité institutionnelle et des projets phares ( Coupe du Monde de football, TGV, Energie solaire, Ecosystème industriel performant, Réseau autoroutier dans le top 20 mondial, Réseau portuaire) forgent un socle véritable de développement. Le Maroc dispose donc d’outils modernes à toute épreuve pour projeter son influence. Cette renaissance crédible et accélérée repose sur trois dynamiques convergentes : 1. **Basculement vers l’Afrique** : La démographie explosive (2,5 milliards d’habitants d’ici 2050) du continent, les ressources naturelles et les marchés émergents confortent et expliquent le choix du Maroc qui y est déjà leader avec 1 200 projets d’investissement. 2. **Crise des rivaux** : L'instabilité sahélienne avec pour exemple les récents développements au Mali notamment, les échecs idéologiques algériens (dépendance gazière, isolement diplomatique) isolent les concurrents ; le Maroc offre une alternative crédible, stable et pragmatique. 3. **Continuité historique** : le royaume ne «devient» pas puissance ; il redevient centre politique, hub commercial et catalyseur d'investissement, comme il l'a toujours été par le passé. Il s'agit donc d'un simple alignement historique total, adossé à une vision claire et des moyens mobilisés et dirigés vers le développement de la région et partant du continent du futur qu'est l'Afrique. Parler de «grandeur perdue» est une erreur. Elle fut freinée par des mutations mondiales, figée par la colonisation, contenue par des équilibres régionaux imposés de l'extérieur. Aujourd’hui, le contexte international, la stabilité interne et la stratégie extérieure s’alignent pour la première fois depuis au moins les années 1800. **Le Maroc ne revient pas sur la scène de l’histoire: il sort simplement d’un moment où l’histoire s’écrivait sans lui.** Il entend aujourd'hui retrouver sa place naturelle avec une perspective de co-développement au profit des Africains là où ils sont.

AFCON 2025, règlement et récit : quand le droit du jeu rattrape le débat... 148

La controverse autour de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 aura été déterminante. Elle ressemble désormais moins à un débat qu’à un feuilleton à épisodes, où le droit et la passion se disputent le premier rôle, chacun convaincu d’avoir le meilleur scénario. Depuis plusieurs semaines, la décision de la Confédération Africaine de Football, via son jury d’appel, entérinant la défaite du Sénégal sur tapis vert et consacrant le Maroc comme vainqueur officiel, est passée au crible, disséquée, contestée, parfois même réécrite au gré des sensibilités. Les commentateurs les plus véhéments invoquent un principe qu'ils élèvent au rang de la sacralité: un match de football doit se jouer sur la pelouse, pas dans les bureaux climatisés. Effectivement, mais jusqu'au moment où les règles fondamentales se retrouvent transgressées, bafouées. L'argument est noble, certes… mais il oublie commodément que sans règlements, sans sanctions et sans instances pour les appliquer, le football ressemblerait vite à une cour de récréation géante où chacun redessine les règles à la mi-temps. En réalité, ce débat dit moins quelque chose du match lui-même que de notre difficulté collective à accepter qu’au football aussi, comme dans la vie, il arrive que le coup de sifflet final retentisse… en dehors du terrain. L'argument, séduisant dans l’absolu, celui du résultat acquis sur le terrain, se heurte pourtant à une réalité incontournable : le football est aussi, et peut-être avant tout, un cadre normatif universel. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni équité, ni légitimité, ni universalité. Et précisément, les récents ajustements apportés par The International Football Association Board viennent précisément éclairer cette tension entre idéal sportif et discipline réglementaire. Pour rappel c'est l'IFAB qui établi les règles du football de manière assez indépendante des instances de la FIFA. Un leg du passé, mais un bon héritage garantissant une certaine objectivité et beaucoup de neutralité. En apportant quelques modifications récemment en matière de Lois du Jeu, l’instance a introduit une clarification majeure. Dorénavant tout joueur quittant le terrain en signe de protestation s’expose à un carton rouge assorti d'une exclusion, et désormais toute équipe responsable de l’abandon d’un match sera déclarée forfait. C'est la suite logique de ce qui s'est passé à Rabat. Un véritable leg heureux là aussi. IFAB dit simplement: plus jamais ça. Ce point est crucial. Il ne s’agit pas d’une interprétation, mais d’une volonté explicite de renforcer l’autorité de l’arbitre et de préserver l’intégrité des compétitions par un respect renforcé des règles de jeu et de compétition. En d’autres termes, le comportement observé lors de cette finale controversée n’est pas simplement regrettable sur le plan moral ; il est désormais formellement encadré et sanctionné sur le plan réglementaire. Cela change profondément la nature du débat. Car si l’on peut discuter de l’opportunité d’une décision passée, il devient difficile d’ignorer que le sens du droit évolue précisément dans la direction adoptée par la CAF et soutenue ainsi explicitement par l'instance qui concocte les règles du football et donc par ricochet par FIFA elle même. Dès lors, une question se pose : pourquoi certains analystes choisissent-ils de mettre en avant des éléments secondaires des nouvelles règles, comme l’interdiction pour les joueurs de se couvrir la bouche lors de contestations ou échanges entre joueurs, tout en omettant les dispositions centrales concernant l’abandon de match ? N'ont ils pas relevé l'importance du changement le plus important survenu dans la planète football et avec effet immédiat? Ce choix éditorial interroge. Il suggère moins une volonté d’informer pleinement qu’une tentative de maintenir une ligne argumentative fragilisée par l’évolution du cadre juridique. Refuser d’intégrer ces nouvelles données, c’est s’exposer au reproche de partialité, voire de construction narrative volontairement mal orientée. Il serait pourtant plus fécond de reconnaître que le football moderne ne peut survivre sans discipline collective. Le romantisme du “jeu décidé sur le terrain” ne peut justifier des comportements qui sapent l’autorité arbitrale et menacent l’ordre même de la compétition. En ce sens, la décision de la CAF apparaît aujourd’hui moins comme une anomalie que comme une anticipation heureuse, peut-être sévère, mais cohérente d’une évolution normative désormais assumée au plus haut niveau du football mondial. La polémique autour de cette finale dépasse donc largement le cadre d’un simple match. Elle révèle une fracture entre deux visions du football : l’une, émotionnelle et narrative, attachée à l’idée d’un jeu peu importe la manière ; l’autre, institutionnelle et juridique, consciente que sans l'observation de règles strictes, le jeu lui-même perd toute signification. Et dans ce face-à-face, le droit du jeu semble désormais avoir pris une longueur d’avance de manière irrévocable. C'est dans le sens de l'histoire, de l'innovation peut être mais sans doute dans celui de l'évolution normale des choses. Désormais personne n'utilisera plus la menace de quitter une partie pour peser sur les décisions de l'arbitre. Désormais et à jamais le droit va primer en toute circonstances.