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Le silence de Gessime Yacine : l'image d'une désillusion, mais aussi d'un immense espoir 54

À l'instant où l'arbitre siffle la fin de la demi-finale entre le Maroc et la France, une image résume à elle seule toute la douleur des Lionceaux de l'Atlas. Gessime Yacine, accroupi sur le ballon, le visage caché sous son maillot, reste immobile. Il ne cherche ni les caméras ni les consolations. Il semble simplement tenter de comprendre ce qui vient de se passer. Personne ne saura jamais ce qu'il se dit, s'il se dit quelques choses. Personne ne mesurera la profondeur de sa douleur. Personne autre que lui n'a vécu un tel moment ni ne le vivra lui le petit qui à ses premières minutes de jeu en coupe du monde inscrira un but salvateur pour son pays. Des instants comme ceux là sont uniques. Cette photographie n'est pas seulement celle d'une défaite. Elle raconte le poids d'un parcours exceptionnel qui s'est brutalement arrêté face à une équipe de France plus expérimentée, plus profonde et mieux préparée. Une selection en disent certains... Pour beaucoup, cette rencontre a laissé un goût d'inachevé. Le Maroc, si entreprenant depuis le début de la compétition, est apparu méconnaissable. Pourtant, réduire cette prestation à une simple contre-performance serait oublier le contexte dans lequel cette équipe s'est construite. D'abord, il y a la différence de niveau structurel entre les deux sélections. La France dispose d'un réservoir impressionnant de joueurs évoluant au plus haut niveau européen, au point de pouvoir laisser sur son banc plusieurs champions d'Europe. À l'inverse, le Maroc présentait un groupe largement renouvelé après une CAN décevante, hérité d'un vestiaire en reconstruction et confié à un nouveau sélectionneur seulement quelques semaines avant la Coupe du monde. La préparation a été extrêmement courte. Quinze jours à peine pour mettre en place un projet de jeu, créer des automatismes et construire un véritable collectif avec une majorité de jeunes joueurs qui, pour certains, ne s'étaient jamais côtoyés auparavant. Beaucoup évoluent dans des clubs modestes et certains disposent même d'un temps de jeu limité en championnat. Le parcours n'a rien eu d'un long fleuve tranquille. Au tirage au sort le Maroc s'est retrouvé dans une partie compliquée du tableau. C'est le moins que l'on puisse en dire. Le fait d'avoir trois pays organisateurs a pesé sur la composition des groupes...et puis les agissements du maitre de cérémonie qui place certaines équipes de façon à ne pas les rencontrer avant les demi finales... Ca aussi il ne faut ni l'oublier ni en négliger l'impacte. Dès l'entrée en lice, le Maroc s'est retrouvé face au Brésil, avant d'enchaîner uniquement des rencontres couperets à élimination directe. L'Écosse, les Pays-Bas – probablement l'une des meilleures générations néerlandaises de ces dernières années – puis le Canada, pays organisateur animé d'un fort esprit de revanche après son élimination de 2022, avec un coach qui pousse ses joueurs à une agressivité on ne peut plus invraisemblable. Les marocains ont même eu aller aux tits au but contre les hollandais. C'estr épuisant physiquement et mentalement. beaucoup d'influx nerveux est ainsi consommé. À cela s'ajoutent les longs déplacements. Plus de 11 000 kilomètres parcourus pendant le tournoi représentent une contrainte physiologique réelle. Les spécialistes de la préparation physique reconnaissent que les voyages transcontinentaux, les décalages horaires et les longues heures passées en avion affectent les jambes et la récupération, surtout lorsque les délais entre les rencontres sont réduits. Chacun sait combien sont enflés nos pieds à une descente d'avion. Enfin, les décisions arbitrales alimentent également les débats. Pourquoi tous les arbitres étaient argentins pour France-Maroc...Un argentin peut il déjuger un autre sachant qu'ils auront à se côtoyer chez eux dès après la coupe de monde...C'est bizarre non? Comment expliquer les larmes d'un arbitre de touche ayant donné l'accolade à Bounou? Nombreux observateurs marocains et pas que contestent plusieurs faits de jeu: le penalty accordé à la France, le carton infligé à Issa Diop sur un leger contacte avec Mbape, excellent comédien comme chacun le sait, ou encore l'action précédant le premier but français, certainement litigieuse en raison de la main nette de Rabiot à l'origine de l'action. Il a bel et bien conduit la balle de la main avant de la passer en profondeur. Comme dans toute grande compétition, ces décisions continueront sans doute de susciter des interprétations divergentes. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à expliquer l'issue de la rencontre. Les marocains n'ont eu un bon tir cadré, tir très mou, qu'à la 86è minutes. Le sélectionneur lui-même pourra voir certains de ses choix tactiques discutés. Son schéma de jeu a surpris. S'il avait permis de battre la France, il aurait sans doute été salué comme un coup de génie. Le football est ainsi fait: les résultats façonnent souvent le jugement porté sur les décisions. Mais au-delà de cette élimination demeure une interrogation plus large, souvent exprimée par une partie des supporters : les grandes nations émergentes bénéficient-elles du même environnement et du même niveau de protection que les puissances traditionnelles du football mondial ? Cette question dépasse largement le seul cas du Maroc et continuera d'alimenter les débats, sans qu'il soit possible d'y apporter une réponse définitive. Une certitude, en revanche, s'impose. L'image de Gessime Yacine, le visage caché dans son maillot, ne symbolise pas l'échec. Elle symbolise l'immense exigence de cette génération. Ces jeunes ne pleurent pas simplement une demi-finale perdue ; ils pleurent une occasion qu'ils pensaient à leur portée. Gessime est champion du monde dans sa catégorie d'âge. Personne ne peut le lui enlever. Le football marocain sort grandi de cette Coupe du monde. Malgré les difficultés de préparation, le manque d'expérience collective et un parcours semé d'obstacles, cette équipe a montré qu'elle pouvait rivaliser avec les meilleures nations. Elle a même amélioré son classement pendant cette coupe du monde très particulière. Les larmes de Gessime Yacine sont celles d'un compétiteur qui refusait de s'arrêter là. C'est peut-être cette image, plus que le score final, qui restera dans les mémoires en tous cas qui doit le rester: celle d'un jeune joueur effondré aujourd'hui, mais dont la détermination pourrait nourrir les plus grandes victoires de demain. 2030 n'est pas si loin. Il n'aura que 24 ans... Quant à ceux qui s'adonnent à Cœur joie à l'insulte, la calomnie et la désinformation ou encore à des analyses plus farfelues les unes que les autres jouant sur des émotions à vif, juste parce qu'ils ont trouvé une raison de se valoriser sur les ondes, antennes et réseaux sociaux, on sait qu'ils retourneront leurs vestes à la première victoire prochaine. Leur moment est entrain de passer et passera obligatoirement. Cette équipe marocaine, son coach, et son staff sont quart de finalistes...Ne l'oublions surtout pas.

L'Afrique, véritable cœur battant du football mondial... 72

Les chiffres ont parfois plus de force que les discours. À la Coupe du monde 2026, près d’un joueur sur quatre est africain ou d’origine africaine. Ce simple constat suffit à mesurer l’immense contribution du continent au football mondial. Sur les 1 248 joueurs engagés dans cette édition, environ 333 sont africains ou d’origine africaine, soit près de 27% des participants. Ce total comprend les 260 joueurs des dix sélections africaines qualifiées et 73 joueurs d’origine africaine évoluant sous les couleurs de sélections européennes, nord-américaines ou d’autres continents. Cette présence massive confirme que l’Afrique n’est plus seulement un réservoir : elle façonne aujourd’hui le jeu mondial. Pendant longtemps, l’Afrique a été regardée comme une terre de promesses. Aujourd’hui, elle est une terre de certitudes. Ses académies forment des joueurs d’exception, ses championnats révèlent des talents toujours plus jeunes et sa diaspora illumine les plus grandes sélections de la planète. Les grandes nations du football (France, Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, entre autres) s’appuient largement sur des joueurs aux racines africaines, devenus des cadres de leurs équipes nationales. Ce phénomène s’explique par une double réussite. D’un côté, les centres de formation africains produisent chaque année des talents de très haut niveau. De l’autre, les diasporas africaines installées en Europe et ailleurs permettent à de nombreux jeunes de grandir dans des environnements footballistiques performants tout en conservant un fort héritage culturel africain et des liens solides avec les pays de leurs origines. La Coupe du monde 2026 est donc plus qu’un tournoi dominé par les grandes puissances traditionnelles : elle est aussi celle de l’Afrique, de son immense réservoir de talents et de sa diaspora, qui ensemble représentent près du tiers des joueurs présents. Sans les joueurs issus du continent ou de sa diaspora, le niveau de nombreuses grandes sélections serait profondément différent. Le football moderne parle de plus en plus avec un accent africain. Cette réalité doit interpeller les dirigeants africains. Si le continent produit autant de talents capables de briller partout dans le monde, il possède également le potentiel pour bâtir des championnats plus solides, des infrastructures modernes et des clubs capables de rivaliser avec les meilleures références internationales. Le talent existe ; il faut désormais lui offrir un environnement à la hauteur de son immense valeur. La Coupe du monde 2026 symbolise une transformation : l’Afrique n’est plus un simple réservoir de joueurs, elle est devenue une force qui façonne l’histoire du football. Le XXIe siècle du football sera, en grande partie, africain non par hasard, mais parce que le continent possède ce que le football recherche le plus : un vivier inépuisable de talent, de créativité, de résilience et de passion. Reste une question politique : le système de la FIFA et les instances internationales sont-elles prêtes à traduire cette réalité par davantage de représentativité et d’opportunités pour les équipes africaines ? Cela dépend d’intérêts souvent éloignés du seul jeu.

Maroc 2026 : l’entrée dans le cercle des nations qui comptent au Mondial... 134

L’image est saisissante. Elle aligne, édition après édition, les sélections ayant atteint le Top 8 de la Coupe du monde, autrement dit les quarts de finale et au-delà depuis 1986. On y retrouve les grandes puissances traditionnelles du football mais tout en bas, à la ligne 2026, un drapeau attire immédiatement le regard dans ce paysage dominé depuis quarante ans par les mêmes : le Maroc. Ce n’est ni un détail ni un accident statistique ni une simple parenthèse émotionnelle née de l’épopée de 2022. C'est une transformation profonde : le Maroc s’installe durablement dans la géographie du football de très haut niveau. Atteindre le Top 8 d’une Coupe du monde n’est jamais anodin. Cela signifie appartenir aux huit meilleures sélections de la planète dans la compétition la plus exigeante, où se croisent pression populaire, densité tactique, expérience et qualité. Ce niveau est un révélateur distinguant les nations capables non seulement de se qualifier, mais surtout d’impacter le tournoi. Depuis 1986, les quarts sont largement monopolisés par un noyau dur de pays. Le Brésil est presque omniprésent ; l’Argentine apparaît régulièrement. L’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie reviennent de façon récurrente. À côté de ces géants, quelques émergences ponctuelles se distinguent selon les cycles : la Croatie, l’Uruguay, la Corée du Sud, le Sénégal, le Ghana, la Suède, la Suisse ou la Belgique. Ce que révèle cette fresque, ce n’est donc pas tant le prestige d’un exploit isolé que la difficulté de s’inscrire durablement dans ce cercle. Et c’est précisément là que la présence du Maroc en 2026 prend toute sa signification. En 2022, le Maroc avait bouleversé la hiérarchie en devenant la première nation africaine à atteindre les demi‑finales. Cette performance, saluée comme un exploit immense, reposait sur une solidité défensive remarquable, un engagement collectif rare et une qualité technique compatible avec les meilleures sélections. Mais un grand football ne se juge pas seulement à l’exploit ; il se mesure à la capacité de transformer l’exception en continuité. C’est là que le Maroc change de dimension. Si l’on se fie à la dynamique suggérée par cette image, les Lions de l’Atlas ne sont plus seulement l’équipe qui a surpris le monde en 2022. Ils sont capables d’enchaîner deux Coupes du monde de très haut niveau, passant ainsi du statut de belle histoire à celui de puissance crédible et durable. Autrement dit, le Maroc n'est plus l’invité d’un tournoi, mais l’un de ses acteurs réguliers. Pendant des décennies, l’Afrique a souvent été perçue comme un réservoir de talents sans parvenir à convertir ce potentiel en constance dans les grands rendez‑vous. Certes, il y eut des percées historiques : le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002, le Ghana en 2010, mais ces performances restaient trop souvent isolées. Le Maroc modifie cette perception. En s’installant dans le haut du tableau mondial, il ne porte pas seulement son drapeau : il redéfinit l’ambition africaine. Il montre qu’une sélection du continent peut non seulement battre les grandes nations, mais aussi construire un projet suffisamment solide pour durer, s’adapter et revenir. Cette évolution est capitale. Elle fait voler en éclats l’idée selon laquelle les quarts ou les demi‑finales seraient un plafond de verre presque inaccessible pour les équipes africaines. Le message devient clair : l’Afrique n’est plus condamnée à l’exploit ponctuel ; elle peut viser la permanence au sommet. Si le Maroc s’invite dans cette conversation mondiale, ce n’est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs années, le pays a investi dans les fondations du football de haut niveau : structuration, montée en puissance des centres de formation, professionnalisation accrue, amélioration du scouting et mise en place d’un environnement plus compétitif pour les talents locaux et les binationaux. Le modèle marocain a progressivement gagné en cohérence. Il ne repose plus uniquement sur des individualités ou sur une génération spontanée ; il s’appuie sur un écosystème : infrastructures, vision stratégique, intégration de compétences, réservoir de joueurs évoluant dans les meilleurs championnats et identité de jeu de plus en plus affirmée. C’est ce qui distingue les nations durables des équipes éphémères. Les premières ne vivent pas d’une émotion ; elles bâtissent la continuité. Et la grande force du Maroc tient peut‑être là : avoir compris que la performance se prépare en amont, dans l’organisation, la formation et la stabilité. Bien sûr, une Coupe du monde reste une épreuve impitoyable. Blessures, tirages, forme du moment et arbitrage peuvent tout remettre en cause. Mais l’intérêt de cette projection n’est pas de prétendre écrire l’avenir ; il est de mettre en lumière une tendance : le Maroc est désormais perçu comme une nation légitime du Top 8 mondial. C’est en soi une révolution symbolique. Pendant longtemps, les supporters marocains rêvaient de voir leur sélection rivaliser avec les meilleurs. Désormais, l’ambition change d’échelle : il ne s’agit plus seulement de participer ou de bien figurer, mais de compter durablement parmi les équipes qui jouent les derniers tours. Le plus important est peut‑être là : le Maroc n’est plus regardé avec condescendance, comme une équipe capable d’un coup d’éclat. Il est observé avec respect, comme une sélection susceptible de revenir, de confirmer et d’installer un standard. Au fond, cette image raconte quelque chose de plus large qu’un simple classement par drapeaux. Elle illustre l’évolution du football mondial. Les empires traditionnels restent présents, mais leur monopole s’effrite. De nouvelles nations s’organisent, investissent, se structurent et contestent la vieille hiérarchie. Dans ce mouvement, le Maroc apparaît comme l’un des symboles les plus marquants du basculement en cours. Être associé, sur la durée, à des pays comme l’Argentine, le Brésil, la France, l’Angleterre ou l’Espagne n’est pas un honneur décoratif : c’est la preuve qu’un pays a franchi un seuil, celui de la crédibilité, de la maturité et de l’ambition assumée. Le Maroc de 2026, tel qu’il ressort de cette lecture, n’est donc pas seulement une équipe qualifiée parmi les huit meilleures. Il est le signe qu’un football national a atteint un niveau de développement qui lui permet de regarder les géants dans les yeux et de le faire sans complexe. L’image du Top 8 depuis 1986 met en lumière une vérité simple : les places au sommet sont rares, chères et généralement réservées aux mêmes puissances. Voir le Maroc y figurer à nouveau en 2026 a une portée considérable : la confirmation que l’exploit de 2022 n’était pas une parenthèse enchantée, mais le début d’un cycle. Et c’est sans doute là la vraie victoire marocaine : avoir déplacé la question. On ne se demande plus si le Maroc peut surprendre. On commence à se demander jusqu’où il peut aller, et combien de temps il peut rester là‑haut.

Maroc–Canada : qualification héroïque, arbitrage acrobatique et sifflet à géométrie variable... 217

Il y a des matchs qui se gagnent au talent, d’autres au mental, et d’autres encore malgré l’arbitrage. Le Maroc, face au Canada, a réussi le triplé. Dans ce huitième de finale de Coupe du monde, les Lions de l’Atlas n’ont pas seulement dû affronter une équipe parmi les plus agressives du tournoi, ce jour-là un peu plus qu'auparavant ; ils ont aussi dû composer avec un arbitre dont la rapidité à dégainer les cartons semblait relever moins de la justice sportive que du réflexe pavlovien dès qu’un maillot blanc entrait dans son champ de vision. Heureusement qu'ils n'ont pas joué en rouge, les vaillants marocains... Le bilan est presque poétique dans son absurdité : une équipe canadienne rugueuse, engagée jusqu’à l’excès, parfois franchement brutale, et au final ce sont les Marocains qui repartent avec la collection la plus fournie de cartons jaunes. Six pour le Maroc, trois pour le Canada. À croire qu’au royaume du sifflet, le coupable n’est pas celui qui distribue les coups, mais celui qui a le mauvais goût de les recevoir et encore plus s'il venait à protester. Fut-il capitaine d'équipe. L’arbitre, il faut le reconnaître, avait un vrai talent : celui de dégainer plus vite que son ombre lorsqu’un joueur marocain osait commettre "l’irréparable" : un tacle un peu appuyé, une contestation, parfois même un simple regard trop insistant. On aurait dit Lucky Luke, mais version arbitrage FIFA : le carton semblait sortir avant même que la faute ne soit terminée. En revanche, lorsqu’il s’agissait des coups portés aux Marocains, le cow-boy devenait soudain myope, contemplatif, presque philosophe. Certaines brutalités n’étaient manifestement pas perceptibles à l’œil arbitral. Le cas Hakimi mérite à lui seul un petit chapitre dans le manuel des incompréhensions footballistiques. Une agression évidente, un geste qui, dans un monde normalement administré, appelait au minimum un rouge, ou à défaut un sérieux rappel à l’ordre. Mais non. Monsieur l’arbitre n’a rien vu. Ou, plus précisément, il n’a pas souhaité voir. Même scénario pour Mazraoui, lui aussi victime d’un traitement musclé que l’homme au sifflet a rangé dans la catégorie des incidents mineurs. On imagine qu’il devait réserver sa sévérité à des fautes plus graves, comme par exemple… célébrer un but avec trop d’enthousiasme. Et puis il y a eu cette scène délicieuse, presque surréaliste : le deuxième but marocain inscrit par Azzedine Ounahi. Une action limpide, rapide, lumineuse, exécutée avec une telle évidence qu’elle a semblé arracher à l’arbitre un geste étrange, comme un aveu involontaire. Les bras levés, l’air désolé, il semblait dire au monde entier et probablement aux canadiens ou peut être aux commanditaires, s'il y en avait : *« Excusez-moi, j’ai vraiment tout essayé, mais cette fois je n’ai pas trouvé comment arrêter l’action. » * C’est peut-être cela, le plus bel hommage involontaire rendu au football marocain : même l’arbitre, un instant, a paru désarmé par la beauté du mouvement. Faut-il, à partir de là, sombrer dans le complotisme de comptoir et imaginer la FIFA dans l’ombre, en train de distribuer les scénarios comme un producteur de série télé ? Restons sérieux. Ou plutôt, restons raisonnablement ironiques. Il n’est pas nécessaire de douter de l’institution tout entière pour s’interroger sur certaines désignations. Le Canada appartient au Commonwealth, l’arbitre était anglais : voilà de quoi alimenter, au minimum, quelques haussements de sourcils. Ajoutons à cela l’éternelle condescendance d’un certain establishment footballistique envers les « petites équipes » qui ont le tort de ne pas respecter la hiérarchie écrite d’avance, et l’on obtient un cocktail suffisamment troublant pour nourrir les conversations de café pendant des années. Bien sûr, nous n’en saurons probablement jamais rien. Les arbitres, comme les diplomates, emportent souvent leurs secrets avec eux. Chacun gardera ses certitudes, ses soupçons, ses dénégations et ses silences. Mais au fond, l’essentiel est ailleurs. Il est dans cette qualification immense, conquise non seulement contre un adversaire rugueux, mais aussi contre un contexte qui n’avait rien d’un tapis rouge. Il est dans la maîtrise technique d’un Ounahi, la solidité d’un Amrabat, la classe d’un Hakimi, le courage d’un Mazraoui, l'inspiration d'un Bounou et dans l’intelligence collective d’un groupe qui a su garder son sang-froid là où d’autres auraient perdu la tête. Car cette équipe marocaine ne se contente pas de jouer au football : elle raconte quelque chose. Elle raconte un pays qui se redresse, qui se respecte, qui se projette. Elle raconte un collectif qui n’accepte plus le rôle folklorique qu’on assignait trop souvent aux sélections africaines ou arabes : faire joli, courir beaucoup, puis rentrer chez soi avec les compliments de la galerie. Non. Ce Maroc-là veut gagner, veut durer, veut déranger. Et il dérange, justement parce qu’il n’est plus là pour faire de la figuration. Cette victoire a donc le goût de la revanche, mais surtout celui de l’affirmation. Une nation entière jubile, portée par ses joueurs, son staff, et par une dynamique plus large qui dépasse le simple cadre du sport. Il y a, derrière cette épopée, une vision, une ambition, une fierté retrouvée. Le football n’explique pas tout, mais il révèle beaucoup : un état d’esprit, une discipline, une confiance. Et ce que montrent aujourd’hui les Lions de l’Atlas, c’est un Maroc qui a cessé de demander la permission d’exister au plus haut niveau. Reste maintenant l’étape suivante : la France. Et avec elle, une autre question, devenue presque un rituel avant même le coup d’envoi : qui arbitrera ? Parce qu’à ce niveau-là, la désignation de l’homme en noir finit presque par ressembler à l’annonce du menu. On saura très vite si le Maroc est convié au banquet… ou s’il est lui-même inscrit à la carte. Quoi qu’il en soit, une chose est acquise : ce Maroc a déjà gagné quelque chose de précieux. Il a gagné le respect des siens, l’admiration de millions de supporters, et la certitude qu’il peut regarder n’importe quelle grande nation droite dans les yeux. Et si, en plus, il faut battre l’adversaire, le doute et l’arbitre, alors autant le faire avec panache. Après tout, les grandes épopées n’ont jamais été écrites avec un sifflet impartial.

Au-delà de la victoire : le Maroc a gagné bien plus qu'un match... 307

Oui, le Maroc a battu les Pays-Bas. Le résultat restera dans les statistiques, mais il serait réducteur de n'y voir qu'une simple victoire sportive. Certains matchs racontent davantage qu'un score. Ils révèlent une identité, une culture, des valeurs, une manière de penser , de se comporter face à l'adversité. Celui-ci appartient à cette catégorie. La première leçon est celle de la force de caractère conjuguée à beaucoup d'humilité. Achraf Hakimi and Co ont dominé leur adversaire, se sont procurés des occasions sans parvenir à concrétiser. Dommage. Beaucoup d'équipes auraient fini par douter, se précipiter, se désordonner, perdre leur lucidité. Eux ont continué à croire en leur football, avec patience et conviction, jusqu'au coup de sifflet final. Ce fut la rencontre de la résilience et de la confiance. Cette capacité à ne jamais renoncer constitue l'une des plus grandes forces de cette sélection. Le tirage au sort n'avait pas été clément avec les Marocains. Le fait de se trouver dans le second chapeau allait faire ses effets. Il a fallu débuter le tournoi contre un Brésil galvanisé par son histoire; ensuite croiser le fer avec une Écosse revancharde et finir avec Haïti, qui n'avait plus rien à perdre. Et vlan, voilà qu'il faut se déplacer loin. Traverser les États-Unis du nord au sud et atterrir de l'autre côté de la frontière, au Mexique, pour affronter l'une des plus grandes puissances du football. Le pays de Neeskens, Cruyff, Van Basten et tant d'autres. Le pays où un certain Ștefan Kovács, dit Pisti, avait inventé le football total, le football de la possession. Il était venu de Cluj-Napoca, en Transylvanie roumaine, coacher le Steaua Bucarest avant de remporter deux titres européens avec l'Ajax... C'est de là que tout est parti. Son empreinte est aujourd'hui présente partout dans le monde. Aurait un jour un grand stade en son nom quelque part. FIFA devrait y penser. Il a révolutionné le football et rendu plus spectaculaire et plus chatoyant. Brésil - Maroc et Hollande respectivement 5è, 6è et 7è au classement FIFA. La deuxième leçon est celle du courage managérial. D'abord, le courage d'avoir fait confiance à Mohamed Ouahbi. Un jeune coach quasiment sans palmarès. Il est venu donner au pays son premier titre mondial en U20. Excusez du peu : un titre mondial pour le Royaume du Maroc et là il est bien parti pour un second et fait tout pour y parvenir. Mohamed, biberonné à la culture marocaine, imprégné des valeurs du pays, dépositaire de l'histoire de la migration et de ses défis, est un fin technicien doté d'un flegme et d'un sang-froid à toute épreuve: Exactement ce qu'il faut pour une équipe marocaine. Et puis voilà que le jeune sélectionneur fait des merveilles en stratégie, en plan de match et en tactique. Il n'hésite pas à lancer dans le grand bain, à un moment crucial, des joueurs nés en 2005, leur confiant des responsabilités que beaucoup de techniciens auraient réservées à des éléments plus âgés, plus expérimentés. Faire confiance à la jeunesse n'est jamais un pari facile. Mais les grandes équipes, les grands pays, se construisent justement sur cette capacité à préparer l'avenir sans sacrifier le présent. En donnant leur chance à ces jeunes talents, le coach leur transmet un message puissant : le mérite compte davantage que l'âge et que toute autre considération. Quel exemple pour les managers du pays, pour les partis politiques marocains, pour l'ensemble du Maroc. La confiance dans nos jeunes pétris de talents, pleins de bonne volonté et d'amour pour le pays. Le sentiment d'appartenance, capital des nations, n'a jamais été aussi fort et aussi manifeste. C'est le message de cette jeunesse sortie, au petit matin, avec ferveur, crier sa fierté et sa joie d'être née marocaine. Cette victoire est également celle de la culture du défi. Depuis plusieurs années, le football marocain refuse de se contenter d'exister. Il veut rivaliser avec les meilleures nations. Cette ambition se retrouve dans chaque duel, chaque course, chaque ballon disputé. Les Lions de l'Atlas ne jouent plus avec le complexe des petites équipes ; ils jouent avec la certitude qu'ils peuvent battre n'importe quel adversaire. Autre enseignement majeur : la résilience. Être mené au score sans renoncer à son projet de jeu est la marque des grandes formations. Trop souvent, une équipe qui encaisse un but abandonne ses principes au profit de longs ballons ou d'un jeu désordonné. Le Maroc, lui, est resté fidèle à son identité. Les joueurs ont continué à construire, à presser, à créer, convaincus que leur football finirait par être récompensé. Cette fidélité au projet collectif est sans doute la plus belle preuve de maturité. Au cœur de cette réussite se trouve également un entraîneur inspiré. Son calme sur le banc contraste avec l'intensité du terrain. Il ne transmet ni nervosité ni panique. Au contraire, il dégage une sérénité communicative qui rassure ses joueurs dans les moments difficiles. Les grandes équipes ont souvent un grand entraîneur, non seulement pour ses compétences tactiques, mais aussi pour sa capacité à insuffler une confiance inébranlable. Enfin, cette équipe est forte parce qu'elle est profondément marocaine. Derrière les performances techniques se cache une culture : celle de la solidarité, du respect, de la famille et de l'amitié. Une culture où l'humilité accompagne toujours l'ambition, où l'humanisme demeure une valeur fondamentale, où chacun accepte de courir pour l'autre avant de penser à lui-même. Cette cohésion ne s'improvise pas ; elle se construit autour de valeurs partagées. Au coup de sifflet, les joueurs n'ont pas hésité un seul instant à aller consoler leurs adversaires. Quelle image. Au fond, cette victoire contre les Pays-Bas dépasse largement le cadre du sport. Elle démontre qu'un collectif soudé, porté par une vision claire, des valeurs solides et une confiance inébranlable, peut renverser les situations les plus difficiles. C'est une leçon qui dépasse le football. C'est une leçon de management, de leadership et de société. Mais, par-dessus tout, cette victoire est le fruit d'une vision née en 2008, quand Sa Majesté le Roi, que Dieu l'assiste, adressa la fameuse lettre aux assises du sport et le jour où il inaugura l'Académie Mohammed VI. C'était le 28 mars 2010. Depuis plusieurs années donc, le Maroc investit massivement dans son football : infrastructures modernes, académies de formation, professionnalisation des clubs et vision à long terme. Les résultats que récolte aujourd'hui la sélection nationale ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence logique d'un projet construit avec patience, exigence et ambition. Mais au-delà du football lui-même, le Maroc n'a pas seulement gagné un match. Il a confirmé qu'il possède désormais une identité de champion et a gagné les cœurs. Partout dans le monde, des amateurs de football ont vibré pour cette équipe, ont brandi les drapeaux marocains et ont porté des maillots aux couleurs du pays. Incommensurable.

Le Comité International Olympique face à ses contradictions... 421

Le Comité International Olympique (CIO) aime se présenter comme le gardien des valeurs universelles du sport, de l’excellence et du dépassement de soi. Pourtant, derrière cette image soigneusement entretenue se cache une réalité de plus en plus difficile à justifier : celle d’une organisation pour laquelle personne n'a voté, qui génère des milliards de dollars grâce aux Jeux olympiques tout en refusant obstinément de redistribuer équitablement cette richesse à ceux qui la produisent réellement, les athlètes. Depuis plusieurs années, la question de la rémunération des sportifs olympiques revient avec insistance. Elle n’est ni nouvelle ni révolutionnaire. Elle relève simplement d’un principe élémentaire de justice économique. Sans athlètes, il n’y aurait ni Jeux olympiques, ni audiences télévisées, ni sponsors, ni droits marketing, ni recettes commerciales. Le sport est un ensemble de disciplines qui ne sont rien d'autres que des expressions corporelles qui exigent de la part des acteurs: sacrifice, effort physique, effort financier et persévérance. Les sportifs constituent donc la matière première du spectacle olympique. Pourtant, ils demeurent les seuls acteurs de cette gigantesque industrie à ne pas bénéficier directement des revenus qu’ils génèrent. À cette injustice s’ajoute le rôle fondamental des États et des villes hôtes qui mobilisent des ressources considérables, fruits de taxes et d'impôts donc de labeur des citoyens, pour accueillir les Jeux. Infrastructures, sécurité, transports, hébergement, organisation : les coûts sont largement supportés par les contribuables alors que les revenus les plus importants remontent vers le CIO. Le modèle économique olympique repose donc sur une contribution massive des sportifs, leurs clubs, leurs fédérations et leurs états et bien sûr des pays organisateurs, tandis que les bénéfices demeurent largement concentrés au sommet de la pyramide. Face à une pression croissante des commissions d’athlètes, des fédérations et de l’opinion publique, le CIO vient d’annoncer la création d’une nouvelle aide baptisée « Fit for the Future Olympian Grant ». Pour la première fois dans l’histoire, les participants aux Jeux olympiques pourront prétendre à une bourse de 10 000 dollars destinée à soutenir leur carrière sportive ou leur reconversion professionnelle. Une enveloppe globale de 140 millions de dollars par olympiade a été annoncée par Pau Gasol, président de la Commission des athlètes du CIO, lors de la 146e Session du CIO récemment tenue à Lausanne. Présentée comme une avancée historique, cette initiative ressemble pourtant davantage à une réponse politique qu’à une véritable réforme structurelle. D’abord parce que les montants annoncés restent modestes au regard des revenus olympiques. Les recettes générées par les droits télévisés, les partenariats mondiaux et les programmes de marketing se chiffrent en milliards de dollars à chaque cycle olympique. Comparée à cette manne financière, l’enveloppe de 140 millions apparaît davantage comme un geste symbolique que comme une réelle redistribution de richesse. Ensuite parce que cette aide ne répond pas à la revendication centrale des athlètes : être reconnus comme des acteurs économiques à part entière du mouvement olympique. Le CIO continue de considérer les sportifs comme des bénéficiaires d’aides plutôt que comme les producteurs de valeur. La nuance est fondamentale. Une bourse reste une forme d’assistance. Un partage des revenus constitue, lui, la reconnaissance d’un droit en compensation à l'effort consenti. Cette distinction explique pourquoi l’annonce du CIO ne trompe guère les observateurs avertis. L’organisation cherche manifestement à désamorcer les critiques sans remettre en cause son modèle économique. Elle franchit un petit pas pour éviter d’avoir à en franchir un beaucoup plus important : celui de l’instauration d’un mécanisme transparent de redistribution des revenus olympiques. C'est ce qui s'est passé en athlétisme à partir des années 80, quand sous la pression des athlètes l'IAAF avait consenti d'accorder des primes aux athlètes et des compensations pour la préparation aux fédérations, lors des championnats du monde. L’argument traditionnel du CIO consiste à rappeler qu’il redistribue déjà une partie de ses ressources à travers les fédérations internationales, les comités nationaux olympiques et le programme de Solidarité olympique. Mais cette défense montre aujourd’hui ses limites. La Solidarité olympique, en particulier, est devenue un instrument dont l’efficacité mérite d’être sérieusement questionnée. Son fonctionnement administratif est coûteux, complexe et fortement bureaucratisé. Malgré des décennies d’existence, ses résultats restent difficiles à mesurer dans de nombreux pays. Les performances sportives des nations les moins développées n’ont pas connu l’essor spectaculaire qui aurait pu justifier les investissements consentis. Une partie importante des ressources semble absorbée par les mécanismes de gestion eux-mêmes plutôt que par le développement direct des athlètes. Le paradoxe est frappant : alors que le CIO dispose des moyens financiers nécessaires pour transformer durablement les conditions de préparation et de reconversion de milliers de sportifs, il continue de privilégier des dispositifs indirects dont l’impact demeure limité. On peut même aller jusqu'à penser que les aides et grant accordés à travers la solidarité olympique n'atteignent jamais les sportifs. Le débat qui s’ouvre aujourd’hui dépasse largement la question des 10 000 dollars annoncés. Il concerne la gouvernance même du mouvement olympique. Peut-on encore justifier qu’une organisation accumule des réserves financières considérables tout en refusant un partage plus équitable des revenus avec les principaux acteurs de son succès ? Peut-on continuer à invoquer l’amateurisme olympique alors que les Jeux sont devenus l’un des événements commerciaux les plus rentables de la planète ? Tôt ou tard, le CIO devra répondre à ces interrogations. La création de la bourse « Fit for the Future Olympian Grant » constitue un aveu implicite : la pression des athlètes produit désormais des effets. Mais elle révèle également la volonté persistante de l’institution de conserver le contrôle absolu sur la redistribution des richesses olympiques. L’histoire montre pourtant qu’aucun système économique ne peut durablement ignorer ceux qui créent sa valeur. Les athlètes olympiques ne demandent pas la charité. Ils réclament simplement leur juste part. Et sur ce terrain, le CIO reste encore très loin du compte.

Quand les plateaux de football deviennent des tribunes de géopolitique mal inspirée... 506

La Coupe du monde est d’abord une fête du sport, un moment où tactique, technique, pronostics et récit collectif tiennent l’affiche. Pourtant, à chaque grande compétition, depuis quelques temps, certains plateaux médiatiques se transforment en arènes politiques improvisées. Les débats consacrés au jeu basculent trop souvent vers des joutes géopolitiques mal maîtrisées, au détriment de l’analyse sportive et du respect entre peuples. La télévision offre une visibilité précieuse. Pour un consultant, un chroniqueur ou un animateur, être invité sur un plateau signifie la possibilité d’éclairer, d’informer et de partager un savoir-faire. Mais la notoriété ne confère pas la compétence. Or, nous assistons ces derniers jours à une tendance préoccupante : des intervenants dont la légitimité porte sur le football se muent en politologues d’occasion lorsqu’il s’agit des sélections maghrébines. Plutôt que d’expliquer un choix tactique, une prestation technique ou d’analyser une préparation physique, certains profitent du micro pour dénoncer ou instrumentaliser des tensions historiques et diplomatiques. Le ton devient agressif et les propos se font ridicules, oscillant entre antisémitisme, invectives de caniveau et dénigrements maladifs. Cette dérive n’est pas anodine. Elle repose sur une confusion des registres : parler de football suppose une expertise sportive ; parler de relations internationales exige la maîtrise des faits, du recul historique et de la prudence rhétorique. Les deux domaines reposent sur des méthodologies différentes. Les réduire l’un à l’autre, c’est mettre en danger la qualité du débat public. L’effet loupe médiatique implique que la visibilité devrait se conjuguer avec responsabilité. Le deuxième problème tient à l’impact. Un plateau télé est regardé par des milliers, voire des millions de personnes. Les phrases prononcées en direct sont reprises et amplifiées sur les réseaux sociaux, parfois sorties de leur contexte. Quand un chroniqueur émet une opinion tranchée sur l’histoire ou la diplomatie, le public peut la percevoir comme un verdict autorisé. Ce phénomène est d’autant plus dangereux qu’il peut faire passer une vision partisane, volontairement orientée pour une « vérité » médiatique, alimentant ressentiments et stéréotypes entre peuples frères. Il faut rappeler une évidence : aucun intervenant ne parle au nom d’un peuple. La délégation de parole, dans une démocratie médiatique, n’est pas synonyme de mandat. Confondre la voix d’un consultant et celle d’une nation est une erreur aussi fréquente que dommageable. Les passions sportives ne doivent pas ainsi piétiner des liens séculaires. Si les envolées verbales font les choux gras des talk-shows, elles ne sauraient occulter une réalité plus solide : les liens entre les peuples du Maghreb reposent sur des siècles d’histoire partagée, des échanges économiques et culturels et des solidarités familiales. Ces liens résistent, la plupart du temps, aux excès des plateaux et aux errements de certains "politiques". Les rivalités sportives s’inscrivent souvent dans un cadre de compétitivité saine ; elles ne doivent pas être transformées en conflit politique dont le simple objectif de masquer telle ou telle faiblesse. Distinguer la règle de l’exception est donc essentiel. Les dérapages existent, mais ils ne rendent pas compte de l’ensemble des relations humaines et culturelles dans la région ou encore de la situation véritable de tel ou tel pays. Par contraste, la majorité des supporters, journalistes sportifs et analystes travaillent à faire du sport un vecteur d’échanges, pas un prétexte pour polariser les sociétés. Les plateaux qui ont permis ces dérives feraient bien de revenir aux bonnes pratiques pour reconquérir le débat. Il est possible de restaurer la qualité des émissions ; les responsables des médias concernés et les gouvernants ont le devoir de veiller à cela, à moins que cela ne les arrange. A moins qu'ils ne soient complices, quelques recommandations pratiques s’imposent à eux : - Clarifier les cadres : distinguer nettement les séquences sportives des débats sociopolitiques, avec des animateurs qui recentrent le propos lorsqu’il dégénère. - Encourager la nuance : promouvoir des interventions documentées, sourcées et nuancées plutôt que l’emphase et la provocation gratuites. - Responsabiliser les médias : établir des chartes éditoriales qui précisent le périmètre d’intervention des consultants et sanctionnent les dérives factuelles. - Former les intervenants : proposer aux consultants sportifs des sessions de sensibilisation aux enjeux historiques et diplomatiques, et inversement. - Respecter les compétences : inviter sur les sujets géopolitiques des spécialistes qualifiés (universitaires, historiens, diplomates) et les distinguer des débats sportifs. Ces mesures ne visent pas à museler la parole, mais à la rendre plus légitime et utile. Elles sont ici avancées en sachant que cela ne fera pas forcément reculer les fauteurs de troubles. Mais au-delà du confort déontologique, l’enjeu est concret : la crédibilité du débat public. Lorsque l’ignorance se fait passer pour expertise, c’est l’ensemble de l’audience qui perd. Le spectateur vient chercher une explication sur la performance d’une équipe, pas une leçon d’histoire tronquée au service de la haine et de la discrimination. Le risque est de banaliser l’approximation intellectuelle et d’instrumentaliser la télévision comme caisse de résonance de rancœurs mal informées et sans doute entachées de propagande bas de gamme. Le football mérite mieux que d’être détourné au profit de polémiques prématurées et mal fondées. Les plateaux sportifs doivent rester des espaces d’analyse du jeu, de célébration des performances et d’échanges respectueux. Lorsque la politique doit être discutée, appelons des voix qualifiées et donnons-leur le temps de l’analyse. Cesser d’inviter la géopolitique improvisée, c’est rendre au sport sa fonction première : rapprocher les peuples, non les éloigner. La polémique et l'insultes n'enlèvent rien au mérite d'un pays et de ses réussites, pas plus qu'elles n'anoblissent ceux et celles qui les colportent.

Coupe du monde : quand les États rappellent à la FIFA qui commande réellement... 776

Depuis quelques jours, avec l’arrivée progressive des délégations aux États‑Unis, au Mexique et au Canada pour la Coupe du monde 2026, une partie de l’opinion internationale semble découvrir une réalité pourtant ancienne : la primauté des lois nationales sur les règlements des instances sportives internationales. Le traitement réservé récemment à certaines délégations africaines, moyen‑orientales et autres suscite indignation, débats et parfois accusations de discrimination. Pourtant, rien de tout cela n’est véritablement nouveau. Ceux qui connaissent l’histoire du sport international savent que les grandes puissances occidentales n’ont jamais abandonné leur souveraineté en matière de sécurité au profit des fédérations et instances sportives internationales. L’histoire du sport marocain regorge d’exemples révélateurs. Dès 1984, la délégation marocaine aux Jeux olympiques de Los Angeles avait passé des heures bloquée l'aéroport américain en raison des procédures sécuritaires. Aux Jeux de Sydney, des sportifs, dirigeants et accompagnateurs marocains avaient subi des contrôles particulièrement rigoureux après plus de vingt‑quatre heures de voyage : fouilles interminables, interrogatoires, bagages inspectés dans les moindres détails. Les grandes puissances appliquent leurs lois avec froideur, sans se soucier du prestige supposé des compétitions. Les corridors prétendument mis en place pour accélérer les procédures sont en réalité de véritables sas de sécurité, poussée à l'extrême. Les passagers arrivés sur les mêmes vols que les sportifs franchissent la frontière bien plus rapidement. Être sportif qualifié pour une compétition internationale ne donne pas droit à un traitement de faveur. Djokovic s'est vu refuser l'accès au territoire australien parce qu'il n'était pas vacciné. Il était bien le numéro un mondial de l'ATP et les tournoi australien en avait bien besoin pour plus d'une raison. La réalité est simple : aucun État sérieux n’abandonne sa sécurité nationale à la FIFA, au CIO ou à une quelconque organisation sportive. Il est légitime qu’un pays hôte applique ses propres lois avec une vigilance accrue lorsqu’il reçoit des centaines de milliers de personnes venues du monde entier. Le risque zéro n’existe pas. Les grands rassemblements sportifs constituent des cibles potentielles pour toutes sortes de menaces. Dans ce contexte, les réactions outrées paraissent souvent déconnectées des réalités géopolitiques. L’arbitre somalien refoulé de l'aéroport de Miami malgré son visa, demeure avant tout ressortissant d’un pays soumis à des restrictions particulières d’entrée sur le territoire américain. Les joueurs iraniens représentent un État en confrontation ouverte avec Washington, et l’on sait que les délégations sportives de certains régimes sont souvent étroitement encadrées par leurs appareils sécuritaires ou diplomatiques. En 2022, les États‑Unis avaient organisé les championnats du monde d’athlétisme à Eugene, temple de cette discipline en Amérique du Nord. Des athlètes de plus de vingt pays africains n’avaient pas pu obtenir de visas pour y prendre part. Le président de la Confédération africaine d’athlétisme, pourtant membre de World Athletics, n’avait pu se rendre aux États‑Unis. Les lois américaines avaient prévalu sur les petites règles de la fédération internationale, (World Athletics) qui soit disant font obligation au pays hôte d'accepter l'ensemble des athlètes qualifiés et leurs accompagnateurs sur son territoire. Il ne s’agit ni de racisme automatique ni d’hostilité gratuite. Il s’agit d’abord de logique étatique, de souveraineté et de sécurité. Le véritable problème se situe ailleurs. Il réside dans l’attitude de certains pays du « tiers‑monde » qui continuent à considérer les cahiers des charges des grandes instances sportives comme une parole sacrée et indiscutable. Dans de nombreux pays en développement, la FIFA, le CIO et d’autres fédérations imposent des exigences parfois absurdes en matière d’architecture, de luxe, d’aménagement urbain ou d’organisation sécuritaire, sans que les autorités locales n’osent réellement les remettre en question. Qu’il est ridicule de voir certains membres de la FIFA ou du CIO pour ne citer que les plus en vue, à la compétence parfois douteuse, inspecter avec une arrogance insupportable des hôtels, des aéroports, des hôpitaux, des bus, et même des toilettes publiques. Or ces organisations ne sont pas des gouvernements mondiaux. Elles ne disposent d’aucune légitimité démocratique supérieure à celle des États. Leurs règlements ne peuvent primer sur des lois votées par des parlements souverains et appliquées par des institutions nationales responsables devant leurs peuples. La mission normale d’une fédération sportive continentale ou mondiale devrait se limiter au technique, au règlement du jeu et à l’organisation sportive elle‑même. Dès lors qu’elle prétend dicter des politiques sécuritaires, des choix architecturaux, des dépenses somptuaires ou des orientations urbaines à des États souverains, elle sort clairement de son champ de compétence. La Coupe du monde 2026 rappelle peut‑être une vérité essentielle que beaucoup avaient oubliée : ce ne sont pas les États qui appartiennent à la FIFA, mais la FIFA qui dépend des États. Que serait le football sans les budgets colossaux que les gouvernements y consacrent, parfois au détriment d’autres secteurs sans doute plus prioritaires ? Or cette même FIFA, dès qu’un gouvernement veut mettre de l’ordre dans son football, lui fait parfois la guerre. Il faut peut‑être remercier les États‑Unis, le Mexique et le Canada d’avoir rappelé à tous la véritable dimension de cette compétition : une grande fête sportive, certes, mais pas une autorité supranationale capable d’effacer les lois, les frontières et la souveraineté des nations. Celui qui fantasme une Coupe du monde de caprices et de passe‑droits n’a ici qu’à s’abstenir. À bon entendeur, salut.

le Maroc dans la cour des grands, en avant toute... 843

Le Maroc n’avance plus sur la pointe des pieds. Il marche désormais avec l’assurance des grandes nations de football. Quelle image magnifique que celle de nos Lions quittant le tarmac de l’aéroport de Rabat-Salé en direction de New York. Costumes sombres impeccables, cravates rouges aux couleurs du pays, tapis rouge déroulé sous leurs pas… Tout un symbole. Celui d’une nation qui a compris que le football moderne est aussi une affaire de stature, de représentation et de culture de la victoire. Au milieu de cette scène presque hollywoodienne, un homme attire naturellement le regard : Mohamed Ouahbi. Sourire calme, regard serein, posture maîtrisée, lunettes parfaitement ajustées. Il dégage cette tranquillité apparente que seuls connaissent les hommes habités par une immense pression intérieure. Ceux qui ont déjà porté des responsabilités savent ce que cela implique : rassurer les troupes, inspirer confiance, masquer le doute pour nourrir l’espoir. J'en sais quelque chose pour l'avoir expérimenté pendant des années. Il est difficile de conduire des hommes vers les sommets là où tous les regards convergent et où les sentiments aussi se déchainent. Ouahbi possède précisément ce mélange rare : savoir-faire, personnalité et conviction. Il connaît ses joueurs. Il sait surtout qu’il dirige une génération qui n’a plus peur de personne. Il sait aussi qu'il va jouer avec nos nerfs et nos émotions comme jamais auparavant. L'équipe nationale du Maroc version 2026 n’est pas seulement talentueuse. Elle a faim. Faim de reconnaissance. Faim de carrière. Faim de trophées. Faim d’écrire son propre nom dans l’histoire du football marocain. Ces jeunes savent que le football mondial ne fait de cadeaux à personne. Ils savent qu’un grand tournoi peut changer une vie, ouvrir les portes des plus grands clubs et installer définitivement une carrière. Cette vérité donne souvent naissance aux plus grandes épopées. Ils savent aussi et surtout que le Maroc leur offre ici la chance de leurs vies à chacun et ensemble. Ils ont conscience qu'en coupe du monde ce qui compte c'est le collectif et ils en forme bien un: soudé à toute épreuve. Dans ce groupe, plusieurs joueurs arrivent avec l’énergie des ambitieux et l’orgueil des compétiteurs. Des garçons qui veulent saisir leur chance à pleines mains. Des joueurs qui ne viennent pas pour participer mais pour marquer les esprits. Ils jouent et représentent un Maroc qui ne considère plus la présence au haut niveau comme un miracle mais comme une obligation, traduisant d'un Roi, d'une nation, d'un peuple. C’est peut-être cela le plus grand changement. Pendant longtemps, le Maroc était invité à la table des grandes nations du football avec la modestie du “petit poucet”. On était heureux d’être là, heureux de rivaliser, heureux parfois simplement d’exister. On était placé en bout de table... Cette époque est terminée. Depuis l’exploit historique du Mondial 2022, le regard du monde a changé. Le Maroc est observé, respecté et attendu. Aujourd’hui, lorsque les Lions entrent sur une pelouse, ils représentent une école, un projet et une ambition continentale. Ils portent les espoirs d’un pays, mais aussi d’une Afrique qui veut regarder les géants du football droit dans les yeux. Et il faut le dire clairement : le Maroc a tout mis en œuvre pour aller chercher les sommets. Des infrastructures de niveau mondial. Une politique de formation ambitieuse. Des centres modernes. Une fédération structurée. Une vision royale qui a placé le sport au cœur du rayonnement du pays. Une diaspora exceptionnelle qui enrichit continuellement notre football. Le monde entier le voit aujourd’hui. Bien sûr, Dieu seul sait ce que nous réserve la compétition. Le football reste imprévisible, cruel parfois, magique souvent. Mais une chose est certaine : cette sélection marocaine ne part plus avec un complexe d’infériorité. Elle part avec une mission, celle de tout faire pour amener une coupe du monde au pays et confirmer que le Maroc appartient désormais au cercle des grandes nations du football mondial. Et lorsque ces jeunes Lions montaient dans l’avion à Rabat-Salé, élégants, concentrés et fiers de porter le rouge du pays, c’est tout un peuple qui embarquait avec eux. Dans l’avion, ils ne savaient pas encore qu’ils étaient désormais septièmes au classement mondial de la FIFA... C’est ainsi que New York les a accueillis.

Wahbi et le pari du Maroc hybride : vers un football de maîtrise... 941

Dans le football contemporain, les grandes nations ne se définissent plus seulement par la qualité intrinsèque de leurs joueurs, mais par leur capacité à changer de registre sans se renier. C’est précisément cette ambition que semble porter Mohamed Wahbi à travers sa lecture du jeu et la composition de sa liste pour le Mondial 2026. Une partie des analyses et point de vue critique, s’est arrêtée à une grille de lecture classique, celle des « meilleurs joueurs sélectionnés ». Cette approche manque l’essentiel. Wahbi ne convoque pas uniquement des individualités, il assemble des fonctions. Sa liste ne répond pas à une logique de hiérarchie, mais à une logique de scénarios. Chaque profil correspond à une situation de match, à une configuration tactique, à une nécessité stratégique. Autrement dit, il ne construit pas une équipe, il conçoit un système évolutif, mutant et pragmatique. Nous faisons donc ici face à une continuité transformée. Le projet de Wahbi ne s’inscrit pas en rupture avec l’ère Regragui, mais dans sa prolongation intelligente. Le Maroc de 2022 restera comme l’une des plus grandes performances de l’histoire du football africain, fondée sur une organisation défensive d’élite, une discipline collective remarquable et une exploitation clinique des transitions. Mais ce modèle, par nature, atteint rapidement ses limites s’il devient prévisible. C'est sûrement cela qu'il faut vite changer. Wahbi semble avoir intégré cette réalité. Il ne cherche pas à effacer cet héritage, mais à l’enrichir, à le bonifier. À la solidité sans ballon, il ajoute une ambition avec ballon; celle de contrôler, de dicter, d'imposer et de varier le jeu. Wahbi en a fait la preuve de belle manière en U20. Le Maroc ne veut plus seulement survivre aux matchs ; il veut apprendre à les gouverner, à les maîtriser. L’hybridation est comme doctrine que Wahbi est entrain d'imposer à l'effectif. Le concept central du projet Wahbi est celui donc d’une équipe hybride, non pas indécise, mais polymorphe, capable de changer de configuration et d'animation à tout moment pendant une même partie. Au très haut niveau, la rigidité est une faiblesse. Les grandes sélections savent naviguer entre plusieurs états de jeu au sein d’un même match : défendre en bloc bas ou presser haut; confisquer le ballon et attaquer rapidement; ralentir le tempo et neutraliser les transitions adverses. Cette capacité d’adaptation conditionne la compétitivité. Face à une puissance comme le Brésil, la maîtrise du ballon devient un outil défensif. Contre un bloc bas, elle devient une arme offensive. Dans un duel physique, elle doit s’accompagner d’une capacité à gagner les seconds ballons et à soutenir l’intensité. Wahbi semble explicitement refuser un Maroc réactif par essence ; il veut une équipe capable d’imposer, mais aussi de s’ajuster en temps réel. Pour ce, la primauté dans ses choix s'est porté sur des profils capable d'intégrer et de s'intégrer dans cette doctrine. La sélection révèle donc une lecture fonctionnelle du football. Achraf Hakimi, dans ce cadre, dépasse largement son statut de latéral. Il devient un point de déséquilibre permanent, un créateur excentré dont la liberté offensive structure l’équilibre collectif. C'est ce qu'il fait déjà avec brio au PSG. Ayoub El Kaabi n’est pas seulement un finisseur. Il est un point de fixation, un repère axial qui étire les lignes et libère les espaces intermédiaires. Soufiane Rahimi apporte une menace verticale constante, essentielle pour contenir les blocs adverses et dissuader les pressings agressifs. Ismaël Saibari, lui, incarne la figure du faux neuf associatif, capable de relier les lignes, d’absorber la pression et de fluidifier les circuits. Il est aussi très imprévisible pour une défense. Wahbi ne duplique donc pas les profils. Il multiplie les réponses et s'offre des options. Cela devrait se traduire par une véritable montée en gamme technique et une efficacité accrue. Un autre signal fort se dégage également, celui de la volonté assumée de hisser le Maroc vers un football de maîtrise. Autour d’Ounahi, El Khannouss, Bouaddi, El Aynaoui ou Brahim Díaz, se dessine un cœur de jeu capable de résister au pressing, d’organiser les sorties de balle et de contrôler les rythmes. Ce choix traduit une évolution culturelle manifeste. Longtemps assignées à un registre physique ou transitionnel, les sélections africaines peinent à être reconnues comme des équipes de contrôle. Le Maroc entend briser ce plafond implicite en revendiquant un football de possession intelligente, fondé sur la lecture du jeu et la qualité technique. Cette ambition s’appuie sur une génération formée dans des environnements tactiques exigeants, capable d’interpréter plusieurs rôles et de s’adapter à des contextes variés. Capable aussi d'évaluer le risque comme passage obligé. Car ce projet comporte, naturellement, une part d’incertitude. Une équipe hybride peut se diluer si les repères ne sont pas parfaitement assimilés. La richesse des options peut engendrer de l’indécision. Le football de maîtrise exige du temps, des automatismes et une intelligence collective élevée. Mais Wahbi assume ce risque. Là où d’autres s’abriteraient derrière un modèle éprouvé, il choisit l’évolution. Il inscrit donc son projet dans une vision de long terme. Wahbi parie sur une vérité simple : à l’échelle d’un Mondial, la seule solidité défensive ne suffit plus. Il faut aussi savoir confisquer le ballon, imposer des séquences, casser des blocs, gérer les temps faibles autrement que par la seule résistance. Notre équipe nationale Changera véritablement de statut. Au fond, cette liste traduit une mutation plus profonde. Le Maroc ne veut plus être uniquement une équipe capable de créer l’exploit ; il aspire à devenir une sélection qui impose sa loi. Ce glissement est autant mental que tactique. L’enjeu pour Wahbi dépasse la simple composition d’un onze. Il s’agit de construire une équipe capable de lire le match, d'accélérer quand il faut, de temporiser s'il le faut, de subir sans capituler, de contrôler pour s'imposer, d'attaquer la profondeur pour trancher et surtout doit savoir quand changer de registre sans perdre sa cohérence. C’est à cette maîtrise des moments que se reconnaissent les grandes équipes. Et c’est précisément vers cette exigence que semble vouloir conduire Mohamed Wahbi. Quand à nous public averti ou pas, experts ou pas, soyons patients et solidaires. Aux joueurs non retenus il faut dire que la vie est ainsi. Que ce n'est point une injustice mais une stratégie. Une équipe c'est par définition un effectif limité. Le jour de sa nomination, j'avais dit de Wahbi qu'il avait la tête à remporter une coupe du monde chez les grands aussi. Aujourd'hui je le crois un peu plus et davantage. inch'Allah.

Le football pris en otage par la culture de l’excuse : quand la défaite devient un complot 1019

Le football est un sport de passion, d’émotion et d’identité collective. Il est souvent le prolongement d’un sentiment national, régional ou populaire. Cette puissance émotionnelle explique sa grandeur, mais elle explique aussi ses dérives. Depuis plusieurs années, une tendance inquiétante s’installe dans le football mondial : l’incapacité croissante de certains entraîneurs, dirigeants et acteurs du jeu à reconnaître simplement la supériorité de l’adversaire ou leurs propres insuffisances. Chaque défaite devient suspecte. Chaque décision arbitrale est transformée en scandale. Chaque élimination nourrit une théorie du complot. Cette culture de l’excuse n’est plus marginale. Elle devient suffisamment fréquente pour constituer un véritable problème moral, institutionnel et sécuritaire dans le football. La CAN 2025 en est le parfait exemple. Le dernier épisode en date illustre explicitement cette dérive; l’entraîneur de la sélection égyptienne U17, attribuant la défaite de son équipe à l’arbitrage. Même à un niveau de formation, où l’éducation sportive devrait primer sur la polémique, certains responsables préfèrent jeter le discrédit sur les arbitres plutôt que d’analyser lucidement les lacunes de leur équipe. La défaite n’est plus acceptée comme une réalité sportive Le football repose pourtant sur un principe fondamental : il y a un vainqueur et un vaincu. La défaite fait partie intégrante du sport. Elle devrait être analysée, comprise et utilisée comme un levier de progression. Or, de plus en plus, certains entraîneurs refusent cette évidence. Ils préfèrent désigner des responsables extérieurs : * l’arbitre ; * les institutions ; * la VAR ; * les calendriers ; * les conditions climatiques ; * les supposés complots continentaux ou internationaux. Rarement ils évoquent : * leurs mauvais choix tactiques ; * l’absence d’engagement de certains joueurs ; * la faiblesse technique ou mentale de leur équipe ; * une mauvaise préparation ; * ou simplement la qualité supérieure de l’adversaire. Cette attitude traduit une profonde crise de responsabilité dans le football contemporain. La stratégie de diversion devenue dangereuse Dans beaucoup de cas, l’accusation contre l’arbitrage sert avant tout à protéger l’image de l’entraîneur ou du club. Reconnaître ses erreurs demande du courage. Accuser l’arbitre permet au contraire de détourner la colère des supporters. Cette stratégie peut sembler efficace à court terme, mais elle produit des dégâts considérables. D’abord, elle nourrit une méfiance permanente envers les institutions footballistiques nationales, des confédérations continentales comme Confédération africaine de football et même de FIFA. Ensuite, elle contribue à radicaliser les supporters. Quand un entraîneur affirme publiquement qu’une défaite est le résultat d’une injustice ou d’une manipulation, il légitime la colère, l’agressivité et parfois voire surement la violence de milliers de personnes. Dans certains contextes, ces accusations ont provoqué des agressions d’arbitres, des envahissements de terrain, des violences urbaines, des ruptures diplomatiques sportives et des campagnes de haine sur les réseaux sociaux. Le football cesse alors d’être un espace de compétition pour devenir un terrain de suspicion permanente. Le poison du complotisme sportif est manifeste. L’un des phénomènes les plus graves est l’installation d’un véritable complotisme footballistique. Certaines défaites ne seraient jamais dues au mérite adverse mais à des forces occultes : arbitres corrompus, fédérations partiales, confédérations hostiles et décisions téléguidées. Cette logique est destructrice car elle supprime toute culture de l’autocritique. Comment progresser tactiquement lorsqu’on refuse d’admettre ses erreurs ? Comment former des jeunes joueurs à l’esprit sportif lorsqu’on leur apprend que la défaite est forcément injuste ? Comment construire des institutions crédibles lorsqu’elles sont continuellement attaquées sans preuve ? Le plus inquiétant est que cette mentalité atteint désormais les catégories de jeunes. Or, le football de formation devrait précisément enseigner le respect, l’apprentissage, la discipline mentale et l’acceptation du résultat sportif. Lorsqu’un sélectionneur U17 préfère accuser l’arbitrage plutôt que reconnaître les limites de son équipe, il transmet un message extrêmement nocif aux jeunes générations. Les grands entraîneurs assument leurs responsabilités. L’histoire du football montre que les plus grands entraîneurs sont souvent ceux qui savent reconnaître leurs erreurs. Des techniciens de très haut niveau comme Carlo Ancelotti, Pep Guardiola ou encore Jürgen Klopp ont régulièrement admis publiquement des erreurs tactiques, de mauvais choix de composition, des insuffisances mentales de leurs équipes ou la supériorité de l’adversaire. Cette attitude ne diminue pas leur prestige ; elle renforce au contraire leur crédibilité. Reconnaître une défaite n’est pas une humiliation. C’est une preuve de maturité, de compétence et de responsabilité. Faut-il sanctionner les accusations irresponsables ? La question mérite désormais d’être posée sérieusement : jusqu’où peut-on laisser certains responsables jeter gratuitement le discrédit sur les institutions footballistiques ? La liberté d’expression doit évidemment être protégée. Les erreurs arbitrales existent. La critique du football est légitime. Mais il existe une différence fondamentale entre une critique argumentée et une accusation permanente visant à délégitimer les arbitres et les institutions sans preuve. Des règlements plus stricts devraient être envisagés pour sanctionner les accusations infondées, les déclarations incitant à la haine contre les arbitres, les propos complotistes sans éléments factuels ou encore les campagnes de discrédit systématique contre les institutions sportives. Ces sanctions pourraient inclure des amendes, des suspensions, des obligations de rétractation publique voire des interdictions temporaires de banc de touche. Protéger l’autorité arbitrale et la crédibilité des institutions n’est pas un luxe ; c’est une nécessité pour préserver l’avenir du football. Il faut absolument restaurer la culture de la responsabilité. Le football a besoin de retrouver cette valeur essentielle. Un entraîneur doit pouvoir dire : * « Nous avons perdu parce que nous avons été moins bons. » * « Mon plan tactique n’a pas fonctionné. » * « Mes joueurs n’ont pas été à la hauteur. » * « L’adversaire a été supérieur. » Ces phrases devraient être normales dans le sport de haut niveau. Pourtant, elles deviennent rares. À force de transformer chaque revers en scandale, le football s’éloigne de ses valeurs fondamentales de mérite, de l’effort de l’apprentissage ; et de respect de la compétition. La grandeur du sport ne réside pas seulement dans la victoire. Elle réside aussi dans la dignité avec laquelle on accepte la défaite. Je ne sais pas si Pape Thiaw va partager cet avis. Il devrait pourtant. Les médias aussi devraient.

Adieu Hamad Kalkaba Malboum, mon ami, mon frère, mon président. 1149

La disparition de Hamad Kalkaba Malboum, mon ami, mon frère, mon président, marque un tournant douloureux pour le sport africain. Avec lui s’éteint l’un des derniers grands bâtisseurs d’une génération qui croyait que l’Afrique pouvait conquérir sa place dans les instances sportives mondiales non pas par la plainte, la victimisation ou la marginalité, mais par le travail, l’organisation et la constance. Né en 1950 à Kawadji, près de Kousséri, (Extrême-Nord du Cameroun), pays qu'il chérissait tant, Hamad Kalkaba Malboum aura traversé plusieurs vies en une seule existence. Il fut militaire, gendarme, athlète, administrateur, diplomate sportif et, surtout, militant infatigable de la cause sportive camerounaise et africaine. Façonné par la rigueur d'Officier supérieur de l’armée et de la gendarmerie, il comprit très tôt que le sport n’était pas seulement un divertissement, mais un instrument de souveraineté, d’influence et de cohésion nationale. Lui-même pratiqua le handball et l’athlétisme dans sa jeunesse, portant les couleurs du Cameroun dans les années 1970. Mais c’est surtout en dehors des pistes qu’il allait laisser une empreinte historique. Lorsque Hamad Kalkaba accède progressivement aux responsabilités sportives continentales, l’athlétisme africain vit encore dans l’ombre des grandes puissances occidentales. Les champions africains existent déjà, mais les centres de décision restent ailleurs. L’Afrique fournit les talents, rarement les décideurs. Il va consacrer sa vie à modifier cet équilibre. À la tête du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun dès la fin des années 1990, puis surtout à la présidence de la Confédération africaine d’athlétisme à partir de 2003, il devient l’une des voix les plus écoutées du continent dans les sphères sportives internationales. Son combat fut permanent: donner à l’Afrique les moyens d’organiser, de gouverner et de penser son propre sport. En 2006, lorsque j’ai quitté la Fédération Royale Marocaine d’Athlétisme, dès qu’il apprit la nouvelle, prit son téléphone et me dira: «C’est dommage pour le Maroc que tu aies quitté la Fédération. Veux-tu servir l’Afrique à mes côtés ?» Voilà comment il m’avait convaincu de dire oui. «Servir» : le maître mot de Kalkaba. Ceux qui l’ont côtoyé savent que telle était sa philosophie de vie : servir. D’abord, une planification rigoureuse est mise en place. Un plan décennal est adopté en assemblée générale, puis un second dix ans après. Le cap était tracé, clair, avec pour objectif un développement tous azimuts de l’athlétisme africain. Mise en place des championnats continentaux pour les U18, les U20. Mise et de cross-country. Le nombre de pays participants devait augmenter, et celui des athlètes doubler. Des centres de préparation sont ouverts au profit des athlètes, à Lomé, à Port Harcourt, à Abidjan. La mission des centres de Maurice, du Caire et de Nairobi allait être revisitée. L’accent est mis sur la formation des athlètes et des encadrants. Et les résultats ne se feront pas attendre. L’Afrique remporte la Coupe du monde intercontinentale à plusieurs reprises. Le niveau des athlètes africains s’améliore, et au moins trois pays figurent parmi les 10 premiers à chaque édition des championnats du monde et des JO. Sous son impulsion, les championnats africains gagnent en visibilité, se structurent et plusieurs pays africains commencent à accueillir des événements d’envergure internationale. Il défend sans relâche l’idée que l’athlétisme est le véritable sport-roi en Afrique, celui qui offre au continent ses plus grandes émotions olympiques et la reconnaissance mondiale. Quelques jours avant sa disparition, il rappelait encore cette conviction profonde: «L’Afrique reste un berceau important de l’athlétisme mondial.» Cette phrase résume toute sa vision. Pour lui, l’Afrique n’était pas un simple réservoir de talents destinés à enrichir d’autres nations. Elle devait devenir une puissance sportive organisée, respectée et influente, dénonçant la fuite des talents, les naturalisations massives d’athlètes africains et le manque d’investissement des États dans les infrastructures sportives. Son militantisme dépassait d’ailleurs largement l’athlétisme. Il joua un rôle important dans le sport militaire via le CISM qu'il présida et à l'Organisation des sports des états islamiques où il est vice président. Récemment il a amené ses paires à constituer la CASOL une instance réunissant les Confédérations Africaines Sportives. Hamad Kalkaba croyait au sport comme outil diplomatique et géopolitique. Lors d’une conférence donnée récemment à l’Institut des relations internationales du Cameroun, il expliquait que le sport était devenu un instrument majeur de soft power, de paix et de rayonnement international pour les nations africaines. Lui avait compris, avant beaucoup d’autres, que le sport mondial était aussi un espace de rapports de force politiques, économiques et culturels. Il appartenait à cette génération de dirigeants africains qui avaient encore une vision continentale du sport. À l’image de Lamine Diack, auquel il rendait récemment un hommage poignant, Hamad Kalkaba considérait l’athlétisme africain comme un patrimoine commun à défendre collectivement. Les critiques n’ont évidemment jamais manqué durant son long règne. Comme toute figure de pouvoir ayant traversé plusieurs décennies, il fut parfois accusé d’incarner un système ancien, trop vertical ou insuffisamment renouvelé. Mais même ses adversaires reconnaissaient sa connaissance exceptionnelle des rouages du sport mondial et sa capacité rare à défendre les intérêts africains dans les grandes instances internationales. Sa disparition intervient alors même qu’il préparait encore les grands rendez-vous de l’athlétisme continental. Avec Hamad Kalkaba Malboum disparaît une certaine idée du dirigeant sportif africain: un homme de terrain, de réseaux, de conviction et de patience stratégique. Un homme qui pensait que l’Afrique devait apprendre à peser dans les institutions internationales au lieu de simplement y participer. Son héritage dépasse désormais les médailles, les congrès ou les compétitions organisées. Jusqu’au bout, il sera resté au service du sport africain qui ne doit plus être un figurant de l’histoire mondiale, mais l’un de ses acteurs centraux. Aujourd’hui, l’athlétisme africain perd bien plus qu’un dirigeant. Il perd un militant. Son ultime combat consistait à faire adopter la proposition selon laquelle les membres du conseil de World Athletics soient élus dans leurs continents respectifs, selon un quota réservé à chaque continent. Qui, après lui, défendra cette idée si constructive, qu’il avait adoptée au niveau du continent ? C’est de cela que nous discutions chez moi, il y a seulement une dizaine de jours et au téléphone avant hier... Repose en paix mon ami, mon frère, mon président. Rien ne sera plus comme avant à la CAA. Hamad dans sa jeunesse a aussi chanté...ici bas il chante à la gloire de Dieu...Ecoutez...
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La Coupe du monde à l’épreuve du portefeuille : quand le football s’éloigne de son peuple 1121

La Coupe du monde 2026 sera bien un « Mondial » mais pour l'élite économique seulement. L’attribution de la Coupe du monde de la FIFA 2026 aux États-Unis, avec le Canada et le Mexique, promettait d’incarner l’universalité du football sur un marché gigantesque. C'est la première édition décidée en assemblée générale et non par le bureau exécutif de la FIFA et ses excès. Le nombre de pays y sera plus élevé qu'auparavant. 48 nations de tous les continents seront là cette fois-ci. Pourtant, à un mois de l’événement, une réalité brutale s’impose. Cette édition risque d’être la plus inaccessible économiquement pour le supporter moyen, surtout pour les non-Américains, comme ceux d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et même ceux d’Europe. Celui qui, en temps normal, constitue la base de la frange consommant du football se réveille exclu économiquement de son spectacle quadriennal. Derrière l’euphorie habituelle, cette fois-ci, une inflation généralisée des coûts transforme le Mondial en luxe. La logique de marché y prime avec la maximisation des revenus via une segmentation du public et une expérience premium. Le billet n’est que la partie visible de l’iceberg. Tous les prix en relation avec l'événement ont augmenté de façon drastique. Cela était prévisible pour ceux qui savent comment marche l’économie aux USA. Les fans de football vont apprendre à leurs dépens ce qu’est le véritable libéralisme américain sans pitié. Le monde va découvrir comment les Américains consomment le spectacle sportif et les coûts importants qu’ils lui consacrent dans leur vie de tous les jours. * Les billets, un premier verrou dissuasif. Les prix officiels FIFA, publiés en février 2026, confirmaient déjà l’explosion. Pour un match de groupes dans la catégorie 4 (la plus accessible), comptez 60 à 200 USD. Ces prix, déjà excessifs, n'existent quasiment plus. Un choc comme Maroc-Brésil grimpa vite à 500-1 500 USD. Aujourd'hui, les billets pour les huitièmes dépassent les 300 USD, ceux des quarts au-delà de 600 USD, les demies à plus de 1 200 USD, et la finale à MetLife Stadium atteint 1 600 USD en catégorie 1, sans compter le marché secondaire, où les places pour la finale flirtent avec les 20 à 30 000 USD. Le prix d'un appartement social dans les banlieues de Rabat ou Casablanca. La FIFA justifie cela par 104 matchs (48 équipes) et une grosse demande, mais pour le supporter marocain ou sénégalais, c’est un rêve brisé. (J'espère que d’ici là, ces deux-là retrouvent leur amitié légendaire.) * Les transports et l’éclatement géographique pèsent lourd. Voler depuis Casablanca ou Paris vers les USA coûte normalement 800 à 1 500 USD en aller-retour, en temps normal. Pour le Mondial, les tarifs grimpent à 1 800 voire 3 000 USD (données Kayak/Skyscanner en mai 2026). Avec 16 villes hôtes étalées sur 5 000 km, suivre son équipe exige des vols internes à 300 voire 600 USD chacun (ex. : New York-Los Angeles) et bien sûr des vols internationaux longs et coûteux quand il s'agit de voyager à partir ou pour Vancouver ou Mexico. Pour trois matchs aux USA, ajoutez donc facilement 1 000 à 2 000 USD pour le transport. * L’hébergement, les autres dépenses au quotidien et l’explosion des prix. À New York, Los Angeles ou Miami, un hôtel moyen passe de 200 USD à 400 voire 700 USD la nuit, pendant l’événement (projections Booking.com). Une semaine coûtera donc de 2 500 à 5 000 USD. Airbnb suit aussi, avec des hausses de 200 à 300%. Pour la restauration, comptez entre 70 et 120 USD/jour (repas simples). Ajoutez aussi le visa ESTA (21 USD), l’assurance voyage (100-200 USD) et autres dépenses et imprévus. * Le bilan chiffré pour un supporter seul (1 semaine, 3 matchs) est de l’ordre de 4 500 à 7 000 USD. Pour une famille de quatre, comptez 15 000 à 25 000 USD. Ces montants excluent systématiquement les non-Américains à faible pouvoir d’achat, comme les fans africains pour ce qui nous concerne. Sans oublier bien sûr ceux qui vont devoir laisser aux consulats, dans leur pays, une caution qui peut atteindre 15 000 USD pour obtenir le visa d’entrée aux USA. Cette dynamique marginalise le supporter traditionnel, celui des tribunes vibrantes, traversant les continents pour son équipe. Celui pour qui le Qatar, tant critiqué, avait tout de même prévu des containers aménagés et qui, entre les matchs, traînait du côté de Souk Waqif… Les stades, en attendant 2030, risquent une sociologie altérée avec plus de corporate et moins de ferveur populaire. La FIFA promeut l’inclusivité (loteries billets, partenariats low-cost), mais ses choix, avec 60% des revenus de billetterie/marketing, interrogent vraiment. Au-delà de l’économie, il y a aussi une problématique culturelle. Adieu au brassage populaire des anciens Mondiaux. 2026 pourrait marquer un tournant sociologique radical. Le football est de plus en plus mondialisé, mais devient ainsi de plus en plus élitiste. La question est donc de savoir à qui appartient le Mondial ? Aux fans ou aux acteurs économiques ? La FIFA a-t-elle oublié qu’elle n’est que l’association de toutes les fédérations nationales ? N’est-elle pas en train de faillir à l’une de ses véritables missions historiques ? Le modèle actuel est-il soutenable sans trahir l’essence populaire du football ? Le fait que son président apparaisse aux côtés des grands de ce monde ne devrait pas lui faire oublier la mission qu’il incarne comme représentant du petit pied nu qui, quelque part dans le monde, court derrière un ballon. La réponse à ces questions et tant d’autres façonnera l’avenir de l’événement le plus populaire de la planète. Un espoir tout de même : dès 2030, la plus grande fête sportive reviendra vers des pays qui respirent le football ; à moins que là aussi le business ne prime…

Trophée Hassan II : cinquante ans d’histoire, de mémoire et de vision royale 1286

Il y a des anniversaires qui ne sont pas de simples chiffres. Ils sont des balises dans une vie, des repères dans une mémoire. Cette 50ᵉ édition du Trophée Hassan II de golf est de ceux-là. Et pour moi, elle a une saveur particulière : celle d’un demi-siècle d’histoire que j’ai, modestement, eu la chance de vivre. Je me revois encore, jeune et enthousiaste, désigné par l'ami Najib Salmi, pour couvrir pour *L’Opinion* la toute première édition. Nous ne savions pas encore que nous assistions à la naissance d’un événement appelé à traverser les décennies et à inscrire le Maroc sur la carte mondiale du golf. À l’époque, le pari pouvait sembler audacieux. Le golf n’était pas un sport populaire au Maroc, encore moins un vecteur d’image internationale. Mais ce pari portait la marque d’une vision. Celle de Hassan II. Car il faut le dire sans détour : le Trophée Hassan II n’est pas seulement une compétition sportive. Il est l’expression d’une stratégie. Une manière, pour un souverain visionnaire, d’anticiper ce que serait la diplomatie moderne : une diplomatie d’influence, d’image, de rayonnement culturel et sportif. Hassan II avait compris, bien avant beaucoup d’autres, que le sport pouvait être un langage universel. Un espace où les nations se rencontrent sans protocole rigide, où les élites échangent dans un cadre informel, et où l’image d’un pays se construit avec finesse. Le golf, en particulier, offrait cette dimension à la fois prestigieuse et discrète, parfaitement en phase avec l’idée qu’il se faisait du positionnement du Maroc. Le golf au Maroc avait sa tradition et sa propre saveur à laquelle venait gouter régulièrement un certain Wilson Churchill... Au fil des éditions, j’ai vu ce trophée grandir. D’un tournoi encore confidentiel, il est devenu une étape reconnue du circuit international. J’ai vu défiler des champions, évoluer des infrastructures, se professionnaliser une organisation. Mais plus encore, j’ai vu se confirmer, année après année, la justesse d’une intuition royale. Ce qui me frappe aujourd’hui, en regardant en arrière, ce n’est pas seulement la longévité de l’événement. C’est sa cohérence. Rien n’a été laissé au hasard. Le choix des parcours, la qualité de l’accueil, l’attention portée aux détails… tout cela répond à une exigence : faire du Maroc une référence. Et puis, il y a cette dimension humaine, souvent oubliée dans les bilans officiels. Les rencontres, les discussions en bord de green, les complicités nouées au fil des ans. Najib Salmi n’est plus là pour partager ce moment, mais je sais qu’il aurait savouré, comme moi, cette continuité. Nous avions commencé cette aventure presque en témoins curieux ; nous la voyons aujourd’hui consacrée. Cinquante éditions plus tard, le Trophée Hassan II est bien plus qu’un tournoi. Il est un héritage. Celui d’un roi dont l’histoire retiendra, sans doute, qu’il fut l’un des plus grands de la dynastie alaouite, non seulement par son sens politique, mais par sa capacité à voir loin, très loin. Aujourd'hui la vision est renouvelée. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a revigoré l'option et l'optique et avec véhémence Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid veille à ce que cela se traduise dans les faits de la meilleure des manières. Et moi, simple chroniqueur de ce temps long, je mesure aujourd’hui le privilège d’avoir été là au début… et d’être encore là pour en raconter la trajectoire et savourer le spectacle avec la fierté du citoyen comblé de vivre sa marocanité.

Football marocain : quand le spectacle devient prétexte à la confrontation... 1290

Il y avait, au départ, une forme d’optimisme presque candide. En modernisant les infrastructures, en offrant aux supporters des stades aux standards internationaux, en professionnalisant l’organisation et l’accueil, en passant à ce qui est aujourd’hui appelé fan experience, beaucoup pensaient que le football marocain franchirait un cap non seulement sportif, mais aussi civique. L’idée était simple: en élevant les conditions d’accueil, on élèverait mécaniquement le comportement du public. Les récents événements survenus lors de FAR–Raja au Complexe Moulay Abdallah viennent brutalement contredire cette hypothèse. Une sorte de réveil brutal auquel, naïvement, on ne s’attendait pas. Ce qui s’y est produit n’est ni anodin, ni isolé, ni ne doit être considéré comme un fait divers. C’est au contraire le symptôme d’un mal plus profond, qui dépasse catégoriquement le simple cadre du football. L’illusion de l’infrastructure comme moteur de changement s’est simplement fracassée. Le Maroc a investi massivement dans ses équipements sportifs, avec en ligne de mire des ambitions continentales et internationales, et bien évidemment un leg et un acquis au profit de la jeunesse et du football. Le Complexe Moulay Abdallah, vitrine de cette politique, est censé incarner cette nouvelle ère. Il y a là la sécurité, le confort et l’organisation. Pourtant, ces infrastructures modernes n’ont pas empêché des scènes de violence, de dégradation et d’affrontements. Cela met en lumière une erreur d’analyse fondamentale. On ne résout pas un problème social par une réponse uniquement matérielle. Les stades ne sont pas des bulles étanches coupées des tensions de la société. Ils en sont souvent le reflet amplifié. Depuis quelque temps déjà, ils sont l’habitacle et le creuset de revendications et d’expressions qui dépassent le cadre du football. La question fondamentale est d’ouvrir les yeux. Sommes-nous face à un public de football ou à des groupes organisés, manipulés, poussés pour être la pointe de lance d’agendas obscurs ? Le fonctionnement ne rappelle t il pas les méthodes de l'Open Society? Il serait trompeur de réduire ces débordements à de simples «excès de supporters». Une partie du public présent dans les tribunes ne vient manifestement pas pour le football. Il s’agit, dans bien des cas, de groupes structurés, composés majoritairement de jeunes, parfois très jeunes, qui instrumentalisent l’événement sportif comme un espace d’expression violente. Eux-mêmes sont probablement manipulés et victimes. Le match devient alors un prétexte et le stade un théâtre où se jouent des rapports de force qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jeu. L’affrontement avec les forces de l’ordre n’est pas accidentel. Il est recherché, préparé, parfois même ritualisé. Faut-il y voir une manipulation ? La question mérite d’être posée sans naïveté. Dans de nombreux contextes internationaux, les mouvements de supporters ont été infiltrés, instrumentalisés ou récupérés à des fins politiques, idéologiques ou criminelles. Le Maroc n’est pas, par essence, immunisé contre ce type de dérives. Le penser, c’est faire preuve d'ingénuité. Face aux déraillements, un autre élément interpelle : le mutisme de certains clubs. Ce silence est, au mieux, une forme de lâcheté. Au pire, une complicité implicite ou simplement une peur de les affronter. Les clubs sont les premiers concernés. Leur image et leur finance sont directement affectées par ces comportements. Leur responsabilité morale est engagée. Pourtant, rares sont ceux qui prennent position de manière claire, ferme et publique pour condamner ces actes et se désolidariser de ces groupes. Pourquoi ce silence ? Par crainte de perdre une partie de leur base de supporters ? Par incapacité à contrôler des groupes devenus autonomes ? Ou par calcul, en considérant que ces franges radicales contribuent malgré tout à l’ambiance et à la pression dans les stades ? Quelle qu’en soit la raison, cette posture est intenable. On ne peut pas revendiquer les bénéfices d’un soutien populaire, bénéficier de subventions et d’investissements colossaux aux frais des contribuables, tout en fermant les yeux sur ses dérives les plus graves. Les considérer comme des faits divers livrés aux services de sécurité n’est pas acceptable. Les clubs doivent se manifester, parler, s’exprimer, se désolidariser, condamner ouvertement. Les responsables de l’AS FAR viennent de rompre avec ce silence par un communiqué où ils dénoncent ce qui s’est passé. Il faudra sans doute aller plus loin pour tous les clubs de football et pour leur ligue. Pourquoi pas se constituer partie civile ? L’image des clubs, du football et du pays est lourdement touchée. Il s’agit également d’une question d’autorité et de projet de société. Au fond, la question dépasse le football. Elle renvoie à un enjeu plus large : celui de l’autorité, de l’encadrement de la jeunesse et du sens donné aux espaces collectifs. Quand des jeunes utilisent un match pour « en découdre », cela traduit un déficit d’intégration, de repères et de perspectives. Le stade devient alors un exutoire, mais aussi un terrain d’apprentissage de la confrontation. Il faut donc agir et rapidement. Des jeunes tous vêtus de noir rappellent étrangement des mouvements fascistes d’une autre époque, dans un autre monde. La réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire, même si elle est nécessaire. Elle doit être globale : éducative, sociale, culturelle. Elle suppose également une responsabilisation de tous les acteurs, notamment, on ne le répétera jamais assez, des parents, de la société, des clubs, de la fédération, des autorités locales, mais aussi des médias. Qualifier certains comportements ouvertement dangereux d’expressions festives et en monter des images est hasardeux. On donne implicitement de la visibilité à des mouvements qui en raffolent et qui démontrent ainsi leur puissance, faisant davantage d’émules et de sympathisants. Certains, naïvement, poussent le public à des comportements extrêmes par des narratifs inappropriés et une sémantique dont ils ne maîtrisent pas les codes. Plus que jamais, il y a lieu de restaurer le sens du football qui est, par essence, un moment culturel de partage, d’émotion collective, de rivalité encadrée. Lorsqu’il devient un champ de bataille, il perd sa raison d’être. Il est donc urgent de réaffirmer des lignes claires: - Tolérance zéro pour la violence organisée - Responsabilisation des clubs vis-à-vis de leurs supporters - Responsabilisation de la ligue professionnelle - Identification et sanction des fauteurs de troubles en back office - Reconstruction d’un lien sain entre la jeunesse et le sport. Car à défaut, les plus beaux stades du monde resteront des coquilles vides de sens, incapables de contenir des tensions qu’ils n’ont pas vocation à résoudre. Le Maroc du football mérite mieux que cela. Et il est encore temps de redresser la trajectoire, à condition de regarder la réalité en face, avec intelligence et sans complaisance.

AFCON 2025, règlement et récit : quand le droit du jeu rattrape le débat... 1197

La controverse autour de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 aura été déterminante. Elle ressemble désormais moins à un débat qu’à un feuilleton à épisodes, où le droit et la passion se disputent le premier rôle, chacun convaincu d’avoir le meilleur scénario. Depuis plusieurs semaines, la décision de la Confédération Africaine de Football, via son jury d’appel, entérinant la défaite du Sénégal sur tapis vert et consacrant le Maroc comme vainqueur officiel, est passée au crible, disséquée, contestée, parfois même réécrite au gré des sensibilités. Les commentateurs les plus véhéments invoquent un principe qu'ils élèvent au rang de la sacralité: un match de football doit se jouer sur la pelouse, pas dans les bureaux climatisés. Effectivement, mais jusqu'au moment où les règles fondamentales se retrouvent transgressées, bafouées. L'argument est noble, certes… mais il oublie commodément que sans règlements, sans sanctions et sans instances pour les appliquer, le football ressemblerait vite à une cour de récréation géante où chacun redessine les règles à la mi-temps. En réalité, ce débat dit moins quelque chose du match lui-même que de notre difficulté collective à accepter qu’au football aussi, comme dans la vie, il arrive que le coup de sifflet final retentisse… en dehors du terrain. L'argument, séduisant dans l’absolu, celui du résultat acquis sur le terrain, se heurte pourtant à une réalité incontournable : le football est aussi, et peut-être avant tout, un cadre normatif universel. Sans règles, il n’y a ni compétition, ni équité, ni légitimité, ni universalité. Et précisément, les récents ajustements apportés par The International Football Association Board viennent précisément éclairer cette tension entre idéal sportif et discipline réglementaire. Pour rappel c'est l'IFAB qui établi les règles du football de manière assez indépendante des instances de la FIFA. Un leg du passé, mais un bon héritage garantissant une certaine objectivité et beaucoup de neutralité. En apportant quelques modifications récemment en matière de Lois du Jeu, l’instance a introduit une clarification majeure. Dorénavant tout joueur quittant le terrain en signe de protestation s’expose à un carton rouge assorti d'une exclusion, et désormais toute équipe responsable de l’abandon d’un match sera déclarée forfait. C'est la suite logique de ce qui s'est passé à Rabat. Un véritable leg heureux là aussi. IFAB dit simplement: plus jamais ça. Ce point est crucial. Il ne s’agit pas d’une interprétation, mais d’une volonté explicite de renforcer l’autorité de l’arbitre et de préserver l’intégrité des compétitions par un respect renforcé des règles de jeu et de compétition. En d’autres termes, le comportement observé lors de cette finale controversée n’est pas simplement regrettable sur le plan moral ; il est désormais formellement encadré et sanctionné sur le plan réglementaire. Cela change profondément la nature du débat. Car si l’on peut discuter de l’opportunité d’une décision passée, il devient difficile d’ignorer que le sens du droit évolue précisément dans la direction adoptée par la CAF et soutenue ainsi explicitement par l'instance qui concocte les règles du football et donc par ricochet par FIFA elle même. Dès lors, une question se pose : pourquoi certains analystes choisissent-ils de mettre en avant des éléments secondaires des nouvelles règles, comme l’interdiction pour les joueurs de se couvrir la bouche lors de contestations ou échanges entre joueurs, tout en omettant les dispositions centrales concernant l’abandon de match ? N'ont ils pas relevé l'importance du changement le plus important survenu dans la planète football et avec effet immédiat? Ce choix éditorial interroge. Il suggère moins une volonté d’informer pleinement qu’une tentative de maintenir une ligne argumentative fragilisée par l’évolution du cadre juridique. Refuser d’intégrer ces nouvelles données, c’est s’exposer au reproche de partialité, voire de construction narrative volontairement mal orientée. Il serait pourtant plus fécond de reconnaître que le football moderne ne peut survivre sans discipline collective. Le romantisme du “jeu décidé sur le terrain” ne peut justifier des comportements qui sapent l’autorité arbitrale et menacent l’ordre même de la compétition. En ce sens, la décision de la CAF apparaît aujourd’hui moins comme une anomalie que comme une anticipation heureuse, peut-être sévère, mais cohérente d’une évolution normative désormais assumée au plus haut niveau du football mondial. La polémique autour de cette finale dépasse donc largement le cadre d’un simple match. Elle révèle une fracture entre deux visions du football : l’une, émotionnelle et narrative, attachée à l’idée d’un jeu peu importe la manière ; l’autre, institutionnelle et juridique, consciente que sans l'observation de règles strictes, le jeu lui-même perd toute signification. Et dans ce face-à-face, le droit du jeu semble désormais avoir pris une longueur d’avance de manière irrévocable. C'est dans le sens de l'histoire, de l'innovation peut être mais sans doute dans celui de l'évolution normale des choses. Désormais personne n'utilisera plus la menace de quitter une partie pour peser sur les décisions de l'arbitre. Désormais et à jamais le droit va primer en toute circonstances.

6 avril : l'idée marocaine qui a conquis le monde... 1347

Le 6 avril est désormais inscrit dans le calendrier mondial comme la Journée internationale du sport au service du développement et de la paix. Une célébration portée par les Nations Unies, relayée sur tous les continents, et adoptée avec enthousiasme par des millions de pratiquants, d’institutions et de passionnés. Pourtant, derrière cette reconnaissance globale se cache une origine souvent méconnue. C’est une idée marocaine, celle de Hamid Kamal Lahlou. L’ironie est frappante. Alors que le monde célèbre avec ferveur cette journée, le Maroc, berceau de l’initiative, semble parfois en retrait, comme s’il hésitait à revendiquer pleinement cette paternité. Oui, il y a bien eu des initiatives et des organisations par-ci par-là. Mais cela n’est pas du tout au niveau de ce qu’on aurait pu espérer. On ne va pas citer les quelques manifestations organisées, histoire de ne froisser personne si on en omettait. En tout cas, il n’y a pas de manifestations importantes au compte des instances sportives, comme le ministère, le Comité National Olympique ou les grandes Fédérations Royales Marocaines Sportives. Faut-il y voir un simple oubli, ou une forme plus subtile de mise à distance ? La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on connaît la personnalité de celui qui en est à l’origine. Kamal Lahlou n’est pas un homme consensuel. Journaliste, dirigeant sportif, communicant, il s’est imposé au fil des décennies comme une voix singulière dans le paysage médiatique et sportif marocain. Son parcours est dense : ancien joueur de handball, à la base professeur et inspecteur d’éducation physique, acteur engagé dans le développement du sport national, il a occupé des responsabilités importantes, notamment au sein du Comité National Olympique Marocain et de l’Association des Comités Nationaux Olympiques Africains. Il est toujours président de la Fédération Royale Marocaine d’Haltérophilie et vice-président de la Fondation Mohammed VI des Champions Sportifs. Mais au-delà des titres et des fonctions, c’est son verbe qui marque et sa posture qui impressionne. Direct, clair, souvent critique, Lahlou dérange autant qu’il inspire. Il ne pratique ni la langue de bois ni la complaisance. Dans un environnement où la retenue est parfois érigée en règle implicite, son franc-parler tranche. Il pointe les insuffisances, interpelle les décideurs, et défend une vision exigeante du sport comme levier de développement et de rayonnement national. Ce positionnement lui a valu autant d’admirateurs que de détracteurs, et sans doute encore plus de dénigreurs. Certains saluent son courage et sa constance, d’autres lui reprochent un ton jugé trop incisif. D’autres encore ne trouvent rien à lui reprocher et pourtant, dans son dos, lui font beaucoup d’objurgations gratuites. Mais tous s’accordent sur un point : Kamal Lahlou est une figure incontournable, impossible à ignorer. Son patriotisme ne souffre d’aucune ambiguïté. Derrière chaque prise de parole, chaque critique, se dessine une ambition claire, celle de voir le Royaume occuper la place qu’il mérite sur la scène sportive internationale. La Journée du 6 avril s’inscrit précisément dans cette logique. En proposant de consacrer une date au sport comme vecteur de paix et de développement, Lahlou ne cherchait pas une légitimation personnelle, mais une reconnaissance du rôle fondamental que le sport peut jouer dans les sociétés modernes. Il a ainsi transcrit à sa façon la vision royale du sport et du rôle que le pays peut jouer à l’échelle universelle au service de la paix. Alors pourquoi cette relative discrétion au Maroc autour de cette journée ? Est-ce le prix à payer pour une parole libre ? Le contrecoup de rivalités qui n’ont pas lieu d’être ? Une manière implicite de marginaliser une figure jugée trop indépendante ? Une façon de clouer le bec à quelqu’un d’ambitieux ? Ou simplement un déficit de mémoire collective ? Quelles que soient les réponses, ou la réponse, une réalité demeure. Le 6 avril est une idée née au Maroc, portée par un Marocain, et adoptée par le monde entier. À l’heure où le pays cherche à renforcer son soft power et à valoriser ses réussites, il serait peut-être temps de réconcilier l’origine et la célébration. Car reconnaître à Kamal Lahlou cette initiative, ce n’est pas seulement rendre hommage à un homme. En a-t-il vraiment besoin ? C’est plutôt assumer une part de l’histoire contemporaine du sport national et mondial, et rappeler qu’au-delà des infrastructures et des performances, les idées aussi peuvent changer le monde. Et si c’est le Royaume du Maroc qui en est à l’origine, c’est encore mieux.

Football africain : l’heure d’un réalisme stratégique... 1414

Le football africain se pare souvent d’un voile de fraternité et d’hospitalité. Mais les faits, eux, racontent une autre histoire. Les mots crus de Youssef El Motie, gardien de l’Olympique de Safi, après la rencontre rocambolesque face à l’USM Alger en coupe de la CAF, viennent percer cette bulle. Une voix rare dans un monde de silences codifiés, hypocrites. Dans un milieu où la langue de bois règne en maître, El Motie a lâché une colère brute et lucide. Il dénonce des comportements hostiles, un accueil dégradé et une asymétrie flagrante dans le traitement des équipes. Son message est clair : le Maroc accueille avec faste, parfois, sinon souvent jusqu’à l’excès, mais ses clubs peinent à recevoir un minimum de respect à l’extérieur. Il parlait explicitement d'Algérie. Cette franchise rompt avec une tradition de retenue qui masque, depuis trop longtemps, des déséquilibres profonds du football continental. « Nous n’avons rien appris de la CAN », lâche El Motie. Il s'adresse aux responsables marocains en fait en évoquant la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc, censée marquer un jalon en matière de gouvernance, de sécurité et de respect mutuel. Pourtant, les incidents survenus, les arbitrages contestés, prouvent que lors de ces grands rendez-vous les principes et les valeurs restent lettres mortes. La CAN n’est pas qu’un tournoi : c’est un laboratoire. Ces leçons se seraient elles évaporés trop vite... Les propos du gardien de but de l'OCS posent la question en termes crus. S'agit il d'hospitalité marocaine et de générosité ou simplement de naïveté ? Au cœur de cette critique acerbe: la posture du Maroc en général. Accueillir dignement est une force culturelle. Mais sans réciprocité, cela vire à la faiblesse stratégique. D’un côté, des réceptions chaleureuses, presque rituelles. De l’autre, des délégations marocaines entravées par des lenteurs administratives ou des pressions subtiles, des fois avec une hostilités à peine voilée. Cela est explicitement utilisé pour peser sur le morale des joueurs et partant sur le résultat. Peut on être aussi vil? Le fair-play peut-il être unilatéral ? Dans le sport comme en diplomatie, la réciprocité est reine. Sans elle, la générosité expose à la vulnérabilité. Les responsables marocains sont directement interpellés ici. A ce propos aussi La CAF est à la traîne avec des règles archaïques, une gouvernance hésitante et la politique de la sourde oreille. Les difficultés souvent rencontrées par les équipes dans les aéroports sont jugés être des formalités administratives alors que manifestement utilisées pour peser sur les résultats. El Motie parle du comportement des dirigeants du football marocain mais vise aussi un autre aspect de la Confédération Africaine de Football (CAF), coupable de règles obsolètes comme la valorisation du but à l’extérieur. Au-delà du technique, c’est la modernisation globale qui coince. Comment rivaliser mondialement sans aligner les normes sur les standards FIFA ? Ce retard reflète une gouvernance déconnectée du terrain, freinant l’ambition africaine. La sortie d’El Motie appelle un changement de paradigme pouvant s'articuler autour de trois priorités : - **Réciprocité non négociable** : Chaque club et sélection doit jouir des mêmes standards d’accueil, de sécurité et de respect partout. - **Réalisme marocain assumé** : Fini l’exemplarité morale solitaire. Il faut défendre les intérêts avec fermeté. - **Réforme en profondeur de la CAF** : Moderniser les règles, professionnaliser l’organisation, appliquer des sanctions dissuasives. Il s'agit manifestement d'une sincérité qui force le débat venue de la bouche d'un acteur sur le terrain, soit le cœur même du métier. Les mots d’El Motie tirent leur force de leur authenticité, ni diplomatiques, ni calculés. Ils traduisent un vécu brut. Dans un continent où le foot unit autant qu’il divise, ignorer ces signaux serait une faute grave. La CAF doit certes se saisir de la question pour rééquilibrer les pratiques mais le Maroc doit également comprendre l'enjeu avec pragmatisme. Le football africain est à un carrefour determinant. Il y a manifestement une illusion d’unité au prix de frustrations graves alors que l'on doit tendre vers une maturité fondée sur la réciprocité et des règles claires imposables à tous en toutes circonstances. La prise de parole d’El Motie pourrait bien être le déclencheur de cette prise de conscience, à condition d’avoir le courage de l’entendre. Depuis quelques temps déjà les équipes marocaines qui se déplacent notamment en Algérie subissent des comportements inacceptables dès leurs arrivées à l'aéroport et sur les terrains. Le drapeau marocain n'est jamais hissé, les joueurs et leur pays se font insulter...De petits jeunes ont même été agressés. La CAF n'a jamais agit. Ici à Safi c'est le public d'un club algérien qui sema le KO... Que va décider la CAF? El Motie aura eu le courage de parler comme jamais personne avant lui. Bravo.

Dopage: sortir de la fiction, affronter le problème de santé publique... 1573

Il est tentant de balayer les récents cas de dopage dans le football marocain d’un revers de main, de les réduire à des erreurs individuelles, des accidents de parcours, voire des injustices. C’est tentant, mais dangereux. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse de loin quelques sanctions disciplinaires. Le dopage, dans sa forme contemporaine, n’est plus seulement une tricherie: c'est un révélateur brutal d’un dérèglement plus profond, celui d’un écosystème sportif et sanitaire en perte de contrôle, entretenu par une illusion confortable: «le football n’est pas concerné». Pendant longtemps, le football s’est abrité derrière une fiction commode: celle d’un sport relativement épargné par le dopage, illusion entretenue à l’échelle mondiale malgré des précédents bien documentés. Au Maroc, cette fiction persiste: chaque cas est traité comme une anomalie, jamais comme un signal. Attention toutefois: ce qui a été révélé récemment concerne certes le football, mais il est loin d’être le seul touché. La montée en puissance de l’Agence Marocaine Antidopage (AMAD) et l’augmentation significative des contrôles ont changé la donne: ce que l’on voit aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus de dopage, mais davantage de vérité. Et cette vérité dérange. Le récit du «dopage accidentel» résiste de plus en plus mal à l’épreuve des faits. Le discours dominant est bien rodé: les sportifs seraient victimes de dopage involontaire, entre compléments alimentaires contaminés, médicaments mal prescrits et erreurs de bonne foi. Ce discours n’est pas entièrement faux. Il est simplement incomplet. Car derrière le «dopage involontaire» se cache une réalité plus troublante: une banalisation généralisée de l’ingestion de substances, dans une culture où la performance immédiate présumée prime sur la connaissance, la prudence et l’encadrement médical. Pourtant il est quasi impossible de prouver que s'ingérer telle ou telle substance puisse favoriser la performance sportive. Ce qui est par contre certain et prouvé, se sont les conséquences inévitables sur la santé. Le droit antidopage est implacable: le sportif est responsable de tout ce qu’il consomme, qu’il ait ou non eu l’intention de tricher. Ce principe de responsabilité objective n’est pas une injustice, c’est un garde‑fou. Mais encore faut‑il donner aux sportifs les moyens réels de comprendre ce qu’ils ingèrent. Aujourd’hui, ce n’est manifestement pas le cas pour une large partie d’entre eux. S’agissant des sportifs de haut niveau, les contrôles sont là pour dissuader et sanctionner le cas échéant. La problématique devient encore plus grave lorsqu’il s’agit de jeunes, et moins jeunes, qui pratiquent pour eux‑mêmes, en dehors des circuits les plus visibles. C’est là que les compléments alimentaires constituent une nouvelle zone grise et le cœur du problème, largement sous‑estimé. Les compléments sont devenus la porte d’entrée d’un dopage diffus, invisible, insidieux. Produits non certifiés, importations incontrôlées, marketing agressif: tout concourt à entretenir une illusion de sécurité, alors que ces produits représentent un angle mort sanitaire. Leur consommation massive chez les jeunes est rarement encadrée médicalement. Elle repose sur des recommandations informelles, des conseils de vestiaire, des vendeurs improvisés, parfois même sur des «influenceurs» des réseaux sociaux. On en trouve même dans certains souks et laiteries. Le résultat est sans appel: des carrières brisées pour quelques grammes de poudre mal identifiée, mais surtout, et c’est le plus inquiétant, des organismes fragilisés, des troubles hormonaux, des déséquilibres métaboliques qui apparaissent de plus en plus tôt. Le dopage n’est plus seulement une fraude sportive, il devient un problème de santé publique à part entière. Le silence, et parfois la complicité passive, des clubs et des salles de sport est un autre angle mort du système. Il faut avoir le courage de poser la question qui dérange: où sont les clubs dans cette affaire ? Rares sont les salles de sport réellement épargnées. Certaines n’hésitent pas à commercialiser, sans le moindre scrupule, des produits dont seuls leurs fournisseurs connaissent réellement la composition et les effets potentiels sur le corps des pratiquants. Et puis comment répondre à un jeune qui vous interpelle en vous disant: Vous nous dites que ces produits ne sont pas bons alors que le coach nous dit qu'il faut en prendre. Dans de nombreux cas, l’encadrement médical est insuffisant, voire inexistant. Les jeunes évoluent dans un environnement où l'apparence physique est glorifiée, mais où la culture scientifique et médicale demeure marginale. Ce vide est comblé par l’improvisation, et pire encore, par une forme de déresponsabilisation collective. Lorsque le scandale éclate, le sportif se retrouve seul face à la sanction. Le club, lui, disparaît du récit. La loi, pourtant, définit clairement les différents niveaux de responsabilité: les produits ne tombent pas du ciel. Cette asymétrie n’est plus tenable. La responsabilité ne peut plus être pensée comme uniquement individuelle. Le dopage dans le football marocain, depuis que deux joueurs de haut niveau se retrouvent mis en cause, ne peut plus être analysé uniquement à travers le prisme de la faute personnelle. Il est le produit d’un marché des compléments insuffisamment régulé, d’un déficit d’encadrement médical structuré, d’une pression de performance de plus en plus précoce et d’une culture sportive qui valorise le résultat plus que la compréhension, dans le déni d’une loi pourtant existante. Face à cela, l’AMAD, sur la base de règles strictes, s’est vu confier la mise en œuvre de la politique nationale de lutte et le fait avec brio. Pour elle l’application mécanique des règles, sans adaptation fine aux réalités locales et sans pédagogie massive, ne suffit pas. Sanctionner sans éduquer revient à traiter les symptômes en ignorant la maladie. Ce qu’il faut changer maintenant, ce n’est plus seulement corriger à la marge: il faut repenser le système. Concrètement: -Imposer un encadrement médical obligatoire dans tous les clubs. -Créer une liste nationale de compléments certifiés, contrôlés et traçables. -Former systématiquement les jeunes sportifs et leurs encadrants aux risques liés aux substances. -Responsabiliser juridiquement les clubs et les staffs, afin qu’ils ne puissent plus se retrancher derrière l’ignorance ou la bonne foi. Et surtout: sortir de l’hypocrisie générale et regarder la réalité en face. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Il se trouve simplement dans un moment charnière. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le passage d’un dopage marginal à une forme systémique, non pas organisé, mais diffus, culturel, presque inconscient. Refuser de le voir, c’est accepter qu’une génération de jeunes paie le prix de cette cécité. Le dopage n’est pas seulement une affaire de triche. C’est une affaire de santé publique, et désormais, une affaire de **responsabilité collective**.

Motsepe, funambule du football africain : entre Sénégal et Maroc, qui est le vrai vainqueur de la CAN 2025 ? 1578

La récente visite de Patrice Motsepe au Sénégal puis au Maroc n'avait rien d'anodin ni de festif. Officiellement, il s'agissait d'une tournée de courtoisie et de suivi des dossiers du football africain. Officieusement, elle intervenait dans un climat de tension latente autour d'une question explosive : qui est le véritable vainqueur de la CAN 2025 ? Cette édition a laissé des traces profondes, avec une déception palpable déjà lors de la remise des médailles et du trophée. Derrière les sourires forcés, un malaise évident : le titre avait été arraché de force. Rappelez-vous : le Maroc a organisé une CAN exemplaire, renflouant les caisses de la CAF comme jamais, avec des sponsors en pagaille, une affluence record, une couverture télévisuelle inédite et un niveau de jeu sublimé par des infrastructures inégalées. Mais cela dérange. Jalousies acerbes et signes avant-coureurs ont culminé lors de la finale. Habitués aux provocations maladives du voisin de l'Est, les Marocains ont été stupéfaits : les principaux saboteurs étaient leurs frères les plus proches, ceux auxquels ils avaient réservé le meilleur des accueils: les sénégalais et les égyptiens. En finale, sous l'impulsion d'un coach exalté, le Sénégal a quitté le terrain pour une polémique arbitrale infondée. Devant certaines évidences, l'acte semble prémédité. Les supporters sénégalais surchauffés ont envenimé davantage la scène. S'ensuivit une procédure chaotique. D'abord, un comité de discipline présidé par un Sénégalais rejeta la requête marocaine, qui contestait le résultat pour non-respect du règlement. Il sanctionna des faits de jeu mineurs, ignorant la violation flagrante. Le Maroc démonta ce verdict devant le jury d'appel, qui rétablit la vérité en appliquant les règles de la CAF. Le Sénégal, qui avait jadis bénéficié d'une décision similaire pour se qualifier à la Coupe du monde 2022, ne digère les arbitrages que s'ils l'avantagent. Il rejeta le rendu, publiant un communiqué étatique et non fédéral, accusant la CAF de corruption. Sous-entendu : la CAF corrompue, le Maroc corrupteur. Lors de ses visites donc, Motsepe affronta l'inévitable : "Qui est le vainqueur de la CAN 2025 ?" Au Sénégal, son objectif était clair : préserver les liens avec une puissance footballistique continentale. Face au président Bassirou Diomaye Faye, il réaffirma le respect de la CAF pour les institutions sénégalaises et leur rôle dans le rayonnement du football africain, sans évoquer les accusations de corruption, tout au moins en public. Mais le message implicite visait clairement à freiner une dérive défiante exagérée du Sénégal : des sanctions lourdes peuvent tomber sinon. Au Maroc, la tonalité changea. Motsepe, fidèle à son habitude, salua la puissance structurante du Royaume. Face à la Fédération Royale Marocaine de Football et son président Fouzi Lekjaa, pilier de la CAF et vice-président de la FIFA, il adopta un ton laudatif. Interrogé sur le sujet sensible, il se retrouva coincé : trancher aurait ravivé des fractures. En président de la CAF, son rôle est d'empêcher une controverse sportive de virer à la crise institutionnelle. Son hésitation révèle la complexité d'un système où politique, symbolique et sport s'entremêlent. La CAN n'est pas qu'une compétition : c'est un levier de prestige et de diplomatie, un champ de rivalités régionales. Le Maroc s'impose comme puissance footballistique par ses performances, ses investissements massifs en infrastructures, généreusement mises au service de la CAF et de nombreux pays africains, ses académies comme celle de Mohammed VI à Salé, exportatrice de talents et ses organisations réussies de nombreuses CAN masculines et féminines. Il est un pilier incontournable de la CAF. La visite de Motsepe y ressemblait à une reconnaissance, soulignant la dépendance de la CAF au Maroc pour avancer le football africain. C'est une diplomatie contrainte qui s'esquisse. Ces deux étapes exposent dans les faits, les limites de la gouvernance actuelle du football africain : entre équilibres politiques, enjeux économiques et ambitions nationales, la CAF navigue à vue. Motsepe, homme d'affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n'est pas un fin politique. Son silence sur le "véritable vainqueur" traduit une réalité : la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements ; s'aliéner un pays est suicidaire. Ces deux déplacements révèlent une question cruciale : la CAF reste-t-elle une instance neutre, ou se soumet-elle à ses pôles de puissance ? Le Sénégal incarne légitimité sportive et historique ; le Maroc, en plus, investissement et vision stratégique. Motsepe maintient implicitement un équilibre fragile au prix du silence et de l'ambiguïté. La crise révèle ainsi la fragilité de l'instance. La tournée n'aura pas tranché sur le vainqueur de la CAN 2025, Ce n'était pas le but, mais elle a mis à nu les forces et surtout les faiblesses du football africain. Un football qui dépasse le terrain. Dans ce jeu, Motsepe n'est ni jongleur ni dribbleur : il est funambule. Cependant il sait. Il sait très bien qui aura la Coupe et les 10 millions de Dollars qui vont avec. Il aura juste évité de se dévoiler et de se faire huer. Ainsi il sera encore et toujours le bienvenu et au Sénégal et au Maroc. C'est le TAS qui va trancher pas lui... En concomitance, la FIFA a exclu Ndala, l'arbitre "maudit" de la finale qui a endossé toutes les incompétences et tous les dépassements. Signe avant-coureur avant le verdict du Tribunal Arbitral du Sport ?

Football : Quand la passion tue le Jeu dans l'impunité et la tolérance... 1705

Le football est d’abord et sans doute une affaire d’émotions. Il est, par essence, un théâtre à ciel ouvert où se jouent les passions humaines dans leur forme la plus brute, probablement la plus primaire. Il génère joie, colère, fierté, humiliation, appartenance. Des tribunes de Camp Nou à celles du Stade Diego Armando Maradona, en passant par la ferveur du Complexe Mohamed V, par les enceintes vibrantes de Stade Léopold Sédar Senghor ou encore le Parc des Princes, le Vélodrome et le Bernabeu, le football dépasse le simple cadre du jeu pour devenir un phénomène social total. Mais cette intensité émotionnelle, si elle fait la beauté du football, en constitue aussi le danger. Car sans régulation rigoureuse, elle bascule rapidement dans l’excès, puis dans la violence. Aujourd’hui, force est de constater que les règles existent, mais qu’elles sont trop souvent contournées, vidées de leur substance ou appliquées avec une indulgence déconcertante. Sur les terrains comme dans les tribunes, les dérives se multiplient : insultes envers les arbitres, provocations entre joueurs, contestations systématiques, violences physiques, jets de projectiles, envahissements de terrain, propos xenophobes, offenses racistes. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir une norme tolérée. On commence étonnement à s'y habituer. Les exemples récents sont édifiants. En Espagne, dans des stades pourtant réputés pour leur culture footballistique, des chants racistes continuent d’être scandés sans complexe, visant notamment des joueurs comme Vinícius Júnior. Tout récemment c'est la communauté musulmane qui fut insultée. Et pourtant la pépite du football espagnole actuellement est bien musulmane. Un public surchauffé ayant sans doute oublié qu'il n' ya pas si longtemps il était musulman. Parmi ceux qui scandaient ces propos et sans doute aucun, certains portent bien encore les gênes de ce passé récent... À Dakar, il y a quelques jours, des heurts ont dégénéré, transformant une fête sportive en scène de chaos. En Italie, des incidents impliquant des supporters ayant envahi le terrain, pourtant lors d'un match amical, ont mis en danger joueurs et officiels, rappelant les heures sombres du hooliganisme européen des années 1980. Ces épisodes ne sont pas isolés; ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence dans et autour des stades. Même au plus haut niveau du football africain, les dérives comportementales deviennent problématiques. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé un goût amer. Ce qui devait être un moment de célébration du football continental a été terni par des comportements contraires à l’éthique sportive. Les pressions sur l’arbitrage, les contestations excessives, les interruptions de jeu se sont banalisés. Lorsqu’un entraîneur se permet de manipuler le rythme d’un match pour influencer une décision arbitrale, il ne s’agit plus de stratégie, mais d’une remise en cause des fondements mêmes du sport. Malgré l’indignation internationale, les sanctions infligées aux équipes, aux clubs ou aux joueurs concernés restent souvent symboliques, insuffisantes pour éradiquer ces comportements. Phénomène très étonnant: rarement on a vu les clubs ou les fédérations se désolidariser clairement de ce public là. Ils s'en accommodent et quand ils le condamner, c'est du bout des lèvres qu'ils le font dans un ton calfeutré, timide et sans effet. Le problème est double. D’une part, les règlements disciplinaires existent mais manquent de fermeté. D’autre part, leur application souffre d’un manque de cohérence et de courage politique. Les instances comme la FIFA, les confédérations continentales et les fédérations nationales, hésitent à prendre des sanctions réellement dissuasives comme les retraits de points, les huis clos prolongés, les exclusions de compétitions, voire des relégations administratives. Or, sans peur de la sanction, la règle perd toute efficacité. Il suffit de comparer avec d’autres sports pour mesurer le décalage. En rugby, par exemple, le respect de l’arbitre est une valeur cardinale. La moindre contestation est immédiatement sanctionnée. En athlétisme, un faux départ entraîne une disqualification immédiate, sans discussion. Le football, lui, tolère encore trop de comportements qui devraient être inacceptables. Cette permissivité a un coût. Elle fragilise l’image du football, dissuade certaines familles de fréquenter les stades et met en danger la sécurité des acteurs du jeu. Plus grave encore, elle prépare le terrain à des drames futurs. L’histoire nous a déjà appris, à travers des catastrophes comme celle du "Heysel Stadium disaster", que la violence dans les stades peut avoir des conséquences tragiques. Il est donc urgent de réagir. Réguler le football ne signifie pas tuer son âme, mais au contraire la préserver. Il ne s’agit pas d’éteindre les passions, mais de les canaliser. Cela passe par des mesures fortes, par des sanctions exemplaires contre les clubs et les joueurs fautifs, par la responsabilisation des fédérations nationales, l'utilisation accrue des technologies pour identifier les fauteurs de troubles, et surtout, une volonté politique claire des instances dirigeantes nationales et internationales. Le football ne peut pas continuer à être ce « marché de l’émotion » livré à lui-même. Car à force de tolérer l’intolérable, il risque de perdre ce qui fait sa grandeur et sa capacité à rassembler plutôt qu’à diviser. Si la FIFA ne se décide pas à agir avec fermeté, alors le danger est réel : celui de voir le football s’enfoncer dans une spirale où la violence l’emporte sur le jeu, et où, un jour, les drames dépasseront le simple cadre du sport. La décision tant attendue du Tribunal arbitral du sport (TAS), dans l'affaire de la finale de la CAN 2025, devrait confirmer la rigueur et l'intégrité dans l'application des règles, au moins à ce niveau, renforçant ainsi la crédibilité de la compétition panafricaine et du football en général.

AFCON 2025: le trophée qui Braise... 1890

Il est des moments où le football cesse d’être un jeu pour devenir un révélateur brutal des fragilités institutionnelles et politiques d’un continent. La crise actuelle autour de la Coupe d’Afrique des Nations en est l’illustration parfaite. Entre l’application rigoureuse des règlements, la crédibilité de la Confédération Africaine de Football, la pression médiatique et les réactions de la Fédération Sénégalaise de Football, l’affaire dépasse désormais le cadre sportif pour s’inscrire dans un registre beaucoup plus large, où s’entremêlent droit, souveraineté et diplomatie de plus en plus. À l’origine, une décision disciplinaire qui, en d’autres circonstances, dans une conjoncture normale, aurait relevé d’un simple contentieux sportif. Mais le contexte, la symbolique et les acteurs impliqués ont transformé ce dossier en véritable crise. La CAF, en tant qu’instance régulatrice, se trouve placée face à une exigence fondamentale, celle de faire respecter ses propres textes sans céder à la pression. Toute faiblesse dans l’application du droit ouvrirait la voie à une contestation généralisée de son autorité, un retour sur des décisions et verdicts précédents. En ce sens, la décision prise, aussi contestée soit-elle, s’inscrit dans une logique de préservation institutionnelle. Cependant, le droit, aussi nécessaire soit-il, ne peut être totalement dissocié de son environnement politique et émotionnel. La preuve en est parfaite aujourd'hui. La réaction de la partie sénégalaise est perçue comme une offense ou une remise en cause de la décision, traduit un malaise plus profond : celui d’un sentiment d’injustice, réel ou supposé, amplifié par une opinion publique chauffée à blanc par une profusion de déclarations et de propos de plus en plus belliqueux. Les réseaux sociaux, les plateaux télévisés et certains discours officiels ont contribué à transformer une affaire juridique en affrontement symbolique entre nations. Face à cela la Fédération Royale Marocaine de Football est silencieuse, stoïque, tranquille et discrète. C’est là que réside le principal danger. Au-delà des textes et des procédures, ce sont des relations historiques, construites sur des décennies de solidarité et de fraternité, qui se retrouvent exposées à une tension inutile. Le football africain, longtemps présenté comme un vecteur d’unité, risque ici de devenir un facteur de division. Et cette dérive, si elle n’est pas contenue, pourrait laisser des traces durables. C'est ce que cherchent à obtenir les forces occultes ou pas d'ailleurs qui alimentent le feu. Dans ce climat de surenchère, la tentation est grande pour chaque camp de durcir sa position. Pourtant, l’histoire des conflits sportifs montre que l’escalade est rarement une solution. Elle affaiblit les institutions, décrédibilise les compétitions et, surtout, éloigne le public de l’essentiel : le jeu juste et crédible. La question centrale devient alors la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer ? Une issue apaisée passe nécessairement par un retour au calme et à la raison. Il ne s’agit pas de renoncer à ses droits, ni de taire les désaccords, mais de les inscrire dans un cadre maîtrisé. Les mécanismes de recours existent, que ce soit au sein des juridictions sportives directes ou, le cas échéant, devant l'instance internationale qu'est le Tribunal Arbitral du Sport. Son rôle est précisément de trancher ce type de litiges avec impartialité et rigueur. Attendre le verdict de cet instance même si elle est lente, c’est accepter que le droit prime sur l’émotion. C’est aussi reconnaître que la crédibilité des composantes du football africain dépend de leur capacité à régler les différends dans le respect des règles qu’elles se sont elle-même données. Toute autre voie, celle de la pression, de la politisation excessive ou de la confrontation médiatique ne ferait qu’installer et aggraver une crise. Au fond, cette affaire pose une question essentielle, celle du modèle de gouvernance pour le football africain. Un modèle soumis aux rapports de force et aux émotions du moment, ou un modèle fondé sur des institutions solides, respectées et capables de faire appliquer le droit, même lorsqu’il dérange ? Finalement les instances du football africain ne sont pas tombées du ciel. Elles sont l'amanation d'un process démocratique auquel participent, en toute bonne conscience, les 54 pays d'Afrique. La réponse à cette question déterminera non seulement l’issue de cette crise, mais aussi l’avenir du football sur le continent. Au-delà du cas présent, c’est la crédibilité de toute une architecture sportive qui est en jeu. Dans l’immédiat, une évidence s’impose : le temps de l’apaisement doit succéder à celui de la confrontation et de la surenchère. La préservation de l’essentiel et la consolidation de la fraternité entre peuples africains, vaut bien plus qu’une victoire sportive fut elle une coupe d'Afrique de football. Cela n'est hélas pas à la portée de ceux dans la vue ne dépasse pas le bout du nez. Le TAS s'exprimera bientôt. On verra alors qui a tort qui a raison en application stricte du droit et il n y'aura plus de recours possible sinon le retour à la raison. Ne vaut il pas mieux justement, en attendant, garder la tête froide, conserver sa lucidité et se calmer ? Un trophée n'est brandit que quand il est mérité, définitivement mérité.

Football africain : entre populisme émotionnel et ordre institutionnel... 2073

La CAF a infligé à l'équipe nationale de football du Sénégal une défaite administrative implacable, déclarant la victoire sur tapis vert pour l'équipe nationale marocaine en finale de la CAN 2025. Cette sanction, ancrée dans les règlements disciplinaires de la CAF, punit l'abandon du terrain, même temporaire. À un moment de la partie, le coach sénégalais a décidé en toute conscience de faire quitter le terrain à ses joueurs. Un seul est resté sur l'aire de jeu. Selon les règles du football, pour qu'un match aille à son terme, il faut au moins sept joueurs sur le terrain. L'équipe, pourtant vainqueure après une prolongation rocambolesque, paie le prix d'une indiscipline flagrante : supporters déchaînés, envahissement partiel du terrain, coups et blessures, interruption prolongée durant laquelle les joueurs ont regagné les vestiaires sur ordre spectaculaire de leur entraîneur. Oubliez le narratif simpliste d'un « Maroc vs Sénégal » que certains, notamment du côté sénégalais, véhiculent pour insinuer une question politique. Ce n'en est rien. L'affaire naît d'un clash initial entre la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) et la CAF. La FRMF a demandé à la CAF d'appliquer ses propres règles et celles de la FIFA, s'interrogeant sur leur non-application. Rappelons que l'équipe nationale du Maroc avait respecté à la lettre les directives de l'arbitre, reprenant même le jeu après 14 minutes seule sur le terrain, pendant que les Sénégalais regagnaient les vestiaires. La question est donc : pourquoi l'arbitre s'est-il abstenu d'appliquer les règles ? La réponse vient des arcanes de la CAF. Un dirigeant « cafien » aurait sommé l'arbitre de bafouer les règles et de ne pas sanctionner l'équipe ayant quitté le terrain. La FRMF va porter l'affaire devant les instances de la CAF, qui l'a confiée à sa Commission de discipline, présidée normalement par un Sénégalais. Pour des questions de commodité, cette commission a rejeté la demande de la FRMF. Loin de baisser les bras, étonnée par cette décision, celle ci a fait appel. En appel, ce ne sont pas des membres qui statuent, mais bien des juges indépendants choisis à travers le continent. La décision fut sans équivoque : en application des règles, l'équipe nationale du Maroc est déclarée vainqueure de la CAN 2025. Le différend opposant la FRMF à la CAF s'est ainsi achevé. Jusque-là, l'affaire est purement sportive. La Fédération de Football du Sénégal (FSF), mécontente du rendu du Jury d'Appel et défendant le résultat acquis sur le terrain, décide d'en référer au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Le Sénégal ne se contente pas de contester la décision : il porte un assaut frontal contre la souveraineté réglementaire, exige juridiquement une enquête internationale pour corruption des instances. C'est le gouvernement sénégalais qui répond à la CAF et porte l'affaire. Pour prouver une corruption, il faudra identifier le corrompu et le corrupteur... La CAF, par sa décision, a primé le droit sur l'émotion du terrain; une émotion malheureusement attisée hors terrain par la bêtise de ceux qui, pour quelques followers de plus ou quelques dollars via AdSense, propagent une haine indescriptible entre deux peuples frères. Ce n'est point un problème entre le Sénégal et le Maroc, mais une question sportive entre la FRMF et la CAF, et entre la FSF et la CAF. Certains rappels s'imposent à l'encontre des attiseurs des deux côtés, sans pour autant défendre la CAF et ses instances, qui sauront répondre aux accusations de corruption. La forteresse réglementaire de la CAF repose sur trois piliers inexpugnables, confortés par ces extraits des règlements: **RETRAITS** *ARTICLE 82* Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF. *ARTICLE 84* L’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l’équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l’arrêt du match, le score sera maintenu. D’autres mesures pourront être prises par la Commission d’organisation. Les trois piliers qui ont présidé à la décision sont donc : - **La conformité absolue**: L'article 82 définit tout retrait d'équipe comme abandon, entraînant forfait automatique. Les 14 minutes sénégalaises tombent sous le coup, sans ambiguïté. - **La proportionnalité mécanique**: La sanction n’est pas discrétionnaire ; elle découle verbatim des textes et est validée par une jurisprudence du TAS . - **La primauté institutionnelle**: L'arbitre a toléré une reprise de facto sous pression, mais la CAF a le pouvoir de trancher en discipline. Que dira dira alors le TAS s'il est effectivement saisi par la partie sénégalaise ? Conservateur par nature, le TAS ne s'érige jamais en juge sportif; il valide les instances quand les règles sont claires. Gardien inflexible de la stabilité, il rejettera toute «légitimité symbolique» sénégalaise. Pour l'emporter, le Sénégal doit ruser: invoquer une reprise invalidant l'abandon, une sanction «disproportionnée» ou l'«esprit du jeu». Stratagème fragile: le TAS a systématiquement écarté ces échappatoires face à des textes explicites. Plusieurs fédérations africaines, dont la FRMA dans l’affaire de la CAN 2015, ainsi que divers clubs et associations affiliées à la CAF, ont saisi le TAS pour contester des sanctions liées à des forfaits, retraits ou manquements réglementaires. Dans ces affaires, le TAS a systématiquement privilégié une lecture stricte des règlements applicables, écartant les arguments fondés sur la force majeure ou les circonstances atténuantes dès lors que les textes prévoyaient des sanctions automatiques. Le dénouement de l'affaire sera la victoire de la CAF, inéluctablement par la confirmation du jugement du Jury d'Appel. Le forfait sénégalais sera validé, le titre confirmé pour le Maroc. La jurisprudence sortira renforcée par le triomphe du droit, blindant les compétitions futures contre le chaos. Reste une infime surprise possible: un replay ou une révision si le TAS conclut que l'abandon n'était pas définitif. Mais va-t-il courir le risque inédit d'instabilité en désavouant des règles si claires ? Ce n'est point une question d'interprétation, mais d'application pure des règles. Le TAS couronnera la CAF, exposant la précarité sénégalaise. Loin d'un duel bilatéral, cette crise oppose respect des règles à tentation populiste. Le droit l'emportera: la CAF réaffirmera sa souveraineté, pour un football africain régi par la loi, non par l'émeute émotionnelle. La CAN 2025, non confisquée, sera celle de la consolidation d’un ordre juridique continental.

Coupe d'Afrique des Nations 2025: quand la victime devient coupable... 1879

La réaction du tunisien Hatem Trabelsi, ancien défenseur de l’Ajax Amsterdam et de Manchester City, et consultant à beIN depuis quelques années, à l’occasion de l’arrêt du jury d’appel de la CAF, largement relayée sur les réseaux sociaux, dépasse le simple commentaire sportif. Elle révèle, en creux, les tensions narratives, les perceptions divergentes et les enjeux symboliques qui entourent aujourd’hui les succès du football marocain sur la scène africaine. Dans sa déclaration, Hatem Trabelsi met en lumière un phénomène classique des compétitions africaines sous l’égide de la Confédération Africaine de Football : la suspicion et le discrédit. Quelle qu’en eût été l’issue, la victoire du Maroc semblait vouée à la contestation. Si Brahim Díaz avait marqué, certains y auraient vu une erreur arbitrale ; si la victoire marocaine avait été large, elle aurait été qualifiée de « mise en scène » ; intervenant sur décision réglementaire après le retrait de l’adversaire, elle devient « preuve de corruption ». Cette grille de lecture critique ne repose pas uniquement sur des faits, mais sur une défiance structurelle envers les institutions sportives africaines et leur gouvernance. C’est le sport quotidien des Africains : rien n’est accepté sans soupçon, sans accusation de corruption. Même les élections présidentielles y échappent rarement. La polémique révèle en fait les fractures narratives générées par toute décision, même la plus juste. Depuis une décennie, le Maroc s’est imposé comme un acteur central du football continental. Le royaume a investi massivement dans les infrastructures, la formation et la diplomatie sportive. Les résultats sont éloquents : - Demi-finale historique à la Coupe du Monde de la FIFA 2022. - Multiplication des titres en catégories jeunes. - Organisation régulière de compétitions africaines. - Attractivité croissante pour les binationaux, à l’image de Brahim Díaz et tant d’autres. Le Maroc l’a fait pour lui-même, tout en croyant naïvement bon d’en faire profiter le continent. Le continent en voulait-il vraiment ? Cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie de soft power plus large, où le sport devient un levier d’influence régionale et internationale. Mais le Maroc, nouvelle puissance du football africain, dérange. Sa réussite suscite jalousies et contestations. Le propos de Trabelsi pointe une réalité observée : le succès appelle la contestation. Dans un espace footballistique africain historiquement marqué par des équilibres fluctuants entre Égypte, Cameroun, Nigeria et Sénégal, l’émergence d’un Maroc structuré et performant a suscité des résistances. L’équipe nationale marocaine incarne une domination nouvelle, fondée sur le talent sportif autant que sur la rigueur organisationnelle, une transformation inscrite dans la trajectoire globale du pays. Cela alimente des discours suspicieux, surtout quand les décisions arbitrales ou administratives semblent la favoriser, à tort ou à raison. En filigrane, la polémique renvoie à une problématique plus profonde : la crédibilité de la CAF. Les accusations récurrentes de favoritisme, de « coulisses » ou de gouvernance opaque ne visent pas seulement le Maroc, mais l’ensemble du système. C’est le narratif cultivé par un ou deux pays africains auxquels rien ne réussit. Comme l’Africain reste trop souvent voué au rôle de victime séculaire, ce discours trouve un terroir fertile pour s’imposer comme réalité. Dans ce contexte, toute décision devient controversée, amplifiée par les réseaux sociaux, les médias et les déclarations de gouvernements, fédérations ou opportunistes en quête de visibilité. La victimisation, ressenti récurrent en Afrique, transforme le moindre incident, voire toute décision, en prisme de suspicion. La sortie de Trabelsi ne se réduit pas à un soutien au Maroc, lui même sait que le royaume n’en a pas besoin. Elle met en évidence une bataille de récits autour du football africain contemporain : entre mérite sportif et soupçons politiques, fierté nationale et solidarités régionales. Le Maroc, puissance montante, se retrouve au cœur de ces tensions. Comme souvent dans l’histoire du sport, la réussite se mesure non seulement en trophées, mais à la capacité d’imposer un récit légitime. Le vrai défi pour le football africain n’est pas de désigner un vainqueur, mais de restaurer une confiance collective dans les règles du jeu. Au-delà du match, une bataille de récits est engagée, où la crédibilité des institutions est le nœud gordien. La mauvaise foi de certains est manifeste. Dans une tentative à peine voilée de pourrir les relations entre deux peuples séculairement frères, une certaine presse gaucho-parisienne a lancé une campagne de discrédit sordide, profitant de la faiblesse du narratif national marocain, non par manque de contenu ou de pertinence, mais par sa naïveté à croire que la bonne foi l’emporte toujours. L’histoire récente prouve le contraire. Ceux qui ont longtemps embêté le Maroc pour avoir récupéré une partie de son territoire sont les mêmes qui hurlent sur leurs plateaux ou noircissent du papier, alimentant un narratif visant à nuire au royaume et à semer le doute sur tout ce qu’il entreprend. Cela ne s’arrêtera pas ; il faudra s’y préparer, surtout après la Coupe du Monde 2026. C’est ainsi qu’il faut interpréter les propos justes et inspirés de Trabelsi : il est temps de construire un narratif national marocain sur le territoire national, sans attendre que d’autres, depuis l’étranger, l’imposent dans la haine et le discrédit. Aujourd’hui, le Maroc distance ses voisins les plus proches, ce qui les dérange, les rend furieux, enragés même. La vérité est qu'ils sont de profonds hypégiaphobes, redoutant leurs responsabilités devant leurs peuples. Quant à la CAN 2025, dans deux mois, personne n’en parlera plus. Elle se résumera à une deuxième étoile, méritée, sur le jersey marocain, signe que la CAF est revenue à la raison et appliquera désormais ses propres règles.

le football, ce théâtre de passions 1819

Le football, ce théâtre des passions, nous a offert une nouvelle illustration de sa complexité. Au lendemain de la CAN 2025, le Maroc meurtri par une défaite, subissait une sanction dont la sévérité interrogeait, tandis que le Sénégal, auteur pourtant d’un geste d’humeur similaire, semblait bénéficier d’un traitement de faveur. Cette disparité dans l’échelle des peines a légitimement offusqué le Maroc qui a usé de son droit légitime de recours. Le verdict est tombé, tel un coup de théâtre : la Cour d’Appel de la CAF a rendu son arbitrage, cassant la décision initiale. Le Sénégal se voit dépouillé de son bien le plus précieux, la coupe est retirée, et le Maroc est sacré champion sur tapis vert, par la grâce d’un 3-0 administratif. Ce dénouement, s’il laisse un goût amer, replace le Maroc sur le toit de l’Afrique. Le football, que le Royaume a érigé en fer de lance de son soft power et de son rayonnement continental, lui offre une victoire en demi-teinte, acquise dans l’antichambre de la justice sportive plutôt que sur le pré. Car au-delà du simple résultat, c’est une triste métamorphose que nous venons de vivre. La "Coupe d’Afrique des Nations" a, l’espace d’un instant, cédé sa place à une "Coupe d’Afrique de la Haine", où les rancœurs et les suspicions ont supplanté la fraternité qui devrait unir le football continental. Aujourd’hui, la décision de la CAF est rendue. La justice, dans sa forme procédurale, a parlé et a donné raison au Maroc. Mais au-delà du gain sur tapis vert, se profile une question d’élégance et de grandeur d’âme. Dans ce monde qui ne tourne pas rond, où le sport peine parfois à rester une simple parenthèse enchantée, une proposition audacieuse mérite d’être soufflée : et si le Maroc, fort de cette victoire judiciaire, tendait la main au peuple sénégalais ? Et s’il offrait ce trophée controversé en signe d’une fraternité supérieure, permettant au Sénégal de garder la coupe et de savourer une victoire sportive pleine et entière, tandis que le Maroc, par ce geste, gagnerait bien plus qu’un match : il remporterait la coupe du monde de l’élégance morale ? En fin de compte, et c’est là l’essentiel, ce n’est que du football. Un football qui, parfois, nous rappelle que la véritable victoire ne se trouve pas toujours dans le palmarès, mais dans la manière dont on choisit de transcender les décisions pour préserver l’essentiel : le respect et l’amour du jeu.

De la Sédition à la Sanction – Le Réveil de la Conscience Juridique de la CAF 1903

La décision rendue par la CAF concernant l’épilogue tumultueux de la finale Maroc-Sénégal ne saurait être réduit à une simple chronique sportive. Il marque l’avènement d’un précédent législatif salvateur où la force du droit s'est, enfin, substituée à la manœuvre de la « Realpolitik ». En infirmant le verdict initial, la Commission d'Appel brise le cycle de l'impunité et du déni de justice structurel qui menaçait de fragiliser les fondations mêmes du football africain. La Fin de la « Prise d’Otage » du Jeu Dans nos précédentes analyses, nous dénoncions une « paralysie tactique » : une véritable prise d'otage du match où le Onze sénégalais, en instrumentalisant les zones grises du terrain, avait exercé une pression insupportable sur le corps arbitral. Cette sédition périmétrale consistait à demeurer dans le périmètre technique pour neutraliser de facto le couperet de l’article 82, tout en empêchant la tenue normale de la rencontre. Aujourd'hui, la Commission d'Appel a tranché : cet usage du chantage au retrait comme levier de négociation ne sera plus toléré. En déclarant le Sénégal forfait (3-0) par application de l'article 84, la CAF reconnaît enfin que l'entrave volontaire est une rupture de l'éthique sportive qui mérite la sanction suprême. La Primauté de la Réalité Matérielle sur le Formalisme Le basculement opéré réside dans un changement de paradigme probatoire. Là où le Conseil de Discipline s’était enfermé dans un aveuglement volontaire, se bornant aux rapports laconiques des officiels, la Commission d’Appel a restauré la hiérarchie des faits. • Le Crépuscule de la Vérité Administrative : L'arbitre, dont la perte d'autorité était la cause première de l'escalade, ne peut plus être le seul narrateur légitime des faits. • La Réintégration du Réel : En réhabilitant les preuves matérielles, chronométriques et vidéos, l'instance a pu caractériser l'intentionnalité de l'entrave là où le régime actuel s'apparentait à un « arbre aux fruits amers ». • L’Effondrement du Récit de Victimisation : La stratégie de la Fédération Sénégalaise, visant à dépeindre une mainmise marocaine imaginaire pour devenir « politiquement intouchable », a trouvé sa limite juridique. Du « Hard Power » Judiciaire à la Modernité Institutionnelle Le premier verdict semblait être le fruit d'une influence institutionnelle où le Sénégal paraissait avoir sécurisé un certain "Hard Power" judiciaire au sein des instances. Cette "mécanique de l'esquive" — consistant à sacrifier le fusible (le sélectionneur) pour sanctuariser l'institution — n’était qu'une manœuvre dilatoire destinée à ménager une fédération omniprésente dans les arcanes de la CAF. Le Maroc, injustement décrit comme le « démiurge » de la CAF par certains narratifs, voit sa position de chantre de la modernité institutionnelle confortée. Le droit du plus fort a cédé la place à la force du droit. Plaidoyer pour un Délit d’Entrave Sui Generis Cette victoire confirme l'urgence de notre proposition : la création d'un cadre disciplinaire spécifique sanctionnant l'intentionnalité de l'entrave. Notre droit sportif est prisonnier d'un binarisme obsolète entre le match joué ou abandonné. Il est impératif d’instaurer une « scientisation » des sanctions pour que tout refus de reprise, même statique, entraîne une défaite automatique. Ce verdict est un message salvateur envoyé aux architectes du sabotage : le terrain reste le seul juge, et le règlement, le seul arbitre. La Commission d’Appel a transformé ce qui aurait pu être un déni de justice structurel en un précédent législatif historique.

CAF : la fin des ambiguïtés, retour des règles 2037

La récente décision du Jury d’appel de la Confédération Africaine de Football marque un tournant majeur dans la gouvernance du football africain. Au-delà du cas spécifique de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, c’est une évolution institutionnelle profonde qui semble se dessiner : celle d’une CAF enfin alignée, sans complaisance, sur les standards normatifs de la Fédération Internationale de Football Association. Une décision juridiquement fondée et assumée Dans son communiqué officiel, le Jury d’appel a annulé la décision de première instance et déclaré le Sénégal forfait, en application stricte des articles 82 et 84 du règlement de la compétition. Le match est ainsi homologué sur le score de 3-0 en faveur du Maroc. Le point central est limpide : le comportement de l’équipe sénégalaise, notamment le fait d’avoir quitté le terrain sans autorisation, constitue une violation caractérisée des règles disciplinaires. Or, ces dispositions ne laissent place à aucune interprétation politique ou émotionnelle : elles imposent mécaniquement la sanction du forfait. En validant cette lecture stricte, la CAF rompt avec une pratique longtemps reprochée : celle d’une gestion parfois hésitante, voire accommodante, des situations litigieuses. La fin d’une culture de l’exception Pendant des années, le football africain a souffert d’un mal structurel : l’inconstance dans l’application des règlements. Certaines décisions semblaient dictées davantage par des équilibres politiques que par la lettre du droit. Or, dans le cas présent, le Jury d’appel a fait exactement l’inverse : Il a reconnu la violation des règles; il a requalifié juridiquement les faits et il a appliqué automatiquement la sanction prévue. Ce triptyque est précisément celui qui fonde la crédibilité des grandes institutions sportives internationales, à commencer par la FIFA. Ce n’est donc pas seulement une décision sportive : c’est une affirmation d’autorité. Un signal fort pour la gouvernance du football africain. Cette décision intervient dans un contexte où la CAF est de plus en plus scrutée, notamment après plusieurs contentieux portés devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), qui ont parfois pointé des incohérences ou des faiblesses dans l’application des règles. En revenant à une lecture stricte de ses propres textes, la CAF envoie plusieurs messages : - Aux fédérations : les règlements ne sont pas négociables. - Aux joueurs et encadrements : les comportements anti-sportifs auront des conséquences immédiates. - À la communauté internationale : l’Afrique du football s’inscrit pleinement dans l’État de droit sportif mondial. Une décision équilibrée et crédible. Fait notable, le Jury d’appel ne s’est pas contenté de statuer en faveur du Maroc. Il a également confirmé certaines responsabilités du côté marocain, notamment concernant des incidents périphériques (ramasseurs de balles, usage de lasers), tout en ajustant les sanctions. Ce point est essentiel : il renforce la crédibilité de la décision. Une justice sportive forte n’est pas une justice partisane, mais une justice cohérente. Vers une nouvelle ère de rigueur ? Ce verdict pourrait faire jurisprudence. Il rappelle que le football africain ne peut plus se permettre d’ambiguïtés à l’heure où les enjeux économiques explosent, la visibilité internationale s’accroît et les standards de gouvernance deviennent universels. L’alignement sur les règles de la FIFA n’est pas une option : c’est une nécessité pour la crédibilité des compétitions africaines. Une rupture véritablement salutaire. En appliquant strictement ses règlements, sans céder à la pression ni aux considérations politiques, la CAF envoie un signal attendu depuis longtemps. Ce n’est pas simplement la victoire d’une équipe sur une autre. C’est la victoire du droit sur l’arbitraire. Et peut-être, enfin, le début d’une CAF plus forte, plus juste et plus respectée.

Le sport au Maroc : entre reconnaissance constitutionnelle et stagnation structurelle 1870

Depuis la Constitution de 2011, le sport est reconnu comme un droit fondamental des citoyens marocains, avec trois articles garantissant l'accès aux infrastructures et à la pratique physique, sous la responsabilité de l'État et des collectivités territoriales. Pourtant, ce cadre ambitieux reste entravé par une loi antérieure à la réforme constitutionnelle et non amendée depuis, créant un décalage entre principes élevés et mise en œuvre concrète. La loi 30‑09, promulguée par dahir en 2010, structure les relations entre l'État, les fédérations et les associations, mais privilégie une logique de contrôle administratif plutôt qu’une dynamique de promotion active de la pratique sportive. Elle s’articule difficilement avec la nouvelle architecture territoriale issue de la Constitution de 2011, ne consacre pas de manière suffisamment opératoire des catégories comme le sport scolaire ou le sport pour tous, et reste avare en mécanismes d'incitation économique et fiscale susceptibles d’attirer l’investissement privé dans une économie du sport encore émergente. Le dispositif apparaît ainsi davantage orienté vers la conformité réglementaire que vers l’élargissement de la base de pratiquants, à rebours de plusieurs législations étrangères qui visent explicitement à stimuler la participation et les partenariats public‑privé. Les effets de ces limites se lisent dans le niveau de pratique organisée. Avec une population d’environ 36,8 millions d’habitants en 2024, le Maroc compterait autour de 350 000 licenciés sportifs, soit moins de 1% de la population engagée dans une pratique fédérale structurée. Ce ratio extrêmement faible contraste fortement avec d'autres pays. La France compte près de 17 millions de licences pour une population d’environ 68 millions d’habitants, soit environ 25 licences pour 100 habitants, signe d’un haut niveau de structuration de la pratique fédérale. Aux Pays‑Bas, les taux atteignent entre 15% et 25%. Le taux est estimé à 30% en Allemagne. Autrement dit, là où les sociétés européennes parviennent à transformer le potentiel démographique en pratique régulière et organisée, le Maroc demeure dans une configuration où la base de licenciés reste marginale au regard de la population totale. Ce déficit quantitatif s’accompagne d’une forte fragmentation du paysage fédéral, marqué par la coexistence de fédérations relativement structurées et de disciplines avec un noyau très restreint de pratiquants. Certaines disciplines fonctionnent de manière quasi confidentielle, d'où la question de la pertinence des modes d’allocation des ressources publiques et de la capacité réelle de ces fédérations à assurer leurs missions de développement de la pratique de masse, de formation des cadres, de détection des talents et de structuration économique des disciplines. Dans les modèles les plus performants, les fédérations jouent un rôle pivot, articulant sport de masse, haut niveau et développement économique. Lorsque la base de pratiquants est aussi réduite, la soutenabilité d'un bon modèle devient problématique. Depuis l’entrée en vigueur de la loi 30‑09, plusieurs responsables se sont succédés à la tête du département en charge du sport, sans qu’une réforme législative n’ait été menée pour aligner le cadre juridique sur les exigences de la Constitution de 2011. Cette inertie normative tranche avec un environnement en profonde mutation, marqué par la professionnalisation croissante du sport, la montée des enjeux économiques et médiatiques et les ambitions du Maroc en matière d’organisation d’événements internationaux. Alors que, dans de nombreux pays, les politiques sportives sont conçues comme des politiques publiques transversales, articulées à la santé publique, à l’éducation, à l’urbanisme, à l’économie et à l’emploi, cette approche intégrée demeure incomplètement traduite dans les textes et les dispositifs opérationnels marocains. Face à ce constat, plusieurs axes de réforme apparaissent incontournables. Un remplacement de la loi 30‑09 permettrait d’introduire des définitions des concepts plus précises, de clarifier la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales et d’intégrer explicitement les objectifs constitutionnels en matière de droit au sport et d’égalité d’accès. Elle pourrait également renforcer les dispositions relatives à l’éthique, à la gouvernance et à la transparence des fédérations et associations sportives, afin de consolider leur légitimité et leur capacité d’action. Le développement du sport scolaire, universitaire et celui pour tous, constitue un deuxième levier stratégique. L’expérience internationale montre que les systèmes sportifs les plus performants reposent sur un socle puissant de pratique en milieu éducatif, qui joue un double rôle: élargir la base de pratiquants et alimenter le vivier de talents pour le haut niveau. Au Maroc, une politique volontariste d’intégration du sport dans les cursus scolaires et universitaires, soutenue par des infrastructures de proximité pour tous, contribuerait à sortir le pays de la zone de très faible densité de licenciés où il se trouve actuellement. Pour cela, un axe important à envisager en urgence est la formation de bon niveau des enseignants. Un troisième axe concerne les incitations économiques et fiscales. L’investissement privé et associatif dans les infrastructures et les clubs pourrait être stimulé par des mécanismes ciblés: déductions, exonérations partielles, dispositifs de mécénat sportif, ainsi que par un cadre plus lisible pour les partenariats public‑privé. Une telle évolution permettrait de réduire la dépendance vis‑à‑vis des subventions publiques et de dynamiser l’économie du sport, qui génère déjà 1,6% du PIB, mais reste en deçà de son potentiel. Enfin, la rationalisation du système fédéral apparaît comme une condition de crédibilité de la réforme. Une évaluation périodique des fédérations, fondée sur des critères de gouvernance: nombre de licenciés, résultats sportifs et contribution à la pratique de masse, permettrait d’optimiser l’allocation des ressources publiques. Cette rationalisation devra s’accompagner de la révision du mode d'établissement des contrats d’objectifs entre l’État et les fédérations. Le sport marocain se trouve dans une situation paradoxale: reconnu au plus haut niveau juridique comme un droit fondamental, il reste limité par un cadre institutionnel et législatif largement conçu avant la réforme constitutionnelle de 2011 et par un niveau de pratique organisée très éloigné des standards. Dans un contexte où le sport est devenu un enjeu majeur de santé publique, de cohésion sociale et de rayonnement international, la réforme du système sportif marocain apparaît désormais comme une nécessité stratégique, qui suppose à la fois une refonte législative et une reconfiguration profonde des politiques publiques. Voilà un autre chantier pour le prochain gouvernement s'il prenait conscience de l'importance de ce secteur.

Walid Regragui : la démonstration de la compétence marocaine... 1929

Il arrive parfois d’être témoin d’un moment rare où un homme, une équipe et une nation se rencontrent pour écrire une page d’histoire. Ils marquent durablement la mémoire collective et redéfinissent la perception que nous avons de nos propres capacités. Pour en avoir été acteur et témoin, je suis sûrement plus en mesure d’en mesurer la signification et la teneur que d’autres. L’épopée de l’équipe marocaine lors de la Coupe du monde au Qatar appartient incontestablement à cette catégorie. Et au cœur de cette aventure se trouve un homme: Walid Regragui. Lorsque celui-ci est nommé sélectionneur du Maroc en août 2022, à peine trois mois avant le début de la compétition mondiale, la situation de la sélection est incertaine. Le sélectionneur d’alors nous disait droit dans ses bottes: «Vous n’avez pas une équipe pour le Mondial.» Le climat autour de l’équipe est alors marqué par des tensions, des interrogations sur la cohésion du groupe et des doutes quant à sa capacité à rivaliser avec les grandes nations du football. Beaucoup pensaient qu’on allait faire un petit tour à Doha et puis s’en aller. En quelques semaines seulement, Regragui va réussir ce que peu d’entraîneurs parviennent à accomplir en plusieurs années: reconstruire un collectif, restaurer la confiance et donner à l’équipe nationale une identité claire, une identité qu’elle n’avait jamais eue auparavant. Le résultat dépasse toutes les attentes. Celui nommé à la tête de l’équipe un peu par défaut, un peu par accident, va simplement étonner le monde. Lors de ce Mondial, le Maroc réalise un parcours historique. Les Lions de l’Atlas terminent premiers de leur groupe devant la Croatie et la Belgique. En huitièmes de finale, ils éliminent l’Espagne après une bataille tactique intense conclue aux tirs au but. En quarts de finale, ils battent le Portugal et de quelle manière ! Une joute tactique à l’avantage de Regragui et sa troupe. Ils deviennent ainsi la première nation africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. On ne pouvait même pas en rêver. Cette performance place définitivement le Maroc dans l’histoire du football mondial. On n’atteint pas à un tel niveau par hasard. Il faut avoir une grande profondeur pour arriver à ce niveau. C’est le début d’une série de réalisations qui vont se succéder, donnant raison à une vision royale lancée le jour où le souverain en donnait le signal en inaugurant l’académie Mohammed VI de football. Mais au-delà du classement, une 4ème place historique, l’impact de cette épopée a été considérable. Elle a transformé l’image du football marocain à l’échelle internationale. Elle a surtout suscité une immense vague de fierté à travers le Maroc, l’Afrique et le monde dit arabe. Cette réussite n’est pas seulement sportive. Elle est aussi profondément symbolique. Le parcours de Walid Regragui illustre d’abord la montée en puissance du cadre marocain. Ancien international ayant porté les couleurs du Maroc pendant plus d’une décennie, il a ensuite construit une carrière d’entraîneur solide. Son sacre continental avec le Wydad Athletic Club lors de la Ligue des champions de la CAF 2022 constitue d’ailleurs l’une des étapes majeures de ce parcours. Son apport va aller au-delà du palmarès. Regragui a su imposer une vision claire du jeu et de la gestion humaine. Dans un groupe composé de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens: Espagne, France, Angleterre ou Italie, il a réussi à construire une unité remarquable avec une force de frappe à toute épreuve. Il a également su valoriser la double culture d’une grande partie des internationaux marocains, transformant cette diversité en une force collective. Sur le plan tactique, son équipe s’est distinguée par une organisation défensive d’une grande rigueur. Durant la période où il dirigeait l’équipe, le Maroc s’est imposé comme l’une des défenses les plus solides, encaissant très peu de buts face à des attaques parmi les plus redoutables du monde. Mais ce qui a surtout marqué les observateurs, c’est la dimension humaine de son leadership. Regragui a su créer un lien direct entre l’équipe nationale et son public. Par sa communication simple, sincère et souvent empreinte d’émotion, il a redonné aux supporters le sentiment que l’équipe nationale leur appartenait pleinement, au point où le public s’est cru le droit d’un « interventionnisme » devenu rude à la fin. Cela va l'irriter, le blesser. Dans un pays où la question de la confiance accordée aux cadres nationaux a souvent été débattue, l’expérience Regragui constitue une démonstration éclatante. Elle montre que la compétence marocaine existe, qu’elle est capable de gérer les plus grands défis et qu’elle peut s’imposer au plus haut niveau lorsque les conditions de confiance sont réunies. En cela, l’épopée de 2022 dépasse largement le cadre du football. Elle a contribué à renforcer la confiance collective dans nos capacités. Elle a rappelé que le Maroc peut produire des talents, non seulement parmi les joueurs, mais aussi parmi les entraîneurs, les dirigeants et les cadres sportifs. Les entraîneurs marocains auxquels la fédération a fait confiance ont tous surperformé. Le Maroc est devenu une puissance footballistique grâce à des Sektoui, Amouta, Sellami, Baha, Dguig, Chiba et, bien évidemment, Mohamed Ouahbi. Pour ceux d’entre nous qui ont consacré leur vie à la construction du sport national, ce message est particulièrement important. Le développement du sport ne dépend pas uniquement des infrastructures, des budgets ou des compétitions. Il dépend aussi, et peut-être surtout, de la confiance que nous accordons à nos propres compétences. En quelques mois, Walid Regragui a incarné cette confiance. Il a montré qu’un entraîneur marocain pouvait diriger une équipe au plus haut niveau mondial, affronter les plus grands du football et entrer dans l’histoire de la compétition la plus prestigieuse de la planète. Pour toutes ces raisons, son action mérite reconnaissance et respect, tout comme celle de tous ces entraîneurs qui, avec moi, avaient porté le Maroc au plus haut des classements mondiaux de l’athlétisme : Kada, Ouajou, Ayachi, Boutayeb, Sahere, Bouihiri et j’en passe. Au-delà des résultats et des statistiques, Regragui restera comme l’homme qui a permis à des millions de Marocains de croire, le temps d’une Coupe du monde et après, que tout devenait possible. Et dans le sport comme dans la vie des nations, ces moments sont précieux. Ils nous rappellent que la réussite collective commence souvent par une conviction simple: croire en nous-mêmes. Pour tout ce qu’il a apporté au football marocain, pour l’image qu’il a donnée de notre pays et pour l’inspiration qu’il représente pour les générations futures d’entraîneurs et de cadres sportifs, il est juste de lui dire aujourd’hui, avec sincérité et gratitude: Merci, Walid. J’ai eu le privilège de lui remettre son premier trophée de meilleur entraîneur de l’année. Il venait de remporter le titre de champion avec le FUS.

Regragui : la rumeur toxique qui sabote les Lions... 1948

Les rumeurs incessantes sur l'avenir de Walid Regragui, sélectionneur des Lions de l'Atlas, polluent quotidiennement le débat footballistique marocain, créant un climat toxique et déstabilisant. Infondées pour la plupart, elles relèvent d'une psychose collective ou d'un acharnement délibéré qui mine un projet victorieux à l'approche de la Coupe du Monde 2026. Ne faut-il pas dénoncer vigoureusement cette spirale nuisible, qui dessert le sport roi national au lieu de le servir ? La chronologie des rumeurs persistantes est tout de même étonnante. Des rumeurs avaient couru à l'approche de la CAN et rebelotte à l'aune de la Coupe du Monde. Depuis le retour de l'équipe nationale après la demi-finale historique du Mondial 2022, Regragui fait l'objet d'un flot quasi quotidien de spéculations sur son éviction ou son éventuel départ pour un quelconque club ou sélection. Les pics d'intensité surviennent après chaque faux-pas mineur, comme lors de la CAN 2025 où la défaite en finale a alimenté les ragots, ou plus récemment depuis le 23 février 2026 avec des annonces sensationnelles de RMC Sport sur un « départ imminent » et des négociations amiables. La FRMF a réagi par plusieurs communiqués officiels dont celui tout récent du 24 février, démentant fermement et qualifiant ces "fuites" de « pure invention ». Les rumeurs avaient été jusqu'à évoquer des noms comme Xavi Hernández ou Iniesta sont avancés sans fondement tangible. Comme si l'expérience des encadrants marocains n'avait pas ses preuves. Regragui, avec un bilan sportif qui défie les critiques, a transformé les Lions de l'Atlas en machine à victoires : beaucoup de victoires peu de nul et encore moins de défaite, avec une série qualificative impeccable pour la Coupe du Monde 2026 où, dans le groupe C, il sera opposé au Brésil, à l'Écosse et à Haïti. Il a su intégrer une nouvelle génération tout en maintenant une identité tactique hybride (4-3-3 fluide ou 4-2-3-1 défensif), couronnée par une finale à la CAN 2025. Ces performances incontestables rendent absurdes les appels à un changement, surtout quand la FRMF rappelle que le contrat court jusqu'en 2026 avec des objectifs clairs. Limoger l'artisan de cette ascension extraordinaire serait une aberration stratégique, au moment où le Maroc, sans complexe, vise un podium mondial. Quelles sont les origines et mécanismes de cette déstabilisation voulue. Ces rumeurs ne surgissent pas du néant : elles s'inscrivent dans un pattern d'acharnement observé dans le football marocain, possiblement piloté par des luttes internes, des agents de joueurs en quête d'influence ou des médias en mal de clics. La « psychose » décrite avec des hashtags viraux comme #RegraguiOut , fragilise le vestiaire, démotive les joueurs et offre un boulevard à la concurrence. Des précédents comme la CAN 2025, où la FRMF avait dénoncé des « campagnes de déstabilisation », montrent un mode opératoire : ballon d'essai anonyme sur Twitter, amplification par des insiders, démenti officiel qui relance le buzz. Ce climat cauchemardesque, à quelques mois du Mondial, risque de saper la cohésion d'une équipe classée 8e mondiale: un exploit sous Regragui, faut-il le rappeler. Le risque sont donc des conséquences néfastes sur l'équipe nationale marocaine. Cet acharnement peut avoir des conséquences incommensurables sur l'équipe nationale. L'impact est palpable : interviews tendues de joueurs avant la CAN, notamment Achraf Hakimi qui avait appelé à la « sérénité », et risque d'une préparation perturbée pour les matchs amicaux de mars prochain. Cette instabilité, qu'alimentent certains de façon chronique, érode la confiance des supporters, divise la diaspora marocaine et ternit l'image du Royaume comme terre d'accueil du Mondial 2030. À l'inverse, un soutien ferme à Regragui, comme lors de son maintien post-CAN 2022 malgré les pressions, avait propulsé l'équipe vers des sommets. Prioriser les faits aux ragots est vital : les Lions méritent un environnement serein pour affronter les géants en juin 2026. Nécessité donc d' une mobilisation collective puissante. Pour briser ce cercle vicieux, la FRMF doit communiquer proactivement sur le projet Regragui, tandis que les médias devraient vérifier avant de relayer. Les fans, via une pression positive sur les réseaux, peuvent contrer l'acharnement. Le football marocain, porté par un sélectionneur compétent et charismatique, n'a pas besoin de cette toxicité : il aspire au sacre. Dénoncer ces rumeurs comme un sabotage est un devoir patriotique, pour que les Lions rugissent librement vers la gloire mondiale. Le problème en fait n'est pas remplacer Regragui. Toute responsabilité a une fin mais cela doit se faire dans la clarté et la transparence, dans la continuité et pas sous la pression de la rue. Une leçon tout de même: Jamais aucune équipe n'a remporté de coupe du monde avec un sélectionneur étranger. La performance sportive est une expression culturelle à laquelle participe des joueurs et un staff. Depuis peu le Maroc ne manque plus d'entraineurs de niveau mondial...Il restera à Regragui d'avoir été précurseur, une sorte de pionnier ayant fait rêver les marocains et décomplexé notre football et partant notre jeunesse.

Ramadan : quand le Maroc se met en mouvement entre ferveur et vigilance... 2025

Chaque année, à l’entame du mois sacré, un phénomène discret mais massif transforme les rues des villes marocaines. À Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger ou Fès, les corniches, les parcs et les terrains de proximité se remplissent à l’approche du ftour. Des grappes de marcheurs envahissent les boulevards, des groupes improvisent des matchs de football, les salles de sport affichent complet et les plages sont envahies. *Le paradoxe est apparent : alors que le jeûne impose une abstinence alimentaire et hydrique du lever au coucher du soleil, l’activité physique, elle, augmente spectaculairement. Ramadan devient, pour beaucoup, un mois de remise en forme. On recherche les avantages d’un alignement corps-esprit et une discipline naturelle.* Le jeûne structure la journée; les horaires sont fixes, les excès visibles. Cette discipline favorise l’engagement dans une routine sportive. Beaucoup profitent de cette régularité pour installer une habitude qui leur échappait le reste de l’année. Effectivement, l’exercice physique va leur permettre une amélioration métabolique, si bien évidemment il est pratiqué de manière modérée pendant le jeûne, par la stimulation de : * l’oxydation des graisses ; * la sensibilité à l’insuline ; * la régulation du poids ; * la réduction du stress oxydatif. **Marcher 45 minutes avant le ftour ou faire un entraînement léger 1 à 2 heures après, peut favoriser une meilleure gestion de la masse grasse et limiter la prise de poids souvent associée aux repas copieux du soir. Nombreux sont celles et ceux qui prennent beaucoup de poids à l’occasion de Ramadan.** Les bénéfices cardiovasculaires sont aussi très importants. La marche rapide, le jogging léger ou le vélo améliorent la santé cardiaque, abaissent la tension artérielle et renforcent l’endurance. Ramadan devient ainsi un moment propice pour initier des personnes sédentaires à l’exercice et au bien-être psychologique et physiologique. L’activité physique et le sport pendant Ramadan agissent aussi comme régulateur émotionnel : * réduction de l’irritabilité liée à la privation ; * amélioration de la qualité du sommeil ; * sentiment d’accomplissement ; * cohésion sociale: matchs de quartier, marche en groupe. Dans un mois marqué par la spiritualité, l’effort physique devient prolongement de l’effort moral. *Cependant, il ne faut pas ignorer les risques possibles, car le corps a ses limites. Les transgresser peut être lourdement préjudiciable. L’effervescence sportive n’est pas sans danger, surtout lorsqu’elle est improvisée, mal contrôlée ou excessive.* Le principal risque reste la perte hydrique. La déshydratation sévère n’est jamais loin. Courir en fin d’après-midi sous un soleil printanier, sans possibilité de boire, peut provoquer : * étourdissements ; * hypotension ; * crampes musculaires ; * troubles de la concentration ; * voire malaise. **Les personnes qui pratiquent au-delà d’une certaine intensité sont particulièrement exposées à l’hypoglycémie.**Un effort intense à jeun peut entraîner une chute brutale du taux de sucre sanguin, avec : * tremblements ; * sueurs froides ; * vision trouble ; * fatigue extrême. Les personnes diabétiques ou prédiabétiques, notamment, doivent ainsi redoubler de prudence. *Il y a également beaucoup de risques de blessures musculaires. Le manque d’hydratation diminue l’élasticité musculaire. Beaucoup se lancent dans des matchs de football explosifs ou des séances intensives de musculation sans préparation progressive. Résultat : élongations, déchirures, ruptures ligamentaires, douleurs lombaires.* **La surcharge cardiaque est un autre risque majeur si l’on n’écoute pas son corps. Chez les personnes peu entraînées ou souffrant de pathologies cardiovasculaires non diagnostiquées, un effort intense à jeun peut être dangereux, voire fatal.** Il y a donc certaines règles d’or à observer pour un Ramadan sportif sain, pour maximiser les bénéfices et limiter les risques : 1. **Privilégier l’intensité modérée** : marche rapide, jogging léger, renforcement doux. 2. **Choisir le bon moment** : * 30 à 60 minutes avant le ftour, pour pouvoir s’hydrater rapidement ; * ou 1 à 2 heures après le ftour. 3. **Hydratation stratégique** entre le ftour et le shour: eau fractionnée tout en évitant l’excès de caféine. 4. **Alimentation équilibrée** : protéines, fibres, glucides complexes. 5. **Écouter les signaux d’alerte** : vertiges, palpitations, faiblesse inhabituelle. *Au-delà de la santé, ce pic d’activité révèle une réalité intéressante, un phénomène sociologique : Ramadan agit comme catalyseur collectif. Il crée une atmosphère propice au changement de comportement. Là où le reste de l’année la place est à la dispersion, le mois sacré offre un cadre, un sens et une motivation. Ainsi, on retrouve la vie des copains et des groupes d’intérêts.* La question centrale reste cependant : pourquoi cet élan ne dure-t-il pas après Ramadan ? Peut-être parce que, plus qu’un simple mois de jeûne, Ramadan est un accélérateur d’intention. Il pousse chacun à vouloir être une meilleure version de soi-même, spirituellement et physiquement. **Le défi consiste désormais à transformer cette énergie saisonnière en culture permanente du mouvement, de l'exercice physique et de sport. Si le corps peut jeûner, il ne doit jamais cesser de se mouvoir et donc de vivre.**

Patrice Motsepe : une présidence CAF minée par les opacités et les conflits d'intérêts... 2023

Élu en mars 2021 à la tête de la Confédération africaine de football (CAF) lors de l'Assemblée générale tenue à Rabat, au Maroc, faut-il le rappeler ?, le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe promettait une rupture radicale avec un passé de scandales et de mauvaise gestion. Transparence absolue, rigueur financière, modernisation des pratiques : telles étaient les promesses de sa campagne. Quatre ans plus tard, ces engagements sonnent creux. L'institution végète entre discours lisses de réforme et opacités criantes, sur fond de tensions internes, controverses arbitrales et soupçons récurrents de collusion entre pouvoir et intérêts personnels. Le profil de l'homme d'affaires se retrouve au cœur d'un conflit d'intérêt manifeste. Propriétaire du club sud-africain Mamelodi Sundowns, dont il a confié la gestion à son fils, avec l'aval de la FIFA , Motsepe incarne l'image d'un gestionnaire "corporate" prospère, doté d'un capital financier colossal et de connexions internationales. Mais ce profil expose une faille majeure : la frontière quasi inexistante entre sa présidence de la CAF et ses intérêts privés. La CAF supervise les attributions des Coupes d'Afrique des nations (CAN), les compétitions interclubs et les qualifications mondiales, exerçant un pouvoir immense sur les 54 fédérations africaines. Motsepe navigue ainsi dans un écosystème où chaque décision peut favoriser ses alliances économiques ou son club. Cette porosité alimente les doutes : sert-il prioritairement le football africain, ou consolide-t-il un réseau d'influences personnelles opaques au profit de ses affaires ? La CAF n'est pas une entité administrative lambda. Elle génère des centaines de millions de téléspectateurs par CAN, négocie avec gouvernements, diffuseurs et sponsors. Or, sous Motsepe, la diplomatie sportive reste un terrain miné par des alliances brouillardeuses, où les décisions semblent dictées par des équilibres politiques et d'autres critères liés à la personne du président. Son style repose de plus en plus sur une gouvernance du flou, masquant l'inaction par une "stratégie du consensus permanent". Les décisions structurelles sont constamment différées ; les signaux d'écoute, les compliments distribués à profusion et les sourires irradiés en tous lieux dissimulent une indifférence voulue. Fédérations, unions zonales, partenaires et politiques peinent à cerner l'homme ou à percevoir une véritable politique de développement et de justice. Résultat : une incapacité chronique à trancher. Controverses arbitrales, litiges organisationnels et attributions contestées s'enchaînent sans clarifications publiques. Commissions saisies, rapports annoncés... mais rien de concret ni de pédagogique. Cette dilution technico-politique entretient l'opacité, protégeant la présidence de toute responsabilité directe. En somme, une démocratie de façade et une dilution des comptes. Sur le papier, Comité exécutif, commissions spécialisées et votes statutaires promettent une gouvernance moderne. Dans les faits, ces organes servent de paravent. En renvoyant les dossiers sensibles vers des commissions, Motsepe se place "au-dessus de la mêlée", invoquant une "responsabilité collective" pour esquiver les critiques. Son but : sortir indemne de chaque scandale ou dérive et elles sont nombreuses. Personne n'est identifiable, personne ne rend de comptes. Une telle culture d'impunité est incompatible avec une institution sportive sérieuse, surtout quand le président cumule affaires privées et pouvoir exécutif. Le chou est bien ménagé, et la chèvre aussi. Depuis 2021, les fragilités explosent : tensions administratives, plaintes contre des cadres, enquêtes internes sur mauvaise gestion. L'affaire du secrétaire général Véron Mosengo-Omba, avec une enquête en Suisse et des audits internes, illustre cet amateurisme. La CAF brandit un département de conformité et une "tolérance zéro", mais les réponses restent minimalistes : communiqués laconiques, aucun rapport public détaillé. Pas de catharsis, pas de reconnaissance des failles, pas de leçons tirées ni de réformes imposées. Les soupçons persistent, dopés par les liens présumés entre la présidence et les intérêts économiques. Ce scandale met en lumière des opacités persistantes, où les crises sont gérées en vase clos, alimentant les doutes sur la gouvernance et l'équité. Administrativement, la CAF survit : compétitions lancées, sponsors rassurés. Mais sur le terrain, le fiasco est patent. Règles floues, arbitrage non indépendant : ces maux génèrent rancœurs chez les fédérations lésées, les clubs furieux et les supporters désabusés. La dernière déclaration du patron de l'arbitrage illustre parfaitement la situation suite au scandale de la dernière finale de la CAN. Cette instabilité structurelle mine la crédibilité commerciale et sportive du football continental. L'équilibre de façade cache des frustrations réelles ; le leadership est perçu partout comme complice du statu quo regrettable. Motsepe dispose d'un réseau et d'une influence pour réformer. Au lieu de cela, son obsession des compromis préserve les équilibres au détriment de la rupture promise à Rabat en mars 2021 : codification de la transparence, publication des décisions, encadrement strict des conflits d'intérêts, à commencer par les siens. À force de ménager tous les camps, il n'en satisfait aucun, nourrissant une défiance toxique. Un comportement volontaire. Dans le football mondialisé, où confiance rime avec revenus, cette présidence à la dérive risque de coûter cher à l'Afrique. Faisons le lien avec ce qui s'est passé au Maroc. Le Royaume promet des choses grandioses à l'Afrique et tient parole. Il est récompensé de la pire des façons : on lui gâche la fête, sans respect pour le pays, pour ses efforts, ni pour le football lui-même. Une image pitoyable du football africain fait le tour du monde. La personne responsable, celle qui doit trancher reste indifférente comme à son habitude en pareil situation. Que fait Motsepe ? Il exprime son mécontentement et promet des réformes. Encore des promesses qui sonnent creux. En a t il vraiment tenu une depuis 2021?. Là aussi, il ménage le chou et la chèvre : business oblige, il est compatissant avec le Maroc et chacun sait pourquoi, mais ne dit mot de ce qu'il faut faire. Il navigue dans sa neutralité obsessionnelle. Il a tout de même réussi à dégoûter les citoyens marocains et pas seulement eux. Nombreux réclament aujourd'hui de tourner le dos à la CAF. Une majorité manifeste ne veut plus de CAN féminine au Maroc ni d'autres compétitions sur le territoire national. Réponse de Motsepe : la CAN féminine aura bien lieu aux dates prévues. Certains y ont lu une menace... Les Marocains sont gentils, accueillants, généreux, mais surtout pas dupes. Ils en ont marre de l'hypocrisie de l'homme et de son institution, et réclament justice. Il leur répond à demi-mot : "Allez au TAS si vous voulez une justice..." Le manque de courage est patent. La CAF sous Motsepe est à la dérive.