Pensez le Futur.

El Angioedema : "Desde los ataques de hinchazón localizados hasta la asfixia potencialmente mortal" 892

El Angioedema se caracteriza por una acumulación de líquido en las mucosas y en la piel, lo que produce unhinchazón e inflamación de la cara, de las extremidades o de los genitales. UN ANGIODEMA DE ORIGEN ALERGICO Puede poner en peligro la vida del paciente, cuando afecta a la vía aérea. En la gran mayoría de los casos, es un angioedema de origen alérgico. Afecta a aproximadamente el 20% de la población en algún momento de su vida, y esta a menudo asociado a la presencia de una urticaria. Puede ser causado por un alimento, una picadura de insecto o un medicamento. El angioedema histamínicose trata concorticosteroides y antihistamínicos. En los casos más graves (edema de Quincke), la adrenalina constituye el tratamiento de elección para evitar el shock anafiláctico. OTRA CAUSA : EL ANGIOEDEMA BRADIQUINO HEREDITARIO Otra causa del angioedema, a menudo desconocida en Marruecos es : el angioedema bradiquínico hereditario. Se trata de una forma rara que ocurre con mayor frecuencia durante la infancia o la adolescencia. Los pacientes presentan edemas recurrentes que duran de 2 a 5 días y que desaparecen sin secuelas. Los episodios o ataques de la enfermedad se producen de forma impredecible y varían de un paciente a otro. Se conocen una serie de factores que pueden desencadenar los ataques como los procedimientos dentales, las infecciones de la esfera ORL, el estrés, el embarazo ... El hinchazón puede incluso afectar al abdomen, provocando dolores intensos, náuseas y vómitos, así como diarrea. El edema laríngeo es potencialmente mortal, con un riesgo de muerte del 25% en ausencia de un tratamiento adecuado. Una forma aún más rara es el angioedema bradiquínico adquirido no hereditario, cual ocurre generalmente en adultos mayores de 50 años, y es consecuencia de otra enfermedad (autoinmune o cancerosa) o de ciertos medicamentos como los antihipertensivos de la familia de losinhibidores de la enzima convertidora de angiotensina (IECA) o los antidiabéticos. El tratamiento de los ataques de angioedema bradiquínico consiste en el uso de medicamentos que aún no están disponibles en Marruecos (inyecciones subcutáneas de icatibant o administración intravenosa de concentrados de INH-C1). El ácido tranexámico o el danazol constituyen tratamientos de fondode la enfermedad. LA ASOCIACION AMMAO La Asociación Marroquí de Pacientes con Angioedema (AMMAO) presidida por el Sr. Imad Elaouni, fue creada en febrero de 2018 por personas de la sociedad civil y miembros del cuerpo médico y paramédico con el objetivo de informar y sensibilizar la población a estaspatologías, asícomo el de unificar los esfuerzos para atendera las personas que las padecen. El presidente honorario es la profesora Laurence Bouillet, profesora de Medicina Interna y coordinadora del centronacional de referencia sobre el angioedema en Francia. AMMAO es también miembro de la Red Global de los angioedemas - HAEI. 9 de enero de 2024 Dr Moussayer Khadija, Especialista en medicina interna y geriatría, presidente de la alianza de enfermedades raras de Marruecos, vicepresidente de AMMAO RESUME L’angioedème : « De crises de gonflement localisé à l’asphyxie potentiellement fatale» Les angioedèmes se caractérisent par une accumulation des liquides au niveau des muqueuses et de la peau se traduisant par des crises de gonflement du visage, des membres ou des organes génitaux. Ils peuvent comporter un risque d’asphyxie quand la gorge est atteinte. UN ANGIOEDEME REPANDU D’ORIGINE ALLERGIQUE Dans la très grande majorité des cas, il s’agit d’un angioedème d’origine allergique, environ 20 % de la population en sont touchées à un moment de leur vie. UN ANGIOEDEME PLUS RARE D’ORIGINE HEREDITAIRE Les angioedèmes peuvent être avoir une autre cause : c’est l’angioedème héréditaire bradykinique. Cette forme plus rare se déclare le plus souvent durant l’enfance. Le gonflement peut toucher l’abdomen, donnant de fortes douleurs, des nausées et vomissements ainsi que des diarrhées. L’œdème laryngé met en jeu le pronostic vital avec un risque de décès de 25 % en l’absence de traitement approprié. L’AMMAO POUR MIEUX SENSIBILISER A CETTE PATHOLOGIE L'Association Marocaine des Malades d'Angioedèmes (AMMAO), présidée par M. Imad Elaouni, a été créée en 2018 avec pour objectif l’information et la sensibilisation de la population à ces pathologies. Le Pr Laurence Bouillet, coordinatrice du centre de référence national sur les angioedèmes en France, en est la présidente d’honneur. L’AMMAO est par ailleurs membre du réseau mondial des angioedèmes – HAEI. C'est une organisation “ombrelle” de défense globale des patients représentant la communauté des malades partout dans le monde. Maria Ferron en est la représentante régionale pour tous les pays Méditerranéens et elle est une des interlocutrices privilégiées de l’Association AMMAO SUMMARY Angioedema: "From localized swelling attacks to potentially fatal asphyxia" Angioedemas are characterized by an accumulation of fluid in the mucous membranes and skin resulting in swelling of the face, limbs or genitals.They may carry a risk of asphyxiation when the throat is affected. ANGIOEDEMA OF ALLERGIC ORIGIN In the vast majority of cases, it is an angioedema of allergic origin, about 20% of the population are affected at some point in their life. Often associated with an urticaria, it can be caused by food, insect bite or drug. THE HEREDITARY ANGIOEDEMA Angioedema may have another cause, often unknown : it is the hereditary bradykinic angioedema. This rarer form occurs most often during childhood or adolescence. Laryngeal edema is life-threatening with a 25% risk of death in the absence of appropriate treatment. AN ASSOCIATION FOR ANGIOEDEMA The Moroccan Association of Angioedema Patients (AMMAO), chaired by Mr. Imad Elaouni, was created in 2018 with the aim providing information and awareness to the population about these pathologies. Professor Laurence Bouillet, coordinator of the national reference center on angioedema in France, is the honorary president. AMMAO is also a member of the global network of angioedema -HAEI. BIBLIOGRAFÍA - Isabelle Boccon-Gibod , Laurence Bouillet, MD , Clement Olivier, Clinical Characteristics of Hereditary Angioedema (HAE) Type III Patients Compared with Those with HAE Type I/II , JOURNAL OF ALLERGY AND CLINICAL IMMUNOLOGY 26/01/13, Doi : 10.1016/j.jaci.2012.12.791 - Laurence Bouillet, Diagnostic des angioedèmes héréditaires, La Presse Médicale, Volume 44, Issue 1, 2015, Pages 52-56, ISSN 0755-4982, https://doi.org/10.1016/j.lpm.2014.06.027. - Khadija Moussayer, Les angioedèmes en débat à Casablanca le 19 janvier 2019, Mescursus 29 Décembre 2018. https://medcursus.com/442/les-angioedemes-en-debat-casablanca-le-19-janvier-2019 - Khadija Moussayer, On estime que 2.000 personnes sont touchées par les angioedèmes bradykiniques au Maroc, Le Matin ma, 4 janvier 2024 https://lematin.ma/express/2022/maroc-compte-2000-cas-angioedeme-bradykinique/384170.html
Dr Moussayer khadija Dr Moussayer khadija

Dr Moussayer khadija

Dr MOUSSAYER KHADIJA الدكتورة خديجة موسيار Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral à Casablanca. Présidente de l’Alliance Maladies Rares Maroc (AMRM) et de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS), Vice-présidente du Groupe de l’Auto-Immunité Marocain (GEAIM)


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Réorganisation chez Renault : menace sociale ou opportunité industrielle pour le Maroc ? 51

L’annonce d’une volonté de réduction drastique du nombre d’ingénieurs au sein de Renault s’inscrit dans une dynamique globale de transformation du secteur automobile mondial. Pressions sur les coûts, transition vers l’électrique, digitalisation des processus industriels : autant de facteurs qui poussent les grands constructeurs à revoir leurs structures internes, notamment dans les métiers de l’ingénierie. Il s'agit tout de même de près de 25% dans le cas de Renault. Si, à ce stade, rien n’indique que les sites marocains notamment ceux de Usine Renault Tanger et de Usine Renault Casablanca (SOMACA), seront concernés, l’hypothèse mérite d’être sérieusement envisagée. Et surtout, elle ouvre un champ de réflexion stratégique. Et si cette éventuelle vague de compétences libérées constituait une opportunité historique pour le Maroc ? Depuis plusieurs années, les grands groupes automobiles réorientent leurs investissements vers des domaines à forte valeur ajoutée tels les logiciels embarqués, l'intelligence artificielle et les batteries électriques. Cette mutation réduit mécaniquement le besoin en ingénieurs généralistes, tout en créant une forte demande pour des profils spécialisés. Une véritable mutation mondiale qui redéfinit l’ingénierie dans cette industrie. Le plan stratégique de Renault, notamment à travers sa filiale électrique Ampere, illustre cette évolution. Il ne s’agit pas simplement de réduire les effectifs, mais de redéployer les compétences. Le Maroc n’est plus seulement un site d’assemblage à bas coût. En deux décennies, le Royaume a construit un écosystème automobile parmi les plus performants du continent africain. D’atelier industriel d'assemblage il est passé à plateforme intégrée avec un taux d’intégration locale supérieur à 60 % dans certains segments, la présence de grands équipementiers mondiaux, des infrastructures logistiques compétitives (Port Tanger Med) outre la formation ciblée via des instituts spécialisés très performants. Des groupes comme Stellantis ou encore Lear Corporation ont renforcé cet écosystème, consolidant la position du Maroc comme hub industriel régional. Si les réductions d’effectifs venaient à toucher le Maroc, elles libéreraient des profils hautement qualifiés tels les ingénieurs process, des spécialistes qualité, des experts en logistique industrielle et des cadres en R&D appliquée. Un véritable vivier d’ingénieurs sera alors sous-exploité. Ce capital humain, formé aux standards internationaux, constitue une ressource stratégique rare. Dans de nombreux pays, une telle concentration de compétences serait immédiatement absorbée par un tissu industriel local dense. Au Maroc, le défi est justement de créer ces débouchés. L’hypothèse d’une marque automobile marocaine s'impose alors avec un point central : pourquoi ne pas transformer cette contrainte en levier d’industrialisation ? Le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs atouts : * Un marché intérieur solvable * La classe moyenne marocaine, bien que sous pression, reste capable de soutenir une demande pour des véhicules abordables, robustes et adaptés aux réalités locales. * Une chaîne d’approvisionnement quasi complète. Faisceaux électriques, sièges, composants plastiques, câblage, la majorité des éléments constituant est déjà produite localement et une légitimité industrielle est déjà acquise. Le “Made in Morocco” automobile n’est plus une abstraction. Dans ce contexte, l’émergence d’une marque nationale, avec des modèles appelés-la symboliquement Taroudante, Fassia ou Itto, ne relève plus de l’utopie. Même si elle pose plusieurs défis structurants limitatifs tel l'accès au financement (capital patient, souverain ou privé), la maîtrise de la propriété intellectuelle, la capacité à développer une plateforme technique compétitive et la stratégie d’exportation. Il y a tout de même le précédent de certains pays émergents à regarder de près. Des pays comparables ont réussi ce pari: Dacia en Roumanie, relancée avec succès (ironie de l’histoire, sous l’impulsion de Renault), Tata Motors en Inde ou encore Proton en Malaisie. Ces exemples montrent qu’une industrie automobile nationale peut émerger à condition d’un alignement clair entre État, capital privé et expertise technique. Une véritable question de volonté politique et industrielle. La vraie question n’est donc pas technique, mais stratégique. Le Maroc souhaite-t-il rester un simple maillon performant dans une chaîne de valeur mondialisée, ou aspire-t-il à devenir un acteur à part entière, capable de concevoir, produire et commercialiser ses propres véhicules ? La réponse implique une politique industrielle volontariste, des incitations à l’innovation, une mobilisation du capital national et surtout, une confiance dans les compétences locales. Il s'agit en fait de transformer une incertitude en projet national ambitieux. Si les restructurations de Renault devaient toucher le Maroc, elles seraient perçues, à juste titre, comme une menace sociale. Mais elles pourraient aussi devenir un moment fondateur. Car derrière chaque ingénieur potentiellement libéré, il y a une brique de souveraineté industrielle. Collées les unes aux autres ces briques peuvent devenir un véritable édifice. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un alignement rare : compétences, infrastructures, marché, crédibilité internationale. Ce qui lui manque encore, c’est peut-être l’audace de franchir le dernier pas : passer de l’usine du monde à créateur de marque. Et dans un pays où l’imaginaire collectif est puissant, il n’est pas anodin d’imaginer qu’un jour, posséder une voiture appelée Fassia, hada ou Itto devienne bien plus qu’un acte d’achat mais bien un acte d’adhésion à un projet industriel national marocain.

Dopage: sortir de la fiction, affronter le problème de santé publique... 150

Il est tentant de balayer les récents cas de dopage dans le football marocain d’un revers de main, de les réduire à des erreurs individuelles, des accidents de parcours, voire des injustices. C’est tentant, mais dangereux. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse de loin quelques sanctions disciplinaires. Le dopage, dans sa forme contemporaine, n’est plus seulement une tricherie: c'est un révélateur brutal d’un dérèglement plus profond, celui d’un écosystème sportif et sanitaire en perte de contrôle, entretenu par une illusion confortable: «le football n’est pas concerné». Pendant longtemps, le football s’est abrité derrière une fiction commode: celle d’un sport relativement épargné par le dopage, illusion entretenue à l’échelle mondiale malgré des précédents bien documentés. Au Maroc, cette fiction persiste: chaque cas est traité comme une anomalie, jamais comme un signal. Attention toutefois: ce qui a été révélé récemment concerne certes le football, mais il est loin d’être le seul touché. La montée en puissance de l’Agence Marocaine Antidopage (AMAD) et l’augmentation significative des contrôles ont changé la donne: ce que l’on voit aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus de dopage, mais davantage de vérité. Et cette vérité dérange. Le récit du «dopage accidentel» résiste de plus en plus mal à l’épreuve des faits. Le discours dominant est bien rodé: les sportifs seraient victimes de dopage involontaire, entre compléments alimentaires contaminés, médicaments mal prescrits et erreurs de bonne foi. Ce discours n’est pas entièrement faux. Il est simplement incomplet. Car derrière le «dopage involontaire» se cache une réalité plus troublante: une banalisation généralisée de l’ingestion de substances, dans une culture où la performance immédiate présumée prime sur la connaissance, la prudence et l’encadrement médical. Pourtant il est quasi impossible de prouver que s'ingérer telle ou telle substance puisse favoriser la performance sportive. Ce qui est par contre certain et prouvé, se sont les conséquences inévitables sur la santé. Le droit antidopage est implacable: le sportif est responsable de tout ce qu’il consomme, qu’il ait ou non eu l’intention de tricher. Ce principe de responsabilité objective n’est pas une injustice, c’est un garde‑fou. Mais encore faut‑il donner aux sportifs les moyens réels de comprendre ce qu’ils ingèrent. Aujourd’hui, ce n’est manifestement pas le cas pour une large partie d’entre eux. S’agissant des sportifs de haut niveau, les contrôles sont là pour dissuader et sanctionner le cas échéant. La problématique devient encore plus grave lorsqu’il s’agit de jeunes, et moins jeunes, qui pratiquent pour eux‑mêmes, en dehors des circuits les plus visibles. C’est là que les compléments alimentaires constituent une nouvelle zone grise et le cœur du problème, largement sous‑estimé. Les compléments sont devenus la porte d’entrée d’un dopage diffus, invisible, insidieux. Produits non certifiés, importations incontrôlées, marketing agressif: tout concourt à entretenir une illusion de sécurité, alors que ces produits représentent un angle mort sanitaire. Leur consommation massive chez les jeunes est rarement encadrée médicalement. Elle repose sur des recommandations informelles, des conseils de vestiaire, des vendeurs improvisés, parfois même sur des «influenceurs» des réseaux sociaux. On en trouve même dans certains souks et laiteries. Le résultat est sans appel: des carrières brisées pour quelques grammes de poudre mal identifiée, mais surtout, et c’est le plus inquiétant, des organismes fragilisés, des troubles hormonaux, des déséquilibres métaboliques qui apparaissent de plus en plus tôt. Le dopage n’est plus seulement une fraude sportive, il devient un problème de santé publique à part entière. Le silence, et parfois la complicité passive, des clubs et des salles de sport est un autre angle mort du système. Il faut avoir le courage de poser la question qui dérange: où sont les clubs dans cette affaire ? Rares sont les salles de sport réellement épargnées. Certaines n’hésitent pas à commercialiser, sans le moindre scrupule, des produits dont seuls leurs fournisseurs connaissent réellement la composition et les effets potentiels sur le corps des pratiquants. Et puis comment répondre à un jeune qui vous interpelle en vous disant: Vous nous dites que ces produits ne sont pas bons alors que le coach nous dit qu'il faut en prendre. Dans de nombreux cas, l’encadrement médical est insuffisant, voire inexistant. Les jeunes évoluent dans un environnement où l'apparence physique est glorifiée, mais où la culture scientifique et médicale demeure marginale. Ce vide est comblé par l’improvisation, et pire encore, par une forme de déresponsabilisation collective. Lorsque le scandale éclate, le sportif se retrouve seul face à la sanction. Le club, lui, disparaît du récit. La loi, pourtant, définit clairement les différents niveaux de responsabilité: les produits ne tombent pas du ciel. Cette asymétrie n’est plus tenable. La responsabilité ne peut plus être pensée comme uniquement individuelle. Le dopage dans le football marocain, depuis que deux joueurs de haut niveau se retrouvent mis en cause, ne peut plus être analysé uniquement à travers le prisme de la faute personnelle. Il est le produit d’un marché des compléments insuffisamment régulé, d’un déficit d’encadrement médical structuré, d’une pression de performance de plus en plus précoce et d’une culture sportive qui valorise le résultat plus que la compréhension, dans le déni d’une loi pourtant existante. Face à cela, l’AMAD, sur la base de règles strictes, s’est vu confier la mise en œuvre de la politique nationale de lutte et le fait avec brio. Pour elle l’application mécanique des règles, sans adaptation fine aux réalités locales et sans pédagogie massive, ne suffit pas. Sanctionner sans éduquer revient à traiter les symptômes en ignorant la maladie. Ce qu’il faut changer maintenant, ce n’est plus seulement corriger à la marge: il faut repenser le système. Concrètement: -Imposer un encadrement médical obligatoire dans tous les clubs. -Créer une liste nationale de compléments certifiés, contrôlés et traçables. -Former systématiquement les jeunes sportifs et leurs encadrants aux risques liés aux substances. -Responsabiliser juridiquement les clubs et les staffs, afin qu’ils ne puissent plus se retrancher derrière l’ignorance ou la bonne foi. Et surtout: sortir de l’hypocrisie générale et regarder la réalité en face. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Il se trouve simplement dans un moment charnière. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le passage d’un dopage marginal à une forme systémique, non pas organisé, mais diffus, culturel, presque inconscient. Refuser de le voir, c’est accepter qu’une génération de jeunes paie le prix de cette cécité. Le dopage n’est pas seulement une affaire de triche. C’est une affaire de santé publique, et désormais, une affaire de **responsabilité collective**.

GITEX Africa à Marrakech : vitrine d’ambition ou révélateur de contradictions ? 183

À Marrakech, le GITEX Africa ferme ses portes dans une effervescence désormais familière: milliers d’exposants, dizaines de milliers de visiteurs, délégations internationales, startups africaines en quête de visibilité. Le Maroc affiche ainsi une ambition claire: devenir un hub technologique continental, voire une plateforme euro-africaine de l’innovation. Mais derrière cette vitrine séduisante, une question s’impose avec acuité: le pays se donne-t-il réellement l'ensemble des moyens de ses ambitions, si légitimes soient elles? Le Maroc part certainement avec des avantages indéniables. Sa stabilité politique, ses infrastructures modernes, son positionnement géographique stratégique, ainsi que ses investissements dans les télécoms et les énergies renouvelables ou encore le niveau sans doute compétitif de ses jeunes et de ses universités, en font un candidat sérieux pour accueillir l’économie numérique africaine. Des institutions comme UM6P ou Technopark Maroc participent à l’émergence d’un écosystème entrepreneurial dynamique. Les talents sont là. la volonté surement, Les idées aussi. Et pourtant. L’innovation ne se décrète pas, elle se libère. L’économie de l’intelligence artificielle et des startups repose sur un principe fondamental: la vitesse. Vitesse d’exécution, vitesse de décision, vitesse de transaction. Or, au Maroc, cette vitesse est souvent ralentie, entravée. Le cœur du problème réside dans le paradoxe de vouloir bâtir une économie digitale moderne tout en maintenant des logiques administratives héritées d’une économie de contrôle, pour ne pas dire d'un autre temps. L’initiative et l’innovation exigent de la liberté. Liberté d’investir, de transférer, de commercer, de tester et souvent d’échouer. Plus les contraintes sont nombreuses, plus l’innovation se contracte. Ainsi le verrou du change est un handicap structurel. Le rôle de l'Office des changes est central dans cette équation. Conçu pour protéger les équilibres macroéconomiques, son cadre réglementaire apparaît aujourd’hui en décalage avec les exigences du numérique. Un entrepreneur marocain qui souhaite payer un service cloud à l’étranger, lever des fonds internationaux, vendre une solution SaaS à l’international, ou simplement tester un modèle économique global se heurte souvent à des délais, des plafonds ou des procédures incompatibles avec la réalité du marché moderne. Alors que son concurrent en France à Londres « Silicon Valley » européenne va pouvoir aller et conclure beaucoup plus vite. Aujourd'hui l'Allemagne, la Suède et les Pays-Bas sont des acteurs majeurs, soutenus par une forte dynamique d'innovation et des investissements en IA et SaaS. La nouvelle économie ici a trouvé un terroir des plus intelligent. Là où une startup doit agir en millisecondes, ici elle attend parfois des jours, voire des semaines. Dans un monde où la concurrence est instantanée, ce décalage est fatal. Restons sur notre continent et posons la question de savoir pourquoi d’autres pays africains avancent plus vite ? Elle dérange mais mérite d’être posée sans complexe: pourquoi des pays, parfois moins dotés en infrastructures, attirent-ils davantage les géants de la tech et de l’IA ? Des écosystèmes comme ceux de Lagos, Accra, Nairobi, Maurice ou Kigali ont compris une chose essentielle: dans l’économie numérique, la régulation doit accompagner et non freiner. Le Rwanda mise sur une administration agile et pro-business. Le Kenya bénéficie d’un écosystème fintech libéré et innovant. Le Nigeria, malgré ses défis, offre une profondeur de marché et une flexibilité opérationnelle qui séduisent les investisseurs. Pendant ce temps, les grands acteurs de la tech hésitent à s’implanter durablement au Maroc, malgré ses atouts structurels. Le risque est celui de devenir une vitrine sans substance. Le danger est clair : que des événements comme GITEX Africa deviennent des vitrines brillantes mais déconnectées de la réalité du terrain où d'autres viennent faire du business et repartent. Une économie numérique ne se construit pas à coups de salons internationaux, mais par des réformes structurelles profondes. Sans cela, le Maroc risque de rester un lieu de passage et non un lieu d’ancrage pour l’innovation. Pour transformer l’ambition en réalité, plusieurs leviers doivent être activés sans plus tarder : 1. Libéraliser progressivement le régime de change. Permettre aux startups : d’ouvrir librement des comptes en devises, de transférer des fonds sans lourdeurs administratives, d’opérer à l’international en temps réel. Un véritable cadre spécifique pour les entreprises tech exportatrices pourrait être ainsi instauré. 2. Créer un “sandbox réglementaire” pour l’IA et la fintech. Inspiré des modèles internationaux, ce dispositif permettrait aux startups de tester des innovations dans un cadre assoupli, sous supervision, sans subir immédiatement toutes les contraintes réglementaires. Un "sandbox réglementaire" est un espace de test contrôlé pour les innovations technologiques. Il permet aux startups en IA et fintech de tester leurs produits dans un cadre réglementaire allégé, sous supervision des autorités. C'est un Concept clé. Ce dispositif, pourrait s'inspirer de modèles comme ceux du Royaume-Uni (FCA) ou de l'UE (AI Act). Il créera un environnement sécurisé où les entreprises expérimentent sans appliquer immédiatement toutes les règles strictes: autorisations complètes et conformité totale. Des régulateurs supervisent pour évaluer les risques, limiter l'impact sur les consommateurs et adapter les lois futures 3. Accélérer la digitalisation administrative. Réduire drastiquement les délais de traitement, automatiser les autorisations, et introduire des logiques de “silence vaut accord” dans certains cas. 4. Encourager le capital-risque international. Faciliter l’entrée et la sortie des investisseurs étrangers, simplifier les mécanismes de levée de fonds, et sécuriser juridiquement les opérations transfrontalières. 5. Miser sur la liberté comme moteur stratégique. C’est peut-être le point le plus décisif. L’innovation ne prospère pas dans un climat de suspicion ou de contrôle excessif. Elle a besoin de confiance. Le Maroc est à la croisée des chemins. Il peut soit continuer à privilégier une logique de contrôle, au risque de freiner son propre élan, soit opérer un virage courageux vers plus de liberté économique. GITEX Africa est une formidable opportunité. Mais elle ne sera qu’un symbole vide si elle n’est pas accompagnée d’un changement profond de paradigme. Dans l’économie de l’intelligence artificielle, il ne suffit pas d’être présent. Il faut être compétitif. Le maitre mot: l'économie moderne s'épanouit en milliseconde, a besoin de liberté et ne s'accommode point des lenteurs administratives et des contrôles à n'en plus finir. Si l'histoire nous montre comment nous avons raté la révolution industrielle, ne ratons pas celle numérique, car cela risque de peser sur des générations et des générations et donc sur l'avenir du pays.

Motsepe, funambule du football africain : entre Sénégal et Maroc, qui est le vrai vainqueur de la CAN 2025 ? 197

La récente visite de Patrice Motsepe au Sénégal puis au Maroc n'avait rien d'anodin ni de festif. Officiellement, il s'agissait d'une tournée de courtoisie et de suivi des dossiers du football africain. Officieusement, elle intervenait dans un climat de tension latente autour d'une question explosive : qui est le véritable vainqueur de la CAN 2025 ? Cette édition a laissé des traces profondes, avec une déception palpable déjà lors de la remise des médailles et du trophée. Derrière les sourires forcés, un malaise évident : le titre avait été arraché de force. Rappelez-vous : le Maroc a organisé une CAN exemplaire, renflouant les caisses de la CAF comme jamais, avec des sponsors en pagaille, une affluence record, une couverture télévisuelle inédite et un niveau de jeu sublimé par des infrastructures inégalées. Mais cela dérange. Jalousies acerbes et signes avant-coureurs ont culminé lors de la finale. Habitués aux provocations maladives du voisin de l'Est, les Marocains ont été stupéfaits : les principaux saboteurs étaient leurs frères les plus proches, ceux auxquels ils avaient réservé le meilleur des accueils: les sénégalais et les égyptiens. En finale, sous l'impulsion d'un coach exalté, le Sénégal a quitté le terrain pour une polémique arbitrale infondée. Devant certaines évidences, l'acte semble prémédité. Les supporters sénégalais surchauffés ont envenimé davantage la scène. S'ensuivit une procédure chaotique. D'abord, un comité de discipline présidé par un Sénégalais rejeta la requête marocaine, qui contestait le résultat pour non-respect du règlement. Il sanctionna des faits de jeu mineurs, ignorant la violation flagrante. Le Maroc démonta ce verdict devant le jury d'appel, qui rétablit la vérité en appliquant les règles de la CAF. Le Sénégal, qui avait jadis bénéficié d'une décision similaire pour se qualifier à la Coupe du monde 2022, ne digère les arbitrages que s'ils l'avantagent. Il rejeta le rendu, publiant un communiqué étatique et non fédéral, accusant la CAF de corruption. Sous-entendu : la CAF corrompue, le Maroc corrupteur. Lors de ses visites donc, Motsepe affronta l'inévitable : "Qui est le vainqueur de la CAN 2025 ?" Au Sénégal, son objectif était clair : préserver les liens avec une puissance footballistique continentale. Face au président Bassirou Diomaye Faye, il réaffirma le respect de la CAF pour les institutions sénégalaises et leur rôle dans le rayonnement du football africain, sans évoquer les accusations de corruption, tout au moins en public. Mais le message implicite visait clairement à freiner une dérive défiante exagérée du Sénégal : des sanctions lourdes peuvent tomber sinon. Au Maroc, la tonalité changea. Motsepe, fidèle à son habitude, salua la puissance structurante du Royaume. Face à la Fédération Royale Marocaine de Football et son président Fouzi Lekjaa, pilier de la CAF et vice-président de la FIFA, il adopta un ton laudatif. Interrogé sur le sujet sensible, il se retrouva coincé : trancher aurait ravivé des fractures. En président de la CAF, son rôle est d'empêcher une controverse sportive de virer à la crise institutionnelle. Son hésitation révèle la complexité d'un système où politique, symbolique et sport s'entremêlent. La CAN n'est pas qu'une compétition : c'est un levier de prestige et de diplomatie, un champ de rivalités régionales. Le Maroc s'impose comme puissance footballistique par ses performances, ses investissements massifs en infrastructures, généreusement mises au service de la CAF et de nombreux pays africains, ses académies comme celle de Mohammed VI à Salé, exportatrice de talents et ses organisations réussies de nombreuses CAN masculines et féminines. Il est un pilier incontournable de la CAF. La visite de Motsepe y ressemblait à une reconnaissance, soulignant la dépendance de la CAF au Maroc pour avancer le football africain. C'est une diplomatie contrainte qui s'esquisse. Ces deux étapes exposent dans les faits, les limites de la gouvernance actuelle du football africain : entre équilibres politiques, enjeux économiques et ambitions nationales, la CAF navigue à vue. Motsepe, homme d'affaires sud-africain passé dirigeant sportif, n'est pas un fin politique. Son silence sur le "véritable vainqueur" traduit une réalité : la vérité sportive cède souvent aux nécessités diplomatiques. Le football africain dépend des États et de leurs financements ; s'aliéner un pays est suicidaire. Ces deux déplacements révèlent une question cruciale : la CAF reste-t-elle une instance neutre, ou se soumet-elle à ses pôles de puissance ? Le Sénégal incarne légitimité sportive et historique ; le Maroc, en plus, investissement et vision stratégique. Motsepe maintient implicitement un équilibre fragile au prix du silence et de l'ambiguïté. La crise révèle ainsi la fragilité de l'instance. La tournée n'aura pas tranché sur le vainqueur de la CAN 2025, Ce n'était pas le but, mais elle a mis à nu les forces et surtout les faiblesses du football africain. Un football qui dépasse le terrain. Dans ce jeu, Motsepe n'est ni jongleur ni dribbleur : il est funambule. Cependant il sait. Il sait très bien qui aura la Coupe et les 10 millions de Dollars qui vont avec. Il aura juste évité de se dévoiler et de se faire huer. Ainsi il sera encore et toujours le bienvenu et au Sénégal et au Maroc. C'est le TAS qui va trancher pas lui... En concomitance, la FIFA a exclu Ndala, l'arbitre "maudit" de la finale qui a endossé toutes les incompétences et tous les dépassements. Signe avant-coureur avant le verdict du Tribunal Arbitral du Sport ?

Maroc-Égypte : retrouvailles stratégiques ou trêve éphémère sous les sables du pragmatisme ? 253

Imaginait-on la scène au Caire et à Rabat voilà peu de temps encore ? Pourtant, il y a quelques jours seulement, les Premiers ministres Aziz Akhannouch, flanqué de sept de ses ministres, et Mostafa Madbouly, non moins bien nanti, apposent et supervisent des signatures sur vingt-deux accords, les uns plus importants que les autres, sous les flashs des caméras. Les discours officiels célèbrent une « relation à un niveau inédit ». Les sourires, larges, nourrissent l’espoir du rapprochement tant souhaité entre deux puissances économiques de la zone Mena. À première vue, il s’agit de retrouvailles en grande pompe. Mais, derrière cette mise en scène, sans doute sincère, une interrogation persiste. S’agit-il d’un tournant historique ou d’une simple convergence opportuniste dictée par les développements géopolitiques récents ? Pour y voir clair, replongeons dans une histoire lourde de méfiance. Dès 1963, la Guerre des Sables voit l’Égypte de Gamal Abdel Nasser s’aligner sur l’Algérie, voire la pousser contre le Maroc, au nom d’un panarabisme tiers-mondiste qui stigmatisait Rabat comme « pion occidental », disaient-ils à l’unisson. Eux pensaient être du bon côté, celui des « révolutionnaires bolcheviques »... L’objectif était bien évidemment de déstabiliser la monarchie et, pourquoi pas, de la faire tomber. La débâcle était sans appel. L’Égypte y laissera des plumes... et un prisonnier de marque : Hosni Moubarak, celui-là même qui deviendra président. Hassan II, en seigneur, le remettra en cadeau à l’Égypte dans un geste seigneurial. Plus tard, sur le Sahara marocain, Le Caire adopte une ambiguïté prudente mais oh combien floue : ni appui au Polisario, ni soutien franc au Maroc ; une posture d’équilibriste qui, au Maroc, passe pour de la perfidie latente, notamment à l’occasion d’accolades triomphalistes entre Égyptiens et Algériens. C’est Hosni Moubarak qui viendra supplier Hassan II pour relâcher les prisonniers de guerre que Boumédiène a perdu sur le terrain à Amgala, avec l’illustre Chengriha dans la liste...L'Egypte semblait donc souffler le chaud et le froid dans l'affaire. Le sommet récent marque sans doute un pivot. Vingt-deux accords signés pour accélérer les échanges et les porter à des niveaux inespérés encore quelques jours auparavant. Mais le clou de la rencontre est bien l’alignement égyptien sur la Résolution 2797 de l’ONU, validant l’autonomie proposée par le Royaume comme seul cadre viable. Rabat, en diplomate discret, banalise ce soutien, comme s’il allait de soi. Ce n’est pas gratuit : il reflète une recomposition arabe avec, possiblement, la fin des clivages idéologiques des années 1960 et la primauté du pragmatisme. Les menaces iraniennes, et peut-être même turques, peuvent bien y être pour quelque chose. L’Égypte de Sissi, par ce rapprochement, gagne un allié stable : le Royaume chérifien, un contrepoids arabe véritablement diversifié et cohérent dans tout ce qu’il entreprend. Économiquement, pourtant, le tableau est contrasté. Les accords d’Agadir de 2006, liant déjà Maroc, Égypte et Jordanie en zone de libre-échange, n’ont pas tenu toutes leurs promesses. Les échanges ont progressé, mais restent timides tout de même, à cause d’une bureaucratie persistante. Pire, une crise avait éclaté sur les voitures produites au Maroc, bloquées par des taxes protectionnistes. L’Égypte ne les avait pas considérées comme suffisamment marocaines, ravivant les frustrations du Royaume. Ces vingt-deux nouveaux engagements viennent donc booster la machine, avec des investissements croisés pour ancrer le Maroc en Afrique de l’Est et ouvrir à l’Égypte des portes vers l’Ouest. L’argument clé est clair : les chiffres l’emportent sur les rancunes. Ce pendant, les précédentes crises, pas très espacées, prouvent la fragilité de la situation tout de même, jusqu’à preuve du contraire. Il faut rester confiant dans une réconciliation durable, même si les imaginaires populaires récents freinent ce développement. La presse sportive égyptienne notamment est globalement très virulente contre le Maroc et trahit une rivalité tenace. Géopolitiquement, Alger réagira vivement, forçant Le Caire à son habituelle ambiguïté. L'Egypte acceptera t elle un dictat algérien au nom de l'histoire commune... Il n’est pas exclu de voir l’Égypte dépêcher un émissaire pour dire aux Algériens ce qu’ils aiment entendre, afin d’atténuer la déception. Et il y a également les aléas internes et les remaniements fréquents en Égypte, qui créent des instabilités menaçant le tout. L’Histoire arabe enseigne que les alliances sont extrêmement volatiles. Oui, une ère pragmatique s’est bien amorcée, conditionnée à la convergence économique, au-delà des accords d’Agadir. Elle pousse à la stabilité régionale et au triomphe du calcul sur l’idéologie. Osons espérer qu’il ne s’agisse pas d’une réconciliation émotive, mais plutôt d’une normalisation stratégique certaine, mettant le passé en parenthèses au service du présent et de 150 millions d'humains au moins. Les accords devront aussi survivre aux tempêtes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et constituer un socle pouvant séduire le reste des pays de la région, vers un véritable continuum économique en respect de celui géographique et démographique. Alors marocains et égyptiens, apaisés et confiants, écouteront ensemble Oum Kaltoum chanter aghadan alqak...et se délecteront d'un bon thé à l'ombre d'une pyramide ou de la Tour Hassan...

France-Maroc : le docu qui caricature pour condamner 377

Il y a des documentaires qui éclairent le réel. Et puis il y a ceux qui le déforment au nom d’une cause. Il m’a fallu trois visionnages attentifs pour venir à l’évidence qu' avec «France–Maroc : Je t’aime, moi non plus», diffusé sur France 5 le 5 avril, le téléspectateur n’assiste pas à une enquête, mais à un procès. Un procès à charge, méthodique, où l’accusé est connu d’avance: le Maroc, sa monarchie, et au-delà, son choix politique singulier. La double narration de la voix off et celle de celui dont les propos constituent le fil conducteur n’avait qu’une seule ligne directrice: insinuer, concocter un récit, le consolider et en faire une vérité à force de le répéter de mille manières. Derrière l’apparence du décryptage, c’est en réalité une démonstration idéologique qui se déploie, avec ses certitudes, ses angles morts et ses silences soigneusement entretenus. Le maître-mot: caricaturer pour disqualifier ; le procédé, plutôt transparent: réduire pour mieux condamner. Feu Hassan II est enfermé dans une lecture univoque, celle du «dictateur», sans contextualisation sérieuse des années de plomb, des tensions de la Guerre froide ou des tentatives répétées de coups d’État et d’assassinats qui ont visé le régime. Le seul extrait qu’on lui a trouvé, lui qui était plutôt loquace, est celui où Anne Sinclair lui pose une question sur Khalaat Mgouna.«La capitale des roses», lui avait-il rétorqué. Comme si un État soumis à des menaces existentielles devait réagir avec les standards d’une démocratie permissive. L’histoire nous a bien démontré sur quoi cela pouvait aboutir. Quant à Sa Majesté Mohammed VI, il est présenté comme une simple variation cosmétique du même système: une monarchie «adoucie», mais fondamentalement inchangée. Une lecture paresseuse qui évacue deux décennies de réformes, d’ajustements et d’évolutions réelles. Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de comprendre, mais de figer. Le film devait parler de la relation entre les deux pays, mais la France y est absente donc innocente. La véritable clé du documentaire réside dans ce qu’il ne montre pas. La France, pourtant actrice centrale de cette relation, y apparaît comme en retrait, presque extérieure aux tensions. Une étrange disparition. Où sont les responsabilités historiques du protectorat dont souffre le pays à ce jour? Les imputations territoriales? Les ambiguïtés diplomatiques constantes pour soi-disant préserver un prétendu équilibre entre le Maroc et son voisin? Les intérêts économiques et stratégiques défendus avec constance? Les variations opportunistes du discours sur les droits de l’homme? En creux, le récit devient limpide: le Maroc serait dans l’affect, la pression, voire le chantage. La France, elle, incarnerait la rationalité, l’intelligence et la vérité. Ce déséquilibre n’est pas une maladresse. C’est une construction voulue et assumée dans les images choisies, les séquences et la narration. Comme quand il s’agit de Pegasus. Là, on a suggéré sans prouver, insinué sans conclure. Le traitement de l’affaire dans ce film illustre parfaitement cette mécanique. Le documentaire suggère. Il instille le doute. Il entretient le soupçon et s’arrête là. Jamais il ne rappelle un fait pourtant essentiel: aucune preuve formelle et irréfutable n’a établi la responsabilité du Maroc dans les accusations initiales. Mieux encore, plusieurs éléments sont venus fragiliser ces accusations, au point d’introduire un doute sérieux dans de nombreux cercles d’analyse, y compris au niveau des instances officielles. Ce point n’est pas discuté. Il est simplement évacué. Le spectateur est ainsi laissé dans une zone grise soigneusement entretenue: celle où l’accusation subsiste sans jamais être confrontée à l’exigence de preuve. Bien sûr, c’est volontairement fait ainsi, de façon à ce que la vérité soit masquée par le doute et les insinuations. Ce n’est plus de l’information. C’est de la suggestion. Au-delà, le réel est nié. Le Maroc en transformation est occulté, avec un angle mort majeur: les évolutions du Maroc contemporain. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays qui a engagé une réconciliation institutionnelle avec son passé ? Non. D’un pays qui a réformé en profondeur son droit de la famille ? Non. D’un pays qui a ouvert, progressivement, des espaces de libertés publiques ou maintenu une stabilité politique rare dans une région tourmentée ? Non. D’un Royaume qui a généralisé la couverture sociale ? Bien sûr que non. Des retraités français qui préfèrent le Maroc? NON. Rien de cela n’est intégré dans la narration. Comme si reconnaître ces dynamiques affaiblissait la thèse initiale. Les réussites économiques et sociales intégrées auraient affaibli la thèse et rejeté les hypothèses. Toute analyse honnête devrait partir de cette tension: un système probablement imparfait, mais qui réussit tout de même mieux que son voisin, par exemple. Un système qui ne s’est jamais figé et qui a fait de la transformation progressive à son rythme une doctrine. Le biais fondamental dans ce film est une définition unique de la démocratie, celle voulue par le narrateur et les invités à qui il a donné le plus de temps de parole. Comme si, pour dire la vérité, il fallait absolument vivre à Paris et écrire en français. Au fond, ce documentaire révèle un biais plus profond: l’incapacité à penser la diversité des modèles politiques. Ici, la démocratie ne peut être que celle de la France socialiste. Tout ce qui s’en écarte devient suspect, illégitime ou transitoire. Le film a fondamentalement ignoré que le Maroc n’est pas la France. C’est une monarchie constitutionnelle, avec ses équilibres propres, ses contradictions, mais aussi sa légitimité historique et populaire. Les Marocains n’y sont pas soumis: ils y sont, dans leur immense majorité, attachés. Ignorer ce fait, c’est sortir du champ de l’analyse pour entrer dans celui du jugement. Quand l’idéologie remplace le journalisme, au final, «France–Maroc: Je t’aime, moi non plus» ne doute jamais. Et c’est précisément là son problème. Tout y est orienté: les choix d’intervenants, les séquences retenues, les silences assumés, les insinuations non corrigées. Ce n’est pas une enquête. C’est une démonstration. Et comme toute démonstration idéologique, elle simplifie le réel jusqu’à le déformer. C’est encore une fois une occasion manquée et un symptôme révélateur. La relation entre la France et le Maroc est trop dense, trop historique, trop humaine pour être réduite à un récit de domination ou de manipulation. Elle est faite de tensions, certes, mais aussi d’interdépendances, de liens humains profonds, d’intérêts croisés, d’attachements durables. Ce documentaire aurait pu en rendre compte. Il aurait pu éclairer les malentendus, interroger les non-dits, équilibrer les responsabilités. Il a préféré instruire un procès. Et ce faisant, il révèle moins le Maroc qu’un certain regard français sur le monde: sûr de lui, normatif, et parfois incapable de voir au-delà de ses propres catégories.

Fuite des cerveaux et déclin démographique : la double peine silencieuse du Maroc... 371

Par-delà les discours convenus sur la modernisation et l’attractivité du Royaume, une réalité plus inquiétante s’impose progressivement, celle de la fuite des cerveaux. Longtemps perçue comme un effet secondaire de la mondialisation, elle devient aujourd’hui un facteur structurel de fragilisation socio-économique. Et cette dynamique prend une ampleur nouvelle à mesure que s’installe une transition démographique marquée par le ralentissement, voire la contraction; du vivier national de talents. L'hémorragie est ancienne, mais désormais elle devient critique. Le phénomène de migration des compétences n’est pas nouveau au Maroc. Depuis des décennies, ingénieurs, médecins, chercheurs ou cadres supérieurs s’orientent vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou, plus récemment, les pays du Golfe. Les raisons sont connues : salaires plus élevés, conditions de travail plus attractives, reconnaissance professionnelle accrue, écosystèmes d’innovation plus matures, fiscalité avantageuse. Dans un contexte de forte croissance démographique, cette perte était en partie absorbée par l’élargissement continu de la base des diplômés. Le système éducatif, malgré ses limites, alimentait un flux suffisant pour compenser, au moins quantitativement, les départs. Mais cette équation est en train de changer. La transition démographique, un tournant qu'on ne peut sous-estimer va aggraver davantage la situation. Le Maroc est entré dans une phase avancée de sa transition démographique. La baisse du taux de fécondité, amorcée depuis les années 1990, s’accélère et s’accompagne d’un vieillissement progressif de la population. Ce phénomène, souvent interprété comme un signe de modernisation, comporte en réalité des implications économiques profondes. La population en âge de travailler, moteur de la croissance, tend à stagner puis à diminuer. Le « dividende démographique », qui a longtemps soutenu le développement du pays, s’érode. Dans ce contexte, chaque départ de talent n’est plus simplement une perte individuelle; il devient un manque systémique, difficilement compensable. Le coût socio-économique des départs est croissant et se fera sentir chaque année un peu plus. C’est ici que se noue le cœur du problème : la fuite des cerveaux, combinée à la décroissance démographique relative, engendre un coût socio-économique cumulatif et croissant. D’abord, sur le plan productif. La perte de compétences rares affecte directement la capacité d’innovation, la compétitivité des entreprises et l’attractivité globale du pays. Les secteurs stratégiques: santé, numérique, ingénierie, recherche scientifique, sont les premiers touchés. Le cas des médecins marocains exerçant à l’étranger illustre de manière frappante cette tension. Former un médecin représente un investissement public considérable, dont les bénéfices sont souvent hélas captés par d’autres économies. Ensuite, sur le plan fiscal. Les profils hautement qualifiés sont aussi ceux qui contribuent le plus aux recettes fiscales et à la création de valeur. Leur départ réduit la base imposable, fragilise les équilibres budgétaires et limite les capacités d’investissement public. Enfin, sur le plan social. La raréfaction des compétences accentue les inégalités territoriales et sectorielles. Certaines régions ou services publics se retrouvent en pénurie chronique de personnel qualifié, ce qui alimente un sentiment d’abandon et creuse les fractures internes. Au-delà des indicateurs économiques, la fuite des cerveaux entraîne une érosion des « externalités positives » associées aux élites formées. Un ingénieur, un chercheur ou un médecin ne produit pas seulement de la valeur individuelle. Il contribue à la diffusion des connaissances, à la formation des générations suivantes, à l’émergence d’écosystèmes innovants et pérenne. Lorsque ces acteurs quittent le territoire, c’est toute une chaîne de transmission qui se fragilise. Le pays perd non seulement des compétences, mais aussi des multiplicateurs de développement. La question est aussi de savoir si avoir une diaspora importante à l'etranger constitue une opportunité ou est une simple illusion compensatoire ? Face à ce constat, l’argument de la diaspora est souvent avancé comme contrepoids. Les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger constituent effectivement une ressource importante. De même, les réseaux diasporiques peuvent favoriser les investissements et les transferts de savoir-faire. Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. Les remises financières, aussi significatives soient-elles, ne remplacent ni la présence physique des compétences ni leur contribution quotidienne à l’économie nationale. Quant aux retours d’expérience ou aux investissements, ils restent encore marginaux au regard de l’ampleur des départs. Il s'agit donc d'imaginet de d'implémenter une véritable stratégie de rétention et de circulation des talents. Face à la double contrainte: fuite des cerveaux et contraction démographique, le Maroc ne peut plus se contenter de réponses partielles. Il s’agit désormais d’un enjeu stratégique majeure voire urgent. Plusieurs leviers peuvent être envisagés : * Améliorer les conditions de travail et de rémunération dans les secteurs clés, notamment la santé et la recherche. * Réformer en profondeur le système éducatif pour mieux aligner les formations sur les besoins du marché et valoriser les filières scientifiques et techniques. * Encourager le retour des compétences par des incitations ciblées (fiscales, professionnelles, académiques). * Développer des écosystèmes d’innovation capables de retenir les talents en offrant des perspectives de carrière et de création. * Mettre en place une politique de “circulation des cerveaux”, favorisant les allers-retours plutôt que les départs définitifs. Ce qui était hier un problème préoccupant devient aujourd’hui une menace structurelle et exige donc une urgence stratégique. Dans un contexte de raréfaction progressive des ressources humaines qualifiées, chaque départ compte davantage, chaque perte pèse plus lourd. La fuite des cerveaux, combinée à la transition démographique, constitue ainsi une double peine silencieuse pour le Maroc. Elle appelle une prise de conscience à la hauteur des enjeux : non plus seulement freiner les départs, mais repenser en profondeur le modèle de développement pour faire du capital humain, rare et précieux, le cœur de la stratégie nationale. Car, à terme, la véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles ni dans ses infrastructures, mais dans la qualité, la créativité et l’engagement de ses femmes et de ses hommes.

Le Maroc et l’économie de confiance : le capital invisible du développement 363

Dans l’histoire économique des nations, certains atouts sont visibles, telles les ressources naturelles, la position géographique, les infrastructures ou la taille du marché. D’autres, en revanche, sont invisibles mais souvent déterminants. Parmi eux, la confiance occupe une place centrale et constitue le véritable ciment des économies durables. Une économie peut survivre avec peu de ressources naturelles, mais elle ne peut prospérer durablement sans confiance. Le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts: stabilité politique remarquable, position stratégique, infrastructures de classe mondiale et une diplomatie économique active. Pourtant, l’étape décisive du développement consiste désormais à bâtir une véritable économie de confiance, capable de rassurer durablement les citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Ce n’est pas un slogan. La confiance est une architecture institutionnelle et culturelle qui se construit dans la durée. C'est le premier capital d’une économie moderne et un facteur déterminant. Elle réduit les coûts de transaction, encourage l’investissement, facilite l’innovation et stimule l’initiative individuelle. Lorsqu’un entrepreneur sait que les règles du jeu sont stables, que les contrats seront respectés et que la justice est rapide et indépendante, il investit plus facilement. Lorsqu’un citoyen a confiance dans l’administration fiscale et dans les institutions, il accepte plus volontiers l’impôt et participe à l’économie formelle. À l’inverse, l’absence de confiance génère des comportements de précaution: fuite des capitaux, informalité, faible investissement à long terme. L’économie devient alors prudente, fragmentée et inefficiente. Pour le Maroc, la question centrale n’est donc pas seulement d’attirer des investissements, mais de créer un environnement où la confiance devient un réflexe collectif. Il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès considérables accomplis au cours des dernières décennies. Les fondations sont solides. Le pays a investi massivement dans les infrastructures:Tanger Med est aujourd’hui l’un des plus importants hubs logistiques au monde. Nador et Dakhla arrivent bientôt. Les zones industrielles ont permis l’émergence de filières performantes, dans l’automobile avec Renault Group et Stellantis, et dans l’aéronautique avec Boeing, Airbus et Safran. L’ambition du pays en matière de transition énergétique est exemplaire. Cela montre qu'il est capable de porter des projets structurants et d’offrir un environnement macroéconomique stable. Cependant, la prochaine étape du développement exige un saut qualitatif: passer d’une économie d’opportunité à une économie de confiance avec un rôle déterminant de l’État de droit. La confiance repose d’abord sur la solidité des institutions. Pour les investisseurs comme pour les entrepreneurs, la prévisibilité des règles constitue un élément décisif. Les lois doivent être stables, lisibles et appliquées de manière égale avec trois dimensions particulièrement cruciales : 1. **L’indépendance et l’efficacité de la justice** Une justice rapide, accessible et crédible est la clé de voûte de toute économie de confiance. Les litiges commerciaux doivent être réglés dans des délais raisonnables. Les décisions judiciaires doivent être exécutées sans ambiguïté. La sécurité juridique est souvent le premier facteur d’attractivité. 2. **La stabilité fiscale** Les investisseurs n’attendent pas nécessairement des taux d’imposition très faibles; ils recherchent avant tout la stabilité et la lisibilité. Une fiscalité prévisible permet aux entreprises de planifier les investissements sur le long terme. Le Maroc a déjà engagé plusieurs réformes fiscales importantes, mais l’enjeu est désormais d'aller plus loin et de consolider un pacte fiscal clair et durable. 3. **La lutte contre les rentes et les privilèges** La confiance disparaît lorsque les règles du jeu semblent inégales. Une économie dynamique repose sur la concurrence loyale et l’égalité des opportunités. La transparence des marchés publics, la régulation de la concurrence et la limitation des situations de rente constituent des leviers essentiels. Une économie de confiance est aussi une économie de liberté, à même de libérer l’énergie entrepreneuriale. La liberté d’entreprendre, d’innover et d’expérimenter est l’un des moteurs fondamentaux de la croissance. Le Maroc dispose d’une jeunesse talentueuse, d’ingénieurs compétents et d’une diaspora influente. Cependant, plusieurs obstacles subsistent: complexité administrative, accès au financement pour les PME, lenteur de certaines procédures. Le défi consiste à créer un environnement où l’initiative individuelle devient la norme plutôt que l’exception. Les start-ups marocaines dans les domaines de la fintech, de l’intelligence artificielle ou des technologies agricoles montrent déjà le potentiel du pays. Avec un écosystème plus fluide, elles pourraient devenir les champions économiques de demain. Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et les recompositions économiques, la confiance devient également un avantage comparatif. Si le Maroc parvient à se positionner comme un pays où les règles sont stables, la justice fiable et l’administration prévisible, il pourrait devenir l’une des principales plateformes d’investissement entre l’Europe et l’Afrique. Cette ambition est cohérente avec les stratégies africaines du Royaume et avec son ouverture internationale croissante. La confiance pourrait ainsi devenir la véritable marque économique du Maroc. Plusieurs orientations stratégiques méritent d’être privilégiées : 1. Accélérer la modernisation du système judiciaire, notamment dans le traitement des litiges commerciaux et l’exécution des décisions de justice. 2. Simplifier radicalement les procédures administratives pour les entreprises, par la digitalisation complète des services publics. 3. Instaurer une stabilité fiscale sur plusieurs années afin de renforcer la visibilité. 4. Encourager la transparence et la concurrence loyale dans tous les secteurs économiques. 5. Renforcer la formation et la valorisation du capital humain, notamment dans les domaines technologiques et scientifiques. 6. Développer une culture de confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens. Cette dimension est souvent négligée, alors qu’elle constitue le socle invisible du développement. Le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire économique. Les infrastructures sont là, les ambitions stratégiques sont affirmées et l’environnement international offre de nouvelles opportunités. La prochaine étape consiste donc à bâtir un écosystème de confiance durable. Si le Maroc réussit ce pari et il le doit, il pourrait non seulement accélérer son développement, mais aussi devenir l’une des économies les plus crédibles et les plus attractives du monde émergent. Dans l’économie mondiale du XXIᵉ siècle, la confiance est sans doute le capital le plus rare et le plus puissant.

Football : Quand la passion tue le Jeu dans l'impunité et la tolérance... 393

Le football est d’abord et sans doute une affaire d’émotions. Il est, par essence, un théâtre à ciel ouvert où se jouent les passions humaines dans leur forme la plus brute, probablement la plus primaire. Il génère joie, colère, fierté, humiliation, appartenance. Des tribunes de Camp Nou à celles du Stade Diego Armando Maradona, en passant par la ferveur du Complexe Mohamed V, par les enceintes vibrantes de Stade Léopold Sédar Senghor ou encore le Parc des Princes, le Vélodrome et le Bernabeu, le football dépasse le simple cadre du jeu pour devenir un phénomène social total. Mais cette intensité émotionnelle, si elle fait la beauté du football, en constitue aussi le danger. Car sans régulation rigoureuse, elle bascule rapidement dans l’excès, puis dans la violence. Aujourd’hui, force est de constater que les règles existent, mais qu’elles sont trop souvent contournées, vidées de leur substance ou appliquées avec une indulgence déconcertante. Sur les terrains comme dans les tribunes, les dérives se multiplient : insultes envers les arbitres, provocations entre joueurs, contestations systématiques, violences physiques, jets de projectiles, envahissements de terrain, propos xenophobes, offenses racistes. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir une norme tolérée. On commence étonnement à s'y habituer. Les exemples récents sont édifiants. En Espagne, dans des stades pourtant réputés pour leur culture footballistique, des chants racistes continuent d’être scandés sans complexe, visant notamment des joueurs comme Vinícius Júnior. Tout récemment c'est la communauté musulmane qui fut insultée. Et pourtant la pépite du football espagnole actuellement est bien musulmane. Un public surchauffé ayant sans doute oublié qu'il n' ya pas si longtemps il était musulman. Parmi ceux qui scandaient ces propos et sans doute aucun, certains portent bien encore les gênes de ce passé récent... À Dakar, il y a quelques jours, des heurts ont dégénéré, transformant une fête sportive en scène de chaos. En Italie, des incidents impliquant des supporters ayant envahi le terrain, pourtant lors d'un match amical, ont mis en danger joueurs et officiels, rappelant les heures sombres du hooliganisme européen des années 1980. Ces épisodes ne sont pas isolés; ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence dans et autour des stades. Même au plus haut niveau du football africain, les dérives comportementales deviennent problématiques. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé un goût amer. Ce qui devait être un moment de célébration du football continental a été terni par des comportements contraires à l’éthique sportive. Les pressions sur l’arbitrage, les contestations excessives, les interruptions de jeu se sont banalisés. Lorsqu’un entraîneur se permet de manipuler le rythme d’un match pour influencer une décision arbitrale, il ne s’agit plus de stratégie, mais d’une remise en cause des fondements mêmes du sport. Malgré l’indignation internationale, les sanctions infligées aux équipes, aux clubs ou aux joueurs concernés restent souvent symboliques, insuffisantes pour éradiquer ces comportements. Phénomène très étonnant: rarement on a vu les clubs ou les fédérations se désolidariser clairement de ce public là. Ils s'en accommodent et quand ils le condamner, c'est du bout des lèvres qu'ils le font dans un ton calfeutré, timide et sans effet. Le problème est double. D’une part, les règlements disciplinaires existent mais manquent de fermeté. D’autre part, leur application souffre d’un manque de cohérence et de courage politique. Les instances comme la FIFA, les confédérations continentales et les fédérations nationales, hésitent à prendre des sanctions réellement dissuasives comme les retraits de points, les huis clos prolongés, les exclusions de compétitions, voire des relégations administratives. Or, sans peur de la sanction, la règle perd toute efficacité. Il suffit de comparer avec d’autres sports pour mesurer le décalage. En rugby, par exemple, le respect de l’arbitre est une valeur cardinale. La moindre contestation est immédiatement sanctionnée. En athlétisme, un faux départ entraîne une disqualification immédiate, sans discussion. Le football, lui, tolère encore trop de comportements qui devraient être inacceptables. Cette permissivité a un coût. Elle fragilise l’image du football, dissuade certaines familles de fréquenter les stades et met en danger la sécurité des acteurs du jeu. Plus grave encore, elle prépare le terrain à des drames futurs. L’histoire nous a déjà appris, à travers des catastrophes comme celle du "Heysel Stadium disaster", que la violence dans les stades peut avoir des conséquences tragiques. Il est donc urgent de réagir. Réguler le football ne signifie pas tuer son âme, mais au contraire la préserver. Il ne s’agit pas d’éteindre les passions, mais de les canaliser. Cela passe par des mesures fortes, par des sanctions exemplaires contre les clubs et les joueurs fautifs, par la responsabilisation des fédérations nationales, l'utilisation accrue des technologies pour identifier les fauteurs de troubles, et surtout, une volonté politique claire des instances dirigeantes nationales et internationales. Le football ne peut pas continuer à être ce « marché de l’émotion » livré à lui-même. Car à force de tolérer l’intolérable, il risque de perdre ce qui fait sa grandeur et sa capacité à rassembler plutôt qu’à diviser. Si la FIFA ne se décide pas à agir avec fermeté, alors le danger est réel : celui de voir le football s’enfoncer dans une spirale où la violence l’emporte sur le jeu, et où, un jour, les drames dépasseront le simple cadre du sport. La décision tant attendue du Tribunal arbitral du sport (TAS), dans l'affaire de la finale de la CAN 2025, devrait confirmer la rigueur et l'intégrité dans l'application des règles, au moins à ce niveau, renforçant ainsi la crédibilité de la compétition panafricaine et du football en général.

Avril 2026 ou la confirmation certaine de la victoire marocaine... 486

C'est un mois d'avril décisif que nous allons vivre. La dynamique internationale bascule davantage en faveur du Maroc dans le dossier du Sahara. Avril s'annonce, une fois encore, comme un moment charnière dans le traitement international de la question du Sahara marocain. Rituel diplomatique devenu structurant, il correspond à la présentation du rapport annuel de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies devant le Conseil de Sécurité. Mais cette année, le contexte est profondément différent. Les lignes ont bougé, les équilibres se sont redessinés, et une dynamique nouvelle s’installe, nettement favorable au Maroc, suite logique de l’adoption de la résolution 2797, à fort potentiel structurant. L’adoption de cette résolution constitue un jalon essentiel. Elle ne se limite pas à reconduire le cadre existant. Elle consolide une orientation politique amorcée depuis plusieurs années, en consacrant la prééminence d’une solution politique réaliste, pragmatique et durable, centrée exclusivement sur l’initiative marocaine d’autonomie. Cette résolution s’inscrit dans une continuité stratégique qui marginalise progressivement les options irréalistes, celles qui longtemps s’appuyaient sur des référentiels dépassés ou inapplicables dans le contexte géopolitique actuel. Elle renforce aussi la pression sur les parties pour qu’elles s’inscrivent dans un processus politique crédible, sous l’égide exclusive des Nations unies, mais en réalité sous une forte pression américaine. Les États-Unis se sont directement impliqués en faveur du Royaume, avec le retour des tables rondes à Madrid puis à Washington comme pivots. Ces rencontres ont confirmé une réalité diplomatique désormais difficilement contestable. Le format des réunions incluant le Maroc, la Mauritanie, le Front Polisario et l’Algérie malgré elle, est le seul cadre pertinent pour avancer. Il consacre implicitement le rôle central de l’Algérie, longtemps désireuse de se présenter comme simple observateur. Sa participation active, même forcée, la place au cœur du différend, modifiant profondément la lecture du conflit et redistribuant les responsabilités politiques. Madrid et Washington ne sont pas des lieux anodins. Ils traduisent l’implication croissante des puissances occidentales dans la recherche d’une issue, avec une convergence de plus en plus nette autour de la proposition marocaine. L'une des évolutions attendues en ce mois-ci concerne l’avenir de la MINURSO. L’heure de la redéfinition de la mission a sonné. Depuis ses débuts, elle n’a jamais joué le rôle pour lequel elle avait été décidée. Une évolution majeure se dessine probablement dans l’accompagnement du processus de mise en œuvre de l’autonomie des provinces du sud dans le cadre de la souveraineté du Royaume. Longtemps cantonnée à une fonction d’observation du cessez-le-feu, la mission verra son appellation changer et son mandat évoluer pour s’adapter aux réalités du terrain et aux exigences d’un processus politique renouvelé. Un tel changement serait lourd de sens. Il marquerait la fin d’une inertie onusienne et traduirait la volonté de la communauté internationale de passer d’une gestion du statu quo à une logique de résolution active et définitive. N’en déplaise à ceux qui, pendant 50 ans, ont tout fait pour perpétuer le conflit via leur proxy; celui ci souffre de plus en plus du changement de la donne. Washington a durci le ton et placé le Polisario dans son viseur. L'Algérie en souffre de toute évidence. L’introduction, au Congrès des États-Unis, d’une proposition visant à qualifier le Polisario d’organisation terroriste constitue un tournant potentiellement majeur. Si elle aboutissait, une telle désignation aurait des conséquences politiques, financières et diplomatiques considérables. Elle isolerait davantage le mouvement, fragiliserait ses soutiens et reconfigurerait les rapports de force. Surtout, elle renforcerait la lecture sécuritaire du dossier, dans un contexte sahélo-saharien marqué par la montée des menaces transnationales. Cela s’ajoute à un Conseil de Sécurité de plus en plus aligné sur la position marocaine. La composition actuelle du Conseil penche nettement en faveur des positions marocaines. Plusieurs membres influents soutiennent explicitement ou implicitement l’initiative d’autonomie, considérée comme la base la plus sérieuse et crédible de règlement. Ce basculement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une diplomatie marocaine active, cohérente et constante, qui a su inscrire la question du Sahara dans des logiques de stabilité régionale, de lutte contre le terrorisme et de développement économique. L’Algérie, quant à elle, est face à ses contradictions. Dans ce contexte, le pouvoir algérien apparaît de plus en plus en difficulté. Son positionnement, longtemps structuré autour d’un discours idéologique et d’une opposition systématique au Maroc, semble aujourd’hui en décalage avec les évolutions du système international. L’isolement diplomatique relatif d’Alger, y compris dans son environnement sahélien, contraste avec ses ambitions régionales. Sur le plan interne, les défis économiques et sociaux accentuent les tensions, dans un pays aux ressources considérables mais dont les retombées restent inégalement réparties. Les populations algériennes souffrent de beaucoup d'injustice et manquent de l'essentiel. La question du Sahara, instrumentalisée pendant des décennies comme levier de politique extérieure et de cohésion interne, révèle ainsi les limites d’un modèle politique à bout de souffle. La tendance se confirme donc vers un tournant historique privant le régime algérien de sa rente politique artificielle. L’ensemble des éléments converge vers une même conclusion : le mois d’avril de l'an 2026 pourrait marquer une étape décisive dans l’évolution du dossier du Sahara marocain. Sans préjuger d’un dénouement immédiat, les dynamiques actuelles réduisent progressivement l’espace des positions de blocage. Plus que jamais, la résolution de ce conflit semble passer par une reconnaissance des réalités géopolitiques et par l’adhésion à une solution politique pragmatique. Dans cette perspective, le Maroc apparaît en position de force, porté par une légitimité croissante et un soutien international de plus en plus affirmé. Reste à savoir si les autres acteurs, l'Algérie en particulier, sauront s’adapter à cette nouvelle donne, ou s’ils choisiront de s’y opposer au risque d’un isolement accru dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement. Il y aura sans doute un avant et un après avril 2026 et surtout la consolidation d'une position marocaine, orientée vers davantage de développement des provinces du sud marocain. Le rendu du Conseil de Sécurité est attendu dans ce sens.

Maroc éternel, Maroc incassable : l'identité qui triomphe de l'exil... 511

Il existe des appartenances que la géographie dissout avec le temps, et d’autres qu’elle renforce à mesure que la distance s’installe. L’expérience marocaine relève assurément de la seconde catégorie. À travers les générations, parfois jusqu’à la troisième ou quatrième, un phénomène intrigue. Des femmes et des hommes nés loin du Maroc continuent de s’y reconnaître, de s’y attacher, de s’y projeter. Ils ont quitté le pays ou n’y ont jamais vécu durablement, ils sont nés loin du pays mais le Maroc, lui, ne les a jamais quittés. Comment expliquer une telle persistance ? Pourquoi cette fidélité traverse-t-elle les classes sociales, les confessions, les degrés de religiosité et même les nationalités acquises ailleurs ? Comment une mémoire est si indélébile. Comment résiste-elle à l’épreuve du temps, de l’éloignement et des acquis culturels nouveaux, sinon par le poids profond de la conscience nationale ? Le Maroc n’est pas un simple État moderne issu des recompositions du XXe siècle. C’est une construction historique ancienne, façonnée par des siècles, des millénaires, de continuité politique et civilisationnelle. Des dynasties comme les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Saadiens ou les Alaouites ont forgé un espace politique et symbolique stable, dont la permanence dépasse les ruptures apparentes. Cette profondeur historique irrigue l’imaginaire collectif. Elle donne aux Marocains, y compris ceux de la diaspora, le sentiment d’appartenir à une histoire qui les précède et les dépasse. Être marocain n’est pas seulement une nationalité. C’est une inscription dans une continuité, une identité composite forgée par l’inclusion. L’identité marocaine s’est bâtie par sédimentation. Elle est amazighe, africaine, arabe, andalouse, hébraïque. Autant de strates qui coexistent en équilibre singulier, se complètent, s'imbriquent sans s’exclure. Cette pluralité ancienne explique la capacité des Marocains à embrasser la diversité sans rupture identitaire. Ainsi, un Marocain juif en Europe ou un musulman naturalisé ailleurs partage souvent une référence affective commune au Maroc; non par ignorance des différences, mais parce qu’elles s’inscrivent dans un cadre historique et géographique partagé. Cette identité inclusive permet une rareté : rester profondément marocain sans renoncer à d’autres appartenances, la monarchie servant de fil symbolique. Dans cette architecture complexe, la monarchie joue un rôle structurant. Sous Mohammed VI, elle incarne continuité historique et stabilité contemporaine. Pour les Marocains de l’étranger, le lien au Trône dépasse la politique. Il touche au symbole et à l’affectif. Une dimension que seuls les Marocains saisissent pleinement. Elle agit comme un point fixe dans un monde mouvant, offrant une permanence face aux changements de langue, d’environnement ou de citoyenneté. Cette transmission s’opère invisiblement dans la famille, dans les rites. Ce n'est pas une mémoire mais des mémoires sensibles et vivantes. La diffusion et le transfert se manifestent aussi dans les cuisines aux recettes ancestrales, dans les musiques et les sons, dans les salons où résonne la darija, par les étés « au bled », les gestes, les intonations, les moussems ou les hiloulas. L’identité marocaine se transmet moins par discours que par expériences sensorielles : goûts, odeurs, rythmes, hospitalité. C’est ainsi que les générations nées à l’étranger ressentent une appartenance non apprise formellement, une fidélité active mêlant affect et volonté revendiquée. La diaspora ne se contente pas d’un attachement abstrait. Elle agit. Les transferts financiers, les investissements, les engagements publics, la défense des positions marocaines à l’international en témoignent. Ce patriotisme opérant prolonge l’affect en action, un devoir envers la nation, une fidélité marocaine. Les marocains peuvent être exilés, mais jamais déracinés. Pour la diaspora marocaine l'attachement transcende les océans. Même dans des fonctions politiques, économiques ou universitaires à l’étranger, les Marocains portent explicitement ou implicitement leur pays d’origine. L’altérité des sociétés d’accueil renforce cette identité. Le regard extérieur consolide ce sentiment d’appartenance à une culture si marquante qui se cristallise, se revendique, se magnifie. Ce phénomène, intense chez les Marocains, oblige à nommer ce qui allait de soi au pays : une continuité à distance. Ni nostalgie figée ni simple héritage, cette relation est une dynamique profonde. Le Maroc n’est pas seulement un lieu; c’est le lien qui traverse les générations, s’adapte sans se diluer, rappelant que l’exil ne défait pas toutes les appartenances. Le Maroc est au quotidien en nous dans une mémoire pérenne, solide et sans faille, qui défie les frontières et le temps.

AFCON 2025: le trophée qui Braise... 585

Il est des moments où le football cesse d’être un jeu pour devenir un révélateur brutal des fragilités institutionnelles et politiques d’un continent. La crise actuelle autour de la Coupe d’Afrique des Nations en est l’illustration parfaite. Entre l’application rigoureuse des règlements, la crédibilité de la Confédération Africaine de Football, la pression médiatique et les réactions de la Fédération Sénégalaise de Football, l’affaire dépasse désormais le cadre sportif pour s’inscrire dans un registre beaucoup plus large, où s’entremêlent droit, souveraineté et diplomatie de plus en plus. À l’origine, une décision disciplinaire qui, en d’autres circonstances, dans une conjoncture normale, aurait relevé d’un simple contentieux sportif. Mais le contexte, la symbolique et les acteurs impliqués ont transformé ce dossier en véritable crise. La CAF, en tant qu’instance régulatrice, se trouve placée face à une exigence fondamentale, celle de faire respecter ses propres textes sans céder à la pression. Toute faiblesse dans l’application du droit ouvrirait la voie à une contestation généralisée de son autorité, un retour sur des décisions et verdicts précédents. En ce sens, la décision prise, aussi contestée soit-elle, s’inscrit dans une logique de préservation institutionnelle. Cependant, le droit, aussi nécessaire soit-il, ne peut être totalement dissocié de son environnement politique et émotionnel. La preuve en est parfaite aujourd'hui. La réaction de la partie sénégalaise est perçue comme une offense ou une remise en cause de la décision, traduit un malaise plus profond : celui d’un sentiment d’injustice, réel ou supposé, amplifié par une opinion publique chauffée à blanc par une profusion de déclarations et de propos de plus en plus belliqueux. Les réseaux sociaux, les plateaux télévisés et certains discours officiels ont contribué à transformer une affaire juridique en affrontement symbolique entre nations. Face à cela la Fédération Royale Marocaine de Football est silencieuse, stoïque, tranquille et discrète. C’est là que réside le principal danger. Au-delà des textes et des procédures, ce sont des relations historiques, construites sur des décennies de solidarité et de fraternité, qui se retrouvent exposées à une tension inutile. Le football africain, longtemps présenté comme un vecteur d’unité, risque ici de devenir un facteur de division. Et cette dérive, si elle n’est pas contenue, pourrait laisser des traces durables. C'est ce que cherchent à obtenir les forces occultes ou pas d'ailleurs qui alimentent le feu. Dans ce climat de surenchère, la tentation est grande pour chaque camp de durcir sa position. Pourtant, l’histoire des conflits sportifs montre que l’escalade est rarement une solution. Elle affaiblit les institutions, décrédibilise les compétitions et, surtout, éloigne le public de l’essentiel : le jeu juste et crédible. La question centrale devient alors la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer ? Une issue apaisée passe nécessairement par un retour au calme et à la raison. Il ne s’agit pas de renoncer à ses droits, ni de taire les désaccords, mais de les inscrire dans un cadre maîtrisé. Les mécanismes de recours existent, que ce soit au sein des juridictions sportives directes ou, le cas échéant, devant l'instance internationale qu'est le Tribunal Arbitral du Sport. Son rôle est précisément de trancher ce type de litiges avec impartialité et rigueur. Attendre le verdict de cet instance même si elle est lente, c’est accepter que le droit prime sur l’émotion. C’est aussi reconnaître que la crédibilité des composantes du football africain dépend de leur capacité à régler les différends dans le respect des règles qu’elles se sont elle-même données. Toute autre voie, celle de la pression, de la politisation excessive ou de la confrontation médiatique ne ferait qu’installer et aggraver une crise. Au fond, cette affaire pose une question essentielle, celle du modèle de gouvernance pour le football africain. Un modèle soumis aux rapports de force et aux émotions du moment, ou un modèle fondé sur des institutions solides, respectées et capables de faire appliquer le droit, même lorsqu’il dérange ? Finalement les instances du football africain ne sont pas tombées du ciel. Elles sont l'amanation d'un process démocratique auquel participent, en toute bonne conscience, les 54 pays d'Afrique. La réponse à cette question déterminera non seulement l’issue de cette crise, mais aussi l’avenir du football sur le continent. Au-delà du cas présent, c’est la crédibilité de toute une architecture sportive qui est en jeu. Dans l’immédiat, une évidence s’impose : le temps de l’apaisement doit succéder à celui de la confrontation et de la surenchère. La préservation de l’essentiel et la consolidation de la fraternité entre peuples africains, vaut bien plus qu’une victoire sportive fut elle une coupe d'Afrique de football. Cela n'est hélas pas à la portée de ceux dans la vue ne dépasse pas le bout du nez. Le TAS s'exprimera bientôt. On verra alors qui a tort qui a raison en application stricte du droit et il n y'aura plus de recours possible sinon le retour à la raison. Ne vaut il pas mieux justement, en attendant, garder la tête froide, conserver sa lucidité et se calmer ? Un trophée n'est brandit que quand il est mérité, définitivement mérité.

La guerre sans visage, le monde désorienté, le citoyen piégé... 546

Il fut un temps où la guerre avait un sens, ou du moins une apparence de sens. Elle opposait des camps identifiables, produisait des vainqueurs et des vaincus, et se terminait parfois par une paix, même imparfaite, parfois signée dans un wagon de train. Avant cela, elle se déroulait en batailles pour lesquelles on se fixait même rendez-vous, loin des civils. On s’observait, on se jaugait et on décidait ensemble de l’heure du début des joutes. Une vraie guerre des braves. Il y avait toujours des vainqueurs et des vaincus. Merci au cinéma de nous en faire revivre les répliques, plus ou moins romancées, mais des répliques tout de même… De la Première Guerre mondiale à la Guerre froide, plus proche de nous, les conflits, aussi tragiques fussent-ils, obéissaient à une certaine intelligibilité historique. Depuis, les manettes s’y sont engouffrées et les ordinateurs s’y sont imposés… Alors les choses ont changé ; osons dire: se sont déshumanisées. La guerre contemporaine, telle qu’elle se dessine dans la confrontation triangulaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, semble avoir rompu avec cette logique d’antan. Elle n’est plus seulement complexe : elle est devenue insaisissable, inintelligible pour le commun des mortels que nous sommes. Elle ne se contente pas d’opposer des forces, elle dissout les repères mêmes qui permettaient autrefois de comprendre ce qu’est une guerre. Qui est vainqueur ? Qui est vaincu ? La question paraît presque déplacée. Car la guerre moderne, celle-là, ne produit plus de verdict clair, mais une succession de récits concurrents, saturés de propagande, de désinformation et de ce qu’on appelle désormais des « fakes ». La vérité elle-même devient un champ de bataille, fragmentée, manipulée, inaccessible. Le mensonge s’inscrit dans le système. La réalité vacille et se perd. Des vies sont pourtant perdues dans l’anonymat, des bâtiments certainement transformés en bouillie, des milliards de dollars volatilisés, sûrement brûlés aux millisecondes par des traders, explosés sans laisser de traces sinon en faisant des pauvres un peu partout. Dans cette guerre, les rôles semblent interchangeables. L’un de ceux qui ont déclenché les hostilités cherche à s’en extraire, comme s’il découvrait soudain le vertige de ce qu’il a initié. Le second ? On ne sait pas trop. Sa logique de guerre est depuis longtemps déjà impénétrable. Il se présente comme agressé, refuse toute négociation, ou feint de le faire, tout en élargissant le théâtre des opérations. Celui qui riposte, le troisième protagoniste, perd ses chefs, se fait matraquer tous les jours depuis plus d’un mois, mais semble animé d’une logique d’escalade sans fin également. Vers quel horizon ? Il frappe au-delà de ses adversaires déclarés, sans provoquer de réactions proportionnées. Une partie de sa guerre est faite à ceux qui n’en veulent pas et résistent de toutes leurs forces, sans riposte. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Il faut bien poser la question : qu’est-ce que « gagner » dans une guerre qui n’a ni limites claires ni objectif final identifiable ? Nous sommes alors confrontés à une mutation profonde de la guerre : elle n’est plus un moyen au service d’une fin politique, comme on le pensait, mais un processus autonome, auto-entretenu, presque abstrait. Une guerre qui ne vise plus la paix, mais sa propre perpétuation. Et pourtant, cette guerre lointaine n’est pas si lointaine que cela. Au-delà des stratégies et des discours, ce sont les sociétés civiles qui en paient le prix. Ici, au Maroc, ailleurs dans le monde, les effets se font sentir avec une brutalité silencieuse. Le prix de l’énergie grimpe, menaçant d’atteindre des seuils psychologiques impensables il y a encore une quarantaine de jours : 20 dirhams le litre d’essence très bientôt. La tomate, le poisson, le poulet, les lentilles et le reste suivront...L’angoisse est bien réelle. L’économie devient le prolongement de la guerre par d’autres moyens. Le citoyen, lui, devient une variable d’ajustement. C’est à lui de payer la facture. Même quand il ne veut pas de guerre, il doit tout de même la payer, là où il est, même au fin fond de la terre. Face à cela, les gouvernements semblent démunis. Ils ressortent des solutions anciennes, déjà éprouvées et déjà inefficaces, comme si l’histoire économique elle-même était prisonnière d’un éternel recommencement. Cette impuissance politique renforce le sentiment d’injustice et d’abandon. Dès lors, la question surgit, presque métaphysique : qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Cette question, si humaine soit-elle, est peut-être mal posée. Car elle suppose une justice immanente dans le cours du monde, une logique morale qui relierait nos actes à notre destin collectif. Or, le tragique de notre époque est précisément l’absence de cette cohérence. Le monde n’est pas juste : il est instable, chaotique, traversé par des forces qui nous dépassent. C’est peut-être le prix à payer pour se dire démocratiques, vivant dans ou sous des démocraties… ou pas. Peut-être faut-il alors reformuler la question. Non plus : pourquoi cela nous arrive-t-il ? Mais : comment continuer à vivre dans un monde où le sens se dérobe sous nos pieds qui tanguent ? C’est là que réside probablement le véritable défi philosophique de notre temps. Non pas comprendre la guerre, car elle échappe désormais à l’entendement classique, mais préserver, malgré tout, une capacité à penser, à résister à la confusion, à refuser que le mensonge devienne la norme. Si la guerre moderne est sans visage, sans fin et sans vérité, alors la seule victoire possible est intérieure à chacun de nous: maintenir, envers et contre tout, une exigence de lucidité, un brin d’humanisme, un espoir, un rêve.

Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 640

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.