Pensez le Futur.

Light Pollution and the End of the Construction of Imagination – Part 2 5855

Well, as I said in the previous article, I grew up and became a scientist. Not an astronomer, but a biologist. A biologist passionate about the stars. And many may ask: why didn’t you study astronomy? There are three reasons for that. The first is that I love biology. The second is that I was never good at mathematics. And the third is that I discovered that astronomers nowadays barely look at the sky. Telescopes work automatically, providing data to be analyzed later. That romantic astronomy of the past no longer exists. It was almost poetic, because imagination was the fuel for those scientists. Therefore, in cases like mine, it is much better to remain an amateur. This reminds me of a curious anecdote in which the writer Isaac Asimov is said to have refused an invitation to visit a factory where robots performed tasks on assembly lines, because he did not want to compromise his imagination. Returning to my story, when I was 21 years old, my father surprised me by taking me to a well-known store and buying a telescope. It was a relatively simple instrument, with a 60 mm aperture, but it allowed me to see the surface of the Moon perfectly, as well as Jupiter’s four largest moons and even Saturn’s rings. I don’t even need to say how I felt, do I? I became a child again! And that telescope is still here with me today, 30 years later. But here comes the bad part, which gives these two articles their title… Light pollution has reached extremely high levels, to the point that in large cities, when you look at the sky, you see very few stars, only the brightest ones. City lights have erased the night sky. What child today will look up at the sky and be enchanted by all that immensity? Who will feel themselves on the shores of the cosmic ocean, as Carl Sagan said in the first episode of the classic series Cosmos? How will imagination be built? In the same way, the inspiration of many poets and artists will be compromised. A child today, upon hearing stories of a time when the sky was filled with shining stars, might think that either the batteries ran out and no one replaced them, or that the bulbs burned out and no one changed them. It is still a child using their imagination, but without having experienced one of the most beautiful spectacles of creation. That spectacle is still there, happening, and it will continue to happen for a very, very long time. Or rather, as long as time exists, it will continue, but with a curtain separating the stage from the audience. Today there are movements and campaigns aimed at solving this issue, but I believe it is a great challenge to overcome. Until then, one alternative is to leave large urban centers and seek regions far away, at least 50 km from these cities, where one can truly enjoy the magical view of a clear and genuinely dark sky. I always wish clear skies to everyone, and ad astra!
Julius Melien Julius Melien

Julius Melien

I've been searching for myself and I think I've haven't found yet. Writing is one of the ways that helps me, I believe.


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Fuite des cerveaux et déclin démographique : la double peine silencieuse du Maroc... 46

Par-delà les discours convenus sur la modernisation et l’attractivité du Royaume, une réalité plus inquiétante s’impose progressivement, celle de la fuite des cerveaux. Longtemps perçue comme un effet secondaire de la mondialisation, elle devient aujourd’hui un facteur structurel de fragilisation socio-économique. Et cette dynamique prend une ampleur nouvelle à mesure que s’installe une transition démographique marquée par le ralentissement, voire la contraction; du vivier national de talents. L'hémorragie est ancienne, mais désormais elle devient critique. Le phénomène de migration des compétences n’est pas nouveau au Maroc. Depuis des décennies, ingénieurs, médecins, chercheurs ou cadres supérieurs s’orientent vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou, plus récemment, les pays du Golfe. Les raisons sont connues : salaires plus élevés, conditions de travail plus attractives, reconnaissance professionnelle accrue, écosystèmes d’innovation plus matures, fiscalité avantageuse. Dans un contexte de forte croissance démographique, cette perte était en partie absorbée par l’élargissement continu de la base des diplômés. Le système éducatif, malgré ses limites, alimentait un flux suffisant pour compenser, au moins quantitativement, les départs. Mais cette équation est en train de changer. La transition démographique, un tournant qu'on ne peut sous-estimer va aggraver davantage la situation. Le Maroc est entré dans une phase avancée de sa transition démographique. La baisse du taux de fécondité, amorcée depuis les années 1990, s’accélère et s’accompagne d’un vieillissement progressif de la population. Ce phénomène, souvent interprété comme un signe de modernisation, comporte en réalité des implications économiques profondes. La population en âge de travailler, moteur de la croissance, tend à stagner puis à diminuer. Le « dividende démographique », qui a longtemps soutenu le développement du pays, s’érode. Dans ce contexte, chaque départ de talent n’est plus simplement une perte individuelle; il devient un manque systémique, difficilement compensable. Le coût socio-économique des départs est croissant et se fera sentir chaque année un peu plus. C’est ici que se noue le cœur du problème : la fuite des cerveaux, combinée à la décroissance démographique relative, engendre un coût socio-économique cumulatif et croissant. D’abord, sur le plan productif. La perte de compétences rares affecte directement la capacité d’innovation, la compétitivité des entreprises et l’attractivité globale du pays. Les secteurs stratégiques: santé, numérique, ingénierie, recherche scientifique, sont les premiers touchés. Le cas des médecins marocains exerçant à l’étranger illustre de manière frappante cette tension. Former un médecin représente un investissement public considérable, dont les bénéfices sont souvent hélas captés par d’autres économies. Ensuite, sur le plan fiscal. Les profils hautement qualifiés sont aussi ceux qui contribuent le plus aux recettes fiscales et à la création de valeur. Leur départ réduit la base imposable, fragilise les équilibres budgétaires et limite les capacités d’investissement public. Enfin, sur le plan social. La raréfaction des compétences accentue les inégalités territoriales et sectorielles. Certaines régions ou services publics se retrouvent en pénurie chronique de personnel qualifié, ce qui alimente un sentiment d’abandon et creuse les fractures internes. Au-delà des indicateurs économiques, la fuite des cerveaux entraîne une érosion des « externalités positives » associées aux élites formées. Un ingénieur, un chercheur ou un médecin ne produit pas seulement de la valeur individuelle. Il contribue à la diffusion des connaissances, à la formation des générations suivantes, à l’émergence d’écosystèmes innovants et pérenne. Lorsque ces acteurs quittent le territoire, c’est toute une chaîne de transmission qui se fragilise. Le pays perd non seulement des compétences, mais aussi des multiplicateurs de développement. La question est aussi de savoir si avoir une diaspora importante à l'etranger constitue une opportunité ou est une simple illusion compensatoire ? Face à ce constat, l’argument de la diaspora est souvent avancé comme contrepoids. Les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger constituent effectivement une ressource importante. De même, les réseaux diasporiques peuvent favoriser les investissements et les transferts de savoir-faire. Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. Les remises financières, aussi significatives soient-elles, ne remplacent ni la présence physique des compétences ni leur contribution quotidienne à l’économie nationale. Quant aux retours d’expérience ou aux investissements, ils restent encore marginaux au regard de l’ampleur des départs. Il s'agit donc d'imaginet de d'implémenter une véritable stratégie de rétention et de circulation des talents. Face à la double contrainte: fuite des cerveaux et contraction démographique, le Maroc ne peut plus se contenter de réponses partielles. Il s’agit désormais d’un enjeu stratégique majeure voire urgent. Plusieurs leviers peuvent être envisagés : * Améliorer les conditions de travail et de rémunération dans les secteurs clés, notamment la santé et la recherche. * Réformer en profondeur le système éducatif pour mieux aligner les formations sur les besoins du marché et valoriser les filières scientifiques et techniques. * Encourager le retour des compétences par des incitations ciblées (fiscales, professionnelles, académiques). * Développer des écosystèmes d’innovation capables de retenir les talents en offrant des perspectives de carrière et de création. * Mettre en place une politique de “circulation des cerveaux”, favorisant les allers-retours plutôt que les départs définitifs. Ce qui était hier un problème préoccupant devient aujourd’hui une menace structurelle et exige donc une urgence stratégique. Dans un contexte de raréfaction progressive des ressources humaines qualifiées, chaque départ compte davantage, chaque perte pèse plus lourd. La fuite des cerveaux, combinée à la transition démographique, constitue ainsi une double peine silencieuse pour le Maroc. Elle appelle une prise de conscience à la hauteur des enjeux : non plus seulement freiner les départs, mais repenser en profondeur le modèle de développement pour faire du capital humain, rare et précieux, le cœur de la stratégie nationale. Car, à terme, la véritable richesse d’un pays ne réside ni dans ses ressources naturelles ni dans ses infrastructures, mais dans la qualité, la créativité et l’engagement de ses femmes et de ses hommes.

Le Maroc et l’économie de confiance : le capital invisible du développement 61

Dans l’histoire économique des nations, certains atouts sont visibles, telles les ressources naturelles, la position géographique, les infrastructures ou la taille du marché. D’autres, en revanche, sont invisibles mais souvent déterminants. Parmi eux, la confiance occupe une place centrale et constitue le véritable ciment des économies durables. Une économie peut survivre avec peu de ressources naturelles, mais elle ne peut prospérer durablement sans confiance. Le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts: stabilité politique remarquable, position stratégique, infrastructures de classe mondiale et une diplomatie économique active. Pourtant, l’étape décisive du développement consiste désormais à bâtir une véritable économie de confiance, capable de rassurer durablement les citoyens, les entrepreneurs et les investisseurs. Ce n’est pas un slogan. La confiance est une architecture institutionnelle et culturelle qui se construit dans la durée. C'est le premier capital d’une économie moderne et un facteur déterminant. Elle réduit les coûts de transaction, encourage l’investissement, facilite l’innovation et stimule l’initiative individuelle. Lorsqu’un entrepreneur sait que les règles du jeu sont stables, que les contrats seront respectés et que la justice est rapide et indépendante, il investit plus facilement. Lorsqu’un citoyen a confiance dans l’administration fiscale et dans les institutions, il accepte plus volontiers l’impôt et participe à l’économie formelle. À l’inverse, l’absence de confiance génère des comportements de précaution: fuite des capitaux, informalité, faible investissement à long terme. L’économie devient alors prudente, fragmentée et inefficiente. Pour le Maroc, la question centrale n’est donc pas seulement d’attirer des investissements, mais de créer un environnement où la confiance devient un réflexe collectif. Il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès considérables accomplis au cours des dernières décennies. Les fondations sont solides. Le pays a investi massivement dans les infrastructures:Tanger Med est aujourd’hui l’un des plus importants hubs logistiques au monde. Nador et Dakhla arrivent bientôt. Les zones industrielles ont permis l’émergence de filières performantes, dans l’automobile avec Renault Group et Stellantis, et dans l’aéronautique avec Boeing, Airbus et Safran. L’ambition du pays en matière de transition énergétique est exemplaire. Cela montre qu'il est capable de porter des projets structurants et d’offrir un environnement macroéconomique stable. Cependant, la prochaine étape du développement exige un saut qualitatif: passer d’une économie d’opportunité à une économie de confiance avec un rôle déterminant de l’État de droit. La confiance repose d’abord sur la solidité des institutions. Pour les investisseurs comme pour les entrepreneurs, la prévisibilité des règles constitue un élément décisif. Les lois doivent être stables, lisibles et appliquées de manière égale avec trois dimensions particulièrement cruciales : 1. **L’indépendance et l’efficacité de la justice** Une justice rapide, accessible et crédible est la clé de voûte de toute économie de confiance. Les litiges commerciaux doivent être réglés dans des délais raisonnables. Les décisions judiciaires doivent être exécutées sans ambiguïté. La sécurité juridique est souvent le premier facteur d’attractivité. 2. **La stabilité fiscale** Les investisseurs n’attendent pas nécessairement des taux d’imposition très faibles; ils recherchent avant tout la stabilité et la lisibilité. Une fiscalité prévisible permet aux entreprises de planifier les investissements sur le long terme. Le Maroc a déjà engagé plusieurs réformes fiscales importantes, mais l’enjeu est désormais d'aller plus loin et de consolider un pacte fiscal clair et durable. 3. **La lutte contre les rentes et les privilèges** La confiance disparaît lorsque les règles du jeu semblent inégales. Une économie dynamique repose sur la concurrence loyale et l’égalité des opportunités. La transparence des marchés publics, la régulation de la concurrence et la limitation des situations de rente constituent des leviers essentiels. Une économie de confiance est aussi une économie de liberté, à même de libérer l’énergie entrepreneuriale. La liberté d’entreprendre, d’innover et d’expérimenter est l’un des moteurs fondamentaux de la croissance. Le Maroc dispose d’une jeunesse talentueuse, d’ingénieurs compétents et d’une diaspora influente. Cependant, plusieurs obstacles subsistent: complexité administrative, accès au financement pour les PME, lenteur de certaines procédures. Le défi consiste à créer un environnement où l’initiative individuelle devient la norme plutôt que l’exception. Les start-ups marocaines dans les domaines de la fintech, de l’intelligence artificielle ou des technologies agricoles montrent déjà le potentiel du pays. Avec un écosystème plus fluide, elles pourraient devenir les champions économiques de demain. Dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et les recompositions économiques, la confiance devient également un avantage comparatif. Si le Maroc parvient à se positionner comme un pays où les règles sont stables, la justice fiable et l’administration prévisible, il pourrait devenir l’une des principales plateformes d’investissement entre l’Europe et l’Afrique. Cette ambition est cohérente avec les stratégies africaines du Royaume et avec son ouverture internationale croissante. La confiance pourrait ainsi devenir la véritable marque économique du Maroc. Plusieurs orientations stratégiques méritent d’être privilégiées : 1. Accélérer la modernisation du système judiciaire, notamment dans le traitement des litiges commerciaux et l’exécution des décisions de justice. 2. Simplifier radicalement les procédures administratives pour les entreprises, par la digitalisation complète des services publics. 3. Instaurer une stabilité fiscale sur plusieurs années afin de renforcer la visibilité. 4. Encourager la transparence et la concurrence loyale dans tous les secteurs économiques. 5. Renforcer la formation et la valorisation du capital humain, notamment dans les domaines technologiques et scientifiques. 6. Développer une culture de confiance entre l’État, les entreprises et les citoyens. Cette dimension est souvent négligée, alors qu’elle constitue le socle invisible du développement. Le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire économique. Les infrastructures sont là, les ambitions stratégiques sont affirmées et l’environnement international offre de nouvelles opportunités. La prochaine étape consiste donc à bâtir un écosystème de confiance durable. Si le Maroc réussit ce pari et il le doit, il pourrait non seulement accélérer son développement, mais aussi devenir l’une des économies les plus crédibles et les plus attractives du monde émergent. Dans l’économie mondiale du XXIᵉ siècle, la confiance est sans doute le capital le plus rare et le plus puissant.

Football : Quand la passion tue le Jeu dans l'impunité et la tolérance... 96

Le football est d’abord et sans doute une affaire d’émotions. Il est, par essence, un théâtre à ciel ouvert où se jouent les passions humaines dans leur forme la plus brute, probablement la plus primaire. Il génère joie, colère, fierté, humiliation, appartenance. Des tribunes de Camp Nou à celles du Stade Diego Armando Maradona, en passant par la ferveur du Complexe Mohamed V, par les enceintes vibrantes de Stade Léopold Sédar Senghor ou encore le Parc des Princes, le Vélodrome et le Bernabeu, le football dépasse le simple cadre du jeu pour devenir un phénomène social total. Mais cette intensité émotionnelle, si elle fait la beauté du football, en constitue aussi le danger. Car sans régulation rigoureuse, elle bascule rapidement dans l’excès, puis dans la violence. Aujourd’hui, force est de constater que les règles existent, mais qu’elles sont trop souvent contournées, vidées de leur substance ou appliquées avec une indulgence déconcertante. Sur les terrains comme dans les tribunes, les dérives se multiplient : insultes envers les arbitres, provocations entre joueurs, contestations systématiques, violences physiques, jets de projectiles, envahissements de terrain, propos xenophobes, offenses racistes. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir une norme tolérée. On commence étonnement à s'y habituer. Les exemples récents sont édifiants. En Espagne, dans des stades pourtant réputés pour leur culture footballistique, des chants racistes continuent d’être scandés sans complexe, visant notamment des joueurs comme Vinícius Júnior. Tout récemment c'est la communauté musulmane qui fut insultée. Et pourtant la pépite du football espagnole actuellement est bien musulmane. Un public surchauffé ayant sans doute oublié qu'il n' ya pas si longtemps il était musulman. Parmi ceux qui scandaient ces propos et sans doute aucun, certains portent bien encore les gênes de ce passé récent... À Dakar, il y a quelques jours, des heurts ont dégénéré, transformant une fête sportive en scène de chaos. En Italie, des incidents impliquant des supporters ayant envahi le terrain, pourtant lors d'un match amical, ont mis en danger joueurs et officiels, rappelant les heures sombres du hooliganisme européen des années 1980. Ces épisodes ne sont pas isolés; ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence dans et autour des stades. Même au plus haut niveau du football africain, les dérives comportementales deviennent problématiques. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé un goût amer. Ce qui devait être un moment de célébration du football continental a été terni par des comportements contraires à l’éthique sportive. Les pressions sur l’arbitrage, les contestations excessives, les interruptions de jeu se sont banalisés. Lorsqu’un entraîneur se permet de manipuler le rythme d’un match pour influencer une décision arbitrale, il ne s’agit plus de stratégie, mais d’une remise en cause des fondements mêmes du sport. Malgré l’indignation internationale, les sanctions infligées aux équipes, aux clubs ou aux joueurs concernés restent souvent symboliques, insuffisantes pour éradiquer ces comportements. Phénomène très étonnant: rarement on a vu les clubs ou les fédérations se désolidariser clairement de ce public là. Ils s'en accommodent et quand ils le condamner, c'est du bout des lèvres qu'ils le font dans un ton calfeutré, timide et sans effet. Le problème est double. D’une part, les règlements disciplinaires existent mais manquent de fermeté. D’autre part, leur application souffre d’un manque de cohérence et de courage politique. Les instances comme la FIFA, les confédérations continentales et les fédérations nationales, hésitent à prendre des sanctions réellement dissuasives comme les retraits de points, les huis clos prolongés, les exclusions de compétitions, voire des relégations administratives. Or, sans peur de la sanction, la règle perd toute efficacité. Il suffit de comparer avec d’autres sports pour mesurer le décalage. En rugby, par exemple, le respect de l’arbitre est une valeur cardinale. La moindre contestation est immédiatement sanctionnée. En athlétisme, un faux départ entraîne une disqualification immédiate, sans discussion. Le football, lui, tolère encore trop de comportements qui devraient être inacceptables. Cette permissivité a un coût. Elle fragilise l’image du football, dissuade certaines familles de fréquenter les stades et met en danger la sécurité des acteurs du jeu. Plus grave encore, elle prépare le terrain à des drames futurs. L’histoire nous a déjà appris, à travers des catastrophes comme celle du "Heysel Stadium disaster", que la violence dans les stades peut avoir des conséquences tragiques. Il est donc urgent de réagir. Réguler le football ne signifie pas tuer son âme, mais au contraire la préserver. Il ne s’agit pas d’éteindre les passions, mais de les canaliser. Cela passe par des mesures fortes, par des sanctions exemplaires contre les clubs et les joueurs fautifs, par la responsabilisation des fédérations nationales, l'utilisation accrue des technologies pour identifier les fauteurs de troubles, et surtout, une volonté politique claire des instances dirigeantes nationales et internationales. Le football ne peut pas continuer à être ce « marché de l’émotion » livré à lui-même. Car à force de tolérer l’intolérable, il risque de perdre ce qui fait sa grandeur et sa capacité à rassembler plutôt qu’à diviser. Si la FIFA ne se décide pas à agir avec fermeté, alors le danger est réel : celui de voir le football s’enfoncer dans une spirale où la violence l’emporte sur le jeu, et où, un jour, les drames dépasseront le simple cadre du sport. La décision tant attendue du Tribunal arbitral du sport (TAS), dans l'affaire de la finale de la CAN 2025, devrait confirmer la rigueur et l'intégrité dans l'application des règles, au moins à ce niveau, renforçant ainsi la crédibilité de la compétition panafricaine et du football en général.

Avril 2026 ou la confirmation certaine de la victoire marocaine... 173

C'est un mois d'avril décisif que nous allons vivre. La dynamique internationale bascule davantage en faveur du Maroc dans le dossier du Sahara. Avril s'annonce, une fois encore, comme un moment charnière dans le traitement international de la question du Sahara marocain. Rituel diplomatique devenu structurant, il correspond à la présentation du rapport annuel de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies devant le Conseil de Sécurité. Mais cette année, le contexte est profondément différent. Les lignes ont bougé, les équilibres se sont redessinés, et une dynamique nouvelle s’installe, nettement favorable au Maroc, suite logique de l’adoption de la résolution 2797, à fort potentiel structurant. L’adoption de cette résolution constitue un jalon essentiel. Elle ne se limite pas à reconduire le cadre existant. Elle consolide une orientation politique amorcée depuis plusieurs années, en consacrant la prééminence d’une solution politique réaliste, pragmatique et durable, centrée exclusivement sur l’initiative marocaine d’autonomie. Cette résolution s’inscrit dans une continuité stratégique qui marginalise progressivement les options irréalistes, celles qui longtemps s’appuyaient sur des référentiels dépassés ou inapplicables dans le contexte géopolitique actuel. Elle renforce aussi la pression sur les parties pour qu’elles s’inscrivent dans un processus politique crédible, sous l’égide exclusive des Nations unies, mais en réalité sous une forte pression américaine. Les États-Unis se sont directement impliqués en faveur du Royaume, avec le retour des tables rondes à Madrid puis à Washington comme pivots. Ces rencontres ont confirmé une réalité diplomatique désormais difficilement contestable. Le format des réunions incluant le Maroc, la Mauritanie, le Front Polisario et l’Algérie malgré elle, est le seul cadre pertinent pour avancer. Il consacre implicitement le rôle central de l’Algérie, longtemps désireuse de se présenter comme simple observateur. Sa participation active, même forcée, la place au cœur du différend, modifiant profondément la lecture du conflit et redistribuant les responsabilités politiques. Madrid et Washington ne sont pas des lieux anodins. Ils traduisent l’implication croissante des puissances occidentales dans la recherche d’une issue, avec une convergence de plus en plus nette autour de la proposition marocaine. L'une des évolutions attendues en ce mois-ci concerne l’avenir de la MINURSO. L’heure de la redéfinition de la mission a sonné. Depuis ses débuts, elle n’a jamais joué le rôle pour lequel elle avait été décidée. Une évolution majeure se dessine probablement dans l’accompagnement du processus de mise en œuvre de l’autonomie des provinces du sud dans le cadre de la souveraineté du Royaume. Longtemps cantonnée à une fonction d’observation du cessez-le-feu, la mission verra son appellation changer et son mandat évoluer pour s’adapter aux réalités du terrain et aux exigences d’un processus politique renouvelé. Un tel changement serait lourd de sens. Il marquerait la fin d’une inertie onusienne et traduirait la volonté de la communauté internationale de passer d’une gestion du statu quo à une logique de résolution active et définitive. N’en déplaise à ceux qui, pendant 50 ans, ont tout fait pour perpétuer le conflit via leur proxy; celui ci souffre de plus en plus du changement de la donne. Washington a durci le ton et placé le Polisario dans son viseur. L'Algérie en souffre de toute évidence. L’introduction, au Congrès des États-Unis, d’une proposition visant à qualifier le Polisario d’organisation terroriste constitue un tournant potentiellement majeur. Si elle aboutissait, une telle désignation aurait des conséquences politiques, financières et diplomatiques considérables. Elle isolerait davantage le mouvement, fragiliserait ses soutiens et reconfigurerait les rapports de force. Surtout, elle renforcerait la lecture sécuritaire du dossier, dans un contexte sahélo-saharien marqué par la montée des menaces transnationales. Cela s’ajoute à un Conseil de Sécurité de plus en plus aligné sur la position marocaine. La composition actuelle du Conseil penche nettement en faveur des positions marocaines. Plusieurs membres influents soutiennent explicitement ou implicitement l’initiative d’autonomie, considérée comme la base la plus sérieuse et crédible de règlement. Ce basculement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une diplomatie marocaine active, cohérente et constante, qui a su inscrire la question du Sahara dans des logiques de stabilité régionale, de lutte contre le terrorisme et de développement économique. L’Algérie, quant à elle, est face à ses contradictions. Dans ce contexte, le pouvoir algérien apparaît de plus en plus en difficulté. Son positionnement, longtemps structuré autour d’un discours idéologique et d’une opposition systématique au Maroc, semble aujourd’hui en décalage avec les évolutions du système international. L’isolement diplomatique relatif d’Alger, y compris dans son environnement sahélien, contraste avec ses ambitions régionales. Sur le plan interne, les défis économiques et sociaux accentuent les tensions, dans un pays aux ressources considérables mais dont les retombées restent inégalement réparties. Les populations algériennes souffrent de beaucoup d'injustice et manquent de l'essentiel. La question du Sahara, instrumentalisée pendant des décennies comme levier de politique extérieure et de cohésion interne, révèle ainsi les limites d’un modèle politique à bout de souffle. La tendance se confirme donc vers un tournant historique privant le régime algérien de sa rente politique artificielle. L’ensemble des éléments converge vers une même conclusion : le mois d’avril de l'an 2026 pourrait marquer une étape décisive dans l’évolution du dossier du Sahara marocain. Sans préjuger d’un dénouement immédiat, les dynamiques actuelles réduisent progressivement l’espace des positions de blocage. Plus que jamais, la résolution de ce conflit semble passer par une reconnaissance des réalités géopolitiques et par l’adhésion à une solution politique pragmatique. Dans cette perspective, le Maroc apparaît en position de force, porté par une légitimité croissante et un soutien international de plus en plus affirmé. Reste à savoir si les autres acteurs, l'Algérie en particulier, sauront s’adapter à cette nouvelle donne, ou s’ils choisiront de s’y opposer au risque d’un isolement accru dans un monde où les rapports de force évoluent rapidement. Il y aura sans doute un avant et un après avril 2026 et surtout la consolidation d'une position marocaine, orientée vers davantage de développement des provinces du sud marocain. Le rendu du Conseil de Sécurité est attendu dans ce sens.

Maroc éternel, Maroc incassable : l'identité qui triomphe de l'exil... 211

Il existe des appartenances que la géographie dissout avec le temps, et d’autres qu’elle renforce à mesure que la distance s’installe. L’expérience marocaine relève assurément de la seconde catégorie. À travers les générations, parfois jusqu’à la troisième ou quatrième, un phénomène intrigue. Des femmes et des hommes nés loin du Maroc continuent de s’y reconnaître, de s’y attacher, de s’y projeter. Ils ont quitté le pays ou n’y ont jamais vécu durablement, ils sont nés loin du pays mais le Maroc, lui, ne les a jamais quittés. Comment expliquer une telle persistance ? Pourquoi cette fidélité traverse-t-elle les classes sociales, les confessions, les degrés de religiosité et même les nationalités acquises ailleurs ? Comment une mémoire est si indélébile. Comment résiste-elle à l’épreuve du temps, de l’éloignement et des acquis culturels nouveaux, sinon par le poids profond de la conscience nationale ? Le Maroc n’est pas un simple État moderne issu des recompositions du XXe siècle. C’est une construction historique ancienne, façonnée par des siècles, des millénaires, de continuité politique et civilisationnelle. Des dynasties comme les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Saadiens ou les Alaouites ont forgé un espace politique et symbolique stable, dont la permanence dépasse les ruptures apparentes. Cette profondeur historique irrigue l’imaginaire collectif. Elle donne aux Marocains, y compris ceux de la diaspora, le sentiment d’appartenir à une histoire qui les précède et les dépasse. Être marocain n’est pas seulement une nationalité. C’est une inscription dans une continuité, une identité composite forgée par l’inclusion. L’identité marocaine s’est bâtie par sédimentation. Elle est amazighe, africaine, arabe, andalouse, hébraïque. Autant de strates qui coexistent en équilibre singulier, se complètent, s'imbriquent sans s’exclure. Cette pluralité ancienne explique la capacité des Marocains à embrasser la diversité sans rupture identitaire. Ainsi, un Marocain juif en Europe ou un musulman naturalisé ailleurs partage souvent une référence affective commune au Maroc; non par ignorance des différences, mais parce qu’elles s’inscrivent dans un cadre historique et géographique partagé. Cette identité inclusive permet une rareté : rester profondément marocain sans renoncer à d’autres appartenances, la monarchie servant de fil symbolique. Dans cette architecture complexe, la monarchie joue un rôle structurant. Sous Mohammed VI, elle incarne continuité historique et stabilité contemporaine. Pour les Marocains de l’étranger, le lien au Trône dépasse la politique. Il touche au symbole et à l’affectif. Une dimension que seuls les Marocains saisissent pleinement. Elle agit comme un point fixe dans un monde mouvant, offrant une permanence face aux changements de langue, d’environnement ou de citoyenneté. Cette transmission s’opère invisiblement dans la famille, dans les rites. Ce n'est pas une mémoire mais des mémoires sensibles et vivantes. La diffusion et le transfert se manifestent aussi dans les cuisines aux recettes ancestrales, dans les musiques et les sons, dans les salons où résonne la darija, par les étés « au bled », les gestes, les intonations, les moussems ou les hiloulas. L’identité marocaine se transmet moins par discours que par expériences sensorielles : goûts, odeurs, rythmes, hospitalité. C’est ainsi que les générations nées à l’étranger ressentent une appartenance non apprise formellement, une fidélité active mêlant affect et volonté revendiquée. La diaspora ne se contente pas d’un attachement abstrait. Elle agit. Les transferts financiers, les investissements, les engagements publics, la défense des positions marocaines à l’international en témoignent. Ce patriotisme opérant prolonge l’affect en action, un devoir envers la nation, une fidélité marocaine. Les marocains peuvent être exilés, mais jamais déracinés. Pour la diaspora marocaine l'attachement transcende les océans. Même dans des fonctions politiques, économiques ou universitaires à l’étranger, les Marocains portent explicitement ou implicitement leur pays d’origine. L’altérité des sociétés d’accueil renforce cette identité. Le regard extérieur consolide ce sentiment d’appartenance à une culture si marquante qui se cristallise, se revendique, se magnifie. Ce phénomène, intense chez les Marocains, oblige à nommer ce qui allait de soi au pays : une continuité à distance. Ni nostalgie figée ni simple héritage, cette relation est une dynamique profonde. Le Maroc n’est pas seulement un lieu; c’est le lien qui traverse les générations, s’adapte sans se diluer, rappelant que l’exil ne défait pas toutes les appartenances. Le Maroc est au quotidien en nous dans une mémoire pérenne, solide et sans faille, qui défie les frontières et le temps.

AFCON 2025: le trophée qui Braise... 291

Il est des moments où le football cesse d’être un jeu pour devenir un révélateur brutal des fragilités institutionnelles et politiques d’un continent. La crise actuelle autour de la Coupe d’Afrique des Nations en est l’illustration parfaite. Entre l’application rigoureuse des règlements, la crédibilité de la Confédération Africaine de Football, la pression médiatique et les réactions de la Fédération Sénégalaise de Football, l’affaire dépasse désormais le cadre sportif pour s’inscrire dans un registre beaucoup plus large, où s’entremêlent droit, souveraineté et diplomatie de plus en plus. À l’origine, une décision disciplinaire qui, en d’autres circonstances, dans une conjoncture normale, aurait relevé d’un simple contentieux sportif. Mais le contexte, la symbolique et les acteurs impliqués ont transformé ce dossier en véritable crise. La CAF, en tant qu’instance régulatrice, se trouve placée face à une exigence fondamentale, celle de faire respecter ses propres textes sans céder à la pression. Toute faiblesse dans l’application du droit ouvrirait la voie à une contestation généralisée de son autorité, un retour sur des décisions et verdicts précédents. En ce sens, la décision prise, aussi contestée soit-elle, s’inscrit dans une logique de préservation institutionnelle. Cependant, le droit, aussi nécessaire soit-il, ne peut être totalement dissocié de son environnement politique et émotionnel. La preuve en est parfaite aujourd'hui. La réaction de la partie sénégalaise est perçue comme une offense ou une remise en cause de la décision, traduit un malaise plus profond : celui d’un sentiment d’injustice, réel ou supposé, amplifié par une opinion publique chauffée à blanc par une profusion de déclarations et de propos de plus en plus belliqueux. Les réseaux sociaux, les plateaux télévisés et certains discours officiels ont contribué à transformer une affaire juridique en affrontement symbolique entre nations. Face à cela la Fédération Royale Marocaine de Football est silencieuse, stoïque, tranquille et discrète. C’est là que réside le principal danger. Au-delà des textes et des procédures, ce sont des relations historiques, construites sur des décennies de solidarité et de fraternité, qui se retrouvent exposées à une tension inutile. Le football africain, longtemps présenté comme un vecteur d’unité, risque ici de devenir un facteur de division. Et cette dérive, si elle n’est pas contenue, pourrait laisser des traces durables. C'est ce que cherchent à obtenir les forces occultes ou pas d'ailleurs qui alimentent le feu. Dans ce climat de surenchère, la tentation est grande pour chaque camp de durcir sa position. Pourtant, l’histoire des conflits sportifs montre que l’escalade est rarement une solution. Elle affaiblit les institutions, décrédibilise les compétitions et, surtout, éloigne le public de l’essentiel : le jeu juste et crédible. La question centrale devient alors la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer ? Une issue apaisée passe nécessairement par un retour au calme et à la raison. Il ne s’agit pas de renoncer à ses droits, ni de taire les désaccords, mais de les inscrire dans un cadre maîtrisé. Les mécanismes de recours existent, que ce soit au sein des juridictions sportives directes ou, le cas échéant, devant l'instance internationale qu'est le Tribunal Arbitral du Sport. Son rôle est précisément de trancher ce type de litiges avec impartialité et rigueur. Attendre le verdict de cet instance même si elle est lente, c’est accepter que le droit prime sur l’émotion. C’est aussi reconnaître que la crédibilité des composantes du football africain dépend de leur capacité à régler les différends dans le respect des règles qu’elles se sont elle-même données. Toute autre voie, celle de la pression, de la politisation excessive ou de la confrontation médiatique ne ferait qu’installer et aggraver une crise. Au fond, cette affaire pose une question essentielle, celle du modèle de gouvernance pour le football africain. Un modèle soumis aux rapports de force et aux émotions du moment, ou un modèle fondé sur des institutions solides, respectées et capables de faire appliquer le droit, même lorsqu’il dérange ? Finalement les instances du football africain ne sont pas tombées du ciel. Elles sont l'amanation d'un process démocratique auquel participent, en toute bonne conscience, les 54 pays d'Afrique. La réponse à cette question déterminera non seulement l’issue de cette crise, mais aussi l’avenir du football sur le continent. Au-delà du cas présent, c’est la crédibilité de toute une architecture sportive qui est en jeu. Dans l’immédiat, une évidence s’impose : le temps de l’apaisement doit succéder à celui de la confrontation et de la surenchère. La préservation de l’essentiel et la consolidation de la fraternité entre peuples africains, vaut bien plus qu’une victoire sportive fut elle une coupe d'Afrique de football. Cela n'est hélas pas à la portée de ceux dans la vue ne dépasse pas le bout du nez. Le TAS s'exprimera bientôt. On verra alors qui a tort qui a raison en application stricte du droit et il n y'aura plus de recours possible sinon le retour à la raison. Ne vaut il pas mieux justement, en attendant, garder la tête froide, conserver sa lucidité et se calmer ? Un trophée n'est brandit que quand il est mérité, définitivement mérité.

La guerre sans visage, le monde désorienté, le citoyen piégé... 251

Il fut un temps où la guerre avait un sens, ou du moins une apparence de sens. Elle opposait des camps identifiables, produisait des vainqueurs et des vaincus, et se terminait parfois par une paix, même imparfaite, parfois signée dans un wagon de train. Avant cela, elle se déroulait en batailles pour lesquelles on se fixait même rendez-vous, loin des civils. On s’observait, on se jaugait et on décidait ensemble de l’heure du début des joutes. Une vraie guerre des braves. Il y avait toujours des vainqueurs et des vaincus. Merci au cinéma de nous en faire revivre les répliques, plus ou moins romancées, mais des répliques tout de même… De la Première Guerre mondiale à la Guerre froide, plus proche de nous, les conflits, aussi tragiques fussent-ils, obéissaient à une certaine intelligibilité historique. Depuis, les manettes s’y sont engouffrées et les ordinateurs s’y sont imposés… Alors les choses ont changé ; osons dire: se sont se sont déshumanisées. La guerre contemporaine, telle qu’elle se dessine dans la confrontation triangulaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, semble avoir rompu avec cette logique d’antan. Elle n’est plus seulement complexe : elle est devenue insaisissable, inintelligible pour le commun des mortels que nous sommes. Elle ne se contente pas d’opposer des forces, elle dissout les repères mêmes qui permettaient autrefois de comprendre ce qu’est une guerre. Qui est vainqueur ? Qui est vaincu ? La question paraît presque déplacée. Car la guerre moderne, celle-là, ne produit plus de verdict clair, mais une succession de récits concurrents, saturés de propagande, de désinformation et de ce qu’on appelle désormais des « fakes ». La vérité elle-même devient un champ de bataille, fragmentée, manipulée, inaccessible. Le mensonge s’inscrit dans le système. La réalité vacille et se perd. Des vies sont pourtant perdues dans l’anonymat, des bâtiments certainement transformés en bouillie, des milliards de dollars volatilisés, sûrement brûlés aux millisecondes par des traders, explosés sans laisser de traces sinon en faisant des pauvres un peu partout. Dans cette guerre, les rôles semblent interchangeables. L’un de ceux qui ont déclenché les hostilités cherche à s’en extraire, comme s’il découvrait soudain le vertige de ce qu’il a initié. Le second ? On ne sait pas trop. Sa logique de guerre est depuis longtemps déjà impénétrable. Il se présente comme agressé, refuse toute négociation, ou feint de le faire, tout en élargissant le théâtre des opérations. Celui qui riposte, le troisième protagoniste, perd ses chefs, se fait matraquer tous les jours depuis plus d’un mois, mais semble animé d’une logique d’escalade sans fin également. Vers quel horizon ? Il frappe au-delà de ses adversaires déclarés, sans provoquer de réactions proportionnées. Une partie de sa guerre est faite à ceux qui n’en veulent pas et résistent de toutes leurs forces, sans riposte. Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Il faut bien poser la question : qu’est-ce que « gagner » dans une guerre qui n’a ni limites claires ni objectif final identifiable ? Nous sommes alors confrontés à une mutation profonde de la guerre : elle n’est plus un moyen au service d’une fin politique, comme on le pensait, mais un processus autonome, auto-entretenu, presque abstrait. Une guerre qui ne vise plus la paix, mais sa propre perpétuation. Et pourtant, cette guerre lointaine n’est pas si lointaine que cela. Au-delà des stratégies et des discours, ce sont les sociétés civiles qui en paient le prix. Ici, au Maroc, ailleurs dans le monde, les effets se font sentir avec une brutalité silencieuse. Le prix de l’énergie grimpe, menaçant d’atteindre des seuils psychologiques impensables il y a encore une quarantaine de jours : 20 dirhams le litre d’essence très bientôt. La tomate, le poisson, le poulet, les lentilles et le reste suivront...L’angoisse est bien réelle. L’économie devient le prolongement de la guerre par d’autres moyens. Le citoyen, lui, devient une variable d’ajustement. C’est à lui de payer la facture. Même quand il ne veut pas de guerre, il doit tout de même la payer, là où il est, même au fin fond de la terre. Face à cela, les gouvernements semblent démunis. Ils ressortent des solutions anciennes, déjà éprouvées et déjà inefficaces, comme si l’histoire économique elle-même était prisonnière d’un éternel recommencement. Cette impuissance politique renforce le sentiment d’injustice et d’abandon. Dès lors, la question surgit, presque métaphysique : qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Cette question, si humaine soit-elle, est peut-être mal posée. Car elle suppose une justice immanente dans le cours du monde, une logique morale qui relierait nos actes à notre destin collectif. Or, le tragique de notre époque est précisément l’absence de cette cohérence. Le monde n’est pas juste : il est instable, chaotique, traversé par des forces qui nous dépassent. C’est peut-être le prix à payer pour se dire démocratiques, vivant dans ou sous des démocraties… ou pas. Peut-être faut-il alors reformuler la question. Non plus : pourquoi cela nous arrive-t-il ? Mais : comment continuer à vivre dans un monde où le sens se dérobe sous nos pieds qui tanguent ? C’est là que réside probablement le véritable défi philosophique de notre temps. Non pas comprendre la guerre, car elle échappe désormais à l’entendement classique, mais préserver, malgré tout, une capacité à penser, à résister à la confusion, à refuser que le mensonge devienne la norme. Si la guerre moderne est sans visage, sans fin et sans vérité, alors la seule victoire possible est intérieure à chacun de nous: maintenir, envers et contre tout, une exigence de lucidité, un brin d’humanisme, un espoir, un rêve.

Le Maroc à l’heure du monde : entre soleil, économie et réalités biologiques 328

Depuis quelques jours, une pétition et un appel à manifestation relancent au Maroc un débat aussi ancien que sensible: faut-il maintenir le GMT+1 comme heure légale permanente ou revenir à l’heure "naturelle"du pays, le GMT (UTC+0) ? Derrière les arguments sanitaires avancés par les partisans du retour au GMT se dessine une interrogation plus profonde: quelle articulation entre le temps biologique des citoyens et le temps économique de la nation ? Car en matière d’horaire, il ne s’agit pas seulement de confort quotidien, mais d’un choix stratégique. Le mouvement agitant la manifestation en moyen de pression politique oppose finalement le temps du soleil au temps de l’État. Historiquement, le Maroc vivait au rythme du soleil. À l’époque des médinas, notamment à Fès sous les Mérinides et avant, le temps était structuré par les cycles naturels et les appels à la prière. Les instruments de mesure: cadrans solaires, sabliers, horloges à eau, traduisaient un rapport au temps souple, local et organique. Le basculement vers une heure standardisée intervient au début du XXe siècle. Le temps devient alors un outil d’organisation économique, au service de l’intégration dans les échanges internationaux. Il y a une réalité géographique incontournable et un impératif économique tout aussi inéluctable. S’étendant entre 1° et 13° ouest, il est en partie traversé par le méridien de Greenwich, à l'est du pays notamment. Cependant une bonne partie du royaume est largement en dehors du fuseau et se trouve bien dans le fuseau GMT+1. Cela concerne les provinces du sud. Le choix de GMT+1 constitue donc un décalage artificiel d’une heure par rapport au soleil pour une partie du pays mais pas dans sa totalité. Le décalage avec GMT produit effectivement des effets concrets: en hiver, le lever du soleil peut intervenir après 8h30 heure légale, créant une dissociation entre le début de la journée sociale et la lumière naturelle. Mais cette situation n’est pas isolée. L’exemple de l’Espagne, qui est entièrement dans le fuseau GMT, a opté pour GMT+1 sous Franco. C'est que le temps légal est un choix politique avant d’être une donnée géographique. GMT+1 s’impose ainsi en Espagne par une rationalité économique forte. Au Maroc, le maintien de GMT+1 répond à une logique stratégique claire: - Synchronisation avec les marchés européens. - Fluidité des échanges commerciaux. - Compétitivité accrue dans les services externalisés. Dans une économie mondialisée, le temps est un facteur de production. Une heure de décalage peut ralentir les flux, désynchroniser les marchés et réduire l’attractivité. À ce titre, GMT+1 est un outil silencieux de compétitivité. La question sanitaire est effectivement étudiée depuis longtemps. Les partisans du retour au GMT invoquent un argument central : la santé. Sur ce point, la littérature scientifique est claire, mais nuancée. On peut constater de manière scientifiquement documentée : 1. Une perturbation réelle du rythme biologique. Le corps humain fonctionne selon un rythme circadien de 24 heures, réglé principalement par la lumière naturelle. Toute désynchronisation entre l’heure sociale et ce rythme entraînerait des troubles du sommeil, de la fatigue, une baisse de concentration et de l’irritabilité. Même un décalage d’une heure peut perturber cette horloge interne. 2. Un impact physiologique est documenté avec perturbation de la production de mélatonine (hormone du sommeil), augmentation du stress physiologique, altération de la vigilance et des performances cognitives. Des analyses récentes ont aussi établi un lien entre changement d’heure et risque cardiovasculaire accru, notamment chez les populations fragiles. 3. Une adaptation incomplète de l’organisme, comme le montre une étude européenne sur plus de 50 000 individus. L’horloge biologique ne s’adapte pas totalement à l’heure avancée, créant un « jet lag social permanent ». 4. Une recommandation émergente de certaines institutions médicales est de retarder l’heure de début des cours et mieux aligner les activités sur les rythmes biologiques. L’argument nordique souvent avancé en référence à la Norvège ou la Suède, reste fragile. Dans ces pays, la contrainte lumineuse est naturelle et extrême ; les sociétés y ont développé des adaptations structurelles profondes, avec des rythmes sociaux ajustés en conséquence. Au Maroc, le décalage GMT+1 est ressenti comme artificiel et évitable, ce qui change totalement la perception des citoyens et donc des effets sur la société. Une piste réaliste consiste à conserver GMT+1 tout en ajustant les horaires : retarder l’entrée à l’école et flexibiliser les horaires de travail. Cette approche réduirait l’impact biologique, si impact il y a, sans sacrifier l’alignement économique, même si elle reste partielle. Le véritable arbitrage oppose en réalité économie et biologie. Le débat est clair : - GMT présente une cohérence avec le soleil et la biologie selon ses détracteurs. - GMT+1 favorise la performance économique et l’intégration mondiale selon les gouvernements depuis belle lurette déjà. Dans un pays en développement comme le nôtre, inséré dans des chaînes de valeur globales, l’économie reste le nerf de la guerre. Les effets sanitaires s'ils existent et s'ils sont documentés, restent modérés à l’échelle macro. Ils seraient variables selon les individus et atténuables par des politiques d’accompagnement. Il s’agit donc de gouverner le temps. Le Maroc ne fait pas face à un simple choix technique, mais à un arbitrage structurant : temps naturel ou temps stratégique ? La science confirme l’impact réel du décalage horaire sur l’organisme, mais montre aussi que ces effets peuvent être gérés, atténués et compensés. Ceci si on fait fi de la position géographique réelle du pays. Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir si GMT+1 est « parfait », mais s’il est utile. Dans un monde où la compétitivité se joue à l’heure près, le Maroc a fait un choix clair: celui du temps économique, et il a bien raison de le faire. Il faut dire clairement que ce qui pose problème véritablement au plan biologique c'est ce changement incomprehensible opéré juste pour le mois de Ramadan et qui ne présente aucun avantage, le nombre d'heures de jeûne étant le même. Les pétitionnaires et ceux ayant l'intenetion de manifester, après une séquence démocratique garantie par la constitution, devront prendre leur mal en patience et accepter que les intérêts du pays et par conséquent les leurs aussi imposent de garder GMT+1. Ils devront par contre militer pour que le changement injustifié pendant ramadan soit à jamais oublié. Ils peuvent aussi militer, et auront beaucoup de soutiens, s'ils réclamaient un aménagement des horaires scolaires en fonction de GMT+1, ce que le gouvernement ayant décrété cet horaire avait simplement oublié de faire. Cela aurait du sens. l'Espagne passe à GMT+2 l'été pour les besoins de son économie par rapport à l'Europe et même les marocains en vacances là bas s'y accommodent.

Football africain : entre populisme émotionnel et ordre institutionnel... 488

La CAF a infligé à l'équipe nationale de football du Sénégal une défaite administrative implacable, déclarant la victoire sur tapis vert pour l'équipe nationale marocaine en finale de la CAN 2025. Cette sanction, ancrée dans les règlements disciplinaires de la CAF, punit l'abandon du terrain, même temporaire. À un moment de la partie, le coach sénégalais a décidé en toute conscience de faire quitter le terrain à ses joueurs. Un seul est resté sur l'aire de jeu. Selon les règles du football, pour qu'un match aille à son terme, il faut au moins sept joueurs sur le terrain. L'équipe, pourtant vainqueure après une prolongation rocambolesque, paie le prix d'une indiscipline flagrante : supporters déchaînés, envahissement partiel du terrain, coups et blessures, interruption prolongée durant laquelle les joueurs ont regagné les vestiaires sur ordre spectaculaire de leur entraîneur. Oubliez le narratif simpliste d'un « Maroc vs Sénégal » que certains, notamment du côté sénégalais, véhiculent pour insinuer une question politique. Ce n'en est rien. L'affaire naît d'un clash initial entre la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) et la CAF. La FRMF a demandé à la CAF d'appliquer ses propres règles et celles de la FIFA, s'interrogeant sur leur non-application. Rappelons que l'équipe nationale du Maroc avait respecté à la lettre les directives de l'arbitre, reprenant même le jeu après 14 minutes seule sur le terrain, pendant que les Sénégalais regagnaient les vestiaires. La question est donc : pourquoi l'arbitre s'est-il abstenu d'appliquer les règles ? La réponse vient des arcanes de la CAF. Un dirigeant « cafien » aurait sommé l'arbitre de bafouer les règles et de ne pas sanctionner l'équipe ayant quitté le terrain. La FRMF va porter l'affaire devant les instances de la CAF, qui l'a confiée à sa Commission de discipline, présidée normalement par un Sénégalais. Pour des questions de commodité, cette commission a rejeté la demande de la FRMF. Loin de baisser les bras, étonnée par cette décision, celle ci a fait appel. En appel, ce ne sont pas des membres qui statuent, mais bien des juges indépendants choisis à travers le continent. La décision fut sans équivoque : en application des règles, l'équipe nationale du Maroc est déclarée vainqueure de la CAN 2025. Le différend opposant la FRMF à la CAF s'est ainsi achevé. Jusque-là, l'affaire est purement sportive. La Fédération de Football du Sénégal (FSF), mécontente du rendu du Jury d'Appel et défendant le résultat acquis sur le terrain, décide d'en référer au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). Le Sénégal ne se contente pas de contester la décision : il porte un assaut frontal contre la souveraineté réglementaire, exige juridiquement une enquête internationale pour corruption des instances. C'est le gouvernement sénégalais qui répond à la CAF et porte l'affaire. Pour prouver une corruption, il faudra identifier le corrompu et le corrupteur... La CAF, par sa décision, a primé le droit sur l'émotion du terrain; une émotion malheureusement attisée hors terrain par la bêtise de ceux qui, pour quelques followers de plus ou quelques dollars via AdSense, propagent une haine indescriptible entre deux peuples frères. Ce n'est point un problème entre le Sénégal et le Maroc, mais une question sportive entre la FRMF et la CAF, et entre la FSF et la CAF. Certains rappels s'imposent à l'encontre des attiseurs des deux côtés, sans pour autant défendre la CAF et ses instances, qui sauront répondre aux accusations de corruption. La forteresse réglementaire de la CAF repose sur trois piliers inexpugnables, confortés par ces extraits des règlements: **RETRAITS** *ARTICLE 82* Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF. *ARTICLE 84* L’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l’équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l’arrêt du match, le score sera maintenu. D’autres mesures pourront être prises par la Commission d’organisation. Les trois piliers qui ont présidé à la décision sont donc : - **La conformité absolue**: L'article 82 définit tout retrait d'équipe comme abandon, entraînant forfait automatique. Les 14 minutes sénégalaises tombent sous le coup, sans ambiguïté. - **La proportionnalité mécanique**: La sanction n’est pas discrétionnaire ; elle découle verbatim des textes et est validée par une jurisprudence du TAS . - **La primauté institutionnelle**: L'arbitre a toléré une reprise de facto sous pression, mais la CAF a le pouvoir de trancher en discipline. Que dira dira alors le TAS s'il est effectivement saisi par la partie sénégalaise ? Conservateur par nature, le TAS ne s'érige jamais en juge sportif; il valide les instances quand les règles sont claires. Gardien inflexible de la stabilité, il rejettera toute «légitimité symbolique» sénégalaise. Pour l'emporter, le Sénégal doit ruser: invoquer une reprise invalidant l'abandon, une sanction «disproportionnée» ou l'«esprit du jeu». Stratagème fragile: le TAS a systématiquement écarté ces échappatoires face à des textes explicites. Plusieurs fédérations africaines, dont la FRMA dans l’affaire de la CAN 2015, ainsi que divers clubs et associations affiliées à la CAF, ont saisi le TAS pour contester des sanctions liées à des forfaits, retraits ou manquements réglementaires. Dans ces affaires, le TAS a systématiquement privilégié une lecture stricte des règlements applicables, écartant les arguments fondés sur la force majeure ou les circonstances atténuantes dès lors que les textes prévoyaient des sanctions automatiques. Le dénouement de l'affaire sera la victoire de la CAF, inéluctablement par la confirmation du jugement du Jury d'Appel. Le forfait sénégalais sera validé, le titre confirmé pour le Maroc. La jurisprudence sortira renforcée par le triomphe du droit, blindant les compétitions futures contre le chaos. Reste une infime surprise possible: un replay ou une révision si le TAS conclut que l'abandon n'était pas définitif. Mais va-t-il courir le risque inédit d'instabilité en désavouant des règles si claires ? Ce n'est point une question d'interprétation, mais d'application pure des règles. Le TAS couronnera la CAF, exposant la précarité sénégalaise. Loin d'un duel bilatéral, cette crise oppose respect des règles à tentation populiste. Le droit l'emportera: la CAF réaffirmera sa souveraineté, pour un football africain régi par la loi, non par l'émeute émotionnelle. La CAN 2025, non confisquée, sera celle de la consolidation d’un ordre juridique continental.

Cartographier le Monde 5/5 427

Une singularité intéressante des récits scientifiques tient à la manière dont ils découpent les questions qu’ils cherchent à résoudre. Là où les mythes cosmogoniques ou les grands corpus religieux — tels que la Bible — agrègent dans un même ensemble narratif des réponses à une multitude d’interrogations (comment le monde fut créé, d’où viennent les humains, pourquoi certains animaux possèdent telle caractéristique ou pourquoi tel relief existe), les modèles scientifiques tendent au contraire à isoler les problèmes. Chaque théorie s’attache ainsi à traiter un phénomène particulier : l’origine de l’univers dans le cas du modèle du Big Bang, l’apparition de la diversité biologique pour la théorie de l’évolution, ou encore la formation des continents pour la tectonique des plaques. Une autre différence notable concerne la cohérence interne de ces systèmes narratifs. Les théories scientifiques sont conçues pour s’inscrire dans un cadre explicatif global dont les différentes parties doivent être compatibles entre elles et révisables à la lumière de nouvelles observations. Les corpus religieux, quant à eux, sont souvent le produit d’une longue stratification de traditions. La Bible, par exemple, rassemble des textes composés sur plusieurs siècles et issus de contextes historiques variés. Il n’est donc pas surprenant que certaines représentations du divin ou certains messages évoluent au fil des textes. Ainsi, si la Genèse présente un Dieu créateur unique, d’autres passages de l’Ancien Testament semblent conserver la trace d’un horizon religieux où l’existence d’autres puissances divines n’est pas totalement absente. À titre d’exemple, dans l’Exode, Moïse chante : « Qui est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, redoutable en exploits, opérant des merveilles ? » Ou encore dans Psaume 82 :1-8 dans lequel il est fait mention d’une assemblée divine : « Dieu se tient dans l’assemblée de Dieu, il juge au milieu des dieux : Jusqu’à quand jugerez-vous de façon injuste et favoriserez-vous les méchants? » » De même, l’image du divin se transforme au fil des traditions bibliques. Le Dieu de l’Ancien Testament apparaît souvent comme une puissance redoutable capable de punir collectivement des peuples entiers — lors du déluge, de la destruction de Sodome et Gomorrhe ou encore de la mort des premiers-nés d’Égypte. Le Nouveau Testament propose pour sa part une figure divine radicalement différente, centrée sur l’amour, le pardon et la rédemption. Ces transformations ne témoignent pas nécessairement d’une incohérence, mais plutôt de l’évolution des représentations religieuses au sein des sociétés qui ont produit ces textes. À la différence de nombreux systèmes mythologiques ou religieux, les récits scientifiques sont conçus pour être continuellement révisés à la lumière de nouvelles observations. Leur cohérence interne constitue un critère central : toute nouvelle théorie doit non seulement expliquer les phénomènes qu’elle étudie, mais aussi s’articuler avec les cadres théoriques déjà établis ou, le cas échéant, les remplacer par un modèle plus englobant. L’histoire des sciences est ainsi jalonnée de ces moments de réorganisation où un nouveau récit explicatif vient redessiner la carte du réel. L’un des grands défis de la physique contemporaine illustre bien cette exigence de cohérence. Deux théories aujourd’hui extraordinairement efficaces décrivent l’univers à des échelles différentes : la mécanique quantique, qui rend compte du comportement de la matière et de l’énergie à l’échelle des particules, et la relativité générale, qui explique la structure de l’espace-temps et la gravitation à l’échelle cosmique. Pourtant, ces deux cadres théoriques demeurent difficiles à concilier dans un modèle unique. La quête d’une théorie capable d’unifier ces deux descriptions — parfois évoquée sous le nom de « théorie du tout » — constitue ainsi l’un des grands chantiers de la physique fondamentale. Quoiqu’il en soit, c’est dans cette perspective fonctionnelle que j’intégrerai, aux côtés des grands corpus théologiques comme la Bible, le Coran ou la Torah, ce que j’appellerai désormais des récits scientifiques — non comme des mythes contemporains, mais comme des formes narratives structurantes participant à l’élaboration d’une représentation partagée du réel.

Cartographier le Monde 4/5 429

Les mythes du Vieil Home Coyote et celui des Jumeaux primordiaux sont particulièrement intéressants car ils ne proposent pas seulement une explication sur la naissance du monde ou comment les humains ont été créés — ou sont devenus les humains que nous connaissons — mais aussi pourquoi l’ours hiberne, pourquoi les hommes disposent d’armes quand les animaux n’en ont pas ou encore la séparation entre la vie et la mort. Ils sont également surprenants à plus d’un point de vue. Le conte du Vieil Homme Coyote ne mentionne ni être tout-puissant et omniscient, ni divinités anthropomorphes auxquelles les humains devraient respect et obéissance. On y rencontre plutôt des entités dont les frontières nous semblent mal définies : animaux ? humains ? ancêtres ? totems ? Tous parlent et s’expriment. Le nom même du personnage central — Vieil Homme Coyote — illustre cette ambiguïté. L’humain n’y occupe pas de position particulière et plusieurs animaux, comme les canards ou les coyotes, jouent un rôle central dans le récit. Le récit japonais des jumeaux cosmiques présente une configuration très différente. Les protagonistes y sont clairement anthropomorphiques, mais ils semblent eux-mêmes soumis à des forces ou à des lois implicites. Les animaux, quant à eux, sont totalement absents du récit. Pour un lecteur néophyte, on y reconnaît à peine le motif du plongeon cosmogonique, et aucun personnage n’incarne une puissance créatrice souveraine. Dans notre aire culturelle, les mythes de l’Antiquité ont progressivement marginalisé ces récits plus anciens dont nous avons presque entièrement oublié l’existence. Puis la Genèse a, à son tour rempli cette fonction. Dieu, tel que nous le connaissons aujourd’hui, crée le monde puis l’homme, l’Adam, en lui accordant une place singulière au sein de la création. Façonné à l’image de Dieu, l’homme se voit non seulement confier la responsabilité de nommer les autres êtres vivants, mais également celle de « commander au poisson de la mer, à l’oiseau du ciel, aux bêtes et à toute la terre » (La Bible, Nouvelle traduction, 2009). Ce passage introduit d’ailleurs une hiérarchie explicite entre l’humain et l’animal, qui ne se retrouve pas nécessairement dans de nombreuses cosmologies animistes ou polythéistes. Ce récit biblique a-t-il, à lui seul, transformé les relations concrètes entre humains et animaux ? Sans pouvoir l’affirmer de manière certaine, il semble raisonnable de considérer que la diffusion institutionnalisée des textes bibliques a contribué à cristalliser cette représentation hiérarchisée, qui perdure probablement encore aujourd’hui et continue d’influencer notre perception de l’homme et de sa place dans la nature, et ce, même au sein de la communauté scientifique. Alors comment positionner les théories scientifiques modernes — telles que le modèle du Big Bang ou la théorie de l’évolution? Bien que basées sur des démarches cognitives bien différentes basées sur l’observations, l’expérimentation et modélisation, ces théories occupent aujourd’hui une place centrale dans la représentation partagée de l’origine et de la structure du monde. Il ne s’agit évidemment pas ici de comparer leur validité ou les processus cognitifs en œuvre pour l’un ou l’autre, mais d’observer que ces différentes productions humaines remplissent, à des époques distinctes, une fonction analogue : offrir aux groupes et aux individus une lecture commune du monde qui les entoure.

Cartographier le Monde: Izanagi et Izanami, les jumeaux divins primordiaux 3/5 427

Le mythe de création des îles japonaises (version synthétique) ________________________________________ À l’origine, le monde n’était encore qu’une masse informe flottant entre ciel et terre, semblable à une mer primitive où rien n’était encore clairement séparé. Les premières divinités apparurent progressivement, mais aucune ne parvint à organiser ce chaos primordial. Les dieux confièrent alors cette tâche à deux divinités jumelles : Izanagi et Izanami. Depuis le pont céleste, Izanagi plongea dans l’océan primordial une lance sacrée, l’Amenonuhoko. Lorsqu’il la retira, les gouttes d’eau salée qui tombèrent de sa pointe se solidifièrent et formèrent la première île, Onogoro. Les deux divinités descendirent sur cette île et dressèrent un pilier céleste autour duquel elles accomplirent un rituel d’union. De leur union naquirent progressivement les îles de l’archipel japonais ainsi que de nombreuses divinités, les kami, qui peuplèrent et organisèrent le monde. Mais lorsque Izanami donna naissance au dieu du feu, elle fut mortellement brûlée et mourut. Izanagi tenta alors de la retrouver dans le monde des morts, mais l’horreur de ce royaume le contraignit à fuir. Après cette séparation, le monde des vivants et celui des morts furent définitivement distingués. Izanagi purifia ensuite son corps dans une rivière, et de ce rituel naquirent encore d’autres divinités majeures, parmi lesquelles la déesse du soleil Amaterasu.

Cartographier le Monde : Mythe du « Vieil Homme Coyote crée le monde » 2/5 427

Mythe du « Vieil Homme Coyote crée le monde » (version synthétique) _______________________________________ Au commencement, la terre n’existe pas encore. Il n’y a qu’une immense étendue d’eau. Le ciel et l’eau forment l’unique paysage du monde primordial. Nulle part où poser le pied. Le Vieil Homme Coyote demande alors à deux canards de plonger pour voir s’il y a quelque chose au fond de l’eau. Le premier canard plonge et met longtemps à remonter. À son retour, il raconte qu’en descendant sa tête a heurté quelque chose de dur. Le canard replonge alors une seconde fois et remonte cette fois avec une racine. « S’il y a une racine, dit le Vieil Homme Coyote, c’est qu’il doit y avoir de la terre. » Le canard plonge une troisième fois et remonte avec une petite poignée de boue dans son bec. Le Vieil Homme Coyote prend la boue et y plante la racine. Aussitôt, tout se met à pousser : herbes, plantes et arbres de toutes sortes. « C’est bien beau, disent les canards, mais c’est un peu plat ! » Le Vieil Homme Coyote crée alors les montagnes. Plus tard, les canards lui disent encore : « On s’ennuie ! » Le Vieil Homme Coyote crée alors d’autres animaux — le cerf, le bison, le castor — puis enfin les humains. Parmi les animaux ainsi créés, l’ours, particulièrement capricieux, se voit imposer d’hiberner afin de laisser les autres en paix une partie de l’année. Quant à l’homme, qui n’a ni griffes ni crocs pour se défendre, il reçoit le don des armes. ________________________________________

Cartographier le monde : la fonction cosmologique des récits 1/5 428

Se raconter la naissance du monde, comprendre les limites de son territoire, nommer les entités et les êtres avec lesquels on cohabite, expliquer la singularité de l’être humain… Toute communauté humaine élabore des représentations communes de son environnement. Les récits participent à la construction de ces cartes mentales qui nous permettent de nous situer, puis d’interagir avec le monde. Les récits de création chez les peuples aborigènes d’Australie en sont une illustration quasi littérale : les « chants de pistes » sont en effet des cartes du territoire facilitant la navigation à travers les contrées parfois hostiles de l’Australie à une époque où les cartes papier et les GPS n’existaient pas. Aujourd’hui encore peu accessibles, au grand public parce qu’ils appartiennent au domaine du sacré et sont réservés aux initiés, ces chants racontent comment serpents, émeus, fourmis à miel ont façonné le paysage en faisant émerger montagnes, cours d’eau, plantes et animaux. Ces « empreintes des ancêtres » constituent autant de signes que les maîtres des chants suivent dans un ordre précis, retraçant ainsi des pistes sillonnant des territoires de plusieurs milliers de kilomètres. Bruce Chatwin dans son livre « Chant de piste » souligne également l’importance du rythme de ces chants : la cadence et la mélodie permettent non seulement de mémoriser ces itinéraires complexes, mais également de synchroniser la marche avec le paysage traversé. Chanter revient alors littéralement à faire exister le territoire, chaque vers réactivant la trace laissée par les ancêtres. Outre ce cas bien particulier, d’autres récits remplissent cette fonction quoique de façon moins littérale voir plus symbolique. Les mythologues les classent dans de nombreuses catégories parmi lesquelles on trouve les mythes des origines : les cosmogonies, qui racontent la naissance du monde ; les anthropogonies, qui traitent de l’apparition de l’être humain ou d’un peuple ; les étiologies, qui expliquent des phénomènes particuliers ; et les récits totémiques, qui définissent les relations entre groupes humains et espèces animales. Bien que distinctes sur le plan thématique, toutes ces catégories remplissent une fonction commune : renseigner l’être humain sur son environnement, sur son origine, et sur les liens qui l’unissent aux autres entités ou aux autres vivants. Parmi les récits les plus anciens qui nous soient parvenus, je vous propose de découvrir deux récits intégrant le motif du plongeon cosmique que l’on pourrait qualifier de fossiles narratifs : Une entité créatrice — dieu, esprit ou animal ancestral — envoie un animal plongeur explorer les profondeurs. Après plusieurs tentatives, celui-ci remonte avec un peu de boue ou de sable. Cette matière, parfois déposée sur le dos d’un animal géant ou étendue par une puissance créatrice, devient progressivement la terre ferme. Selon les travaux de Jean-Loïc Le Quellec et Julien d’Huy, l’origine de ce motif pourrait remonter à la fin du Paléolithique supérieur, (entre –30 000 et –20 000 ans avant notre ère). Il aurait ainsi traversé des millénaires de transmission culturelle, se transformant au fil des migrations. Aujourd’hui largement oubliés dans notre aire culturelle, ce motif circule encore chez plusieurs peuples autochtones d’Amérique du Nord ou encore au Japon, en Inde et en Russie sous différentes formes narratives. On le retrouve notamment dans le récit crow « Le Vieil Homme Coyote crée le monde », ainsi que dans la légende des jumeaux Izanami et Izanagi (Japon)

Fiscalité pétrolière, efficacité des aides et justice sociale : quelle stratégie pour le Maroc face aux chocs énergétiques ? 473

Au déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, les marchés énergétiques mondiaux ont été brutalement déséquilibrés. Le baril a franchi des seuils historiques, entraînant une hausse immédiate des prix à la pompe dans les pays importateurs nets comme le Maroc. Face à cette situation, le gouvernement a opté pour une aide directe aux transporteurs afin de contenir l’inflation et d’éviter la répercussion des hausses sur les prix des biens et services. L’expérience a néanmoins montré ses limites. Malgré les subventions, les prix du transport ont bel et bien augmenté, entraînant dans leur sillage le coût de tous les produits et services. Ce décalage entre l’intention et la réalité pose une question centrale: comment amortir efficacement un choc énergétique dans une économie libéralisée, sans creuser les inégalités ni alimenter les rentes ? Le choix d’aider spécifiquement les transporteurs reposait sur l’hypothèse implicite que ces derniers joueraient le rôle d’amortisseur, en absorbant une partie de la hausse. Or, dans un marché où les marges sont contraintes et la concurrence forte, il est économiquement rationnel pour les opérateurs de répercuter les coûts sur les tarifs, malgré le soutien public. Plusieurs facteurs expliquent cet échec relatif: - Absence de mécanismes contraignants. Aucune obligation stricte n’a empêché la répercussion des hausses sur les prix finaux. - Effet d’aubaine. Certaines entreprises ont perçu les aides sans modifier leur politique tarifaire. - Difficulté de ciblage. Les aides ont bénéficié à un segment spécifique sans garantir un impact global et durable sur l’économie. Ce constat est d’autant plus préoccupant que le Maroc reste fortement dépendant des importations de produits raffinés depuis la fermeture de la raffinerie Samir. Aujourd’hui, les tensions autour du détroit d’Ormuz ravivent les craintes d’un nouveau choc pétrolier. Ce corridor maritime, par lequel transite environ 20% du pétrole mondial, constitue un point névralgique de l’approvisionnement énergétique global. Sa perturbation fait bondir les cours et, mécaniquement, les prix à la pompe au Maroc. Les États à travers le monde ont adopté des stratégies variées, avec des résultats contrastés : 1. Le plafonnement des prix. L’efficacité est immédiate, avec des boucliers tarifaires sur l’électricité et le gaz, parfois accompagnés de plafonds sur les carburants. Ces mesures contiennent l’inflation à court terme, au prix d’un coût budgétaire très élevé, d’un effet de désincitation à la sobriété énergétique et d’une aubaine pour les consommateurs les plus aisés. 2. Les transferts directs. Une réponse sociale mais imparfaite. Certains pays ont octroyé aux ménages des chèques énergie ou des aides forfaitaires. Politiquement populaires, ces dispositifs sont souvent critiqués pour leur caractère inflationniste, leur manque de ciblage précis et le risque de nourrir une dépendance à des aides conjoncturelles. 3. La modulation fiscale, un levier structurel. Plusieurs États, comme l’Autriche, l’Espagne, l’Italie ou le Japon, ont choisi de réduire temporairement les taxes sur les carburants pour limiter la hausse du prix à la pompe. Cette approche agit directement sur le prix final payé par tous les consommateurs, sans passer par des intermédiaires. Elle repose sur un principe de lisibilité et de partage de l’effort entre l’État et les usagers. Dans le cas marocain, une part significative du prix à la pompe est constituée de taxes: TIC et TVA notamment, qui impactent fortement le prix au litre et confèrent à l’État un levier majeur dans la formation des prix. Réduire temporairement ces taxes reviendrait à instaurer un mécanisme explicite de partage du choc entre l’État et les citoyens, au lieu de concentrer l’aide sur un seul secteur. Une telle option présente plusieurs avantages: - Universalité : elle bénéficie à tous, du transporteur routier au salarié utilisant sa voiture pour se rendre au travail. - Transparence : la baisse est visible immédiatement à la pompe, ce qui renforce la confiance et la lisibilité de l’action publique. - Efficacité économique : elle réduit directement le coût du carburant. - Justice sociale : en renonçant à une partie de la rente fiscale sur un produit devenu vital, l’État assume clairement sa part de l’effort. La réduction ciblée et temporaire de la fiscalité pétrolière apparaît ainsi comme la solution la plus efficace et la plus démocratique pour amortir un séisme énergétique. Cette piste n’est pas nouvelle dans le débat marocain, comme en témoigne le soutien généralisé via la Caisse de compensation, abandonné à partir de 2015. L’allègement du coût du carburant par la subvention a déjà été mis en œuvre sans que les résultats espérés par la théorie ne soient atteints. Faut il le rappeler ? La réduction des taxes, si elle est décidée, ne peut être ni illimitée ni permanente, mais strictement encadrée dans le temps, calibrée en fonction des capacités budgétaires et articulée à une réforme plus large du marché des hydrocarbures (concurrence, marges, stockage stratégique, réouverture ou alternative à la capacité de raffinage nationale). Autrement dit, la modulation fiscale ne doit pas être un réflexe de court terme, mais l’outil d’une stratégie globale de sécurité énergétique. Le Maroc est devant un choix stratégique : persister dans la logique des aides ponctuelles aux transporteurs ou assumer un mécanisme de partage du choc via la fiscalité. S'il opte pour le second choix et s’il perd des recettes à court terme, il gagnera en cohésion sociale et en prévisibilité économique, avec trois enseignements majeurs: - Privilégier les mécanismes directs via la fiscalité, composante déterminante du prix à la pompe, qui reste l’outil le plus efficace pour agir rapidement, universellement et de manière démocratique. - Éviter les distorsions de marché. Des aides ciblées sans contrôle strict produisent des effets inverses à ceux recherchés ; elles alimentent des rentes sans garantir la protection du consommateur final. - Penser le long terme. La question énergétique ne peut être dissociée de la souveraineté industrielle (raffinage, stockage) et de la résilience budgétaire de l’État. Au-delà de la gestion conjoncturelle, c’est un véritable contrat social autour de l’énergie qu’il convient de repenser. Dans un pays où la voiture est à la fois un outil de travail, un moyen d’accès aux services essentiels et un vecteur de mobilité, le prix du carburant est un enjeu profondément politique, au croisement de la justice sociale et de la soutenabilité budgétaire. Plutôt que de multiplier les dispositifs ponctuels au profit d’un secteur particulier, le Maroc gagnerait à adopter une approche plus systémique, fondée sur la transparence fiscale, l’équité et l’efficacité économique. La modulation des taxes sur les carburants, en tant que levier universel et immédiat, est plus conforme aux exigences démocratiques. C’est une réponse plus crédible aux chocs présents et à ceux à venir.

La prudence stratégique des monarchies du Golfe : un calcul vital face à l’Iran et aux incertitudes américaines... 492

Les monarchies du Golfe: Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar ou Koweït, incarnent une vulnérabilité stratégique criante. Leur faible profondeur territoriale et l’étroitesse de leurs démographies respectives exposent des infrastructures vitales: aéroports, ports, raffineries, terminaux gaziers, sièges de grandes entreprises, à des frappes rapides d’ennemis potentiels de la région et d’ailleurs. L’Iran, par exemple, avec son arsenal de missiles balistiques, drones et forces navales asymétriques, le caractère belliqueux de la philosophie de son régime, peut les paralyser en un clin d’œil. L’attaque de 2019 contre les sites pétroliers d’Aramco à Abqaiq et Khurais en est la preuve irréfragable : la production saoudienne avait alors chuté de moitié. À la surprise des Saoudiens, les Américains sont restés évasifs et n’ont presque pas riposté, en tout cas, pas de manière claire et directe. Pour Riyad, ce silence fut un signal édifiant: les alliés ne sont plus infaillibles. Les accords signés peuvent rester lettres mortes par la volonté de l'une des parties, en fonction bien évidemment des intérêts du moment et des circonstances changeantes. Une méfiance croissante quoique non déclarée envers Washington s’était alors installée. Les engagements, accords et promesses n’engagent que ceux qui y croient. Depuis deux décennies, la confiance des capitales du Golfe envers les États-Unis s’effrite chaque jour un peu plus. Le retrait d’Irak en 2011, l’absence de réaction forte après les attaques de 2019 et le chaos afghan de 2021 ont gravé une leçon que les concernés ont parfaitement intégrée : Washington se désengage quand le coût monte. Cette incertitude incite donc à la prudence face à une guerre ouverte avec Téhéran. Cela risque sans doute d’être encore une fois le cas aujourd'hui, alors que la hantise d’une guerre longue et destructrice occupe tous les esprits. Les risques d’un conflit prolongé sont plus que probables. Une confrontation directe dégénérerait vite en conflit régional prolongé, à l’image de la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui tua plus d’un million de personnes et ruina les deux belligérants. Aujourd’hui, les enjeux seraient pires : destruction des infrastructures énergétiques, fermeture du détroit d’Ormuz, effondrement des investissements étrangers et fuite des capitaux de la zone. Les dirigeants du Golfe, hantés par ces scénarios, priorisent la stabilité et courbent l’échine de façon intelligente. Depuis longtemps, ils ont fait le choix de la priorité au développement économique; un choix aujourd’hui mis à rude épreuve. Les monarchies ont pivoté vers la transformation de leurs économies respectives : Vision 2030 en Arabie saoudite, diversification aux Émirats, investissements qataris mondiaux et autres manifestations de dimensions universelles. Cela a besoin de confiance car il ne faut pas l'oublier ces économies là reposent sur la confiance en premier lieu. Une guerre prolongée menacerait le tourisme, les mégaprojets comme NEOM ou les smart cities. Pour les monarchies du Golf, La doctrine est claire : la stabilité régionale prime sur les affrontements idéologiques. Ce virage s’incarne dans la réconciliation sino-médiée de 2023 entre Riyad et Téhéran, visant à réduire les tensions et à épargner les territoires du Golfe, qui refusent de devenir des champs de bataille indirects. Aujourd'hui quoique menacées, bombardées, provoquées, les monarchies du Golf manifestent intelligemment leur **Refus** d’être entraînées dans un conflit qu'elles n'ont pas décidé. Du moins jusqu'ici, car tout peut basculer à un moment ou un autre. Malgré des coopérations discrètes en matière de sécurité, les pays du Golfe **refusent d’être entraînés dans un conflit au profit d’Israël**. Ce dernier jouit d’une supériorité militaire et nucléaire, mais les ripostes iraniennes frappent aussi et surtout prioritairement les bases et infrastructures économiques et civils arabes. Les coûts retombent sur les Arabes, pas sur Tel-Aviv. Les dirigeants des pays concernés ont appris la leçon. Ils ont vu ce qu'est advenu l’Irak, la Syrie, la Libye et le Yémen, où ces guerres par procuration entre puissances ont laissé des États exsangues, soulignant les pièges qu’induit fatalement l’embrasement. Dans ces dynamiques, le **Maroc allié stratégique et très écouté des pays du Golf,** émerge comme un acteur de désescalade. **Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, la voix modératrice du Maroc prône la stabilité régionale, des solutions diplomatiques et la coopération Sud-Sud pour favoriser la reconstruction politique et les échanges économiques.** C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier les contacts permanents de Sa Majesté avec les sultans et émirs de la région. C'est effectivement **un calcul lucide** alors que le Maroc est l'un des rares de la région à avoir volontairement coupé court à toutes relations avec les Mollahs depuis déjà longtemps. **La prudence des États du Golfe transcende la simple méfiance envers les États-Unis. Elle découle d’un calcul perspicace qui met en équation la vulnérabilité face à l’Iran, la fiabilité américaine incertaine, le risque d’une guerre ruineuse et la primauté du développement.** Leur mantra ? Éviter à tout prix de devenir le théâtre d’affrontements entre puissances régionales et autres lointaines. C’est ainsi qu’il faut comprendre leur réserve et leur refus de riposter de manière impulsive. Avoir les nerfs à fleur de peau n’est pas ce qu’il faut. Cependant les choses peuvent changer si l’Iran ne revient pas à la raison et laisse en paix une région qui, même hostile sur le plan idéologique, ne va jamais aller jusqu’à l’attaquer. Elle n’en aura jamais les moyens sans alliés potentiels et n’a aucun intérêt à le faire avec l’aide d’autres parties. Une telle situation serait ruineuse pour toute la région y compris l'Iran; une éventualité que personne ne doit souhaiter, apparemment.