Think Forward.

L’Iran face à l’épreuve de la réalité : la fin d’un mythe régional ? 76

Encore une séquence de tensions majeures au Moyen-Orient, mettant en lumière les fragilités profondes du régime iranien. Depuis son avènement en 1979, la République islamique s’est construite sur un récit politique d’une puissance révolutionnaire en opposition frontale au «Grand Satan» les USA, défenseur intransigeant de la cause palestinienne et de la libération de Jérusalem. Ce positionnement idéologique a permis à Téhéran de gagner des relais dans une partie du monde arabe, notamment au sein des mouvements hostiles à Israël. Elle a développé une stratégie d’influence fondée sur la création, le financement et l’armement de groupes affiliés: Hezbollah au Liban, milices chiites en Irak, soutien au régime syrien, Houthis au Yémen, formant ce qu’elle présente comme «l’axe de la résistance». Elle finance sûrement d’autres mouvements dans bien d’autres pays, avec une connivence contre nature avec les islamistes sunnites. Une stratégie d’expansion aux effets déstabilisateurs. Là où l’Iran a étendu son influence, son empreinte est indissociable d’une militarisation accrue et d’une fragmentation des États. La projection repose moins sur la construction étatique que sur l’essor de réseaux politico-militaires parallèles défiant les institutions nationales. Cela a certes permis à Téhéran de disposer de leviers de pression sur ses adversaires et de se poser en champion de la «résistance» à l’ordre régional dominé par les USA et leurs alliés. Mais cela a également contribué à prolonger des conflits, à affaiblir des institutions étatiques déjà fragiles et à exacerber des fractures confessionnelles. À long terme, le coût humain et économique de cette «stratégie» est considérable pour les pays concernés et pour l’Iran lui-même, soumis à des sanctions sévères et à un isolement international persistant. La cause palestinienne est en fait plus instrumentalisée que défendue, depuis près d’un demi-siècle, alors que le régime iranien affirme en faire un pilier central de sa diplomatie et de sa légitimité révolutionnaire. Téhéran a noué des liens avec des acteurs armés palestiniens, comme le Hamas ou le Jihad islamique, qu’il présente comme les prolongements de sa propre «résistance». Pourtant, force est de constater que la situation des Palestiniens ne s’est nullement améliorée: occupation galopante, colonisation et blocus se poursuivent, tandis que les cycles de violence se succèdent sans perspective politique crédible. La Palestine a énormément perdu en territoire, en vies humaines et en sympathie au sein même du monde arabe. Les divisions internes palestiniennes, enfermant la cause dans une logique essentiellement militarisée en l’absence d’horizon diplomatique, interrogent l’efficacité réelle de cette posture. Comme durant l’ère Gamal Abdel Nasser, marquée par un panarabisme imprudent, la période actuelle n’a pas apporté de progrès. L’Iran a, en partie, supplanté un certain leadership arabe sur le dossier, sans pour autant produire de résultats tangibles en faveur d’un règlement durable, ni d’amélioration concrète de la vie des Palestiniens, bien au contraire. Au-delà du registre géopolitique, le régime est confronté à une contestation interne profonde. Les mouvements de protestation récents, et ceux déclenchés après la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022, ont révélé une fracture majeure entre une partie de la société iranienne et ses dirigeants. La répression, comme unique réponse, s’est traduite par des milliers de morts et d’arrestations, documentées par des organisations internationales et les mécanismes onusiens. La rigidité sécuritaire et idéologique contraste avec les aspirations d’une jeunesse connectée en quête de libertés civiques et individuelles. L’Iran d’aujourd’hui n’est plus celui de 1979: la société s’est transformée, le régime non. Le décalage entre le discours révolutionnaire, la promesse de justice sociale et la réalité socio-économique: inflation élevée, chômage, précarité, fuite des cerveaux, corruption et isolement diplomatique, nourrit un sentiment de désenchantement qui fragilise la légitimité de l’État. Le Maroc a officiellement rompu ses relations avec l’Iran en 2018, Téhéran soutenant le Front Polisario via le Hezbollah et son ambassade à Alger, avec l’appui de l’Algérie. Rabat détient des preuves de livraisons d’armes et de formation de cadres du Polisario. La rupture marocaine apparaît comme une décision stratégique visant à prévenir toute perception d’ingérence dans ses intérêts vitaux, en particulier au Sahara. Elle s’inscrit aussi dans une recomposition plus large des alliances régionales, marquée par le rapprochement de Rabat avec certains partenaires du Golfe et les USA, sur fond de rivalités croissantes avec l’axe irano-algérien. Les développements militaires et diplomatiques récents mettent en évidence une réalité inquiétante pour Téhéran: l’Iran semble souvent réagir dans l’urgence, davantage qu’il ne maîtrise le tempo stratégique. La multiplication des fronts périphériques, du Liban à Gaza, de l’Irak au Yémen, intervient alors même que ses relais régionaux subissent des pressions croissantes, des sanctions et des éliminations ciblées qui érodent la cohésion de «l’axe de la résistance». Cette situation peut apparaître autant comme un aveu de fragilité. La facilité avec laquelle les USA et Israël arrivent à neutraliser les dirigeants interroge jusqu’aux compétences de l’État. Pour autant, annoncer l’effondrement imminent du régime serait hasardeux. L’appareil sécuritaire se veut encore puissant, les réseaux d’influence régionaux restent actifs. Mais le régime va-t-il encore une fois faire preuve de résilience, y compris au prix d’une violence accrue à l’intérieur et d’une gestion dure de la contestation ? Il convient de distinguer clairement le régime du peuple iranien, pris en tenaille. Il est l’héritier d’une civilisation millénaire et d’une riche tradition intellectuelle, et ne doit pas être réduit aux choix de l’élite politico-religieuse. Les souffrances liées aux sanctions, à la répression et à l’isolement international pèsent d’abord sur les citoyens ordinaires, y compris ceux qui aspirent à un changement pacifique et à une réintégration du pays dans la communauté internationale. L’histoire enseigne bien des choses dans des situations identiques. Les transitions exigent lucidité, responsabilité et une vision inclusive de l’avenir. La stabilité régionale ne naîtra ni de la surenchère idéologique, ni de la destruction, mais d’un rééquilibrage fondé sur le droit, la souveraineté, la sécurité collective, la coopération et la confiance, aujourd’hui bien érodée. Dans cette séquence troublée, la solidarité va d’abord aux peuples de la région, pris dans des dynamiques qui les dépassent. Les mollahs devront tôt ou tard rendre des comptes à l'histoire, et répondre à une question simple, mais décisive: ont-ils servi le peuple, ou l’ont-ils sacrifié au nom d’un mythe politique devenu, avec le temps, de plus en plus difficile à soutenir ?
Aziz Daouda Aziz Daouda

Aziz Daouda

Directeur Technique et du Développement de la Confédération Africaine d'Athlétisme. Passionné du Maroc, passionné d'Afrique. Concerné par ce qui se passe, formulant mon point de vue quand j'en ai un. Humaniste, j'essaye de l'être, humain je veux l'être. Mon histoire est intimement liée à l'athlétisme marocain et mondial. J'ai eu le privilège de participer à la gloire de mon pays .


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The Radiance of a Lady 84

​Your love illuminates my heart, And you have forbidden me to reveal this honor. How can the light of your brilliance be dimmed When it radiates from everywhere? It shines like a sapphire, a diamond, or a jewel, And dazzles everyone with your blonde beauty. You do not believe in my love, In turn, While I can love no one else but you; This is my destiny, this is my faith. You are my heart and my soul, You are my destiny, you are my law. I cannot bear it when you are far away, beautiful woman, You who soothe my heart in flames. In you, I find all my vows, You who make my days happy. ​Dr. Fouad Bouchareb Inspired by an Andalusian music piece, "Bassit Ibahane" December 13, 2025 https://youtu.be/wlvhOVGyLek?si=5tt6cm0oChF1NQJJ

Le Monde and Morocco: Old Grudges and Media Neocolonialism from a Parisian Prosecutor... 1317

A certain Alexandre Aublanc recently penned a long article in Le Monde, the Parisian newspaper, with the evocative title: "Mohammed VI's Unfulfilled Democratic Promises." Nothing less. The tone is set: that of the self-proclaimed prosecutor, handing out good and bad marks to a sovereign state, as if the Moroccan monarchy had personally sworn an oath to him or the valiant Moroccan people had requested an audit from him. Pretentious and ridiculous. This exercise is nothing new. For decades, a segment of the French press, particularly the Parisian variety and especially this one, has maintained an ambiguous relationship with the Kingdom: fascination, condescension, and resentment. The impression is one of mourning a lost eldorado where everyone would have loved to live, but under a republic, probably the French kind. Indeed, the country is beautiful, the people welcoming, but they want neither a republic nor France. It's good living in Marrakech or strolling through the streets and fine avenues of Rabat, perfectly under a monarchy. For over 360 years, Moroccans have been attached to the world's oldest reigning dynasty. They love their King and the royal family, and this affection is perfectly and singularly reciprocal. It's a deliberate choice, and no one from abroad has the right to question it. Already under Hassan II, the Kingdom was regularly portrayed as the "troublesome pupil" of Western democracy, which they were desperate to impose on it. Today, it's Mohammed VI's turn to be summoned to account not to his people, but to a certain nostalgic Parisian intelligentsia. The posture here is neocolonial, barely veiled. One must recall a historical fact: the French protectorate ended in 1956. Morocco is no longer under tutelage, neither political nor moral. The recent years, before President Macron's visit to Rabat, are perfect proof for those who might have forgotten. The idea that a French editorialist could position himself as the guarantor of a foreign sovereign's "democratic promises" reeks of nostalgia for influence. That's called interference, and interference is unacceptable, as Jean-Noël Barrot was pleased to remind the Americans. He was beside himself: a close ally of President Trump had dared to comment on the murder of Quentin Deranque by far-left militants. Rest assured, this doesn't concern Moroccans. French affairs are for the French. Emmanuel Macron, for his part, will launch "To each his own, and the sheep will be well guarded"; France had just been criticized by Giorgia Meloni over the same affair. Charles de Gaulle, in founding the Fifth Republic amid decolonization, had sealed the end of an era. Yet some media discourses, particularly those in Le Monde, seem not to have fully freed themselves from this inherited moral verticality. It was the General himself who created Le Monde, need we remind you. It's not criticism that's the problem. It's legitimate. What raises questions is the lens: a partial, decontextualized reading that deliberately ignores the extraordinary institutional, social, and economic developments Morocco has experienced since 1999. A host of facts and achievements, simply extraordinary in the region under Mohammed VI's reign, are conveniently omitted: The 2011 constitutional reform, adopted by referendum, strengthening the head of government's powers and enshrining fundamental freedoms and rights. The establishment of governance and regulatory bodies: National Human Rights Council, National Integrity Authority, etc. An ambitious infrastructure policy. Unique social development indicators in the region. A structured African strategy, cemented by Morocco's return to the African Union in 2017. Nothing is perfect, no one claims otherwise. Morocco is a country in transformation, facing complex social, economic, and geopolitical challenges. But reducing 25 years of reforms to a curt formula of "unfulfilled promises" is more pamphlet than analysis. Let's call it folly. It's always delicate to hand out democracy certificates from a country itself racked by major social tensions: crisis after crisis, record distrust of institutions, rise of extremes, controversies over police violence or freedom of expression, unpopularity of institutions and leaders. Democracy isn't a patent one awards to others. It's a process, imperfect everywhere—and certainly in France. But here, regarding this article, it's just another manifestation of a recurrent Moroccan obsession. Le Monde, since its creation, has maintained a particular relationship with the Moroccan monarchy. Hassan II was long a central figure, often described with a mix of fascination and gratuitous severity. Today, the target changes, but the tone remains. The repetition of these attacks sometimes gives the impression of a frozen interpretive grid: Morocco is eternally summoned to "catch up" to a standard defined elsewhere, precisely in Paris, without acknowledging its own historical and institutional path. The author and his ilk are truly unaware of their own decadent system, the drift of their "democracy," yet still seek to export it. The line between legitimate criticism and ridiculous caricature is razor-thin. What shocks about the article in question isn't the existence of a debate on Moroccan governance. That's healthy. What raises questions is the accumulation of approximations, omissions, and shortcuts that end up sketching a tasteless caricature. Morocco is neither a frozen dictatorship nor a Scandinavian democracy, nor will it ever be. Morocco has its own personality, and its people don't want to resemble anyone, not even France or the French. It's a country in mutation, with its traditions, contradictions, advances, and delays. But it belongs first to Moroccans to debate it, judge it, and decide it. By insisting on speaking "in the name of" the Kingdom's democratic promises, certain editorialists mostly give the impression of speaking for Moroccans. And in 2026, that sounds singularly dated. Francophone Moroccan readers, for their part, read, compare, analyze, and often smile at these lessons dispensed from afar. Not out of blindness, but because they know a country's reality can never be reduced to the columns, however prestigious, of a Parisian daily. As for Mr. Aublanc, he'll have to learn to sweep in front of his own door before looking elsewhere. French-style democracy is hardly an ideal on this side of the Mediterranean.