Wahbi et le pari du Maroc hybride : vers un football de maîtrise... 23
Dans le football contemporain, les grandes nations ne se définissent plus seulement par la qualité intrinsèque de leurs joueurs, mais par leur capacité à changer de registre sans se renier. C’est précisément cette ambition que semble porter Mohamed Wahbi à travers sa lecture du jeu et la composition de sa liste pour le Mondial 2026.
Une partie des analyses et point de vue critique, s’est arrêtée à une grille de lecture classique, celle des « meilleurs joueurs sélectionnés ». Cette approche manque l’essentiel. Wahbi ne convoque pas uniquement des individualités, il assemble des fonctions. Sa liste ne répond pas à une logique de hiérarchie, mais à une logique de scénarios. Chaque profil correspond à une situation de match, à une configuration tactique, à une nécessité stratégique.
Autrement dit, il ne construit pas une équipe, il conçoit un système évolutif, mutant et pragmatique.
Nous faisons donc ici face à une continuité transformée.
Le projet de Wahbi ne s’inscrit pas en rupture avec l’ère Regragui, mais dans sa prolongation intelligente.
Le Maroc de 2022 restera comme l’une des plus grandes performances de l’histoire du football africain, fondée sur une organisation défensive d’élite, une discipline collective remarquable et une exploitation clinique des transitions. Mais ce modèle, par nature, atteint rapidement ses limites s’il devient prévisible. C'est sûrement cela qu'il faut vite changer.
Wahbi semble avoir intégré cette réalité. Il ne cherche pas à effacer cet héritage, mais à l’enrichir, à le bonifier. À la solidité sans ballon, il ajoute une ambition avec ballon; celle de contrôler, de dicter, d'imposer et de varier le jeu. Wahbi en a fait la preuve de belle manière en U20.
Le Maroc ne veut plus seulement survivre aux matchs ; il veut apprendre à les gouverner, à les maîtriser. L’hybridation est comme doctrine que Wahbi est entrain d'imposer à l'effectif.
Le concept central du projet Wahbi est celui donc d’une équipe hybride, non pas indécise, mais polymorphe, capable de changer de configuration et d'animation à tout moment pendant une même partie.
Au très haut niveau, la rigidité est une faiblesse. Les grandes sélections savent naviguer entre plusieurs états de jeu au sein d’un même match : défendre en bloc bas ou presser haut; confisquer le ballon et attaquer rapidement; ralentir le tempo et neutraliser les transitions adverses. Cette capacité d’adaptation conditionne la compétitivité.
Face à une puissance comme le Brésil, la maîtrise du ballon devient un outil défensif. Contre un bloc bas, elle devient une arme offensive. Dans un duel physique, elle doit s’accompagner d’une capacité à gagner les seconds ballons et à soutenir l’intensité.
Wahbi semble explicitement refuser un Maroc réactif par essence ; il veut une équipe capable d’imposer, mais aussi de s’ajuster en temps réel.
Pour ce, la primauté dans ses choix s'est porté sur des profils capable d'intégrer et de s'intégrer dans cette doctrine. La sélection révèle donc une lecture fonctionnelle du football.
Achraf Hakimi, dans ce cadre, dépasse largement son statut de latéral. Il devient un point de déséquilibre permanent, un créateur excentré dont la liberté offensive structure l’équilibre collectif. C'est ce qu'il fait déjà avec brio au PSG.
Ayoub El Kaabi n’est pas seulement un finisseur. Il est un point de fixation, un repère axial qui étire les lignes et libère les espaces intermédiaires.
Soufiane Rahimi apporte une menace verticale constante, essentielle pour contenir les blocs adverses et dissuader les pressings agressifs.
Ismaël Saibari, lui, incarne la figure du faux neuf associatif, capable de relier les lignes, d’absorber la pression et de fluidifier les circuits. Il est aussi très imprévisible pour une défense.
Wahbi ne duplique donc pas les profils. Il multiplie les réponses et s'offre des options.
Cela devrait se traduire par une véritable montée en gamme technique et une efficacité accrue.
Un autre signal fort se dégage également, celui de la volonté assumée de hisser le Maroc vers un football de maîtrise.
Autour d’Ounahi, El Khannouss, Bouaddi, El Aynaoui ou Brahim Díaz, se dessine un cœur de jeu capable de résister au pressing, d’organiser les sorties de balle et de contrôler les rythmes. Ce choix traduit une évolution culturelle manifeste.
Longtemps assignées à un registre physique ou transitionnel, les sélections africaines peinent à être reconnues comme des équipes de contrôle. Le Maroc entend briser ce plafond implicite en revendiquant un football de possession intelligente, fondé sur la lecture du jeu et la qualité technique.
Cette ambition s’appuie sur une génération formée dans des environnements tactiques exigeants, capable d’interpréter plusieurs rôles et de s’adapter à des contextes variés. Capable aussi d'évaluer le risque comme passage obligé. Car ce projet comporte, naturellement, une part d’incertitude.
Une équipe hybride peut se diluer si les repères ne sont pas parfaitement assimilés. La richesse des options peut engendrer de l’indécision. Le football de maîtrise exige du temps, des automatismes et une intelligence collective élevée. Mais Wahbi assume ce risque. Là où d’autres s’abriteraient derrière un modèle éprouvé, il choisit l’évolution. Il inscrit donc son projet dans une vision de long terme.
Wahbi parie sur une vérité simple : à l’échelle d’un Mondial, la seule solidité défensive ne suffit plus. Il faut aussi savoir confisquer le ballon, imposer des séquences, casser des blocs, gérer les temps faibles autrement que par la seule résistance. Notre équipe nationale Changera véritablement de statut.
Au fond, cette liste traduit une mutation plus profonde.
Le Maroc ne veut plus être uniquement une équipe capable de créer l’exploit ; il aspire à devenir une sélection qui impose sa loi. Ce glissement est autant mental que tactique.
L’enjeu pour Wahbi dépasse la simple composition d’un onze. Il s’agit de construire une équipe capable de lire le match, d'accélérer quand il faut, de temporiser s'il le faut, de subir sans capituler, de contrôler pour s'imposer, d'attaquer la profondeur pour trancher et surtout doit savoir quand changer de registre sans perdre sa cohérence.
C’est à cette maîtrise des moments que se reconnaissent les grandes équipes.
Et c’est précisément vers cette exigence que semble vouloir conduire Mohamed Wahbi.
Quand à nous public averti ou pas, experts ou pas, soyons patients et solidaires. Aux joueurs non retenus il faut dire que la vie est ainsi. Que ce n'est point une injustice mais une stratégie. Une équipe c'est par définition un effectif limité.
Le jour de sa nomination, j'avais dit de Wahbi qu'il avait la tête à remporter une coupe du monde chez les grands aussi. Aujourd'hui je le crois un peu plus et davantage. inch'Allah.