Brahim Ghali ou l’art de gouverner une république invisible... 55
Il faut lire certaines lettres pour comprendre à quel point le réel peut être douloureux pour ceux qui ont décidé depuis longtemps de le fuir. La missive de deux pages adressée par Brahim Ghali au secrétaire général de United Nations le 10 mai 2026, dans l'anglais qu'on lui connait, relève précisément de cette littérature politique fantastique où l’on réécrit le monde avec la conviction désarmante de celui qui pense encore que les années 1970 n’ont jamais pris fin.
Dans ce "document solennel", daté depuis “Bir Lahlou” ce lieu mythologique davantage utilisé comme décor épistolaire que comme véritable capitale diplomatique, le chef du Polisario dénonce tout le monde ou presque. Chacun en a pour son compte: Le Maroc, les grandes puissances, les soutiens internationaux du Royaume, les médias, les résolutions interprétées à sa manière, et probablement demain la rotation de la Terre autour du Soleil.
Le plus fascinant dans cette prose "révolutionnaire" est cette capacité intacte à parler comme si le Polisario dirigeait tout simplement le centre du monde. On y retrouve les vieux réflexes rhétoriques des mouvements tiers-mondistes congelés dans le formol idéologique : “occupation”, “colonialisme”, “agression”, “guerre ouverte”, “crime international”… Il ne manque finalement que quelques références à Castro et une citation du Che, à la radio clandestine et quelques cliquetis des machines à écrire soviétiques.
Pendant ce temps, le monde réel avance.
Des pays reconnaissent la marocanité du Sahara ou soutiennent ouvertement le plan d’autonomie marocain. Même des États traditionnellement prudents prennent désormais position avec un pragmatisme croissant. Les grandes capitales parlent investissements, corridors atlantiques, stabilité régionale et sécurité énergétique. Mais à Tindouf, on continue manifestement à rédiger des communiqués comme si le mur de Berlin était encore debout.
Le texte devient même involontairement comique lorsqu’il accuse le Maroc de “désinformation” tout en décrivant une guerre quasi planétaire que personne ne semble voir, hormis les rédacteurs du Polisario eux-mêmes ou ceux en back office situé à 1824 kilomètres. Une guerre tellement intense que les touristes affluent à Dakhla, que les investissements explosent à Laâyoune et que les consulats étrangers continuent d’ouvrir leurs portes dans les provinces du Sud.
Le contraste est saisissant.
D’un côté, un Maroc qui construit ports, routes, infrastructures, zones industrielles et ambitions atlantiques. De l’autre, une direction séparatiste qui en est encore à envoyer des lettres indignées à l’ONU en espérant réveiller un logiciel diplomatique que même ses anciens soutiens ont commencé à désinstaller.
Le passage le plus révélateur demeure sans doute celui où Brahim Ghali évoque une “guerre ouverte” tout en réclamant simultanément le retour à un cessez-le-feu dont son mouvement annonce régulièrement lui-même la caducité depuis 2020. Une logique circulaire digne des meilleurs sketches absurdes : le cessez-le-feu est mort, mais il faudrait revenir à ce qui n’existe plus, afin de dénoncer celui qui l’aurait détruit, tout en proclamant continuer la guerre… sans que celle-ci ne modifie le moindre rapport de force sur le terrain.
Dans cette lettre, le Polisario ressemble finalement à ces vieux aristocrates ruinés qui continuent à signer des chèques sans provision depuis un château abandonné. Le ton est grandiloquent, les accusations tonitruantes, mais derrière le décor il y a une réalité brutale : l’épuisement politique d’un appareil qui survit davantage par inertie diplomatique que par dynamique historique.
Et puis il y a cette constante obsession pour le Maroc. Car tout tourne autour du Royaume. Le Polisario vit contre le Maroc, parle du Maroc, pense le Maroc, accuse le Maroc, rêve du Maroc.
Pendant que Rabat parle mondialisation, Afrique atlantique, Coupe du monde 2030 et intégration économique, les dirigeants séparatistes continuent à rédiger des lettres comme des résistants oubliés d’une "révolution" que l’Histoire a déjà classée aux archives. Ce ci si on veut bien admettre que c'est Ghali qui a rédigé la lettre...Il en incapable. Et ca tout le monde le sait aussi.
Le plus cruel pour Brahim Ghali n’est peut-être pas que le monde lui donne tort.
C’est que le monde, progressivement, cesse simplement de l’écouter.
Ca doit être dur pour lui et les siens...alors ayons pitié de ces humains égarés et rigolons au lieu de condamner.
Si Nabyl Lahlou était encore parmi nous et avait lu ces deux pages, il aurait sans doute imaginé une pièce de théâtre avec pour titre: Brahim Ghali ou l’art de gouverner une république invisible depuis une géographie imaginaire...Il avait le don des choses absurdes.