Pensez le Futur.

Politique

Réponse à Monsieur Boualem Sansal... 39

**Cette lettre est paru dans Le 360.** Monsieur Sansal, Voilà quelques jours, j’ai lu votre lettre parue dans Le360 d’abord avec curiosité, puis avec un réel plaisir, je me dépêche de le dire. Vos mots, choisis avec le soin de l'écrivain rompu à l'exercice, résonnent parce qu’ils portent la douleur d’un homme qui aime profondément son pays et qui souffre de le voir s’éloigner de l’esprit de fraternité qui devrait unir les peuples du Maghreb. Le plus triste dans cette tragédie ne me semble pas être seulement la crise entre deux États voisins. C’est surtout le sort de millions d’Algériens qui, depuis des décennies, presque depuis la naissance de leur État, ont grandi au rythme d’un discours officiel qui présente sans relâche le Maroc comme un adversaire, voire comme une menace permanente. « L’ennemi classique» : voilà la formule banalisée par ceux qui détiennent le pouvoir. À force de répétition, de propagande et de récits à sens unique, une part importante de l’opinion publique finit par intégrer cette vision comme une évidence. Les réseaux sociaux n’ont fait qu’amplifier et accélérer ce processus. Lorsqu’une génération grandit en entendant sans cesse les mêmes accusations et les mêmes soupçons, il devient difficile de prendre du recul et d’imaginer une autre réalité. Ce phénomène n’est pas propre à l’Algérie : l’histoire montre que toute propagande, prolongée, finit par modeler les consciences. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. » À regarder les inepties répétées quotidiennement à la télévision, relayées par certains médias, il est aisé de conclure que l’on est loin d’une réalité nuancée et d’un changement de posture envisageable à court terme. Imaginez le ressentiment d’un enfant algérien qui, dès ses premiers pas à l’école, entend qu’il est entouré d’un ennemi qui ne lui veut que du mal. On lui cache souvent une autre vérité : pour l’indépendance de l’Algérie, nombre de Marocains ont aussi sacrifié leur vie et versé leur sang sur cette terre. Ces épisodes communs de l’histoire, comme le militantisme du Royaume pour l'indépendance de l'Algérie, sont effacés au profit d’un récit exclusif. De l’autre côté de la frontière, les Marocains ne nourrissent pas, en règle générale, la même haine envers le peuple algérien. Ils savent distinguer divergences politiques et liens humains, culturels et historiques. Beaucoup s’étonnent de l’acharnement d’une politique étatique qui dure depuis des décennies et qui paraît incompréhensible face aux familles, traditions, langues, musiques et souvenirs partagés. Les nationalistes du siècle dernier avaient d’ailleurs posé, à Tanger, des fondements d’entente régionale bien avant la création de l’Algérie moderne. Il faut aussi reconnaître que l’histoire complexe de la région: présence ottomane puis coloniale française, a façonné des identités et des mentalités spécifiques à chaque rive, ce qui explique des différences de perception et d’expérience. Vos voix, Monsieur Sansal, paraissent aujourd’hui minoritaires dans cette atmosphère délétère ; elles sont souvent couvertes par le vacarme des slogans et des passions. Elles restent néanmoins précieuses : elles rappellent qu’il existe des Algériens qui refusent de considérer le Marocain comme un ennemi par nature et qui aspirent à une relation fondée sur le respect mutuel et les intérêts communs. Il serait injuste de réduire tout un peuple aux discours de ceux qui le gouvernent. Surtout quand on sait comment ils sont arrivés au pouvoir et qui ils sont. Les Algériens méritent notre compassion plus que notre ressentiment. Beaucoup n’ont connu qu’un seul récit ; ils n’ont pas choisi l’environnement informationnel qui les a façonnés. C’est pourquoi nous devons continuer à tendre la main au peuple algérien, tout en dénonçant avec fermeté les discours qui entretiennent la méfiance et font obstacle à la réconciliation. L’avenir de l'Afrique du Nord, disons Maghreb, ne se construira ni sur la peur ni sur les caricatures. Il naîtra le jour où les peuples retrouveront le chemin de la vérité, du dialogue et de la confiance, soutenus par des élites politiques disposées à dépasser les logiques de confrontation. Les voix courageuses comme la vôtre y contribueront, même si elles paraissent isolées aujourd’hui. Merci pour votre lettre, qui m’a profondément interpellé, comme elle doit interpeller des milliers d’autres citoyens marocains, et j’espère qu’elle produira le même effet du côté de nos frères algériens. Je me suis senti tenu, par devoir intellectuel, humain et fraternel, de vous répondre. J’attends avec impatience votre prochaine lettre. **( Monsieur Sansal a eu l'amabilité de répondre à cette lettre en voici le lien: https://fr.le360.ma/monde/boualem-sansal-repond-a-aziz-daouda_J6I3BCAPQZAT7O3OEKZFOUWO3A/)**

Lettre à mon ami européen... 43

Mon cher ami du côté nord de la Méditerranée, Depuis quelque temps, je t'entends parler de ce que vous appelez « l'immigration » comme d'un mal qui rongerait l'Europe, d'une menace qui expliquerait presque toutes les inquiétudes de ton continent, me semble-t-il. Je comprends ces peurs. Elles sont réelles parce qu'elles sont vécues. Mais je me demande si tu ne regardes pas les conséquences en oubliant les causes, comme si notre époque était spécialement isolée dans l'histoire de l'humanité et qu'il était possible de tout figer pour le temps qu'il reste à la Terre que nous partageons. Une civilisation se juge à sa capacité de regarder son reflet dans le miroir et de ne jamais oublier qu'il y a deux données qu'aucune civilisation n'a réussi ni à figer ni à transgresser : la géographie et l'histoire. Elle peuvent l'impacter et en dessiner l'avenir pas le passé. Or l'Europe regarde aujourd'hui l'immigration comme si elle lui était tombée dessus par accident, comme si elle était un phénomène extérieur, étranger à sa propre histoire. Pourtant, l'histoire raconte autre chose. L'Europe, longtemps, a cherché à dominer des peuples lointains et elle y est parvenue. Elle a spolié leurs terres, dénaturé leur géographie humaine, renié leur histoire. Puis récemment, pendant des décennies, l'Europe a eu besoin de bras pour reconstruire ses villes détruites par deux guerres atroces qu'elle a imposées au monde, provoquant plus de 50 millions de morts dont beaucoup issus des colonies. Elle avait besoin de faire tourner ses usines, d'entretenir ses infrastructures, de soigner ses malades et de financer son modèle social. Pour cela, elle a fait venir des millions d'hommes et de femmes parce que son économie l'exigeait. Aujourd'hui encore, alors que sa démographie décline inexorablement, l'Europe continue d'avoir besoin de bras et de cerveaux pour maintenir son niveau de prospérité, ses retraites et même certains des services publics les plus élémentaires. Le paradoxe est saisissant : on fait appel à des gens parce qu'on en a besoin, puis on finit par leur reprocher d'être là. L'immigration est ainsi devenue le bouc émissaire idéal. À chaque crise économique, à chaque montée de l'insécurité, à chaque difficulté sociale, c'est elle que l'on désigne, et rien qu'elle. Comme si tous les problèmes trouvaient soudain une explication unique dans la présence de ceux qui sont venus répondre à une demande que l'Europe elle-même avait formulée. Plus encore, j'entends souvent dire que l'islam serait devenu le principal défi de ta civilisation. Là encore, permets‑moi de nuancer. L'Europe serait elle ce monde idéal que seuls les étrangers peuvent perturber, et davantage quand ils sont musulmans. En fait, l'islam qui inquiète tant d'européens n'est pas exactement celui que vivent les sociétés dont proviennent la majorité des immigrés. Au Maroc, au Sénégal ou ailleurs, l'islam s'inscrit dans des traditions nationales, dans une histoire, dans des institutions religieuses qui en encadrent l'expression. Il est loin d'être uniforme, mais il est profondément enraciné dans des réalités culturelles. L'islam radical qui prospère dans certaines périphéries européennes est d'une autre nature. Il naît souvent moins de la religion que du vide social. Il se nourrit de l'exclusion, du chômage, des discriminations à l'embauche, de l'échec scolaire, des logements dégradés, de l'absence de perspectives et du sentiment d'humiliation que peuvent éprouver des générations pourtant nées sur le sol européen. Lorsqu'un jeune, né en Europe, ne trouve ni reconnaissance ni avenir ni place dans la société où il est né, certains entrepreneurs idéologiques lui proposent une identité de substitution. Ce n'est plus seulement une foi ; c'est une réponse à une blessure. Une sorte de réaction épidermique à tout ce que, selon lui, le monde des blancs lui inflige. Attention : je ne prétends pas que c'est toute la vérité et rien que la vérité, mais cela en est une part non négligeable. Il existe bien une majorité qui n'est pas dans cette logique. À cela s'ajoute une autre réalité rarement évoquée. Les mouvements islamistes transnationaux ont souvent trouvé en Europe un espace de liberté exceptionnel pour diffuser leurs idées. La tradition britannique de protection des libertés publiques, notamment à Londres, a longtemps offert un terrain favorable à des organisations qui n'auraient pu prospérer dans aucun pays musulman. Le cas des Frères musulmans, partis d'Égypte, est très éloquent. Le paradoxe est là encore frappant : certaines idéologies redoutées aujourd'hui ont parfois trouvé davantage de facilités à s'organiser en Europe et pas ailleurs. Khomeiny, dont la tradition idéologique et politique a inquiété au point de provoquer une guerre, a bien eu pour base arrière et comme couveuse la France. Je ne dis pas que l'Europe est seule responsable. Chaque individu demeure responsable de ses actes mais chaque société doit aussi interroger ses propres faiblesses. Je refuse, tu l'as compris, les explications simplistes qui font porter à l'immigré la totalité d'un malaise dont les racines sont infiniment plus profondes. La véritable question n'est peut‑être pas : « Pourquoi viennent‑ils ? », mais plutôt : « Qu'avez‑vous fait de ceux que vous avez fait venir ? » Une société qui accueille sans intégrer fabrique des fractures. Une société qui a besoin de travailleurs mais refuse ensuite de les reconnaître comme des citoyens à part entière prépare elle-même les tensions de demain. Les millions de jeunes des générations actuelles n'ont pas où aller. Ils sont européens, même si certains vont à la mosquée le vendredi, même s'ils portent des noms qui ne plaisent pas à ton oreille... Comme toi, ils sont aussi dans les universités, dans les hôpitaux à soigner sans discrimination, dans les rues à nettoyer, dans les usines à produire pour ta consommation, dans la police et l'armée à assurer ta sécurité. La philosophie nous enseigne qu'il est plus difficile de rechercher les causes que de désigner des coupables. Les coupables rassurent ; les causes obligent à se remettre en question. Mon cher ami, l'Europe possède encore l'une des plus grandes traditions humanistes du monde. Elle a inventé des idées magnifiques sur la dignité humaine, la liberté et l'égalité. Peut‑être est‑il temps qu'elle applique ces principes avec la même exigence à tous ceux qui vivent désormais sur son territoire. L'immigration n'est pas seulement un défi. Elle est aussi le miroir dans lequel l'Europe contemple ses propres contradictions. Briser le miroir ne fera jamais disparaître le reflet. Au fait, pourquoi appelez vous « étrangers » ou « immigrés » ceux qui s'installent chez vous, alors que vous-mêmes, quand vous vous installez ailleurs dans le monde, vous devenez comme par magie des « expatriés » ? J'espère que dans ta réponse tu m'expliqueras cette logique qui m'échappe. Avec toute mon amitié et dans l'espoir que nos désaccords continueront à nourrir notre dialogue.

Football marocain : des Lions triomphants, des clubs en crise 120

Le football marocain offre aujourd'hui un paradoxe saisissant. D'un côté, les sélections nationales enchaînent les performances qui font rayonner le Royaume sur la scène internationale. De l'autre, le football des clubs, celui qui devrait constituer le socle de ces succès, traverse une crise profonde dont les symptômes deviennent chaque jour plus visibles. Depuis longtemps déjà année après année des solutions ont été imaginées sans impact véritable. L'évidence et que les saisons se suivent et se ressemblent. Il suffit d'observer ce qui se passe dans les tribunes, lors des assemblées générales ou même dans les rues pour constater que le climat est pour le moins délétère. Contestations permanentes, conflits internes, pressions sur les dirigeants, instabilité chronique, violence : les clubs marocains semblent être devenus les otages d'intérêts contradictoires où "les jamahirs", certains adhérents et parfois une partie de la rue imposent leur loi. La déstabilisation est devenue un véritable sport national. On fabrique et on défait des entraîneurs, des joueurs, des présidents et des comités dirigeants au gré des émotions, des réseaux sociaux ou des rapports de force. Dans un tel environnement, il est illusoire d'espérer construire un projet sportif durable et hautement productif. Les fondamentaux de la performance sont chaque jour transgressés. Cette situation ne peut plus durer. La Fédération Royale Marocaine de Football semble aujourd'hui ne pas disposer des moyens réglementaires, juridiques ou politiques nécessaires pour remettre de l'ordre dans un système devenu difficilement gouvernable. Les textes actuels montrent leurs limites, tout comme la loi 30-09 relative à l'éducation physique et aux sports, dont les insuffisances apparaissent de plus en plus évidentes face aux réalités du football professionnel. L'exemple des adhérents est révélateur. À l'origine, ce système devait permettre de doter les clubs d'une véritable assise populaire et financière, inspirée du modèle des *socios* espagnols. L'idée consistait à réunir des dizaines de milliers de supporters cotisants afin d'assurer des ressources régulières tout en démocratisant la gouvernance. La réalité est tout autre. Dans la majorité des clubs, le nombre d'adhérents est extrêmement réduit. Cette faiblesse permet à quelques dizaines, parfois quelques centaines de personnes seulement, d'exercer une influence considérable sur l'avenir d'institutions qui représentent pourtant des millions de supporters. Ce détournement de l'esprit initial a favorisé la constitution de petits clans capables de bloquer les décisions, d'imposer leurs candidats ou de provoquer des crises à répétition. Beaucoup se plaisent dans cette situation ou la confusion n'est jamais très loin et où une épée de Damoclès est constamment brandie. Sur le terrain, les résultats confirment les dysfonctionnements. Malgré des budgets en constante augmentation, les performances ne suivent pas. Les dépenses explosent. Les indemnités de transfert atteignent des niveaux parfois difficilement justifiables pour des joueurs dont le rendement reste très en deçà des attentes. Les effectifs des staffs techniques et administratifs se multiplient sans que cela ne se traduise par une amélioration des résultats sportifs. Le football marocain souffre aujourd'hui d'une véritable inflation des coûts, sans inflation des performances. Le constat est d'autant plus inquiétant qu'aucun joueur évoluant en Botola n'a réussi à intégrer l'équipe nationale qui a représenté le Maroc aux États-Unis. Ce simple fait résume à lui seul le problème. Le championnat national, malgré les investissements consentis, ne produit plus suffisamment de joueurs capables d'alimenter durablement les sélections nationales. Une situation qui interroge sur la qualité de la formation, du recrutement et de la gouvernance des clubs. La moyenne d'âge des clubs est un autre indice qui interroge. Elle est entre 27 et 28...Peu de joueurs jeunes ont accès à la compétition. Les entraineurs sont frileux à l'idée de faire confiance aux jeunes. Le public n'en veut pas non plus. Dans un tel contexte, il devient urgent de replacer le mérite, la compétence et la bonne gestion au cœur du football marocain. Les succès des équipes nationales ne doivent pas masquer les fragilités structurelles de la Botola à tous ses niveaux. Sans clubs solides, bien gérés, techniquement optimisés et financièrement responsables, les performances internationales risquent de ne constituer qu'une parenthèse. Pour sortir de cette impasse, plusieurs réformes mériteraient d'être engagées : * **Remplacer la loi 30-09** afin d'adapter le cadre juridique aux exigences du football professionnel moderne et du sport en général. * **Réformer le système des adhérents**, en l'ouvrant largement aux supporters et en fixant des règles de transparence empêchant toute prise de contrôle par de petits groupes d'influence. * **Instaurer un contrôle financier indépendant**, avec des audits obligatoires, des plafonds de dépenses et de véritables sanctions en cas de mauvaise gestion. * **Conditionner les subventions publiques et celles de la FRMF** au respect d'indicateurs techniques précis, de gouvernance, de formation et d'équilibre budgétaire. * **Mettre en place un véritable fair-play financier marocain**, limitant les dépenses excessives en salaires et en transferts. * **Valoriser la formation locale**, en récompensant les clubs qui développent et font jouer leurs jeunes plutôt que ceux qui privilégient les recrutements coûteux. Et pourquoi ne pas imposer un nombre de joueurs formés dans les clubs, un nombre de jeunes en deçà d'un certain âge dans les effectifs, dans les feuilles de match et sur le terrain * **Professionnaliser les dirigeants**, par des formations obligatoires en gestion, management sportif et gouvernance. Les élus devant déléguer leurs prérogatives à de véritables managers du football. * **Renforcer les pouvoirs de contrôle de la FRMF et de la Ligue professionnelle et celle des amateurs**, afin de garantir le respect des règles et d'assurer une plus grande stabilité institutionnelle. * **Mieux encadrer les relations avec les groupes de supporters**, afin de préserver leur rôle essentiel dans l'animation des stades tout en empêchant toute forme de pression sur les décisions sportives et administratives. Ne plus tolérer que des associations de supporters formées selon les lois en vigueur pour encadrer les spectateurs. * **Évaluer les dirigeants sur les résultats sportifs, financiers et la formation**, plutôt que sur leur seule popularité. Le football marocain possède des infrastructures modernes, une passion populaire exceptionnelle et une fédération qui a démontré sa capacité à porter de grands projets au niveau international. Il est désormais temps que cette réussite irrigue également les clubs et la Botola. Une grande sélection nationale ne peut durablement prospérer sans un championnat fort, crédible, bien gouverné et économiquement sain

Relation Maroc - France en Afrique : est ce une nouvelle équation géopolitique ? 153

Lorsque Jean‑Christophe Ruffin : médecin, humanitaire, diplomate et écrivain, affirme que « la France est une grenouille qui se prend pour un bœuf », il ne cherche pas seulement à provoquer. Il pose un diagnostic sévère, et sans doute réaliste, sur le décalage entre la perception que la France a de sa puissance et la réalité d’un monde qui se dessine possiblement sans elle tant qu'elle n'a pas intégré un paradigme autre que celui qu'elle a tendance à vouloir perpétuer. Pendant des décennies, Paris a cru que son histoire, sa langue et son réseau diplomatique, sa puissance et militaire suffiraient à préserver son influence en Afrique. Or les bouleversements géopolitiques des vingt dernières années ont profondément modifié les rapports de force. Pour nous et vu d'ici, l’Afrique n’est plus un espace réservé. Des puissances émergentes : Chine, Turquie, Inde, pays du Golfe, Russie, entre autres, y proposent de nouveaux partenariats, tandis que les États africains revendiquent avec plus d’assurance leur souveraineté et leur liberté de choix. C’est une forme d’émancipation, quelques décennies après les indépendances, et la remise en cause des systèmes que la colonisation avait parfois entretenus pour perpétuer une dépendance à sens unique des profits dans l'autre sens. Dans ce nouveau contexte, la France découvre que l’époque de la « Françafrique » est définitivement révolue. Les réflexes hérités du passé ne répondent plus aux attentes des nouvelles générations africaines ; au contraire, ils provoquent rejet et tension à l’égard de régimes accusés de dépendre excessivement de Paris. Les discours sur l’amitié historique ne peuvent plus masquer l’aspiration à des relations équilibrées, transparentes et mutuellement profitables. Les générations d'aujourd'hui n'ont aucunement peur de descendre dans la rue et scander leur rejet pour ne pas dire haine de la France. C’est précisément dans cette configuration que le Maroc, qui a réussi une émancipation précoce, apparaît comme un partenaire incontournable. Depuis plus de deux décennies, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a bâti une présence africaine radicalement différente. Banques, assurances, télécommunications, agriculture, engrais, infrastructures, formation, santé, énergies renouvelables : partout, le Maroc privilégie des investissements créateurs de valeur locale plutôt qu’une logique de domination. Il prône la coopération plutôt que l’exploitation à sens unique. Le Royaume ne demande ni alignement idéologique ni fidélité politique en échange de ses investissements. Il privilégie une coopération fondée sur l’intérêt réciproque, le respect de la souveraineté et le développement partagé. Cette philosophie du « gagnant‑gagnant » n’est pas un slogan diplomatique ; elle est devenue la marque de fabrique de la politique africaine marocaine. La France aurait tout intérêt à comprendre rapidement cette évolution. Oui, Paris aura probablement besoin du Maroc pour restaurer sa crédibilité sur le continent, si elle le souhaitait, mais cette coopération ne peut se limiter à une simple modernisation cosmétique de la Françafrique. Les Africains ne l’accepteraient pas, et le Maroc encore moins. Le Royaume n’a ni vocation ni intérêt à devenir un intermédiaire chargé de restaurer une influence française déclinante. Il ne saurait servir de caution à des pratiques que l’Afrique veut précisément dépasser. Si un partenariat doit voir le jour, il devra s’inscrire dans une logique entièrement nouvelle. La France devra accepter qu’elle n’est plus le centre de gravité des décisions, mais l’un des partenaires d’une coopération multipartite où chaque acteur trouve son intérêt. Le Maroc, fort de sa crédibilité africaine, pourra apporter son expertise, son réseau économique et sa connaissance des réalités du continent. La France, de son côté, pourra contribuer par ses capacités technologiques, industrielles, universitaires et financières. Cette complémentarité pourrait produire un modèle inédit de coopération euro‑africaine, débarrassé des pesanteurs du passé. À défaut, si Paris persistait à vouloir retrouver son influence d’hier en employant les méthodes d’hier, l’échec serait inévitable. L’Afrique de 2030 ou 2040 ne ressemble déjà plus à celle des années 1980. Sa démographie, son urbanisation, son dynamisme entrepreneurial, ses élites et son affirmation politique imposent de nouvelles règles du jeu. La véritable question n’est donc plus de savoir si la France peut revenir seule en Afrique, mais si elle est prête à admettre que le monde a changé, et que l’Afrique a changé encore plus vite et de manière irréversible. Le Maroc, lui, n’a pas besoin de changer de cap. Son modèle a démontré qu’il est possible de bâtir une influence fondée non sur la dépendance mais sur la confiance, non sur la nostalgie mais sur l’avenir. Dans cette perspective, Rabat peut effectivement aider Paris, mais selon les modalités du XXIe siècle, pas celles du XXe. L’époque où l’Afrique subissait les stratégies des autres est en train de s’effacer. Désormais, ce sont les partenaires qui sauront écouter, investir et construire avec les Africains qui compteront et regagneront leur confiance, notamment auprès de la jeunesse du continent. Peut‑être y a‑t‑il là la plus grande leçon de notre temps : la puissance ne se mesure plus à la capacité d’imposer, mais à celle de convaincre et de créer une prospérité partagée. Les accords à venir entre le Maroc et la France devront intégrer les nouvelles données du monde et du continent. La France ne sera alors ni grenouille ni bœuf, mais la France : un pays qui peut encore beaucoup apporter et beaucoup recevoir. Enfin, la presse parisienne devrait mesurer l’impact de certaines postures et choix éditoriaux. Continuer à diffuser, sous prétexte de liberté d’expression, des cartes du Maroc coupées de ses provinces du sud, c’est heurter gratuitement un peuple et attiser des tensions qui jouent contre la France. De même, les polémiques stériles sur fond idéologique désuète, ne rendent pas service au débat public et brouillent la compréhension des transformations en cours. Aujourd’hui, force est de constater que c’est la France qui a besoin de l’Afrique et du Royaume chérifien et ce pour le bien de tous.

Pegasus, l'éternel recyclage médiatique... 207

Quand certains veulent parasiter le rapprochement franco-marocain quoi de mieux que de ressortir une affaire aussi farfelue soit elle. La visite officielle du premier ministre français Sébastien Lecornu à Rabat s'inscrit dans une dynamique de rapprochement particulièrement forte entre le Royaume du Maroc et la République France. Après plusieurs années de crispations diplomatiques, les deux capitales semblent avoir choisi de tourner la page pour reconstruire un partenariat fondé sur des intérêts stratégiques communs : sécurité, économie, investissements, énergie et coopération régionale. Cette nouvelle donne ne fait cependant pas que des heureux ; les malheureux et mécontents étant toujours les mêmes. Cela va de soi. Depuis plusieurs mois, une partie de la gauche radicale française, épaulée par certains médias qui lui sont proches, semble incapable d'accepter cette normalisation des relations entre Paris et Rabat. À chaque avancée diplomatique majeure, les mêmes accusations reviennent, les mêmes sujets sont ressortis des archives, avec un calendrier qui interroge. Cette fois encore, le scénario paraît identique. En concomitance avec la visite de Sébastien Lecornu à Rabat, sa première visite à l'étranger depuis sa nomination, faut-il le rappeler, voilà que ressurgit l'affaire Pegasus. Une affaire pourtant abondamment commentée depuis plusieurs années et qui, malgré son immense retentissement médiatique initial, n'a jamais permis d'établir judiciairement les accusations les plus spectaculaires portées contre le Maroc. Le procédé est désormais connu : annoncer de « nouvelles révélations », promettre des informations explosives, susciter le buzz médiatique... avant que le lecteur ne découvre finalement de longues pages reprenant essentiellement des éléments déjà publiés, sans véritable fait nouveau susceptible de modifier le dossier. L'effet d'annonce prend alors le pas sur l'information. Cette stratégie intervient dans un contexte où le régime algérien traverse une période diplomatique particulièrement délicate. Les tensions avec plusieurs partenaires occidentaux se multiplient, tandis que certaines affaires judiciaires embarrassantes viennent ternir davantage son image. Parmi elles figure notamment l'arrestation en France de plusieurs ressortissants algériens, dont des fonctionnaires, soupçonnés dans une affaire de tentative d'assassinat visant un influenceur algérien réfugié sur le territoire français. Une affaire qui a suscité un profond malaise et alimenté les interrogations sur certaines pratiques des services algériens. Cette indignation sélective apparaît d'autant plus frappante lorsqu'on la compare aussi au silence observé autour de l'emprisonnement du journaliste sportif français Christophe Gleizes en Algérie. Alors que cette affaire soulève des interrogations sur la liberté de la presse et les conditions d'exercice du métier de journaliste, elle n'a pas suscité la même mobilisation de certains milieux politiques et médiatiques pourtant si prompts à dénoncer d'autres États. Ce contraste alimente le sentiment d'une indignation à géométrie variable, où les principes invoqués semblent parfois dépendre davantage de la cible désignée que de la défense constante des libertés fondamentales. Dans ce contexte difficile pour Alger, chaque épisode susceptible d'affaiblir le Maroc devient immédiatement un sujet de mobilisation pour les réseaux qui défendent les positions du régime algérien. Mais cette fois encore, le calendrier médiatique semble avoir produit l'effet inverse de celui recherché. Au même moment, le gouvernement français annonçait sa volonté de délivrer jusqu'à 250 000 visas aux ressortissants algériens. Cette décision a immédiatement provoqué de nombreuses réactions en France, où une partie importante de l'opinion publique considère qu'un tel geste est difficilement justifiable au regard des tensions diplomatiques récentes entre Paris et Alger ainsi que des difficultés rencontrées sur les questions migratoires. Le débat public s'est alors rapidement déplacé. Au lieu de se focaliser sur une énième résurgence de Pegasus, de nombreux Français ont davantage exprimé leurs interrogations sur cette politique de visas et sur les concessions accordées à Alger. Résultat : la tentative de replacer Pegasus au centre de l'actualité est largement passée au second plan. Comme lors des précédentes vagues médiatiques, l'affaire a suscité quelques gros titres avant de s'essouffler rapidement, faute d'éléments réellement nouveaux. En communication politique, on appelle cela un soufflé qui retombe. Ou, pour reprendre une expression désormais célèbre du regretté Jacques Chirac : cela a fait « pschitt ». Les relations entre le Royaume du Maroc et la République Française semblent aujourd'hui répondre à une logique géostratégique beaucoup plus profonde que les polémiques médiatiques cycliques. Les intérêts communs entre Rabat et Paris dépassent largement les campagnes de communication ponctuelles. Elles transcendent les caprices de telle ou telle capitale qui n'arrive pas à se libérer des complexes de l'histoire. À force de recycler les mêmes accusations sans apporter de preuves nouvelles, ceux qui espèrent fragiliser ce rapprochement prennent le risque de banaliser leur propre discours. Car une polémique répétée sans faits nouveaux finit inévitablement par perdre de sa force. Et cette nouvelle tentative autour de Pegasus semble, une fois encore, illustrer cette réalité. N'en déplaise à certains, un Royaume et une République peuvent très bien avoir d'excellentes relations pourvu que soient respectés les fondements mêmes d’une relation saine entre deux états, à savoir : le respect réciproque, la confiance mutuelle et la reconnaissance des intérêts de l'un et de l'autre. Et c'est bien ici le cas. Au fait on s’attend bien à ce qu'a la veille de la visite d'Etat que Sa Majesté le Roi va effectuer bientôt en République Française, une ou d'autres affaires de même acabit soient recyclées, par la même presse, pour parasiter et minimiser la portée de ce qui va alors être conclu : Un traité qui ne sera pas de nature à plaire à tout le monde.

Quand la propagande d'Alger se heurte à la réalité : le ridicule d’un régime qui refuse les faits 228

La récente visite à Rabat du Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a marqué une nouvelle étape dans le rapprochement stratégique entre le Maroc et la France. Ce fut un moment fort, mais aussi le prélude à ce qui suivra et à ce qui est attendu lors de la prochaine visite d’État de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Paris : un traité sans précédent dans l’histoire des deux pays. Au cours de cette visite, le chef du gouvernement français a réaffirmé sans ambiguïté que la position de la France sur la question du Sahara est désormais intangible. Cette formule, lourde de sens, signifie qu’il ne s’agit plus d’une posture conjoncturelle, mais d’un choix politique assumé et durable. Il a notamment rappelé l’origine historique de cette position, en référence à la lettre du président Macron adressée à Sa Majesté. Comme prévu, et comme à chaque fois, cette clarification a provoqué une véritable onde de choc du côté d’Alger, où le pouvoir semble incapable d’admettre que le rapport de forces diplomatique a profondément évolué. Plus révélatrice encore est la réaction d’une partie de la presse algérienne, largement inféodée au pouvoir militaire. Les publications de la presse algérienne, à l’instar d’Echorouk, en offrent une illustration parfaite. Le journal tente de faire croire que le Premier ministre français aurait volontairement évité d’aborder la question du Sahara pour ne pas provoquer l’Algérie. Une présentation des faits qui relève davantage de la propagande que du journalisme. Dorénavant et peut-être depuis toujours, la presse algérienne semble penser qu’avant toute action ou relation avec Rabat, les responsables français doivent forcément faire une escale à Alger et y demander instruction sur ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire, sur ce qu’ils peuvent ou ne peuvent se permettre. Autrement dit, le pouvoir d’Alger et sa presse se comportent comme ce qu’ils furent pendant plus d’un siècle : des départements français censés peser naturellement sur la politique française. La réalité est pourtant tout autre. La position française n’avait nul besoin d’être renégociée ou répétée à chaque intervention. Elle avait déjà été clairement exprimée et a simplement été réaffirmée lors de cette visite comme étant intangible. Lorsqu’un État arrête officiellement une position, celle-ci devient le cadre de référence de toutes ses relations diplomatiques. En cherchant à fabriquer un récit parallèle, les médias algériens, officiels ou non, ne trompent plus que ceux qui veulent encore y croire. Ils sont contraints de réécrire les événements pour masquer un isolement diplomatique de plus en plus visible. Cela révèle surtout que l’indépendance d’esprit et l’émancipation vis à vis de l’ancien colonisateur ne sont toujours pas acquises. On pense France, on respire France ; comme un enfant jaloux, on pleurniche même sans raison et même quand on n’est pas concerné. On dort Maroc, on se réveille Maroc, et comme une personne possédée on n’arrive pas à s’en défaire. Cette fuite permanente devant la réalité traduit une véritable aliénation politique. Depuis des décennies, le pouvoir algérien fait de la question du Sahara le cœur de sa politique étrangère, au point de sacrifier son développement, l’intégration maghrébine et même ses relations avec plusieurs partenaires internationaux. Aujourd’hui, malgré les reconnaissances successives et tellement de la souveraineté du Royaume sur ses provinces du sud et du plan marocain d’autonomie par un nombre croissant de pays, Alger continue de nier l’évidence. Mais l’Histoire est rarement tendre avec ceux qui refusent les faits. La propagande peut retarder la prise de conscience, jamais l’empêcher. Les discours peuvent être remodelés, les titres de presse réécrits et les analyses orientées, mais la réalité diplomatique finit toujours par s’imposer. À force de vouloir transformer des défaites diplomatiques en victoires imaginaires, le pouvoir d’Alger s’enferme dans une posture qui frise le ridicule. Gouverner, c’est regarder le monde tel qu’il est, non tel qu’on souhaiterait qu’il soit. Mais attention, messieurs : une vérité reste immuable : la propagande peut survivre un temps, mais elle finit toujours par céder devant les faits. Monsieur Lecornu et son homologue marocain, Aziz Akhannouch, ont bien travaillé. Quatorze accords ont été signés dans de nombreux domaines, et pas seulement un. Les points de vue se rapprochent, les positions se clarifient, et les relations se resserrent chaque jour davantage entre deux pays responsables, conscients de leurs intérêts réciproques. Monsieur Lecornu a dit ce qu’il avait à dire et est reparti très satisfait, accompagné de ses douze ministres présents et ayant profité de la beauté de la capitale du Royaume Chérifien: Rabat. N’en déplaise à Alger et à sa presse.

Et si la campagne électorale au Maroc se jouait aussi sur la baisse des taxes et des impôts ? 231

Au Maroc, la campagne électorale est riche en promesses sociales et en engagements sectoriels. Elle est surtout prolifique en promesse creuses : Santé comme s’il n’y en avait pas, Enseignement comme s’il n’y en avait pas, emploi comme si l’emploi se décrétait. Et puis rien sinon du populisme bas étage. Pourtant une question simple reste trop peu présente dans les débats publics : pourquoi la politique des taxes et des impôts n’est‑elle pas, elle aussi, au centre des programmes et des discours politiques ? Face à l’érosion du pouvoir d’achat, à la pression qui pèse sur les classes moyennes et aux difficultés rencontrées par les petites entreprises, la fiscalité ne peut plus être reléguée au rang de « sujet technique » réservé aux experts. Elle conditionne la vie quotidienne des ménages, la compétitivité des entreprises et, in fine, la trajectoire économique du pays. Repensée comme levier, et non seulement comme source de recettes, la politique fiscale peut stimuler la consommation, soutenir la production, réduire les coûts de fonctionnement des acteurs économiques et pourquoi pas redonner à la politique sa noblesse, aux citoyens le goût de la pratiquer et les pousser à aller aux urnes. La baisse ciblée de certaines taxes n’est pas forcément synonyme de perte durable pour l’État. En allégeant la pression sur les ménages et les entreprises, l’État peut favoriser une reprise de l’activité : hausse des volumes produits, augmentation des ventes, création d’emplois et, à terme, élargissement de l’assiette fiscale. Autrement dit, une politique fiscale intelligente peut se concevoir comme un investissement public à rendement élevé. Parmi les mesures à envisager peut figurer une diminution de la TVA sur les produits manufacturés localement. Son impact sur les prix est immédiat et visible pour le consommateur. Dans un contexte où le coût de la vie pèse fortement sur les budgets, alléger la fiscalité indirecte sur les biens de consommation courante redonne du souffle au pouvoir d’achat et oriente mécaniquement la demande vers le « Made in Morocco ». Ce basculement profite aux ateliers, PME industrielles et filières de transformation : davantage de débouchés, incitation à l’investissement productif et réduction partielle de la dépendance aux importations. Effet souvent sous‑estimé : l’emploi. Une industrie qui vend davantage produit plus et embauche plus. Une baisse de TVA bien calibrée sur les produits locaux peut contribuer à créer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les secteurs intensifs en main‑d’œuvre. L’État récupère ensuite une part significative de ses recettes via la hausse d’activité, l’augmentation des cotisations sociales et l’amélioration de la rentabilité des entreprises. Autre levier décisif : la réduction des taxes sur les carburants. Dans le modèle économique marocain, le prix des carburants se répercute sur l’ensemble des coûts : transport, logistique, agriculture, distribution et prestation de services. Alléger cette pression fiscale ne se traduirait pas seulement par un répit ponctuel à la pompe ; ce serait une mesure structurelle réduisant les coûts de l’économie, soutenant la compétitivité des entreprises et limitant la transmission des chocs inflationnistes. Ces leviers, TVA, taxes sur les carburants et allègements ciblés pour les PME, doivent toutefois être conçus avec rigueur. Toutes les baisses fiscales ne se valent pas. Elles doivent être ciblées sur les secteurs à fort effet multiplicateur, assorties de mécanismes d’évaluation, conditionnées, si nécessaire, à des engagements d’investissement ou de maintien de l’emploi, et intégrées à une stratégie budgétaire crédible. L’objectif n’est pas d’user d’un slogan populiste, mais de proposer des mesures chiffrées, assumées et articulées à une vision de développement. La vraie question politique est celle du « logiciel » économique : compenser chaque besoin budgétaire par de nouveaux prélèvements, au risque d’étouffer la consommation et d’affaiblir la compétitivité ; ou faire le pari d’une baisse sélective et intelligente des prélèvements pour enclencher un cercle vertueux de croissance ? Normalement plus de pouvoir d’achat entraîne plus de consommation ; plus de consommation soutient plus de production ; plus de production crée plus d’emplois ; plus d’emplois élargissent la base des cotisants et, finalement, augmentent les recettes publiques. Il serait sain que la prochaine campagne intègre ce débat au premier plan, non pas sous forme de slogans, mais par des propositions crédibles et mesurables : quels impôts baisser, sur quels produits, pour quelles catégories d’entreprises, pendant combien de temps, et avec quelles contreparties budgétaires ? Ce n’est pas seulement une question fiscale : c’est une question économique, sociale et politique sur la manière dont l’État conçoit sa relation avec les citoyens et les entreprises. Si, pour une fois, la campagne marocaine osait promettre non seulement davantage de dépenses mais aussi moins de prélèvements là où cela produit plus de richesse, elle ouvrirait probablement l’un des débats les plus constructifs pour l’avenir du pays.

France 24 et l'obsession marocaine : quand une partie de la presse française refuse de tourner la page 240

Alors que Paris et Rabat viennent d'ouvrir un nouveau chapitre de leur relation, marqué par une volonté politique affichée de bâtir un partenariat stratégique exceptionnel, fondé sur la confiance mutuelle, certains médias français semblent dérangés par cette évolution, voire incapables de l'accepter. Au moment même où les gouvernements des deux pays multiplient les accords et affichent une convergence sans précédent - M. Sébastien Lecornu et M. Aziz Akhannouch présidant la haute commission bilatérale à Rabat - France 24 choisit de remettre sur la table l'affaire Pegasus, une affaire depuis longtemps oubliée, comme si rien n'avait changé, comme si les démentis, les clarifications et les engagements diplomatiques n'avaient jamais existé. Cette démarche interroge sur les raisons d'un tel positionnement. Le Maroc a toujours nié avec force avoir espionné la France ou des responsables français. L'entreprise israélienne NSO Group, créatrice du logiciel Pegasus, a également contesté les affirmations selon lesquelles le Maroc aurait disposé de cet outil pour les opérations qui lui étaient attribuées. Pourtant, pour France 24, les seules sources dignes de foi demeurent Mediapart et le consortium médiatique qui porta ces accusations. Aucune distance critique, aucune mise en perspective, aucun examen des contestations formulées depuis : une vérité médiatique semble avoir été gravée dans le marbre, indépendamment des faits ou de leur évolution. De surcroît, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait assuré le président Emmanuel Macron du caractère infondé de ces accusations. Dans une relation diplomatique, de telles garanties ne sont pas anodines : elles constituent le socle des amitiés et participent à la construction de la confiance entre deux États. Les ignorer revient à nier l'essence même de la diplomatie et peut être perçu comme quasiment insultant. Ce qui frappe davantage est le contraste entre l'importance historique des accords conclus lors de la visite du Premier ministre Sébastien Lecornu et leur quasi‑absence dans le traitement éditorial de France 24. Les quatorze accords signés en coopération économique, sécuritaire, énergétique, gestion de l'eau, culturelle et autres semblent reléguées au second plan. Les déclarations chaleureuses des deux chefs de gouvernement, les perspectives ouvertes par ce rapprochement, les intérêts stratégiques communs : tout cela paraît secondaire face à la volonté de ressusciter une polémique vieille de plusieurs années. Bravo, France 24. Ce choix éditorial n'est pas neutre. Il traduit une vision du Maroc qui, chez une partie de la gauche médiatique française ; largement dominante au sein de France 24 ; demeure prisonnière de vieux réflexes idéologiques. Pour cette mouvance, la monarchie est systématiquement associée à l'autoritarisme, à l'injustice ou à la dictature. Toute réussite institutionnelle, sociale ou économique du Royaume est accueillie avec suspicion, tandis que ses progrès sont minimisés ou passés sous silence. Il est pourtant surprenant de ne pas souligner le niveau des échanges entre les deux pays, qui a atteint 15 milliards d'euros, ou, à titre d'exemple, le soutien du Maroc à la France dans la lutte contre le terrorisme, l'affaire du Bataclan n'est pas si loin. Pour France 24, rien n'a d'importance face à une affaire farfelue inventée de toutes pièces, sans aucune preuve. Le paradoxe est saisissant. Ceux qui donnent des leçons de démocratie oublient souvent les zones d'ombre de leur propre histoire. La Révolution française est glorifiée sans toujours rappeler les milliers de victimes de la Terreur qui s'en est suivie. L'Empire napoléonien est célébré malgré les guerres dévastatrices qu'il a provoquées. Quant à la colonisation, ses crimes ont longtemps été relativisés, y compris par les courants politiques qui se présentent aujourd'hui comme les gardiens de la morale universelle. Dans ces conditions, il est légitime de s'interroger : pourquoi une telle insistance à raviver une affaire contestée au moment précis où les relations franco‑marocaines connaissent un réchauffement spectaculaire ? Pourquoi passer sous silence ce qui rapproche pour privilégier systématiquement ce qui divise ? À force de privilégier les procès d'intention au détriment de l'analyse, certains médias finissent par perdre leur crédibilité. L'information laisse alors place au militantisme, et le journalisme se transforme en instrument d'un combat idéologique, des fois aussi en instrument de chantage...Faut-il l’oublier ? France 24 est financée par le contribuable français et porte, à l'international, la voix de la France. À ce titre, on pourrait attendre d'elle un traitement équilibré, rigoureux et respectueux de la complexité des relations entre deux pays liés par l'histoire, la géographie et des intérêts communs majeurs. Lorsque l'actualité essentielle est occultée au profit d'accusations anciennes, fallacieuses et contestées, il devient difficile de ne pas y voir davantage qu'un simple choix éditorial. Cela nourrit le sentiment qu'une partie de la presse française refuse d'admettre que le Royaume du Maroc est aujourd'hui un partenaire souverain, influent et incontournable, avec lequel la France a choisi de bâtir une relation renouvelée et exceptionnelle, baignant dans un climat de confiance, de sentiment partagé et de respect mutuel ; n'en déplaise à France 24. À vouloir constamment jeter le doute sur cette dynamique, certains médias dont celui-là, donnent l'impression de poursuivre un objectif qui dépasse l'information. Ils risquent surtout de se marginaliser face à une réalité diplomatique qui, elle, avance sans eux. De ce côté-ci de la mer méditerranée, on dit bien que la caravane passe... Et on y croit fermement.

L'Afrique, véritable cœur battant du football mondial... 323

Les chiffres ont parfois plus de force que les discours. À la Coupe du monde 2026, près d’un joueur sur quatre est africain ou d’origine africaine. Ce simple constat suffit à mesurer l’immense contribution du continent au football mondial. Sur les 1 248 joueurs engagés dans cette édition, environ 333 sont africains ou d’origine africaine, soit près de 27% des participants. Ce total comprend les 260 joueurs des dix sélections africaines qualifiées et 73 joueurs d’origine africaine évoluant sous les couleurs de sélections européennes, nord-américaines ou d’autres continents. Cette présence massive confirme que l’Afrique n’est plus seulement un réservoir : elle façonne aujourd’hui le jeu mondial. Pendant longtemps, l’Afrique a été regardée comme une terre de promesses. Aujourd’hui, elle est une terre de certitudes. Ses académies forment des joueurs d’exception, ses championnats révèlent des talents toujours plus jeunes et sa diaspora illumine les plus grandes sélections de la planète. Les grandes nations du football (France, Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, entre autres) s’appuient largement sur des joueurs aux racines africaines, devenus des cadres de leurs équipes nationales. Ce phénomène s’explique par une double réussite. D’un côté, les centres de formation africains produisent chaque année des talents de très haut niveau. De l’autre, les diasporas africaines installées en Europe et ailleurs permettent à de nombreux jeunes de grandir dans des environnements footballistiques performants tout en conservant un fort héritage culturel africain et des liens solides avec les pays de leurs origines. La Coupe du monde 2026 est donc plus qu’un tournoi dominé par les grandes puissances traditionnelles : elle est aussi celle de l’Afrique, de son immense réservoir de talents et de sa diaspora, qui ensemble représentent près du tiers des joueurs présents. Sans les joueurs issus du continent ou de sa diaspora, le niveau de nombreuses grandes sélections serait profondément différent. Le football moderne parle de plus en plus avec un accent africain. Cette réalité doit interpeller les dirigeants africains. Si le continent produit autant de talents capables de briller partout dans le monde, il possède également le potentiel pour bâtir des championnats plus solides, des infrastructures modernes et des clubs capables de rivaliser avec les meilleures références internationales. Le talent existe ; il faut désormais lui offrir un environnement à la hauteur de son immense valeur. La Coupe du monde 2026 symbolise une transformation : l’Afrique n’est plus un simple réservoir de joueurs, elle est devenue une force qui façonne l’histoire du football. Le XXIe siècle du football sera, en grande partie, africain non par hasard, mais parce que le continent possède ce que le football recherche le plus : un vivier inépuisable de talent, de créativité, de résilience et de passion. Reste une question politique : le système de la FIFA et les instances internationales sont-elles prêtes à traduire cette réalité par davantage de représentativité et d’opportunités pour les équipes africaines ? Cela dépend d’intérêts souvent éloignés du seul jeu.

Baccalauréat au Maroc : au-delà des taux de réussite, la véritable question est celle de l'avenir 343

Les résultats du baccalauréat viennent d'être publiés au Maroc. Comme chaque année, ils donnent lieu à des statistiques, des classements, des félicitations aux lauréats et à des analyses sur les taux de réussite. C'est une étape importante dans la vie de milliers de jeunes et de leurs familles, et il est naturel de saluer les efforts fournis par les élèves, les enseignants et les parents. Mais une fois cette satisfaction passée, une question fondamentale mérite d'être posée : quelle est la véritable plus‑value de ces dizaines de milliers de nouveaux bacheliers pour le Maroc ? Plus précisément, quel avenir leur est réellement offert ? Que vont‑ils apporter au pays dans sa construction ? Le baccalauréat ne devrait pas constituer une fin en soi. Il devrait être la porte d'entrée vers un enseignement supérieur de qualité, une insertion professionnelle réussie ou une formation adaptée aux besoins de l'économie nationale. Or, c'est précisément sur ce terrain que les interrogations sont nombreuses. Une proportion importante de ces bacheliers poursuivra certes des études supérieures. Cependant, beaucoup intégreront des universités publiques confrontées depuis des années à des difficultés structurelles : amphithéâtres surchargés, encadrement parfois insuffisant, moyens limités, faible articulation entre les formations et les besoins du marché de l'emploi. Dans plusieurs filières, l'université donne davantage l'impression de prolonger le lycée que de constituer un véritable espace de production du savoir, de l'innovation et de l'excellence. Le problème n'est évidemment pas celui des enseignants pris individuellement quoi que dans bien des cas. Le Maroc compte de nombreux universitaires compétents, reconnus au niveau international. En revanche, le système dans son ensemble souffre d'un manque de moyens, d'une gouvernance perfectible et d'une politique de recherche encore largement sous‑financée. Les budgets consacrés à la recherche scientifique restent modestes au regard des ambitions affichées par le pays, limitant la capacité des universités à produire de l'innovation et à attirer ou retenir les meilleurs talents. C'est en cela que l'université marocaine est loin de jouer son rôle naturel dans le développement du pays. Cette situation a également des conséquences sur la valeur de certains diplômes. La multiplication de masters peu professionnalisants, parfois ouverts sans réelle stratégie, ainsi que les controverses ayant entouré certains doctorats, ont contribué à fragiliser l'image de l'enseignement supérieur. Dans ces conditions, de nombreux diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leur niveau de qualification, justement à cause de l'inadéquation persistante entre les formations et les besoins réels du pays, de son économie et, au‑delà, de la société future. Face à cette réalité, les étudiants les plus brillants nourrissent souvent un autre projet : partir. Chaque année, des milliers de jeunes Marocains rejoignent des universités européennes, nord‑américaines ou désormais chinoises. Beaucoup y bâtissent leur carrière et ne reviennent jamais. Le phénomène de fuite des cerveaux représente une perte considérable pour le pays. Le Maroc finance l'essentiel de leur parcours scolaire depuis le primaire jusqu'au baccalauréat, parfois même une partie de leurs études supérieures, avant que ces compétences ne profitent finalement à d'autres économies. Cette mobilité internationale n'est pas en elle‑même négative. Les échanges de compétences sont une richesse dans un monde globalisé. Le problème apparaît lorsque les départs deviennent définitifs parce que le pays n'offre pas suffisamment de perspectives professionnelles, de reconnaissance du mérite, de conditions de recherche ou de rémunérations compétitives. Le cas des quelque 700 médecins quittant le pays chaque année est des plus éloquents. Le véritable indicateur de réussite d'un système éducatif ne réside donc pas uniquement dans le nombre de bacheliers ni dans le pourcentage de réussite. Il se mesure à la capacité du pays à transformer ces jeunes en ingénieurs, chercheurs, médecins, entrepreneurs, techniciens, enseignants ou créateurs de richesse capables de contribuer durablement au développement national. Le Maroc a engagé de nombreuses réformes de son système éducatif au cours des dernières décennies. Pourtant, le défi reste immense. La question est de savoir s'il s'est véritablement agi de réformes efficaces ou de simples vues de l'esprit mal inspirées. Il ne s'agit plus seulement de former davantage de diplômés, mais de mieux les former, de mieux les orienter et surtout de leur offrir des perspectives concrètes afin que leur talent bénéficie d'abord au pays. La réussite au baccalauréat mérite d'être célébrée. Mais elle ne prendra tout son sens que lorsque chaque jeune pourra envisager son avenir avec confiance, trouver sa place dans une économie dynamique et contribuer pleinement au développement du Maroc. Sans cette ambition, les statistiques du baccalauréat resteront des chiffres encourageants en apparence, mais insuffisants pour répondre aux véritables enjeux de l'avenir. Elles peuvent signifier aussi des déchirements familiaux. Il suffit d'aller à l'aéroport Mohammed V à Casablanca, par exemple, pour voir des milliers de mères en larmes au départ de leurs enfants vers d'autres cieux...Il n'y a plus dur pour une maman que cette violence de la séparation...surtout quand elle va durer le reste d'une vie. Alors disparait à jamais cette joie d’avoir vu ses enfants réussir au baccalauréat.

Industrie du câblage au Maroc : à qui profite la déstabilisation ? 383

Que se passe-t-il dans l’industrie du câblage au Maroc ? Pourquoi voit-on émerger, de manière récurrente, des mouvements de revendication dont une grande partie semble reposer davantage sur l’exagération, la désinformation, voire le mensonge que sur des faits établis ? La question mérite d’être posée avec sérieux. Derrière certaines agitations sociales se joue davantage qu’un simple conflit de travail : c’est tout un pan de l’appareil industriel qui risque d’être fragilisé. Le secteur constitue l’un des piliers de l’industrie exportatrice. Il emploie des dizaines de milliers de salariés, irrigue plusieurs bassins d’emploi et participe fortement à l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs étrangers, particulièrement dans l’écosystème automobile. Dans un contexte international marqué par une concurrence féroce, par la relocalisation et par la recherche de coûts compétitifs, la stabilité sociale et la crédibilité du climat des affaires sont des facteurs décisifs. C’est pour cette raison que les campagnes de dénigrement, les accusations infondées et les revendications artificiellement gonflées ne peuvent être prises à la légère. Il ne s’agit évidemment pas de nier les droits des travailleurs ni de contester la légitimité du dialogue social. Dans toute industrie, et plus encore dans des secteurs à forte intensité de main‑d’œuvre, les salariés doivent pouvoir faire entendre leurs revendications, défendre leurs intérêts et exiger le respect strict de la législation du travail. C’est une exigence de justice sociale et une condition de paix durable dans l’entreprise. Mais il y a une différence fondamentale entre la défense sincère des droits et la fabrication délibérée de tensions à partir d’allégations mensongères, de procès d’intention ou de récits déconnectés de la réalité des usines. Il faut aussi le dire clairement : la plupart des entreprises du câblage ne se contentent pas d’appliquer les textes en vigueur. Beaucoup vont au‑delà de leurs obligations légales pour stabiliser leurs effectifs, améliorer les conditions de travail, offrir des avantages sociaux, motiver les équipes et fidéliser une main‑d’œuvre qualifiée essentielle à leur compétitivité. Dans un secteur où la qualité, les délais et la rigueur organisationnelle sont déterminants, aucun investisseur n’a intérêt à entretenir la défiance ou à maltraiter ses salariés. Les entreprises savent que la performance dépend de la motivation et de l’engagement de leurs collaborateurs. Dès lors, une interrogation s’impose : qui a intérêt à souffler sur les braises ? Qui profite de la propagation de rumeurs, de contre‑vérités et d’accusations excessives susceptibles de semer le doute chez les salariés, d’altérer l’image du secteur et d’inquiéter les donneurs d’ordre ? Lorsqu’une agitation sociale ne repose pas sur des faits solides mais sur des récits montés en épingle, On peut se demander si certains acteurs n’obéissent pas à des agendas obscurs : politiques, idéologiques, corporatistes ou tout simplement opportunistes. Déstabiliser une entreprise ou jeter le discrédit sur tout un secteur peut servir des intérêts sans relation avec le bien‑être des salariés. L’histoire économique du Maroc devrait servir de leçon. Il suffit de se souvenir de ce qui s’est produit dans le textile, notamment à Salé, il y a trois décennies. À l’époque, des tensions sociales mal gérées, des surenchères permanentes et des comportements irresponsables ont contribué à casser la dynamique d’un secteur pourtant créateur d’emplois et de richesse. À force de pressions et de conflits instrumentalisés, nombre d’investisseurs ont fini par faire le choix de déplacer leur activité vers d’autres régions du monde plus stables, moins exposées aux turbulences. Le résultat est connu : des usines fermées, des emplois perdus, des familles fragilisées et des territoires durablement affaiblis. Faut‑il aujourd’hui reproduire la même erreur avec l’industrie du câblage ? Faut‑il laisser se diffuser l’idée que le Maroc serait devenu un terrain de confrontation permanente, où l’on invente des crises au lieu de résoudre les vrais problèmes, où l’on remplace le dialogue par la suspicion et où l’on met en danger des milliers d’emplois pour satisfaire des calculs qui échappent au plus grand nombre ? Ce serait une faute grave. Le Maroc a construit, au fil des années, une réputation industrielle solide. Dans l’automobile, l’aéronautique, l’offshoring ou l’agro‑industrie. Le pays a démontré qu’il pouvait offrir à la fois une main‑d’œuvre compétente, des infrastructures performantes, une proximité logistique avec l’Europe et un cadre institutionnel attractif. Mais cette crédibilité reste fragile. Elle ne se décrète pas ; elle se consolide jour après jour, par la confiance, par la stabilité et par la capacité à régler les différends de manière responsable. Toute tentative de sabotage moral d’un secteur stratégique finit tôt ou tard par produire des dégâts bien réels. Cela ne signifie pas qu’il faille faire taire toute voix critique. Au contraire, les entreprises doivent rester ouvertes à la concertation, aux audits, à l’écoute des salariés et à l’amélioration continue des conditions de travail. Les syndicats sérieux ont un rôle utile lorsqu’ils défendent les droits avec responsabilité, sur la base de faits vérifiables et dans une logique de construction plutôt que de destruction. Mais ceux qui travestissent la réalité, attisent la colère par des contre‑vérités et cherchent à transformer chaque difficulté en crise majeure prennent une lourde responsabilité devant les travailleurs eux‑mêmes. Car ce sont toujours les salariés qui paient le prix final de la désindustrialisation : perte d’emploi, précarité, baisse du pouvoir d’achat et disparition de perspectives pour toute une génération. La question centrale est donc simple : voulons‑nous protéger l’outil industriel national ou l’exposer à des manœuvres de déstabilisation ? Voulons‑nous renforcer la confiance entre employeurs et salariés ou laisser prospérer une culture du soupçon permanent ? Défendre les droits des travailleurs est un impératif. Détruire, par calcul ou par irresponsabilité, des filières entières qui font vivre des milliers de familles est une faute économique et sociale. Le Maroc ne peut pas se permettre de revivre le scénario du textile. L’industrie du câblage est un acquis stratégique qu’il faut préserver, moderniser et accompagner. Cela suppose de distinguer les revendications légitimes des manipulations, les faits des rumeurs, le dialogue social des entreprises de démolition. Cela suppose aussi d’avoir le courage de poser la vraie question : à qui profite le désordre ? Car lorsqu’on met des bâtons dans les roues d’un secteur aussi vital, ce n’est jamais l’intérêt des travailleurs qui triomphe, mais celui de ceux qui prospèrent sur la confusion, la peur et l’affaiblissement de l’économie nationale. La responsabilité de l’Etat à défendre les acquis de l’économie nationale est donc bien mise à l’épreuve.

Benguerir en 2045 : comment l’UM6P a transformé le Maroc en puissance mondiale de l’innovation... 456

Cette nuit, j’ai fait un rêve. Un rêve merveilleux. Nous sommes en 2045 : le centre de gravité de l’innovation s’est déplacé. Il s’est déplacé vers le Royaume du Maroc. Un pays exceptionnel d'Afrique du nord. Lorsque les dirigeants de multinationales, les investisseurs technologiques et les responsables gouvernementaux cherchent à comprendre les nouvelles dynamiques de l’économie mondiale de l’innovation, un nom revient systématiquement : Benguerir, Morocco. Située à moins de deux heures de Casablanca et à une petite heure de Marrakech, auxquelles elle est reliée par un train extrêmement rapide, cette ville de taille moyenne, naguère halte de bus et d’un flux de voyageurs appréciant des brochettes et du thé à la menthe, est devenue, en vingt ans, l’un des plus importants pôles technologiques de la planète. Plus surprenant encore : elle est désormais, en 2045, considérée comme le principal écosystème d’innovation du continent africain. Au cœur de cette transformation se trouve l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), voulue par le Roi Mohammed VI lui‑même. Ce succès n’est pas le fruit d’un programme public isolé ni d’une politique industrielle traditionnelle. Il résulte d’une stratégie ambitieuse : faire de l’université le moteur central du développement économique, technologique et entrepreneurial du Maroc. **Le temps de l’infrastructure est passé** Pendant des décennies, de nombreux pays ont tenté de reproduire la Silicon Valley en investissant massivement dans des technopoles, des zones industrielles ou des incubateurs. La plupart ont échoué. L’UM6P l’avait compris très tôt : l’innovation ne naît pas principalement des bâtiments. Elle naît des interactions. Les écosystèmes les plus performants reposent sur une densité exceptionnelle de relations entre chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, grandes entreprises et décideurs publics. La Silicon Valley est avant tout une concentration de talents reliés entre eux. Les concepteurs de Benguerir 2045 ont compris cette réalité. Après s'être dépêché de construire un véritable parc technologique, ils ont créé un environnement où les frontières entre université, entreprise et marché disparaissent progressivement. **L’université entrepreneuriale comme modèle économique** La première révolution fut culturelle. À partir des années 2026, l’UM6P qui n’a jamais été conçue comme un modèle classique d’université séparant enseignement, recherche et activité économique, a mis en place plusieurs mesures : - Les chercheurs furent encouragés à créer des entreprises. - Les doctorants furent formés à l’entrepreneuriat. - Les étudiants furent autorisés à remplacer certains projets académiques par des créations de startups. Et tout naturellement, en 2045 : - Plus de 40% des professeurs permanents détiennent une participation dans au moins une entreprise innovante. - Près d’un étudiant sur cinq crée une société avant l’obtention de son diplôme. Cette porosité entre recherche et marché a accéléré la transformation des découvertes scientifiques en innovations commercialisables. **La réforme qui a changé les règles du jeu** Le véritable tournant fut institutionnel. À partir de 2027, suite aux elections de septembre 2026, le Maroc engagea une série de réformes intégrant pleinement son économie dans les flux mondiaux de capitaux, de connaissances et de talents : - Suppression progressive des contraintes administratives sur les investissements internationaux. - Simplification des transferts financiers. - Modernisation du cadre réglementaire. En résumé, un environnement favorable à l’innovation fut mis en place. Pour la première fois, une startup créée à Benguerir pouvait lever des fonds à Londres, vendre à Singapour, recruter à Nairobi et investir au Brésil avec la même fluidité qu’une entreprise américaine ou européenne. La géographie cessa alors d’être une contrainte. Le marché devenait mondial dès le premier jour. **Du passage d’une économie d’exportation à une économie de création** Le Maroc du début du XXIe siècle fondait sa compétitivité sur ses exportations industrielles, son agriculture, ses phosphates et ses infrastructures. Le Maroc de 2045 repose sur une logique différente : la valeur provient principalement de la propriété intellectuelle. Les brevets, logiciels, algorithmes, biotechnologies, matériaux avancés et plateformes numériques représentent désormais une part majeure de la richesse créée. Le pays n’est plus seulement un site de fabrication prospère. Il est devenu un lieu de conception, un endroit où l’on imagine le monde de demain. **L’Afrique comme laboratoire du futur ** L’UM6P a choisi de ne pas copier la Silicon Valley. Elle s’est concentrée sur les grands défis africains : - Eau - Énergie - Agriculture - Santé - Éducation - Résilience climatique - Mobilités diverses Les innovations développées pour l’Afrique se sont révélées pertinentes pour une grande partie du monde confrontée aux mêmes défis. Les solutions imaginées à Benguerir sont aujourd’hui utilisées en Amérique latine, en Asie du Sud et au Moyen‑Orient. **L’attraction mondiale des talents** En 2045 : - Plus de cent nationalités sont représentées sur le campus de l'UM6P. - Des chercheurs américains collaborent avec des entrepreneurs nigérians. - Des spécialistes indiens de l’IA travaillent avec des agronomes sénégalais. - Des investisseurs européens financent des startups créées par des étudiants marocains. Cette diversité est devenue un actif stratégique. Les talents se déplacent vers les endroits où les opportunités sont les plus nombreuses. Benguerir a réussi à devenir l’un de ces lieux. **Les leçons pour les décideurs** L’expérience de Benguerir 2045 montre que trois conditions sont nécessaires pour bâtir un écosystème mondial d’innovation : 1. Placer l’université au centre de la stratégie économique nationale. 2. Favoriser la circulation libre des idées, des talents et des capitaux. 3. Créer une culture qui récompense davantage l’expérimentation que la conformité. Le véritable moteur de l’innovation reste la qualité des interactions humaines. **De la périphérie au centre** Pendant longtemps, l’Afrique a été perçue comme un marché d’avenir. En 2045, grâce aux initiatives de Benguerir, elle est devenue un territoire de création. L’UM6P a démontré qu’une université africaine pouvait transformer la connaissance en entreprises, emplois, technologies et influence mondiale. Les nations qui dominent l’économie du XXIe siècle ne seront pas celles qui possèdent les plus grandes ressources naturelles, mais celles qui réussiront à transformer le savoir en innovation et l’innovation en prospérité. Et dans cette compétition mondiale, le Maroc a choisi de partir de son université pour construire son avenir. La Silicon Valley avait montré le chemin. Benguerir a inventé le sien. 2045, c’est dans moins de 20 ans… L’un des professeurs cités plus haut a reçu le prix Nobel… Rêvons.

Intelligence artificielle : le Maroc face à son rendez-vous avec l'Histoire... 443

L'Histoire est parfois impitoyable avec les nations qui manquent les grands tournants technologiques. Il y a deux siècles, la machine à vapeur et la révolution industrielle ont profondément redistribué les rapports de force mondiaux. Les puissances qui dominent encore aujourd'hui l'économie mondiale sont, pour la plupart, celles qui ont su intégrer rapidement les innovations industrielles, les développer et les transformer en instruments de puissance économique, militaire et culturelle. À l'inverse, les États qui sont restés à l'écart de cette transformation ont progressivement perdu leur autonomie stratégique. L'Empire Chérifien, comme une grande partie du monde non occidental, a subi les conséquences de ce retard historique. L'incapacité à entrer pleinement dans la révolution industrielle a contribué à un affaiblissement progressif qui a culminé avec la mise sous protectorat au début du XXe siècle. **Aujourd'hui, l'Histoire semble se répéter sous une autre forme.** L'intelligence artificielle, la robotique, l'informatique quantique et les technologies avancées sont en train de provoquer une transformation aussi profonde que celle engendrée par la machine à vapeur au XIXe siècle. Une nouvelle hiérarchie mondiale est en train de se construire sous nos yeux. Les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Corée du Sud ou encore les pays du Golfe investissent des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars dans la recherche, les infrastructures numériques et les start-up technologiques. **Pendant ce temps, le Maroc risque de se contenter du rôle de spectateur.** Pourtant, les signaux d'alerte sont connus depuis longtemps. Il y a plus de dix ans, la décision avait été prise de porter les dépenses de recherche scientifique à 2 % du budget national. Cette ambition répondait à une nécessité stratégique : préparer le pays aux défis technologiques du XXIe siècle. Force est cependant de constater que cet objectif n'a jamais été atteint. Or, dans la compétition mondiale actuelle, même un effort de 2 % apparaît désormais insuffisant. Les pays qui veulent compter dans les secteurs de l'intelligence artificielle consacrent des moyens considérables à la recherche, à l'innovation et à la formation des talents. Le Maroc devrait probablement viser des niveaux d'investissement beaucoup plus ambitieux, proches de 5 % des dépenses publiques, s'il souhaite véritablement prendre place dans la nouvelle économie de la connaissance. Le plus inquiétant est sans doute le silence du débat politique. Alors que la campagne électorale semble déjà engagée, rares sont les formations politiques qui placent la recherche scientifique, l'innovation ou l'intelligence artificielle au cœur de leur projet national. Les discussions portent souvent sur les urgences du quotidien, certes légitimes, mais la question de la souveraineté technologique reste largement absente des priorités affichées. Le populisme et la médiocrité de certains soi-disant hommes politiques est très loin de tout cela. Il y en a même qui voudraient nous ramener à l'âge de la pierre taillée. Pourtant, l'enjeu dépasse largement la simple modernisation économique. Il s'agit de préserver l'indépendance stratégique du pays. Les nations qui maîtriseront les technologies de demain contrôleront les chaînes de valeur, les flux financiers, les systèmes de défense, les infrastructures critiques et, de plus en plus, les capacités décisionnelles elles-mêmes. **Mais l'investissement financier ne suffira pas.** Le Maroc doit également engager une profonde réforme de son environnement réglementaire. Dans un monde où l'innovation se mesure en millisecondes, et bientôt en nanosecondes, de nombreux entrepreneurs marocains restent confrontés à des procédures administratives longues, complexes et parfois dissuasives. Les contraintes liées aux transferts de capitaux, aux paiements internationaux, aux abonnements technologiques, à l'investissement dans les plateformes numériques ou encore à la participation aux écosystèmes mondiaux de l'innovation constituent souvent des freins majeurs. L'arsenal réglementaire hérité d'une autre époque doit être repensé. Sans remettre en cause les impératifs de contrôle et de transparence, il devient indispensable d'adapter les mécanismes de l'Office des changes aux réalités de l'économie numérique mondiale. Lorsqu'un jeune entrepreneur à Casablanca doit attendre des autorisations pour accéder à des outils ou à des marchés internationaux, alors que ses concurrents à Bangalore, Shenzhen ou Dubaï opèrent en temps réel, le handicap compétitif devient évident. ** La bataille de l'intelligence artificielle n'est pas seulement technologique ; elle est aussi administrative, réglementaire et culturelle.** Le Maroc dispose pourtant d'atouts considérables : une jeunesse talentueuse, des universités en pleine transformation, une stabilité politique reconnue et une position géographique privilégiée entre l'Europe et l'Afrique. Mais ces atouts ne produiront leurs effets que s'ils sont soutenus par une vision nationale claire, des investissements massifs et une volonté politique constante. Le rendez-vous qui se présente aujourd'hui est probablement le plus important depuis l'indépendance. Le pays a déjà payé le prix d'un retard technologique il y a deux siècles. L'Histoire offre rarement une seconde chance. Celle que représente aujourd'hui l'intelligence artificielle ne doit pas être manquée. Car dans le monde qui se dessine, les nations qui n'innoveront pas dépendront de celles qui innovent. Et la dépendance technologique de demain pourrait devenir la forme la plus subtile, mais aussi la plus durable, de perte de souveraineté.

Le véritable chantier du Maroc : reconstruire la confiance 493

À l'approche des élections, les débats se concentrent souvent sur la croissance économique, l'emploi, l'investissement, la protection sociale ou encore les grands projets d'infrastructures. Tous ces sujets sont essentiels. Pourtant, derrière chacun d'eux se cache une question plus fondamentale, plus profonde et peut‑être plus urgente : celle de la confiance. Les populistes, grands maîtres dans la fourberie, le comprennent fort bien. Leur popularité et leur succès sont inversement proportionnels au niveau de confiance. Ils surjouent et excellent dans le rôle de victimes ou dans celui de proposer des solutions simples et faciles, de façon à semer le doute chez le citoyen et à éroder son capital‑confiance. Les nihilistes en profitent également et y ajoutent une couche. Le citoyen qui doute et perd confiance devient un bon client. Certains hommes politiques, par irresponsabilité, naïveté, incompétence ou maladresse, contribuent aussi, par leurs narratifs, à éroder le capital‑confiance dans le projet de société et, au‑delà, dans les institutions elles‑mêmes. Il est donc aujourd’hui légitime de se poser la question le plus sérieusement du monde. Il en va de l’avenir proche et lointain du pays et des générations futures. Or voilà que Mohamed Ouahbi et consorts nous proposent une nouvelle donne, une nouvelle valeur : la confiance en soi, la confiance en ce que nous sommes simplement. Comment expliquer d'être si dominés durant une mi‑temps et trouver ensuite les ressources nécessaires pour surmonter le handicap, se métamorphoser et marquer à trois reprises ? Et si le véritable chantier du Maroc des prochaines années était tout simplement celui de la confiance ? La confiance est un capital invisible mais ô combien essentiel. Elle ne figure dans aucun budget, ne se mesure ni en kilomètres ni en milliards investis. Pourtant, elle constitue le pilier de toute réussite collective. Hakimi, Díaz, Talbi, Mazraoui, Bounou, Ounahi, Rahimi et les autres nous l'ont démontré. Sans elle, les meilleures politiques publiques produisent des résultats limités. Avec elle, même les défis les plus complexes deviennent surmontables. Aujourd'hui, force est de constater que le Marocain accorde avant tout sa confiance à l'institution royale, qui reste, pour une très large majorité de citoyens, le principal repère de stabilité, de continuité et d'espoir. Cette réalité constitue une force considérable pour le pays. Mais qu'en est‑il de la confiance dans les autres institutions ? Le citoyen a‑t‑il pleinement confiance dans son système de santé ? Lorsque des familles doivent encore recourir au secteur privé malgré leurs difficultés financières, la question mérite d'être posée. A‑t‑il confiance dans son système éducatif ? Quand de nombreux parents cherchent par tous les moyens à inscrire leurs enfants dans des établissements privés, parfois au prix de lourds sacrifices. Cela traduit souvent un doute sur la capacité de l'école publique à assurer l'ascenseur social tant espéré. A‑t‑il confiance dans la justice, dans les administrations, dans les partis politiques, dans les collectivités territoriales, dans certains produits locaux ? Là encore, les réponses sont nuancées et varient selon les expériences individuelles. Il serait injuste et erroné de généraliser. Le Maroc a accompli des progrès remarquables, voire exceptionnels, dans de nombreux domaines. Les infrastructures se sont modernisées, les services publics se digitalisent, la couverture sociale s'élargit, les universités se multiplient, les hôpitaux se développent et de nombreux fonctionnaires accomplissent leur mission avec compétence et dévouement. Mais malgré ces avancées, un sentiment diffus de méfiance demeure présent dans une partie de la société. Même les citoyens les plus optimistes peuvent parfois douter de leur avenir ou de celui de leurs enfants, alors qu'aucune nation ne peut bâtir durablement son développement sur la défiance. L'histoire économique mondiale le démontre : les pays qui réussissent sont souvent ceux où les citoyens ont confiance dans leurs institutions, dans leurs règles et dans leurs perspectives d'avenir. Les pays nordiques constituent un exemple souvent cité. Les niveaux élevés de confiance envers l'État, l'école, la justice ou les services publics y favorisent le respect des règles, l'engagement citoyen et l'acceptation des réformes. En Asie, des pays comme la Corée du Sud ont bâti leur transformation économique non seulement sur l'investissement et l'éducation, mais aussi sur une forte adhésion collective à un projet national partagé. À l'inverse, lorsque la confiance s'érode, les conséquences sont multiples : désengagement citoyen, abstention électorale, fuite des talents, économie informelle, corruption et repli sur des stratégies individuelles de survie au détriment du projet collectif. La confiance crée et développe le sentiment d'appartenance. Elle donne envie de participer, de construire, d'investir, de partager et de rester. Un jeune qui croit en son pays cherchera davantage à y développer son projet. Un entrepreneur qui fait confiance aux institutions investira davantage. Un citoyen qui croit en l'équité du système acceptera plus facilement ses devoirs fiscaux et civiques. Le défi est donc immense. Il ne s'agit pas seulement de communiquer davantage ou de multiplier les slogans et le mensonge chez certains. La confiance se construit par des résultats tangibles. Elle se construit lorsque l'école publique offre les mêmes chances à tous. Elle se construit lorsque l'hôpital public soigne avec efficacité et dignité. Elle se construit lorsque la compétence est récompensée et reconnue. Elle se construit lorsque les services publics répondent rapidement aux attentes des citoyens. Elle se construit lorsque les responsables rendent des comptes et que les engagements pris sont respectés. À la veille des élections, les formations politiques gagneraient à placer cette question au cœur de leurs programmes. Au‑delà des promesses sectorielles, les Marocains attendent un contrat de confiance. Le véritable enjeu n'est pas seulement de savoir quel projet sera proposé aux citoyens. Il est de savoir si les citoyens croiront suffisamment en ce projet pour s'y engager. Le Maroc dispose d'atouts considérables : **sa monarchie**, sa stabilité, sa jeunesse, sa position géographique, ses infrastructures, sa vision stratégique et ses ambitions internationales. Mais pour transformer ces atouts en puissance durable, il devra renforcer ce lien invisible qui unit les citoyens à leur pays. Le chantier de la confiance est certainement le plus difficile de tous. Mais il est aussi le plus déterminant. Car lorsqu'un peuple gagne ou retrouve confiance en lui‑même, dans ses institutions et dans son avenir, il devient capable de réaliser ce qui paraissait impossible. C'est à ce prix que le Royaume retrouvera sa grandeur longtemps endormie. Merci à notre équipe nationale de nous avoir rappelé que la confiance est le capital le plus précieux.

« Send Them Back » : le jour où le Parlement européen a applaudi la xénophobie 578

Il y a parfois des images qui résument à elles seules une époque. Celle de députés européens, élus pour défendre les valeurs fondatrices de l'Union européenne, scandant en chœur « Send them back ! » (« Renvoyez‑les chez eux ! ») à l'issue du vote autorisant les États membres à expulser des migrants vers des centres situés hors du territoire européen restera comme l'une des plus inquiétantes. Ce slogan, emprunté au vocabulaire le plus brutal des mouvements nationalistes, dépasse largement le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine. Il ne vise pas seulement les personnes en situation irrégulière. Il désigne, dans l'imaginaire d'une partie de l'extrême droite européenne, tous ceux qui ont le malheur d'être différents : Africains, Arabes, Amazighs, Latinos, musulmans, réfugiés ou simplement étrangers. En quelques mots, c'est une vision de l'Europe qui s'exprime : une Europe fermée, méfiante et obsédée par la pureté de ses frontières. Le plus grave n'est pas que cette rhétorique existe, elle a toujours existé et existera sans doute encore. Le plus grave est qu'elle trouve aujourd'hui un écho jusque dans l'hémicycle du Parlement européen, avec la complicité de partis de droite traditionnelle qui, par opportunisme électoral, par conviction ou peut‑être par simple bêtise, choisissent de reprendre les thèmes de l'extrême droite plutôt que de les combattre. Très bien. « Send them back », disent‑ils. Poussons donc l'exercice intellectuel jusqu'au bout. Renvoyez‑les tous. Renvoyez les infirmières venues d'Afrique qui font fonctionner les hôpitaux européens. Renvoyez les aides‑soignants qui prennent soin des personnes âgées, de plus en plus nombreuses et de plus en plus démunies. Renvoyez les ouvriers du bâtiment, les chauffeurs de bus, les employés de nettoyage, les travailleurs agricoles qui récoltent les fruits et les légumes. Renvoyez les livreurs qui nourrissent ceux nombreux incapables de faire leurs courses eux mêmes. Renvoyez les ingénieurs, les médecins, les chercheurs, les étudiants qui animent les universités et les hôpitaux. Renvoyez les entrepreneurs étrangers qui créent des entreprises et paient des impôts. Renvoyez les footballeurs et les athlètes qui font la joie des jeunes et des nations. Renvoyez‑les tous, ces « indésirables », et trouvez ailleurs, sur une autre planète, ceux qui feront tourner l'Europe demain. La réalité démographique est implacable, messieurs les députés. L'Europe vieillit à vue d'œil. Son taux de fécondité est inférieur au seuil de renouvellement des générations, dans la quasi‑totalité des pays. Les pays d'Europe de l'Est, naguère pourvoyeurs de bras et de cerveaux, sont devenus plus prospères ; leurs habitants préfèrent rester chez eux. Les actifs sont de moins en moins nombreux tandis que les retraités sont toujours plus nombreux. Les systèmes de santé, les retraites et les services publics reposent déjà largement sur des travailleurs issus de l'immigration. Toutes les grandes institutions internationales le rappellent : sans immigration, une grande partie des économies européennes manqueront de main‑d'œuvre dans les prochaines décennies. Non seulement les migrants ne sont pas un fardeau économique, mais ils constituent souvent une partie de la solution à la crise démographique, et donc économique, qui menace le continent. L'ironie est saisissante : ceux que certains présentent comme des « indésirables » sont précisément devenus plutôt indispensables au fonctionnement quotidien de vos sociétés. Les renvoyer massivement reviendrait à fragiliser les hôpitaux, les transports, l'agriculture, le bâtiment, la restauration et une multitude de secteurs déjà sous tension. Les conséquences humaines et économiques seraient considérables, parfois désastreuses. L'Europe semble aussi oublier une autre vérité historique. Pendant des siècles, ce sont les Européens qui ont quitté leur continent par millions pour chercher une vie meilleure ailleurs : vers les Amériques, l'Australie ou l'Afrique. Plus récemment encore, des millions d'Européens ont émigré pour fuir les guerres, les dictatures ou la misère. Aujourd'hui, le continent qui a longtemps produit des migrants voudrait interdire aux autres de suivre le même chemin. Ce paradoxe révèle une crise morale inquiétante. L'Union européenne aime rappeler qu'elle est fondée sur les droits de l'homme, la dignité et la solidarité. Ces principes ne devraient pas disparaître dès qu'il est question d'immigration. Contrôler ses frontières est un droit souverain. Lutter contre les réseaux de passeurs est une nécessité. Organiser une immigration légale est indispensable. Mais transformer des êtres humains en boucs émissaires et reprendre des slogans de haine constitue une faillite politique et éthique. Lorsque des élus applaudissent au cri de « Send them back », ils n'abaissent en rien les personnes visées. Ils abaissent sûrement l'institution qu'ils représentent. Une démocratie se juge à la manière dont elle traite ses minorités, ses étrangers et les plus vulnérables. Si le Parlement européen devient une tribune où la xénophobie est applaudie, alors c'est l'idée même de l'Europe qui est en danger. Oui, renvoyez‑les donc... et regardez ensuite qui soignera vos malades, construira vos logements, récoltera vos fruits, financera vos retraites et fera vivre une économie déjà condamnée par le vieillissement à manquer de bras. Ce jour‑là, l'Europe découvrira peut‑être que ceux qu'elle qualifiait d'« indésirables » étaient, en réalité, devenus indispensables. Et il sera peut‑être trop tard pour les rappeler. Leurs pays connaîtront aussi la prospérité tôt ou tard — ainsi le rappelait Ibn Khaldoun.

Le retour au GMT : une décision tardive au calendrier trop parfait... 657

Le Maroc s'apprête à tourner une page ouverte il y a huit ans. À compter du 20 septembre 2026, le Royaume abandonnera définitivement — peut‑être — le régime du GMT+1 permanent pour revenir à son heure dite légale : le GMT. Pour beaucoup de Marocains, cette annonce est un soulagement. Mais derrière cette satisfaction se cache une interrogation politique qui mérite d'être posée : pourquoi avoir attendu la fin du mandat gouvernemental et, surtout, pourquoi programmer ce retour à quelques jours seulement d'un scrutin décisif ? Le GMT avait été décrété pour la première fois en 1913, avant que l’on ne passe au GMT+1 en 1918. Il y eut quelques changements périodiques, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, mais c'est en 1967 que le choix du GMT fut définitivement acté. À l'époque de l'Empire chérifien, il n'existait pas d'heure officielle : chaque ville réglait ses horloges en fonction du soleil. Le choix du GMT fut politique, mais aussi une évidence géographique et astronomique. Les journées s'organisaient en harmonie avec le lever et le coucher du soleil, un rythme qui structurait la vie économique, sociale et religieuse. En 2008, le Maroc réintroduit l'heure d'été, déja essayée avant. L'objectif affiché était de réaliser des économies d'énergie et de rapprocher le pays des horaires européens pendant une partie de l'année. Les Marocains se sont progressivement habitués aux changements saisonniers, malgré des critiques récurrentes. La véritable rupture intervient cependant en octobre 2018. Par décret du chef du gouvernement Saadeddine El Othmani, adopté quelques jours avant le changement d'heure habituel, le gouvernement décide de maintenir définitivement le GMT+1, ne revenant au GMT que pendant le mois de Ramadan. Cette décision, prise sans véritable débat public ni consultation approfondie, bouleverse durablement le quotidien des citoyens. Les justifications avancées étaient connues : améliorer la compétitivité économique, faciliter les échanges avec les partenaires européens et optimiser l'organisation administrative. Mais très rapidement, les effets négatifs se font sentir. Le gouvernement avait oublié, tout bonnement, de réadapter les horaires de l'administration et ceux de l'enseignement notamment. Il ne s’est pas donné la peine de mesurer les conséquences sociales de la décision, ni d’ajuster certains rythmes. Des millions d'élèves quittent désormais leur domicile avant le lever du soleil pendant plusieurs mois de l'année. Les rythmes biologiques sont perturbés. Les familles dénoncent une fatigue chronique, particulièrement chez les enfants de bas âge. Enseignants, salariés et de nombreux professionnels évoquent des difficultés d'adaptation devenues permanentes. Peu à peu, le maintien du GMT+1 a cessé d'être un simple sujet technique pour devenir le symbole d'une décision imposée sans adhésion populaire. Cette contestation n'a jamais disparu. Chaque année, à l'approche du Ramadan et des ajustements d'heure qui s'ensuivaient, les réseaux sociaux relançaient le débat. Des pétitions circulaient, des associations interpellaient les pouvoirs publics. Les experts eux-mêmes étaient loin d'être unanimes sur les bénéfices économiques réels de cette mesure. Autrement dit, le gouvernement ne peut raisonnablement prétendre découvrir aujourd'hui l'ampleur du rejet. C'est précisément ce qui rend la décision actuelle politiquement intéressante. Le retour au GMT n'est pas le fruit d'une révélation soudaine. Il constitue l'aboutissement d'une revendication ancienne que les autorités avaient jusque‑là choisi d'ignorer. Dès lors, la véritable interrogation n'est plus de savoir si le retour au GMT est une bonne décision — beaucoup répondront par l'affirmative — mais plutôt celle du moment choisi et de l'absence d'un bilan objectif des gains ou pertes, économiques et sociaux, depuis 2018. Sur le plan juridique, rien n'est contestable. Le gouvernement dispose pleinement du pouvoir de fixer l'heure légale du pays. Le décret adopté en Conseil de gouvernement est conforme aux compétences de l'exécutif. Mais la politique ne se réduit jamais au droit. Lorsqu'une mesure touche directement la vie quotidienne de près de quarante millions de citoyens, son calendrier devient lui aussi un acte politique. Elle touche par ailleurs de nombreux secteurs économiques liés à l'Europe. Le 20 septembre 2026 intervient en pleine séquence électorale, à quelques jours seulement d'un scrutin législatif particulièrement attendu. Peut‑on sérieusement croire qu'un tel calendrier soit purement fortuit ? Il est difficile d'ignorer la portée symbolique d'une décision qui efface précisément l'une des réformes dont l'impopularité était ravivée chaque Ramadan, au moment où les électeurs se rendront aux urnes. Le soupçon devient inévitable. Trois explications peuvent être avancées. - La première est celle d'une correction tardive. Le gouvernement aurait finalement reconnu que le maintien permanent du GMT+1 constituait une erreur politique et sociale qu'il convenait de réparer avant de quitter ses fonctions. - La deuxième relève du calcul électoral. En supprimant une source quotidienne d'irritation, l'exécutif chercherait à restaurer une partie de son capital de sympathie au moment où chaque voix compte. - La troisième tient de la communication politique. Tout gouvernement préfère achever son mandat sur une décision populaire plutôt que sur le souvenir d'une réforme largement contestée. Ces hypothèses ne s'excluent pas mutuellement. Il est parfaitement possible qu'un gouvernement corrige une erreur sincèrement reconnue tout en choisissant le moment où cette correction produira l'effet politique maximal. C'est précisément cette ambiguïté qui nourrit le débat. Au fond, l'affaire dépasse largement la seule question des aiguilles d'une montre : elle interroge la manière dont les gouvernements prennent leurs décisions et, surtout, la façon dont il accepte, ou refuse, de reconnaître leurs erreurs. Pourquoi avoir laissé s'installer pendant huit ans un mécontentement aussi largement partagé avant d'y répondre ? Pourquoi avoir attendu les derniers jours d'un mandat pour revenir à une solution que la géographie, l'histoire et une large part de l'opinion publique considéraient comme la plus naturelle ? En politique, les décisions comptent, mais leur calendrier parle souvent autant que leur contenu. Le retour au GMT apaise sans doute le quotidien de millions de Marocains. C'est probablement une décision de bon sens. Pour autant, le choix du moment laisse une impression persistante : celle d'un gouvernement qui attend que les urnes approchent pour écouter ce que les citoyens répétaient, à tort ou à raison, depuis huit ans. Le temps officiel revient peut‑être enfin à l'heure du Maroc. Reste à savoir si le temps politique, lui, n'est pas arrivé un peu trop tard. En tout cas voilà que nous allons changer d'heure sans un bilan scientifique véritable et commensurable des effets profitables ou non, du changement de 2018.

La démocratie britannique à bout de souffle ? 640

Que se passe-t-il donc avec la démocratie britannique ? Longtemps présentée comme le modèle par excellence du parlementarisme moderne, le Royaume‑Uni donne aujourd’hui l’image d’un système politique en perte de stabilité et possiblement essoufflé. La récente démission du Premier ministre, le 8ème en seulement dix ans, pose une question de fond : peut‑on gouverner efficacement une grande puissance lorsque le pouvoir change de mains presque chaque année ? Pendant près de deux siècles, le modèle de Westminster a été érigé en référence universelle. De Londres à Ottawa, de Canberra à New Delhi, en passant par de nombreuses anciennes colonies, les institutions britanniques ont inspiré des constitutions, des systèmes électoraux et des pratiques parlementaires. L’idée était simple : un gouvernement responsable devant le Parlement, une opposition organisée, une alternance pacifique et une remarquable continuité de l’État. Ce modèle a longtemps fonctionné parce qu’il reposait sur des piliers solides : deux grands partis capables de gouverner durablement, une administration puissante, une monarchie constitutionnelle au‑dessus des querelles partisanes et une culture politique privilégiant le compromis plutôt que la confrontation. Aujourd’hui, cette architecture montre des fissures inquiétantes. Son fonctionnement est à bout de souffle. Depuis le référendum sur le Brexit en 2016, la vie politique britannique est entrée dans une période de turbulences quasi permanente. Les Premiers ministres se succèdent à un rythme inédit : David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss, Rishi Sunak, Keir Starmer — pour ne pas tous les citer — et désormais un nouveau chef du gouvernement bientôt. Huit dirigeants en dix ans : un chiffre que l’on associerait généralement à une démocratie instable ou à un régime en crise, certainement pas à la plus ancienne démocratie parlementaire. Cette instabilité ne relève pas seulement des élections. La plupart de ces dirigeants n’ont pas été renversés par les électeurs mais par leur propre parti. Le Premier ministre britannique dépend avant tout de la confiance de sa majorité parlementaire. Dès que celle‑ci s’effrite, les députés organisent une rébellion interne, changent de leader et, par conséquent, changent de chef du gouvernement sans consultation populaire. Sur le plan constitutionnel, le mécanisme est parfaitement légal. Sur le plan démocratique, il soulève néanmoins une interrogation fondamentale : jusqu’où peut‑on remplacer des dirigeants au plus haut niveau sans redemander l’avis des citoyens, qui sont considérés par la Constitution comme les véritables décideurs ? Le cas de Liz Truss en 2022 reste emblématique. Véritable anecdote politique quasi unique — hormis, peut‑être, certains développements récents en France et dans des systèmes différents — elle a été élue à la tête du Parti conservateur puis n’est restée en fonction que quarante‑neuf jours, contrainte à la démission après l’effondrement de la confiance des marchés. Son successeur, Rishi Sunak, est arrivé au pouvoir sans élection générale. Là, le scénario semble se répéter. Cette volatilité a des conséquences concrètes. Chaque nouveau Premier ministre arrive avec son équipe, ses priorités, ses promesses et parfois une vision radicalement différente de celle de son prédécesseur. Les réformes sont lancées puis abandonnées. Les stratégies économiques changent. Les partenaires internationaux peinent à identifier une ligne politique durable. Les investisseurs hésitent face à cette imprévisibilité. Peut‑on conduire des politiques publiques de long terme lorsque les gouvernements vivent dans une campagne électorale permanente ? La transition énergétique, la modernisation du système de santé, la réforme de l’immigration ou le redressement économique exigent de la constance et une stabilité à toute épreuve. Or celle‑ci devient de plus en plus hypothétique. Le paradoxe est frappant. Les défenseurs du système britannique voient dans cette capacité à remplacer rapidement un dirigeant la preuve de sa vitalité : un chef du gouvernement impopulaire ou inefficace peut être écarté sans provoquer de crise institutionnelle majeure. Le système corrigerait ainsi ses propres erreurs. On peut y voir au contraire le symptôme d’une démocratie confisquée par les appareils partisans. Les électeurs choisissent un programme et un leader; quelques mois plus tard, ils découvrent parfois un autre Premier ministre, porteur d’une autre orientation, sans avoir été consultés. La crise dépasse d’ailleurs les seules personnes. Elle révèle une transformation profonde de la politique britannique : fragmentation des partis, montée des populismes, perte de confiance envers les élites, influence croissante des réseaux sociaux, personnalisation extrême du pouvoir et difficulté à construire des majorités durables. Le copinage et les intérêts des uns et des autres ne sont jamais très loin. Le Brexit n’a pas créé ces fractures ; il les a révélées et amplifiées. Cette évolution interroge également le prestige international du modèle britannique. Pendant longtemps, Londres donnait des leçons de gouvernance au reste du monde. Aujourd’hui, certains pays autrefois invités à imiter Westminster observent avec étonnement les difficultés de son inventeur. La démocratie britannique n’est plus ce modèle de stabilité qu’elle prétendait incarner. Certains parmi nous pensaient bien qu’il s’agissait du modèle parfait et qu’on pouvait le transposer au Maroc. Faut‑il conclure à son déclin ? Ce serait aller trop vite. Les institutions britanniques conservent des atouts considérables : une justice indépendante, une presse libre, une administration compétente et une tradition parlementaire profondément enracinée. Peu de pays traverseraient une telle succession de crises sans remettre en cause leur ordre constitutionnel. Mais une autre évidence s’impose : la stabilité politique, qui constituait la principale force du système britannique, n’est plus acquise. Lorsqu’un pays change huit fois de chef de gouvernement en une décennie, il ne peut plus invoquer la seule tradition pour rassurer ses citoyens ou convaincre le reste du monde. Certains extrêmes sont là aux aguets. Le Royaume‑Uni reste une démocratie solide. Il n’est cependant plus l’exemple incontesté qu’il fut pendant deux siècles. Son histoire récente rappelle une vérité souvent oubliée : aucune démocratie, aussi ancienne soit‑elle, n’est définitivement à l’abri de l’usure de ses institutions. La question n’est donc plus de savoir si le modèle britannique traverse une crise. Les faits répondent déjà par l’affirmative. La véritable interrogation est ailleurs : s’agit‑il d’une crise passagère, liée aux secousses exceptionnelles du Brexit et des crises économiques, ou bien des premiers signes de l’essoufflement d’un système politique qui, pendant près de deux siècles, a façonné une grande partie des démocraties contemporaines sans toujours leur apporter la stabilité promise ? God save the King.

Crise du leadership : La nation n'aura que les dirigeants qu’elle mérite... 719

L’homme naît d’abord avec un réflexe primaire : se défendre. Défendre son corps, son territoire immédiat, sa survie. Cet instinct est ancien, presque animal. Avec l’évolution sociale et intellectuelle, cet horizon s’élargit. L’homme devient capable de défendre sa famille, son clan, puis parfois une communauté. Mais rares sont ceux capables de penser et de défendre durablement l’intérêt d’une nation entière. C’est pourtant cette capacité qui distingue le véritable homme d’État du simple acteur politique et du citoyen suiveur. Cette réalité éclaire une grande difficulté des systèmes modernes à produire de véritables leaders et davantage dans les contrées en plein développement où le niveau de vie se conjugue majoritairement avec celui de conscience et de la clarté de la vision. La plupart des individus raisonnent naturellement à partir de leurs intérêts immédiats. Même dans les démocraties les plus avancées, beaucoup de responsables politiques défendent d’abord leur carrière, leur clientèle électorale, leur groupe régional, ethnique, économique ou idéologique. Peu parviennent à s’extraire de cette logique pour adopter une vision nationale de long terme. L’histoire politique mondiale regorge d’exemples illustrant cette différence fondamentale entre le gestionnaire et le leader. Un gestionnaire administre l’existant. Un leader transforme une société en portant une vision qui dépasse son propre intérêt. Lorsque le général Charles de Gaulle revient au pouvoir en 1958, la France est profondément divisée par la guerre d’Algérie. Il aurait pu choisir la facilité politique en s’alignant sur les groupes les plus puissants du moment. Il choisit au contraire une voie douloureuse mais qu’il considérait conforme à l’intérêt stratégique de la France. Cette capacité à penser la nation avant les passions immédiates définit précisément le leadership historique. De la même manière, Nelson Mandela aurait pu gouverner l’Afrique du Sud dans un esprit de revanche après vingt-sept années de prison. Il choisit la réconciliation nationale. Là encore, il ne défendait plus un groupe, mais une idée supérieure de la nation. Ses successeurs vont dilapider le capital cumulé. Nombre de pays souffrent aujourd’hui d’une fragmentation politique permanente. Les partis deviennent des machines électorales centrées sur les équilibres internes, les ambitions personnelles ou les calculs de court terme. Le débat politique se réduit alors à une compétition quantitative : combien de sièges, combien de voix, quelles coalitions. C’est précisément ici qu’intervient le rôle théorique des partis politiques. Dans les démocraties modernes, les partis ne devraient pas être de simples instruments de conquête électorale. Leur mission fondamentale est beaucoup plus noble et plus difficile : détecter, former et promouvoir des personnalités capables de dépasser les intérêts particuliers pour incarner l’intérêt général. Or cette mission est devenue extrêmement complexe. La massification médiatique, la domination des réseaux sociaux et la politique du buzz favorisent souvent les profils les plus visibles plutôt que les plus visionnaires. On récompense davantage la capacité à produire une phrase virale que l’aptitude à construire une stratégie nationale sur vingt ans. Le temps médiatique est devenu plus rapide que le temps politique. Cette dérive explique pourquoi tant de sociétés connaissent aujourd’hui une crise du leadership. Les dirigeants sont parfois élus par mécanisme statistique plus que par véritable adhésion à une vision. Le suffrage universel demeure indispensable, mais il ne garantit pas automatiquement l’émergence des meilleurs. Il permet surtout de désigner les plus capables de gagner une majorité. Entre être élu et être un leader historique, il existe pourtant une immense différence. Un leader véritable possède plusieurs caractéristiques rares : la capacité de sacrifice personnel, la vision à long terme, le courage de l’impopularité temporaire et surtout l’aptitude à faire converger des intérêts contradictoires autour d’un projet national. C’est pourquoi les grandes nations investissent énormément dans la formation de leurs élites politiques, administratives et intellectuelles. Les universités, les grandes écoles, les institutions militaires ou diplomatiques jouent souvent un rôle majeur dans la fabrication des dirigeants. Les États-Unis ont Harvard University, Yale University ou Stanford ; la France possède Sciences Po ou l’ancienne ENA ; le Royaume-Uni s’appuie depuis des siècles sur University of Oxford et University of Cambridge. Ces institutions ne produisent pas automatiquement des génies politiques. Mais elles créent des espaces où se construit une culture de l’État et de la nation. Dans les pays en développement, la difficulté est encore plus grande. Le poids des appartenances locales, tribales, économiques ou clientélistes peut parfois empêcher l’émergence d’une véritable conscience nationale. Le responsable politique devient alors le défenseur d’un segment de société ou de groupe d'intérêts plutôt que le serviteur de l’ensemble national. Or aucune nation ne peut durablement progresser sans dirigeants capables d’élever le débat collectif au-dessus des intérêts immédiats. Le grand défi politique du XXIe siècle n’est donc pas uniquement économique ou technologique. Il est humain. Comment former des femmes et des hommes capables de penser plus loin qu’eux-mêmes ? Comment produire des dirigeants qui acceptent parfois de perdre politiquement pour faire gagner leur pays historiquement ? À cet égard, la situation qui se dessine au Maroc illustre crûment cette crise de leadership, avec des partis essoufflés, incapables de renouveler leurs élites et leurs discours, tandis que le champ politique oscille entre le populisme tapageur des uns, le silence ou l’incompétence assumée des autres, et la prolifération de spécialistes du mensonge et de la promesse creuse, à moins de trois mois d’élections législatives cruciales pour l’avenir du pays. Ou en sommes-nous des personnalités telles que Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid, Abdelkhalek Torres, Mohamed Hassan El Ouazani et d'autres encore. Elles sont toutes le produit d'une conscience et d'un contexte historique. Ou en est on justement des véritables défis, de la conscience et de la responsabilité. Quid du contexte qui ne nous laisse plus aucun choix. Où aller de l'avant et consolider la trajectoire ascendante du pays ou au contraire rater le tournant technologique comme nous avions raté celui de la mécanisation. Les conséquences chacun le sait: L'Empire Chérifien avait fini par être mis sous protectorat et disloqué. Bon nombre de citoyens sont aujourd'hui convaincu que la réponse ne peut venir uniquement des urnes. Elle dépend aussi de l’éducation, de la culture politique, de la qualité des institutions, de l'honnêteté des citoyens et de la maturité de la société. Car au fond, une nation obtient souvent les leaders qu’elle prépare, qu’elle valorise… et qu’elle mérite.

Le paradoxe marocain : une puissance émergente confrontée au défi du récit international!!! 753

À l'heure où les rapports de force internationaux se jouent autant dans l'espace informationnel que sur les terrains diplomatique, économique ou militaire, l'image d'un pays est devenue un actif stratégique. Une récente étude menée par le cabinet Affinytix, domicilié à Casablanca, ayant analysé 4 158 articles publiés par 363 médias dans 53 pays entre septembre 2025 et mars 2026, a révélé un décalage marqué entre les relations diplomatiques du Maroc et sa couverture médiatique internationale. Affinytix a mis en lumière un paradoxe révélateur : le Royaume accumule les succès et renforce sa position sur la scène internationale, mais peine encore laborieusement à imposer un récit cohérent et influent à la mesure de ses ambitions. **Une visibilité croissante qui attire l'attention** Depuis deux décennies, le Maroc s'est imposé comme l'un des acteurs les plus dynamiques du continent africain. Son positionnement géographique, sa stabilité institutionnelle, sa stratégie africaine win win, ses investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables et la logistique ont contribué à renforcer son statut régional. Les avancées diplomatiques considérables enregistrées sur la question du Sahara marocain, le développement du complexe portuaire Tanger Med et de ceux à venir à Nador et Dakhla, le gazoduc Nigéria-Maroc, les projets liés à l'économie verte ou encore l'Initiative Atlantique destinée aux États du Sahel, témoignent d'une volonté affirmée de projection internationale. Cette montée en puissance s'accompagne d'une exposition médiatique croissante. Or, dans le système international contemporain, plus un pays gagne en influence, plus il devient l'objet d'analyses critiques, de rivalités narratives et parfois de campagnes de déstabilisation informationnelle. Le quotidien du pays avec son voisin de l'est et ce qui s'est passé pendant et après la CAN 2025 en sont le révélateur parfait. **Le décalage entre les réalisations et leur perception** L'une des principales conclusions de l'étude d'Affinytix réside dans l'existence d'un écart significatif entre les réalisations du Maroc et la manière dont elles sont perçues à l'étranger. Alors que les décideurs marocains mettent en avant les performances économiques, les réformes institutionnelles et les succès diplomatiques, une partie de la presse internationale continue de privilégier les sujets liés aux tensions régionales, aux questions migratoires ou aux problématiques sociales réelles ou imaginées. Ce phénomène révèle une faiblesse structurelle : le Maroc communique souvent sur ses actions mais peine encore à transformer celles-ci en récit stratégique capable de s'imposer durablement dans les grands espaces médiatiques internationaux. Autrement dit, le Royaume produit des résultats mais ne contrôle pas toujours la narration qui les accompagne. Là aussi la CAN 2025 en a donné un signal éloquent. **La bataille des récits : un enjeu du XXIe siècle** La compétition internationale ne se limite plus aux indicateurs économiques ou aux équilibres militaires. Elle se déroule également dans le domaine de l'influence, où les perceptions façonnent les décisions politiques, les investissements et les alliances. Les grandes puissances ont compris depuis longtemps que le « soft power » constitue un levier essentiel de leur rayonnement. Universités, centres de réflexion, médias internationaux, diplomatie culturelle, musique, cinéma, séries télévisées et plateformes numériques contribuent à construire une image favorable et à diffuser une vision du pays et du monde avec le prisme du pays qui en est l'auteur. Dans ce domaine, le Maroc dispose d'atouts considérables mais insuffisamment mobilisés, rarement ou maladroitement exploités. Son héritage historique, sa stabilité, sa diversité et richesse culturelle, son modèle religieux modéré, son ouverture sur l'Afrique et sa position de carrefour entre plusieurs espaces géopolitiques constituent autant d'éléments susceptibles de nourrir un récit attractif, puissant et crédible. **Les défis internes de la crédibilité** Toute stratégie d'influence repose toutefois sur une condition essentielle : la cohérence entre le discours et la réalité. Les difficultés liées aux inégalités sociales, à l'emploi des jeunes, à la qualité de certains services publics ou aux disparités territoriales, continuent d'alimenter des critiques acerbes à l'intérieur et alimente copieusement l'extérieur. C'est qu'au Maroc, il y a une véritable liberté d'expression dont certains médias étrangers ne veulent pas entendre. Il y a par ailleurs une vie politique très dynamique sans égal dans la zone Mena. Les réseaux sociaux ont permis à certains, avide de points Adsense, de s'exprimer et dans beaucoup de cas diffuser impunément des propos calomnieux. Ces défis ne remettent pas en cause les progrès réalisés, mais ils montrent que l'influence internationale se construit d'abord sur la solidité des performances internes. L'image d'un pays ne peut durablement prospérer si elle n'est pas soutenue par des résultats tangibles, perceptibles, reconnus et révélés par sa propre population. **Vers une diplomatie du récit** Face à ce constat, le Maroc gagnerait à franchir une nouvelle étape dans sa stratégie internationale. La première consiste à passer d'une logique de communication à une logique d'influence. Il ne s'agit plus seulement d'informer mais de convaincre, d'inspirer et de façonner les perceptions. La deuxième implique la mobilisation coordonnée des universités, des centres de recherche, des médias, de la diaspora, des entrepreneurs et des intellectuels marocains afin de porter un discours cohérent sur les transformations du pays. La troisième suppose le développement de capacités d'anticipation permettant de détecter rapidement les campagnes informationnelles hostiles et d'y répondre avec efficacité. Enfin, la consolidation des réformes économiques et sociales demeure la meilleure garantie de crédibilité internationale. L'analyse d'Affinytix met en évidence une réalité fondamentale : le Maroc souffre moins d'un déficit de réalisations que d'un déficit de narration stratégique. Le Royaume avance certainement beaucoup plus vite que l'image qui en est projetée à l'international et à laquelle sont sensibles également les citoyens marocains et qui est largement exploitée également par les sceptiques et ceux imprégnés de certaines idéologies ou croyances. Dans un monde où l'influence est devenue une dimension essentielle de la puissance, l'enjeu n'est plus uniquement de construire des infrastructures, de signer des accords ou de remporter des succès diplomatiques. Il consiste désormais à inscrire ces réalisations dans un récit global capable d'expliquer au monde ce que représente aujourd'hui le Maroc et ce qu'il aspire à devenir demain. La prochaine étape du développement marocain pourrait ainsi être moins matérielle que narrative : transformer la réussite en influence et l'influence en puissance crédible et durable.

Quand les plateaux de football deviennent des tribunes de géopolitique mal inspirée... 755

La Coupe du monde est d’abord une fête du sport, un moment où tactique, technique, pronostics et récit collectif tiennent l’affiche. Pourtant, à chaque grande compétition, depuis quelques temps, certains plateaux médiatiques se transforment en arènes politiques improvisées. Les débats consacrés au jeu basculent trop souvent vers des joutes géopolitiques mal maîtrisées, au détriment de l’analyse sportive et du respect entre peuples. La télévision offre une visibilité précieuse. Pour un consultant, un chroniqueur ou un animateur, être invité sur un plateau signifie la possibilité d’éclairer, d’informer et de partager un savoir-faire. Mais la notoriété ne confère pas la compétence. Or, nous assistons ces derniers jours à une tendance préoccupante : des intervenants dont la légitimité porte sur le football se muent en politologues d’occasion lorsqu’il s’agit des sélections maghrébines. Plutôt que d’expliquer un choix tactique, une prestation technique ou d’analyser une préparation physique, certains profitent du micro pour dénoncer ou instrumentaliser des tensions historiques et diplomatiques. Le ton devient agressif et les propos se font ridicules, oscillant entre antisémitisme, invectives de caniveau et dénigrements maladifs. Cette dérive n’est pas anodine. Elle repose sur une confusion des registres : parler de football suppose une expertise sportive ; parler de relations internationales exige la maîtrise des faits, du recul historique et de la prudence rhétorique. Les deux domaines reposent sur des méthodologies différentes. Les réduire l’un à l’autre, c’est mettre en danger la qualité du débat public. L’effet loupe médiatique implique que la visibilité devrait se conjuguer avec responsabilité. Le deuxième problème tient à l’impact. Un plateau télé est regardé par des milliers, voire des millions de personnes. Les phrases prononcées en direct sont reprises et amplifiées sur les réseaux sociaux, parfois sorties de leur contexte. Quand un chroniqueur émet une opinion tranchée sur l’histoire ou la diplomatie, le public peut la percevoir comme un verdict autorisé. Ce phénomène est d’autant plus dangereux qu’il peut faire passer une vision partisane, volontairement orientée pour une « vérité » médiatique, alimentant ressentiments et stéréotypes entre peuples frères. Il faut rappeler une évidence : aucun intervenant ne parle au nom d’un peuple. La délégation de parole, dans une démocratie médiatique, n’est pas synonyme de mandat. Confondre la voix d’un consultant et celle d’une nation est une erreur aussi fréquente que dommageable. Les passions sportives ne doivent pas ainsi piétiner des liens séculaires. Si les envolées verbales font les choux gras des talk-shows, elles ne sauraient occulter une réalité plus solide : les liens entre les peuples du Maghreb reposent sur des siècles d’histoire partagée, des échanges économiques et culturels et des solidarités familiales. Ces liens résistent, la plupart du temps, aux excès des plateaux et aux errements de certains "politiques". Les rivalités sportives s’inscrivent souvent dans un cadre de compétitivité saine ; elles ne doivent pas être transformées en conflit politique dont le simple objectif de masquer telle ou telle faiblesse. Distinguer la règle de l’exception est donc essentiel. Les dérapages existent, mais ils ne rendent pas compte de l’ensemble des relations humaines et culturelles dans la région ou encore de la situation véritable de tel ou tel pays. Par contraste, la majorité des supporters, journalistes sportifs et analystes travaillent à faire du sport un vecteur d’échanges, pas un prétexte pour polariser les sociétés. Les plateaux qui ont permis ces dérives feraient bien de revenir aux bonnes pratiques pour reconquérir le débat. Il est possible de restaurer la qualité des émissions ; les responsables des médias concernés et les gouvernants ont le devoir de veiller à cela, à moins que cela ne les arrange. A moins qu'ils ne soient complices, quelques recommandations pratiques s’imposent à eux : - Clarifier les cadres : distinguer nettement les séquences sportives des débats sociopolitiques, avec des animateurs qui recentrent le propos lorsqu’il dégénère. - Encourager la nuance : promouvoir des interventions documentées, sourcées et nuancées plutôt que l’emphase et la provocation gratuites. - Responsabiliser les médias : établir des chartes éditoriales qui précisent le périmètre d’intervention des consultants et sanctionnent les dérives factuelles. - Former les intervenants : proposer aux consultants sportifs des sessions de sensibilisation aux enjeux historiques et diplomatiques, et inversement. - Respecter les compétences : inviter sur les sujets géopolitiques des spécialistes qualifiés (universitaires, historiens, diplomates) et les distinguer des débats sportifs. Ces mesures ne visent pas à museler la parole, mais à la rendre plus légitime et utile. Elles sont ici avancées en sachant que cela ne fera pas forcément reculer les fauteurs de troubles. Mais au-delà du confort déontologique, l’enjeu est concret : la crédibilité du débat public. Lorsque l’ignorance se fait passer pour expertise, c’est l’ensemble de l’audience qui perd. Le spectateur vient chercher une explication sur la performance d’une équipe, pas une leçon d’histoire tronquée au service de la haine et de la discrimination. Le risque est de banaliser l’approximation intellectuelle et d’instrumentaliser la télévision comme caisse de résonance de rancœurs mal informées et sans doute entachées de propagande bas de gamme. Le football mérite mieux que d’être détourné au profit de polémiques prématurées et mal fondées. Les plateaux sportifs doivent rester des espaces d’analyse du jeu, de célébration des performances et d’échanges respectueux. Lorsque la politique doit être discutée, appelons des voix qualifiées et donnons-leur le temps de l’analyse. Cesser d’inviter la géopolitique improvisée, c’est rendre au sport sa fonction première : rapprocher les peuples, non les éloigner. La polémique et l'insultes n'enlèvent rien au mérite d'un pays et de ses réussites, pas plus qu'elles n'anoblissent ceux et celles qui les colportent.

Démographie : le défi existentiel du Maroc du XXIe siècle... 774

Traiter de démographie est souvent perçu comme un exercice statistique réservé aux démographes, aux économistes ou aux institutions spécialisées. L’histoire montre pourtant qu’aucun facteur n’influence davantage le destin d’une nation que l’évolution de sa population. La puissance économique, la cohésion sociale, les capacités militaires, l’innovation, les retraites, la santé publique ou encore les équilibres territoriaux dépendent tous de la dynamique démographique. Les publications du Haut-Commissariat au Plan et les rapports du Conseil économique, social et environnemental décrivent régulièrement les transformations en cours. Mais la portée stratégique de ces évolutions est rarement abordée, comme si le vieillissement de la population n’était qu’un phénomène naturel parmi d’autres plutôt que l’un des principaux défis du Maroc pour les prochaines décennies. Le pays compte près de 37 millions d’habitants. Ce chiffre est important à l’échelle régionale, mais bien modeste comparé à de nombreuses puissances émergentes. Le Maroc est engagé dans une transition démographique accélérée. La fécondité, qui était de 5,78 enfants par femme dans les années 1980, a chuté à des niveaux menaçant le seuil de renouvellement des générations. Cette évolution reflète la progression de l’éducation, l’amélioration de la condition féminine, l’urbanisation croissante et l’accès aux soins de santé. Elle porte en elle ses propres défis. Lorsque les générations deviennent moins nombreuses, la pyramide des âges se modifie progressivement : la base se rétrécit, le sommet s’élargit, la société vieillit. Le Maroc risque donc de vieillir avant d’être devenu pleinement riche. Contrairement aux pays européens, qui ont bénéficié d’un siècle de prospérité avant d’affronter le vieillissement, le Royaume devra gérer simultanément les exigences du développement et celles d’une population de plus en plus âgée. Un véritable piège. Le Japon, souvent cité comme référence mondiale du vieillissement, est devenu une puissance économique avant de vieillir. Le Maroc, lui, pourrait connaître une transition démographique rapide sans disposer d’un niveau de richesse suffisant pour en absorber les conséquences : les dépenses sociales, celles de santé et la prise en charge des personnes âgées exploseront. Le nombre de cotisants soutenant les systèmes de retraite diminuera, avec moins d’actifs pour davantage d’inactifs. Aucun système de retraite ne peut durablement résister à cette réalité mathématique. La question devient plus stratégique au regard des ambitions économiques du Royaume. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le pays s’est engagé dans une transformation profonde de son modèle économique. Les infrastructures modernes, les énergies renouvelables, l’automobile, l’aéronautique, les industries de défense émergentes, les technologies numériques, les grands projets logistiques et la Coupe du Monde de football, constituent les piliers de cette nouvelle économie. Mais derrière les investissements et les infrastructures se trouve toujours le même facteur déterminant : le capital humain. Qui travaillera dans les usines de demain et construira les infrastructures futures ? Qui assurera la production agricole alors que les campagnes se vident ? Qui financera les mécanismes de solidarité nationale ? Le paradoxe marocain est déjà clair. Le pays connaît simultanément un chômage élevé et des pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. Le bâtiment, l’agriculture, l’artisanat, certaines industries manufacturières et plusieurs métiers techniques peinent à recruter. Cette contradiction traduit une inadéquation croissante entre les besoins de l’économie et les aspirations d’une partie de la jeunesse, qui recherche légitimement ou pas, des conditions particulières et des emplois plus rémunérateurs. Parallèlement, le désintérêt croît pour certains métiers pourtant essentiels à l’économie. Le phénomène n’est pas exclusivement marocain : il touche aussi l’Europe et l’Amérique du Nord. Ici, il est aggravé par d’autres facteurs dont la faible valorisation sociale de certains métiers, l’importance du secteur informel et les insuffisances de la formation professionnelle après l’abandon du compagnonnage, stigmatisé à tort comme travail des enfants. Le travail manuel et technique est insuffisamment valorisé alors même qu’il constitue l’épine dorsale de nombreuses économies performantes. Une autre question commence à émerger discrètement : et si le Maroc devenait un pays d’immigration structurelle ? Cette hypothèse peut surprendre dans un pays historiquement marqué par l’émigration. Le Maroc accueille déjà des milliers de travailleurs et d’étudiants venus principalement d’Afrique subsaharienne. Demain, ces flux pourraient devenir indispensables à certains secteurs économiques. La véritable question n’est donc pas de savoir si l’immigration existera, mais quelle immigration le Maroc souhaite organiser. Une immigration qualifiée ou de travail temporaire ? Une immigration régionale africaine intégrée à la stratégie continentale du Royaume ? Cette réflexion doit être anticipée dès aujourd’hui afin d’éviter des improvisations futures. La démographie est aussi une question de souveraineté. Les grandes puissances du XXIe siècle disposent d’un équilibre entre territoire, population, économie et innovation. La Chine, l’Inde, les États-Unis et d’autres puissances régionales fondent leur influence sur cette combinaison. Pour le Maroc, la démographie revêt une dimension particulière. Le Royaume nourrit des ambitions économiques continentales, joue un rôle diplomatique croissant, développe ses façades maritimes et renforce sa présence dans les chaînes de valeur mondiales. Toutes ces ambitions exigent une population engagée, motivée, active, dynamique, qualifiée et suffisamment nombreuse. L’enjeu est stratégique : le Maroc a besoin d’un pacte démographique face à ces défis. Un débat national s’impose. La réflexion devrait dépasser la seule question de la natalité. Elle doit englober les politiques familiales, le logement, l’emploi des jeunes, l’éducation, la formation professionnelle, les retraites, l’immigration, la santé et l’aménagement du territoire et l'investissement. Autrement dit, une politique transversale engageant l’ensemble des acteurs publics. Le Maroc a toujours démontré sa capacité à anticiper les grands défis stratégiques : la politique énergétique, les infrastructures portuaires ou la gestion des ressources hydriques en sont des exemples. La démographie mérite aujourd’hui le même niveau d’attention. Un pays ne se résume ni à ses routes, ni à ses usines, ni à ses indicateurs macroéconomiques ; il repose d’abord sur des femmes et des hommes capables de produire, d’innover, de transmettre, de défendre et de construire l’avenir. Le véritable défi n’est donc pas seulement économique ou social : il est démographique. Et c’est précisément parce qu’il est silencieux qu’il est peut‑être le plus important de tous.

Consommer marocain : et si l’État faisait enfin de la préférence nationale un levier massif d’emploi ? 778

Depuis des décennies, le Maroc cherche la formule qui réduirait durablement le chômage, atténuerait les inégalités et renforcerait sa souveraineté économique. Plans et stratégies se succèdent ; pourtant une vérité économique demeure : l’emploi ne se décrète pas, il se crée par la demande. Aucune usine ne recrute si personne n’achète ses produits. Aucun artisan ne survit sans clients. Aucun secteur industriel ne prend de l’ampleur sans un marché solide. Les grandes puissances industrielles l’ont intégré depuis longtemps : pour créer des emplois, il faut d’abord orienter la consommation nationale vers la production nationale. Le Maroc connaît déjà ce mécanisme. Le secteur du logement social en est un exemple probant : exonérations fiscales et dispositifs d’appui ont permis l’émergence d’un écosystème complet. Résultat : des centaines de milliers d’emplois directs et indirects dans le bâtiment, la menuiserie, les matériaux, le transport et d’autres métiers du second œuvre. Pourquoi ne pas transposer cette logique à l’industrie automobile marocaine par exemple ? Là où le paradoxe est frappant. Le royaume est le premier constructeur automobile d’Afrique. Renault et Stellantis exportent des centaines de milliers de véhicules par an ; des modèles populaires sont assemblés localement et Neo Motors incarne l’ambition d’une marque nationale. Et pourtant, dans la sphère publique comme chez de nombreux particuliers, les achats de véhicules importés restent majoritaires. Quel signal envoie-t-on à nos industriels si l’État lui-même privilégie l’étranger ? Est-il acceptable que les administrations, grosses consommatrices de véhicules, s'approvisionnent massivement en véhicules importés ? Cela devrait être simplement évité. Qu’un particulier choisisse d’acheter un véhicule non fabriqué au Maroc pour se rendre au travail ou transporter sa famille, c’est son choix ; que l’État le fasse est une autre affaire. C’est pourquoi une politique d’incitation à l’achat national paraît économiquement logique et facile à imaginer : primes pour l’achat de véhicules produits au Maroc (par exemple une ristourne de 30 000 dirhams pour certains véhicules électriques nationaux, 20 000 pour des modèles populaires fabriqués localement), exonérations fiscales ciblées et accès à des crédits préférentiels pour les voitures à fort contenu industriel national. Ces mesures peuvent sembler coûteuses à première vue. Mais il faut mesurer l’effet en chaîne : quand un véhicule fabriqué au Maroc est acheté, l’usine augmente sa production, les sous-traitants recrutent, les transporteurs créent de la valeur, l’État perçoit davantage de recettes fiscales et de cotisations sociales, et les salaires injectés relancent d’autres secteurs. Une voiture nationale n’est pas seulement un achat ; elle active toute une filière économique. Les précédents ailleurs confortent cette approche. Le Buy American Act aux États Unis, la protection stratégique des filières en Chine, les bonus écologiques européens favorisant la production locale, ou encore les politiques industrielles allemandes montrent que privilégier la production nationale n’est pas un réflexe d’isolationnisme mais un instrument courant de politique industrielle. Pourquoi ce qui est jugé intelligent ailleurs deviendrait il du « protectionnisme excessif » appliqué au Maroc ? Comment expliquer que des bureaux soient équipés de mobilier importé alors que de nombreux menuisiers se plaignent d’un manque de demande ? Comment se fait-il que les tapis utilisés dans certains espaces publics et bureaux ne viennent ni de Rabat, de Taznakht, ou de l’Atlas ? Des milliers d’emplois pourraient ainsi être créés. L’État marocain dispose d’un levier majeur : ses marchés publics. Ministères, collectivités et établissements publics dépensent chaque année des milliards. Si chaque dirham public dépensé à l’étranger est potentiellement un emploi perdu, imaginons une règle simple : priorité obligatoire au produit marocain lorsqu’une alternative locale existe. Cela change tout. Mobilier administratif fabriqué au Maroc, véhicules publics fabriqués localement, artisanat intégré dans les bâtiments publics, matériaux locaux pour les chantiers publics : ces décisions introduiraient une demande structurelle et durable pour des milliers d’entreprises marocaines. Les bâtiments publics pourraient devenir des vitrines du savoir-faire national car l’enjeu dépasse l’industrie : il touche la culture et le patrimoine. Le Maroc possède un artisanat parmi les plus riches du monde : zellige, tadelakt, bois sculpté, ferronnerie, tapis, cuir, plafonds traditionnels et pourtant de nombreux espaces publics affichent un standard sans identité. Imposer une part significative d’artisanat marocain dans les nouvelles constructions publiques ne serait pas seulement symbolique : ce serait un soutien massif aux artisans, aux PME, à la transmission des métiers et au tourisme culturel. Quel impact sur l’emploi ? Un emploi direct dans l’industrie génère souvent 3 à 5 emplois indirects (sous traitance, logistique, maintenance, commerce, services financiers). Si les achats publics basculaient vers le « Made in Morocco », des dizaines de milliers d’emplois pourraient être créés ou consolidés sur plusieurs années. Dans l’artisanat et les matériaux locaux, l’effet social serait encore plus marqué, ces secteurs étant très intensifs en main d’œuvre. Prôner le « consommer marocain » n’est pas du nationalisme fermé. Le pays doit évidemment rester ouvert aux échanges et aux investissements étrangers ; cette ouverture a été un facteur de réussite. Mais l’ouverture intelligente suppose aussi de consolider une base productive nationale. Produire sans consommer ses propres biens, c’est rester dépendant d’une demande extérieure volatile et s’exposer aux chocs internationaux. La souveraineté économique commence par la confiance dans nos capacités productives. Le véritable obstacle peut être culturel : pendant longtemps, l’importé a été considéré comme supérieur dans de nombreuses sociétés post coloniales. Pourtant, les faits parlent : des voitures fabriquées au Maroc roulent en Europe, des câblages et pièces marocaines équipent des marques mondiales, l’aéronautique et le textile nationaux travaillent pour des multinationales. Le défi est souvent le regard que nous portons sur nous-mêmes. En réalité, le chômage reculerait lorsque la production locale trouvera une demande nationale forte et durable. Chaque fois qu’un Marocain choisit un produit fabriqué au Maroc, il soutient un salaire, une famille, un atelier, une usine, un savoir-faire et contribue à une stabilité sociale accrue. Le patriotisme économique n’est pas un slogan : c’est une stratégie de développement. Si le pays associe volontarisme industriel, soutien ciblé et transformation culturelle, la plus grande richesse du Maroc pourrait ne plus être seulement ce qu’il exporte, mais aussi ce que ses citoyens choisiront fièrement de produire et de consommer.

Coupe du monde : quand les États rappellent à la FIFA qui commande réellement... 978

Depuis quelques jours, avec l’arrivée progressive des délégations aux États‑Unis, au Mexique et au Canada pour la Coupe du monde 2026, une partie de l’opinion internationale semble découvrir une réalité pourtant ancienne : la primauté des lois nationales sur les règlements des instances sportives internationales. Le traitement réservé récemment à certaines délégations africaines, moyen‑orientales et autres suscite indignation, débats et parfois accusations de discrimination. Pourtant, rien de tout cela n’est véritablement nouveau. Ceux qui connaissent l’histoire du sport international savent que les grandes puissances occidentales n’ont jamais abandonné leur souveraineté en matière de sécurité au profit des fédérations et instances sportives internationales. L’histoire du sport marocain regorge d’exemples révélateurs. Dès 1984, la délégation marocaine aux Jeux olympiques de Los Angeles avait passé des heures bloquée l'aéroport américain en raison des procédures sécuritaires. Aux Jeux de Sydney, des sportifs, dirigeants et accompagnateurs marocains avaient subi des contrôles particulièrement rigoureux après plus de vingt‑quatre heures de voyage : fouilles interminables, interrogatoires, bagages inspectés dans les moindres détails. Les grandes puissances appliquent leurs lois avec froideur, sans se soucier du prestige supposé des compétitions. Les corridors prétendument mis en place pour accélérer les procédures sont en réalité de véritables sas de sécurité, poussée à l'extrême. Les passagers arrivés sur les mêmes vols que les sportifs franchissent la frontière bien plus rapidement. Être sportif qualifié pour une compétition internationale ne donne pas droit à un traitement de faveur. Djokovic s'est vu refuser l'accès au territoire australien parce qu'il n'était pas vacciné. Il était bien le numéro un mondial de l'ATP et les tournoi australien en avait bien besoin pour plus d'une raison. La réalité est simple : aucun État sérieux n’abandonne sa sécurité nationale à la FIFA, au CIO ou à une quelconque organisation sportive. Il est légitime qu’un pays hôte applique ses propres lois avec une vigilance accrue lorsqu’il reçoit des centaines de milliers de personnes venues du monde entier. Le risque zéro n’existe pas. Les grands rassemblements sportifs constituent des cibles potentielles pour toutes sortes de menaces. Dans ce contexte, les réactions outrées paraissent souvent déconnectées des réalités géopolitiques. L’arbitre somalien refoulé de l'aéroport de Miami malgré son visa, demeure avant tout ressortissant d’un pays soumis à des restrictions particulières d’entrée sur le territoire américain. Les joueurs iraniens représentent un État en confrontation ouverte avec Washington, et l’on sait que les délégations sportives de certains régimes sont souvent étroitement encadrées par leurs appareils sécuritaires ou diplomatiques. En 2022, les États‑Unis avaient organisé les championnats du monde d’athlétisme à Eugene, temple de cette discipline en Amérique du Nord. Des athlètes de plus de vingt pays africains n’avaient pas pu obtenir de visas pour y prendre part. Le président de la Confédération africaine d’athlétisme, pourtant membre de World Athletics, n’avait pu se rendre aux États‑Unis. Les lois américaines avaient prévalu sur les petites règles de la fédération internationale, (World Athletics) qui soit disant font obligation au pays hôte d'accepter l'ensemble des athlètes qualifiés et leurs accompagnateurs sur son territoire. Il ne s’agit ni de racisme automatique ni d’hostilité gratuite. Il s’agit d’abord de logique étatique, de souveraineté et de sécurité. Le véritable problème se situe ailleurs. Il réside dans l’attitude de certains pays du « tiers‑monde » qui continuent à considérer les cahiers des charges des grandes instances sportives comme une parole sacrée et indiscutable. Dans de nombreux pays en développement, la FIFA, le CIO et d’autres fédérations imposent des exigences parfois absurdes en matière d’architecture, de luxe, d’aménagement urbain ou d’organisation sécuritaire, sans que les autorités locales n’osent réellement les remettre en question. Qu’il est ridicule de voir certains membres de la FIFA ou du CIO pour ne citer que les plus en vue, à la compétence parfois douteuse, inspecter avec une arrogance insupportable des hôtels, des aéroports, des hôpitaux, des bus, et même des toilettes publiques. Or ces organisations ne sont pas des gouvernements mondiaux. Elles ne disposent d’aucune légitimité démocratique supérieure à celle des États. Leurs règlements ne peuvent primer sur des lois votées par des parlements souverains et appliquées par des institutions nationales responsables devant leurs peuples. La mission normale d’une fédération sportive continentale ou mondiale devrait se limiter au technique, au règlement du jeu et à l’organisation sportive elle‑même. Dès lors qu’elle prétend dicter des politiques sécuritaires, des choix architecturaux, des dépenses somptuaires ou des orientations urbaines à des États souverains, elle sort clairement de son champ de compétence. La Coupe du monde 2026 rappelle peut‑être une vérité essentielle que beaucoup avaient oubliée : ce ne sont pas les États qui appartiennent à la FIFA, mais la FIFA qui dépend des États. Que serait le football sans les budgets colossaux que les gouvernements y consacrent, parfois au détriment d’autres secteurs sans doute plus prioritaires ? Or cette même FIFA, dès qu’un gouvernement veut mettre de l’ordre dans son football, lui fait parfois la guerre. Il faut peut‑être remercier les États‑Unis, le Mexique et le Canada d’avoir rappelé à tous la véritable dimension de cette compétition : une grande fête sportive, certes, mais pas une autorité supranationale capable d’effacer les lois, les frontières et la souveraineté des nations. Celui qui fantasme une Coupe du monde de caprices et de passe‑droits n’a ici qu’à s’abstenir. À bon entendeur, salut.

l'espion et la monarchie: Fantasmes postcoloniaux ou l’espion qui effraie… les rédactions 924

« Au Maroc, l'espion de Mohamed VI qui inquiète le palais », mieux encore: «Au Maroc, la guerre secrète des espions de Mohammed VI: il y a une atmosphère de fin de règne » Rien que les titres suffisent à faire sourire. Ou plutôt à déclencher un éclat de rire. Des manchettes outrancières dont une certaine presse française raffole lorsqu’il s’agit du Royaume du Maroc : militante, idéologisée, nostalgique d’un temps où Paris croyait encore pouvoir distribuer des certificats de légitimité aux nations souveraines. Il y a quelque chose de presque pathétique dans cette obsession. Dès qu’un obscur fonctionnaire, un ancien agent ou un subalterne en rupture de ban apparaît quelque part entre Madrid, Paris ou Bruxelles, certains journaux se mettent immédiatement à fantasmer une monarchie marocaine vacillante, un palais inquiet, un royaume au bord du séisme. Comme si l’État marocain, millénaire dans ses racines, pouvait être ébranlé par les errances d’un homme en fuite. Il faut vraiment très mal connaître le Maroc pour imaginer cela ou peut être être mal intentionné et profondément atteint d'un véritable syndrome anti monarchique. Le Royaume a traversé des guerres, des complots, des tentatives de coup d’État, des crises régionales majeures, le terrorisme, les bouleversements géopolitiques du Maghreb et du Sahel, et l’affaire du Sahara montée de toutes pièces par un voisin mal inspiré. Et l’on voudrait aujourd’hui faire croire qu’un agent en cavale pourrait « inquiéter le roi » ? Nous ne sommes plus dans le journalisme ; nous sommes dans le roman de gare. Ce qui transparaît surtout, derrière ce genre de titre, c’est une vieille fascination française pour la monarchie marocaine. Une fascination centenaire, mêlée d’incompréhension et souvent d’envie. Et il y a de quoi : le Royaume du Maroc est envoûtant, passionnant. Il l’a été et le sera à jamais. Sa monarchie est millénaire. Avec celles du Japon et de Grande-Bretagne, elle exerce une fascination irrépressible partout dans le monde et beaucoup en France. La France, elle, a décapité son roi dans un excès de zèle invraisemblable, maquillé en révolution du peuple; un récit inventé de toutes pièces auquel, en réalité, personne ne croit totalement. Elle passa des siècles à chercher des figures de remplacement : empereurs, présidents providentiels, hommes forts, monarchies républicaines déguisées. Ce pays est profondément monarchique. Pendant ce temps, la monarchie marocaine est restée debout, enracinée, respectée et profondément liée à l’histoire du pays. Une monarchie voulue, de manière presque fusionnelle, par tout un peuple. Le Maroc est le plus ancien État-nation durable au monde. Cela dérange certains milieux idéologiques français qui rêvent de voir partout la chute des institutions traditionnelles, surtout lorsqu’elles fonctionnent encore et conservent l’adhésion populaire. Une certaine nostalgie ressurgit à l’occasion. Le plus cocasse reste la tendance de cette presse, depuis longtemps déjà, à transformer chaque affaire secondaire en « scandale d’État ». Un individu fuit ? Cela devient immédiatement « le séisme du palais ». Un livre hostile paraît ? On annonce « la fin du régime ». Un influenceur publie une vidéo ? Certains y voient déjà une révolution imminente. Le malheur est que cette presse ne recule devant rien, pas même devant le chantage au Royaume, quitte à se faire surprendre la main dans le sac. Pendant ce temps, le Maroc avance. Le pays construit ses infrastructures, développe ses industries, investit massivement dans les énergies renouvelables, prépare la Coupe du Monde 2030, renforce sa présence diplomatique en Afrique et consolide ses partenariats stratégiques avec les grandes puissances mondiales, y compris la France. Le pays a des institutions solides qu'il fait progresser et évoluer à son rythme au service de son peuple. Mais tout cela intéresse moins certains rédacteurs que la mise en scène grotesque d’un pseudo‑« espion » censé faire trembler Rabat. Il y a, dans cette affaire, un mélange de méconnaissance, d’arrogance et de fantasme postcolonial : comme si le Maroc devait éternellement être regardé à travers le prisme des intrigues orientales, des palais obscurs et des récits sensationnalistes destinés à nourrir un lectorat de moins en moins nombreux, avide de clichés. La réalité est beaucoup plus simple : les États sérieux ne s’effondrent pas parce qu’un agent déserte, parle ou fuit. Sinon aucune puissance au monde ne survivrait longtemps. Sa Majesté le ROI Mohammed VI n’a certainement pas attendu des éditorialistes français en mal de sensation pour comprendre que services, rivalités et trahisons existent dans tous les pays du monde. La différence, c’est qu’au Maroc l’État continue de fonctionner pendant que d’autres fabriquent des titres tapageurs pour masquer le vide de leur réflexion. Vous l'avez compris j'ai parlé des errances de "Libération" et de "l'express", deux journaux français, d'une gauche en dérive, que la prochaine visite d'Etat du souverain marocain à Paris et les accords historiques qui seront signés à l'occasion dérangent beaucoup. Les relations entre les deux pays ont franchi un pas et seront encore plus solides que jamais n'en déplaise et une certaines presse et ses probables sponsors.

De Mistura à Alger : clap de fin d’un récit ? 975

Le passage furtif de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura, par Alger puis Tindouf n’avait rien d’une simple visite protocolaire. Derrière les communiqués convenus et les sourires diplomatiques, cette tournée révèle surtout une réalité géopolitique de plus en plus difficile à masquer : le régime algérien se retrouve aujourd’hui acculé par l’évolution du rapport de forces international sur le dossier du Sahara. La visite est d’abord symbolique par son timing. Première tournée notable depuis 2025, elle intervient dans un contexte totalement différent de celui des décennies précédentes. Pendant longtemps, Alger avait réussi à imposer son narratif dans cette histoire, celui d’un prétendu conflit de décolonisation opposant un “peuple sahraoui” au Maroc; qu'elle qualifie d’occupant. Or ce récit s’effondre progressivement sous le poids des réalités diplomatiques, historiques et géostratégiques. Il ne faut pas oublier que la visite suit les rencontres de Madrid et de Washington, où les quatre pays concernés, y compris l’Algérie bien sur, se sont retrouvés assis à la même table, sous l’égide des États-Unis. L’administration Trump veut en finir rapidement avec ce conflit artificiel et passer à autre chose. À Tindouf, De Mistura s’est rendu dans des camps maintenus depuis près d’un demi-siècle en dehors des normes internationales du droit des réfugiés, une anomalie unique au monde. Les populations qui y vivent n’ont jamais été recensées malgré les demandes répétées du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Pourquoi ce refus permanent du recensement ? Parce qu’il dévoilerait une vérité embarrassante pour Alger : la diversité des origines des habitants des camps et l’instrumentalisation politique qui en est faite. Parmi ces populations cohabitent une minorité de séparatistes convaincus, des familles séquestrées depuis des décennies, mais aussi des individus venus de Mauritanie, du Sahel et même de certaines régions d’Algérie. Le maintien du flou démographique a toujours été un outil stratégique pour Alger afin d’amplifier artificiellement la dimension humaine et politique du conflit. Aujourd’hui, toutefois, le contexte international a changé. Le principal tournant est évidemment américain. Depuis la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, la diplomatie mondiale a progressivement adopté une nouvelle grille de lecture. Cette reconnaissance n’était pas un simple geste de l’administration Trump. Elle est devenue un fait géopolitique durable, consolidé par la continuité stratégique américaine et par l’adhésion croissante de plusieurs puissances internationales au plan marocain d’autonomie. C’est précisément là que la posture algérienne devient extrêmement difficile. Cela explique l'incohérence des positions et du discours récent du président et du premier diplomate algérien. Le soutien au Front Polisario n’a jamais été un simple dossier diplomatique pour Alger. Il constitue à aujourd’hui l’un des piliers fondateurs de toute la politique du pays. Depuis les années 1970, peut être même depuis la création du pays le 5 juillet 1962, le pouvoir algérien a construit une partie de sa légitimité régionale et idéologique sur une opposition farouche au Royaume du Maroc, parfois sournoise, parfois manifeste et déclarée, notamment depuis l’avènement du tandem Chengriha–Tebboune. Le conflit du Sahara est pour le pouvoir algérien une rente politique interne, un instrument de mobilisation nationaliste et un levier géostratégique dans la rivalité avec Rabat. Abandonner ce dossier reviendrait donc pour le régime à reconnaître cinquante années d’erreurs stratégiques, d’investissements financiers colossaux et de manipulations diplomatiques. Plus grave encore : cela signifierait l’effondrement d’un discours historique qui a longtemps servi de ciment au pouvoir militaire algérien. Or, Washington pousse désormais vers une solution réaliste, pragmatique et définitive. Cette solution a un nom précis: l’autonomie sous souveraineté marocaine. Face à cette nouvelle réalité, Alger apparaît sans véritable marge de manœuvre. Son discours officiel continue d’affirmer qu’elle « n’est pas partie au conflit », alors même que tout démontre le contraire: financement, armement, encadrement diplomatique, contrôle politique des camps et désignation directe des dirigeants du Polisario. Le monde entier le sait. Cette contradiction devient de plus en plus difficile à défendre devant la communauté internationale. Pendant ce temps, le Maroc engrange succès après l'autre. Sur le plan diplomatique, l’ouverture massive de consulats dans les provinces du Sud et l’élargissement constant du soutien international au plan d’autonomie témoignent d’un succès croissant. Sur le plan économique, Laâyoune et Dakhla se transforment en pôles d’investissement et de connexion africaine. Sur le plan sécuritaire, le Royaume s’impose comme un partenaire crédible et stable face aux turbulences sahéliennes. Le contraste est saisissant. D’un côté, un Maroc qui construit, investit, sécurise et projette une vision stratégique continentale. De l’autre, une Algérie enfermée dans une logique de confrontation héritée de la guerre froide, alors même qu’elle traverse des fragilités économiques, sociales et géopolitiques de plus en plus visibles. La visite de De Mistura illustre ainsi moins une relance du processus politique qu’une phase de transition historique. Le temps joue désormais clairement en faveur du Maroc. Les équilibres internationaux ont évolué. Les grandes puissances privilégient aujourd’hui la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme et les partenariats économiques concrets plutôt que les vieux schémas idéologiques. La communauté internationale est plus convaincue que jamais qu’Alger n’a, depuis le début, rien proposé d’autre que le cafouillage permanent. La véritable question n’est donc plus de savoir si le dossier du Sahara évoluera vers une solution sous souveraineté marocaine, mais à quel moment Alger acceptera cette réalité et comment le régime algérien gérera politiquement cet immense recul stratégique. C’est là tout le drame du pouvoir algérien. Il lui devient presque impossible de sortir d’un conflit qu’il a lui-même érigé en fondement identitaire et diplomatique pendant près d’un demi-siècle, sauf au prix de changements radicaux à tous les niveaux, et notamment au sommet de l’appareil militaire. Il faudra sacrifier toute une génération qui n’a connu qu’une doctrine unique: alimenter un conflit artificiel et faire du Maroc l’ennemi classique, l'ennemi éternel. Malheureusement pour Alger, il est évident aujourd’hui que cet ennemi imaginaire a bel et bien définitivement gagné la partie. La visite du sieur Staffan de Mistura risque bien d'être la dernière du genre dans la région... Le clap de fin est imminent.

Baccalauréat: le révélateur brutal de nos fragilités collectives 1045

Chaque session du baccalauréat nous renvoie à la face ce que nous sommes réellement. Les 500 000 candidats qui se sont présentés cette année n’ont pas dérogé à une règle devenue presque une constante nationale: le bac n’est plus uniquement un examen scolaire, il est devenu un révélateur social, civique et moral. Comme chaque année, les autorités ont mobilisé des moyens considérables pour sécuriser les épreuves : brouillage des communications, surveillance renforcée, contrôles numériques, sanctions exemplaires, campagnes de sensibilisation. L’arsenal est impressionnant. Pourtant, malgré tout cela, la fraude persiste. Elle change de forme, s’adapte, contourne les dispositifs et finit toujours par réapparaître. Une démonstration grandeur nature du gendarme qui accuse souvent, voire toujours, un certain retard sur le voleur. Cette réalité pose une question fondamentale: le problème est-il réellement technique ou profondément sociétal ? La fraude massive, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est jamais un simple acte individuel. Elle traduit une culture: une manière de considérer la réussite non comme le fruit d’un effort, mais comme un résultat à obtenir par n’importe quel moyen, fût‑il malhonnête. Elle révèle une relation abîmée au mérite, au travail, à l’éthique et à la responsabilité. Plus grave encore, les déclarations de nombreux candidats à la sortie des examens interpellent: difficultés majeures de compréhension, pauvreté de l’expression, faiblesse du raisonnement, incapacité parfois à maîtriser des notions élémentaires après douze années de scolarité, sujets pauvrement ou simplement mal formulés. Le constat devient douloureux. Quel gâchis. Et il ne s’agit pas ici de stigmatiser une jeunesse qui, au fond, est la première victime du système. Ces jeunes ne sont pas nés avec des carences intellectuelles; ils sont le produit d’un environnement éducatif, culturel et social qui les a progressivement fragilisés. Le problème dépasse largement la seule école. Le bac révèle d’abord les fractures profondes de notre système éducatif: une école publique souvent épuisée, des programmes souvent déconnectés des réalités contemporaines, une pédagogie encore trop fondée sur la mémorisation mécanique plutôt que sur l’esprit critique, des enseignants sous pression ou parfois incompétents, des inégalités territoriales criantes entre villes et campagnes, entre établissements d’élite et écoles abandonnées. Le bac dévoile aussi quelque chose de plus profond: l’effondrement progressif de certains repères civiques et partant de certaine valeurs morales. Comment demander à un élève de respecter les règles de l’examen lorsqu’il grandit dans un environnement où il observe quotidiennement le contournement des règles dans tant de domaines ? Individus et collectivité ont un rapport ambigu avec la loi et les règles. Ils craignent la loi sans nécessairement la respecter. Comment inculquer la culture du mérite dans une société où beaucoup pensent que les réseaux, les passe-droits ou la ruse comptent davantage que l’effort ? Autrefois, les enfants travaillaient l’été: une éducation à l’effort et au mérite encouragée par les parents ; aujourd’hui, cette pratique a largement disparu. Comment convaincre un adolescent que la triche est immorale lorsque l’espace public banalise parfois la fraude, l’incivilité ou l’absence de responsabilité collective ? L’école ne peut, à elle seule, réparer ce que la société produit. Il existe également un malaise plus silencieux: notre rapport à la réussite scolaire. Le baccalauréat est devenu une obsession nationale. Une pression gigantesque repose sur des adolescents de dix‑sept ou dix‑huit ans. Pour beaucoup de familles, le bac représente bien plus qu’un diplôme. Il devient une question d’honneur social, de survie économique ou de reconnaissance familiale. Dans un tel contexte, certains finissent par considérer que le résultat importe davantage que le chemin emprunté pour y parvenir. Le phénomène n’est évidemment pas exclusivement marocain. La fraude scolaire existe partout dans le monde. Mais les grandes nations éducatives ont compris une chose essentielle: la qualité d’un système ne se mesure pas seulement au taux de réussite, mais à la valeur réelle des compétences acquises. Or c’est précisément là que réside notre inquiétude. Derrière les statistiques officielles se cache une interrogation plus grave. Formons‑nous réellement des citoyens capables de réfléchir, d’innover, de produire, de débattre, de créer et de porter le développement du pays ? Ou sommes‑nous en train de fabriquer des générations anxieuses, fragilisées, exigeantes sans contrepartie et souvent déconnectées des exigences du monde moderne ? Le véritable défi marocain n’est donc pas uniquement d’empêcher les téléphones d’entrer dans les salles d’examen. Le défi est de reconstruire une culture du savoir, de l’effort et de la responsabilité. Cela suppose plusieurs ruptures majeures. D’abord, revaloriser l’enseignant. Aucun système éducatif au monde ne réussit lorsque ceux qui transmettent le savoir perdent leur prestige social, leur autorité morale ou des conditions de travail dignes. Ensuite, réformer profondément les méthodes pédagogiques. Le monde a changé: les élèves ont désormais accès à l’information partout et immédiatement. L’école ne peut plus être un simple lieu de récitation ; elle doit devenir un espace d’intelligence, de créativité, de débat et de construction du raisonnement. Il faut également réhabiliter l’éducation civique, non comme une matière secondaire apprise mécaniquement, mais comme une culture quotidienne du respect des règles, du bien commun et de la responsabilité individuelle. Enfin, il faut avoir le courage d’affirmer que le baccalauréat ne peut pas être l’unique horizon de la réussite. Une nation moderne valorise aussi la formation professionnelle, les métiers techniques, les compétences pratiques et l’intelligence manuelle. Tous les jeunes ne sont pas destinés au même parcours académique, et il n’y a aucune honte à cela. Le plus inquiétant serait enfin de considérer ces scènes annuelles comme normales : de s’habituer à la fraude, aux insuffisances et aux mêmes débats répétitifs chaque année. Une société qui banalise ses échecs finit par perdre sa capacité à se réformer. Le baccalauréat marocain reste cependant une formidable opportunité : celle de regarder la réalité en face, sans complaisance mais sans fatalisme. Les solutions existent. Elles demandent du courage politique, de la cohérence éducative et surtout une volonté collective de remettre le mérite, le savoir et la citoyenneté au centre du projet national. Voilà un vaste programme pour le prochain exécutif mais nos partis sont ils capables d'en débattre courageusement? Sinon, l’année prochaine, nous assisterons exactement au même spectacle : mêmes indignations, mêmes fraudes, mêmes faiblesses… les mêmes parents et élèves qui se plaignent, les mêmes sujets parfois ridicules et les mêmes regrets.

La Résolution 2797 , une épreuve de vérité pour l’Algérie... 977

La résolution 2797 du Conseil de sécurité a incontestablement marqué un tournant dans le dossier dit du Sahara. Le plan d’autonomie marocain n’est plus simplement qualifié de « sérieux et crédible » comme dans les résolutions précédentes ; il devient le cadre central autour duquel la communauté internationale souhaite désormais organiser la solution politique. Ce basculement diplomatique n’est pas anodin. Il signifie que cinquante ans de stratégie algérienne autour du Polisario arrivent à une impasse historique. Lors d’une récente intervention, le ministre algérien des Affaires étrangères a tenté d’introduire un récit quasi nouveau : celui d’une Algérie pacifique, attachée au dialogue et aux négociations, tout en esquivant la responsabilité essentielle de son pays dans ce conflit artificiel. Cette nouvelle narration surprend au regard de l’histoire réelle des relations maroco‑algériennes depuis l’indépendance de l’Algérie. Pendant plus d’un demi‑siècle, le Maroc a vécu sous une pression sécuritaire permanente à ses frontières orientales, contraint de consacrer une part considérable de ses ressources à sa défense au détriment de nombreux secteurs. Le conflit du Sahara n’a jamais été une simple opposition entre Rabat et le Polisario, comme le prétend Attaf. Dans toutes les capitales du monde, on sait que le Polisario n’existerait ni militairement, ni diplomatiquement, ni financièrement sans le soutien massif de l’Algérie. Les camps de Tindouf se trouvent sur le sol algérien, l’armement provient historiquement d’Alger et la diplomatie algérienne a fait de ce dossier l’axe central de sa politique étrangère depuis les années 1970. Les résolutions onusiennes récentes reconnaissent implicitement le rôle déterminant de l’Algérie dans ce conflit en l’associant directement au processus politique. L’histoire des relations entre les deux pays explique largement la défiance qui doit animer le Maroc. Dès l’indépendance algérienne, les tensions frontalières apparaissent rapidement malgré le soutien considérable accordé auparavant par le Maroc à la lutte anticoloniale algérienne. Le territoire marocain avait servi de base arrière au FLN ; les dirigeants algériens y trouvaient refuge, financement et soutien logistique. Pourtant, à peine indépendante, l’Algérie, placée dans la mouvance des régimes militaires arabes, provoque la guerre des Sables en 1963 contre le Maroc. La logique de confrontation est alors durablement installée et la rivalité devient structurelle. Le régime algérien, construit autour du pouvoir militaire, cherche à s’imposer comme puissance régionale dominante au Maghreb et en Afrique. Dans cette logique, le Maroc apparaît comme un concurrent historique et stratégique à contenir. Le Sahara devient alors le levier idéal : un conflit coûteux et interminable est activé pour user le Maroc économiquement, diplomatiquement et militairement. Pendant des décennies, Alger a investi des milliards de dollars dans cette confrontation. D’importantes ressources issues des hydrocarbures ont été mobilisées pour financer une guerre diplomatique mondiale, armer le Polisario, obtenir des soutiens politiques et maintenir un appareil de propagande coûteux. Pendant ce temps, les peuples d’Afrique du Nord ont payé le prix de cette fracture : frontières fermées, intégration économique en panne et échanges paralysés. La résolution 2797 change donc profondément les paramètres du dossier. Le Conseil de sécurité considère désormais l’autonomie marocaine comme « la solution la plus réaliste et viable ». Les grandes puissances occidentales soutiennent explicitement cette orientation. Même les abstentions russe et chinoise traduisent une évolution importante : aucune grande puissance n’a voulu s’opposer frontalement à cette nouvelle dynamique. La résolution constitue surtout un basculement diplomatique et stratégique majeur qui place désormais le plan marocain au centre du processus politique. Pour le Maroc, cette évolution représente une victoire diplomatique considérable obtenue après des décennies d’efforts et de patience. Le Royaume a multiplié les partenariats économiques africains, renforcé ses alliances occidentales et développé les provinces du Sud à grande vitesse. Routes, ports, investissements énergétiques, infrastructures sportives et projets industriels ont transformé la région. Cette dynamique a progressivement convaincu de nombreux États que la stabilité régionale passe désormais par une solution pragmatique fondée sur la souveraineté marocaine. L’Algérie, elle, semble aujourd’hui chercher une porte de sortie honorable. Mais une question demeure : peut‑on tourner la page si facilement sans qu'elle ne reconnaisse ses responsabilités historiques dans un conflit qui a profondément déstabilisé la région ? Pour de nombreux Marocains, le problème n’est pas uniquement territorial ; il est aussi mémoriel et stratégique. Les blessures accumulées depuis les expulsions massives de Marocains d’Algérie en 1975, les tensions militaires permanentes, la fermeture des frontières, les propos injurieux quasi quotidiens dans les médias officiels algériens à l’égard du Royaume et la guerre diplomatique incessante nourrissent un profond ressentiment. La question des réparations morales, politiques et territoriales revient donc régulièrement dans le débat public marocain : réparation pour les vies perdues, pour les ressources englouties dans une confrontation imposée, pour les décennies perdues par tout le Maghreb. Les Marocains n’ont pas oublié les territoires spoliés au profit de l’Algérie française. Cela est documenté et archivé. Derrière le conflit du Sahara, c’est aussi l’échec historique de la construction maghrébine qui apparaît. L’avenir dépendra désormais de la capacité d’Alger à reconnaître et assumer ses responsabilités et à accepter le nouveau rapport de forces régional. Le monde change. Les États recherchent aujourd’hui stabilité, corridors commerciaux, sécurité énergétique et coopération stratégique. Les logiques « révolutionnaires » et idéologiques héritées de la guerre froide ont perdu leur influence. Elles n’ont apporté que des malheurs là où elles se sont imposées. Le Maroc apparaît de plus en plus comme un acteur régional stable, connecté à l’Europe, à l’Afrique et au monde atlantique. La dynamique diplomatique actuelle lui est favorable. Mais la paix durable au Maghreb exigera plus qu’une victoire diplomatique. Elle nécessitera un véritable changement de doctrine politique à Alger: abandon de la logique de confrontation, acceptation du principe de réparation, reconnaissance des réalités géopolitiques nouvelles et instauration d’une coopération régionale fondée sur les intérêts des peuples plutôt que sur les réflexes de son appareil militaire. Au fond, le véritable enjeu dépasse le Sahara. Il s’agit de savoir si le Maghreb peut enfin sortir d’un demi‑siècle de rivalités stériles pour devenir un espace de prospérité et de puissance collective. Cela dépend désormais du peuple algérien.

Mehdi Tazi – Mohamed Bachiri : le tandem qui peut réinventer le patronat marocain... 979

L’élection de Tazi et Bachiri à la tête de la CGEM n’est pas un simple changement d’équipe; c’est peut-être un tournant culturel, économique, voire politique, dans la manière de considérer l’entreprise, la richesse et ceux qui prennent le risque d’investir. Le plus intéressant est la vitesse avec laquelle ils ont commencé à occuper le terrain, à proposer et à montrer qu’ils ne voient pas la CGEM comme une institution de plus, mais comme un véritable centre d’impulsion, à un moment où l'on traverse une phase particulière. Le pays investit, les infrastructures changent d’échelle et 2030 approche. L’industrie automobile s’impose, l’aéronautique progresse, d’autres secteurs montent en puissance. Le Maroc veut devenir une plateforme énergétique, logistique et industrielle. Mais une autre réalité persiste: lourdeurs administratives, fiscalité jugée dissuasive, accès difficile au financement pour les PME, rigidités réglementaires, culture de suspicion envers l’entreprise et absence d’un véritable récit national autour de l’entrepreneur. C’est là que le tandem peut devenir plus qu’une simple direction patronale et contribuer à changer la perception de l’homme d’affaires. Dans une partie de l’imaginaire collectif, celui-ci est souvent caricaturé comme un prédateur, un privilégié à distance des réalités sociales. Certaines pratiques et connivences nourrissent cette perception. Cette vision est devenue injuste pour des milliers d’entrepreneurs qui créent, investissent, exportent, innovent et portent à bout de bras des centaines de milliers d’emplois. Créer une entreprise est un combat quotidien. Il faut gérer la concurrence internationale, les coûts, la pression fiscale, les retards de paiement, les fluctuations des marchés, les contraintes bancaires, les tensions sociales et, parfois, l’instabilité réglementaire. Derrière chaque usine qui ouvre, chaque PME qui survit, chaque exportation réussie, il y a des citoyens qui prennent des risques considérables. Le grand défi culturel de la CGEM est de réhabiliter l’acte d’entreprendre: faire comprendre que produire de la richesse n’est pas une faute morale; gagner de l’argent honnêtement n’est pas un scandale. L’entreprise n’est pas l’ennemie du citoyen, mais sa protection contre le chômage et la précarité. La CGEM ne peut plus se contenter d’être un syndicat. Dans les grandes économies, les organisations patronales influencent les doctrines économiques, inspirent les réformes fiscales et orientent les débats sur le travail, l’investissement, la compétitivité et l’innovation. Au Maroc, les partis politiques parlent davantage de redistribution que de création de richesse. Un pays ne redistribuer ce qu’il ne produit pas. Le tandem doit déplacer les lignes et pousser le débat vers des questions structurantes: libérer davantage l’investissement privé, alléger la bureaucratie, rendre la fiscalité plus stimulante pour l’investissement productif, accélérer la convertibilité du dirham et assouplir les restrictions de change, transformer les PME en champions africains et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs industriels et technologiques. Le Maroc a souvent fonctionné avec une économie prudente, administrée et contrôlée. Cette approche a apporté de la stabilité. Mais le monde change à une vitesse brutale. Seuls les pays qui osent, avancent. Auront-ils l’audace de proposer des réformes? La fiscalité est souvent perçue comme lourde pour les créateurs de valeur. Beaucoup d’entreprises ont le sentiment d’être davantage pénalisées pour leur croissance qu’encouragées dans leur prise de risque. Les restrictions de change, malgré des évolutions positives, continuent également de limiter certaines ambitions internationales, notamment pour les startups. Le prochain exécutif devra faire des choix courageux et la CGEM de sortir d’une posture défensive pour devenir une force de proposition offensive, avec moins de logique corporatiste et plus de vision nationale. Au fond, la vraie question est simple: le Maroc veut-il seulement gérer son économie ou réellement devenir une puissance économique à part entière? Le profil de Si Mehdi intrigue aussi pour une autre raison: son rapport au sport. Excellent triathlète, il appartient à cette catégorie pour qui l’effort physique n’est pas un loisir mondain, mais une discipline de vie. Ce n'est point un détail. Le triathlon est l’un des sports les plus révélateurs du caractère humain. Il exige vitesse, puissance, endurance, résistance mentale, capacité à gérer la souffrance et intelligence de l’effort. Exactement ce dont le Maroc économique a besoin aujourd’hui: La vitesse pour accélérer les transformations. La puissance pour imposer des réformes. L’endurance pour tenir face aux résistances. Le sport enseigne aussi une autre valeur essentielle : la culture du résultat. En sport, les excuses ne produisent rien; seule la performance compte. Peut-être est-ce cette culture que Si Mehdi et Mohamed vont insuffler au patronat marocain: moins de discours, plus d’exécution. Les premières impressions laissent apparaître une dynamique particulière entre les deux hommes. L’un semble porter une énergie de projection, de mouvement et de mobilisation; l’autre apporte un tempérament direct et vif. Dans une époque dominée par les transitions technologiques, énergétiques et géopolitiques, cette complémentarité est un atout majeur. Car le Maroc entre dans une compétition mondiale extrêmement rude: l’Afrique attire toutes les puissances, les chaînes industrielles se recomposent, les marchés se déplacent et les modèles économiques traditionnels sont remis en question par l’IA et les nouvelles formes de production. Dans ce contexte, la CGEM ne peut plus être un simple espace de représentation; elle doit devenir un véritable laboratoire stratégique national. Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts rares: sa stabilité, ses infrastructures modernes, sa position géographique exceptionnelle, sa proximité avec l’Europe, sa profondeur africaine et sa crédibilité internationale croissante. Mais l’histoire économique enseigne aussi que les opportunités ne durent jamais éternellement. Le pays doit donc accélérer. Et peut-être que cette élection intervient précisément au moment où le pays a besoin d’un patronat plus offensif, plus assumé, plus visible et plus engagé dans la bataille économique mondiale. La réussite ne se mesurera pas uniquement aux rapports produits ou aux réunions organisées, mais à une question profonde: celle de transformer la culture économique du pays, où le secteur financier reste dominé par le secteur bancaire, avec un segment participatif modeste et seulement 77 entreprises cotées en Bourse, même si cela représente 47,1% du PIB (BAD). Vont-ils réussir à contribuer à un Maroc où l’entrepreneur n’est plus suspect par principe, mais reconnu comme un acteur central de la souveraineté nationale, de l’emploi et de la prospérité collective? Si tel est le cas, alors leur mandat dépassera largement le cadre syndical.

Le Maroc à deux vitesses… et le mouton en première classe... 1016

L’Aïd est passé, mais pas le choc du prix du mouton… Chaque année, en prélude et après l’Aïd al-Adha, les discussions reviennent avec la même intensité : le prix du mouton. Mais cette fois, le débat a pris une autre dimension. Beaucoup de Marocains ne parlent plus simplement d’une hausse passagère ou d’une année difficile. Ils parlent d’un véritable basculement économique et social. Certains se sentent volontairement exclus du plaisir d'égorger un mouton. Et trouvent des boucs émissaires tout indiqué : le gouvernement et son chef et Chenaqa, ces intermédiaires de fortune qui cherchent à se faire quelques sous. En fait un pauvre qui accuse un autre. Pendant des années, on a expliqué aux citoyens que la flambée des prix était liée à la sécheresse, au manque de pluie, à la baisse du cheptel national et aux difficultés des éleveurs. L’argument semblait logique. Moins d’eau, moins de pâturages, moins de bétail : les prix montent. Mais aujourd’hui, une question dérangeante s’impose : il a plu, les barrages se sont améliorés, les campagnes ont reverdi… alors pourquoi les prix ne baissent-ils pas ? Le citoyen marocain doit finir par comprendre que le problème dépasse largement la météo. Lorsque certains responsables évoquent au Parlement des moutons à 1000 dirhams, beaucoup y voient une fiction déconnectée de la réalité des marchés. Dans la majorité des villes et villages, les prix réellement pratiqués ont été bien supérieurs, plaçant l’Aïd hors de portée d’une partie importante des familles sinon au prix de sacrifices énormes. Mais derrière cette polémique se cache une vérité économique plus profonde, souvent tue parce qu’elle dérange : dans les économies modernes, les prix ne s’alignent pas sur le pouvoir d’achat des pauvres. Ils s’alignent sur celui de ceux qui peuvent payer. C’est là toute la réalité du Maroc à deux vitesses. Quand une frange dispose d’un pouvoir d’achat élevé, le marché finit naturellement par ajuster ses prix vers le haut. Le vendeur ne fixe pas son prix en fonction de celui qui souffre, mais de celui qui achète malgré tout. Ce phénomène existe partout dans le monde. Plus un pays se développe, plus sa monnaie prend de la valeur, plus les prix augmentent. Et plus les inégalités deviennent visibles entre ceux qui suivent cette hausse, la supporte, et ceux qui la subissent. Le Maroc n’échappe naturellement pas à cette logique. On peut multiplier les aides sociales, les subventions ou les mesures d’urgence. Mais il faut avoir le courage intellectuel de reconnaître une chose : ces politiques compensent parfois la douleur sans régler le problème de fond. Elles soulagent temporairement, mais ne créent pas durablement la richesse. Une question mérite d’être posée sans tabou : jusqu’où doit aller l’État dans la régulation économique et la redistribution ? Est-ce véritablement son rôle principal de corriger en permanence les déséquilibres du marché ? Ou doit-il avant tout créer les conditions d’une économie forte, libre, productive et attractive ? Car la richesse nationale ne se décrète pas. Elle se produit. Et pour produire de la richesse, il faut de l’investissement, de l’initiative et de la confiance. Or beaucoup d’entrepreneurs marocains, y compris parmi les plus fortunés, hésitent à investir davantage. Ils craignent la lourdeur administrative, la multiplication des procédures, l’instabilité réglementaire ou encore une pression fiscale jugée excessive. À force de compliquer l’acte d’investir, on finit par décourager ceux qui pourraient créer de l’emploi et donc améliorer le pouvoir d’achat. Car le véritable pouvoir d’achat ne vient pas des discours politiques. Il vient du travail, des salaires et de la dynamique économique. Plus l’économie crée d’emplois qualifiés et de valeur ajoutée, plus les revenus augmentent. Et plus les revenus augmentent, plus les citoyens peuvent faire face aux prix du marché. Il existe aussi une contradiction culturelle qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Le Marocain accepte parfois de payer très cher un téléphone dernier cri, une voiture, une marque de vêtements, des cigarettes ou des loisirs coûteux. Mais lorsqu’il s’agit du travail d’un paysan, d’un éleveur ou d’un artisan, la hausse des prix devient immédiatement scandaleuse. Comme si le labeur agricole devait rester éternellement sous-évalué. Pourtant, derrière chaque mouton vendu à l’Aïd, il y a des mois de travail, de nourriture, de transport, de soins et de risques supportés par des familles rurales souvent modestes elles aussi. Le vrai débat ne consiste donc pas uniquement à dénoncer les prix élevés. Il consiste à réfléchir collectivement au modèle économique que le Maroc veut construire. Un modèle fondé sur l’assistanat permanent et la régulation excessive ? Ou un modèle fondé sur la création de richesse, l’investissement, la confiance économique et la valorisation du travail ? L’Aïd est passé. Mais le choc du prix du mouton, lui, restera peut-être comme le symbole d’un Maroc en pleine transition, où les aspirations à la modernité se heurtent encore aux fractures profondes du pouvoir d’achat et des inégalités sociales.

Royal Air Maroc : compagnie nationale ou simple machine à rentabilité ? 1122

Certaines décisions d’entreprise dépassent largement le cadre du management. Elles peuvent impacter la souveraineté économique, la cohésion territoriale, l’influence diplomatique et même l’image d’un pays. La suspension annoncée par Royal Air Maroc de nombreuses dessertes africaines ainsi que l’arrêt des vols vers Ouarzazate, Errachidia et Zagora à partir du 7 juin appartient clairement à cette catégorie. Une question devient ainsi inévitable: la RAM est-elle encore pensée comme un outil stratégique ou uniquement comme une entreprise qui ne raisonne plus qu’en termes de rentabilité immédiate? Le Maroc a construit patiemment une relation exceptionnelle avec une grande partie du continent; relation qui n’a pas été bâtie uniquement par la diplomatie officielle, les banques ou les investissements. Elle s’est aussi construite dans les aéroports, dans les avions, dans la régularité des liaisons aériennes, dans la proximité humaine créée par les voyages. Dans plusieurs capitales africaines, la RAM est bien plus qu’une simple compagnie aérienne. Au Sénégal, au Cameroun, au Congo-Brazzaville ou encore à Kinshasa, nombreux sont ceux qui parlent de “la compagnie de nos frères marocains”. Beaucoup de voyageurs africains préférent la RAM à toutes les autres compagnies pour rejoindre l’Europe ou les USA via Casablanca. Cette fidélité n’a rien d’automatique. Elle s’est construite sur des années de confiance, d’habitudes, de présence continue et de stratégie africaine assumée. Or cette confiance est fragile. Suspendre brutalement des liaisons, même temporairement, revient à ouvrir un boulevard à la concurrence. Dans l’aérien, les habitudes perdues sont extrêmement difficiles à reconquérir. Un passager qui découvre une autre compagnie, un autre hub ou une autre connexion finit souvent par changer durablement ses réflexes de voyage. Le plus paradoxal est que cette décision intervient au moment même où le Maroc ambitionne de devenir un hub continental majeur à l’approche de la Coupe du Monde 2030. Comment prétendre renforcer le rôle continental de Casablanca tout en affaiblissant certaines connexions africaines stratégiques? Comment vouloir devenir un champion africain du transport aérien tout en donnant le sentiment d’abandonner des marchés laborieusement fidélisés? Le problème dépasse le continent africain. La décision concernant Drâa-Tafilalet est peut-être encore plus grave sur le plan national. Ici, il ne s’agit plus uniquement d’une logique commerciale. Il s’agit d’aménagement du territoire. La disparition des vols vers Ouarzazate, Errachidia et Zagora envoie un signal extrêmement violent à toute une région qui souffre déjà d’un sentiment ancré de marginalisation. Une région dont on extrait énormément de richesses pour souvent très peu en retour. Depuis des années, on parle de régionalisation avancée, de désenclavement et de développement des territoires intérieurs. Qu'en est il dans les faits? Une contradiction difficilement soutenable. Ouarzazate n’est pas une ville marginale. C'est l’un des pôles les plus singuliers du pays en tourisme saharien, culturel, écotourisme, sport d’aventure, tourisme expérientiel haut de gamme et Cinéma. Rares sont les destinations capables de cumuler autant de potentialités. La ville abrite également le complexe solaire Noor, infrastructure énergétique stratégique à l’échelle mondiale. Errachidia est la porte d’entrée du Tafilalet et d’une importante diaspora qui dépend fortement de l’existence de liaisons régulières. Quant à Zagora, c'est l’un des symboles émergent de circuits désertiques. Réduire ou suspendre leur desserte revient mécaniquement à fragiliser leur attractivité économique mais aussi psychologique et identitaire. Un investisseur peut accepter l’éloignement. Il accepte beaucoup plus difficilement l’imprévisibilité logistique. Le plus troublant dans ce dossier reste toutefois l’absence totale de communication claire. Ni la compagnie, ni les autorités gouvernementales, ni les institutions régionales n’ont fourni d’explications à la hauteur des enjeux. Existe-t-il un différend financier entre la région et la RAM? Les engagements ont-ils été respectés? La compagnie considère-t-elle simplement ces lignes comme insuffisamment rentables? Le gouvernement a-t-il été consulté avant une décision aux conséquences aussi importantes? Le Parlement a-t-il seulement été informé? Une compagnie bénéficiant d’un soutien public massif ne peut agir comme une entreprise totalement déconnectée des impératifs stratégiques du pays. Une ligne intérieure déficitaire peut malgré tout être essentielle pour la cohésion territoriale, le tourisme, l’investissement, la mobilité des citoyens ou la stabilité économique régionale. C’est précisément pour cela que de nombreux pays maintiennent des mécanismes de continuité territoriale subventionnée. Une compagnie nationale n’est pas uniquement jugée sur ses performances financières ou ses lignes long-courriers rentables. Elle est aussi jugée sur sa capacité à servir la nation dans son ensemble. Le cas de Ouarzazate illustre parfaitement ce danger. Le secteur touristique local sort à peine d’années extrêmement difficiles. Réduire la connectivité aérienne dans un tel contexte revient à aggraver une situation déjà sous tension. Le risque est désormais celui d’un cercle vicieux redoutable. Moins de vols entraîne moins de touristes, donc moins d’investissements, donc moins de rentabilité, donc encore moins de vols. Et que dire du travail pour la population. Lorsqu’une spirale de ce type s’installe, elle devient extrêmement difficile à inverser. L'affaire révèle une faiblesse profonde du pilotage stratégique et l’absence de coordination réelle entre transport aérien, tourisme, développement et vision territoriale. Comment convaincre des hôteliers, des producteurs de cinéma ou des investisseurs de miser sur une région dont l’accessibilité peut disparaître quasiment du jour au lendemain? Le plus incompréhensible reste peut-être le timing. Alors que la RAM communique abondamment sur l’acquisition de nouveaux appareils et ses ambitions internationales, elle réduit dans le même temps certaines dessertes essentielles au tissu territorial marocain et africain. Ces nouveaux avions voleront vers où ? Et surtout au profit de qui ? Une compagnie nationale ne peut pas se transformer en simple opérateur commercial obsédé par les seules lignes rentables. Sinon, le risque est immense: celui de voir disparaître sa légitimité nationale au moment même où elle ambitionne d’étendre son influence continentale. Ce type de décision dépasse largement le pouvoir de simples managers. Il touche directement à la stratégie du pays, à l’équilibre des territoires et à la vision même du Maroc de demain. A force de réduire la connectivité des régions périphériques et de fragiliser certains liens africains, ce n’est pas seulement un réseau aérien que l’on affaiblit. C’est tout un horizon économique, diplomatique et territorial que l’on rétrécit.

Le revirement d’Alger sur le Sahara marocain : aveu diplomatique ou repositionnement stratégique maladroit ? 1091

La récente déclaration du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, n’est pas passée inaperçue. Le ton est Solennel, le rythme haché et l'accent appuyé. Le moment semble grave. En affirmant d'emblée que l’objectif de son pays a toujours été de favoriser des négociations entre « les parties concernées », à savoir selon lui le Maroc et le Polisario, tout en présentant l’Algérie comme un simple voisin et observateur aux côtés de la Mauritanie, Attaf tente manifestement de redéfinir le rôle de son pays dans le dossier du Sahara. Ce propos, certainement destiné à l’opinion publique algérienne, contredit la réalité. L’Algérie participe bel et bien en tant que partie, au même titre que la Mauritanie. Cette posture soulève de nombreuses interrogations, tant elle apparaît en contradiction la suite du discours et plus encore avec plusieurs décennies d’implication politique, militaire, diplomatique et logistique de l’Algérie dans ce conflit régional artificiel. Une implication difficile à nier tant les preuves sont tangibles. Depuis les années 1970, l’Algérie a été le principal soutien, par certains aspects unique appui, du Polisario. Le mouvement séparatiste a bénéficié, sur le territoire algérien, d’un sanctuaire politique et militaire à Tindouf, d'une terre de repli, d’un soutien financier, d’un armement conséquent ainsi que d’un appui diplomatique constant dans les organisations internationales. Le chef du Polisario ne se gêne d’ailleurs pas à se déplacer à bord d’un avion arborant l’écusson officiel de l’Algérie. Même les ministres du gouvernement ne se déplacent pas ainsi... Pendant longtemps, Alger a présenté cette implication comme un simple soutien au «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Pourtant, les faits historiques témoignent d’un engagement bien plus profond. Les affrontements d’Amgala en 1976 en constituent un épisode révélateur. Le Maroc avait alors capturé des militaires algériens, dont le célèbrissime Chengriha, engagés directement aux côtés des combattants du Polisario, provoquant une grave tension entre les deux pays. La question demeure: que faisaient-ils à Amgala ? Hassan II en fera cadeau. Dans ce contexte, la tentative actuelle de réduire l’Algérie à un rôle d’«observateur» apparaît difficilement crédible. Aucun observateur sérieux du dossier n'ignore que le Polisario dépend exclusivement de l’appui algérien pour sa survie politique et militaire. Le contexte international a profondément évolué et l'Algérie en prend douloureusement conscience. Si cette déclaration intervient aujourd’hui, ce n’est probablement pas par hasard. Le rapport de force diplomatique évolue en faveur du Maroc. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020 a constitué un tournant majeur. Depuis, plusieurs pays influents ont adopté des positions de plus en plus proches du plan marocain d’autonomie, considéré par un nombre croissant de capitales comme la solution la plus réaliste et pragmatique. Dans ce contexte, Alger semble désespérément chercher à se désengager d’un conflit devenu coûteux sur les plans diplomatique et économique. La multiplication des crises régionales au Sahel, auxquelles l’Algérie est souvent associée, les tensions avec plusieurs partenaires internationaux ainsi que les difficultés économiques internes, fragilisent davantage sa posture. L’Algérie traverse en effet une crise intérieure persistante, marquée par une situation sociale et économique délicate. Malgré ses importantes ressources gazières, le pays peine à transformer cette rente en développement durable. Inflation, pénuries périodiques, chômage des jeunes et perte de confiance dans les institutions alimentent un malaise profond. Si la guerre en Ukraine avait temporairement renforcé son levier énergétique vis-à-vis de l’Europe, cette marge de manœuvre s’est réduite avec la diversification des approvisionnements européens. Dans ce contexte, le maintien d’un conflit gelé depuis près d’un demi-siècle représente un coût politique et financier de plus en plus difficile à assumer. Le Maroc lui, engrange des succès économiques et diplomatiques, notamment dans ses provinces du Sud. La question de Tindouf devient sensible, irritante et particulièrement embrassante pour Alger. Les camps demeurent l’un des aspects les plus gênant du dossier. Depuis des années, plusieurs voix internationales réclament un recensement précis des populations qui y vivent, une demande régulièrement soutenue par le Maroc et systématiquement refusée par l’Algérie. Tindouf est un séquestre au vu du droit. Les populations qui y sont ne jouissent aucunement des droits de réfugiés. De plus il est largement admis qu’une partie importante des populations des camps ne sont pas originaires du Sahara marocain, mais proviennent d’autres régions du Sahel et d'Algérie. L’absence persistante de recensement officiel alimente les interrogations sur la réalité démographique et sécuritaire de ces camps. Pour Alger, cette question est d’autant plus délicate que le contexte sécuritaire au Sahel s’est fortement dégradé, avec la prolifération des groupes armés, des trafics transfrontaliers et des réseaux terroristes. Certains l’accusent même d’un rôle trouble dans certaines dynamiques régionales, notamment à la lumière des récents événements au Mali. Des éléments du Polisario y ont participé. L’évolution récente du discours algérien peut être interprétée comme une tentative de préparer l’après-Polisario. En cherchant à se repositionner comme simple «observateur», Alger semble vouloir réduire sa responsabilité directe dans un conflit dont l’issue diplomatique paraît définitivement défavorable aux thèses séparatistes. De son côté, le Maroc, serein et certain, continue de promouvoir son plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution unique et définitive. Ce projet gagne du terrain sur la scène internationale, porté par une diplomatie active et l’ouverture de nombreux consulats à Laâyoune et Dakhla. Le Royaume considère désormais que toute solution réaliste devra s’inscrire dans ce cadre, excluant de facto l’option référendaire, devenue impraticable sur le terrain. La déclaration d’Ahmed Attaf marque peut-être moins une rupture qu'une transition ou un ajustement imposé du discours officiel algérien face à une réalité géopolitique en mutation. Après des décennies d’affrontement autour du Sahara, l’Algérie semble prendre acte du fait que le statu quo devient de plus en plus difficile à soutenir. Reste à savoir si cette évolution débouchera sur une réelle désescalade régionale ou s’il ne s’agit que d’une manœuvre tactique visant à préserver les apparences; Alger semblant privilégier jusqu’ici une stratégie d’ajournement. Une chose paraît néanmoins acquise : le dossier du Sahara entre dans une nouvelle phase, où les rapports de force internationaux, les impératifs sécuritaires régionaux et les contraintes économiques internes pèseront davantage que les héritages idéologiques de la guerre froid

Réformer l’école : de l’accumulation du savoir à la compétence d’apprendre... 1176

Nous ne naissons pas pour tout connaître, mais pour tout apprendre. Cette phrase, simple en apparence, devrait être la boussole et la focale de toute réflexion sérieuse sur l’enseignement et le devenir des générations actuelles et à venir. Or, depuis trop longtemps, nos systèmes scolaires reposent sur une illusion survivante, tenace, celle de remplir l’esprit des élèves comme on remplit une armoire et y ranger des savoirs dans un ordre donné, empiler des dates et des définitions, exiger des restitutions mécaniques à l'identique et sanctionner le tout par un papier dit diplôme. Cette logique appartient au XXe siècle. Elle n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Il faut absolument le comprendre et l’admettre surtout. Le savoir n’est plus un stock figé. Il est omniprésent, instantané, en perpétuel renouvellement avec une cadence de plus en plus accélérée. Les réponses se trouvent à portée d’écran ; la difficulté n’est plus d’accéder à l’information mais de la comprendre, de l’intégrer et d’en faire quelque chose. Ce qui devient rare et donc précieux, c’est la capacité à apprendre, à chercher, à trier, à critiquer, à connecter, à douter et à inventer. L’enjeu n’est plus la quantité de connaissances emmagasinées, mais la qualité des compétences intellectuelles acquises et affichées. Apprendre à apprendre doit cesser d’être un slogan et devenir la finalité pédagogique première. Pourquoi est ce pertinent et si évident ? Parce qu’un enfant formé à chercher saura s’adapter aux métiers qui n’existent pas encore. Pour la première fois de notre histoire récente, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui vont imaginer, créer et développer leurs métiers prochains. Un esprit entraîné au raisonnement résistera mieux aux manipulations, aux fausses évidences, et évitera l'égarement. Un citoyen capable de lire le monde pourra s’y situer, agir et transformer. Dans un environnement où technologies, marchés et normes évoluent à grande vitesse, préparer des élèves à des examens qui figent des savoirs, c’est les abandonner face à l’incertitude, voire les figer et les dérouter. La transformation espérée exige des choix précis, pas seulement des intentions. Il faut impérativement changer les priorités pédagogiques et institutionnelles : - Remplacer la récitation mécanique par des démarches actives de résolution de problèmes et de projets concrets, individuels ou collectifs. - Former au raisonnement critique, chercher et vérifier la source, reconnaitre les biais, procéder à la vérification et aux évaluation des preuves. - Alléger les programmes pour concentrer les efforts sur les compétences transversales basées sur la méthode, l'argumentation et la créativité. - Cultiver la curiosité et la mise en pratique plutôt que la peur de l’erreur. - Reconnaître l’erreur, voire l’échec, comme source d’apprentissage, et non comme stigmate. Ces orientations impliquent de reconfigurer les pratiques d’évaluation. Ainsi, il y a lieu d'évaluer moins la restitution et davantage la capacité à mobiliser des connaissances dans des situations inédites. Elles demandent aussi d’investir massivement dans la formation des enseignants. Le professeur n’est plus seulement un transmetteur ; il doit être formé comme facilitateur d’apprentissage, concepteur d’activités, maître dans l’art du questionnement, accompagnateur de l’autonomie. Valoriser ce rôle, c’est valoriser l’intelligence collective de la nation et en faire un levier de développement de la personne et de la collectivité. Au-delà des salles de classe, c’est un choix de civilisation qui se joue. Deux modèles s’opposent aujourd'hui : celui qui produit des exécutants, capables d’exécuter des tâches répétitives mais vulnérables face au changement, et celui qui forge des citoyens pensants, capables de débattre, d’innover et de prendre des décisions éclairées avec courage et conviction. Dans un monde traversé par l’intelligence artificielle, les fractures informationnelles et les crises identitaires, l’éducation n’est plus un simple secteur public ; elle est un enjeu stratégique de souveraineté nationale et culturelle. Elle est surtout la seule garantie pour un avenir radieux. Prétendre tout enseigner devient non seulement vain, mais dangereux. Il est plus pertinent et plus éthique de donner aux jeunes les outils pour apprendre toute leur vie sans interruption. Ils doivent apprendre à poser de bonnes questions, à lire les contextes, à confronter les points de vue et à construire des jugements argumentés. C’est cette capacité permanente d’apprentissage qui permettra à la fois l’émancipation individuelle et la résilience collective. Nous ne sommes pas nés pour tout connaître. Mais nous avons reçu le pouvoir d’apprendre sans cesse. Toute grande réforme éducative devrait partir de cette évidence et en faire l’impératif opérationnel. Espérons retrouver cette thématique dans les programmes des partis politiques lors de la campagne à venir et qu'un débat authentique, responsable et éclairé, autour d'une véritable réforme de notre enseignement, soit finalement engagé, indépendamment de toute idéologie dépassée ou de préjugées désuets.